Archive pour la catégorie : Idéologie

On identifie sans mal certaines idéologies pour ce qu’elles sont : des combinaisons de valeurs, d’idéaux et des stratégies déployées pour les défendre.

Cet échange avec le comité a lieu dans le contexte d’un travail d’analyse que je réalise sur les productions, les déclarations et la trajectoire de Renaud Evrard au sein du mouvement sceptique… tout en étant un défenseur des croyances paranormales, jusque dans l’Université.

Voir mes autres billets :

  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
  4. Evrard & Rabeyron, 2012 |Psychanalyse, télépathie et refuge clinique du psi
  5. Renaud Evrard chez Brice Perrier : quand la science sert de vernis aux récits extraordinaires
  6. Renaud Evrard | quand une thèse primée à l’Université de Lorraine légitime la conscience non locale
  7. Renaud Evrard chez La psychologie pour tous | l’accueil clinique comme cheval de Troie du paranormal
  8. Renaud Evrard dans Inexploré : le paranormal c’est quantique
  9. Renaud Evrard | Autisme et Rorschach : anatomie d’un retour en grâce trop commode

Lettre au comité Para

Email envoyé le 14 mai 2026

 

Objet : Demande de clarification au sujet de la place de Renaud Evrard au sein du Comité Para

 

Chers confrères en scepticisme,

Je me dois de vous écrire au sujet de la place occupée par Renaud Evrard dans l’environnement du Comité Para, notamment au sein de l’équipe éditoriale de votre revue Scepticisme scientifique.

Depuis plusieurs jours, je publie sur La Menace Théoriste une série d’articles consacrés à ses prises de position, à ses réseaux et à l’usage qu’il fait de son autorité universitaire dans des espaces où le paranormal, la parapsychologie, la psychanalyse et certaines approches métaphysiques bénéficient avec son concours d’un vernis académique. Les premiers textes portent en particulier sur sa défense de la psychanalyse et sur la manière dont il mobilise le vocabulaire clinique, universitaire et historique pour faire passer des positions métaphysiques sous les apparences d’un travail académique.

 

Je tiens à vous alerter car je crains que le Comité Para se trouve face à un cas d’entrisme caractérisé. Une personne défendant depuis longtemps des croyances, des méthodes et des valeurs profondément opposées au scepticisme scientifique a-t-elle pu s’installer dans une structure sceptique, y exercer une influence, et bénéficier ainsi d’une respectabilité que ses prises de position publiques auraient dû rendre beaucoup plus problématique ?

Cette question concerne directement la crédibilité de votre revue. Un journal intitulé Scepticisme scientifique peut difficilement conserver toute son autorité si l’un de ses fondateurs et membres de son équipe éditoriale occupe, dans le même temps, une position durable de légitimation savante de la parapsychologie, des « expériences exceptionnelles » et de cadres métaphysiques présentés sous un vocabulaire clinique ou académique.

Je pèse mes mots. Cette affaire engage l’image du Comité Para, mais aussi celle du mouvement sceptique francophone. Renaud Evrard a longtemps bénéficié d’une réputation d’universitaire prudent, ouvert au dialogue avec les sceptiques. J’y ai moi-même cru : il y a onze ans, je lui proposais de préfacer un ouvrage. J’ai réparé cette erreur dans la réédition du livre. Les éléments que je rassemble aujourd’hui dessinent la trajectoire d’un acteur qui mobilise la psychologie clinique, la psychanalyse et l’histoire des « expériences exceptionnelles » pour faire entrer dans le champ académique des positions qui relèvent d’abord de la parapsychologie et de la métaphysique.

 

Voici les analyses que j’ai déjà publiées

  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
  4. Evrard & Rabeyron, 2012 |Psychanalyse, télépathie et refuge clinique du psi
  5. Renaud Evrard chez Brice Perrier : quand la science sert de vernis aux récits extraordinaires

D’autres articles sont en préparation. Ils documenteront plus largement ce que je considère désormais comme une imposture intellectuelle : une stratégie de légitimation savante de croyances incompatibles avec les exigences minimales de l’enquête sceptique.

 

Je vous écris donc pour savoir si le Comité Para entend examiner publiquement cette situation, clarifier la place de Renaud Evrard dans ses instances et dans sa revue, et dire comment il évalue la compatibilité entre ce rôle éditorial et ses engagements répétés dans des réseaux favorables au paranormal.

À mes yeux, l’honneur du Comité Para se joue ici dans sa capacité à regarder cette affaire en face. Le devoir des sceptiques consiste aussi à reconnaître les erreurs de vigilance commises dans leur propre camp, surtout lorsqu’une confusion durable a permis à une mascarade intellectuelle de prospérer sous une bannière qui aurait dû l’interroger plus tôt.

 

Bien cordialement,

Thomas C. Durand


Réaction du comité Para

Publiée sur Facebook le 18 mai.

 

Bonjour à toustes,
Nous avons récemment reçu un courrier de Thomas Durand nous demandant de clarifier la position du Comité Para à propos de Renaud Evrard. Compte tenu de la visibilité de Thomas Durand dans la communauté sceptique francophone et de l’intérêt suscité par cette discussion, il nous semble utile d’apporter publiquement quelques précisions, dans un esprit calme et respectueux.
Plusieurs des critiques formulées aujourd’hui à l’encontre de Renaud Evrard soulèvent des questions réelles et légitimes. Certaines de ses positions, collaborations ou formulations peuvent effectivement susciter des réserves importantes au sein de la sphère sceptique, y compris parmi nous. Le désaccord ne porte d’ailleurs pas sur le fait d’étudier des sujets controversés en tant que tels : le Comité Para étudie les phénomènes paranormaux depuis sa fondation en 1949. Les discussions portent davantage sur certaines interprétations, certains cadres théoriques ou certaines positions publiques qui peuvent y être associés.
Cependant, nous ne pensons pas que ces désaccords suffisent à caractériser une logique d’« entrisme ». Les travaux, prises de position et controverses entourant Renaud Evrard ne nous sont nullement inconnus. Certains d’entre nous le connaissent d’ailleurs depuis bientôt vingt-cinq ans, à l’époque où il débattait déjà avec des membres de l’Observatoire Zététique. Le Comité Para n’a jamais cherché à dissimuler l’existence des débats, désaccords ou critiques entourant ses travaux et ses positions, qui sont connus et discutés depuis longtemps au sein de notre communauté.
Notre position de fond est relativement simple : nous avons choisi d’accepter au sein de notre environnement des personnes qui se réclament de la méthode scientifique tout en pouvant avoir, sur certains sujets, des conclusions ou des interprétations différentes. Nous ne souhaitons pas instaurer de « test de pureté idéologique » concernant nos membres ou nos collaborateurices, ni considérer que des désaccords méthodologiques ou théoriques suffisent automatiquement à justifier une exclusion. Cette approche s’inscrit d’ailleurs dans une tradition ancienne du scepticisme francophone : le règlement intérieur de l’Observatoire Zététique rappelait déjà que nos interlocuteurices ne sont pas des caricatures, mais des personnes avec lesquelles un dialogue critique reste possible.
Nous pensons qu’il est préférable de discuter de ces questions sur le terrain des arguments, des méthodes et des travaux eux-mêmes, dans un climat aussi serein que possible.
Les questions soulevées ici sont légitimes et méritent d’être discutées. Nous ne considérons toutefois pas, à ce stade, que les activités de Renaud Evrard contreviennent aux principes méthodologiques fondamentaux auxquels nous restons attaché·es.
Merci pour votre lecture et votre compréhension, et merci aux personnes qui nous soutiennent.
Sceptiquement vôtre,
Le Comité Para 🐙

Mon commentaire

Publié sur Facebook – le 18 mai

 

Je remercie le Comité Para d’avoir répondu publiquement. Il reconnaît que les critiques formulées contre Renaud Evrard soulèvent des questions « réelles et légitimes » et que certaines de ses positions suscitent des réserves importantes au sein même de la sphère sceptique.

