Le harceleur a toujours raison

Sur les RS on se trouve parfois en butte à l’opiniâtreté d’encombrants spécimens qui tiennent à obtenir que vous changiez publiquement d’avis, que vous retiriez un contenu, que vous vous excusiez. Souvent ils se trouvent ses alliés dans la même catégorie de radicalisés ou dans une catégorie annexe mais qui vous est hostile pour d’autres raisons (alliance de circonstance).

NB : le harceleur n’est pas juste un contradicteur, un commentateur un peu remonté, un collègue qui pose une critique, c’est une personne qui revient à la charge pendant des semaines, mois ou années parce que vous n’avez pas le droit de ne pas être d’accord avec elle. L’agressivité et la répétition sont des critères importants.

 

Mais la répétition on la mesure du côté de la victime. Si vous êtes le 250e à me dire que je suis un bègue au corps de lâche et que j’ai le physique de mes idées, même si c’est votre premier message du type, vous participez à un phénomène collectif (Dogpiling), et d’ailleurs vous le savez. C’est pour ça qu’un tribunal peut vous condamner.

 

« Le fait de harceler autrui par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. » [Code pénal – Article 222-33-2]

 

Le harcèlement prend diverses formes. D’abord les simples insultes. Répétées. Mais aussi les menaces. Voilées ou explicites. Le harceleur vous rabaisse, il s’en prend à votre nom à votre physique, à vos origines, votre situation sociale, votre entourage, vos addictions réelles ou supposées, votre sexualité, etc. Le harcèlement dont je veux vous parler est moins flagrant car il prend l’apparence d’une opposition purement intellectuelle. Il veut se faire passer pour un débat d’idées.

 

J’ai une mauvaise nouvelle. Je peux vous « démontrer » que vous avez tort et que votre harceleur a raison avec cette petite feuille de route du cyberharcèlement militant. Naturellement, la militance n’est pas en cause, c’est la toxicité de certains individus qui est ici le problème.

Regardons pourquoi le harceleur a forcément raison. Pourquoi vous n’avez aucune chance.

  1. Le harceleur a raison. [ça arrive parfois ! C’est une question à se poser] Il croit que cela justifie son comportement (Ne faites pas ça chez vous!).
  2. Vous ignorez le harceleur. C’est la preuve que vous n’avez rien à répondre.
  3. Vous répondez au harceleur, mais sans être convaincu. C’est la preuve que vous êtes fermé à la critique.
  4. Vous bloquez le harceleur. C’est la preuve que vous vous radicalisez.
  5. Vous répondez au harceleur, et vous avez un nombre d’abonnés bien plus grand que le sien (c’est logique, il ne s’attaque souvent à vous que parce que vous avez de l’influence). C’est la preuve que vous le jetez en pâture à vos abonnés.
  6. Vous répondez en utilisant un compte secondaire ou perso, en tout cas un média avec moins de visibilité. C’est la preuve que vous cherchez à étouffer l’affaire.
  7. Vous dénoncez le harcèlement. C’est la preuve que vous vous victimisez pour invisibiliser le vrai sujet qui tient très à cœur au harceleur.
  8. Vous précisez que les sujets évoqués par le harceleur sont importants mais que ce comportement est contre-productif. C’est la preuve de votre insupportable arrogance à croire que vous pouvez dire aux autres comment défendre leur cause. Vous êtes coupable d’un odieux et irréparable : #TuDessersTaCause.
  9. Vous évitez le sujet pour avoir la paix. C’est la preuve que vous n’avez aucune valeur, que vous ne servez à rien, que vous vous désintéresser des vrais problèmes.
  10. Vous décidez de traiter le sujet qui tient à cœur à votre harceleur. Du mieux possible, en consultant les meilleurs experts. C’est la preuve que vous croyez pouvoir traiter des choses qui ne vous concernent pas, que vous prenez la place de ceux qui savent, que vous êtes un oppresseur.
  11. Si en fait vous êtes concerné par le sujet de société en cause et résistez malgré tout à la position du harceleur. C’est la preuve que vous êtes un token, un simple pion inféodé à un système dont il est la victime et le complice, car le harceleur est seul apte à parler pour les concernés, qu’il en soit un ou pas. (ceci est arrivé au collègue Penseur Sauvage)
  12. Vous tentez d’expliquer la mécanique du harcèlement perpétré par ceux qui ont échoué à vous convaincre malgré leur agressivité. C’est la preuve que vous êtes l’ennemi des militants (c’est le harceleur et sa bande qui parlent, pas *les* militants).
  13. Vous faites une vidéo pour décortiquer l’implacable tourbillon du harcèlement où vous n’avez aucune chance d’avoir raison. C’est la preuve que vous êtes tellement fragile qu’au lieu de travailler vous faites du drama.
  14. Etc.

