L’abandon des croyances

Tronche en Live #95

Enregistré le 9 décembre 2020

Invité : Nicolas Fressengeas, professeur de Physique et chargé de mission “Science Ouverte” de l’Université de Lorraine.

Editorial

Les humains viennent au monde sans mode d’emploi. Les parents font ce qu’ils peuvent, les enseignants aussi. Mais la réalité c’est que les enfants apprennent tout seul à parler, à marcher, à mentir, à faire confiance… car ils ont une sorte de module qui les rend capable d’apprendre à apprendre. Mais ça ne veut pas dire que c’est simple pour autant.

Non seulement nous n’avons jamais la science infuse : nous sommes obligés d’apprendre laborieusement comment fonctionne un transistor, une éolienne, un poumon ou un prêt immobilier, mais nous devons aussi essayer de comprendre comme marche l’amitié, l’amour, la rancune, l’ambition, comment on peut s’exprimer le plus clairement afin d’obtenir ce que l’on veut… tandis que l’horloge tourne et qu’on s’aperçoit que la vie est étonnamment courte et pleine de réponses qui sont de moins en moins claires, de nuances toujours plus floues. Enfin, je suppose que c’est ce qui arrive aux plus sages d’entre nous.

Le résultat, c’est que nous sommes bien forcés de nous débrouiller un peu tout seul pour évaluer ce que nous croyons être vrai, ce qui nous semble faux et ce qui doit rester incertain. En conséquence, nous ne croyons pas tous les mêmes choses sur le monde, sur le sens de la vie, sur l’origine de l’univers, sur le destin de la Nation, sur l‘histoire des peuples, ou sur les priorités de la société. Les débats ne permettent pas toujours de trancher ces questions, de désigner une vérité inévitable, de rejeter l’erreur. Nous restons donc, bien souvent avec nos croyances, vraies ou fausses, et avec l’illusion que si nous croyons une chose, c’est qu’on a d’excellentes raisons de le faire, alors que les autres sont quand même plutôt crédules et idiots. La vérité à ce sujet est probablement que les humains ne sont pas pleinement libres de croire ce qu’ils veulent, ils sont déterminés dans leurs croyances par des processus très complexes qui leur échappent, l’expression de la croyance n’étant que le résultat d’une longue chaine causale insaisissable.

Il en va de même pour nos revirements, nos doutes, nos changements de cap : il est souvent bien difficile d’identifier la cause de tout cela, le moment clef qui éclaire d’un jour nouveau nos horizons. En somme, changeant est l’homme qui regarde le monde et cherche à ne pas se tromper.

Et ce changement, il peut être très compliqué, très lourd de conséquence, et même effrayant quand le point de départ est une position très tranchée, polarisée, une croyance revendiquée, une conviction partagée avec un groupe, une congrégation, un parti, des amis, une famille.

Changer de croyance, ça peut arriver à chacun d’entre nous, et cela peut mettre en danger la manière dont nous vivons notre vie, nos relations, nos loisirs, notre travail, notre couple. En l’absence de solution miracle, il est sans doute bon ne serait-ce que d’en parler et de voir les étapes par lesquelles on passe, les pièges qui peuplent cette zone de transition et les choix que l’on peut faire dans notre manière de réagir à nos doutes ou à ceux des gens autour de nous.

Pour explorer la question de l’abandon des croyances, nous recevons Pascal Wagner Egger, enseignant-chercheur en psychologie sociale et en statistique à l’Université de Fribourg.

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