Mais je reste déçu par le fond.

Le Comité présente mon alerte comme si elle relevait d’un procès en « pureté idéologique ». Mon propos porte sur un décalage profond, durable et documentable entre une posture publique de sceptique attaché à la méthode scientifique et un travail continuel de sape contre la critique des discours pseudoscientifiques sur le paranormal.

La présence de Renaud Evrard dans une revue intitulée Scepticisme scientifique dépasse le simple désaccord théorique. Elle lui offre une caution institutionnelle alors même que ses travaux contribuent à rendre fréquentables la parapsychologie, les « expériences exceptionnelles », certains usages de la psychanalyse et des cadres métaphysiques autour de la conscience jusque dans des thèses de doctorat.

Le silence de la réponse sur cette revue me frappe particulièrement. Renaud Evrard y occupe une place éditoriale importante, qui devient d’autant plus problématique à la lumière de la trajectoire que je documente. Les membres du Comité qui le côtoient depuis vingt-cinq ans connaissent nécessairement une partie de ses positions, de ses réseaux et de ses engagements intellectuels. Cette ancienneté aggrave la question de vigilance au lieu de la dissiper.

La réponse laisse aussi de côté le bénéfice d’image qu’il retire de sa proximité avec une association sceptique reconnue. Cette proximité lui permet de se présenter, directement ou indirectement, comme un interlocuteur s’exprimant depuis l’intérieur du mouvement sceptique, alors que ses travaux défendent depuis des années des objets et des cadres théoriques qui appellent précisément une critique méthodique.

Renaud Evrard peut difficilement être perçu par le public comme un défenseur explicite du paranormal puisqu’il apparaît aussi comme un collaborateur de longue date des sceptiques. Cette double position a permis de faire passer sous les radars des formulations, des réseaux et des stratégies qui auraient dû alerter bien plus tôt.

Le Comité Para explique que ces controverses étaient connues. Très bien. Alors la question devient encore plus sérieuse : comment une personne engagée aussi durablement dans cette trajectoire a-t-elle pu occuper une telle place dans un environnement sceptique sans clarification publique ?

Je remercie donc le Comité pour sa réaction, et je lui souhaite de poursuivre sa réflexion. Sa situation me paraît plus grave et plus périlleuse qu’il ne semble vouloir l’admettre.

Mon travail continuera, article après article, en m’appuyant sur les textes, les citations, les réseaux et les faits nécessaires pour que chacun puisse juger si la situation relève d’un pluralisme interne de bon aloi ou d’une erreur collective de vigilance dont il faudra tirer les conséquences.

 

Après avoir sévi des années dans la production industrielle de fakes sur la Covid-19, le tristement célèbre Louis Fouché s’associe à Senta Depuydt pour nous gratifier d’une avalanche d’âneries au sujet de l’autisme, servies par les médias Nexus et Tocsin, puis diffusées sur divers réseaux sociaux (Facebook, X, etc).

Ce debunk complète l’intervention “Au cœur du compl’autisme” donnée aux Rencontres de l’Esprit Critique (REC) 2026 à Toulouse. Il s’agit de sa suite directe (et inédite).

Une volonté claire d’importer le narratif MAHA

Tout commence en mars 2026 chez Tocsin. Louis Fouché chante les louanges de Robert Francis Kennedy Junior (RFK Jr) et dit vouloir importer ses idées afin de, on le cite :

libérer la France de big pharma

Il annonce aussi (8:30 et ap) sa participation à un congrès sur l’autisme qui, promet-il, ne sera pas la grand-messe des antivax. Comme le méchant d’un James Bond, Fouché explique son plan à l’avance : inviter des responsables de politiques publiques en autisme et des « familles » à écouter Brian Hooker, un militant antivaccins de l’association de RFK jr. Puis, inciter les responsables des politiques publiques à coopérer. Seulement, comme à chaque fois qu’on explique son plan de bullshiteur sur internet, la grand-messe du 26 avril ne se déroule pas comme prévu : la location de la salle est déprogrammée (1).

Les propos tenus par Louis Fouché le 26 avril à Paris sont enregistrés puis largement diffusés sur les réseaux sociaux, cette fois via le « média » Nexus. Son discours est copié-collé du mouvement Make America Healthy Again (MAHA) de RFK jr, avec les mêmes failles méthodologiques. Dans aucune de ses vidéos, Louis Fouché ne précise que les chiffres qu’il cite concernent des estimations diagnostiques, ni que les critères diagnostiques de l’autisme ont profondément changé depuis les années 1970. Surprenant de la part d’un titulaire de doctorat en médecine !

Il assène des chiffres effrayants : un enfant sur 30 serait autiste aux États-Unis (2), et même un sur trois parmi les Afro-américains (3).

 

Tordre l’épidémiologie dans tous les sens

Quelles sont les sources de M. Fouché ?

Le chiffre d’un sur trente correspond grosso-modo aux données estimées des Centers for disease Control and Prevention américains en 2025 (4).

Ces chiffres épidémiologiques très élevés donnés par les CDC méritent d’être expliqués. Déjà, c’est une estimation. Aucun service de santé au monde n’a les moyens de diagnostiquer des troubles du spectre de l’autisme (TSA) chez une personne sur trente, à l’échelle d’un pays. Ensuite, la méthode d’estimation a ses limites et défauts. Pearson souligne que ces chiffres américains résultent d’une estimation basée sur des registres administratifs, méthode moins précise qu’une enquête de population (5). Les États-Unis ont le plus haut taux d’estimation d’autisme au monde, l’estimation pondérée à l’échelle mondiale étant plutôt d’une personne sur cent en 2022 (6).

Estimer combien de personnes sont autistes pose de sérieuses difficultés en raison de fortes évolutions dans les critères de pose du diagnostic (notion de TSA définie en 2013), et d’hétérogénéités en fonction de l’interprétation de ces critères par les cliniciens. En effet, l’autisme ne se diagnostique pas de manière certaine avec un caryotype ou une prise de sang, mais par observation du comportement sur un temps long. Cela laisse une marge d’erreurs interprétatives et une sensibilité aux effets sociaux. Au Canada par exemple, les diagnostics d’autisme augmentent avec les politiques publiques offrant du soutien aux familles concernées, la différence entre population diagnostiquée “autiste” et population “non-autiste” s’étant estompée (7).

En ce qui concerne les soi-disant un sur trois parmi les enfants Afro-américains, rien ne corrobore ce que dit Fouché. Rien, nada, que pouic, ce chiffre sort de son postérieur, ou bien… de celui de Brian Hooker. Mais Louis Fouché déploie son narratif antivaxx habituel à partir de ce chiffre effrayant sorti de son fondement : d’après lui, si les taux d’autisme « explosent » parmi les populations les plus pauvres aux États-Unis, c’est à cause de l’environnement, de la malbouffe, des « programmes de santé appliqués aux enfants » (pour éviter de dire vaccins), et des pesticides (8).