 

Le harceleur ne peut pas accepter un narratif où il est un harceleur bête et méchant, il choisira donc toujours une interprétation qui lui donne le beau rôle, qui confirme ses convictions, qui cajole son amour-propre et vous n’êtes qu’un instrument de son récit personnel. Le harceleur ne s’intéresse pas à vous, il ne s’intéresse qu’à lui, vous êtes un outil dans le scénario de cette facette de sa vie. Il vous reste à espérer que les autres parties de son existence sont assez intéressantes pour qu’il se lasse de son rôle de héros numérique. Quand le harceleur a une vie de merde, vous êtes foutu.

 

Je souhaite donc à tous les harceleurs du monde d’avoir une vie riche bien remplie et heureuse. Ça pourrait bien aider leurs victimes.

 

Nuance

Finissons avec une note d’autocritique nécessaire. La position du harceleur est irréfutable ; pour lui, le méchant c’est vous. Mais attention, parce que vous et moi nous avons un cerveau similaire. Si nous commençons à considérer qu’une personne est un harceleur alors nous aurons toujours un narratif disponible pour le confirmer. Cette situation est un peu moins grave parce que le scénario s’arrête quand on bloque la personne en question, on risque moins de faire souffrir autrui. Mais le danger c’est de prendre l’habitude de considérer toutes les critiques comme des agressions. C’est un piège très tentant dans lequel on tombe en douceur, sans en avoir conscience.

Bref, comme d’habitude le réel est infiniment complexe et le doute est salvateur.

Mais nous n’avons pas à négocier notre santé mentale contre les priorités de la militance d’autrui. Leur colère ne leur donne pas raison. Et quand bien même ils auraient raison, s’ils ne prennent pas en compte le fait que nous ne réagissons pas seulement avec notre intellect mais aussi avec toute la gamme des émotions humaines, ils sont irrationnels, leur approche est vouée à l’échec et leur attitude est au mieux inutile.

Dans tous les cas, prenez soin de vous.

 

 

Pour vous documenter

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32239

8 réponses
  1. Géd
    Géd dit :

    Personnellement face à un harceleur je lui dis qu’il a raison et que j’ai tort, sans entrer dans aucuns détails. Généralement (à 99%) ça clot le débat. En plus c’est la démarche qui fatigue le moins.

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  2. Cécile
    Cécile dit :

    J’adhère totalement au sens de votre billet et de la vidéo mais j’émets juste un bémol sur l’introduction et l’état du droit en matière de harcèlement, par rapport à ce passage :

    « Mais la répétition on la mesure du côté de la victime. Si vous êtes le 250e à me dire que je suis un bègue au corps de lâche et que j’ai le physique de mes idées, même si c’est votre premier message du type, vous participez à un phénomène collectif (Dogpiling), et d’ailleurs vous le savez. C’est pour ça qu’un tribunal peut vous condamner. »

    L’article cité dans le billet (233-33-2) vise une répétition qui est mesurée, non pas du côté de la victime mais bien du côté de l’auteur.
    C’est l’article 233-33-2-2 qui réprime un harcèlement même lorsque l’auteur n’agit pas de manière répétée ET qu’il sait que la victime subit des agissements répétés d’un ensemble de personnes.
    C’est là précisément que votre présentation me pose problème. Pour être reconnu coupable de harcèlement sur la base d’un agissement unique, il faut que les faits démontrent que l’auteur savait qu’il s’inscrivait dans un contexte global d’agissements répétés contre une même victime.
    Vous semblez dire que l’auteur d’un message unique le sait forcément (« et en fait, vous le savez, vous le savez »), alors qu’il existe des situations dans lesquels non, l’auteur ne le sait pas forcément.
    (On a, par exemple, l’hypothèse d’un quote RT où l’on réagit immédiatement sans avoir connaissance d’autres réactions simultanées, massives et agressives).
    Précisément, il faut prouver cette connaissance et il ne me semble que pas qu’on puisse considérer, par défaut et en toute hypothèse, que l’auteur d’un message unique dans un contexte de messages importants visant une même personne connait forcément ce contexte.

