Trajectoire vers le complotisme du sociologue Laurent Mucchielli

Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS est spécialisé dans la thématique de la délinquance et de la violence sociale. Il n’a pas de connaissance particulière en épidémiologie, en immunologie, en infectiologie, en virologie, en pharmacologie, en démographie, en médecine, en gestion de crise sanitaire, mais depuis mars 2020 il écrit beaucoup sur la crise du covid, il a même créé dans l’unité qui l’emploie un programme (temporaire) de recherche intitulé : « Covid-19 : enquêtes dans le champ médical et controverses dans le débat public ». Ce qui est étonnant c’est que le sociologue du CNRS Laurent Mucchielli, mieux que la vaste majorité des experts, sait, lui, que la chloroquine fonctionne contre le covid, que l’ivermectine fonctionne contre le covid, que le confinement ne fonctionne pas contre le covid, et même qu’il faut absolument arrêter la vaccination car c’est trop dangereux.

Etonnant, non ?


Pour rédiger cet article, je me suis inspiré de travaux d'analyse et de débunkage cités tout au long du texte, notamment celui de BigPragma.

Contexte

Il faut du temps pour que les scientifiques s’organisent, récoltent des données, analysent leurs résultats, les soumettent à la critique sévère de leurs confrères, publient leurs travaux puis comparent les publications et établissent des « vérités de science » c’est-à-dire un état des connaissances relativement consensuel, un socle à partir duquel on peut prendre des décisions mais qui reste soumis au questionnement et à la critique des chercheurs.

L’édification des connaissances scientifiques est un processus complexe dont nous avons parlé dans une émission avec le professeur Didier Gourier et une autre avec le professeur Marc-André Selosse.

Quand une pandémie nous tombe dessus, tout ce processus est évidemment sous forte pression, et la production des savoirs se fait sous la lumière vive de l’attention médiatique : nous voulons des réponses, vite, nous voulons des réponses sûres, nous nous énervons dès qu’un résultat qui semblait admis est finalement réfuté, on a l’impression que plus personne ne sait rien, que plus personne n’est vraiment fiable, et qu’on doit s’en remettre à son instinct, à ses tripes, à ses ressentis. Quand on fait ça, la seule chose certaine, c’est que nos préjugés ont le vent en poupe et qu’on se met à écouter encore plus que d’habitude ceux qui nous disent ce qu’on a envie d’entendre.

Si celui qui dit ce que j’ai envie d’entendre a un titre académique, s’il est chercheur au CNRS ou professeur dans un Institut hospitalier, ça me fera un argument de plus pour défendre ma croyance dans ce qu’il dit et que j’ai envie de croire. En réalité, ce n’est pas parce qu’il a un titre académique que je le crois, sinon je devrais croire tous les autres, bien plus nombreux qui disent le contraire, avec tout un tas d’études à l’appui. Non, je le crois parce que cet expert là me fait me sentir bien ; ça me fait plaisir que quelqu’un d’important, d’intelligent, pense comme moi.

Il peut avoir tous les défauts du monde, ce n’est pas grave, je vais m’identifier à ses qualités, et ces qualités me servent à me dire que je les possède aussi.

Le problème c’est que des chercheurs qui disent n’importe quoi, il y en a. Si vous croyez un truc complètement foutraque, vous finirez par trouver un docteur en ceci ou en cela qui pense à peu près comme vous et qui a du vocabulaire pour habiller cette sottise de formules attrayantes. Bien sûr les chercheurs aux fraises sont minoritaires, marginaux, et on les reconnait souvent à leur fâcheuse tendance à parler avec beaucoup de suffisance de sujets qui ne relèvent pas de leur spécialité. Didier Raoult, par exemple, a balayé les conclusions du GIEC sur le dérèglement climatique au nom de sa très grande connaissance de la science (l’argument était « Moi, je regarde les photos satellites ») . On n’a pas entendu, je crois, des climatologues donner des leçons de virologie sur YouTube ou à la télé, et je les en remercie.

Version vidéo

Laurent Mucchielli, Rassuriste.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler de Laurent Mucchielli, un sociologue au CNRS dont la carrière jusqu’en 2020 semble en tout point respectable pour autant que je puisse en juger. Je précise (c’est hélas utile) que la sociologie est une discipline scientifique sérieuse et importante.

Mais depuis le début de la crise sanitaire, il a pris la parole et le contre-pied de la position des experts en santé publique, en épidémiologie, en médecine. Alors bien sûr, il y a quelques scientifiques et médecins qui sont d’accord avec lui, en particulier la sphère raoultienne puisque c’est en venant en soutien à Didier Raoult qu’il entame la trajectoire dont nous allons parler, dans un billet publié sur Médiapart le 29 mars 2020 : « Derrière la polémique Raoult, médiocrité médiatique et intérêts pharmaceutiques » où il se prononçait pour la chloroquine car :

« Nous sommes dans une situation de médecine d’urgence. Il faut trouver des parades mêmes imparfaites tout de suite, pas dans 3 mois quand tout sera fini. » 

A l’époque Yann Kindo et Odile Fillod avaient apporté des réponses aux premières dérives du sociologue.

Depuis cette saillie clairvoyante, Laurent Mucchielli n’a pas varié ; il était et demeure rassuriste : pour lui cette épidémie est beaucoup moins grave qu’on ne le dit. Les faits non plus n’ont pas varié, ils lui ont systématiquement donné tort. Il n’y a pas à s’en réjouir, car on aurait préféré que tout ça se termine vite, mais on ne va pas nier le réel pour épargner l’amour propre d’un autodidacte de l’épidémiologie, fut-il sociologue au CNRS.

Il a depuis publié des dizaines de billets pro-Raoult, pro-chloroquine, anti-politique gouvernementale — et ça je ne vais pas le discuter, je ne compte pas parler de politique. Un chercheur a le droit de dire que Macron et son équipe font n’importe quoi, je vais rester focalisé sur la science et la rhétorique autour d’elle. En décembre 2020, Laurent Mucchielli fait l’apologie du documentaire « Mal traités » qui déploie une logique conspirationniste pour expliquer que les vrais remèdes sont mis sous le tapis par les gouvernements pour plaire aux intérêts financiers des groupes pharmaceutiques, causant en toute conscience des centaines de milliers de morts (source). On notera que les communications du CNRS sur l’information scientifique fiable sont beaucoup moins relayés sur Twitter que les prises de position de Laurent Mucchielli.

https://twitter.com/DavidHajage/status/1337432864841981952?s=20

Laurent Mucchielli a signé des tribunes avec d’autres rassuristes abonnés des médias : Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana, Christian Perronne, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude, bref une collection de figures d’autorité qui ont passé leur temps à se tromper sur la gravité de l’épidémie et à mentir sur les données de la science concernant les vaccins et les traitements. Je dis mentir car j’ai du mal à les soupçonner d’être si obstinément ignorants. Mais, en toute rigueur, je ne sais pas s’ils mentent ou s’ils ont perdu contact avec le réel. Je vous rappelle qu’on a vu la plupart d’entre eux dans le documenteur conspirationniste Hold Up, dont je vous ai parlé l’an dernier. Ces tribunes dénoncent la communication anxiogène du gouvernement, nient la deuxième vague et s’opposent au deuxième confinement (source). Et déjà, vous imaginez qu’il sera difficile à ces gens d’admettre des preuves qui montreraient que le confinement est efficace (nous y reviendrons), parce que cela reviendrait à admettre avoir milité contre une mesure qui a sauvé des vies*.

* Le coût social du confinement est une réalité cruelle, les arguments politiques pour s’y opposer existent, mais ici je suis bien précis et je me concentre sur les éléments permettant d’estimer son impact sanitaire, et les sources sont fournies plus bas.

Laurent Mucchielli a été de ceux qui citaient la Suède pour dire combien ce pays où l’on ne confinait pas n’avait pas à déplorer plus de victimes, alors que la mortalité y était supérieure et la stratégie anti confinement si néfaste que le roi de Suède a fini par s’excuser publiquement devant son peuple le 17 décembre.

Laurent Mucchielli n’a eu de cesse de nier la deuxième vague dans ses billets de blog et en interview dans le journal l’Express en octobre 2020 ou dans Arrêt sur Image en novembre 2020. Il a constamment nié l’existence d’une deuxième vague qui a pourtant fait plus de morts que la première (source). Cela aurait dû lui mettre la puce à l’oreille ; ses collègues du CNRS lui ont peut-être dit « Laurent, on pense que tu as assez déconné, laisse faire ceux qui savent, t’as pas fait médecine. Tu vas faire passer tous les sociologues pour des tocards. Laurent, s’il te plait. »

En tout cas Axel Kahn, à l’époque, s’était exprimé, et puisqu’il n’est plus là pour réagir, je me permets de rappeler ses mots :

« Ces abrutis prétendent défendre les autres malades, tous ceux qui ont pâti du confinement en raison de retards de soins ou de diagnostic (…). Mais si leur discours conduit à affaiblir l’adhésion de la population aux gestes barrières, il y aura un nouveau confinement et ce sont justement ces malades qui en souffriront. »

Source

Je veux bien admettre qu’il est facile de blâmer rétrospectivement ceux qui se sont trompés. Même si dès le mois de septembre 2020 ceux qui annonçaient la deuxième vague le faisaient avec des données et des projections sérieuses, les faits auraient pu leur donner tort. Il arrive que les chercheurs aboutissent tous à une conclusion que la réalité dément, mais cela ne veut pas dire que ceux qui les contredisent ont forcément bien travaillé, car je vous rappelle qu’une montre arrêtée donne l’heure exacte deux fois par jours et que parmi mille médiums, certains vont tomber juste sur la prochaine catastrophe par pur hasard.

Le vrai problème ici, le cœur du problème, c’est que je n’ai pas trouvé de trace d’une déclaration de Laurent Mucchielli admettant avoir eu tort au sujet de la deuxième vague. Et cela, malheureusement est le signe qu’il a délaissé le terrain de la science pour être dans un combat dans lequel aucune concession n’est accordée, où l’important c’est de dire qu’on a raison, à tout prix. Je ne peux pas accorder ma confiance à une personne qui adopte une telle attitude. Et vous ne devriez pas non plus.

14 octobre 2020. Mucchielli chez Raoult

« Mais que viens-je faire dans cette galère ? » – Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS », conférence à l’IHU-M tel est le titre de la vidéo YouTube de cet évènement.

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Ayant bien entamé sa dérive vers une position d’opposition à l’état des connaissances scientifiques en train de s’ériger, Laurent Mucchielli est devenu l’allié assumé de Didier Raoult qui revendique lui-même d’être « un renégat de la science ».

A developper

En février 2021 : un peu de diffamation.

Laurent Mucchielli publie un article en anglais  » How is built the “legitimate information” on the Covid crisis » en indiquant ses coordonnées de chercheur au CNRS. Mais cet article n’est pas un travail de recherche publié dans une revue à comité de lecture, c’est juste un billet de blog qui se retrouve hébergé sur le site de l’IHU méditerranée parce que son contenu arrange bien Didier Raoult. La rhétorique de Mucchielli est la même que celle de Raoult : affirmer que ses contradicteurs son corrompus, ou en tout cas payés avec un argent douteux. Pour notre sociologue du CNRS :

« l’OMS et ses partenaires ont recruté des influenceurs ou des relais d’opinion pour s’assurer la maîtrise des réseaux sociaux et de YouTube, leader mondial de la vidéo en ligne (plus de deux milliards d’utilisateurs mensuels en 2020) et détenue par Google ».