Présenter l’autisme comme une maladie épidémique grave

Fouché confisque le vécu des personnes concernées par l’autisme, en assénant à leur place que « c’est une réelle souffrance » (op. cit. 2:50 et ap.). Il existe pourtant une vaste littérature scientifique au sujet du mouvement de la neurodiversité, ainsi que des preuves solides qu’être autiste n’est pas toujours vécu comme une souffrance directe (9). C’est d’autant moins vrai dans le contexte des estimations épidémiologiques énormes qu’il cite juste avant : si une personne sur 31 est estimée autiste, alors très logiquement, la majorité de ces personnes “estimées autistes” ne vit pas une situation de handicap et de souffrance graves : l’étude canadienne des surdiagnostics le documente bien (7).

Fouché qualifie l’autisme de « maladie » dans toutes ses vidéos alors que ce n’en est pas une (10). L’autisme n’est pas assimilable à une altération transitoire de santé, et rien ne prouve non plus qu’il soit susceptible d’une guérison, c’est-à-dire d’un retour à un état non-autiste. Il se permet de dire que « les gens ne sont pas leur maladie » (11), ce qui est là aussi contredit par l’existence même du mouvement de la neurodiversité, qui revendique précisément que l’autisme fait partie de la personne, qu’il ne s’agit pas d’une adjonction maladive (12).

 

Fouché prétend à plusieurs reprises dans ses vidéos qu’il existerait une « épidémie » d’autisme.

C’est faux.

Cette croyance résulte d’une mauvaise interprétation de données et d’une pensée “compl’autiste”, exposée ici à travers l’idée que cette prétendue “épidémie” serait volontairement cachée par les organismes officiels et quasiment tous les chercheurs en épidémiologie de la planète (13). C’est une reprise exacte du narratif MAHA de RFK Jr, qui instrumentalise des informations estimées et parcellaires.

Accuser “la malbouffe” et “les pesticides” de provoquer cette épidémie imaginaire

Louis Fouché cite une liste de causes alléguées de l’autisme et du TDAH : microbiote, cerveau altéré, « barrière gastro-intestinale »… et prétend qu’ « à partir de la question de l’autisme » on va « changer toute la société » en s’en prenant à big pharma (14). Interrogé sur une responsabilité éventuelle des vaccins, il se victimise en disant « ne pas avoir le droit d’en parler » sur YouTube (15). La possibilité que des vaccins causent l’autisme a depuis longtemps été démontrée fausse grâce à des études d’excellente qualité publiées sur plus de vingt ans, portant sur des millions de dossiers médicaux (16).

Fouché insiste sur le microbiote dans plusieurs de ses vidéos, dont ses short (17). Les études actuelles sur le microbiote sont de faible qualité scientifique, malgré 15 années de recherches sur le sujet. Elles ne prouvent pas qu’une composition spécifique du microbiote soit caractéristique des personnes autistes. La relation est vraisemblablement dans l’autre sens : le microbiote est « altéré » à cause d’un régime alimentaire sélectif, c’est donc une conséquence de l’autisme et non une cause (18).

Enfin, les causes principales de l’autisme sont génétiques (19), mais Fouché ne le rappelle à aucun moment, préférant nourrir puis entretenir une panique autour de facteurs environnementaux provoquant une “épidémie” cachée. Là encore, c’est un copié-collé du narratif MAHA américain.

Pourquoi nourrir cette croyance ? Imposer des fakemeds de l’autisme dans les politiques publiques

 

Pourquoi ce narratif, pourquoi présenter l’autisme comme une maladie épidémique d’origine environnementale ? Fouché explique qu’il s’agit de le diffuser vers les décideurs de politiques publiques en France, et de demander « de nouvelles recherches pour de nouveaux traitements » (20). Il n’explique pas de quels « nouveaux traitements » il s’agit. Les « traitements » associés aux croyances MAHA sont cependant bien connus aux États-Unis : chélation de métaux lourds, transfert de microbiote fécal, acide folinique, voire pseudo thérapies plus dangereuses encore, comme l’ingestion de MMS, un dérivé d’eau de Javel. Sous RFK Jr., une recommandation officielle qui déconseillait ces pseudo-traitements a disparu du site officiel de la Food and Drugs Adminisration (FDA) (21)

Les croyants aux vaccins causant l’autisme croient aussi qu’il serait possible de « détoxifier » les enfants des métaux contenus dans les vaccins et les pesticides avec une chélation. En principe, la chélation n’est prescrite qu’en cas d’empoisonnement avéré aux métaux lourds, elle n’est pas recommandée comme “traitement de l’autisme ; rien ne permet de soutenir qu’elle rendrait “non-autiste” (22).

Pire, elle a causé au moins trois morts d’enfants . Ce pseudo-traitement a d’ailleurs fait l’objet d’une alerte de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en France en 2020 (23).

Louis Fouché termine sur un discours compl’autiste typique, comparant le consensus scientifique relatif à l’absence de responsabilité des vaccins dans l’autisme à un… « dogme religieux ».

Conclusion : les dangers réels des croyances MAHA

S’il dit aussi certaines choses justes dans ses vidéos (la tolérance entre les jeunes augmente ; trop de psychotropes sont prescrits aux enfants autistes non-verbaux… (24)), Louis Fouché tient un positionnement idéologique dangereux, visant à présenter l’autisme comme une maladie grave et épidémique, en laissant planer la responsabilité des vaccins (“programmes de santé appliqués aux enfants”). La diffusion de cette fake news pose de lourds problèmes de santé publique, car la « peur de l’autisme » pousse des parents à ne pas vacciner leurs enfants (25). C’est de là que provient l’actuelle épidémie de rougeole aux États-Unis, une épidémie bien réelle qui, elle, cause des morts. Fouché ne précise d’ailleurs jamais que personne ne « meurt de l’autisme », puisque ce n’est pas une maladie. Il reste prudent, vague sur les « nouveaux traitements » qu’il demande, en ne recommandant pas explicitement la chélation ni la greffe de microbiote fécal, et se défausse sur la “liberté parentale”. Par contre, sa co-conférencière Senta Depuydt ne prend pas cette précaution. Elle prétend avoir un enfant « régressé vers l’autisme » qui “s’en est sorti”, et demande explicitement le remboursement, sur argent public, du « biomédical » (26). Le mot-parapluie « biomédical”, désigne un grand nombre de pseudo-thérapies de l’autisme allant de l’inefficace jusqu’au danger de mort. Des régimes alimentaires sans gluten jusqu’à l’antibiothérapie (programme Chronimed de Luc Montagnier).

Ce début d’importation des croyances MAHA doit être stoppé. Nous savons déjà, avec l’exemple et le précédent américain, comment l’installation de ce discours en France se traduira : par un effondrement de la couverture vaccinale ; par le retour d’épidémies de rougeole ; par la multiplication des pseudo-thérapies de l’autisme dont celles responsables de morts d’enfants ; enfin, par la déshumanisation des personnes autistes, assimilées à des individus pollués par des métaux lourds et des pesticides, qu’il conviendrait de « dépolluer » pour retrouver “le” véritable individu caché derrière cette « pollution autistique ».

Les autistes ne sont pas “pollués” par les vaccins ou leur alimentation. Ce qui les pollue ici, c’est le discours de Louis Fouché !

Tsaag Valren

 

1) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M&t=290s (4min50 et ap.)

2) https://www.nexus.fr/actualite/-/autisme-fouche-congres/

3) https://www.youtube.com/watch?v=7hVDm1rEEV8&t=190s (3min05 et ap.)

4) https://www.cdc.gov/autism/data-research/index.html 

5) https://www.nature.com/articles/d41586-025-02636-1 

6) https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/aur.2696 

7) https://actualites.uqam.ca/2019/autisme-surdiagnostic/ ; https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/2747847

8) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (1min40 et ap.)