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  3. Tobio Kageyama
    Tobio Kageyama dit :

    Avant toute chose, je tiens à préciser que je considère que raoult et aberkane sont des personnes dangereuses que je ne porte pas dans mon coeur et que je considère que les critiques qui leur ont été adressées par les scientifiques et les zététiciens étaient pertinentes.

    Ceci étant dit, pourriez-vous expliquer en quoi votre vidéo ne vient pas, au final, donner raison à ces 2 personnes de déclarer qu’elles sont harcelées par les scientifiques et les zététiciens qui les critiquent faisant ainsi de toutes les personnes de ces 2 groupes (dont vous) des harceleurs.

    Également, pourriez-vous expliquer en quoi la fin de votre vidéo ne vient pas, par la même occasion, dénigrer les critiques qui ont été adressées à ces 2 personnes et également donner raison à ses 2 personnes de ne pas tenir compte de ces critiques ? (je parle des phrases « nous n’avons pas à négocier notre santé mentale contre les priorités de la militance d’autrui » et « quand bien même ils auraient raison, s’ils ne prennent pas en compte le fait que nous ne réagissons pas seulement avec notre intellect mais aussi avec toute la gamme des émotions humaines, ils sont irrationnels, leur approche est vouée à l’échec et leur attitude est au mieux inutile »)

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Le sentiment d’être harcelé existe sans doute sincèrement chez Raoult et Aberkane puisqu’ils sont la cible de très nombreuses attaques et injures.
      Ce n’est pas pour cela qu’on doit se retenir de travailler. A de très rares et regrettables exceptions prêtes (j’ai traité Raoult d’ordure en live), nous sont très précis sur ce que nous reprochons à ces gens. Nous mettons des extraits, nous contextualisons, nous montrons qu’ils disent des choses fausses, qu’ils refusent de se corriger. Dans le cas d’Aberkane, nous recevons des injures et menaces en retour et répondons avec de l’analyse, avec de l’enquête, pas avec de l’agressivité.
      La ligne entre critique de fond exercée sur le long terme et harcèlement peut devenir flou au fil de l’aggravation de l’antagonisme, mais cette ligne demeure. Et surtout, nous ne faisons pas semblant d’être dans un débat avec ces gens : nous combattons leur influence après avoir consulté les travaux qui montrent qu’ils font du mal et en vulgarisant ces travaux.

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      • Patapouf
        Patapouf dit :

        Bonjour,

        L’article de loi applicable à la situation est plutôt le 222-33-2-2 ( https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045292599 ), celui cité dans le texte s’appliquant plutôt aux rapports de travail.

        On peut y constater que ce qui caractérise le harcèlement est le fait de produire ou d’avoir l’intention de produire « une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale », ainsi qu’un caractère répété qui peut être la répétition de l’action, ou la répétition par plusieurs personnes en concertation, ou la répétition par plusieurs personnes sans concertation mais en connaissance de l’aspect répété.
        A noter que les injures et menaces ne sont absolument pas un critère nécessaire à la commission de l’infraction. C’est donc un mauvais critère pour discriminer s’il s’agit de harcèlement ou non, car c’est l’intention ou l’effet du comportement répété qui est déterminant… du point de vue du droit.
        On peut très bien se rendre coupable de harcèlement, du point de vue du droit, en adressant des reproches justifiés et argumentés.

        Du point de vue moral et éthique, la mise en lumière insistante d’une désinformation potentiellement délétère à large échelle peut-elle légitimer d’altérer potentiellement la santé mentale de son émetteur? C’est une question délicate, qui pourrait tout à fait se présenter. Dans la situation de M. Aberkane en particulier, votre travail n’écorne pas seulement l’image qu’il donne auprès des autres, mais peut aussi détruire l’image qu’il s’est construit de lui-même, avec les conséquences à l’avenant sur sa santé, vu le rapport qu’il semble entretenir avec son ego.
        Une des choses qui tend à légitimer les attaques réitérées envers les propos de ces personnes est l’absence de réaction apparente de la justice ou d’instances officielles, inaction perçue comme injuste et à laquelle on tente de se substituer avec les moyens à disposition. Il est bon de se rappeler et de prendre régulièrement du recul sur le fait que dans cette démarche, on est à la frontière entre faire œuvre d’utilité publique et se substituer à la justice.