Source

Et, sans trembler des genoux, il annonce que l’OMS finance Le Nguyên Hoang (de la chaîne Science4All) et Thibault Fiolet (de la chaîne Quoidansmonassiette) ou encore le média « Osons Causer ». Aucune source n’est fournie pour justifier cette dénonciation. Et cela n’est pas surprenant puisqu’il Il s’agit d’une fausse information. Six mois plus tard, cette infox est toujours dans le texte qu’on peut lire sur le site de l’IHU de Marseille. Et c’est quand même surréaliste : L’information fausse selon laquelle des vidéastes seraient payés par l’OMS pour adhérer à une ligne éditoriale officielle est signée par Laurent Mucchielli et cautionnée par l’Institut de Didier Raoult.

Mars 2021 : Exercice de négation

Est publié un document intitulé « L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France » co-signé par Laurent Mucchielli, Laurent Toubiana, Pierre Chaillot et Jacques Bouaud.

Est-ce une étude, un travail de recherche, autrement dit une authentique publication scientifique ?

Sur ce document, les auteurs indiquent leurs affiliations académiques, exactement comme pour un article scientifique. Les non connaisseurs sont condamnés à croire qu’ils ont sous les yeux un authentique article de recherche. Seulement voilà, je cite :

« Contacté aujourd’hui par Conspiracy Watch, l’Inserm nous indique que l’étude (…) « n’est pas publiée dans un journal scientifique soumis à une évaluation par les pairs. Elle n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’une communication de l’Inserm » . L’Insem ajoute : « Les prises de position de L. Toubiana ne sont donc en aucun cas celles de l’Inserm. Nous tenons à rappeler que notre Institut porte des messages s’appuyant sur des faits scientifiques rigoureusement établis et sur des données transparentes et solides […]. »

Source

Pierre Chaillot est présenté comme chercheur à l’Insee, or l’Institut assure au journal Le Monde n’être « associé en aucune façon à cette étude » et affirme que « la mention de l’affiliation de son auteur à l’Insee est à la fois erronée et trompeuse ».

Ce papier, c’est donc juste quatre messieurs qui se mettent d’accord pour signer un texte, et là s’arrête la valeur scientifique dudit texte.

Ce billet livre-t-il un compte rendu honnête des connaissances disponibles ?

Les conclusions de ces messieurs, présentes dès le titre : « L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France » (source ; plus rassuriste que ça tu meurs) sont, et c’est bien malheureux, contredites par des publications très officielles de l’INSEE qui savent tenir compte de toutes les variables démographiques, puisque c’est leur spécialité, et qui nous expliquent que la mortalité en 2020 a connu une augmentation « très supérieure à celle observée lors des épisodes grippaux et caniculaires sévères des années précédentes ». La surmortalité due au covid 19, c’est du jamais vu depuis 1950 ! (source INSEE).

Pour justifier leur point de vue, les auteurs partent du scénario de l’épidémiologiste Neil Ferguson, de l’Imperial College à Londres qui estimait que l’épidémie ferait en France de 300 000 à 500 000 victimes si on conservait l’hypothèse d’une mortalité très élevée et d’une absence de mesures radicales de préventions (plus d’info). Ils constatent que les victimes sont moins nombreuses et en concluent que les pouvoirs publics ont surréagi en tenant compte de projections fantaisistes. Ce faisant, ces messieurs négligent ce qui n’est pas un détail, à savoir que ce scénario du pire a été proposé pour motiver et justifier des mesures sanitaires qui ont été prises. Vous avez peut-être souvenir, notamment, de deux périodes de confinement qui ont joué un rôle dans la réduction du nombre de victimes du virus.

Seulement voilà ! Ce que je viens de vous dire ne fera ni chaud ni froid à Laurent Mucchielli et ses co-auteurs puisque ces messieurs répètent à tout le monde que les confinements n’ont jamais eu d’effet bénéfique. Naturellement, il n’est pas question pour moi de vous demander de me croire sur parole. Je vous propose de faire ce qu’un non spécialiste comme moi fait dans ces cas-là : aller sur Google Scholar (ou, puisqu’il appartient au vilain Google, sur PubMed) et taper des mots clefs « covid lockdown » et efficacy, ou effective, ou effectiveness, ou ineffective… et de regarder dans les articles publiés dans des revues à comité de lecture si les auteurs sont d’accord avec Laurent Mucchielli ou pas.

Articles concluant à l’efficacité des confinements :

  • Alfano, V., & Ercolano, S. (2020). The Efficacy of Lockdown Against COVID-19: A Cross-Country Panel Analysis. Applied health economics and health policy18(4), 509–517. https://doi.org/10.1007/s40258-020-00596-3
  • Bruno Mégarbane, Fanchon Bourasset, and Jean-Michel Scherrmann, Journal of General Internal Medicine, mars 2021  » Is Lockdown Effective in Limiting SARS-CoV-2 Epidemic Progression?—a Cross-Country Comparative Evaluation Using Epidemiokinetic Tools »
  • Samer Kharroubi and Fatima Saleh (2020) Are Lockdown Measures Effective Against COVID-19? Frontiers in Public Health 8:549692.
  • George W. Warren, Ragnar Lofstedt & Jamie K. Wardman (2021) COVID-19: the winter lockdown strategy in five European nations, Journal of Risk Research, 24:3-4, 267-293, DOI: 10.1080/13669877.2021.1891802
  • Marco Vinceti, Tommaso Filippini, Kenneth J. Rothman, Fabrizio Ferrari, Alessia Goffi, Giuseppe Maffeis, Nicola Orsini. (2020) Lockdown timing and efficacy in controlling COVID-19 using mobile phone tracking, E Clinical Medicine.
  • Johanna, N., Citrawijaya, H., & Wangge, G. (2020). Mass screening vs lockdown vs combination of both to control COVID-19: A systematic review. Journal of public health research9(4), 2011. https://doi.org/10.4081/jphr.2020.2011
  • Moris Dimitrios, Schizas Dimitrios. (2020) Lockdown During COVID-19: The Greek Success. In Vivo, 34 (3 suppl) 1695-1699; DOI: https://doi.org/10.21873/invivo.11963
  • Wung Lik Ng, (2020) To lockdown? When to peak? Will there be an end? A macroeconomic analysis on COVID-19 epidemic in the United States, Journal of Macroeconomics, Volume 6..
  • Medeiros de Figueiredo A, Daponte Codina A, Moreira Marculino Figueiredo DC, Saez M & Cabrera León A. Impact of lockdown on COVID-19 incidence and mortality in China: an interrupted time series study. [Preprint]. Bull World Health Organ. E-pub: 6 April 2020. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.20.256701

Articles concluant à l’inefficacité des confinements :

  • Bendavid E., Oh C., Bhattacharya J, Ioannidis J.P.A. (2021) Assessing mandatory stay-at-home and business closure effects on the spread of COVID-19. European Journal of Clinial Investigation. (Cette étude remet en question le bénéfice des mesures les plus restrictives, mais elle est fragilisée par des critiques sévères.)

Il n’y a pas de raison de croire que la copie non relue d’un sociologue du CNRS soit plus pertinente que les conclusions des études publiées par les démographes de l’INSEE, et des travaux publiés dans la littérature scientifique. Mais Laurent Mucchielli semble convaincu du contraire, puisqu’il va persister à nier les conclusions des experts.

Pour compléter je veux signaler qu’en Mai 2021 l’Institute for Health Metrics Evaluation de l’université de Washington déclare que l’impact mondial de la pandémie est très sous-estimé. Il n’y aurait pas 4 millions de morts, mais plutôt entre 7 et 13 millions (source). Il faudra du temps pour qu’un bilan fasse consensus, mais de toute évidence le chiffre de 4 millions représente un strict minimum. Désolé pour Laurent Mucchielli et ses co-auteurs , mais le covid 19 a un impact qu’on ne peut pas qualifier de « relativement faible » sur la mortalité en France et dans le monde.

Trajectoire complotiste

Après cela, Laurent Mucchielli s’associe toujours davantage à la sphère de la réinformation, et on assiste à une radicalisation vers le conspirationnisme comme on l’a vu avec Jean-Dominique Michel avec qui il partage d’ailleurs l’affiche dans le Conseil Scientifique Indépendant de Réinfo Covid, un site 100% antivax qui participait à la fameuse manif de Nancy dont je vous ai parlé.

Jean Dominique Michel qui a été l’un des participants les plus enthousiaste du documenteur Hold Up à propos duquel Mucchielli dit en novembre 2020 :

« Le documentaire « Hold-Up. Retour sur un chaos » qui défraye actuellement la chronique relève-t-il du complotisme ? La réponse est oui. (…) « Hold-Up » est bien une narration de type complotiste, qui manipule l’intelligence et surtout les émotions de son auditeur à l’aide de techniques audio-visuelles bien connues car certaines sont hélas d’usage courant dans les documentaires fabriqués pour la télévision.»

source

Vous voyez que les fréquentations de notre sociologue du CNRS commencent à ressembler à celle de n’importe quel conspirationniste chevronné. D’ailleurs, il a désormais sa fiche sur le site Conspiracy Watch.

Le 20 juillet — « La vaccination à l’épreuve des faits. 1ere partie : les chiffres de l’épidémie ».

Laurent Mucchielli publie ce billet à l’endroit habituel, le Club de Médiapart où les billets de blog peuvent si facilement passer pour des articles du journal…

Ce texte est d’abord un pamphlet anti-Macron et cela ne me pose aucun problème qu’un universitaire exprime son rejet de la politique ou de la personne du président. Si ça se trouve je suis d’accord avec lui. Mais j’apprécie quand les universitaires évitent la rhétorique complotiste qui accuse le pouvoir exécutif de vouloir, je cite, « effrayer la population avec la circulation d’un nouveau « variant delta » semblant pourtant assez inoffensif ».

Laurent Mucchielli accuse Emmanuel Macron de mentir, je vais me contenter de douter de la jugeote de Laurent Mucchielli, qui peut-être s’est mis à croire que l’épidémiologie était son domaine de compétence.

— Le variant delta est-il inoffensif ? Hélas

  1. Sa grande vitesse de diffusion à l’échelle mondiale prend de court à la fois les campagnes de vaccination et la recherche qui continue d’un traitement curatif. Ce variant serait moins inquiétant s’il était moins contagieux.
  2. Son taux de réplication dans l’organisme (plus de 1000 fois supérieur à l’alpha), nous met face à un risque accru de production de nouveaux variants, et là aussi ça n’a rien d’inoffensif.
  3. Les vaccins disponibles sont moins efficaces contre ce variant delta, et cela est un problème sérieux compte tenu des deux points précédents.

Dire que le variant delta est inoffensif, c’est être les deux pieds dans le rassurisme. Or, depuis le début de la crise, les rassuristes ont toujours eu tort. Heureusement les vaccins restent efficaces pour éviter les covid sévères et cela explique que le nombre de morts ne soit pas reparti à la hausse.

