Archive pour la catégorie : Idéologie

On identifie sans mal certaines idéologies pour ce qu’elles sont : des combinaisons de valeurs, d’idéaux et des stratégies déployées pour les défendre.

L’Université Grenoble-Alpes bloqué la soutenance d’un étudiant 15 jours avant la date prévue. Reporterre dénonce une sanction idéologique qui étouffe la critique du numérique. Le dossier est plus subtil, car un financement de thèse ne vaut pas licence d’écrire tout ce qui vous chante — Explications !

 

Nos universités font-elles n’importe quoi ?

L’Université Grenoble-Alpes a refusé à Achille Baucher l’autorisation de soutenir sa thèse quinze jours avant la date prévue. Le doctorant travaillait sur la « désescalade numérique » dans un laboratoire d’informatique et de mathématiques appliquées. L’université invoque une inadéquation disciplinaire : le manuscrit ne relèverait pas des mathématiques appliquées, discipline d’inscription de la thèse.

Le magazine Reporterre présente l’affaire comme celle d’un jeune chercheur sanctionné pour avoir critiqué le numérique depuis l’intérieur du système. Pour le média écologique le récit est simple : un doctorant s’attaque à l’intelligence artificielle, aux semi-conducteurs, aux partenariats industriels, aux liens entre recherche grenobloise et armement ; et l’institution bloque sa soutenance parce que la critique est trop embarrassante.

Ce récit s’appuie sur des éléments concrets. Le doctorant aurait perdu l’accès à son laboratoire, situé en zone à régime restrictif. Un séminaire intitulé « Grenoble, l’Imag et les armes » aurait été annulé quelques heures avant sa tenue. Son directeur de thèse, Romain Couillet, affirme avoir subi des mises à l’écart après ses prises de position sur l’intelligence artificielle et l’armement.

Le manuscrit de thèse, disponible en ligne, sur seulement 147 pages, annonce lui-même le problème. Baucher ne demande pas comment résoudre une question de mathématiques appliquées ; il demande comment « lutter contre le déferlement numérique depuis les laboratoires de recherche en informatique ». Cette formulation suffit à comprendre le conflit disciplinaire : l’objet principal du texte est une intervention critique sur la recherche numérique, et donc relève probablement des sciences humaines et sociales davantage que des mathématiques.

La question de la liberté académique mérite d’être posée. L’université porte-t-elle atteinte à la liberté critique d’un doctorant lorsqu’elle refuse qu’un manuscrit militant soit validé comme thèse de mathématiques appliquées ? La liberté d’expression autorise le doctorant à défendre ses idées ; elle ne suffit pas à donner à ces idées la valeur académique d’un doctorat dans une discipline précise. Un financement doctoral en mathématiques appliquées suppose une contribution identifiable à ce champ, ou au moins un dispositif interdisciplinaire capable d’en évaluer sérieusement les écarts. On aimerait que les bourses de mathématique servent à faire des mathématiques.

Le manuscrit pose ici un problème évident d’adéquation disciplinaire. Reporterre indique lui-même que cette thèse est « totalement à rebours » des travaux habituels du domaine et qu’elle ne comporte « ni équation, code ou algorithme ». Le doctorant revendique une démarche de recherche-action, mais cette qualification appelle précisément une évaluation par des pairs compétents en sciences humaines et sociales. Plusieurs critiques décrivent un texte proche du manifeste, fragile dans son appareil démonstratif, et parfois plus soucieux de provoquer le milieu académique que d’établir ses résultats. Reporterre signale d’ailleurs que des chercheurs en informatique ont écrit au média après publication pour dénoncer une « critique systématique, non sourcée ».

Je n’ai pas trouvé trace d’article de recherche publié dans une revue scientifique à comité de lecture par le doctorant concerné. J’ai trouvé un acte de colloque du GRETSI, ainsi qu’un dépôt HAL autour de l’intelligence artificielle conviviale. Cet élément ne constitue pas un motif réglementaire suffisant pour refuser une soutenance, puisque l’École doctorale MSTII n’impose pas de nombre minimal de publications, mais il affaiblit l’idée d’un travail déjà reconnu par une communauté académique extérieure au cercle de la thèse.

 

La chaîne de validation mérite donc examen. D’après Reporterre, le directeur de thèse affirme que le manuscrit avait franchi les étapes de suivi et reçu les rapports nécessaires avant soutenance. Mais le jury ne détient pas seul le pouvoir d’autoriser une soutenance. Le cadre national prévoit une décision du chef d’établissement, après avis du directeur de l’école doctorale, sur proposition du directeur de thèse, et après rapports écrits d’au moins deux rapporteurs.

Une lettre du Collectif Scientifiques en Rébellion Grenoble conteste la décision auprès de l’école doctorale, du Collège des écoles doctorales, du laboratoire et de la présidence de l’UGA. Le collectif rappelle que le sujet de thèse avait été validé, que le choix des rapporteurs avait été accepté et que les deux rapports étaient favorables. Il interprète donc le refus de soutenance comme une décision idéologique, contraire à la validation par les pairs. La réponse du directeur du Collège des écoles doctorales, datée du 21 mai 2026, conteste cette lecture et déclare que la décision s’appuie sur un avis défavorable de l’École doctorale MSTII, rendu après analyse des rapports et du manuscrit. Selon lui, le travail devait être requalifié pour intégrer l’interdisciplinarité revendiquée par l’auteur, avec une validation par des pairs compétents en sciences humaines, philosophie, sociologie ou sciences politiques. Il précise aussi que le jury proposé était composé exclusivement de spécialistes de l’informatique et des mathématiques appliquées, donc inadapté à l’évaluation de la dimension SHS centrale du manuscrit.

 

L’université disposait donc d’un motif académique sérieux pour suspendre la soutenance : le manuscrit revendiquait une interdisciplinarité que le dispositif d’évaluation ne permettait pas de juger correctement. Un doctorat engage la valeur d’un diplôme, la crédibilité d’une discipline et la confiance accordée au titre de docteur. Valider un texte militant comme thèse disciplinaire, sans contribution clairement établie dans le champ d’inscription ni évaluation par les disciplines réellement mobilisées, aurait fragilisé les autres doctorants.

 

Mais ce diagnostic aurait dû être posé bien avant. Le document de soutien liste plusieurs validations successives : avis favorable du directeur de thèse, de la direction de spécialité, de l’école doctorale sur la composition du jury, puis désignation des rapporteurs et membres du jury par l’établissement en mars 2026. Le refus arrive ensuite le 13 mai 2026, à quelques jours de la soutenance prévue. Une chaîne institutionnelle qui valide les étapes administratives pendant des mois, puis découvre au seuil de la soutenance que le manuscrit relève d’un autre périmètre disciplinaire, transfère sur le doctorant le coût d’un pilotage défaillant.

Le préjudice touche donc deux niveaux. Le doctorant a été encouragé, ou au moins laissé avancer, dans un projet dont la recevabilité aurait dû être clarifiée très tôt. Le diplôme, lui, aurait été fragilisé si une thèse sans réelle valeur académique dans sa discipline d’inscription avait été soutenue au nom d’un geste militant, aussi intéressant ou courageux soit-il.

Si l’objectif d’Achille Baucher était aussi de produire un acte politique, l’opération a réussi : son texte circule, Reporterre en fait une affaire publique, la question des liens entre recherche, numérique, industrie et armement entre dans le débat. Bravo. Mais cette visibilité révèle surtout la faiblesse du pilotage doctoral. Une thèse financée, suivie et inscrite dans une discipline ne peut pas dépendre d’un arbitrage brutal au dernier moment.

L’université française a déjà payé cher son incapacité à défendre rigoureusement la valeur du doctorat dans des dossiers devenus publics, notamment avec les thèses contestées —et pour l’une plagiée— d’Idriss Aberkane à Paris-Saclay ou celle d’Etienne Klein à Paris-Cité. L’affaire Baucher appelle une réponse plus sérieuse qu’un réflexe de communication : des critères académiques explicites, appliqués dès le début, avec un suivi réel, une codirection adaptée quand le sujet change de nature, et un refus clair lorsque le projet quitte la discipline qui lui donne son titre.

Cette affaire raconte donc moins la persécution d’un chercheur trop libre et trop rebelle que l’échec d’une chaîne de validation. Une université doit pouvoir refuser qu’un manifeste devienne un doctorat de mathématiques appliquées. Elle doit aussi protéger ses doctorants en posant cette limite assez tôt pour éviter qu’un projet instable absorbe trois années de travail avant d’être stoppé au seuil de la soutenance.

 

Acermendax

 

Un papier de Scientific American décrit un phénomène encore partiellement émergent, mais déjà assez structuré pour inquiéter durablement la recherche américaine : des scientifiques installés aux États-Unis envisagent de partir, tandis que plusieurs pays européens et le Canada organisent leur recrutement. Sarah Scoles prend comme exemple le physicien américain Kenneth Long, passé par le MIT et le CERN, recruté en France via le programme Choose CNRS pour travailler entre Lyon et Genève. Son cas illustre le ressort principal de cette vague : des chercheurs américains cherchent ailleurs des postes plus stables, des financements plus prévisibles, une liberté académique mieux protégée et des conditions de vie moins précaires.

 

Assistons-nous à une « fuite des cerveaux » ? Le phénomène combine en tout cas des départs effectifs, des intentions de départ, et une politique d’attraction étrangère très explicite. Le chiffre le plus frappant vient d’un sondage de Nature publié en mars 2025 : plus de 1 200 scientifiques répondants, soit environ les trois quarts de l’échantillon, déclaraient envisager de quitter les États-Unis, avec l’Europe et le Canada parmi les destinations les plus citées (Witze, 2025). Ce sondage repose sur des répondants volontaires ; il mesure donc surtout une crise de confiance, plutôt qu’un volume consolidé de départs déjà accomplis.

Cette crise s’inscrit dans un contexte politique et budgétaire où l’on assiste à des annulations de financements, des licenciements dans les agences fédérales et une incertitude institutionnelle qui fragilise particulièrement les jeunes chercheurs. Le CNRS lui-même justifie son appel Choose CNRS par un contexte international où la science se trouve entravée par des coupes budgétaires, des listes de termes censurés, des pertes d’emplois massives et des atteintes à certaines agences scientifiques.

Les jeunes chercheurs constituent le point de rupture le plus sensible. Un chercheur confirmé peut encore s’appuyer sur un réseau, une réputation, des financements déjà obtenus et une capacité de négociation institutionnelle. Mais un doctorant, un postdoctorant ou un jeune responsable d’équipe dépend beaucoup plus directement de la disponibilité des postes, de la continuité des appels à projets et de la possibilité d’obtenir un premier financement important. Scoles insiste sur cette asymétrie générationnelle : la contraction des financements et l’instabilité politique touchent d’abord celles et ceux qui cherchent à entrer durablement dans la carrière scientifique.

La nouveauté tient aussi à la réaction coordonnée des pays concurrents. En avril 2025, le CNRS a lancé Choose CNRS, un dispositif destiné à attirer en France des chercheurs étrangers ou expatriés, avec plusieurs voies d’accueil, notamment pour les jeunes chercheurs prometteurs et les scientifiques de haut niveau. Le CNRS assume explicitement que certains chercheurs ne peuvent plus exercer normalement leur métier dans leur pays, et présente la France comme un espace d’accueil scientifique idéal.

L’Union européenne a ensuite construit une offre continentale avec Choose Europe et Choose Europe for Science. La Commission européenne met en avant un environnement de recherche fondé sur la liberté scientifique, des financements stables et prévisibles, et des infrastructures de haut niveau. En mai 2025, elle a annoncé un ensemble de mesures pour plus de 700 millions d’euros afin de rendre l’Europe plus attractive pour les chercheurs.

Le Canada suit la même logique avec des moyens considérables. En décembre 2025, le gouvernement canadien a annoncé une initiative de 1,7 milliard de dollars canadiens sur douze ans, destinée à recruter des chercheurs internationaux de haut niveau, avec des chaires pouvant atteindre 8 millions de dollars canadiens sur huit ans, des programmes pour jeunes chercheurs, des bourses doctorales et postdoctorales, ainsi qu’un fonds d’infrastructures associé. Le message politique est explicite : lorsque d’autres pays restreignent les libertés académiques ou fragilisent la recherche de pointe, le Canada investit pour attirer les talents scientifiques.

Le phénomène dépasse la simple question des salaires. Les chercheurs interrogés valorisent aussi la sécurité de l’emploi, la continuité des financements, la liberté de définir leurs questions de recherche, la qualité de vie, les services publics, la garde d’enfants et un meilleur équilibre entre travail et vie personnelle. La Finlande, citée dans l’article à travers son programme Work in Finland, présente même cet équilibre comme un argument central de recrutement : une carrière scientifique ambitieuse peut coexister avec une vie personnelle moins sacrifiée.

 

Le principal contexte est politique : la recherche américaine dépend massivement des financements fédéraux et reste donc exposée aux arbitrages idéologiques et budgétaires de l’administration en place. Lorsque les agences annulent des subventions, suppriment des postes ou envoient le signal que certains champs de recherche deviennent politiquement vulnérables, elles transforment la carrière scientifique en pari politique. Cette hostilité envers l’université possède aussi sa rhétorique. Dès novembre 2021, J. D. Vance donnait à la National Conservatism Conference une conférence intitulée “The Universities are the Enemy” ; il y appelait à attaquer “honestly and aggressively” les universités américaines, avant de conclure en reprenant la formule de Nixon : “The professors are the enemy” (National Conservatism, 2021 ; Los Angeles Times, 2021 ; Inside Higher Ed, 2024).

 

Le papier de Sarah Scoles ajoute un diagnostic plus profond : la crise américaine tient aussi à l’isolement social de l’université. Le postdoctorant en mathématiques interrogé sous pseudonyme décrit une culture académique très compétitive, socialement fermée et parfois coupée des citoyens qui financent la recherche. Cette lecture évite de réduire le phénomène à la seule politique de Donald Trump. Les attaques contre l’université prospèrent aussi lorsque les chercheurs apparaissent comme appartenant un monde distant, élitiste, ou étranger à l’expérience ordinaire d’une partie du public.

Le risque stratégique pour les États-Unis se joue sur plusieurs temporalités. À court terme, des laboratoires perdent des contrats, des doctorants, des postdoctorants, des techniciens et parfois des programmes entiers. À moyen terme, l’incertitude décourage les candidatures étrangères, alors que la puissance scientifique américaine s’est construite depuis l’après-guerre sur sa capacité à attirer les meilleurs chercheurs du monde. À long terme, le coût devient plus difficile à mesurer : découvertes abandonnées, équipes jamais constituées, étudiants jamais formés, lignes de recherche jamais lancées. Nous n’aurons jamais les moyens d’évaluer quelles découvertes n’ont pas eu lieu à cause du désengagement massif de l’administration américaine dans la recherche scientifique.