9) https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12812635/

10) https://dx.doi.org/10.1080/09515089.2017.1338341 ; Laurent Mottron, Si l’autisme n’est pas une maladie, qu’est-ce ?

11) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (4min25 et ap.)

12) https://shs.cairn.info/revue-quaderni-2009-1-page-61?lang=fr ; https://doi.org/10.1002/wps.70076

13) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41071434/ ; https://www.nature.com/articles/d41586-025-02636-1 ; https://presse.inserm.fr/canal-detox/une-epidemie-dautisme-vraiment

14) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (6min15 à 6min45 et ap.)

15) Op. Cit.11 min 20 et ap.

16) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0264410X14006367b ; https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1090379821002312

17) https://www.facebook.com/watch/?v=984893430550346 . Consulté le 15-05-2026

18) https://doi.org/10.1016/j.neuron.2025.10.006 ; https://dx.doi.org/10.1016/j.cell.2021.10.015 ; https://www.lexpress.fr/sciences-sante/autisme-que-vaut-vraiment-lhypothese-du-microbiote-2IY5YJKN5NGQ7O3M5VQRFWDDSI

19) https://www.nature.com/articles/d41586-025-02636-1 ; https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/autisme/comprendre-l-autisme-definition-causes-et-frequence

20) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M (7min00 et ap.)

21) https://www.propublica.org/article/rfk-jr-fda-removes-autism-treatments-warning

22) https://dx.doi.org/10.1007/s13181-013-0345-4 ; https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1750946712000724 ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A9lation_des_m%C3%A9taux_lourds_dans_l%27autisme

23) https://dx.doi.org/10.1016/j.ccr.2014.04.023 ; https://dx.doi.org/10.1080/15563650701261488 ; https://handicap.gouv.fr/alerte-sur-des-traitements-utilises-dans-lautisme

24) https://www.youtube.com/watch?v=R75obmkkE3M 8:30 et ap. ;  https://open.spotify.com/episode/7mo1ZQWds0hiWRthLUJ4O9

25) https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0167629619302450

26) https://www.facebook.com/watch/?v=1501473631432111 (30 sec. et ap.) ; version longue ici  https://www.facebook.com/watch/?v=1917131735639900 (4:15 et ap.)

Le 13 juillet 2024, à Butler (Pennsylvanie), Donald Trump est visé par des tirs lors d’un meeting. L’enquête fédérale conclut à l’action d’un tireur isolé, abattu sur place. Ce point ne fait pas débat dans les comptes rendus factuels. Bien sûr en pleine campagne présidentielle, certains ont trouvé la séquence un peu trop parfaite, la blessure à l’oreille un peu trop pratique, mais ce genre de soupçon n’irrigue pas la culture politique des gens qui s’opposent à Trump. Alors on est passé à autre chose.

 

Mais deux ans plus tard, ce soupçon au cœur de la MAGAsphère.

Dans l’article “MAGA Is Increasingly Convinced the Trump Assassination Attempt Was Staged”, WIRED relate ce que le podcasteur Tim Dillon dit à son audience : “I think that maybe it was staged.” La commentatrice antivax d’extrême droite Emerald Robinson écrit de son côté : “the FBI did it.” Le papier suit ensuite la circulation de ces formules : extraites d’un podcast, reprises sur X, puis discutées dans des canaux Telegram où elles sont traitées comme des explications plausibles.

Dillon va plus loin dans le même passage en invitant  Donald Trump à se confesser et à dire : « Ça va énerver des gens, mais on a mis en scène la tentative d’assassinat à Butler pour montrer aux gens à quel point c’est important de voter pour moi et jusqu’ou j’étais prêt à aller pour eux. » “Some people are going to be upset by this, but we staged the assassination attempt in Butler to show people how important it was to vote for me and how far I was willing to go for them.”

Le Daily beast titre un article “MAGA Fuels Wild Trump Assassination Conspiracy Theory”.

Ailleurs, ils relaient les soupçons de Tucker Carlson qui affirme que le FBI ment et demande : “What are they hiding?” »

La représentante Marjorie Taylor Greene demande publiquement des explications et souligne des zones d’ombre et des incohérences dans le récit officiel en s’étonnant que Trump ne cherche pas à les éclaircir.

Candace Owens – furieusement complotiste et pro-trump depuis longtemps – ne parle pas de mise en scène. Elle procède autrement. Dans son podcast, elle déroule les éléments de l’attentat, puis demande à son audience : “Do you buy this?” Elle insiste sur ce qu’elle présente comme des incohérences — sécurité défaillante, tireur laissé libre d’agir — et laisse la conclusion en suspens.

Elle ajoute tout de même : « Laissez-moi vous poser une question : vous y croyez, à cette m*** ? Attendez. Vous y croyez vraiment ? Parce que si vous avalez ça, je vais pouvoir vous vendre n’importe quoi. Si vous croyez à ce récit qui sort petit à petit… alors moi, je suis un prince nigérian. Répondez à mes mails, envoyez-moi un million de dollars, donnez-moi vos numéros de carte bancaire. »

 

Mais attendez, ça va encore plus loin.

Dans WIRED, l’article “Staunch Trump Supporters Are Now Asking if He’s the Antichrist” décrit des prises de parole explicites dans la base trumpiste. Des soutiens qui, quelques années plus tôt, présentaient Trump comme un instrument providentiel interprètent désormais autrement ses prises de parole et ses mises en scène. Donald Trump pourrait bien être l’Antéchrist, figurez-vous.

On peut dater le basculement vers ce type de récit, cela intervient après que le président a posté sur Internet une image où il apparaît sous une forme christique. Axios rapporte une condamnation directe de responsables chrétiens, qui parlent d’une dérive et d’un usage inacceptable de symboles religieux.

Ali Alexander, qui a contribué à promouvoir la campagne « Stop the Steal » autour de la théorie selon laquelle l’élection de 2020 aurait été volée à Trump, a écrit mardi dernier sur Telegram que la tentative d’assassinat contre Trump pourrait signifier qu’il est l’Antéchrist

The Guardian décrit comment les réactions indignées dans des milieux conservateurs, ont conduit à la suppression du contenu face à la polémique. Ce qui est rare chez Trump qui a généralement le chic pour faire oublier un scandale en en provoquant un nouveau.

Dans plusieurs textes issus de milieux religieux, l’interprétation prend une forme structurée. Un article du Reformed Journal développe explicitement l’idée que Trump correspondrait à une figure de l’antéchrist, au sens théologique d’un leader trompeur capable de séduire un large public religieux.

Des médias d’analyse religieuse, comme ABC Religion, rappellent que cette catégorie n’implique pas nécessairement une figure démoniaque spectaculaire, mais un acteur politique capable d’utiliser le langage religieux pour asseoir son influence.

Les attaques de Trump contre le Pape cette semaine vont évidemment pouvoir alimenter ces récits. Les schémas déjà mobilisés pour interpréter l’attentat — dissimulation, manipulation, mise en scène — coexistent désormais avec des grilles de lecture théologiques.  La question est de savoir si ces récits vont acquérir assez de poids et de pouvoir pour réellement nuire à un président qui a une trajectoire assez phénoménale dans sa capacité à ne jamais réellement souffrir des conséquences des scandales qu’il provoque et des crimes dont il est régulièrement accusé.

 

Un cannibalisme du complotisme ?