Le billet aligne ensuite des graphiques, beaucoup de graphiques, plus que vous n’avez envie d’en lire (23 graphiques). Et d’en tirer l’analyse suivante :

« Sans qu’il soit besoin de procéder à de longs et compliqués calculs, l’examen de ces quelques données statistiques de base (la vaccination, les cas positifs, la mortalité) suffit à montrer que la réalité de la dynamique des épidémies suscitées par les différents variants du Sars-Cov-2 n’a pas grand-chose à voir avec les discours politico-médiatiques vantant le miracle vaccinal. »

Ce regard en surplomb sur les données est opéré sans réelle analyse, sans aucune contextualisation, sans étude des caractéristiques démographiques des populations effectivement vaccinées, ni des populations retrouvées dans les services de réanimation, bref c’est du travail d’amateur. (Je ne prétends pas que j’aurais fait mieux, mais on n’a pas besoin d’être chirurgien pour s’apercevoir quand une opération est franchement ratée)

Dans une étude de mars 2021, l’Institut national d’études démographiques (INED) rapporte une nette augmentation du nombre de décès, et un bilan « accablant » de 68 000 décès liés au Covid-19 en 2020, « en dépit des mesures prises pour freiner la propagation du virus » (source).


Dans sa conclusion, Laurent Mucchielli ose prétendre que la vaccination ne protège pas contre la contamination et qu’elle est moins souhaitable que l’immunité post-infection qu’il appelle « naturelle ». C’est exactement la croyance qui a causé la mort de l’avocat antivax Leslie Lawrenson le 2 juillet. À l’appui de cette deuxième assertion, il cite des données venues d’Israël où tout le monde n’est pas convaincu selon la source fournie par Mucchielli lui-même. À ce jour cette affirmation est indécidable, aucun expert n’a une réponse ferme (Laurent Mucchielli est vraiment trop fort), et on a des raisons de ne pas s’y fier compte tenu de la plus grande variabilité des réponses immunitaires liées aux infections par rapport à celles qui suivent une vaccination (source). Bien sûr, les variants ayant la particularité de varier, il est possible qu’une souche virale finisse par avoir ces caractères.

L’auteur veut voir dans la réduction de la mortalité et des formes sévères une preuve de la saisonnalité de l’épidémie, un argument qu’il utilisait, de concert avec Raoult, pour nier la deuxième vague, mais qu’il ne trouve pas à justifier. Sa seconde hypothèse est que le virus est devenu moins dangereux et qu’il faudrait donc laisser circuler le variant delta dans une stratégie de concurrence des variants défendue par Christian Vélot, qu’il cite, et dont j’ai eu l’occasion de vous dire qu’en réalité ça ne tient pas très bien la route, et que, surtout, c’est démenti par des travaux tout récents.

Il y a quelque chose d’indécent quand même à négliger comme il le fait, que 10 à 15% des infectés souffrent de covid long et risquent de garder des séquelles, choses dont la vaccination les protège à 95%, même avec le variant delta. Cette information devrait avoir du poids, mais elle est absente de sa rhétorique antivax.

Le 30 juillet — « La vaccination covid à l’épreuve des faits. Deuxième partie : une mortalité inédite. »

C’est cet article qui a été la goutte de trop. Il a d’ailleurs été débunké, par exemple ici ou sans que les auteurs n’acceptent de prendre la mesure du problème. Le scandale a poussé Médiapart a retirer ce texte du Club quelque jours plus tard, nous y reviendrons.

Ce texte est co-signé par des membres du « conseil scientifique indépendant » de Reinfo covid, le site fondé par le « gourou antivax » Louis Fouché.

Liste des auteurs : Laurent MUCCHIELLI (sociologue, directeur de recherche au CNRS), Hélène BANOUN (pharmacien biologiste, PhD, ancienne chargée de recherches à l’INSERM), Emmanuelle DARLES (maîtresse de conférences en informatique à Aix-Marseille Université*), Éric MENAT (docteur en médecine, médecin généraliste), Vincent PAVAN (maître de conférences en mathématique à Aix-Marseille Université) & Amine UMLIL (pharmacien des hôpitaux, praticien hospitalier, unité de « pharmacovigilance/CTIAP (centre territorial d’information indépendante et d’avis pharmaceutiques)/Coordination des vigilances sanitaires »

* Emmanuelle Darles est enseignant-chercheur à l’Université de Poitiers, mais le texte ci-dessus est un verbatim venu du site de France Soir. Ils ont pu commettre une erreur.

Quand on est devant un tel document, signé par des gens qui affichent des affiliations académiques, il faut se poser plusieurs questions.

1. Est-ce un article scientifique ?

Non, nous avons affaire à un billet de blog, et Laurent Mucchielli devrait éviter de le présenter comme un « article », parce que le directeur de recherche au CNRS qu’il est ne peut pas ne pas savoir que cela induit le public en erreur : ce n’est pas un article de recherche, et ce n’est même pas un article journalistique.

2. Qui sont les auteurs ?

Passons les en revue. Aucun d’entre eux n’est épidémiologiste, virologue ou infectiologue. Le seul médecin est un homéopathe. Deux auteurs sont pharmaciens, les autres n’ont aucune formation liée à la santé..

Hélène Banoun est une pharmacienne à la retraie qui n’a pas publié dans des revues scientifiques depuis 1988 (à l’exception d’un papier en 2021 sur l’évolution du virus publié dans une revue de … néphrologie). Elle est surtout une personnalité connue pour son intense activité au sein du mouvement antivax français. Elle n’est ni chercheuse ni affiliée à aucun laboratoire. Ce n’est pas le profil de co-auteur que je voudrais avoir avec moi sur un papier qui traite d’une épidémie.

Emmanuelle Darles, est chercheuse en informatique à l’Université Aix Marseille, avec une toute petite liste de publications assez peu citées.  Avec Vincent Pavan elle a publié un papier qui conclut que « létalité du vaccin est 200 fois plus grande que celle du Covid-19 » relayé partout dans la complosphère mais jugé « bidon » par n’importe qui d’autre (Cf LCI).

Vincent PAVAN est maître de conférence en mathématiques à l’Université d’Aix Marseille. C’est un militant anti-masque : « ça ne protège pas du virus, c’est un symbole de soumission politique. Le porter, ce serait m’imposer une narration à laquelle je ne crois pas ». Sur HAL il publie ce qui relève plus de la gueulante que de l’article scientifique : «Dénoncer la fausse science épidémiologique : réquisitoire contre l’article « Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France » : 17 chercheurs de 10 instituts ne comprennent ni les probabilités ni les mathématiques et inventent  » l’équation générale de la vérité  » qu’ils résolvent en  » double aveugle  » avant d’en maquiller piteusement la présentation et de se suicider sur la théorie du R0 ».
En septembre 2020, il propose à ses étudiants de retirer leurs masques s’ils le souhaitent, après avoir enlevé le sien (source). Moins de la moitié s’exécutent. À ceux que cela rend mal à l’aise, il propose de rentrer chez eux en promettant de ne pas les sanctionner. L’université a réagi en douceur, en proposant que monsieur Pavan fasse ses cours à distance ; il a refusé. Ses cours ont alors été reportés. Lui estime qu’ils ont été supprimés. L’université a fini par le suspendre, son cas n’est pas encore définitivement statué.

« Il juge que son statut d’enseignant-chercheur lui permet de refuser le port du masque et met en avant le principe qui assure aux universitaires une “totale indépendance dans l’organisation des enseignements à condition de faire preuve de tolérance et d’objectivité”. »

Source : Journal Mars Actu

Je ne suis pas certain que le droit de violer une règle sanitaire relève de la liberté académique. Là encore, ce n’est pas le profil de co-auteur que je voudrais avoir avec moi pour publier un travail sérieux sur la pandémie. [Ajouter un lie vers le pdf « la (non) fiabilité de Vincent Pavan, par Bill Pumpkin]

Eric Ménat est un médecin homéopathe (source) épinglé pour charlatannerie par le site Psiram. Psiram, si vous ne connaissez pas, est un outil formidable pour lutter contre les charlatans et les pseudo-thérapeutes, trop souvent en lien avec des dérives sectaires. Quand vous avez une fiche Psiram à votre nom, vous n’êtes pas quelqu’un avec qui je voudrais co-signer un article.

Amine Umlil, pharmacien, a déjà milité contre le Gardasil, le vaccin contre le papillomavirus qui protège contre le cancer du col de l’utérus et qui sauve environ 660 vies par an en France (source). Amine Umlil dirige le Centre territorial d’information indépendante et d’avis pharmaceutiques de Cholet, dont il est apparemment l’unique membre, et se plaint de sa hiérarchie du centre hospitalier de Cholet qu’il n’a pas réussi à faire condamner pour harcèlement. Sur son blog et à l’antenne de Sud Radio, il est l’auteur d’une désinformation selon laquelle les vaccins ne protègent pas des formes graves du covid (source).

Tout ces gens ont pour point commun de ne partager et colporter QUE des informations hostiles à la vaccination, sans nuance, sans distance, et parfois sans vérifier que le contenu est simplement… vrai. Voilà l’équipe dont s’est entouré Laurent Mucchielli, authentique sociologue du CNRS, pour contredire ce qu’il appelle la doxa, c’est-à-dire la parole des véritables spécialistes en démographie, en immunologie et en épidémiologie.

3. Un mot sur la forme.

J’emprunte ce petit bout d’analyse à un billet publié par Citizen4Science.

«Un bon tiers du propos n’aborde pas directement le sujet, mais a pour but d’influencer le lecteur de prime abord… L’article est donc émaillé de nombreuses injonctions, de nombreuses phrases d’auto validation, et de satisfecit ; le tout agrémenté de l’argument habituel des complotistes : “les médias mainstream sont corrompus et incompétents” En fait quand le package est complet : Méfiance ! »

4. Le contenu est-il factuellement vrai ?

L’article commence par une affirmation choc

« Dans le précédent épisode de notre mini-série sur la vaccination, nous avions montré que les données épidémiologiques les plus facilement disponibles à l’échelle mondiale suffisent à prouver que la vaccination ne protège pas de la contamination et de la transmission du Sars-Cov-2, en particulier de l’actuel variant Delta (ou indien), ce qui contredit massivement les déclarations répétées des représentants du pouvoir exécutif français relatives à la « protection vaccinale ». Aux États-Unis, le directeur du NIAID, Antony Fauci, vient du reste de le reconnaître publiquement, recommandant même le port du masque en intérieur par les personnes vaccinées »

Source : l’article désormais publié sur… France Soir

Le problème c’est que tout ceci n’est pas raccord avec la réalité. Le Dr Fauci sur MSNBC, explique le 28 juillet que le variant Delta change la donne. Il rappelle qu’une personne vaccinée n’est jamais protégée à 100% et qu’avec les variants précédents une personne vaccinée qui était infectée malgré tout avait une charge viral nasopharyngée beaucoup moins forte qu’un non-vacciné, ce qui la rendait moins contagieuse. Ce n’est plus vrai avec le variant delta, et ce variant est justement celui qui est en train de se diffuser partout, ce qui justifie que tout le monde, les vaccinés comme les autres, porte un masque en intérieur en présence de public. Fauci ne remet pas en cause l’utilité d’être vacciné, et il faut croire que nos auteurs comprennent mal l’anglais ou considèrent qu’ils ont le droit de tordre la réalité.

La torsion de la réalité est aussi palpable dans cet autre extrait :

«En Israël, un des pays où la population est la plus vaccinée au monde, les autorités viennent ainsi de décider de fermer les frontières du pays aux touristes vaccinés, indiquant non seulement que la vaccination ne protège pas de la contamination et de la transmission, mais également que la majorité des personnes hospitalisées pour des formes graves sont désormais des personnes vaccinées.»