En santé, en climatologie, en sécurité industrielle ou en recherche biomédicale, le ralentissement de la recherche finit toujours par sortir des laboratoires : il retarde des diagnostics, des traitements, des politiques publiques, des technologies de prévention. À cette échelle, l’affaiblissement de la science coûte aussi des vies.

 

Ce dossier mérite notre attention, car il s’agit d’un renversement historique considérable. Les États-Unis ont longtemps aspiré les cerveaux du monde entier. Ils donnent désormais à leurs concurrents l’occasion de recruter leurs propres chercheurs et ceux qui auraient autrefois voulu venir chez eux. Le phénomène reste encore partiellement prospectif, mais les signaux convergent. La Chine, qui s’impose déjà comme une grande puissance scientifique, pourrait encore modifier cet équilibre. Une puissance qui affaiblit ses universités travaille aussi pour ses rivales.

Acermendax

Références

  • Centre national de la recherche scientifique. (2025, 24 avril). “Choose CNRS” – the opportunities for scientists from other countries. CNRS. DOI non identifié. (fr)
  • Commission européenne. (2025, 23 mai). Choose Europe for Science: EU comes together to attract top research talent. Directorate-General for Research and Innovation. DOI non identifié. (Research and innovation)
  • Commission européenne. (2026). Choose Europe: Advance your research career in the EU. DOI non identifié. (European Commission)
  • Gouvernement du Canada. (2025, 9 décembre). Government of Canada launches new initiative to recruit world-leading researchers. Innovation, Science and Economic Development Canada. DOI non identifié. (ca)
  • Scoles, S. (2026). U.S. scientists are being lured abroad—and they aren’t looking back. Scientific American, July/August 2026. DOI non identifié dans le PDF fourni.
  • Witze, A. (2025, 27 mars). 75% of US scientists who answered Nature poll consider leaving. Nature, 640, 298–299. https://doi.org/10.1038/d41586-025-00938-y. (com)
Compte rendu de l’audience du 22 juin 2026 — Tribunal de Paris

Affaire Idriss Aberkane contre Thomas C. Durand

Le 22 juin 2026, j’ai comparu devant le tribunal de Paris dans le cadre d’une poursuite en diffamation engagée par Idriss Aberkane en raison de mes propos sur le plagiat allégué de sa thèse dans une vidéo du 2 avril (disponible ici et visionnée durant l’audience).

Notre affaire est prise à l’audience vers 15h30, je suis appelé à la barre en qualité de prévenu. On m’a demandé quelques informations, puis on m’a invité à expliquer mon travail. J’ai exposé que mon activité consiste à promouvoir l’esprit critique, ce qui implique plusieurs dimensions. Pour exercer son esprit critique, il faut des connaissances, des compétences et des dispositions. Mon engagement consiste à tenter d’agir sur ces trois plans.

  1. Œuvrer au partage des connaissances consiste à parler de science, à partager des découvertes, à inviter des chercheurs et des chercheuses, à donner envie d’apprendre. La science a une dimension technique, parfois difficile, mais elle ouvre aussi l’esprit et donne accès à des questions passionnantes.
  2. Les compétences méthodologiques concernent la capacité à évaluer la qualité des informations et notamment savoir repérer des sophismes, comprendre la différence entre un discours construit sur des sources solides et un discours appuyé sur une autorité personnelle, un exotisme de façade, un appel à la croyance ou un appel à l’ignorance.
  3. Les dispositions intellectuelles concernent l’envie de s’intéresser à ces outils, de les rendre accessibles, appétents, utilisables. J’ai replacé cette démarche dans la continuité d’Henri Broch, qui utilisait notamment le paranormal comme objet pédagogique pour examiner la manière dont se construit une connaissance, et pour distinguer celle-ci d’une croyance ou d’un discours pseudo-savant.

Dans cette boîte à outils du penseur critique, le débunkage occupe une place importante : on prend un cas précis et l’on montre ce qui pose problème, ce qui manque de fiabilité, ce qui relève d’un écart entre le discours public et les faits documentés.

C’est dans ce cadre que je me suis intéressé à Idriss Aberkane. Lorsqu’un discours repose largement sur l’image du génie académique, sur l’accumulation de diplômes, de doctorats et de titres, il entre pleinement dans mon champ d’action d’examiner la solidité réelle de cette image. Si je détecte un décalage entre le discours et la réalité, je considère que mon rôle consiste à le dire. C’est ce que j’ai commencé à faire dès 2016, avec des articles consacrés au CV d’Idriss Aberkane, lorsque plusieurs éléments de ce CV ont été contestés.

Sus au zététicien !

Lorsque c’est au tour de la partie adverse[1] de prendre la parole à la barre, le mot « zététique » est utilisé contre moi comme s’il constituait une sorte d’engagement à vérifier personnellement toute chose jusqu’à l’absurde. Idriss Aberkane s’en est saisi pour me présenter comme un « zététicien » qui aurait trahi ses propres principes. Son avocat a repris cette ligne dans sa plaidoirie : puisque je revendique l’art du doute, j’aurais dû comprendre que Polytechnique, le comité d’éthique et Benoît Deveaud avaient mal travaillé, ou même qu’ils s’en prenaient à Idriss Aberkane pour des raisons personnelles.

Cette manière de présenter les choses inverse le sens de la démarche critique. La zététique ne consiste pas à substituer son intuition personnelle à l’expertise disponible. Elle consiste d’abord à douter de ses propres certitudes, à mesurer son niveau réel de compétence, puis à se tourner vers les sources les plus solides. Dans ce dossier, je n’avais aucune raison de m’improviser expert de l’écosystème disciplinaire de la thèse d’Idriss Aberkane. Mon rôle consistait à examiner les éléments accessibles, à identifier le problème, puis à m’appuyer sur l’avis des personnes les plus compétentes pour juger ce travail dans son contexte académique.

Le comité d’éthique réuni par Polytechnique avait précisément cette compétence. Il réunissait les ressources épistémiques et institutionnelles pertinentes pour évaluer ce travail précis. M’en remettre à son analyse, surtout lorsqu’elle conclut unanimement à l’existence d’un plagiat, relève pleinement de l’art du doute : je dose mon incertitude, je reconnais mes limites, et je m’appuie sur l’avis le mieux fondé disponible au moment où je parle.

J’espère, et je crois, que cette démarche a été clairement comprise par le tribunal.

Parfum de complotisme

L’avocat d’Idriss Aberkane n’était pas Maître DiVizio. La stratégie était plus prudente, mais bien vite le propos a fini par ressembler à ce qui était attendu. L’accusation a concentré une large part de sa plaidoirie sur Polytechnique, le comité d’éthique et Benoît Deveaud. Mais je dois quand même vous dire que j’ai eu le sentiment d’assister, en partie, au procès de Polytechnique plutôt qu’au procès de mes propos. Si l’on suit jusqu’au bout la logique de la plaidoirie adverse, c’est bien l’avis du comité d’éthique qui était visé, et l’on m’a traîné en justice pour rien.

La stratégie adverse revenait à soutenir que Polytechnique aurait cherché à prendre ses distances avec Idriss Aberkane, et que l’accusation de plagiat serait liée à cette volonté institutionnelle. À mes yeux, cette lecture relève d’une forme de théorie du complot appliquée au fonctionnement académique. Une grande école qui a délivré un diplôme à une personne ensuite devenue encombrante a, en général, intérêt à éviter les vagues. Si le diplôme a été obtenu honnêtement, l’institution poursuit son travail et passe à autre chose. Elle a peu d’intérêt à entrer dans une guerre ouverte avec quelqu’un qui a bâti une partie de son image publique sur l’affrontement avec le « système ». L’idée que Polytechnique aurait voulu détruire Idriss Aberkane en contestant son doctorat paraît invraisemblable pour quiconque connaît un peu le fonctionnement du monde académique. Les institutions académiques ont plutôt tendance à se protéger, à temporiser, à limiter le bruit public. Le tribunal appréciera.

Mais il y a plus.

Idriss Aberkane m’a présenté comme le moteur d’une opération d’influence. À l’entendre, le fait que Paris-Saclay emploie des termes proches de ceux que j’utilise constituerait un indice de coordination. On a dit de moi devant un tribunal que j’avais placé des mots dans la bouche du président de Paris-Saclay ; c’est un peu flatteur, mais cela devrait éclairer chacun sur le rapport au réel qui caractérise le plaignant.

Car il manifeste une très étrange façon de raisonner. Les personnes qui parlent d’intégrité scientifique emploient le vocabulaire de l’intégrité scientifique, et l’on va donc retrouver les mêmes expressions et les mêmes préoccupations sans que cela prouve qu’il y a machination. On ne peut pas s’étonner de retrouver un lexique commun chez ceux qui prennent au sérieux les mêmes normes. Ce passage m’a frappé parce qu’il révèle une difficulté plus profonde : Idriss Aberkane semble traiter les principes académiques comme des armes rhétoriques utilisées contre lui, plutôt que comme des normes partagées. Quand plusieurs acteurs indépendants parlent de plagiat, de reproduction illicite, d’intégrité scientifique ou de valeur académique d’une thèse, il y voit une concertation. J’y vois au contraire le signe que ces acteurs parlent le langage ordinaire de la probité savante, et il semble que cette langue soit étrangère à mon contradicteur.

Petite mise en scène

L’avocat adverse a présenté un très très volumineux pavé, un exemplaire imprimé recto, qu’il a placé devant moi à la barre. On a bien senti l’argument silencieux du « c’est la taille qui compte ». On m’a demandé de lire un passage. J’ai refusé. Je n’étais pas là pour prendre part aux démonstrations d’un avocat ni pour réciter la prose d’Idriss Aberkane sur commande. Du reste, j’ai noté que la tentative a agacé la présidente qui m’a expressément rappelé mon droit de garder le silence.

On me demande surtout si j’ai lu cette thèse. Je réponds non, et commence alors une comédie sur le scandale d’un zététicien qui n’a pas lu la thèse et ne devrait donc pas en parler.

Je me permets une courte mise au point. Ce reproche repose sur une conception naïve de la vérification. Je n’ai pas besoin d’aller mesurer moi-même les pyramides pour savoir que les prétentions de Jacques Grimault sur l’égyptologie sont absurdes ; je me tourne vers les travaux des spécialistes du domaine et, quand cela est nécessaire, vers leur analyse directe du discours concerné. De la même manière, je n’ai pas besoin de lire seul toute la thèse d’Idriss Aberkane pour savoir ce que vaut l’avis d’un comité compétent ayant examiné le dossier dans son cadre académique. Mon travail n’est pas celui d’un juge disciplinaire, d’un directeur de thèse ou d’un expert du champ concerné. Ma mission consiste à faire de la médiation critique : repérer la structure d’un discours d’autorité, exposer les éléments documentés qui le fragilisent, puis transmettre au public l’analyse des sources les plus compétentes. Pour me faire condamner, Idriss Aberkane est obligé de nier la réalité de mon travail et la prudence qui caractérise ma démarche.

Scoop à la barre !

Un élément important de l’audience tient aux deux pièces produites par Idriss Aberkane, issues de Paris-Saclay : un procès-verbal d’audition et une lettre du président de l’université. Ces documents m’ont été communiqués très tardivement, juste avant l’audience. Ils révèlent qu’une commission ad hoc a été constituée à Paris-Saclay en avril 2025, après ma vidéo. On apprend qu’Idriss Aberkane a été entendu par cette commission le 20 juin 2025, avec son avocat et une assistante paralégale. Il y aurait alors affirmé qu’il s’agissait de la première fois où il pouvait s’exprimer. Or, dans l’histoire antérieure du dossier, il avait refusé de répondre aux courriers et aux invitations du comité de Benoît Deveaud. Il avait donc lui-même écarté la possibilité d’être entendu par le comité de Polytechnique, parce qu’il contestait son autorité à donner un avis sur son travail.

Le second document est un courrier du président de Paris-Saclay, daté du 11 juillet 2025. La partie adverse l’a présenté comme une preuve que mes propos seraient faux, parce que Paris-Saclay y indique que la thèse d’Idriss Aberkane ne sera pas retirée. Mais cette présentation tronque le sens du document. L’avocat adverse a surtout retenu le passage où la commission conclut que la reproduction du CEF dans la thèse, « en l’absence de volonté d’appropriation du travail d’autrui », ne permet pas de considérer « qu’une fraude, au sens de l’article L.241-2 du code des relations entre le public et l’administration est caractérisée ». Pris isolément, ce passage donne l’impression que l’affaire serait réglée.

Il suffit pourtant de lire la suite pour comprendre que le courrier dit presque l’inverse de ce qu’Idriss Aberkane voudrait lui faire dire.

Lisons ensemble : « Cette commission, composée d’experts, a travaillé en totale indépendance, avec le concours juridique de la direction des affaires juridiques et institutionnelles de l’Université. »

Puis vient le passage que la partie adverse a mis en avant : « La commission conclut que la reproduction du CEF dans votre thèse, en l’absence de volonté d’appropriation du travail d’autrui, ne permet pas de considérer qu’une fraude, au sens de l’article L.241-2 du code des relations entre le public et l’administration est caractérisée, et n’est donc pas de nature à conduire au retrait du diplôme. »

C’est le paragraphe utile à Idriss Aberkane : Paris-Saclay écarte le retrait du diplôme au titre de cette qualification juridique précise. Je ne peux pas émettre là-dessus un avis juridique solide. Ce point administratif ne sera pas tranché par le tribunal qui juge mes propos. Je lance un appel aux juristes administratifs : je suis très preneur d’une analyse permettant de comprendre si l’article L.241-2 du code des relations entre le public et l’administration constitue bien le fondement pertinent — ou le fondement nécessaire — pour établir une irrégularité (et notamment un « plagiat »)  susceptible de conduire au retrait d’un diplôme.


Je fais une petite parenthèse sur le plagiat — Ce texte du code des relations entre le public et l’administration ne définit pas le plagiat académique ; il fixe les conditions dans lesquelles un acte administratif, ici la délivrance d’un diplôme, peut être retiré lorsqu’il a été obtenu par fraude. L’avocat d’Idriss Aberkane a rappelé lui-même qu’il n’y avait pas de définition légale du plagiat. Le fait que Paris-Saclay écarte ce fondement précis ne signifie donc pas que le plagiat académique disparaît. Pour apprécier ce point, il faut se tourner vers les normes de l’intégrité scientifique ; l’Office français de l’intégrité scientifique, département du HCéres, définit dans son vade-mecum le plagiat comme l’appropriation d’idées ou de contenus sans crédit approprié ; la Charte française de déontologie des métiers de la recherche classe le plagiat parmi les manquements les plus graves.