La logique paranoïde entretenue, alimentée, enflammée par les discours de Trump depuis dix ans qui poussent sa base à croire à la malveillance constante de groupes secret l’a évidemment mis en porte à faux dans le dossier Epstein où il est précisément accusé d’être un membre éminent de ces cerces du pouvoir où tous les abus sont permis, et à cela s’ajoutent maintenant les soupçons d’un attentat truqué avec la même rhétorique qu’il a encouragé lui-même chez les Truthers de la mort de Kenney ou du 11 septembre, et désormais une nouvelle strate, celle du fanatisme religieux, parce que bien sûr  pour croire que Trump est l’antéchrist, il faut être chrétien, or les chrétiens ont majoritairement voté pour lui, et l’on se demande si cet nouveau scandale sera celui de trop.

Trump va-t-il rester intouchable, puissant, impuni, au-dessus des lois et de la démocratie ? Si oui, il sera peut-être temps de se demander quelle main surnaturelle se porte si constamment à son secours.

Acermendax

Jean Messiha est à nouveau très perturbé, cette fois par un programme suédois.

Il publie sur toutes ses pages le message suivant : « Je vous présente les acteurs qui interprètent les Vikings dans une nouvelle série historique suédoise produite par la télévision d’Etat. » Il accompagne son texte de 5 photographies de deux acteurs à la peau foncée… et aux yeux bleus. Ce que Jean Messiha exprime sans le dire c’est que tout cela est anormal, incohérent, problématique. Les vikings ne peuvent pas être noirs, et donc la télévision publique suédoise cherche à enfoncer des images trompeuses dans la tête des gens ; c’est de la propagande. Mais Jean Messiha est là pour le dénoncer.

Une fois qu’on a compris le message, il serait intelligent de vérifier s’il est conforme aux faits.

Les images proviennent d’un programme diffusé en 2023, intitulé The Stone Age, circa 14 500 BC–3700 BC. Ce documentaire s’intéresse aux populations préhistoriques d’Europe du Nord, bien avant l’époque viking, située entre le VIIIe et le XIe siècle. Il s’agit de groupes humains installés en Scandinavie après le retrait des glaces, à partir du Mésolithique. Aucun lien direct avec les Vikings.

Que sait-on de l’apparence de ces premiers habitants ? La génétique ancienne apporte aujourd’hui des éléments solides. Les populations de chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale présentent fréquemment une combinaison de traits aujourd’hui contre-intuitive : peau sombre, yeux clairs, cheveux foncés. L’exemple le plus documenté reste celui de l’individu mésolithique britannique connu sous le nom de Cheddar Man, dont l’analyse génomique indique une pigmentation cutanée foncée associée à des yeux clairs (Brace et al., 2019 ; Natural History Museum, 2018)

L’Homme de Cheddar n’est pas une anomalie. L’analyse à grande échelle de l’ADN ancien montre que les variants génétiques associés à une peau claire deviennent fréquents en Europe plutôt tardivement, sous l’effet combiné de migrations néolithiques et de pressions de sélection (Ju & Mathieson, 2021) . Les premières populations européennes du Paléolithique et du Mésolithique portaient majoritairement des allèles associés à une pigmentation plus foncée, avec une transition progressive vers des teintes plus claires au cours des derniers millénaires.

En Scandinavie, ces dynamiques relèvent d’une histoire migratoire complexe : des groupes venus du sud et de l’est se rencontrent et se mélangent dans les territoires libérés par les glaces, processus dont dérivent en grande partie les Européens actuels, enrichi ensuite par les apports néolithiques d’Anatolie et les populations des steppes (Lazaridis, 2018).

 

Un point de vocabulaire s’impose. Le terme « Viking » ne désigne ni un peuple homogène ni une identité biologique. Il dérive de l’ancien norrois víkingr, qui renvoie à une activité : partir en expédition maritime. Les « Vikings » sont des Scandinaves engagés dans ces entreprises entre le VIIIe et le XIe siècle, dans des sociétés déjà issues de millénaires de transformations démographiques et culturelles. Employer ce terme pour parler de populations préhistoriques constitue un anachronisme.

Présenter des individus à la peau sombre dans un contexte préhistorique nord-européen relève donc d’un choix cohérent avec l’état des connaissances. Mais on ne peut pas le comprendre si on veut se limiter à peupler le nord d’un peuple imaginaire et intemporel, des « viking » de fantasy, tous grands, blancs, blonds par paresse intellectuelle. Les ancêtre des scandinaves, bien avant les viking, étaient des humains à la peau sombre. Il y a plus de 10 000 ans, toutes les populations humains avaient la peau sombre.

Le tweet repose sur l’ignorance, sur l’essentialisme et il sert un propos, celui des « guerres culturelles » (culture wars) où l’on prétend dénoncer une altération idéologique d’un passé « naturel ». Or les données scientifiques décrivent un passé complexe, changeant, métissé qui ne correspond pas aux récits mythologiques ou nationaux.

 

La réaction de Jean Messiha est révélatrice d’une stratégie d’enfumage idéologique. Son tweet présente comme suspectes des images conformes aux connaissances, tout en imposant une vision simplifiée et identitaire du passé. Le but est de provoquer l’indignation, la colère, la hargne du public contre un programme qui apporte des connaissances scientifiquement validées. Certains discours politiques ont besoin d’attaquer les sciences. Et ce n’est jamais pour servir le bien commun.

Acermendax


Références

  • Brace, S., Diekmann, Y., Booth, T. J., van Dorp, L., Faltyskova, Z., Rohland, N., … Barnes, I. (2019). Ancient genomes indicate population replacement in Early Neolithic Britain. Nature Ecology & Evolution, 3, 765–771.
  • Ju, D., & Mathieson, I. (2021). The evolution of skin pigmentation-associated variation in West Eurasia. Proceedings of the National Academy of Sciences, 118(3), e2009227118.
  • Lazaridis, I. (2018). The evolutionary history of human populations in Europe. Current Opinion in Genetics & Development, 53, 21–27.
  • Natural History Museum. (2018). Cheddar Man: Mesolithic Britain’s blue-eyed, dark-skinned ancestor.

Nous sommes en 2026

 

Beaucoup de gens l’ignorent : en France, la corrida ne permet pas seulement aux mineurs d’assister à la mise à mort d’un taureau. Des adolescents peuvent aussi participer à ces spectacles et tuer eux-mêmes des animaux, notamment lors de corridas dites « de formation » ou de novilladas impliquant de jeunes toreros.

  • Cf : https://www.instagram.com/reels/DVgsTFiDcXa/

 

La situation découle d’un régime juridique particulier. Le code pénal interdit en principe les sévices graves et les actes de cruauté envers les animaux. Pourtant, l’article 521-1 prévoit une exception pour les corridas lorsqu’une “tradition locale ininterrompue” peut être invoquée. Cette dérogation rend légales, dans certaines régions, des pratiques qui seraient ailleurs pénalement sanctionnées.

Dans cet univers tauromachique, il existe des écoles de tauromachie où des enfants peuvent être initiés très jeunes — parfois dès six ou huit ans — à ces pratiques. Les jeunes toreros participent ensuite à des spectacles où ils affrontent des bovins plus jeunes, souvent des veaux, et peuvent leur donner la mise à mort.

En 2016, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a recommandé à la France de prendre des mesures pour interdire l’accès des mineurs aux corridas et de les protéger de la violence de ces spectacles. Des recommandations similaires ont été adressées à d’autres pays taurins, comme l’Espagne, où le Comité a explicitement demandé l’interdiction de la participation des mineurs comme toreros et de leur présence comme spectateurs.