Je ne vais pas mâcher mes mots, ici nous avons affaire à de la manipulation. Si c’était un vrai article scientifique, ce serait de la fraude.

Israël n’a pas « fermé ses frontières aux touristes vaccinés » comme on nous le dit. La réalité c’est que le pays avait pris la décision d’ouvrir ses frontières… qui étaient fermées à tout le monde… de les ouvrir seulement aux touristes vaccinés. Et finalement cette ouverture a été reportée (avec quelques exceptions pour certains touristes vaccinés). Les faits sont donc : Israël a reporté l’ouverture prévue de ses frontières aux touristes vaccinés et n’envisage pas de les ouvrir aux non-vaccinés (source). Mais on ne peut pas comprendre les faits tels qu’ils sont lorsqu’on lit le texte de ces gens. Ils se sont mis à 5 pour rédiger une phrase parfaitement trompeuse ; peuvent-ils être assez stupides et incompétents pour l’avoir fait involontairement ?

Dans cet extrait décidément très riche ils affirment que « la majorité des personnes hospitalisées pour des formes graves sont désormais des personnes vaccinées. » S’ils nous précisent cela c’est qu’on est censé faire quelque chose de cette information. Et là ils ont l’intelligence de ne pas nous souffler la réponse, qui reste suggérée. On est prié de comprendre que la vaccination ne protège pas contre les formes graves.

On va devoir rectifier tout ça : 40% des hospitalisés sont vaccinés (source). Et déjà : pourquoi nos 5 auteurs nous disent-ils qu’ils sont une majorité ? 40% ce n’est pas la majorité.

Pour savoir si ce chiffre de 40% parmi les hospitalisés est élevé ou pas, il faut connaître la proportion des vaccinés dans la population générale. 87% des plus de 20 ans sont vaccinés dans le pays avec un vaccin dont l’efficacité est estimée à 90%. Nous allons faire une petite opération parfaitement à la portée d’un docteur en mathématique et même d’un homéopathe.

Considérons que 90% des vaccinés sont protégés contre les formes sévères, il reste donc 10% des 87%, c’est à dire 8,7% de vaccinés qui peuvent faire un covid. À coté d’eux, nous avons les 13% de non-vaccinés. Faisons la somme 8,7+13= 21,7. Or 8,7 représente 40,09% de 21,7.

Cela veut dire que si les vaccins sont bel et bien efficaces à 90% on s’attend à obtenir 40% de malades hospitalisés alors que vaccinés. Ces chiffres, quand on les comprend, nous disent que la prémisse de l’efficacité forte du vaccin est parfaitement validée par ce qu’on observe sur le terrain.

Rendez-vous compte de ce qui se passe dans ce texte ! Une information qui confirme que les vaccins sont efficaces est utilisée dans une phrase qui nous incite à penser le contraire. On est face à de la manipulation. Je n’ai pas d’explication sur ce qui peut pousser un sociologue du CNRS a commettre une chose pareille. Cherche-t-il à exister, à être au centre de l’attention, à se sentir utile, à endosser le rôle héroïque du résistant, ou bien est-il sincèrement aveugle à la torsion qu’il imprime aux faits qu’il utilise pour raconter sa version de l’histoire ? Je ne sais pas si nous avons à affaire à des gredins ou à des gens dont la rationalité est gravement atteinte.


Petite parenthèse. En France le 30 juillet une étude de la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques montre que 85% des patients hospitalisés à l’échelle du pays sont non-vaccinés (source). Le 5 août, à l’hôpital Nord de Marseille, 99% des patients en réanimation ne sont pas vaccinés (source). Cela va à l’encontre du narratif de Laurent Mucchielli et de ses amis.


Chasse aux sorcières ?

On n’a pas besoin d’aller plus loin pour comprendre que ce papier est un monument de désinformation. Mais le pire est à venir puisque ce billet de blog a pour objectif de faire passer l’idée que les vaccins tuent afin de demander l’arrêt immédiat de la campagne de vaccination.

Et ainsi les auteurs développent longuement une litanie de signalements de la pharmacovigilance et concluent qu’en France, en 6 mois, les vaccins sont la cause de 15 000 évènements indésirables graves, qu’ils ont entrainé 1800 hospitalisations, plus de 2800 mises en jeu du pronostic vital et près de 1 000 morts. Leur phraséologie s’orne alors d’un discret « potentiellement liés à la vaccination anticovid ». Et le mot potentiellement ne permet pas à un lecteur qui ne serait pas méfiant, de comprendre autre chose que : « les vaccins tuent, on le sait, on a la preuve, on vous a fourni les chiffres ! » d’autant que aussitôt après les auteurs ajoutent les 1500 morts britanniques « que les déclarations lient à l’injection du vaccin », « les 448 décès rapportés comme liés à la vaccination » aux Pays bas et d’autres chiffres alarmants en Europe et aux Etats-Unis

Et le problème c’est que ces chiffres, qu’ils n’ont pas inventés, ne sont pas des chiffres qui nous informent sur le nombre de décès causés par les vaccins. Ce sont des chiffres qui indiquent le nombre de signalements reçus concernant une personne décédée dans les jours qui suivent une injection, quelle que soit la cause de la mort. Et peut-être savez-vous qu’en France, chaque jour en moyenne, hors période de pandémie, 1500 personnes meurent, ce qui justifie qu’on n’attribue pas au vaccin toutes les morts qui suivent une injection parce qu’alors on commet une confusion très basique qu’on ne pardonne pas à un chercheur, du CNRS ou d’ailleurs : celle de prendre une corrélation pour une causalité (illustration).

Selon les auteurs la présomption d’imputabilité de ces décès aux vaccins est « considérablement renforcée lorsque les décès surviennent très rapidement après la vaccination, ce qui est le cas comme on le verra avec les données américaines (la très grande majorité des décès déclarés sont survenus dans les 48h) ».

Mais nous avons encore un problème. Je cite Jean-François Cliche du journal québécois Le Soleil : « [Mucchielli] cite à cet égard un site web anonyme, openVAERS.com, maintenu par des gens qui disent avoir subi des «blessures vaccinales» — ce qui suggère un fort risque de biais anti-vaccin. Le site en question présente des chiffres de la santé publique américaine (CDC), et on y voit un graphique montrant le nombre de décès en fonction du nombre de jours suivant la vaccination. Sur les quelque 8800 décès répertoriés, un peu moins de 3500 (ou 40%) sont survenus dans les 48 heures, ce qui est déjà assez différent de la «très grande majorité» dont parle M. Mucchielli.» Le journaliste ajoute que le jeu de données de ce site est incomplet, et que lorsqu’on regarde l’ensemble des données de la pharmacovigilance le pourcentage de décès survenus dans les 48 premières heures n’est plus que de 29 %.

Vous n’avez sans doute pas besoin que je vous dise que 29%, ce n’est pas la majorité.

Le billet de blog de Laurent Mucchielli en arrive à sa conclusion

« Cette mortalité vaccinale (qui n’est que la pointe émergée de l’iceberg des effets indésirables graves) est donc inédite, elle est particulièrement grave et sa dissimulation l’est plus encore. Soyons clair : dissimuler d’une façon ou d’une autre un tel danger est tout simplement criminel vis-à-vis de la population »

Je reformule : on nous explique que cette mortalité est facile à détecter. La preuve : les auteurs ont trouvé les chiffres et les montrent dans ce papier, et par conséquent si personne d’autre n’en parle c’est que quelqu’un a décidé que cela devait être gardé secret ; c’est un crime contre la population. Si les lecteurs de ce papier sont convaincus par cela, je vous laisse imaginer les actions qu’ils sont motivés à entreprendre pour dénoncer des crimes, les punir, voire empêcher qu’ils se perpétuent encore. Ce billet n’est pas simplement mauvais, biaisé et trompeur, il est carrément dangereux. Dans le contexte tendu d’un rejet des mesures sanitaires et d’un gouvernement qui a montré depuis ses débuts qu’il préférait brutaliser le peuple plutôt que de négocier, quelle conséquence pourrait bien avoir d’ajouter dans la marmite une fake news scientifique estampillée du package CNRS–Inserm–Université Aix Marseille qui nous annonce que toutes les autorités scientifiques nous cachent la vérité sur les milliers de morts causées par la vaccination ?

Il m’est avis que c’est le genre de texte qui sert d’alibi à des passages à l’acte contre ceux que les auteurs appellent les « complices de cette nouvelle mortalité vaccinale qui semble inédite dans l’histoire de la médecine moderne.»

C’est peut-être pour ça que Médiapart, qui héberge les 90 billets de blog de Laurent Mucchielli a décidé que ça allait un petit peu trop loin.

Le 4 août — Médiapart supprime le dernier article

Je cite la rédaction de Médiapart :

« Pour arriver à leur conclusion « d’une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » provoquée par la vaccination de masse face au Covid-19, [les auteurs] additionnent tous les effets indésirables déclarés après une vaccination alors même que le lien entre ces effets et le vaccin n’est pas toujours formellement établi.

Or cette démonstration fausse et trompeuse est mise au service d’un appel solennel à suspendre la vaccination contre le coronavirus, avec la double autorité que lui confère le statut de directeur de recherche au CNRS de son auteur et la publication de son texte sur Mediapart dont même ses critiques reconnaissent le sérieux informatif. Le relayant sur les réseaux sociaux, Laurent Mucchielli le présente comme un « article » , tandis que l’extrême-droite le relaie comme une publication de Mediapart, faisant semblant d’ignorer la distinction, explicite pourtant, entre notre Journal et son Club. »

Source

C’est une bonne chose que Médiapart n’ait pas continué à regarder ailleurs pendant que son site était utilisé pour désinformer le public. Mais c’est dommage d’avoir attendu un tel summum d’intoxication, viral qui plus est. On ne compte plus, sur Twitter ou ailleurs, les messages qui reprennent le papier de Laurent Mucchielli & Cie en s’extasiant qu’un chercheur du CNRS valide leur croyance selon laquelle les vaccins sont plus dangereux que l’épidémie.

Oui, que les vaccins soient plus dangereux que l’épidémie, c’est apparemment ce que croit Laurent Mucchielli qui a retweeté le jour même du retrait de son billet de blog un message de France Soir qui relaie la parole du Dr Charles Hoffes, un médecin de famille canadien et dont le contenu est « Ces substances appelées vaccins sont plus dangereuses que le covid. Ils provoquent plus d’accidents ». Je vous rappelle que nous parlons d’une épidémie qui a déjà fait entre 4 et 13 millions de morts et je ne sais combien de malades qui garderont des séquelles.

Je signale en passant que le Dr Charles Hoffe affirme aussi que 62% des vaccinés ont des dommages permanents dans le corps, et vous voyez bien que je ne peux pas prendre le temps de débunker cette bêtise là, ce texte étant déjà bien trop long. Je vous renvoie vers le travail d’information de l’AFP.

On voit que Laurent Mucchielli est désormais le vecteur de désinformations antivax farfelues, il a achevé son voyage dans la sphère du complotisme. Il est partagé par le site ultraconspi et facho Profession gendarme.