Continuons la lecture de la lettre du président Galap, car immédiatement après le paragraphe cité plusieurs fois devant le tribunal est écrit : « Toutefois, la commission souligne que le référencement du CEF ne respecte pas les normes de citation de source usuellement observées et que le chapitre 13 de la thèse constitue une reproduction illicite d’un document en accès libre au sens de l’article L.122-4 du code de la propriété intellectuelle. »

Paris-Saclay écarte le retrait du diplôme, mais confirme que les normes de citation ont été violées et que le chapitre 13 constitue une reproduction illicite. Sur la matérialité académique du problème, le courrier est clair, et le paragraphe suivant aggrave encore cette lecture : « La méconnaissance des bonnes pratiques et la reproduction illicite d’un document sont des manquements graves qui nuisent à la qualité de votre thèse, à votre réputation ainsi que celle de l’université Paris-Saclay. »

Le président ajoute : « C’est pourquoi, je ne peux que fermement les réprouver et que j’ai décidé de mettre un terme à la diffusion électronique de votre thèse comme le contrat de diffusion électronique de la thèse m’y autorise. » Ce n’est pas une décision que l’on prend à l’encontre d’un manuscrit de thèse sans de sérieux manquements.

Enfin, le courrier se termine par une déclaration qui a tout de la répudiation : « Fortement attaché à l’éthique et à la qualité des travaux académiques, l’honnêteté intellectuelle et le respect du travail d’autrui sont des valeurs que je défends ardemment au nom de notre communauté universitaire. L’excellence académique ne peut rayonner que par l’effort d’un travail original et rigoureux. » Puis : « L’Université portera évidemment dans ce contexte la plus grande attention à vos communications à venir et se gardera la possibilité d’engager toute procédure en cas de manquement constaté pouvant juridiquement faire l’objet de suites. »

Une telle formule, dans un courrier de président d’université, n’a rien d’une réhabilitation. C’est un avertissement. Ce document n’est donc pas le certificat d’innocence académique qu’Idriss Aberkane présente au tribunal… mais se garde bien de révéler au public.

Notez qu’Idriss Aberkane s’est vanté à la barre que sa thèse est encore disponible en ligne. Vérification faite : c’est exact. La décision du président de Paris-Saclay relative à l’arrêt de sa diffusion électronique de juillet 2025 est toujours sans effet en juin 2026.

Exceptio veritatis

Le calendrier des documents est essentiel. Ma vidéo date d’avril 2025. Le procès-verbal d’audition et le courrier du président de Paris-Saclay sont postérieurs à cette vidéo. Au moment où je prends la parole publiquement, la commission ad hoc de Paris-Saclay n’a pas encore rendu de décision. Le courrier de juillet 2025 n’existe pas encore.

La seule autorité académique à s’être exprimée est alors le comité d’éthique de Polytechnique, qui s’est prononcé à l’unanimité sur l’existence du plagiat. Benoît Deveaud a d’ailleurs rédigé un témoignage très clair, versé au dossier, qui confirme le sens et la portée de ce travail d’analyse. Ce témoignage soutient directement l’exception de vérité plaidée par ma défense : je me suis exprimé en m’appuyant sur une conclusion académique compétente, explicite et documentée. Et les nouveaux éléments ajoutés au dossier quelques heures avant l’audience ne démentent pas mes propos. C’est pourquoi sur la question du plagiat mon avocat a plaidé l’exception de vérité, qui permet de faire écarter une condamnation lorsque la vérité des faits allégués est établie. Sur les autres propos qui me sont reprochés, nous avons plaidé que certains ne sont simplement pas diffamatoires mais relèvent du jugement de valeur, et bien sûr la bonne foi puisque le cœur du débat portait sur la base factuelle suffisante à ma disposition avant ma vidéo du mois d’avril 2025. L’expression « délinquant de la connaissance », par exemple, a été replacée dans son contexte par Madame la procureure : il s’agit d’une formule empruntée à l’IRAFPA, employée dans un sens critique et intellectuel, et non dans un sens juridique.

Je suis gêné par la tentative de la plaidoirie adverse de faire porter la majorité des débats sur Polytechnique et sur ses intentions supposées. J’aurais aimé que des représentants de l’école soient présents pour entendre ce qui s’est dit à leur sujet.

 

Plagiat ou pas : le vrai enjeu

Au-delà du procès, la situation du plagiat de la thèse se complique. Paris-Saclay refuse le retrait du doctorat, tout en reconnaissant dans son courrier l’existence d’une reproduction illicite, ce qui, dans le langage ordinaire du monde académique, relève de ce que l’on appelle… un plagiat.

Ce document de juillet 2025, Idriss Aberkane l’avait depuis près d’un an. Il avait donc, s’il le jugeait décisif, toute latitude pour le rendre public et s’en servir afin de répondre aux accusations de plagiat. Il a choisi de le garder pour l’audience, comme une pièce sortie au dernier moment pour emporter la conviction du tribunal. Ce choix s’explique assez bien dès lors qu’on lit la lettre en entier, comme nous l’avons fait plus haut.

L’absence de retrait du diplôme n’efface pas le constat de reproduction illicite ni la sévérité du jugement académique. Et d’ailleurs le retrait de sa thèse n’est pas une fin en soi pour moi. Je peux parfaitement vivre ma vie sans qu’il perde ses diplômes. J’ai rempli ma mission : alerter, documenter, montrer les écarts entre l’image publique et la réalité académique disponible.

Si le courrier de Paris Saclay blanchissait réellement Idriss Aberkane, on comprendrait mal qu’il ait attendu près d’un an pour le produire. En le versant au dossier, il lui donne désormais une existence publique, et chacun pourra constater que Paris-Saclay refuse le retrait du doctorat tout en formulant un jugement sévère sur la probité du texte. Le problème dépasse donc mon procès ; il dépasse même le seul cas Idriss Aberkane, ce que j’ai rappelé au tribunal. Il concerne la capacité du monde académique à défendre ses propres règles lorsqu’un titulaire de doctorats contestés utilise ses titres comme instrument d’autorité publique, puis comme levier judiciaire contre ceux qui documentent la fragilité de ses travaux.

 

Une thèse n’est pas seulement un document administratif permettant d’obtenir un titre. C’est une contribution à la connaissance, soumise à des exigences d’originalité, de probité, de citation, de publication et d’évaluation. Lorsqu’une personne s’affranchit de ces exigences, puis mobilise ses diplômes pour intimider ou poursuivre ceux qui documentent ces manquements, le monde académique devrait répondre clairement. La plupart des doctorants consacrent des années à produire une contribution originale par amour de la recherche, avec une exigence intellectuelle réelle. Lorsque les institutions laissent s’installer l’idée qu’un diplôme suffit à protéger un discours, même après une reproduction illicite reconnue, elles envoient un signal désastreux : avec assez d’argent, assez d’aplomb et assez de quérulence, un imposteur peut intimider ceux qui rappellent les règles.

Le monde académique et le monde judiciaire devront bien trouver une réponse commune à ces usages abusifs des titres universitaires, car le public reste exposé aux « délinquants de la connaissance » lorsque les institutions renoncent à défendre clairement leurs propres règles.

Qui vivra verra

Au terme de ce compte rendu, je ne vais pas pronostiquer les conclusions des juges. Ma défense repose sur la vérité de mes propos et sur ma bonne foi concernant une question d’intérêt général sur laquelle je suis en position de jouer un rôle utile dans le débat public. La chronologie, les avis disponibles au moment de ma vidéo, le rôle du comité d’éthique de Polytechnique, les nuances du courrier de Paris-Saclay et le contexte général de mon activité de débunkage me paraissent essentiels pour comprendre la stratégie à l’œuvre. Cette plainte s’inscrit dans une logique de procédure bâillon : elle vise à déplacer devant les tribunaux un débat d’intérêt général sur la crédibilité académique d’un acteur influent des médias alternatifs.

Les tribunaux ont pour mission de se montrer particulièrement protecteurs de la liberté d’expression dans un tel contexte.

Acermendax

 

[1] Si en matière pénale, le procureur est l’autorité de poursuite, en matière de presse, il est surtout là pour aiguiller le tribunal sur des considérations juridiques.


Pour aller plus loin

Quelques travaux pour comprendre

L’Imposture académique

  1. — Qui parle pour la science ? Idriss Aberkane ?
  2. — Idriss Aberkane à l’épreuve des faits
  3. — Idriss Aberkane a menti
  4. — Le triomphe du Storytelling
  5. — Idriss Aberkane, icône d’une fausse ère
  6. Le CV Hypertruqué d’Idriss Aberkane
  7. Le bluf et le deshonneur d’Idriss Aberkane
  8. Le LEGENDAIRE Idriss Aberkane
  9. IDRISS J. ABERKANE : Le cas de la thèse en littérature comparée
  10. Vidéo — Un doctorat plagié à l’Université Paris-Saclay |Idriss Aberkane

La désinformation scientifique

  1. — Conférence d’Idriss Aberkane – Fact checking
  2. — Bullshitez votre cerveau et libérez votre bullshit : La méthode Aberkane et l’effet « Gourou inverse ».
  3. — Masterclass en imposture : Idriss Aberkane & Didier Raoult
  4. Chouard, Résimont Aberkane, etc : Désinformation et complotisme
  5. « Blanchiment de fausse information» par Idriss Aberkane ?

Comportements harcelant et et autres malversations

  1. — Enquête financière sur les entreprises d’Idriss Aberkane
  2. — Idriss Aberkane a-t-il piégé l’Express ?
  3. — Aberkane : le goût du scandale
  4. Vidéo — Première audience (Concurrence déloyale) Aberkane Delavier Psyhodelik
  5. Vidéo — La plainte délirante cachée depuis 2022 | DiVizio+Aberkane
  6. Vidéo — Dingueries complotistes signées Raoult & Aberkane
  7. Vidéo — Aberkane & di Vizio – Procédure bâillon à UN MILLION d’euros
  8. Vidéo — Idriss Aberkane : deux ans de prison

 

Samar El Hraiki est doctorante contractuelle à Aix-Marseille Université. Son contrat doctoral a été financé au titre du handicap, dans un cadre censé garantir l’accès à la recherche à des personnes dont le parcours nécessite des aménagements spécifiques.

Samar El Hraiki n’est pas entrée en thèse par faveur. Elle était major de sa promotion. Le financement handicap a permis à l’université de mobiliser une enveloppe spécifique, d’augmenter ses capacités de recrutement et, selon les pièces produites, de soustraire un autre candidat à la concurrence directe avec elle dans le concours commun.

Les pièces du dossier décrivent une trajectoire préoccupante : isolement, difficultés d’accès à un bureau adapté, conflits autour du matériel de recherche, tensions d’encadrement, problèmes de rémunération d’heures d’enseignement, atteintes alléguées à la confidentialité médicale, rupture du cadre doctoral et risque de non-réinscription.

C’est l’histoire d’une chercheuse fragilisée par son environnement doctoral, mais aussi d’une requérante qui documente les faits, défend ses protocoles de recherche, saisit les autorités compétentes, produit des mémoires, confronte les affirmations administratives aux pièces disponibles et rend visibles des mécanismes qui dépassent son seul cas.

Les qualifications juridiques appartiennent aux autorités compétentes. Harcèlement moral, discrimination liée au handicap, violation du secret médical, défaut de protection, atteinte à l’intégrité scientifique ou mise en danger devront être établis dans les procédures en cours. Aix-Marseille Université conteste les qualifications retenues par la doctorante ; les juridictions saisies devront trancher.

Cet article s’appuie sur les pièces transmises par Samar El Hraiki : mémoires, courriers, alertes médicales, échanges administratifs, pièces de procédure et documents relatifs au suivi doctoral.

 

Des alertes répétées

Depuis 2023, Samar El Hraiki signale une dégradation de ses conditions de travail : remarques et pressions liées à son handicap, isolement professionnel, absence ou inadéquation du poste de travail, défauts allégués d’aménagements raisonnables, tensions d’encadrement et atteintes alléguées à la confidentialité médicale.

Les comités de suivi individuel relèvent des difficultés substantielles tout en reconnaissant la qualité scientifique de son travail. La médecine du travail, des avocats, des représentants syndicaux, le CNRS, le ministère, le Défenseur des droits et le tribunal administratif sont ensuite saisis ou informés.

En juillet 2024, l’avocate de Samar El Hraiki demande à Aix-Marseille Université la protection fonctionnelle. Elle invoque un harcèlement moral, une discrimination liée au handicap, une atteinte à la dignité, un défaut de protection, des préconisations médicales restées sans effet, un risque suicidaire et un risque d’éviction du parcours doctoral. Les mêmes alertes sont adressées au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi qu’au CNRS.

La saisine rappelle également qu’un suicide de doctorant était déjà survenu dans l’environnement universitaire concerné. Cette donnée rendait les alertes relatives à l’isolement, à la santé mentale et aux risques psychosociaux encore plus difficiles à minimiser.

Aix-Marseille Université rejette la protection fonctionnelle, en estimant que les éléments fournis relèvent d’allégations insuffisamment justifiées. Ce refus est contesté devant le tribunal administratif.

 

Un conflit qui touche aussi à l’intégrité scientifique

La thèse de Samar El Hraiki porte sur la mémoire, étudiée par des méthodes de psychologie expérimentale et de neurosciences cognitives, avec un intérêt particulier pour la dépression et les émotions.

Les documents disponibles ne décrivent pas une doctorante en échec. Les comités de suivi relèvent la qualité de son travail scientifique, tout en signalant des conditions d’encadrement, d’accès au matériel, au budget, au bureau qui empêchent la thèse d’avancer normalement.

Samar El Hraiki dénonce notamment l’intervention d’un ingénieur extérieur à son encadrement doctoral, qui aurait cherché à imposer ou orienter des modifications de son protocole expérimental hors du cadre normal de validation scientifique. Elle signale aussi des inquiétudes sur l’appropriation ou la déviation de ses travaux, ainsi qu’une saisine du référent intégrité scientifique. Selon Samar El Hraiki, son protocole, ses choix méthodologiques et la reconnaissance de ses contributions ont été exposés à des pressions ou interventions illégitimes. Altérer un protocole, orienter des analyses, brouiller la traçabilité des contributions ou fragiliser l’attribution d’un travail de thèse touche directement à l’intégrité scientifique.

Une doctorante doit pouvoir défendre des résultats dont elle maîtrise les conditions de production, les données, les versions de travail, les choix méthodologiques et les attributions. L’université doit garantir que ces éléments ne dépendent pas d’arbitrages informels dans un environnement d’encadrement conflictuel.

 

Le rôle problématique d’Alice Guyon

Au printemps 2024, Alice Guyon reprend officiellement la direction d’une thèse déjà fragilisée. Elle suit d’abord certains échanges scientifiques, notamment autour du protocole et du comité d’éthique. Mais, un an plus tard, le comité de suivi du 16 juin 2025 constate que cette nouvelle direction ne suffit pas à sécuriser la fin de thèse : Samar El Hraiki doit encore obtenir des validations scientifiques extérieures, les échanges avec sa directrice doivent être encadrés, et la question de la compétence disciplinaire de l’encadrement reste posée. La réunion du 21 juillet 2025 aggrave encore la situation : les pièces rapportent des propos contestés, des excuses partielles et une direction qui ne garantit plus un cadre clair pour terminer le travail.