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La question de l’exposition des mineurs à ces violences a été débattue au Parlement. En novembre 2024, une proposition de loi visait à interdire corridas et combats de coqs en présence de mineurs de moins de 16 ans. Le Sénat a largement rejeté ce texte après plusieurs heures de débat.

Le résultat est simple : aujourd’hui, en France, la loi punit sévèrement la cruauté envers les animaux… sauf lorsqu’elle est couverte par une tradition locale. Et cette exception permet non seulement d’exposer des enfants à ces scènes, mais aussi d’en faire parfois les acteurs directs.

Faites ce que vous voulez de cette information, nous vivons une époque formidable.

 

Acermendax

 

Religion et homophobie : ce que disent réellement les sciences sociales

Un texte d’opinion récemment publié dans Le Devoir remet sur la table une question sensible : existe-t-il un lien entre religion et homophobie ? Sur ce sujet, les sciences sociales disposent désormais d’un corpus solide. Et les résultats convergent largement. Je me rends compte qu’il est tristement nécessaire de rappeler qu’il y en la matière des connaissances établies.

Depuis plusieurs décennies, les enquêtes montrent qu’en moyenne les attitudes hostiles envers les personnes homosexuelles sont plus fréquentes dans les populations fortement religieuses, surtout lorsque la religion est vécue de manière doctrinale ou littéraliste. Une méta-analyse portant sur de nombreuses études empiriques conclut que la religiosité constitue l’un des prédicteurs les plus robustes des attitudes négatives envers les gays et les lesbiennes (Whitley, 2009). Ces résultats s’inscrivent dans un cadre doctrinal précis. Dans les grandes traditions monothéistes, l’homosexualité est définie comme une faute morale ou un comportement « contre nature ». Les institutions religieuses ont ainsi joué un rôle central dans la construction de normes sociales et juridiques qui ont stigmatisé les minorités sexuelles pendant des siècles. La sociologie contemporaine observe encore aujourd’hui ce mécanisme. Les personnes engagées dans des milieux religieux conservateurs expriment davantage d’opposition aux droits des couples de même sexe ou à l’égalité juridique des personnes LGBT, même en tenant compte de variables comme l’âge, l’éducation ou l’orientation politique (Herek & McLemore, 2013).

 

Un exemple récent illustre de manière très concrète l’imbrication entre normes religieuses et législation. En mars 2026, il y a quelques jours, le parlement du Sénégal a adopté une loi durcissant la répression de l’homosexualité : les peines de prison pour relations entre personnes du même sexe passent désormais d’un maximum de cinq ans à dix ans, assorties d’amendes pouvant atteindre plusieurs millions de francs CFA. La loi prévoit aussi de sanctionner la « promotion » ou le soutien aux droits LGBT. Le pays compte 90% de musulmans ; des leaders religieux et des collectifs proches de ces milieux ont exercé une pression politique forte, en organisant des rassemblements et en présentant la question comme une défense des « valeurs morales » et de l’identité nationale.

Cette réforme s’inscrit dans un contexte où l’homosexualité est déjà criminalisée par l’article 319 du code pénal sénégalais et où les personnes LGBT font régulièrement l’objet d’arrestations, de violences et de stigmatisation sociale. Des organisations de défense des droits humains dénoncent une aggravation d’un climat déjà très hostile, encouragé par des mouvements religieux et des mobilisations publiques exigeant un durcissement de la loi.

 

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Certaines communautés religieuses ont évidemment évolué et soutiennent aujourd’hui l’égalité des droits. Mais ces évolutions correspondent souvent à une relecture critique des doctrines traditionnelles sous l’influence des transformations sociales et juridiques modernes, plutôt qu’à la conséquence directe des enseignements religieux historiques.

La littérature scientifique est assez claire. Les doctrines religieuses ont souvent fourni une justification morale puissante à la stigmatisation des minorités sexuelles.

La question ne porte pas seulement sur les convictions individuelles des croyants. Elle concerne le rôle qu’ont joué, et jouent encore parfois, des systèmes religieux dans la production et la légitimation de normes morales hostiles aux minorités sexuelles. Comprendre cette dynamique constitue une condition essentielle pour penser de manière lucide la relation entre religion, morale et droits humains.

 

Acermendax

Références

  • Herek, G. M., & McLemore, K. A. (2013). Sexual prejudice. Annual Review of Psychology, 64, 309-333.
  • Whitley, B. E. (2009). Religiosity and attitudes toward lesbians and gay men: A meta-analysis. Journal of Sex Research, 46(6), 553-567.

Les « nuisibles » : une politique efficace… ou une habitude ?

Chaque année en France, environ 1,7 million d’animaux appartenant à des espèces naguère appelées nuisibles et désormais dites « susceptibles d’occasionner des dégâts » — renards, corvidés, mustélidés — sont abattus ou piégés. Cette politique est justifiée officiellement par un objectif simple : réduire les dommages agricoles et sanitaires attribués à ces espèces.

Une étude publiée récemment dans la revue Biological Conservation a voulu vérifier si cette politique atteint réellement cet objectif.

L’étude porte spécifiquement sur les espèces classées ESOD au niveau national (catégorie 2). Elle ne concerne donc pas l’ensemble des dégâts liés à la faune sauvage — par exemple ceux causés par le sanglier — mais uniquement la politique de régulation appliquée à ces espèces.

Les chercheurs ont analysé sept années de données administratives nationales, couvrant la période 2015-2022. Ces données comprennent à la fois le nombre d’animaux tués et les montants des dégâts agricoles officiellement déclarés.

Le résultat principal est assez clair : aucune relation statistique n’apparaît entre l’intensité des destructions et l’évolution des dommages déclarés. Les départements où l’on détruit davantage d’animaux ne connaissent pas une diminution plus forte des dégâts. Et inversement : lorsque l’effort de destruction est plus faible, les dégâts n’augmentent pas davantage. Les chercheurs ont également examiné certaines populations d’oiseaux, notamment les corvidés. Là encore, les variations du nombre de reproducteurs ne semblent pas dépendre de l’intensité du contrôle létal.

Autrement dit, dans les données disponibles, la destruction massive ne semble pas produire l’effet régulateur attendu.

L’étude propose aussi une estimation économique.  Selon les scénarios économiques testés par les auteurs, les opérations de contrôle coûteraient entre environ 103 et 123 millions d’euros par an ; cette estimation inclut notamment une valorisation du temps consacré à ces opérations, dont une grande partie est réalisée bénévolement. Les dégâts agricoles officiellement déclarés se situent entre 8 et 23 millions d’euros. Dans ces conditions, concluent les chercheurs, la politique actuelle apparaît économiquement difficile à justifier.

Les auteurs avancent également une explication écologique possible : la suppression d’individus ne réduit pas forcément à terme la population globale, puisque les territoires libérés peuvent être recolonisés rapidement par d’autres individus, un phénomène bien connu en écologie des populations.

 

Les critiques

L’étude a immédiatement suscité des critiques, notamment dans les milieux cynégétiques.

La première critique porte sur la méthode économique. Certains commentateurs affirment que les auteurs ont artificiellement gonflé les coûts en attribuant une valeur monétaire au temps des chasseurs ou des piégeurs, alors que ceux-ci agissent souvent bénévolement. D’autres soulignent également qu’une partie des destructions intervient de manière opportuniste dans le cadre de la chasse de loisir, ce qui rend difficile de distinguer le coût spécifique de la régulation de celui de l’activité cynégétique elle-même.

Si le travail est gratuit, disent-ils, alors le coût du contrôle disparaît et la conclusion économique de l’étude ne tient plus.