Le 2 aout — Sur France Soir

Entre la publication de son chef d’oeuvre et sa dépublication, Le 2 aout Laurent Mucchielli est allé sur France Soir professer à propos de « L’inquiétant déclin du journalisme » et je pense que la plupart des sociologues du CNRS auraient beaucoup à redire sur le choix d’aller tenir une telle critique dans le média le plus conspirationniste, le plus biaisé le moins fiable et le plus éloigné de ce qu’est censé être le journalisme, puisque Xavier Azalbert, qui a racheté le Journal France soir en 2014, en a viré tous les journalistes en 2019, le transformant en un blog à la gloire de ses idées personnelles.

Disons-le clairement : s’associer avec France Soir, de la part d’un chercheur qui a fréquenté les médias, est un choix lourd de sens. C’est une sorte de coming out complotiste.

 « Je souris quand je vois régulièrement sur Twitter des gens qui se moquent de France soir en disant que vous reprochant de n’être qu’un blog mais enfin Libération c’est quasiment plus que ça aussi. » (Mucchielli chez France Soir, 18 min)

Laurent Mucchielli vit très mal d’être devenu la cible des fact-checkers qui pointent régulièrement ses erreurs ou mensonges :

« Des jeunes journalistes qui ne viennent pas des rubriques scientifiques, médicales, qui n’y connaissent rien du tout en réalité, vont en l’espace de quelques semaines se mettre à s’improviser commentateurs et experts de telle ou telle question scientifique ou sanitaire alors que sur le fond ils n’y connaissent absolument rien (…) et qui se retrouvent dans ces nouvelles rubriques dites de fact-checking. » (Mucchielli chez France Soir , 15min20)

« Il y a des gens qui ne sont absolument pas compétents et qui, loin d’avoir un minimum d’humilité et de prudence, au contraire, se permettent à tort et à travers de prétendre dire le vrai du faux sur toutes les questions. C’est un simulacre ! » (Mucchielli chez France Soir, 20min30)

Le 5 aout – Une posture pro-ivermectine pseudo-scientifique

Laurent Mucchielli partage une étude de mauvaise qualité qui prétend prouver l’efficacité de l’ivermectine contre le covid. Pourquoi de mauvaise qualité ? Parce que dans les sources de cet article on trouve des méta analyses qui tiennent compte de l’étude la plus vaste sur l’ivercemectine, celle de Elgazzar et al qui a pour particularité d’être une authentique fraude, reconnue comme telle, et supprimée par le journal (j’en ai parlé ici). C’est l’équivalent de l’étude Merha que Raoult et consort appellent abusivement le plus grand scandale scientifique de tous les temps. Au minimum les pro-Raoult devraient avoir assez d’amour propre pour se montrer regardant avec ce genre de détail.

Les méta-analyses qui tiennent compte de l’étude Elgazzar pour tirer des conclusions sont forcément biaisées et ne devraient pas être partagées par un chercheur, surtout pas s’il veut pouvoir accompagner le partage d’une phrase aussi définitive que « Encore une revue de la littérature scientifique qui montre que l’ivermectine est le médicament le plus efficace contre la covid. » Je suis désolé, j’aimerais moi aussi qu’un traitement efficace soit démontré, mais à ce jour affirmer une telle chose relève du registre de la croyance religieuse et pas de celui de la science.

Le 23 juillet, Laurent Mucchielli exprimait déjà une lecture conspirationniste du dossier en affirmant que les intérêts des industriels fabricant les vaccins étaient la raison du rejet de l’ivermectine par les experts. Quand il dit cela, monsieur Mucchielli accuse les professionnels de la médecine et de la pharmacologie de mentir, d’être corrompus, de faire passer l’appât du gain avant la santé publique. Tout le monde est pourri sauf lui, quoi, en somme.

Radicalisation en cours…

9 aout, publication de « La dangerosité des nouveaux vaccins anti-covid est un fait historique » par la même équipe : Mucchielli, Banoun, Darles, Menat, Pavan et Ulmile.

Dans ce billet, les auteurs persistent et signent ; échaudés par la suppression de leur article par Médiapart, ils parlent de censure. Et c’est peut-être en effet de la censure qui s’est produite, en tout cas une régulation de la parole sur un média journalistique. Mais il ne faudrait pas faire semblant de s’étonner : on attend d’un média qu’il opère des choix sur ce qui relève de l’information ou de l’intox, c’est même la moindre des choses qu’on fasse obstacle à la publication d’informations fausses ou trompeuses. Evidemment, la situation est beaucoup plus salée quand vous êtes l’auteur de la fake news, le travail journalistique vous semble alors injuste, aux ordres d’une sorte de vérité officielle.

Les auteurs expliquent le rejet de leur parole par la dissonance cognitive de celles et ceux qui se sont exprimés en faveur de la vaccination : « Ils y voient une remise en cause insupportable de l’idéologie qu’ils ont adoptée », et si cette hypothèse est à garder à l’esprit, car il faut être prudent, je me permets de signaler qu’elle est on ne peut plus valable pour Mucchielli et Cie, tant la virulence de leur propos est propice à les enfermer eux-mêmes dans un narratif étanche au doute, à la remise en question, ou à la simple correction de leurs idées. S’ils cherchent des signes de dissonance cognitive, ils n’ont pas à franchir le pas de leur porte.

Laurent Mucchielli se plaint que « les influenceurs se déchainent », mais que peut-on dire de lui sinon qu’il a adopté la posture d’un influenceur du web ? Sur la crise, publie-t-il le moindre travail scientifique ou se déchaîne-t-il au travers d’un militantisme antivax ? C’est bien douloureux pour lui, j’en conviens, mais la réponse de l’écosystème numérique n’a rien de mystérieux : à un influenceur de la complosphère dont la parole virale déborde complètement les moyens de régulation, de contrôle, et même de réfutation en des délais utiles de la part du monde scientifique, répondent d’autres influenceurs du Net. J’en suis un. C’était parfaitement prévisible, tout comme l’était la deuxième vague de l’épidémie, mais là encore Laurent Mucchielli a manqué de sagacité si l’on en juge par sa surprise et sa posture de victime :

« ils ont ensuite harcelé sur Twitter l’institution (le CNRS) du premier signataire de cet article, espérant ainsi lui nuire de façon personnelle et directe.»

Les influenceurs ont rendu service au CNRS en lui donnant l’occasion de se distancier d’une parole anti-scientifique, chose qu’une telle institution fait toujours trop tard, trop frileusement, aux dépends de sa propre crédibilité.

Plus bas, Laurent Mucchielli dans un satisfecit égomaniaque revendique que ses écrits sont la cause pour laquelle la Direction générale de la santé a publié un appel à « maintenir un suivi des échecs vaccinaux » (mais si ça se trouve le maintien de cette vigilance se serait fait de toute façon), et avance que c’est grâce à lui que la revue Prescrire : « a mis à jour « de façon anticipée » sa fiche relative aux « effets indésirables connus mi-2021 des vaccins covid-19 à ARN messager », reconnaissant notamment des complications cardiaques graves jugées toutefois « très rares ». » (et on voit dont que Prescrire rechignerait finalement à accepter la saine influence de Mucchielli). De tels liens de causalité mériteraient d’être démontrés plutôt qu’assénés sur un ton héroïque. Mais, justement, c’est tout le problème de la démarche de Laurent Mucchielli depuis le début : son mépris pour la démonstration des liens de causalité auxquels il veut croire et qu’il veut imposer à tout le monde. Il faut injecter un peu plus de scepticisme là-dedans si l’on veut tenir un propos scientifiquement défendable.

Les auteurs rejettent les critiques faites à leur texte précédent qui commettait l’erreur fondamentale de confondre « décès signalés après un vaccin » avec « décès causés par un vaccin » au prétexte qu’il serait impossible d’arriver à une telle preuve (Pourquoi ?!), mais tout en affirmant que la prudence de ceux qui n’embrassent pas leur conclusion, « c’est un peu comme si on voulait contester l’existence d’un homicide au motif que l’on n’a pas encore trouvé le coupable. » Et il faut donc constater qu’ils retombent dans l’exacte même erreur, car dans cette métaphore le problème est ailleurs : en réalité on a des personnes décédées, nulle preuve qu’il s’agit d’homicides, mais Laurent Mucchielli claironne qu’il a déjà le coupable et que les autorités le cachent. Je m’attends à ce que les experts de la pensée conspirationniste se penchent sur la logique de ces propos.

« Concernant la « mortalité attendue », l’argument utilisé par nos savants critiques nous paraît tout aussi rhétorique. Il consiste à dire au fond qu’il est normal que des gens meurent à tout âge, vaccinés ou pas, et donc qu’il n’y a pas lieu de s’interroger plus avant sur les décès. »

J’espère que personne n’a dit qu’il n’y avait pas lieu de s’interroger plus avant sur les décès. Je dirais même que j’en suis convaincu, car si tel était le cas Laurent Mucchielli ne perdait pas l’occasion de glisser une citation. Pour ne pas accuser injustement Laurent Mucchielli de commettre un malhonnête homme de paille, je lui ai demandé des références qui auraient dû se trouver dans le texte. Pour l’heure : pas de réponse.

Le texte du 9 aout a une forte composante politique, mon analyse est que c’est une motivation politique qui anime ce travail grimé en une contribution scientifique qui prend fait et cause contre la méthode :

«Ceci n’est pas sans rappeler la controverse sur l’hydroxychloroquine où la discussion méthodologique des doctus cum libro (« Comment, vous n’avez pas randomisé en double aveugle ? mais ça ne vaut rien alors ! ») servait à éviter d’avoir à aller voir sur le terrain (médical) si ce traitement précoce permettait ou non de réduire le nombre et/ou la sévérité des maladies.»

Laurent Mucchielli est de toute évidence un croyant de la chloroquine tout comme il est un croyant dans le danger des vaccins. Tristement, le sociologue du CNRS est désormais radicalisé dans une logique et une rhétorique conspirationnistes. Je ne suis pas en mesure de donner un avis sur la qualité scientifique de son travail de sociologue avant la crise, mais je crois que la question se pose. A-t-il toujours eu une démarche pseudo-scientifique consistant à faire mentir les chiffres, à tout faire passer derrière son idéologie ? Ou bien a-t-il changé ? Les deux hypothèses nous rappellent qu’un scientifique, même médaille de bronze du CNRS, peut devenir une source de désinformation, et cela pose la question des dégâts que l’autorité dont jouit un savant qui dérape peut causer à une époque où les billets de blog ont parfois plus de pouvoir sur l’opinion que les véritables articles de recherche.

Cela pose la question de ce que peut s’autoriser à dire publiquement un scientifique qui jouit d’une écoute et d’une crédibilité qui ne devrait être indexée qu’à son activité dans son champ de compétence.

Le CNRS, en tout cas, s’est clairement désolidarisé des propos de Laurent Mucchielli sur la crise sanitaire, mais nous verrons que la position du centre de recherche est quelque peu contradictoire à ce jour.

La liberté académique s’accompagne d’une responsabilité académique.

Les universitaires doivent jouir d’une liberté d’expression intacte, ils sont une population d’experts dont la parole est cruciale en démocratie pour résister aux arbitraires du pouvoir.

Je suis un farouche défenseur de la liberté académique quand elle est menacée par des tentatives d’influence, voire de prise de contrôle de champs disciplinaires par le politique comme on en a eu un aperçu en février avec l’actuelle ministre de la recherche qui voulait qu’une autorité administrative se substitue au processus de véridiction scientifique par les pairs concernant une dérive que d’aucuns qualifient d’islamo-gauchiste dans les laboratoires. Si une telle « dérive » existe, c’est aux chercheurs de la décrire et de juger de sa pertinence où du problème qu’elle pose. Je le répète, je juge la liberté académique fondamentale, mais elle n’autorise pas un ethnologue qui disserterait dans son journal intime sur les équations de la théorie des cordes à prétendre faire de la science, non plus qu’une microbiologiste ne pourrait légitimement faire valoir son indice H quand elle s’exprime contre le consensus scientifique au sujet de la 19e dynastie des pharaons.