Le profil public d’Alice Guyon aggrave l’inquiétude. Elle dirige la publication de la revue HEGEL et préside l’Association pour la revue HEGEL. La revue se définit comme « la revue de santé intégrative » et revendique la diffusion d’un champ où se côtoient recherche, soin, bien-être et pratiques thérapeutiques contestées.

Les thématiques associées publiquement à son parcours incluent la transe cognitive auto-induite, l’hypnose, la méditation, la PNL, la nutri-puncture, le qi gong, le tai-chi, le yoga, les pratiques corps-esprit et le vocabulaire du « dialogue des paradigmes ». Sa page institutionnelle indique qu’elle développe des recherches sur les états modifiés de conscience et leurs effets sur les mémoires traumatiques.

La revue HEGEL fonctionne comme un outil de légitimation académique de la santé intégrative. Elle ne se contente pas d’étudier des pratiques controversées depuis l’extérieur ; elle participe à leur diffusion, à leur mise en réseau et à leur entrée dans l’espace universitaire avec les signes extérieurs de la recherche académique.

Cette situation relève d’un entrisme pseudoscientifique : donner à des pratiques peu ou mal étayées les codes, les lieux et la respectabilité de l’université.

Le problème ne se limite pas à une curiosité personnelle pour des objets frontières. Alice Guyon apparaît publiquement dans des espaces où la science sert de caution à des discours beaucoup plus aventureux. Elle a partagé l’affiche avec Philippe Guillemant dans une rencontre intitulée « Temps, Oracle et Conscience », aux côtés du père Gérard Berrier, dans le cadre des Rencontres du Fil d’Or[1]. Elle figure aussi dans l’écosystème de De la Connaissance à la Joie, programme de Philippe Guillemant qui associe conscience, synchronicités, physique quantique, multivers, EMI, OVNI, intuition et « réalité non locale ». Elle cosigne avec Philippe Guillemant un texte avançant qu’une « conscience gravitationnelle quantique » pourrait permettre au cerveau d’agir sur des branches de l’espace-temps[2].

 

Confier la fin d’une thèse déjà fragilisée à une chercheuse aussi engagée dans la promotion de paradigmes alternatifs, pour le dire poliment, exposait Samar El Hraiki à un risque supplémentaire : un encadrement insuffisamment arrimé aux standards méthodologiques de son champ. Elle avait besoin d’une direction disciplinaire solide, et l’Université avait le devoir de la lui fournir.

 

La crise de novembre 2025

À l’automne 2025, Samar El Hraiki saisit le juge des référés pour obtenir des mesures concrètes : encadrement scientifique opérationnel, bureau fonctionnel, matériel, calendrier de soutenance, convention de formation, canal écrit sécurisé, référent risques psychosociaux, neutralisation des contacts avec les personnes mises en cause et aménagements raisonnables. Le référé est rejeté.

Dans les jours qui suivent, une alerte suicidaire formelle est émise par la médecine préventive, puis un signalement de danger grave et imminent. Samar El Hraiki soutient qu’aucune mesure conservatoire effective, aucune enquête DGI[3] et aucune protection concrète n’ont suivi cette alerte.

À ce moment-là, Samar El Hraiki ne parvient plus à porter seule le dossier. C’est un représentant syndical qui reprend une partie des démarches : il écrit à la présidence d’Aix-Marseille Université, rappelle l’alerte suicidaire, le signalement de danger grave et imminent, les avis médicaux et les recommandations du comité de suivi, puis demande des réponses sur les mesures de protection réellement prises. Sans ce relais, la doctorante aurait dû continuer seule à alerter l’institution qui était précisément mise en cause dans sa situation.

Une enquête du CNRS est diligentée en décembre 2025.

Une alerte médicale sur un risque suicidaire impose une réaction immédiate et documentée. L’institution doit réduire les contacts à risque, sécuriser la situation administrative, clarifier l’encadrement et tracer ses décisions. Dans ce dossier, Samar El Hraiki décrit au contraire une situation où elle doit continuer à relancer, produire des mémoires, transmettre des pièces médicales, demander l’audiencement, défendre sa réinscription et préserver sa soutenance alors qu’elle est en arrêt maladie.

 

Une lanceuse d’alerte sur la condition doctorale

Samar El Hraiki n’est pas seulement l’objet de cette affaire. Elle en est la principale documentariste. Au fil des années, elle a reconstitué la chronologie des faits, conservé les échanges, confronté les déclarations administratives aux documents institutionnels, saisi les autorités compétentes et défendu la continuité de son travail scientifique.

Les pièces décrivent à la fois une doctorante fragilisée par son environnement institutionnel et une chercheuse qui construit, face à lui, une démonstration structurée, documentée et vérifiable. En rendant son dossier public, Samar El Hraiki ne demande pas seulement que sa situation individuelle soit regardée. Elle alerte sur les conditions dans lesquelles de nombreux doctorants travaillent, se taisent, s’épuisent ou quittent la recherche, parfois au vu et au su de tous.

Lorsqu’une institution protège ses équilibres internes, ses hiérarchies et ses réseaux plus fermement que la qualité du travail, la vérité des faits et les personnes compétentes, elle ne produit pas seulement de l’injustice individuelle. Elle détériore les conditions mêmes de production du savoir.

 

Une dette pour défendre ses droits

Samar El Hraiki s’est endettée pour agir en justice. Elle a dû mobiliser des avocats, produire des documents, répondre à l’université, saisir les juridictions et soutenir une procédure lourde face à une institution dotée de services juridiques, de directions administratives et de ressources considérables.

Cette dette s’ajoute à une situation médicale et professionnelle critique. Son contrat doctoral approche de son terme, son parcours reste incertain, sa soutenance est menacée, et les démarches nécessaires exigent encore du temps, de l’argent et de l’énergie.

Une doctorante ne devrait pas avoir à choisir entre se soigner, terminer sa thèse et financer seule sa défense.


L’engagement de l’ASTEC

L’ASTEC estime que Samar El Hraiki doit recevoir une aide concrète. À ce stade, elle porte seule une charge financière et procédurale disproportionnée.

L’ASTEC ne peut pas, seule, absorber le coût d’un soutien juridique à une chercheuse qui porte un dossier aussi lourd contre son université. C’est pourquoi nous ouvrons une collecte permanente sur HelloAsso.

L’ASTEC gère depuis trois ans un Fonds Justice alimenté par une collecte qui a permis de couvrir les frais liés aux procédures judiciaires auxquelles j’ai été confronté dans le cadre de mon travail. Le fonds est très entamé, et les besoins de protection restent bien réels.

Si la collecte du Fonds Justice permet de réunir la somme nécessaire, l’ASTEC s’engage à venir en aide à Samar El Hraiki à hauteur de 10 000 euros, c’est-à-dire le niveau de son endettement actuel. La destination des sommes sera communiquée par l’ASTEC, qui assure la gestion du fonds.

Comme dans les affaires qui me concernent, les sommes éventuellement accordées par la justice au titre du remboursement des frais de procédure seront reversées au Fonds Justice, afin de pouvoir être mobilisées dans de futurs dossiers. L’usage des sommes engagées sera rendu public par l’ASTEC.


Soutenir Samar, défendre une exigence académique

L’aide demandée doit permettre à Samar El Hraiki de continuer la procédure sans porter seule le coût financier d’un dossier qui concerne aussi l’université publique, la protection des doctorants en situation de handicap et l’intégrité de l’encadrement scientifique.

Soutenir cette collecte, c’est permettre qu’un dossier grave soit instruit, sans que la partie la plus faible ne s’écroule avant son terme. C’est aussi refuser qu’une doctorante qui défend son travail scientifique, documente les faits et alerte les autorités soit laissée seule face au coût de cette démarche. Nos Universités nous montrent souvent qu’elles ne savent pas, à l’heure actuelle, assumer correctement leur mission de défense de l’intégrité scientifique. C’est ici une occasion d’œuvrer en ce sens.

 

L’ASTEC appelle donc à soutenir le Fonds Justice afin que Samar El Hraiki puisse défendre ses droits, son travail scientifique et son alerte dans des conditions moins inégales.

Acermendax

 


[1] https://www.youtube.com/watch?v=hcQ383lH04w

[2] Guillemant, Philippe & Guyon, Alice. (2024). Quantum Gravity Consciousness Could Cause Brain Controlled Atemporal Evolution of Space-Time. 10.32388/G7A24R.

[3] danger grave et imminent.

Éditorial de l’émission Le Grand Debrief du 16 juin 2026


Bienvenue au Grand Debrief !

Pourquoi se confronter pendant une ou deux heures avec un défenseur du théisme ? Cela m’est arrivé une bonne dizaine de fois en dix ans, c’est un exercice qui fait donc partie de mes activités, parmi beaucoup d’autres. On peut légitimement se demander à quoi ça sert ?

Je ne viens pas dans un débat avec le secret désir de déconvertir mon interlocuteur. Si j’apprends qu’un débatteur, fervent défenseur de telle ou telle religion, finit par apostasier, je n’en éprouve pas un sentiment de victoire personnelle. Si cela arrive, je ne peux qu’être heureux pour lui parce que je pense que cela signifie qu’il a pu se débarrasser des influences visqueuses d’un discours dogmatique. Avoir le courage de laisser derrière soi des années de militantisme, de prêche et d’engagement, c’est respectable. Et cela améliore le monde. Mais évidemment je ne peux pas agir avec pour objectif de convaincre celui ou celle qui fait profession de défendre la vérité d’un livre sacré ou d’un autre. Je serais très prétentieux et très malheureux à la fois si tel était mon objectif.

Je ne participe pas non plus à ces débats pour déconvertir en masse les milliers de gens qui regardent. Je sais bien que le résultat d’un tel débat est majoritairement un renforcement des idées préalables pour la simple et bonne raison que dans des échanges de ce genre, on prête une oreille favorable à celui qui défend nos idées, on se félicite de ses bonnes phrases, de ses petites blagues, de ses attaques, tout en restant très méfiant envers l’autre, que l’on juge bien plus arrogant, fermé et stupide : cela relève tout simplement des biais cognitifs ; ce serait un comble si je prétendais pouvoir annuler cette dynamique.

Mais au-delà des lois générales, il y a des cas particuliers, et cela peut être n’importe qui devant son écran. Et j’ai donc à l’esprit certains objectifs concernant certaines catégories dans le public.

 

1) Je veux réussir à formuler une explication simple et non agressive des raisons pour lesquelles un discours ne me convainc pas. Cela peut aider le public à mettre le doigt sur une question qui, en effet, a du sens pour lui, et peut l’amener à s’interroger sur les raisons qu’il a de croire ce qu’il croit. Et c’est une bonne chose en soi que de favoriser ce genre de questionnement qui peut représenter un premier pas vers des questionnement plus généraux dans divers domaines, et pas seulement celui de la religion. C’est de mon point de vue l’un des intérêts majeurs de l’exercice.

2) Mais je veux aussi convaincre les gens qui pensent différemment de moi qu’il est juste simplement possible de débattre. Je veux encourager le public à être exigeant sur la forme et sur le fond de l’exercice du débat qui n’est pas exactement bien représenté dans les grands médias où chacun vient défendre une doctrine, un partie, un programme ou un produit. Je peux jouer ce rôle parce que dans ces débats je me donne pour rôle celui du sceptique qui rend explicite la valeur du doute et l’ouverture d’esprit à des arguments qui permettent (ou ne permettent pas) d’être convaincu qu’un propos est vrai. Dans mes débats sur Dieu ou les miracles, je ne suis donc pas engagé dans une croisade athée — je ne cherche pas à arracher leurs croyances aux gens— mais dans un exercice de mise en pratique de principe d’épistémologies et de pensée méthodique. Je trouve dans ces débats un environnement idéal pour s’interroger sur ce qu’est une preuve, un bon argument, une véritable attitude sceptique, et de manière plus philosophique comment éviter de confondre le sentiment de satisfaction que me procure un récit avec ma véracité de ce qu’il raconte.

3) Et puis il y a un troisième objectif principal. Mon rôle dans ces débats —et j’aimerais vous dire que je suis toujours à la hauteur, mais j’ai des doutes— est d’incarner une attitude, une philosophie, une méthode. Quand je suis face à un débatteur, ou même au contact d’un spectateur qui rejoint un Live pour me contredire, je dois m’efforcer d’agir et de parler comme je voudrais que se comportent tous ceux qui partagent mes idées. Dans ces contextes, je considère avoir un devoir d’exemplarité. C’est une mission impossible, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’y coller. Je pense que c’est important parce que cela envoie deux messages simples à deux populations très différentes :

  • Aux sceptiques qui me regardent, j’essaie de rappeler une discipline commune : on respecte le droit de l’autre à croire ce qu’il croit, on se montre charitable sur ses raisons de croire, sur son autonomie intellectuelle, on l’écoute, on reformule son propos pour s’assurer qu’on ne commet pas une fallacie de l’homme de paille, on est patient, et on explique pourquoi on pense différemment avec des arguments, avec des sources et en étant explicite sur la possibilité de changer d’avis face à de bons arguments. Je dois avoir l’ambition d’aider les gens à mieux débattre.
  • Et puis aux croyants qui suivent ces conversations, j’essaie de montrer qu’un contradicteur peut être autre chose qu’un ennemi : quelqu’un qui les prend au sérieux, qui connaît au moins une partie de leurs raisons de croire, qui s’intéresse aux mêmes questions, et qui pourtant n’est pas convaincu, et qui est capable d’expliquer pourquoi en quelques phrases. Si je réussis cet exploit, je crée de la dissonance cognitive et ensuite c’est un travail personnel qui peut commencer chez le croyant ou la croyante.

Je considère important qu’aient lieu des débats sur les questions théologiques en raison du pouvoir normatif des religions et de la forte corrélation entre les croyances spirituelles et l’adhésion à toute une galaxie d’idées en contradiction avec les sciences et une philosophie rationaliste du monde. Attention. Cela ne veut pas dire qu’il faut accepter de débattre avec n’importe qui dans toutes les circonstances ou que le débat est le principal moyen de faire triompher la vérité. Quand la forme du débat est exploitée pour insulter les gens, multiplier les sophismes, les allusions, les contrevérités, pour miser sur l’émotion, sur l’éloquence, l’intimidation ou la provocation, alors la vérité n’a rien à gagner, et le bien commun non plus.

Il faut donc se montrer très vigilant dans l’exercice. Et c’est notamment une raison de réaliser un Grand Debrief comme ce soir pour vérifier si le débat répond bien aux critères qui en font un instrument utile, et pour essayer de réfléchir à la manière d’améliorer encore l’intérêt de l’exercice pour tout le monde.

Acermendax

Les autres ‘Grand Debrief’ :

 

Je viens d’apprendre que l’Université Paris Cité retire à Etienne Klein son doctorat.  Motif : plagiat massif.

