Tronche en Live 97

Invité : Christophe Darmangeat

Enregistré le 10 février 2021

Editorial

Nous connaissons tous les grandes questions existentielles sur le sens de la vie. Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi certaines évidences nous frappent-elles ? Pourquoi certaines illusions persistent-elles ? Pourquoi nous posons-nous tant de questions ? Pourquoi les réponses sont-elles si souvent à ce point frustrantes ?

Alors nous regardons vers nos anciens, nos sages prédécesseurs, en espérant que le temps qu’ils ont passé dans le monde avant nous a été mis à profit pour en tirer des indices sur ce qu’il faudrait penser. Mais plus nous cherchons dans le passé, moins nous trouvons, et plus les traces de nos ancêtres se perdent dans un buisson que nous partageons avec les primates, ce qui écorche un peu la vision que l’on voudrait avoir de nous-mêmes en tant que créatures séparées de l’animalité, en tant qu’êtres de raison, de civilisation, catégoriquement distincts des singes et des sauvages. Il faut pardonner à ceux qui ont du mal à se défaire de cette illusion-là.

D’autant que les illusions sont nombreuses sur la manière dont nous nous représentons les humains d’avant, les gens de la préhistoire. Et la science, toujours inscrite dans son temps, toujours tributaire de la culture qui la développe a elle aussi contribué à certaines caricatures : l’homme des cavernes brutal, bourru, qui règle tous ses problèmes à coup de massue traine encore un peu dans les vieux rayonnages des bibliothèques. L’ancien sauvage, détaché des biens matériels, nomade vivant de cueillette en harmonie avec la nature, paisible et sage, est une autre carte postale qui nous cache le paysage.

Le problème avec la Préhistoire est notre tentation à chercher dans le passé la justification de notre vision actuelle du monde. À ceux qui ne sont plus là on voudrait faire dire ce qui nous arrange. Nous instrumentalisons trop facilement les indices des modes de vie anciens pour « naturaliser » l’ordre des choses… Il est rassurant de se dire que la manière dont nous voulons régir la société répond à un impératif qui s’est manifesté des millénaires avant nous et a été validé par tous ceux qui nous ont précédés.

Mais à l’inverse certains n’hésitent pas à s’imaginer d’autant plus évolués qu’ils s’estiment éloignés de la figure de l’ancêtre et veulent croire que leurs standards modernes surpassent nécessairement ceux du passé.

Nous ne trancherons pas ce soir sur ces questions prescriptives, sur ce la société doit choisir de faire, mais nous essaierons de rendre justice à la préhistoire en nous efforçant d’être avant tout descriptifs. Que savons-nous de nos ancêtres ? Comment le savons-nous ? Quel degré d’incertitude demeure dans ces connaissances ? Nous explorerons plus précisément la question de la violence et de la guerre (qui ne pouvait exister au pléistocène sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui) et des inégalités. Comment savoir aujourd’hui ce qui se passait il y a si longtemps ? Est-ce seulement possible ?

Tentative de réponse avec Christophe Darmangeat, Maître de Conférences à l’Université Paris Diderot en Sciences Economiques et directeur de recherches en Anthropologie Sociale.

Ressources et liens utiles

Christophe Darmangeat est l’auteur de plusieurs livres : “Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était” , “Conversation sur la naissance des inégalités“, “Le profit déchiffré“, “Justice and Warfare in Aboriginal Australia” (et sa future version française)

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