Il n’est pas question que le CNRS flique ses chercheurs, qu’il traque leurs prises de position, qu’il leur impose une idéologie. Et c’est bien parce que le CNRS ne fait rien de tout ça qu’on est obligé de signaler à ce très grand centre de recherche quand, de toute évidence, un chercheur part en vrille et prend de manière renouvelée des positions publiques qui engagent son statut de chercheur et qui remettent en question, pardon de le dire, la pertinence de la gouvernance des projets de recherche, voire des recrutements.

Parce qu’il faut rappeler que Laurent Mucchielli n’écrit pas ses billets de désinformation sur des heures de loisir. Il ne fréquente pas l’homme d’affaire Xavier Azalbert, patron de France Soir, par hobby. Il a inscrit son analyse de la crise sanitaire dans le programme de recherche de l’unité où il travaille.

On retrouve l’ensemble de ses billets de blog sur la page d’accueil de son laboratoire, mais aussi sur HAL, une plateforme dont la vocation est de publier des « articles scientifiques de niveau recherche », pas des billets de blog ou le discours à l’IHU d’un chercheur s’exprimant en dehors du champ de ses compétences. En s’auto-citant en permanence ainsi par l’intermédiaire de son blog, Laurent Mucchielli spamme cet espace de l’Unité Mixte de Recherche et invisibilise ses collègues qui ont de vraies prises de paroles étayées par leurs recherches dans des médias indépendants.

Le site du laboratoire CNRS dirigé par Laurent Mucchielli contient une page entièrement consacrée à la compilation des prises de position du sociologue sur le covid19. L’ensemble est présenté comme « une enquête », que la coordinatrice scientifique de l’équipe met à jour régulièrement.

Toutes ses productions discutables sont financées sur les deniers publics par le poste de directeur de recherche qu’il occupe et qui exige de lui certains devoirs comme spécifié dans la charte de déontologie du CNRS.

Je n’aurais pas de grief envers Laurent Mucchielli si son activité concernant la crise sanitaire s’exerçait dans les règles de l’art. Je ne suis bien sûr pas opposé à ce qu’un regard de sociologue soit posé dès maintenant sur l’épidémie, la parole publique, l’autoritarisme, la confusion médiatique, le rôle des sites de réinformations et mille autres aspects qu’un spécialiste de cette science saurait aborder de manière pertinente et utile. Nous avons besoin d’une sociologie qui remue nos représentations. Simplement, son travail devrait passer d’abord par le canal de la publication dans les journaux spécialisés, comme tout le monde. Il devrait produire des contributions à la conversation scientifique, même en ayant une positon controversée. Et le CNRS a le devoir de veiller à ce que ce soit bien le cas, sans quoi n’importe quel chercheur, dès qu’il est fonctionnaire titulaire, pourrait faire et dire absolument tout ce qui lui chante tout en continuant à jouir se son statut et de l’autorité qu’il confère.

Que faire ?

Je ne sais pas ce que peut faire ou ce que doit faire le CNRS. Je sais ce qu’à titre personnel je voudrais voir arriver au contrat d’un chercheur qui utilise son titre, son laboratoire, son temps de travail et les outils de publications du CNRS pour propager une désinformation potentiellement mortelle en pleine pandémie. J’ai un avis là-dessus, mais je doute qu’il soit assez pertinent pour mériter que je l’expose. Comment une telle situation peut-elle se régler en vertu des statuts particuliers des enseignants-chercheurs ? C’est une question de droit, et n’étant pas juriste je vais éviter de faire une Mucchielli et de décréter ce que devraient conclure les experts. Mais j’avoue que j’aimerais entendre l’avis d’experts sur la manière dont il convient, pour un centre de recherche, de gérer le cas d’un chercheur payé par l’argent public… et qui s’emploie à désinformer le public sur des questions qui touchent à la survie des gens.

Notre société vit en déficit de confiance depuis trop longtemps, et une telle dette finit par se payer bien trop cher. Nous n’avons pas les moyens de dilapider le crédit de la parole scientifique alors que les défis du monde moderne rendent nécessaire la présence de cette parole à tous les stades depuis la détection des problèmes jusqu’à l’élaboration des solutions.

Acermendax

26 réponses
  1. Taef
    Taef dit :

    Bonjour,

    J’appartiens au même laboratoire que Laurent Mucchielli. Je poste ici sous pseudonyme pour ne pas avoir des tracas liés au devoir de réserve, vu la médiatisation de l’affaire.

    D’abord, merci pour ce texte et cette vidéo.

    Une correction à apporter : Laurent Mucchielli ne dirige absolument pas notre unité, contrairement à ce qui est indiqué dans le texte (« […] il a même réorienté le programme de l’unité qu’il dirige en créant un axe intitulé : “Covid-19 : enquêtes dans le champ médical et controverses dans le débat public » »).

    En outre, l’unité n’a pas d’axe « Covid19 ».

    Vous pouvez trouver l’organigramme de l’unité ici : https://lames.cnrs.fr/spip.php?article1688 . Son nom n’apparait pas dans l’organigramme, car il ne possède pas de responsabilité particulière au sein de l’unité. La liste des axes de l’unité est consultable ici : https://lames.cnrs.fr/spip.php?rubrique5 .

    En revanche, le site web de l’unité indique bien un programme (temporaire) « Covid-19 : enquêtes dans le champ médical et controverses dans le débat public », mais à ma connaissance, le seul membre de l’unité qui participe à ce programme est Laurent Mucchielli.

    Jusqu’à présent, il n’y a jamais eu besoin d’une validation scientifique de la part direction ou du conseil d’unité pour ajouter une page de « programme de recherche » sur le site du laboratoire, ce qui explique la présence de ce contenu sur le site web. Peut-être que cette politique éditoriale va être amenée à évoluer à la lumière de cette affaire (ce qui me semblerait souhaitable), mais je ne peux pas l’assurer.

    Bien à vous,

    Répondre
      • Charly
        Charly dit :

        Bonjour Acermendax,

        Mon commentaire est hors sujet pour cette vidéo mais puisque que vous ne semblez pas vouloir me répondre sur le blog de votre vidéo du 27 Juillet, je me permets de le faire ici.

        Au sujet de l’échappement immunitaire je souhaite porter à votre connaissance ce papier que vous emblez malheureusement ne pas avoir trouvé durant vos recherches:
        https://www.researchgate.net/publication/351160791_Risk_of_rapid_evolutionary_escape_from_biomedical_interventions_targeting_SARS-CoV-2_spike_protein

        Il remet en perspective votre ton très affirmatif, en particulier maintenant qu’il est avéré que le variant Delta se réplique fortement même dans une population vaccinée.

        Ensuite, concernant le bien fondé d’une vaccination de masse en période épidémique avec des vaccins basé sur des souches anciennes, je souhaite porter à votre connaissance ce récent article traitant du phénomène d’ADE (Antibody dependent enhancement) :
        https://www.journalofinfection.com/article/S0163-4453(21)00392-3/fulltext

        En espérant, cette fois ci, une réponse de votre part.

        Cordialement

        Répondre
        • norbert
          norbert dit :

          Bonjour Charly,

          Je ne sais pas ce que vous aurais répondu Acermendax (ou ce qu’il répondra), mais je me permets de vous donner mon avis sur les papiers que vous évoquez. Après un rapide coup d’œil, il me semble qu’ils discutent des mécanismes par lesquels le virus pourrait échapper à la vaccination suite à une mutation. Il est tout à fait sain et normal que les scientifiques discutent de ce sujet – au fond, le meilleur moyen que nos traitements restent efficaces, c’est d’essayer d’anticiper les raisons pour lesquelles ils pourraient ne plus l’être. Cela étant dit, je crois qu’il faut voir ces articles comme participant d’une discussion en cours, d’un travail de recherche, et pas forcément d’un résultat définitif ni d’un consensus scientifique.

          Passé ces considérations générales sur l’objectif des deux articles, telle qu’on peut la glaner dans leur abstract, je ne vais pas essayer de faire illusion : le détail des articles est bien trop complexe pour moi. Je suis incapable de comprendre en détail leur question de recherche, leurs méthodes et leurs conclusions. Peut-être est-ce aussi votre cas ? Si oui, alors je pense qu’il est préférable de ne pas essayer d’intégrer directement ces articles à la formation de notre opinion sur les vaccins, parce que nous n’avons pas les clés pour faire ça correctement. Le mieux qu’on puisse faire, c’est de suivre l’évolution du consensus scientifique, ou en tout cas des recommandations de la majorité des chercheurs et autorités de santé, sur la vaccination. Si ces deux papiers devaient remettre en cause la stratégie vaccinale, je leur fais confiance pour s’en rendre compte mieux que moi.

          Je soupçonne qu’Acermandax se fonde sur le même type de raisonnement. Les chercheurs cherchent, échangent des arguments, discutent différents modèles et différentes hypothèses, et c’est beaucoup trop compliqué pour les non-spécialistes (surtout s’agissant de papiers techniques comme ceux-ci, qui ne visent clairement pas la vulgarisation). Pour l’instant, le plus large consensus observable reste, je crois, que la vaccination est probablement bénéfique. En tant que non-spécialiste, je crois plus fiable de me fonder là-dessus que d’aller décortiquer tel ou tel article que je ne peux pas comprendre en détails.

          J’espère que ma réponse vous intéressera 🙂 (et j’espère que je ne tape pas trop à côté par rapport à ce que vous aviez en tête, ça m’arrive hélas ^^’)

          Bien à vous

          Répondre
          • Charly
            Charly dit :

            Bonjour Norbert,

            Effectivement, le premier article montre que de par la structure du virus et du fait du mécanisme d’action des vaccins actuels l’échappement à l’immunité vaccinale est jugé comme probable. Le papier montre en effet que la protéine Spike ciblée par les anticorps vaccinaux peut rapidement et efficacement évoluer et devenir insensibles aux anticorps vaccinaux sans pour autant perdre en affinité pour les récepteur cellulaire ACE2 (cette affinité étant responsable de la contagiosité = performance du virus).

            Je juge donc inacceptable qu’Acermendax puisse laisser en l’état le paragraphe suivant, qui est présenté sans aucune nuance :
            « Souvent une mutation avantageuse s’accompagne d’une contrepartie négative : par exemple dans notre cas on peut imaginer une modification de la protéine virale Spike qui ne serait plus fonctionnelle pour la fixation sur ACE2, qui est sa porte d’entrée dans la cellule humaine, mais qui donnerait une nouvelle cible d’infection. Ce changement rend le virus invisible aux anticorps produits par la vaccination spécifiquement contre la protéine Spike, et donc même si sa nouvelle cible d’entrée est moins efficace, le virus est avantagé, il est sélectionné : on a produit un variant qui peut échapper à la vaccination. Dommage »

            C’est d’autant plus inadmissible que ce monsieur, prônant l’esprit critique, n’a visiblement pas consulter l’article que je cite pour préparer sa vidéo (publié et validé bien avant). Cela démontre tout au moins un biais de confirmation de sa part car il ne cite que les sources appuyant son point de vue, dont certaines mêmes pas validées et dont l’interprétation peut montrer l’inverse de ce qu’il soutient.
            C’est assez regrettable quand on prétend apprendre aux gens comment penser.