Le 13 août 2024, après les révélations d’Arrêt sur images sur la thèse d’Étienne Klein, je disais mon malaise en vidéo. Étienne Klein compte parmi les vulgarisateurs qui ont su donner au public le goût des sciences et de la philosophie des sciences. Je l’ai reçu, j’ai échangé avec lui, j’ai longtemps eu de l’estime pour son travail. Cette estime rendait l’affaire plus douloureuse, sans diminuer la faute.

C’est ici que j’en parlais, à 1h30

Le plagiat dans une thèse de doctorat constitue une atteinte directe au contrat académique. Une thèse engage l’auteur devant ses pairs, son jury, son université, puis devant le public lorsque cette thèse soutient une carrière intellectuelle. Copier des paragraphes, reprendre des pages, intégrer le travail d’autrui sans attribution, cela dépasse la négligence typographique ou l’oubli de guillemets, c’est une entorse à un principe de probité élémentaire.

En 2024, Arrêt sur images avait documenté des emprunts non crédités dans 88 pages sur 429. L’affaire paraissait déjà massive. Selon les informations publiées aujourd’hui par le même média, l’enquête menée par Université Paris Cité aurait conclu à des copier-coller dans deux tiers des pages, après vingt mois de procédure. L’université aurait décidé de retirer à Étienne Klein son doctorat en philosophie des sciences et de lui interdire de se réinscrire en doctorat. Si ces éléments sont confirmés par un document public de l’établissement, la décision marque un précédent important.

Cette sanction me paraît juste.

Elle me paraît juste malgré l’estime que je conserve pour une part du travail d’Étienne Klein. Elle me paraît juste précisément parce que l’intégrité scientifique doit résister aux préférences personnelles, aux affinités intellectuelles et au prestige médiatique. On ne protège pas la culture scientifique en ménageant ses figures reconnues, mais en appliquant aux personnes que l’on apprécie les mêmes exigences que celles que l’on applique aux adversaires, aux faussaires, aux charlatans et aux opportunistes.

Je ne souhaite pas la mise au pilori d’Étienne Klein, même si ses réactions se bornent à un déni pathétique. Le harcèlement, l’humiliation publique, la jubilation punitive n’apportent rien à la vie intellectuelle. Étienne Klein n’est pas accusé d’avoir inventé de faux résultats expérimentaux, ni d’avoir vendu des remèdes imaginaires, ni d’avoir entraîné son public vers la pseudoscience ou la désinformation médicale. Sa faute, réelle, n’est pas de la même nature que les malversations intellectuelles des charlatans que je dénonce et combat chaque jour. Il faut marquer cette distinction.

Néanmoins, le plagiat académique mérite des conséquences académiques. L’Université Paris Cité a pris une décision difficile, probablement coûteuse sur le plan symbolique. Elle doit être saluée pour cela.

Dont acte.

Cette décision tend maintenant un miroir très embarrassant à l’Université Paris-Saclay.

Car le cas Idriss Aberkane reste ouvert, visible, documenté, et moralement bien plus accablant encore pour l’institution qui détient le pouvoir de sanction. Le comité d’éthique de l’École polytechnique a conclu dès septembre 2022, à l’unanimité, que le plagiat était avéré dans la thèse d’Idriss Aberkane préparée à l’X et soutenue à l’Université Paris-Saclay. La sanction proposée était l’annulation du doctorat. Selon les éléments publiés à l’époque, la décision a été transmise à l’École polytechnique et à Paris-Saclay. Depuis, les deux établissements se renvoient la compétence juridique, et le diplôme demeure.

Dans le cas Aberkane, le plagiat ne flotte pas seul dans le dossier. Il s’inscrit dans une trajectoire publique fondée sur l’exploitation constante de titres universitaires. Idriss Aberkane s’est construit comme « triple PhD », a tiré de cette image une autorité médiatique, commerciale et politique, puis l’a mobilisée pour intervenir sur des sujets scientifiques sans rapport solide avec la compétence revendiquée. Son activité publique a été marquée par des exagérations de CV, des prises de parole controversées, des affirmations fausses ou trompeuses, et une hostilité répétée envers ceux qui documentaient ses pratiques.

La comparaison avec Étienne Klein rend l’inaction de Paris-Saclay encore plus difficile à défendre. Si Université Paris Cité retire son doctorat à Étienne Klein pour des plagiats massifs dans une thèse ancienne, comment Paris-Saclay peut-elle laisser intact le doctorat d’Idriss Aberkane après la conclusion unanime du comité d’éthique compétent ? Si un vulgarisateur estimé perd son titre parce que la thèse qui le fonde trahit les règles académiques, quel principe permettrait de préserver le titre d’un homme qui continue de l’exploiter comme instrument d’autorité publique ?

La question concerne désormais la crédibilité même de Paris-Saclay. Si les institutions académiques souhaitent protéger la valeur des diplômes qu’elles délivrent et la confiance du public dans les titres académiques, cela suppose que les diplômes frauduleux soient retirés lorsque la fraude est établie.

Paris Cité vient de rappeler qu’un doctorat engage une institution autant qu’un auteur. À Paris-Saclay, chaque jour d’inaction transforme le diplôme d’Idriss Aberkane en aveu institutionnel.

À Paris-Saclay, il ne s’agit plus de découvrir le dossier. Il s’agit d’agir.

Acermendax

 

Les 27 et 28 juin 2026, le magazine Nexus organise un festival au château Grévy, à Mont-sous-Vaudrey, dans le Jura. La page officielle annonce conférences, ateliers, animations, « stands de solutions », « autonomie du vivant », « indépendance des médias », « physique quantique », « souveraineté alimentaire », « souveraineté affective », billets à 40, 60 et 90 euros, captation vidéo et environ une centaine de stands.

Le programme publié par Nexus place sur scène Mike Borowski, Chloé Frammery, Astrid Stuckelberger, Lucien Cerise, Marion Sigaut, Valérie Bugault ou Anne Givaudan : autant de profils déjà associés, selon les cas, à la désinformation sanitaire, au complotisme, aux pseudo-sciences, au souverainisme radical, aux réseaux New Age ou à la droite médiatique extrême.

 

Nexus, une enseigne déjà située

Nexus revendique la « pensée critique ». Le programme du festival annonce pourtant, dans le même espace, une table ronde de « médias alternatifs » avec Mike Borowski, Nicolas Vidal, Alexis Poulin et Alexandre Pénasse ; une intervention d’Astrid Stuckelberger dans une séquence sur « la fabrique de la peur » ; une conférence de Valérie Bugault sur des « solutions politiques, économiques et monétaires » ; Lucien Cerise sur « l’ingénierie sociale » ; Marion Sigaut sur « le sexe et les enfants dans l’histoire » ; Anne Givaudan, connue pour ses récits ésotériques de voyages hors du corps ; et RGNR parmi les partenaires affichés.

Sous l’étiquette « critique » se retrouvent des objets très précis : médias de réinformation, pharmacovigilance mal interprétée, souverainisme juridique, lectures conspirationnistes du social, panique morale sur l’école, spiritualité invérifiable et prétentions thérapeutiques. Alors disons-le sans ambages : ce n’est pas de la pensée critique.

Conspiracy Watch décrit Nexus comme un magazine d’« information alternative » publiant sur les théories du complot, les médecines alternatives, le paranormal et l’ufologie. Le festival prolonge cette ligne éditoriale en version événementielle : la même affiche associe des discours sur les médias, la santé, la démocratie, la géopolitique, l’histoire, la monnaie, le vivant et le spirituel, sans séparation nette entre enquête, opinion, croyance personnelle et pseudo-savoir.

 

Demandez le programme !

Le programme Nexus juxtapose des profils incompatibles entre eux sur le fond, mais très proches dans leur rapport aux preuves et à l’anti-science. Astrid Stuckelberger illustre l’usage fautif de données de pharmacovigilance lorsqu’un signalement devient, dans le discours public, une preuve de mortalité vaccinale. Valérie Bugault illustre l’usage d’un vocabulaire juridique pour soutenir l’idée que l’État français aurait cessé d’exister. Lucien Cerise transforme les phénomènes sociaux en opérations d’« ingénierie sociale ». Anne Givaudan fait entrer les voyages hors du corps et les récits de mondes invisibles : facette spiritualisante et pseudothérapeutique du festival. RGNR apporte l’imaginaire de l’autonomie sanitaire déjà documenté autour de Thierry Casasnovas.

Chaque domaine reçoit son récit de remplacement : les vaccins auraient tué en masse, l’État aurait juridiquement disparu, l’école participerait à une offensive sexuelle contre les enfants, les phénomènes sociaux relèveraient d’une ingénierie cachée, les maladies se liraient dans l’aura ou les « corps subtils ».

 

Un diapason idéologique illibéral

Le samedi, Nexus programme une table ronde avec Mike Borowski, Nicolas Vidal, Alexis Poulin et Alexandre Pénasse. Tocsin, associé à Nicolas Vidal et affiché comme partenaire, est décrit par Conspiracy Watch comme un média complotiste au service de l’extrême droite. Mike Borowski est un influenceur complotiste d’extrême droite et prorusse, lié à Géopolitique Profonde / GPTV, également partenaire du festival. Kairos, associé à Alexandre Pénasse, a fait l’objet d’une enquête d’Ensemble ! sur sa dérive complotiste depuis la crise sanitaire. Alexis Poulin a été décrit par Libération dans un portrait consacré à ses ambiguïtés entre réseaux insoumis, souverainisme et extrême droite.

La critique des médias est légitime quand elle documente des biais, des fautes, des dépendances économiques ou des effets de cadrage. Cette table ronde installe autre chose : une contre-sphère où les mêmes invités, les mêmes soupçons et les mêmes récits circulent en boucle sous le nom de « médias alternatifs ».

 

Mike Borowski : la géopolitique réduite au soupçon

Mike Borowski occupe la grande scène le samedi, avec la table ronde sur les médias alternatifs puis une intervention consacrée à la géopolitique. Il est rattaché à la complosphère d’extrême droite, prorusse, où circulent des figures comme Alain Soral, Dieudonné, Vincent Reynouard, Thierry Casasnovas, Lucien Cerise ou Pierre Hillard. Son rôle dans Nexus illustre une mécanique classique : des événements internationaux complexes deviennent les épisodes d’un récit unique où l’Occident, l’OTAN, l’Union européenne, les médias et les institutions incarnent l’ennemi structurel.

Dans un festival qui parle d’indépendance et de souveraineté, ce tropisme prorusse crée une contradiction très visible : l’indépendance nationale sert ici de décor à des récits alignés sur les intérêts narratifs d’une puissance étrangère.

 

Chloé Frammery : le Covid converti en capital militant

Chloé Frammery est annoncée le samedi sur la petite scène et figure aussi parmi les partenaires affichés. Elle s’est imposée dans la complosphère suisse pendant la crise du Covid-19. Blick a documenté une fausse information relayée par elle au sujet des Hôpitaux universitaires de Genève. Léman Bleu a rapporté la confirmation de son licenciement par le Tribunal fédéral suisse, avec des griefs dépassant ses seules prises de position sur la pandémie. Elle était l’une des ‘expertes’ du documentaire complotiste Hold-Up. Sa notoriété vient de cette séquence : une crise sanitaire réelle transformée en tremplin pour une contre-expertise autoproclamée, entre fausses informations, soupçons permanents et récits de révélation.

 

Astrid Stuckelberger : la pharmacovigilance utilisée contre la méthode

Astrid Stuckelberger est annoncée le dimanche sur la petite scène. Elle a circulé dans la complosphère covido-sceptique avec des affirmations hostiles aux vaccins et aux institutions sanitaires. L’AFP a vérifié une affirmation attribuant 18 000 décès aux vaccins anti-Covid à partir de données européennes de pharmacovigilance : le raisonnement confond signalement et causalité. Cette confusion, répétée malgré les corrections disponibles, a fait florès à travers toute la complosphère, contribuant à obscurcir la perception de la pharmacovigilance par le grand public et à alimenter les paniques antivax.

 

RGNR : l’autonomie sanitaire comme commerce de la rupture

RGNR figure parmi les partenaires affichés. Cette présence renvoie à l’univers de Thierry Casasnovas et de Regenere. Le collectif l’Extracteur et plusieurs journalistes ont documenté les promesses autour de la régénération, des jus, des extracteurs, des toxines, des compléments, des formations et de l’hygiénisme. Le discours antimédecine est couplé à un business lucratif d’offres de santé alternatives

 

Lucien Cerise : la paranoïa sous vocabulaire technique

Lucien Cerise est annoncé le samedi sur la petite scène pour une intervention sur « l’ingénierie sociale ». Conspiracy Watch le présente comme un auteur conspirationniste évoluant dans la mouvance soralienne. Son cadre transforme les phénomènes sociaux, médiatiques et culturels en opérations coordonnées par des pouvoirs cachés. Le piège se voit dans la structure même du récit : un pouvoir caché manipule la société ; toute objection prouve que la manipulation fonctionne ; toute absence de preuve devient l’indice d’une opération bien dissimulée.

 

Marion Sigaut : l’histoire transformée en panique morale

Marion Sigaut est annoncée le dimanche sur la grande scène avec une intervention intitulée « Le sexe et les enfants dans l’histoire, une révolution permanente ? ».

Sa rhétorique est explicite : elle associe l’éducation sexuelle à l’école à une « destruction programmée de l’enfance et de la famille », parle d’attaques contre « la pudeur », « la simple décence » et « l’innocence », et a relayé en 2018 un appel contre la prétendue « légalisation de la pédophilie », l’éducation sexuelle et l’obligation vaccinale, à partir d’une fausse nouvelle sur de supposés cours d’éducation sexuelle dès la maternelle. Conspiracy Watch relève aussi ses récits historiques sur des enlèvements d’enfants, des réseaux pédocriminels, des orgies pédophiles de magistrats et des sacrifices sanglants au XVIIIe siècle. Dans ce récit, l’histoire, l’école et la santé publique finissent aspirées par le même scénario : une offensive pédocriminelle organisée contre les enfants.

 

Étienne Chouard : la critique politique sans hygiène des fréquentations

Étienne Chouard est annoncé le dimanche sur la grande scène pour une intervention sur la Constitution. Sa défense du référendum d’initiative citoyenne et d’une réécriture populaire de la Constitution peut se discuter sérieusement. Mais il a choisi depuis longtemps de l’exercer dans les milieux conspirationnistes qu’il traite comme des interlocuteurs ordinaires : conférence organisée par ReOpen911, éloge de Thierry Meyssan comme homme « rigoureux dans ses analyses », conférence chez Égalité & Réconciliation, propos sur Alain Soral présenté comme un « résistant à la guerre ». En 2019, interrogé au Média sur l’existence des chambres à gaz, il répond : « Ce n’est pas mon sujet, j’y connais rien, moi », puis « Je n’ai jamais rien lu là-dessus », avant de concéder laborieusement : « Bon bah, les chambres à gaz existaient. Mais bon, enfin… ». Chouard demande au peuple de reprendre le contrôle politique, mais il perd tout critère de tri dès qu’il s’agit de distinguer une critique documentée d’un marécage conspirationniste.

