Peut-on être plusieurs dans sa tête ? [TENL#111]

Emission enregistrée le 4 mai 2022

Invitée : Coraline HINGRAY, médecin psychiatre

 

Editorial

Peut-on être plusieurs dans sa tête ? Les personnes qui ont de multiples personnalités, qui peuvent passer de l’une à l’autre, toutes très différentes, parfois très nombreuses, on en croise dans la fiction qui n’est jamais avare d’effets spectaculaires et de situations médicales très propices à la narration d’histoires palpitantes mais peu fidèles à la réalité des conditions et des traitements appropriés. La fiction, bien sûr, a tous les droits. Un film comme Split de Night Shyamalan, qui verse allègrement dans le fantastique, n’a pas la prétention de nous décrire un syndrome psychiatrique, mais de nous faire vivre une aventure étonnante au cinéma.

Le problème, lorsqu’on veut savoir ce que sont les maladies mentales, comment elles se manifestent, quels effets elles ont sur la vie des gens, c’est que nous n’avons pas tous la « chance » d’avoir autour de nous des personnes vivant avec tous les troubles psychiatriques du monde, ou plus exactement —ces conditions étant en bonne partie invisibles— on en côtoie, mais sans le savoir, et nous avons pour quasiment seule fenêtre sur les maladies mentales ce que la fiction en dit.

Il serait un peu indélicat de demander à tous les concernés par les troubles mentaux de bien vouloir se signaler afin qu’on prenne conscience de leur présence, qu’on s’avise qu’ils ne ressemblent pas tant que ça aux images que l’on s’en fait et qu’on se débarrasse au moins un peu des stéréotypes porteurs de psychophobie. On n’aide pas les minorités invisibles en forçant les individus à se montrer.

Le Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) qu’on appelait autrefois trouble de la personnalité multiple est une affection psychiatrique méconnue du grand public… Et peut-être même des professionnels de la santé mentale eux-mêmes.

Si nous en parlons ici, sur une chaîne dédiée à l’esprit critique, c’est parce que ce trouble fait l’objet de beaucoup d’attention via les chaines TikTok, Instagram ou YouTube de personnes, essentiellement des jeunes femmes, qui se disent concernées et se mettent en scène sous l’identité de leurs diverses alters afin de raconter leur vie, de raconter leur maladie, leurs traumas et sans doute bien d’autres choses, je ne connais pas assez ces contenus pour vous les décrire.

Face à ce phénomène relativement récent, je dois confesser ma perplexité. Je ne suis pas en mesure de savoir si ces troubles sont authentiques, ni de quantifier le danger potentiel que représenteraient des simulations exerçant sur le public assez d’influence pour causer une forme de contagion. J’éprouve une sorte d’incrédulité personnelle que je dois absolument éviter de confondre avec une bonne raison d’affirmer que les concerné·e·s mentent, sont mythomane, inventent tout, car il est bien possible que ce trouble me semble baroque à cause de préjugés de ma part, d’une certaine conformité à des idées sur la structure de la psyché. À ce stade, ce que je dois faire c’est garder l’esprit ouvert.

L’un des problèmes avec le TDI c’est qu’il est encore aujourd’hui controversé : nous ne sommes pas en présence d’un consensus scientifique permettant de dire définitivement que la multiplicité de l’identité est nécessairement le résultat de traumatismes, car certains spécialistes estiment que c’est l’approche thérapeutique ou l’influence des médias qui produisent cette impression et induisent les symptômes du TDI. Ce n’est pas sur un plateau de télé ou dans un programme sur YouTube qu’on résout une controverse scientifique, on ne va donc pas débattre de la réalité du TDI ce soir, mais on va essayer de comprendre le point de vue d’une personne qu’on m’a chaudement recommandée lors du Congrès de l’Encéphale, l’évènement français avec la plus grande densité de psychiatre au mètre carré.

Coraline Hingray, médecin psychiatre, Praticienne hospitalière au CPN, responsable du centre Psychotrauma de Nancy est sans doute la meilleure spécialiste française des traumas psychologiques et du diagnostic et de la prise en charge des TDI.

Elle va nous aider à comprendre les concepts sur lesquels repose ce trouble et à évacuer les idées les plus fausses.

 

1 réponse
  1. – Gandalf (from “The Conjurers”) ©️ 1982-2022
    – Gandalf (from “The Conjurers”) ©️ 1982-2022 dit :

    Merci, (encore et vraiment, même ce n’est que la première fois « en direct »…)
    Vivement les prochains spots du 25 mai 2022…
    Encore un sujet essentiel (ENFIN…)
    Si vous passez jeter une coup d’œil sur mon site PRO qui se transforme (un peu trop, GRRR) en BLOG PERSO, je suis en plein dedans !
    Mon sujet #LSA1KG ne veut pas se décoller de mon attention, justement parce-que ces dérives me coûtent également personnellement et profondément…
    Je peux échanger en directe, par email ou autre, car je prévois de divulguer plus encore de cette expérience !
    Merci en tout cas pour vos efforts et initiatives dans le BON SENS (à lire de tout un tas de manières, n’est-ce pas ?!)…
    Merci à vous 2 !!! (à tous ceux qui vous inspirent, vous soutiennent, bref, rendent vos efforts possibles…)
    Encore une nuit interrompue et devenue blanche, autant pour m’éclairer de (trop) de nouvelles questions !
    Mais, l’espoir, toujours et encore, d’imaginer un possible, des réponses, que sais-je…!?

    Au plaisir d’échanger, de comprendre, et qui sait, de rendre à mon tour les cadeaux déjà reçu…
    La vie est pleine de cadeaux, ou peut l’être…
    Soit je suis moi même trop « espérant », comme la vue d’une goutte d’eau résiduelle dans un verre presque totalement vide, devient pour moi la démonstration même du verre à moitié plein !
    KEEP THE WORK
    STAY TUNED

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