        Pour être bien clair, j’apprécie votre démarche, votre travail en général, et en tant que soignant j’ai tout autant hâte de voir le druide prendre des vacances. Cependant la question ci-dessus se pose, à laquelle je n’ai pas la réponse, mais dont ce message permet j’espère de poser quelques jalons de réflexion.

        Répondre
      • Tobio Kageyama
        Tobio Kageyama dit :

        Du coup, c’est peut-être dommage que cette importance de la méthode et de la démarche n’ait pas été plus soulignée dans la vidéo :/ Merci, tout de même, d’avoir pris le temps de me répondre.

        Répondre
  4. Patapouf
    Patapouf dit :

    Bonjour,

    Tout d’abord, je déplore les méthodes utilisées et dont vous faites l’objet. Je note à ce propos que vous êtes une des rares chaines que je connaisse qui rappelle régulièrement et expressément à son public de ne pas se livrer à du harcèlement quelle que soient les désaccords ou animosité qu’on puisse avoir.

    Je ressens cependant dans cet article/vidéo, beaucoup de sous-entendus, puisqu’elle fait référence et est directement associée sur votre fil twitter aux événements du REC, mais sans que ce soit nommé dans le contenu en question.

    Si le message s’adresse à votre public, on s’attendrait plutôt à une présentation de type « Voici les critiques qui nous sont adressées, voici les comportements que nous subissons, voici comment nous nous positionnons vis-à-vis des critiques et voici comment nous nous positionnons vis-à-vis de ces comportements ». Or cet article se focalise essentiellement sur le dernier point.

    Je le déplore car votre public n’a probablement pas besoin qu’on lui donne le mode d’emploi de ce qui est sur le fond un argument ad hominem (« Ca n’est pas une critique, c’est du harcèlement », et la critique est soit décrédibilisée, soit dissoute dans le débat sur le harcèlement), bien que vous mentionnez brièvement la possibilité que le harceleur ait raison sur le fond. La nuance apportée à la fin ne concerne pas le fait d’utiliser à bon escient ou non cet ad hominem, mais une mise en garde de ne pas utiliser soi-même la logique du harceleur… Pour votre public, la question légitime concernant le harcèlement me semble être « Comment puis-je savoir si je suis effectivement en face de harcèlement, d’une critique virulente ou si je suis tellement à côté de la plaque que les critiques sont unanimes? », ou encore « Comment savoir si je suis moi-même un harceleur? », ce que l’article aborde peu. Vous trouverez certainement cela un peu provocateur, mais un certain professeur méridional, en l’état, pourrait applaudir à deux mains cet article, correspondant à sa ligne de défense principale.

    Si vous vous adressez à vos harceleurs, si les choses en sont au point que vous décrivez, l’article a toutes les chances d’être pris comme un argument ad hominem malvenu et renforçant leur sentiment de mauvaise foi à votre égard.

    Si vous vous adressez directement ou indirectement à vos détracteurs, alors il serait également intéressant de vous positionner sur l’objet des critiques, ne serait-ce que pour reconnaître que des personnes puissent être heurtées par ce spectacle, que la question est importante pour certains, sans pour autant adhérer à leur point de vue sur la légitimité du propos dans une présentation publique ou dans une démarche sceptique.

    En résumé, si la condamnation du harcèlement est légitime et bienvenue, dans la mesure où la communication est liée à un contexte particulier, il me semble pertinent de bien distinguer en préambule le débat sur les critiques adressées et la question de la manière de les adresser.
    J’ai l’impression (détrompez-moi si ça n’est pas le cas), que cet article a été réalisé à chaud, en prenant la forme d’un propos général, mais motivé par un cas particulier. De ce fait, les questions dont l’article découle sont plus liés au cas particulier qu’à une réflexion de fond sur le harcèlement en général. Si vous aviez voulu faire un article sur le harcèlement en ligne il y a cinq ans, ou dans cinq ans, aurait-il pris cette forme ? Par quel angle auriez-vous abordé le sujet?

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