Une deuxième critique concerne les données sur les dégâts. Des agriculteurs ou des piégeurs expliquent que beaucoup de dommages ne sont jamais déclarés administrativement. Dans cette hypothèse, les dégâts seraient sous-estimés et l’étude comparerait des coûts réels à des dommages largement sous-évalués.

Une troisième critique insiste sur l’efficacité locale du piégeage. Lorsqu’un renard s’attaque à un poulailler, capturer cet individu peut résoudre immédiatement le problème. Selon cet argument, les statistiques nationales ne reflètent pas cette efficacité concrète observée sur le terrain.

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Ce que ces critiques changent… ou ne changent pas

La question du bénévolat repose en grande partie sur un malentendu. En économie, il est courant de valoriser le temps consacré à une activité, même lorsqu’elle n’est pas rémunérée. Cette méthode est utilisée pour estimer la valeur sociale du bénévolat associatif, du travail domestique ou de certaines activités de gestion environnementale.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que les organisations cynégétiques elles-mêmes mobilisent régulièrement ce type de calcul lorsqu’elles cherchent à estimer la contribution des chasseurs à la société — par exemple en valorisant les heures de bénévolat consacrées à la gestion des territoires, aux comptages de faune ou à l’entretien des milieux. Le principe de la valorisation économique du temps bénévole est donc déjà largement utilisé dans ce domaine. On peut discuter du tarif horaire retenu, mais pas de l’idée de valoriser du temps bénévole : c’est une convention standard.

La discussion ne porte donc pas sur la légitimité de cette méthode en général, mais sur la manière dont elle est appliquée dans cette étude. Et surtout, même si l’on suppose que le temps des chasseurs vaut zéro dans le calcul économique, le résultat central de l’article reste inchangé : les données disponibles ne montrent pas de relation entre l’intensité des destructions d’animaux et la réduction des dégâts agricoles.

La question de la sous-déclaration des dégâts est plus sérieuse. Si les dommages étaient massivement sous-estimés, les conclusions économiques pourraient être biaisées. Mais pour renverser les résultats observés, il faudrait démontrer une sous-déclaration très importante et systématique à l’échelle nationale, ce qui n’est pas établi pour l’instant. Pour l’instant, cependant, aucune estimation robuste d’une telle sous-déclaration à l’échelle nationale n’est disponible.

Enfin, l’argument de l’efficacité locale ne contredit pas nécessairement l’étude. Capturer un individu peut résoudre un problème ponctuel. Mais la recherche examinait une question différente : l’effet global d’une politique appliquée à grande échelle. Une intervention efficace localement ne garantit pas un effet mesurable sur les populations animales à l’échelle du territoire.

 

Une question de politique publique

Au fond, l’étude ne dit pas que les dégâts agricoles n’existent pas, ni que toute intervention serait inutile. Elle pose une question plus précise : la stratégie actuelle de destruction massive est-elle un moyen efficace et économiquement rationnel de les réduire ?

Les données analysées par les auteurs suggèrent que la réponse est négative. Cela n’épuise pas le débat, mais cela invite à examiner plus sérieusement d’autres approches, notamment la prévention des dégâts ou des méthodes de dissuasion non létales.

Acermendax


Référence

Jiguet, F., et al. (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate culling in France. Biological Conservation, 287, 110666. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0006320726000273

I. Petite analyse sur la géométrie idéologique du complotisme.

Le polémiste Alain Soral a été condamné à deux ans de prison ferme avec mandat d’arrêt pour association de malfaiteurs, en raison de liens établis avec des agents de la République islamique d’Iran. L’infraction d’« association de malfaiteurs » (article 450-1 du Code pénal) désigne la participation à un groupement ou à une entente en vue de préparer un crime ou un délit puni d’au moins cinq ans d’emprisonnement. En droit français, il s’agit de la qualification qui se rapproche le plus de ce que le langage courant appelle un « complot » (Cf ce tweet de Conspiracy Watch)

La projection comme mécanisme central

Plusieurs travaux montrent que l’adhésion aux théories du complot est associée à une disposition projective : les individus attribuent aux autres les intentions qu’ils se reconnaissent implicitement.

Dans une série d’expériences, Daniel Sullivan, Mark Landau et Zachary Rothschild ont mis en évidence que l’exposition à des situations réduisant le sentiment de contrôle augmente la détection d’intentions cachées et de conspirations (Sullivan, Landau, & Rothschild, 2010). Cette tendance s’inscrit dans un besoin de rétablir un ordre interprétatif.

Plus directement encore, Jan-Willem van Prooijen et Karen Douglas ont montré que la mentalité complotiste corrèle avec des dispositions narcissiques et une vision stratégique du monde social (Douglas et al., 2017). La croyance en des conspirations puissantes n’est pas seulement une erreur cognitive ; elle s’inscrit dans une représentation des relations humaines dominée par la manipulation et la duplicité.

Le résultat le plus éclairant provient d’une étude expérimentale de Roland Imhoff et Pia Lamberty (2018). Les chercheurs ont démontré que les personnes enclines aux croyances complotistes se déclaraient plus disposées à adopter elles-mêmes des comportements conspiratifs si ceux-ci leur procuraient un avantage. Les participants ayant un score élevé de mentalité complotiste jugeaient plus acceptable le fait de conspirer pour influencer un résultat politique ou économique. L’étude met en évidence un phénomène de projection morale : plus on suppose les autres capables de comploter, plus on considère le complot comme une stratégie envisageable.

Autrement dit, la croyance en la duplicité généralisée nourrit une normalisation de la duplicité.

 

 

« Chacun juge les autres à partir de lui-même »

Ce principe, bien documenté en psychologie sociale, renvoie à ce que l’on appelle « l’effet de faux consensus » (Ross, Greene, & House, 1977) : les individus tendent à surestimer la fréquence de leurs propres attitudes dans la population générale. Lorsque quelqu’un considère le monde comme saturé de conspirations, il révèle souvent une conception stratégique et instrumentale des rapports humains.

Dans cette perspective, la frontière entre imaginer un complot et y participer peut devenir plus poreuse. Les travaux de Douglas, Sutton et Cichocka (2017) insistent sur ce point : la mentalité complotiste constitue moins une simple croyance factuelle qu’un style cognitif et relationnel.

La recherche suggère qu’il existe une cohérence interne entre la vision du monde et les comportements jugés acceptables. Lorsque le monde est perçu comme dominé par des conspirations omniprésentes, la participation à une action secrète peut être interprétée comme une réponse stratégique légitime.

Ce phénomène ne transforme pas les croyants en conspirateurs automatiques. Il indique qu’une mentalité structurée par la suspicion et la projection facilite la justification d’actes conspiratifs lorsque l’opportunité apparaît.

Pour être clair et simple : lorsque l’on pense que tout le monde complote, comploter soi-même cesse d’apparaître comme une transgression exceptionnelle.

 

Mais l’affaire Soral ne se réduit pas à une mécanique psychologique. Elle met aussi en lumière une convergence idéologique plus large.

 

 

Partie 2 — Islamisme politique et extrême droite : proximités structurelles

Si l’on s’en tient aux critères utilisés en science politique pour définir l’extrême droite — anti-libéralisme, rejet du pluralisme, hiérarchisation organique de la société et subordination de l’individu à une entité collective transcendante — certaines formes d’islamisme politique présentent des proximités structurelles significatives.