            Il dit également : « Cette étude, à elle seule, atomise complètement la rhétorique de Christian Vélot. Et si sa publication est validée par les experts dans les prochaines semaines, on doit s’attendre à ce que Christian Vélot revienne sur ses déclarations. Nous verrons comment ça se passe. »
            J’ose espérer qu’il saura donc appliquer cette remarque à son propre travail. En l’état, avec les nombreux raccourcis qu’il utilise, on est plus proche de la désinformation.

            Le deuxième article vise à souligner le risque auquel nous nous exposons en utilisant des vaccins spécifiques à des souches anciennes. Le phénomène d’ADE est avéré pour plusieurs coronavirus. C’est en particulier ce phénomène qui pose problème pour vacciner contre le SARS-COV1, le MERS ou encore la péritonite infectieuse féline.
            Cela me parait donc être une question majeure à se poser, en particulier en présence d’un risque d’échappement immunitaire, et il omet totalement de la mentionner ici. Et n’oublions pas que nous sommes en train de pousser à la vaccination l’ensemble de la population. Si un tel risque se matérialisait au cours d’une prochaine vague, les conséquences pourraient être catastrophiques.
            Un autre article sur le sujet appelant à des études et à la prudence et qui est disponible depuis bientôt 1 an : https://www.nature.com/articles/s41564-020-00789-5

            J’estime que le sujet est assez sérieux pour avoir des doutes légitimes, bien loin des cas caricaturaux qu’il ne cesse de présenter, et qu’il est important d’y réfléchir avant de foncer tête baissée dans une solution unique.

            J’en appelle donc à tous les esprits critiques qui liront ce message, pour qu’ils exigent de M Durand qu’il précise ses propos, nous démontre que les éléments que j’apporte au débat ne sont pas applicables ou qu’il se rétracte sur ces déclarations.
            Je précise que cela fait 3 semaines qu’il ignore totalement mes questions et demandes de précisions.

      • Androuiz
        Androuiz dit :

        à noter par contre que le propre fils de Didier Raoult fait partie de l’équipe de recherche dirigé par Laurent Mucchielli.

        Répondre
  2. TobioKageyama
    TobioKageyama dit :

    Bonjour Acermendax,

    merci pour cette nouvelle intervention que j’ai beaucoup appréciée.

    Toutefois, je pensais que l’étude « Assessing mandatory stay-at-home and business closure effects on the spread of COVID-19 » ( https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/eci.13484 ) se retrouverait dans les articles concluant à l’inefficacité des confinements car l’article avait fait couler beaucoup d’encre à sa sortie (le chercheur Lonni Besançon avait d’ailleurs émis de nombreuses critiques à son encontre).

    Est-ce un oubli ou bien est-ce que la conclusion de l’article est trop ambigüe pour que l’on puisse se permettre de dire de l’article qu’il conclue à l’inefficacité des confinements (étant donné que l’absence d’efficacité n’y est constatée qu’après retrait d’autres effets tels que ceux de mesures moins restrictives que le confinement) ?

    Je précise que je reconnais l’efficacité du confinement et que je ne considère pas que cette seule étude vient donner tort au consensus scientifique.

    Cordialement,

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Je n’ai pas estimé que l’étude concluait à l’inefficacité des confinements. Mais par prudence, je vais l’ajouter, les curieux pourront aller y jeter un coup d’œil.
      Merci.

      Répondre
      • Borh
        Borh dit :

        Bonjour
        Merci beaucoup pour ce travail très complet.
        Un petit détail tout de même : à propos des évènements indésirables, LM ne confond corrélation et causalité mais coïncidence et corrélation.
        S’il y avait corrélation entre la vaccination et la mortalité, on ne va pas se cacher que ce serait très mauvais signe. Mais actuellement, il y a 0 corrélation, juste des coincidences.
        Bien cordialement
        Borh

        Répondre
  3. Johnny Bigoude
    Johnny Bigoude dit :

    En ce qui concerne l’efficacité du confinement, je n’ai pas d’étude sérieuse a citer, mais j’utilise les chiffres suivants qui viennent du site: https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries

    En comparant 3 pays à la démographie, conditions sanitaires et niveau de vie sensiblement équivalents que sont la Norvège , la Suède et la Finlande, on a pour nombre de morts du Covid par million d’habitant:
    Finlande:179
    Norvège:148
    Suède:1438
    Or parmi ces 3 pays, la Suède s’est distinguée par sa politique de non-confinement.

    Je concède qu’il peut y avoir d’autres facteurs pour expliquer cette différence, mais quand même ! Entre X 8 et X 10 pour le nombre de morts, il y a une différence majeure !

    Répondre
  4. TuttiFrutti
    TuttiFrutti dit :

    Bonjour, a propos du pourcentage de vaccinés hospitalisés en israel, vous donnez le chiffre de 87% qui semble faux d’après covid tracker:
    https://ourworldindata.org/explorers/coronavirus-data-explorer?zoomToSelection=true&time=2020-03-01..latest&facet=none&pickerSort=desc&pickerMetric=location&Metric=People+vaccinated+%28by+dose%29&Interval=7-day+rolling+average&Relative+to+Population=true&Align+outbreaks=false&country=~ISR

    La valeur donnée par covid tracker est 67% au 13/08
    Avec cette valeur votre raisonnement sur la preuve de l’efficacité par les chiffres tombe à l’eau.
    Elle pourrait même permettre, avec votre méthode, d’affirmer que le vaccin est efficace à 36%.

    Pouvez vous éclaircir ce point ?

    Cordialement

    Répondre
    • norbert
      norbert dit :

      Bonjour,

      Dans l’article, Acermendax parle de 87% des plus de 20 ans. Or les données de covid tracker sont exprimées en pourcentages de la population totale.

      A la louche, les plus de 20 ans représentent 80% de la population en Israël (https://www.populationpyramid.net/fr/israel/2020/). On peut donc faire un petit calcul, en supposant que tous les vaccinés aient plus de 20 ans : 67% de la population totale, ça represente quelle proportion des 80% qui ont plus de 20 ans? Soit 0.67/0.80 = 0.8375. On retombe pas très loin du chiffre qu’il donne, même si j’ai fait ça comme un bourrin.

      Répondre
  5. menippee
    menippee dit :

    L’avantage de votre blog personnel est de présenter tout ce qui peut renforcer et défendre la pensée dominante : c’est par définition intéressant lorsqu’on veut se forger une idée précise et faire le tri. Vous répondez par une croyance sectaire à la religion de vos opposants et vous êtes l’exemple type de ce que vous dénoncez : tout ce qui va dans le sens de votre idéologie est remarquable, ce qui va à l’encontre doit être dénoncé et démontré comme pervers et condamnable et l’on constate que le doute cartésien vous est totalement étranger. Vous utilisez pour cela une démarche scientiste dans l’acception que cet adjectif possédait pour Camus lorsqu’il dénonçait le communisme.
    Vous répondez au complotisme par le conspirationnisme.
    Vos thèses sont celles de la « régression anthropologique » chère à Philippe Muray.
    Merci cependant car grâce à vous j’ai une liste exhaustive de la moitié des thèses dont il faut se méfier. L’autre partie, je peux aisément les trouver sur le Net, même si elles ne présentent pas l’avantage de se voir théorisées en un seul lieu.

    Répondre
    • Haplo
      Haplo dit :

      C’est marrant de voir autant de mots sans aucune corrélation au texte ciblé. Aucun exemple, rien de concret.
      On a l’impression que vous ne savez pas pourquoi vous n’êtes pas d’accord…

      C’est un copié-collé d’un autre commentaire sur le net, avouez.

      Répondre
      • menippee
        menippee dit :

        C’est marrant de constater comment l’idéologie aveugle empêche de voir que je commente le texte ciblé figurant juste au-dessus concernant Laurent Mucchielli où l’auteur, dans la lignée de l’esprit général du site, « flingue » une idée au seul motif (ou presque) qu’elle s’oppose au « consensus scientifique » ambiant en la traitant de « complotiste ».
        De la même façon, la pensée dominante traitait en leur temps Copernic et Galilée d' »hérétiques ». Si les adjectifs changent, la méthode est malheureusement identique.
        Peut-être pourriez-vous voir que l’opinion de Laurent Mucchielli mérite d’être entendue au lieu de la rejeter dès le départ comme diabolique au motif qu’il a été invité à l’IHU. Rien n’oblige non plus à le considérer a priori comme un prophète éclairé. On n’est pas contraint d’adopter une position manichéenne simpliste et infantile.
        Je suis en outre étonné qu’on accepte de donner la place aux propos d’un courageux anonyme qui prétend faire partie du CNRS et en représenter l’opinion : en matière de rigueur scientifique, on est loin du « Discours de la Méthode ».
        Ecrire « C’est un copié-collé d’un autre commentaire sur le net, avouez. », ça relève du complotisme le plus effrayant : ça me laisse pantois! Même si je conteste l’esprit dominant du site, je pensais que « ça volait » un peu plus haut.
        Toujours dans la même ligne de pensée, le site a présenté la réponse du Pr Fischer à Michel Vélot comme une fin de partie qui clôt le débat.
        Je m’étonne que dans sa volonté de pourfendre les théories déviantes le site n’ait pas cru bon de commenter les propos argumentés en réplique et en particulier : « Par ailleurs M. Fischer affirme que « de tels recombinants n’ont jamais été observés avec les vaccins vivants atténués qui délivrent pourtant leur matériel génétique dans les cellules qu’ils infectent ». Les vaccins vivants atténués (qui ne figurent pas parmi les vaccins ou candidats vaccins contre la Covid-19) consistent à injecter le virus entier, non pas inactivé mais affaibli. D’une part, il y a peu de vaccins vivants atténués (ce sont surtout des vaccins inactivés), et ils n’ont jamais été utilisés à une échelle aussi grande qu’est ou sera celle de la vaccination contre la Covid-19. D’autre part, j’ai le regret d’apprendre au Pr. Fischer qu’une étude publiée en avril 2020 révèle l’apparition d’un virus recombinant (à ARN) de la bursite infectieuse chez le poulet entre une souche infectieuse naturelle et une souche vaccinale atténuée (Wu et al-2020).
        Soit M. Fischer ignore tout cela et c’est grave, soit il ment délibérément et c’est… grave. »
        Je continuerai de suivre « la menace théoriste » en espérant qu’un commentaire
        détaillé à ce sujet sera publié.

        Répondre
        • zXd12
          zXd12 dit :

          L’avantage de la « pensée dominante » sur laquelle le texte s’appuie est qu’elle est soutenue par les connaissances produites par la méthode scientifique. Jusqu’à preuve du contraire, tant qu’une meilleure méthode n’est pas trouvée, c’est bien à cette « pensée dominante » (le consensus scientifique donc) qu’il est le plus raisonnable de croire. Pour cette raison, vous pourrez appeler comme vous voulez la diffusion des connaissances scientifiques, si c’est une « croyance sectaire », c’est probablement celle en laquelle on peut le plus se fier.

