Le 17 mai 2020, nous avons joué en direct une pièce de théâtre depuis nos appartements pas encore totalement déconfinés. Voici pourquoi.

Présentation

La « Peste Rose » est une pièce écrite en 2010. Avant le Mariage pour Tous et la vague d’homophobie que l’interminable débat sur le sujet a provoqué en 2013. Et évidemment avant le confinement que nous avons connu cette année. Mais après l’épisode de la grippe H1N1 de 2009 qui avait fait causé beaucoup de remous… tout en nous laissant dans l’idée que les coronavirus faisaient plus de peur que de mal.

Quand nous nous sommes retrouvés confinés, j’ai repensé à ce texte qui met en scène 4 personnages enfermés dans un appartement. Ils regardent une épidémie se propager dans les médias et affecter les discours politiques. Je me suis dit que ça valait la peine de proposer à mes amis de la jouer en direct depuis nos confinements respectifs. Ils ont accepté. Puis ils ont pris très au sérieux le travail de préparation, nous avons répété plusieurs fois et sans leur implication rien n’aurait été possible. J’avais sous-estimé le travail nécessaire à une “simple” lecture, car la distance, l’isolement, les barrières techniques ont considérablement compliqué les choses.

Il faut saluer en particulier l’équipe technique, dont Lise qui s’est chargée de réaliser le direct tout en jouant dans la pièce le rôle de la ministre de la santé.

L’homophobie existe

Avant de lancer le coup d’envoi, je dois dire un mot de la date de la représentation. Le 17 mai 2020, c’est trente ans jour pour jour après que l’organisation Mondiale de la Santé a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Si vous avez plus de 30 ans vous êtes né dans un monde où être homo signifiait officiellement être malade pour l’OMS. En France cette déclassification a eu lieu le 12 juin 1981, il y a 39 ans. Le 17 mai est devenue la journée internationale de lutte contre les LGBTphobies, c’est aussi la date de la publication du rapport annuel de SOS homophobie. Un lien dans la description de la vidéo vous permettra d’y avoir accès dès le 18 mai.

Ce rapport montre que les discriminations et les violences ne disparaissent pas ; au contraire, les signalements augmentent ces dernières années. Bien sûr, le monde actuel est plus tolérant sur ces questions que par le passé, mais il reste des actes, des paroles, des comportements qui entraînent des souffrances que rien ne justifie. Nous avons donc de nombreux progrès à faire.

Par exemple, il existe encore de révoltantes thérapies de conversion : des gens convaincus qu’ils peuvent « soigner » leur enfant ou plus rarement eux-même. Ce sont en général des thérapies de type spirituel, ce sont surtout des efforts vains, violents et très culpabilisants. Le 1er mars 2018, quand le Parlement Européen a adopté un texte appelant les Etats membres à interdire les thérapies de conversion, 29 eurodéputés français ont voté contre ou se sont abstenu. Je profite de ma prise de parole pour le rappeler afin qu’ils en aient honte et je citerai parmi eux  Rachida Dati, actuellement en campagne pour la mairie de Paris, et Nadine Morano qui est l’eurodéputée de ma région.

Il faut attendre le jeudi 7 mai 2020, 13 jours avant notre pièce, pour que l’Allemagne vote l’interdiction de ces thérapies destinées aux mineurs. On estime que mille jeunes allemands y étaient soumis chaque année. Combien sont-ils en France ?

Dans le texte joué ce soir, se trouvent des phrases homophobes qui ne sont pas des inventions, mais des citations venues du monde politique ou religieux. Pour les trouver, vous pouvez vous aider de la version pdf qui est librement disponible via un lien ajouté dans la description de cette vidéo. Vous pouvez aussi vous procurer la version papier de la pièce avec un autre lien.

Pas de neutralité

Sur ce blog, et sur la chaîne La Tronche en Biais, nous œuvrons pour plus d’esprit critique, de littératie scientifique, de culture du débat. Nous pensons que plus d’autonomie intellectuelle protège contre les idées à la con. Et nous préférons mettre en avant la méthode afin d’aider tout le monde à penser mieux plutôt que de dire ce qu’il faudrait penser. Néanmoins, nous ne sommes pas neutres, et nous pensons que certaines idées méritent d’être battues en brèche. Ce texte est clairement engagé contre l’homophobie, et cet engagement est pleinement compatible avec le reste de notre travail. Il ne l’éclipsera jamais, mais nous n’avons pas l’intention de laisser dire ou croire que ce n’est pas notre rôle de questionner les représentations que nous nous faisons tous les uns des autres ; c’est exactement ce que fait cette pièce de théâtre, en toute non-neutralité. Et nous l’assumons sereinement.

J’espère que vous apprécierez le spectacle préparé pendant le confinement, que vous passerez un moment agréable et utile en notre compagnie.

Vous pouvez vous procurer la version papier de ce texte sur cette page.

Après la représentation, L’équipe s’est réunie pour une after en direct disponible ici :

Rideau.

Acermendax

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