Plus récemment, il a relayé la thèse de l’empoisonnement de Christine Cotton. Dans un autre registre, j’avais déjà analysé sa reprise d’une rhétorique de rétrovalidation complotiste : des éléments partiels ou mal compris servent à suggérer que « les complotistes avaient raison » depuis le début.

 

Valérie Bugault : le droit comme récit de confiscation

Valérie Bugault est annoncée le dimanche sur la petite scène pour une intervention sur les solutions politiques, économiques et monétaires. Conspiracy Watch la présente comme une juriste évoluant dans la mouvance conspirationniste de la « Dissidence », avec participation à Hold-Up, liens avec BonSens, interventions souverainistes et affirmation selon laquelle l’État français aurait cessé d’exister juridiquement depuis le 16 mars 2020. Le droit, la monnaie et les institutions servent ici à produire un récit de dépossession générale. Le vocabulaire technique donne une apparence sérieuse à un scénario délirant, assez efficace pour fédérer une dissidence qui paie volontiers ses pseudo-experts.

 

Emmanuelle Darles et Sylvain Baron : la complosphère hors des écrans

Emmanuelle Darles est annoncée le samedi sur la petite scène. Cette enseignante en mathématique de l’Université Aix-Marseille est une figure covido-sceptique passée par le Conseil scientifique indépendant de Louis Fouché, elle a aussi été candidate RN dans la Vienne en 2024. TF1 Info a relevé une vidéo où elle compare la vaccination des enfants contre le Covid-19 à un viol ; elle a aussi participé au CSI à une émission contestant les critiques contre l’hydroxychloroquine, aux côtés de Vincent Pavan, Xavier Azalbert et Louis Fouché. Dans la même table ronde, Sylvain Baron apporte le versant anti-médias. Figure de la complosphère d’extrême droite, il est identifié par Libération autour d’une mobilisation contre les « médias collabos ». En une seule séquence Nexus aligne donc antivaccinisme, défense de la galaxie Raoult, extrême droite électorale et hostilité militante envers la presse.

 

Anne Givaudan : l’ésotérisme présenté comme savoir

Anne Givaudan est annoncée le dimanche sur la grande scène. Son univers ne se limite pas aux voyages hors du corps et aux « êtres de lumière » : il comporte aussi une offre de « soins esséniens thérapeutiques » avec des modules payants, des exercices sur l’aura, les chakras, les « nadis », la « palpation de l’éthérique », les huiles essentielles, la visualisation, etc. Son site affiche également des formations de « thérapeutes esséniens agréés », assurées par Anne Givaudan et Antoine Achram, avec des séances tarifées librement par chaque praticien. Les résumés de ses ouvrages vont dans le même sens : Lecture d’auras et soins esséniens promet de comprendre que la maladie « ne naît pas par hasard » et qu’il serait possible de « stopper son avance » en se transformant soi-même. La grande scène Nexus accueille une autrice qui associe voyages hors du corps, lecture d’aura, chakras et prétentions thérapeutiques.

Le salon des ennemis de l’esprit critique

Nexus réunit des familles qui devraient se contredire dès la première discussion sérieuse. Des souverainistes parlent d’indépendance nationale aux côtés de relais prorusses. Des militants de l’autonomie sanitaire promettent de libérer les corps, puis renvoient vers des formations, des praticiens, des compléments, des protocoles et des figures d’autorité alternatives. Des adversaires proclamés de la propagande médiatique installent leurs propres médias d’influence, avec leurs plateaux fermés, leurs invités circulaires et leurs révélations toujours orientées dans le même sens. Des défenseurs de la liberté dénoncent l’emprise de l’État, tout en nourrissant des paniques morales sur l’école, les enfants, la sexualité, les vaccins, les corps et les imaginaires.

Cette coalition repose sur une opération commune : retirer le public des méthodes de vérification pour le rattacher à un récit d’appartenance. Chaque domaine reçoit son ennemi simple et son expert de remplacement. La médecine a ses charlatans naturels, le journalisme ses médias de réinformation, l’histoire ses paniques pédocriminelles, le droit ses fictions de dépossession, la géopolitique ses récits prorusses, la spiritualité ses thérapeutes d’aura. Chaque bonimenteur reçoit sa parcelle de visibilité, pourvu qu’il attaque les procédures ordinaires qui permettent de distinguer une preuve, une hypothèse, une croyance et une fiction.

Le procédé transforme la défiance en identité, la crédulité en courage, l’ignorance en dissidence. Il offre à des publics inquiets une place flatteuse : ils auraient vu clair avant les autres, pendant que les naïfs obéissaient aux experts. La réalité, avec ses incertitudes, ses lenteurs, ses corrections et ses contraintes méthodologiques, disparaît sous une dramaturgie plus rentable : des menteurs d’un côté, des éveillés de l’autre.

Ce festival appelle une réponse rationaliste ferme parce qu’il détourne nos mots. La critique des médias mérite mieux que la réinformation complotiste. La critique de la médecine mérite mieux que les soins d’aura et les jus miraculeux. La critique des institutions mérite mieux que les fictions juridiques de dépossession. La critique de l’école mérite mieux que les paniques pédocriminelles. Nexus parle de doute pour fabriquer du soupçon, de liberté pour vendre de l’adhésion, d’autonomie pour contourner les savoirs établis. Face à cet attelage fétide, protéiforme et toxique, la zététique rappelle une exigence simple : une critique sérieuse commence avec des preuves, accepte la correction, distingue l’erreur du mensonge, et refuse de remplacer la méthode par une galerie de baratineurs persuadés d’avoir trouvé les méchants de l’histoire.

 

Acermendax

Christine Cotton est morte le 2 juin à 56 ans. La biostatisticienne, devenue l’une des figures les plus actives de la contestation antivaccinale en France depuis la pandémie de Covid-19, avait publié un message d’adieu évoquant une souffrance physique devenue insupportable.

Dans un premier temps, il faut avoir une pensée pour les souffrances qu’elle a traversé et pour ses proches qui sont dans le deuil.

Son décès a immédiatement été absorbé par l’écosystème narratif auquel elle appartenait. Des hommages ont parlé d’une « lanceuse d’alerte », d’une femme « de vérité », d’une voix qui aurait affronté Pfizer, l’ANSM, la HAS, l’Académie de médecine et plusieurs responsables publics. Sa carrière, ses accusations, sa maladie et son suicide ont été raccordés dans l’histoire d’une dissidente broyée par un système.

Regardons calmement les faits.

De qui s’agit-il ?

Christine Cotton avait acquis sa visibilité en affirmant avoir décelé, dans les essais Pfizer-BioNTech, des anomalies allant jusqu’à la falsification. Son discours associait vocabulaire statistique, accusation pénale et rhétorique du scandale sanitaire. Ce registre lui a donné une place centrale dans les médias antivaccinaux et complotistes : FranceSoir, Sud Radio, Putsch, Tocsin, Nexus, Géopolitique Profonde, Courrier des Stratèges ou Riposte Laïque.

Son parcours public avait quitté depuis longtemps le terrain de la discussion méthodologique. Ses critiques des essais Pfizer circulaient avec un vocabulaire d’accusation pénale et politique : « tromperie aggravée », « fraudes manifestes », « manipulation », « produit administré sans données d’efficacité ni de tolérance ». Dans son message d’adieu, elle rappelle elle-même avoir porté plainte contre Pfizer, BioNTech, l’ANSM, la HAS, l’Académie de médecine et plusieurs responsables publics. Son canal Telegram relayait aussi des contenus plus larges sur l’OMS, Fauci, les contrats Moderna, OpenAI, Big Tech ou le Frexit, dans une ambiance d’effondrement institutionnel et de soupçon généralisé.

 

Je vais me montrer très prudent sur la santé et la mort de Madame Cotton parce que je ne suis pas certain de disposer de toutes les informations permettant d’avoir un avis.

Dans le message qui annonce sa mort, elle décrit des douleurs lombaires et cutanées, des brûlures dans les jambes et le dos, des consultations multiples, des traitements sans effet, puis une souffrance devenue ingérable. Ces symptômes peuvent appartenir à certains tableaux de Covid long ou de syndrome post-infectieux ; ils peuvent aussi relever d’autres causes neurologiques, inflammatoires, psychiatriques, infectieuses ou toxiques. Aucun diagnostic public ne permet de conclure.

Mais il est très important de souligner que si son état relevait d’un Covid long post-infectieux, alors probablement que la vaccination contre le covid aurait pu lui éviter ce qui est arrivé. Le niveau de protection de cette vaccination est tel qu’elle serait probablement encore en vie. Je dis bien cela dans l’hypothèse où son état aurait été lié à cette infection.

Mais ni vous ni moi ne savons ce qui était la cause de ses souffrances, et cela nous oblige à une chose simple : ne pas lancer des accusations gratuites, ne pas diffuser des histoires douteuses, ne pas alimenter les narratifs pathologiques qui empoisonnent tout le monde.

 

La récupération n’attend pas

Nous avons vu à l’œuvre les acteurs habituels de l’exploitation paresseuse des angoisses et indignations.

Alexis Poulin écrit sur X : « Courageuse lanceuse d’alerte, elle a essayé très tôt de briser l’omerta sur le scandale de la gestion dite sanitaire. Avec des faits. Des chiffres. Irréfutables. Elle en a payé le prix de sa vie. La corruption dirige ce monde infernal. »

La phrase centrale, « Elle en a payé le prix de sa vie », transforme la mort en conséquence du combat. Comme vous le savez, aucune donnée médicale, judiciaire ou factuelle publique ne démontre un tel lien. La conclusion sur « la corruption » donne pourtant au décès une signification politique totale.

L’inénarrable Jean-Dominique Michel adopte une forme plus longue et plus prudente en apparence. Il commence par l’hommage : « Je rends ici hommage à Christine Cotton biostatisticienne et lanceuse d’alerte ». Il rappelle sa carrière, ses accusations contre Pfizer, son livre, son influence sur son propre travail. Puis il écrit : « Sans rien affirmer, je m’autorise à penser à voix haute : le tableau clinique décrit par Christine évoque les effets attribués aux armes à énergie dirigée ». Et nous voici contaminés avec la thèse gratuite mais gratifiante d’une agression technologique qui repose sur un complotiste qui « pense à voix haut ».

Géopolitique Profonde pousse cette logique dans un titre : « Christine COTTON défie PFIZER et perd la VIE : et personne n’en parle ! » Le texte annonce « le sacrifice d’une lanceuse d’alerte face au système ».  Vous reconnaissez la mécanique du Si c’est vrai c’est grave qui va s’appliquer à toutes les récupérations du cas Cotton érigé en histoire de martyr pour le plus grand bénéfice des dealers de panique.

Le même média avait préparé ce cadrage avant sa mort. En novembre 2025, Géopolitique Profonde annonçait : « Christine Cotton entre la vie et la mort après sa plainte contre Big Pharma ». Le texte écrivait que « Big Pharma tente d’effacer Christine Cotton », que son corps était « ravagé par une maladie grave, prétendument inconnue », et que sa santé s’était « brutalement détériorée après sa plainte contre les autorités sanitaires ». Le décès de juin 2026 permet de prolonger ce récit déjà en place.

Un autre épisode de GPTV allait encore plus loin dans le soupçon le 25 novembre : « CHRISTINE COTTON EMPOISONNÉE PAR PFIZER ? » La forme interrogative laisse au diffuseur une porte de sortie, mais le travail émotionnel est fait. Le nom de Pfizer se trouve accolé à l’idée d’un empoisonnement, et la maladie s’installe dans un scénario criminel. Cette rhétorique permet de lancer une accusation sans l’assumer complètement.

 

Riposte laïque adopte la même stratégie de la forme interrogative. Le 4 juin 2026, un billet publié par Christine Tasin annonce : « Suicide de la lanceuse d’alerte Christine Cotton… A-t-elle été empoisonnée ? »  — Derrière ce titre très évocateur : rien. Ni analyse, ni réflexion, ni enquête. Mais la thèse de l’empoisonnement a été annoncée.  Le biais de simple exposition fera le reste.

Santé Nutrition point org sert le même refrain. Peut-être parce qu’il s’agit des mêmes acteurs avec les mêmes intérêts : « Christine COTTON est décédée : quelque chose de GRAVE se prépare contre les dissidents… » Le texte parle d’une « dégradation brutale et inexpliquée » qui soulèverait « de profondes interrogations au sein des sphères dissidentes ». Accusations, soupçons, sentiment de persécution. Mais zéro enquête.

 

Étienne Chouard n’a aucune hésitation à se joindre à la mêlée joyeuse des théoriciens du complot en relayant la thèse de l’empoisonnement, mais en étant un peu plus précis donc plus sexy : le thallium

La piste du thallium vient de John Leake, auteur américain de true crime devenu compagnon éditorial de Peter McCullough dans la galaxie antivaccinale. Sur Focal Points / Courageous Discourse, il publie un texte qui présente Cotton comme « l’informatrice interne de Pfizer », puis affirme que ses symptômes feraient immédiatement penser au thallium, un poison « insipide et inodore », présenté comme un outil d’« assassinat invisible » par des services secrets.

Il demande si Christine Cotton a été testée pour un empoisonnement au thallium. Il n’en sait rien. Il pose la question, mais n’attend pas la réponse. Et les complotistes non plus. Maios la machine est lancée et Patrice Gibertie, un ancien professeur agrégé d’histoire et blogueur très actif de la sphère Covid contestataire affirme : « Je ne peux absolument pas croire que ce soit une coïncidence. »

L’info est partagée par des centaines de gens… certains un peu connus comme Christine Deviers Joncour, qui doit sa célébrité à des coucheries associées à des abus de bien sociaux dans les années 1990.

Je suis loin d’avoir fait le tour de toutes les histoires qui circulent.


Il nous faut donc croire que Christine Cotton a été empoisonnée, peut-être avec des énergies dirigées et que ces gens le savent sans avoir enquêté parce que c’était facile de le savoir, mais sans pouvoir nous le prouver parce que les méchants cachent trop bien leurs traces.

Pour ceux qui font encore mine de demander ce que veut dire complotisme, on est y. Le complotisme c’est répandre des accusations extrêmement lourdes et révoltantes sans preuve ni enquête ni source d’information fiable ; c’est exciter la colère, l’indignation et le dégout de son public puis passer à autre chose, tranquillement, sans travailler à démontrer la réalité des faits et à convaincre rationnellement, tout le monde au titre que : chacun doit faire ses propres recherche.


