Bénéfice du Doute #16

Invitée : Madame Captain (ou Madeline Captain : ce sont des noms de plume)

Enregistré le 17 février 2021.

Editorial

Les parents, à toutes les époques, ont été confrontés à un problème ; les enfants ne sont pas fournis avec un mode d’emploi. Il est parfois difficile de s’en faire comprendre et plus encore de les comprendre eux, et de savoir quelle décision permet leur épanouissement ou, au contraire, les abîme durablement.

Être parent est peut-être plus anxiogène aujourd’hui qu’à n’importe quelle autre époque. Le papa et la maman (surtout la maman) sont confrontés avec une facilité déconcertante à des propos qui les rendent responsables de tout ce qui pourrait ne pas aller pour le mieux chez leur enfant. En France la psychanalyse est passée par là, et nous savons l’empressement de cette discipline à tout expliquer par des rapports défectueux durant la petite enfance à cause d’une maman trop présente. Ou pas assez présente. D’un papa trop autoritaire. Ou pas assez autoritaire. La psychanalyse explique à la volée absolument tout et son contraire, et donc absolument rien. Je vous prierai d’ailleurs de garder vos commentaires inspirés de psychanalyse pour vous.

Revenons-en au cœur du sujet de ce soir. Nous pouvons sans doute convenir ensemble d’un certain nombre de chose ; faisons un sondage. Si je vous propose une Parentalité Bienveillante Protectrice Respectueuse Positive : s’il vous plait, levez la main si vous êtes contre. D’accord, merci.

Nous sommes d’accord sur le principe et pourtant cela ne va pas de soi dans les faits. On crie sur les enfants, on les corrige (c’est un euphémisme pour la baffe et la fessée), on les punit, on veut qu’ils soient assez autonomes pour ne pas faire de bêtises, mais on veut qu’ils se taisent quand on fait des choix à leur place, on ne prend pas toujours le temps de leur expliquer pourquoi on leur demande certaines choses… et cela dans le cercle familial comme à l’école. On les force —et ce « on » ce ne sont pas seulement les parents—  On les force à répondre aux attentes de la société. Et on le fait pour leur bien, parce que le monde n’est pas facile, parce qu’il faut les endurcir, les préparer à être des individus résistants. En tout cas c’est l’histoire qu’on se raconte pour justifier d’agir ainsi.

Echantillons : « Oh lala, une gifle ça n’a jamais tué personne. » « Moi, j’ai réussi parce que mes parents ont été durs avec moi, exigeant. » « Cette école est très stricte, et elle produit des étudiants qui excellent dans leur parcours… » Etc. Certains d’entre vous auront reconnu dans ces exemples le biais du survivant, associé ici à ce qu’on pourrait appeler le biais de justification du système[1].

La parentalité bienveillante propose d‘arrêter de se justifier et de regarder ce qu’on peut faire mieux. Et nous en parlerons avec notre invitée. Mais nous parlerons aussi des risques que l’on encourt lorsqu’on s’aventure dans le milieu des influenceurs et influenceuses Parentalité où la bienveillance est parfois un élément de langage en porte-à-faux avec les comportements.

Ce soir nous n’épuiserons évidemment pas le sujet de l’éducation, ni même celui de la Parentalité positive/bienveillante. Nous ne vous livrons pas un analyse sociologique exhaustive issue d’une littérature académique sur un phénomène nomenclaturé, mais le regard d’une sceptique, d’une maman qui a rencontré les discours, les pratiques, les attitudes et injonctions du milieu de la Parentalité Bienveillante, qui en a souligné les défauts et s’est retrouvée en butte à des réactions qui n’avaient rien de bienveillant. La Parentalité c’est aussi du business, de l’édition, du coaching personnel, de l’influence et de l’idéologie. C’est aussi pour ça que les discours séduisants sont défendus âprement par ceux qui en tirent un profit substantiel. Mine de rien cette thématique est très conflictuelle, mais ce soir nous ne sommes pas en croisade, nous allons simplement remettre un peu de scepticisme dans un milieu qui verse peut-être un peu dans le dogmatisme et ajoute sur les épaules de parents déjà bien assez stressés le poids d’injonctions injustifiées.

Pour ce Bénéfice du Doute numéro 16, nous recevons Madame Captain.

Lien vers la page Instagram de Mme Captain.


[1] https://blog.mieux-apprendre.com/2020/01/10/pourquoi-la-societe-a-du-mal-a-changer-le-biais-de-justification-du-systeme/

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