          Je ne suis pas virologue, ni vous probablement, ni Mr. Mucchielli, ni même l’auteur de ce texte. Faute de pouvoir produire de la connaissance scientifique, mieux vaut nous fier à ceux dont c’est le métier. C’est exactement ce qui est fait dans cet article. Si vous trouvez que les sources fournies ne représentent pas l’état actuel des connaissances scientifiques, n’hésitez pas à fournir vos sources.

          Contrairement à certains autres courants de pensée allant à l’encontre du consensus scientifique, la propagation de fausses informations à propos du coronavirus cause des morts. Excusez donc l’auteur qui, présentant des idées qui vont à l’encontre de la méthode la plus fiable que l’humanité ait trouvée, se permet de les qualifier de dangereuses.

          Je n’ai pas trouvé le mot « flingue » dans le texte. Si vous ne souhaitez pas qu’on vous prête des intentions qui ne sont pas les vôtres (le message d’Haplo étant effectivement très peu constructif), essayez de ne pas croire que vous savez pourquoi l’auteur du texte passe plusieurs heures de son temps à déconstruire un discours.

          L’argument de Copernic et Gallilé m’a toujours paru creux. En quoi cet argument est spécifique au sujet de Mr. Mucchielli ? Il peut être utilisé pour justifier n’importe quelle idée allant contre la science, je ne suis pas sûr que dire que les urinothérapeutes sont oppressés par la pensée dominante comme l’étaient à leurs époques Copernic et Gallilé soit un argument qui prouve quoi que ce soit à propos de leur pratique.

          L’opinion de Mr. Muchielli n’est jamais qualifiée de diabolique, et encore une fois, essayez de ne pas croire que vous savez ce qu’en pensait l’auteur avant d’écrire cet article. La suite de l’article montre les recherches effectuées pour arriver à la conclusion que cette opinion est invalide, que vous faut-il de plus ?

          Quand bien même, avoir une opinion à priori, non fondée sur des éléments scientifiques, est certes moins fiable, mais permet de réduire considérablement le temps requis pour se construire une opinion sur un sujet (asymétrie de Brandolini, bayésianisme). Malgré cela l’article, après avoir présenté ces éléments moins fiables, passe plusieurs chapitres à présenter des connaissances scientifiques. Encore une fois, que vous faut-il de plus ?

          Je n’ai pas les compétences ni le temps pour juger de la qualité de la dernière partie de votre commentaire, mais soyez sûr que si des connaissances scientifiques fiables sont établies prouvant que la communauté scientifique se trompe, vous en enterez parler bien avant qu’un article ait eu le temps d’être publié sur ce blog.

          Une dernière fois, essayez de ne pas croire que vous savez ce que votre interlocuteur pense, ça se trouve, il a le même objectif que vous.

          Répondre
        • Haplo
          Haplo dit :

          « Le fait que certains génies ont fait l’objet de moqueries ne signifie pas que tous ceux dont on se moque sont des génies. On s’est moqué de Christophe Colomb, on s’est moqué de Fulton, on s’est moqué des frères Wright. Mais on s’est aussi moqué de Bozo le clown » (Sagan).
          L’appel à Galilée a même sa page wikipédia, c’est dire à quel point ce sophisme est usé jusqu’à la corde… https://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_%C3%A0_Galil%C3%A9e#:~:text=Dans%20les%20m%C3%A9dias-,Principe,aujourd'hui%20par%20la%20r%C3%A9alit%C3%A9.

          Sur l’idéologie, franchement… C’est un argument que je peux vous retourner: c’est vous qui êtes aveuglé par votre idéologie anti-science.
          Tout ce que je peux vous retourner arbitrairement n’a pas sa place dans un débat.

          La majorité des foutaises de Muchielli ont été écoutées, analysées et réfutées, vous en avez un exemple au-dessus (argumenté, circonstancié, sourcé), et il ne se rétracte pas. Partant de là, je considère que son opinion ne vaut plus un centime, chercheur au CNRS ou pas. Il faut vraiment vous accrocher à Muchielli pour encore y croire. Ce que vous citez dans votre dernier paragraphe, je considère que ce sont des foutaises, comme tout ce qui sort de cet étrange personnage. Je n’ai pas le temps de vérifier absolument toutes les conneries clamées par ce mec: j’ai une vie, je passe déjà beaucoup de temps à vérifier tout un tas d’infos (un enseignement de cette pandémie). La loi de Brandolini me donne un désavantage face aux bullshitteurs, et c’est comme ça, faut s’y faire. Je dois trier les gens et les thèses auxquels je peux accorder ma confiance, en faisant au mieux.
          Muchielli s’est grillé depuis longtemps.
          Vous croyez sérieusement que les vaccins font plus de morts que le covid ?

          Savez-vous ce qu’est le complotisme ? Je ne vois pas de complotisme dans ma phrase « C’est un copié-collé d’un autre commentaire sur le net, avouez. ». Si vous n’avez aucune idée de ce qu’est le complotisme, je me permet de remettre en doute tout ce que vous écrivez à ce propos. Vous auriez pu être un troll, il y en a de partout, qui « défendent » toutes les opinions.
          Je me suis permis d’écrire ça en réponse à votre commentaire initial virulent (accusation de complotisme, régression anthropologique, croyance sectaire, démarche scientiste…), et totalement dénué d’argument ou de citation du texte pour appuyer vos propos, aucune analyse. Coquille vide. Piquante mais vide. Et vous vous plaignez que ça ne vole pas haut… Quelle ironie. Relisez-vous en haut de ce fil, c’est sidérant.
          « Une argumentation est composée d’une conclusion et d’un ou de plusieurs « éléments de preuve », que l’on appelle des prémisses ou des arguments, et qui constituent des raisons d’accepter cette conclusion. ».
          Vous avez juste oublié de mettre les arguments dans le premier commentaire.

          Répondre
  6. menippee
    menippee dit :

    Dans la lignée du ton de ce site, Acermendax écrit : « Heureusement les vaccins restent efficaces pour éviter les covid sévères et cela explique que le nombre de morts ne soit pas reparti à la hausse. » Je l’invite donc à méditer ces simples chiffres officiels aisés à vérifier : Israël 9 millions d’habitants, taux de vaccinations 2 doses 62.9%, nombre de cas au 26 Août 10.446 (dont 59% sont des vaccinés), 23 morts au 22 Août (0 mort le 3 Juillet) s. En France, ça donnerait (environ) 75.000 cas et 150 morts par jour. S’il est difficile de nier une certaine efficacité de ces vaccins ARNm, il semble pour le moins exagéré d’en assurer une promotion excessive au prétexte que ça correspondrait au « consensus scientifique » (selon Saint Veran?).
    Pour être provocateur, je pourrais affirmer que la majorité (statistiquement) des études produites sur l’HCQ concluent à son efficacité. En déduisez-vous que ce consensus mérite d’être soutenu?
    De la même manière, affirmer gratuitement que les vaccinés seraient moins contaminants semble pour le moins une thèse très téméraire quand on lit, outre l’étude forcément complotiste du Pr La Scola de lIHU, celle- ci : https://www.news-medical.net/news/20210803/1/French.aspx. J’imagine que son auteur,Dr. Sanchari Sinha DuttaIl, a trafiqué ces chiffres du Wisconsin.
    Il est effectivement difficile d’avoir un débat avec des personnes qui se prétendent les seules dépositaires de la « Science » avec un grand S, en dénigrant leurs contradicteurs par définition « anti-science », fussent-ils des scientifiques. Ici, les seuls vrais scientifiques sont ceux en qui on a « foi ».
    On a l’impression en lisant ce site d’un copié-collé de France Soir à l’envers. Chacun défend forcément la Science en qualifiant l’autre de complotiste. C’est l’opposition de 2 églises aveugles qui prétendent posséder
    la vérité sur Dieu.
    On a le droit d’avoir des préventions sur l’une et sur l’autre, non pas sur leurs arguments ponctuels qui méritent d’être lus, mais sur la démarche intellectuelle.
    Heureusement que certains me donnent des leçons de rhétorique. En complément de la pédagogie scientifique, ce site s’avère comme le seul détenteur de la Vérité (Pravda en russe) Universelle.
    Qu’est-ce que le consensus scientifique : celui de la Chine, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Suède? A quelle époque : en Mars 2020, en Novembre, en Mai 2021…?

    Répondre
    • Romain
      Romain dit :

      Salut,
      le lien vers l’étude de Dr. Sanchari Sinha DuttaIl ne fonctionne pas correctement.
      Concernant l’imperfection des vaccins à ARNm, personne ne le nie, concernant le variant delta; mais refuser la promotion de ce vaccin sous prétexte qu’il n’est pas parfait revient à faire un sophisme de la solution parfaite. Pour l’instant, faute mieux, il faut en faire la promotion.
      Dans le même ordre d’idée: la ceinture de sécurité n’empêche pas d’avoir des accidents graves, donc il ne faudrait pas promouvoir son utilisation?

      Répondre
      • zozo46
        zozo46 dit :

        Voici le lien :
        https://www.news-medical.net/news/20210803/1/French.aspx

        Avis important signalé en fin de l’article  » le medRxiv publie les états scientifiques préliminaires qui pair-ne sont pas observés et ne devraient pas, en conséquence, être considérés comme concluants, guident la pratique clinique/comportement relatif à la santé, ou traité en tant qu’information déterminée »

        Répondre
      • Patrice
        Patrice dit :

        Bonjour,
        une des questions posées par Laurent Mucchielli concerne la comparaison de la mortalité associée aux nouveaux vaccins et la mortalité associée aux vaccins « classiques » de 1990 à 2011 aux Etats Unis. Celle-ci montre en effet tune augmentation substantielle pour ces derniers vaccins. Je ne trouve pas dans votre article de réponse vis à vis de ce phénomène. Existe-t-il des études qui analyse ce phénomène ?
        Merci
        Cordialement

        Répondre
        • TLG
          TLG dit :

          Bonjour,

          Muchielli ne compare pas la mortalité des différents vaccins, mais le nombre de notifications de décès à la pharmacovigilance. Ces notifications ne sont pas systématiques et il y a donc un énorme « bais de notoriété » en raison de la médiatisation du Covid19, qu’il est difficile de quantifier mais qui explique facilement pourquoi il y a plus de notifications pour les vaccins anti-covid19 que pour les vaccins « classiques »

          Répondre
          • Patrice
            Patrice dit :

            Il y a sans doute un « biais de notoriété », mais comme vous le dîtes, il est difficile à quantifier. Dès lors, je ne comprends pas vraiment comment il pourrait expliquer « facilement » une telle différence. Ce point ne peut être balayé d’un revers de main sans se donner les moyens de l’analyser correctement.

  7. damien B
    damien B dit :

    Bonjour Acermendax,
    Merci pour cette nouvelle intervention que j’ai beaucoup appréciée aussi.
    Afin d’utiliser ce travail en classe avec mes élèves sur l’éveil de l’esprit critique, j’ai pas mal creusé les sources des documents et il semblerait bien qu’en juillet 2021 une majorité des malades hospitalisés (cas graves) est été des malades vaccinés (sauf si cette source est fausse) :
    https://www.covid-datascience.com/post/israeli-data-how-can-efficacy-vs-severe-disease-be-strong-when-60-of-hospitalized-are-vaccinated
    Les 40% font référence aux contaminations.
    En même temps, avec 87% de la population adulte vaccinée ce n’est pas étonnant. On se retrouve avec 5 cas graves pour 100 000 adultes vaccinés contre 37 cas pour 100 000 adultes non vaccinés.
    Bonne soirée

    Répondre

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