Les morts au service du narratif

Christine Cotton n’est pas la première actrice de la complosphère dont la mort est aussitôt exploitée par ses collègues. Au passage, je signale que ces personnalités n’ont aucun scrupule à exploiter la mort de tout le monde et à émettre des jugements déplacés sur le destin de ceux qui s’opposaient à leur récit… Tout en hurlant au sacrilège quand leurs propre drame ne sont pas traités avec assez d’égard ; c’est la stratégie gagnant du régime Trump autour de l’assassinat de Charlie Kirk.

Avant Christine Cotton, il y a eu Claire Severac. Autrice de Complot mondial contre la santé, elle accusait les grands intérêts industriels, chimiques, agroalimentaires et pharmaceutiques d’organiser une guerre contre la santé des populations. Wikipédia nous dit :  « Elle est remarquée par l’association d’extrême droite Égalité et Réconciliation et publie un livre chez leur maison d’édition, Kontre Kulture. Elle anime alors des conférences sur le programme HAARP ou les chemtrails. »

Après sa mort en 2016, des publications militantes ont évoqué des « circonstances troublantes » et laissé entendre qu’elle aurait payé le prix de ce qu’elle savait. Le décès d’une figure conspirationniste venait confirmer le complot qu’elle racontait de son vivant.

Un peu partout sur Internet, des messages annoncent quelle a été assassinée, empoisonnée, on nous dit qu’est est « morte car elle en savait trop »

Nous sommes dix ans plus tard et les mêmes personnes répètent les mêmes soupçon sans avoir travaillé, sans avoir cherché la vérité.

 

Citons enfin le cas de Serge Rader. Pharmacien et figure antivaccinale, il meurt en mai 2021 après avoir contracté le Covid-19, été admis en réanimation, intubé, plongé dans le coma, puis affaibli par une infection nosocomiale avant un arrêt cardiaque. Le Quotidien du médecin rappelle qu’il qualifiait les vaccins Covid de « mortifères », parlait de « fausse pandémie », attribuait déjà des milliers de morts aux vaccins Pfizer et affirmait que « tous les variants » viendraient des pays les plus vaccinés. Son propre décès plaçait donc la sphère antivaccinale devant une contradiction brutale : l’un de ses porte-voix venait de traverser le scénario médical qu’il avait contribué à minimiser.

La riposte narrative a consisté à détacher sa mort du Covid. Le blog FranceSoir titre : « Serge Rader, interviewé de Hold-up, est décédé. Un “héros des temps modernes”, selon Pierre Barnérias ». L’article insiste sur son test PCR négatif au départ, puis écrit qu’il aurait « attrapé le covid-19 là-bas », aurait été « guéri du virus » avant qu’une infection nosocomiale ne le ramène en soins. Un proche cité par FranceSoir ajoute : « les circonstances de son décès restent questionnables, car je vois mal Serge attraper le covid-19, ne pas se soigner à temps et ne pas avoir sur lui des comprimés adéquats ».

Égalité & Réconciliation reprend l’article du Parisien en conservant le cadrage le plus utile au récit alternatif : « Il était guéri mais il est ensuite décédé d’un arrêt cardiaque quelques jours plus tard ». Le site met aussi en avant la phrase de la famille : « C’est un ramassis de conneries, ce n’est absolument pas vrai, on n’en restera pas là », visant l’idée qu’il serait mort du virus. Dans les commentaires, la logique se durcit : « il y a déjà eu le coup du parapluie, peut y a t il eu le coup de l’écouvillon », écrit un lecteur, en référence à des scénarios d’assassinat clandestin. Un autre demande : « Alors pourquoi mettre en titre que le covid a quoi que ce soit à voir avec sa mort ? » Le fait central — une hospitalisation en réanimation après infection Covid — se trouve dissous, oublié, enterré parce que l’homme n’est pas mort comme il fallait.

Nous sommes 5 ans plus tard, et les conclusions sur son décès lié au covid-19 n’ont pas changé.

 

Conclusion

Il y a une vie après la mort d’une complotiste, cette vie c’est le commerce de l’idée la plus virale pour s’emparer du bénéfice du moment.

Les réactions similaires que nous venons de passer en revue nous montrent –et c’est malheureux—l’absence d’esprit critique, l’absence de méthode de pensée des sphères alternatives. Des gens entrent dans des boucles de soupçon, de paranoïa et d’agressivité parce qu’ils ne parviennent plus à gérer l’incertitude. Faute de méthode, faute de recul, faute parfois de ressources contextuelles pour hiérarchiser les faits, ils finissent par traiter comme des ennemis ceux qui résistent à leurs narratifs avariés.

Nous n’avons aucune raison de traiter comme des ennemis les personnes qui s’indignent de la gestion de la crise sanitaire, qui posent des questions, qui émettent des soupçons ou qui demandent des comptes. Une démocratie a besoin de cette vigilance. Mais une partie de ces milieux s’invente elle-même des ennemis en imaginant des cabales folles, des empoisonnements, des mises à mort par technologies secrètes, des réseaux invisibles coupables d’être à l’origine de chaque détail qui retient leur attention.

Le danger ultime de ces scénarios tient à leur irréfutabilité, et donc à leur capacité à déclencher une spirale de radicalisation vers des délires obsessionnels, où celui qui, à partir des mêmes informations, n’arrive pas aux mêmes conclusions, finit traité comme un ennemi mortel.

Si seulement ceux qui croient ou prétendent croire à des complots dans lesquels on empoisonne les lanceurs d’alerte agissaient en conséquence, en prenant au sérieux les histoires qu’ils racontent et donc en travaillant à vérifier ces informations primordiales. S’ils seulement ils se montraient dignes de leur indignation de façade. Alors ils auraient droit à un peu de respect, y compris de leur vivant.

 

Acermendax

 

Cet échange avec le comité a lieu dans le contexte d’un travail d’analyse que je réalise sur les productions, les déclarations et la trajectoire de Renaud Evrard au sein du mouvement sceptique… tout en étant un défenseur des croyances paranormales, jusque dans l’Université.

Voir mes autres billets :

  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
  4. Evrard & Rabeyron, 2012 |Psychanalyse, télépathie et refuge clinique du psi
  5. Renaud Evrard chez Brice Perrier : quand la science sert de vernis aux récits extraordinaires
  6. Renaud Evrard | quand une thèse primée à l’Université de Lorraine légitime la conscience non locale
  7. Renaud Evrard chez La psychologie pour tous | l’accueil clinique comme cheval de Troie du paranormal
  8. Renaud Evrard dans Inexploré : le paranormal c’est quantique
  9. Renaud Evrard | Autisme et Rorschach : anatomie d’un retour en grâce trop commode

Lettre au comité Para

Email envoyé le 14 mai 2026

 

Objet : Demande de clarification au sujet de la place de Renaud Evrard au sein du Comité Para

 

Chers confrères en scepticisme,

Je me dois de vous écrire au sujet de la place occupée par Renaud Evrard dans l’environnement du Comité Para, notamment au sein de l’équipe éditoriale de votre revue Scepticisme scientifique.

Depuis plusieurs jours, je publie sur La Menace Théoriste une série d’articles consacrés à ses prises de position, à ses réseaux et à l’usage qu’il fait de son autorité universitaire dans des espaces où le paranormal, la parapsychologie, la psychanalyse et certaines approches métaphysiques bénéficient avec son concours d’un vernis académique. Les premiers textes portent en particulier sur sa défense de la psychanalyse et sur la manière dont il mobilise le vocabulaire clinique, universitaire et historique pour faire passer des positions métaphysiques sous les apparences d’un travail académique.

 

Je tiens à vous alerter car je crains que le Comité Para se trouve face à un cas d’entrisme caractérisé. Une personne défendant depuis longtemps des croyances, des méthodes et des valeurs profondément opposées au scepticisme scientifique a-t-elle pu s’installer dans une structure sceptique, y exercer une influence, et bénéficier ainsi d’une respectabilité que ses prises de position publiques auraient dû rendre beaucoup plus problématique ?

Cette question concerne directement la crédibilité de votre revue. Un journal intitulé Scepticisme scientifique peut difficilement conserver toute son autorité si l’un de ses fondateurs et membres de son équipe éditoriale occupe, dans le même temps, une position durable de légitimation savante de la parapsychologie, des « expériences exceptionnelles » et de cadres métaphysiques présentés sous un vocabulaire clinique ou académique.

Je pèse mes mots. Cette affaire engage l’image du Comité Para, mais aussi celle du mouvement sceptique francophone. Renaud Evrard a longtemps bénéficié d’une réputation d’universitaire prudent, ouvert au dialogue avec les sceptiques. J’y ai moi-même cru : il y a onze ans, je lui proposais de préfacer un ouvrage. J’ai réparé cette erreur dans la réédition du livre. Les éléments que je rassemble aujourd’hui dessinent la trajectoire d’un acteur qui mobilise la psychologie clinique, la psychanalyse et l’histoire des « expériences exceptionnelles » pour faire entrer dans le champ académique des positions qui relèvent d’abord de la parapsychologie et de la métaphysique.

 

Voici les analyses que j’ai déjà publiées

  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
  4. Evrard & Rabeyron, 2012 |Psychanalyse, télépathie et refuge clinique du psi
  5. Renaud Evrard chez Brice Perrier : quand la science sert de vernis aux récits extraordinaires

D’autres articles sont en préparation. Ils documenteront plus largement ce que je considère désormais comme une imposture intellectuelle : une stratégie de légitimation savante de croyances incompatibles avec les exigences minimales de l’enquête sceptique.

 

Je vous écris donc pour savoir si le Comité Para entend examiner publiquement cette situation, clarifier la place de Renaud Evrard dans ses instances et dans sa revue, et dire comment il évalue la compatibilité entre ce rôle éditorial et ses engagements répétés dans des réseaux favorables au paranormal.

À mes yeux, l’honneur du Comité Para se joue ici dans sa capacité à regarder cette affaire en face. Le devoir des sceptiques consiste aussi à reconnaître les erreurs de vigilance commises dans leur propre camp, surtout lorsqu’une confusion durable a permis à une mascarade intellectuelle de prospérer sous une bannière qui aurait dû l’interroger plus tôt.

 

Bien cordialement,

Thomas C. Durand


Réaction du comité Para

Publiée sur Facebook le 18 mai.

 

Bonjour à toustes,
Nous avons récemment reçu un courrier de Thomas Durand nous demandant de clarifier la position du Comité Para à propos de Renaud Evrard. Compte tenu de la visibilité de Thomas Durand dans la communauté sceptique francophone et de l’intérêt suscité par cette discussion, il nous semble utile d’apporter publiquement quelques précisions, dans un esprit calme et respectueux.
Plusieurs des critiques formulées aujourd’hui à l’encontre de Renaud Evrard soulèvent des questions réelles et légitimes. Certaines de ses positions, collaborations ou formulations peuvent effectivement susciter des réserves importantes au sein de la sphère sceptique, y compris parmi nous. Le désaccord ne porte d’ailleurs pas sur le fait d’étudier des sujets controversés en tant que tels : le Comité Para étudie les phénomènes paranormaux depuis sa fondation en 1949. Les discussions portent davantage sur certaines interprétations, certains cadres théoriques ou certaines positions publiques qui peuvent y être associés.
Cependant, nous ne pensons pas que ces désaccords suffisent à caractériser une logique d’« entrisme ». Les travaux, prises de position et controverses entourant Renaud Evrard ne nous sont nullement inconnus. Certains d’entre nous le connaissent d’ailleurs depuis bientôt vingt-cinq ans, à l’époque où il débattait déjà avec des membres de l’Observatoire Zététique. Le Comité Para n’a jamais cherché à dissimuler l’existence des débats, désaccords ou critiques entourant ses travaux et ses positions, qui sont connus et discutés depuis longtemps au sein de notre communauté.
Notre position de fond est relativement simple : nous avons choisi d’accepter au sein de notre environnement des personnes qui se réclament de la méthode scientifique tout en pouvant avoir, sur certains sujets, des conclusions ou des interprétations différentes. Nous ne souhaitons pas instaurer de « test de pureté idéologique » concernant nos membres ou nos collaborateurices, ni considérer que des désaccords méthodologiques ou théoriques suffisent automatiquement à justifier une exclusion. Cette approche s’inscrit d’ailleurs dans une tradition ancienne du scepticisme francophone : le règlement intérieur de l’Observatoire Zététique rappelait déjà que nos interlocuteurices ne sont pas des caricatures, mais des personnes avec lesquelles un dialogue critique reste possible.
Nous pensons qu’il est préférable de discuter de ces questions sur le terrain des arguments, des méthodes et des travaux eux-mêmes, dans un climat aussi serein que possible.
Les questions soulevées ici sont légitimes et méritent d’être discutées. Nous ne considérons toutefois pas, à ce stade, que les activités de Renaud Evrard contreviennent aux principes méthodologiques fondamentaux auxquels nous restons attaché·es.
Merci pour votre lecture et votre compréhension, et merci aux personnes qui nous soutiennent.
Sceptiquement vôtre,
Le Comité Para 🐙

Mon commentaire

Publié sur Facebook – le 18 mai

 

Je remercie le Comité Para d’avoir répondu publiquement. Il reconnaît que les critiques formulées contre Renaud Evrard soulèvent des questions « réelles et légitimes » et que certaines de ses positions suscitent des réserves importantes au sein même de la sphère sceptique.

Mais je reste déçu par le fond.

Le Comité présente mon alerte comme si elle relevait d’un procès en « pureté idéologique ». Mon propos porte sur un décalage profond, durable et documentable entre une posture publique de sceptique attaché à la méthode scientifique et un travail continuel de sape contre la critique des discours pseudoscientifiques sur le paranormal.

La présence de Renaud Evrard dans une revue intitulée Scepticisme scientifique dépasse le simple désaccord théorique. Elle lui offre une caution institutionnelle alors même que ses travaux contribuent à rendre fréquentables la parapsychologie, les « expériences exceptionnelles », certains usages de la psychanalyse et des cadres métaphysiques autour de la conscience jusque dans des thèses de doctorat.

Le silence de la réponse sur cette revue me frappe particulièrement. Renaud Evrard y occupe une place éditoriale importante, qui devient d’autant plus problématique à la lumière de la trajectoire que je documente. Les membres du Comité qui le côtoient depuis vingt-cinq ans connaissent nécessairement une partie de ses positions, de ses réseaux et de ses engagements intellectuels. Cette ancienneté aggrave la question de vigilance au lieu de la dissiper.

La réponse laisse aussi de côté le bénéfice d’image qu’il retire de sa proximité avec une association sceptique reconnue. Cette proximité lui permet de se présenter, directement ou indirectement, comme un interlocuteur s’exprimant depuis l’intérieur du mouvement sceptique, alors que ses travaux défendent depuis des années des objets et des cadres théoriques qui appellent précisément une critique méthodique.

Renaud Evrard peut difficilement être perçu par le public comme un défenseur explicite du paranormal puisqu’il apparaît aussi comme un collaborateur de longue date des sceptiques. Cette double position a permis de faire passer sous les radars des formulations, des réseaux et des stratégies qui auraient dû alerter bien plus tôt.

Le Comité Para explique que ces controverses étaient connues. Très bien. Alors la question devient encore plus sérieuse : comment une personne engagée aussi durablement dans cette trajectoire a-t-elle pu occuper une telle place dans un environnement sceptique sans clarification publique ?

Je remercie donc le Comité pour sa réaction, et je lui souhaite de poursuivre sa réflexion. Sa situation me paraît plus grave et plus périlleuse qu’il ne semble vouloir l’admettre.

Mon travail continuera, article après article, en m’appuyant sur les textes, les citations, les réseaux et les faits nécessaires pour que chacun puisse juger si la situation relève d’un pluralisme interne de bon aloi ou d’une erreur collective de vigilance dont il faudra tirer les conséquences.

 

Après avoir sévi des années dans la production industrielle de fakes sur la Covid-19, le tristement célèbre Louis Fouché s’associe à Senta Depuydt pour nous gratifier d’une avalanche d’âneries au sujet de l’autisme, servies par les médias Nexus et Tocsin, puis diffusées sur divers réseaux sociaux (Facebook, X, etc).

Ce debunk complète l’intervention “Au cœur du compl’autisme” donnée aux Rencontres de l’Esprit Critique (REC) 2026 à Toulouse. Il s’agit de sa suite directe (et inédite).

Une volonté claire d’importer le narratif MAHA

Tout commence en mars 2026 chez Tocsin. Louis Fouché chante les louanges de Robert Francis Kennedy Junior (RFK Jr) et dit vouloir importer ses idées afin de, on le cite :

libérer la France de big pharma

Il annonce aussi (8:30 et ap) sa participation à un congrès sur l’autisme qui, promet-il, ne sera pas la grand-messe des antivax. Comme le méchant d’un James Bond, Fouché explique son plan à l’avance : inviter des responsables de politiques publiques en autisme et des « familles » à écouter Brian Hooker, un militant antivaccins de l’association de RFK jr. Puis, inciter les responsables des politiques publiques à coopérer. Seulement, comme à chaque fois qu’on explique son plan de bullshiteur sur internet, la grand-messe du 26 avril ne se déroule pas comme prévu : la location de la salle est déprogrammée (1).

Les propos tenus par Louis Fouché le 26 avril à Paris sont enregistrés puis largement diffusés sur les réseaux sociaux, cette fois via le « média » Nexus. Son discours est copié-collé du mouvement Make America Healthy Again (MAHA) de RFK jr, avec les mêmes failles méthodologiques. Dans aucune de ses vidéos, Louis Fouché ne précise que les chiffres qu’il cite concernent des estimations diagnostiques, ni que les critères diagnostiques de l’autisme ont profondément changé depuis les années 1970. Surprenant de la part d’un titulaire de doctorat en médecine !

Il assène des chiffres effrayants : un enfant sur 30 serait autiste aux États-Unis (2), et même un sur trois parmi les Afro-américains (3).

 

Tordre l’épidémiologie dans tous les sens

Quelles sont les sources de M. Fouché ?

Le chiffre d’un sur trente correspond grosso-modo aux données estimées des Centers for disease Control and Prevention américains en 2025 (4).

Ces chiffres épidémiologiques très élevés donnés par les CDC méritent d’être expliqués. Déjà, c’est une estimation. Aucun service de santé au monde n’a les moyens de diagnostiquer des troubles du spectre de l’autisme (TSA) chez une personne sur trente, à l’échelle d’un pays. Ensuite, la méthode d’estimation a ses limites et défauts. Pearson souligne que ces chiffres américains résultent d’une estimation basée sur des registres administratifs, méthode moins précise qu’une enquête de population (5). Les États-Unis ont le plus haut taux d’estimation d’autisme au monde, l’estimation pondérée à l’échelle mondiale étant plutôt d’une personne sur cent en 2022 (6).

Estimer combien de personnes sont autistes pose de sérieuses difficultés en raison de fortes évolutions dans les critères de pose du diagnostic (notion de TSA définie en 2013), et d’hétérogénéités en fonction de l’interprétation de ces critères par les cliniciens. En effet, l’autisme ne se diagnostique pas de manière certaine avec un caryotype ou une prise de sang, mais par observation du comportement sur un temps long. Cela laisse une marge d’erreurs interprétatives et une sensibilité aux effets sociaux. Au Canada par exemple, les diagnostics d’autisme augmentent avec les politiques publiques offrant du soutien aux familles concernées, la différence entre population diagnostiquée “autiste” et population “non-autiste” s’étant estompée (7).

En ce qui concerne les soi-disant un sur trois parmi les enfants Afro-américains, rien ne corrobore ce que dit Fouché. Rien, nada, que pouic, ce chiffre sort de son postérieur, ou bien… de celui de Brian Hooker. Mais Louis Fouché déploie son narratif antivaxx habituel à partir de ce chiffre effrayant sorti de son fondement : d’après lui, si les taux d’autisme « explosent » parmi les populations les plus pauvres aux États-Unis, c’est à cause de l’environnement, de la malbouffe, des « programmes de santé appliqués aux enfants » (pour éviter de dire vaccins), et des pesticides (8).

Présenter l’autisme comme une maladie épidémique grave

Fouché confisque le vécu des personnes concernées par l’autisme, en assénant à leur place que « c’est une réelle souffrance » (op. cit. 2:50 et ap.). Il existe pourtant une vaste littérature scientifique au sujet du mouvement de la neurodiversité, ainsi que des preuves solides qu’être autiste n’est pas toujours vécu comme une souffrance directe (9). C’est d’autant moins vrai dans le contexte des estimations épidémiologiques énormes qu’il cite juste avant : si une personne sur 31 est estimée autiste, alors très logiquement, la majorité de ces personnes “estimées autistes” ne vit pas une situation de handicap et de souffrance graves : l’étude canadienne des surdiagnostics le documente bien (7).

Fouché qualifie l’autisme de « maladie » dans toutes ses vidéos alors que ce n’en est pas une (10). L’autisme n’est pas assimilable à une altération transitoire de santé, et rien ne prouve non plus qu’il soit susceptible d’une guérison, c’est-à-dire d’un retour à un état non-autiste. Il se permet de dire que « les gens ne sont pas leur maladie » (11), ce qui est là aussi contredit par l’existence même du mouvement de la neurodiversité, qui revendique précisément que l’autisme fait partie de la personne, qu’il ne s’agit pas d’une adjonction maladive (12).

 

Fouché prétend à plusieurs reprises dans ses vidéos qu’il existerait une « épidémie » d’autisme.

C’est faux.

Cette croyance résulte d’une mauvaise interprétation de données et d’une pensée “compl’autiste”, exposée ici à travers l’idée que cette prétendue “épidémie” serait volontairement cachée par les organismes officiels et quasiment tous les chercheurs en épidémiologie de la planète (13). C’est une reprise exacte du narratif MAHA de RFK Jr, qui instrumentalise des informations estimées et parcellaires.

Accuser “la malbouffe” et “les pesticides” de provoquer cette épidémie imaginaire

Louis Fouché cite une liste de causes alléguées de l’autisme et du TDAH : microbiote, cerveau altéré, « barrière gastro-intestinale »… et prétend qu’ « à partir de la question de l’autisme » on va « changer toute la société » en s’en prenant à big pharma (14). Interrogé sur une responsabilité éventuelle des vaccins, il se victimise en disant « ne pas avoir le droit d’en parler » sur YouTube (15). La possibilité que des vaccins causent l’autisme a depuis longtemps été démontrée fausse grâce à des études d’excellente qualité publiées sur plus de vingt ans, portant sur des millions de dossiers médicaux (16).

Fouché insiste sur le microbiote dans plusieurs de ses vidéos, dont ses short (17). Les études actuelles sur le microbiote sont de faible qualité scientifique, malgré 15 années de recherches sur le sujet. Elles ne prouvent pas qu’une composition spécifique du microbiote soit caractéristique des personnes autistes. La relation est vraisemblablement dans l’autre sens : le microbiote est « altéré » à cause d’un régime alimentaire sélectif, c’est donc une conséquence de l’autisme et non une cause (18).

Enfin, les causes principales de l’autisme sont génétiques (19), mais Fouché ne le rappelle à aucun moment, préférant nourrir puis entretenir une panique autour de facteurs environnementaux provoquant une “épidémie” cachée. Là encore, c’est un copié-collé du narratif MAHA américain.

Pourquoi nourrir cette croyance ? Imposer des fakemeds de l’autisme dans les politiques publiques

 

Pourquoi ce narratif, pourquoi présenter l’autisme comme une maladie épidémique d’origine environnementale ? Fouché explique qu’il s’agit de le diffuser vers les décideurs de politiques publiques en France, et de demander « de nouvelles recherches pour de nouveaux traitements » (20). Il n’explique pas de quels « nouveaux traitements » il s’agit. Les « traitements » associés aux croyances MAHA sont cependant bien connus aux États-Unis : chélation de métaux lourds, transfert de microbiote fécal, acide folinique, voire pseudo thérapies plus dangereuses encore, comme l’ingestion de MMS, un dérivé d’eau de Javel. Sous RFK Jr., une recommandation officielle qui déconseillait ces pseudo-traitements a disparu du site officiel de la Food and Drugs Adminisration (FDA) (21)

Les croyants aux vaccins causant l’autisme croient aussi qu’il serait possible de « détoxifier » les enfants des métaux contenus dans les vaccins et les pesticides avec une chélation. En principe, la chélation n’est prescrite qu’en cas d’empoisonnement avéré aux métaux lourds, elle n’est pas recommandée comme “traitement de l’autisme ; rien ne permet de soutenir qu’elle rendrait “non-autiste” (22).

Pire, elle a causé au moins trois morts d’enfants . Ce pseudo-traitement a d’ailleurs fait l’objet d’une alerte de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en France en 2020 (23).

Louis Fouché termine sur un discours compl’autiste typique, comparant le consensus scientifique relatif à l’absence de responsabilité des vaccins dans l’autisme à un… « dogme religieux ».

Conclusion : les dangers réels des croyances MAHA

S’il dit aussi certaines choses justes dans ses vidéos (la tolérance entre les jeunes augmente ; trop de psychotropes sont prescrits aux enfants autistes non-verbaux… (24)), Louis Fouché tient un positionnement idéologique dangereux, visant à présenter l’autisme comme une maladie grave et épidémique, en laissant planer la responsabilité des vaccins (“programmes de santé appliqués aux enfants”). La diffusion de cette fake news pose de lourds problèmes de santé publique, car la « peur de l’autisme » pousse des parents à ne pas vacciner leurs enfants (25). C’est de là que provient l’actuelle épidémie de rougeole aux États-Unis, une épidémie bien réelle qui, elle, cause des morts. Fouché ne précise d’ailleurs jamais que personne ne « meurt de l’autisme », puisque ce n’est pas une maladie. Il reste prudent, vague sur les « nouveaux traitements » qu’il demande, en ne recommandant pas explicitement la chélation ni la greffe de microbiote fécal, et se défausse sur la “liberté parentale”. Par contre, sa co-conférencière Senta Depuydt ne prend pas cette précaution. Elle prétend avoir un enfant « régressé vers l’autisme » qui “s’en est sorti”, et demande explicitement le remboursement, sur argent public, du « biomédical » (26). Le mot-parapluie « biomédical”, désigne un grand nombre de pseudo-thérapies de l’autisme allant de l’inefficace jusqu’au danger de mort. Des régimes alimentaires sans gluten jusqu’à l’antibiothérapie (programme Chronimed de Luc Montagnier).

Ce début d’importation des croyances MAHA doit être stoppé. Nous savons déjà, avec l’exemple et le précédent américain, comment l’installation de ce discours en France se traduira : par un effondrement de la couverture vaccinale ; par le retour d’épidémies de rougeole ; par la multiplication des pseudo-thérapies de l’autisme dont celles responsables de morts d’enfants ; enfin, par la déshumanisation des personnes autistes, assimilées à des individus pollués par des métaux lourds et des pesticides, qu’il conviendrait de « dépolluer » pour retrouver “le” véritable individu caché derrière cette « pollution autistique ».

Les autistes ne sont pas “pollués” par les vaccins ou leur alimentation. Ce qui les pollue ici, c’est le discours de Louis Fouché !

Tsaag Valren

 

1) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M&t=290s (4min50 et ap.)

2) https://www.nexus.fr/actualite/-/autisme-fouche-congres/

3) https://www.youtube.com/watch?v=7hVDm1rEEV8&t=190s (3min05 et ap.)

4) https://www.cdc.gov/autism/data-research/index.html 

5) https://www.nature.com/articles/d41586-025-02636-1 

6) https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/aur.2696 

7) https://actualites.uqam.ca/2019/autisme-surdiagnostic/ ; https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/2747847

8) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (1min40 et ap.)

9) https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12812635/

10) https://dx.doi.org/10.1080/09515089.2017.1338341 ; Laurent Mottron, Si l’autisme n’est pas une maladie, qu’est-ce ?

11) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (4min25 et ap.)

12) https://shs.cairn.info/revue-quaderni-2009-1-page-61?lang=fr ; https://doi.org/10.1002/wps.70076

13) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41071434/ ; https://www.nature.com/articles/d41586-025-02636-1 ; https://presse.inserm.fr/canal-detox/une-epidemie-dautisme-vraiment

14) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (6min15 à 6min45 et ap.)

15) Op. Cit.11 min 20 et ap.

16) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0264410X14006367b ; https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1090379821002312

17) https://www.facebook.com/watch/?v=984893430550346 . Consulté le 15-05-2026

18) https://doi.org/10.1016/j.neuron.2025.10.006 ; https://dx.doi.org/10.1016/j.cell.2021.10.015 ; https://www.lexpress.fr/sciences-sante/autisme-que-vaut-vraiment-lhypothese-du-microbiote-2IY5YJKN5NGQ7O3M5VQRFWDDSI

19) https://www.nature.com/articles/d41586-025-02636-1 ; https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/autisme/comprendre-l-autisme-definition-causes-et-frequence

20) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (7min00 et ap.)

21) https://www.propublica.org/article/rfk-jr-fda-removes-autism-treatments-warning

22) https://dx.doi.org/10.1007/s13181-013-0345-4 ; https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1750946712000724 ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A9lation_des_m%C3%A9taux_lourds_dans_l%27autisme

23) https://dx.doi.org/10.1016/j.ccr.2014.04.023 ; https://dx.doi.org/10.1080/15563650701261488 ; https://handicap.gouv.fr/alerte-sur-des-traitements-utilises-dans-lautisme

24) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M 8:30 et ap. ;  https://open.spotify.com/episode/7mo1ZQWds0hiWRthLUJ4O9

25) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0167629619302450

26) https://www.facebook.com/watch/?v=1501473631432111 (30 sec. et ap.) ; version longue ici  https://www.facebook.com/watch/?v=1917131735639900 (4:15 et ap.)