La droite radicale européenne est classiquement définie par trois traits centraux : le nativisme, l’autoritarisme et l’anti-libéralisme (Mudde, 2007). Elle conçoit la société comme un corps homogène menacé par la diversité, valorise l’autorité et rejette le pluralisme démocratique.

Or plusieurs travaux décrivent certains islamismes politiques contemporains comme porteurs d’un projet également anti-libéral : rejet explicite de la souveraineté populaire au profit d’une souveraineté divine, subordination des droits individuels à une norme religieuse collective, et contestation de la séparation des pouvoirs (Roy, 2004 ; Jasko et al., 2022). L’individu n’y est pas détenteur d’une autonomie propre ; il est membre d’une communauté normative qui le précède et le définit. L’islamisme politique peut être décrit comme relevant d’un nativisme d’ordre théologique. Les deux types de mouvement partagent au cœur de leur fonctionnement une vision essentialiste des humains.

Le point de convergence le plus net tient au rejet du libéralisme politique. Dans ces deux univers idéologiques, le libéralisme est perçu comme dissolution :

  • dissolution des identités collectives,
  • dissolution des hiérarchies naturelles,
  • dissolution de l’ordre moral.

La démocratie libérale y est interprétée comme vecteur de faiblesse, de relativisme, de corruption.

Cette proximité n’implique pas identité doctrinale. L’extrême droite européenne contemporaine est majoritairement sécularisée et souvent hostile à l’islam en tant que religion perçue comme exogène. De nombreux islamistes considèrent quant à eux le nationalisme ethnique comme illégitime. Les divergences sont réelles.

Mais sur le plan structurel — conception organique de la communauté, rejet de l’autodétermination individuelle (et contrôle de la sexualité par exemple), valorisation de l’autorité et défiance envers le pluralisme — la parenté existe.

 

L’antisémitisme et le conspirationnisme comme catalyseurs

Un second point de convergence tient au rôle du conspirationnisme. Les recherches sur les idéologies extrémistes montrent que les théories du complot jouent un rôle structurant dans la radicalisation politique (Douglas et al., 2017).

Dans certaines configurations, l’ennemi est présenté comme une entité globale manipulatrice, souvent associée à un imaginaire antisémite plus ou moins modernisé. C’est à ce niveau que des proximités ponctuelles deviennent possibles entre acteurs d’extrême droite européenne et régimes islamistes autoritaires : non sur une base religieuse, mais sur un mythe explicatif commun. Et c’est là que s’est jouée l’affaire Soral.

À ce titre, je voudrais qu’on prenne du recul sur la flambée actuelle de panique autour de l’islamogauchisme.

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Islamofascisme et islamogauchisme : asymétrie conceptuelle

Souvenons-nous du terme islamofascisme, popularisé dans les années 2000 notamment par Christopher Hitchens — par ailleurs puissante voix de l’athéisme aux États Unis à cette époque—, un mot qui vise à souligner des analogies entre certains islamismes politiques et les fascismes historiques : mobilisation totalisante, centralité de l’autorité, rejet du pluralisme. La littérature académique souligne toutefois le caractère controversé de cette analogie, jugée parfois historiquement simplificatrice (Bar-On, 2018). C’est pourquoi il ne faut pas l’utiliser à la légère.

Le terme islamogauchisme est encore plus gênant : il relève principalement du registre polémique français contemporain. Il ne correspond même pas à une catégorie stabilisée en sciences sociales à partir duquel pourrait s’élaborer une controverse.

Les deux expressions ne se situent donc pas sur le même plan :

  • islamofascisme fait l’objet d’un débat analytique documenté – et il reste controversé.
  • islamogauchisme fonctionne essentiellement comme étiquette politique.

La focalisation médiatique quasi exclusive sur le terme “islamogauchisme” interroge, dès lors que les proximités structurelles entre certains islamismes politiques et des formes d’autoritarisme radical sont, elles, beaucoup moins commentées, voire jamais.

 

Le cœur de la tension : l’autodétermination

Au-delà des querelles terminologiques, le point central est ailleurs : la plupart des islamismes politiques, comme la plupart des formes d’extrême droite radicale, rejettent le principe libéral fondamental selon lequel l’individu est titulaire d’une autonomie morale et politique.

Dans ces systèmes, la liberté n’est pas première. Elle est subordonnée à une vérité collective, nationale ou religieuse qui est vécue comme ‘naturelle’ : allant de soi, indiscutable, dogmatique.

Et c’est pourquoi certains rapprochements de la gauche avec des mouvements islamiques (qui existent bel et bien !) ne doivent pas être considérés comme la conséquence logique d’idéaux communs, mais plutôt comme le résultat de calculs électoraux qui font l’impasse sur des dimensions qu’on pourrait juger essentielles.

 

Pour conclure

L’affaire Soral ne devrait pas nous étonner. Elle rappelle que l’extrême droite et l’islamisme politique partagent une même racine : le sacrifice de l’autonomie individuelle au nom d’un destin collectif sacralisé. Dans ces systèmes, la communauté prime sur l’individu. La liberté est subordonnée à une vérité supérieure. La rhétorique complotiste qui fantasme des menaces existentielle pour galvaniser la base est leur méthode commune ; l’essentialisme, leur terrain d’entente.

Le narratif médiatique dominant insiste pourtant sur une prétendue proximité entre la gauche et l’islam — comme si l’antilibéralisme théocratique était naturellement compatible avec une tradition politique fondée sur l’émancipation par la raison, l’anticléricalisme et le refus des assignations identitaires. Cette inversion mérite examen.

À l’heure où certains groupes de presse saturent le débat public de ce cadrage, faut-il se demander se demander si ce bruit ne détourne pas l’attention d’une congruence plus dérangeante : celle qui relie les deux visages contemporains de la réaction, l’un national-identitaire, l’autre théologico-politique.

En tout cas je me pose la question à voix haute, et je compte sur votre esprit critique pour ne pas accepter n’importe quelle réponse.

 

Acermendax


Références

  • Douglas, K. M., Sutton, R. M., & Cichocka, A. (2017). The psychology of conspiracy theories. Current Directions in Psychological Science, 26(6), 538–542. https://doi.org/10.1177/0963721417718261
  • Imhoff, R., & Lamberty, P. (2018). How paranoid are conspiracy believers? Toward a more fine-grained understanding of the connect and disconnect between paranoia and belief in conspiracy theories. European Journal of Social Psychology, 48(7), 909–926. https://doi.org/10.1002/ejsp.2494
  • Ross, L., Greene, D., & House, P. (1977). The “false consensus effect”: An egocentric bias in social perception and attribution processes. Journal of Experimental Social Psychology, 13(3), 279–301. https://doi.org/10.1016/0022-1031(77)90049-X
  • Sullivan, D., Landau, M. J., & Rothschild, Z. K. (2010). An existential function of enemyship: Evidence that people attribute influence to personal and political enemies to compensate for threats to control. Journal of Personality and Social Psychology, 98(3), 434–449. https://doi.org/10.1037/a0017457
  • van Prooijen, J.-W., & Douglas, K. M. (2018). Belief in conspiracy theories: Basic principles of an emerging research domain. European Journal of Social Psychology, 48(7), 897–908. https://doi.org/10.1002/ejsp.2530
  • Bar-On, T. (2018). ‘Islamofascism’: Four competing discourses on the Islamism–fascism comparison. Totalitarian Movements and Political Religions, 19(3–4), 1–20. https://doi.org/10.1080/14690764.2018.1496519
  • Douglas, K. M., Sutton, R. M., & Cichocka, A. (2017). The psychology of conspiracy theories. Current Directions in Psychological Science, 26(6), 538–542. https://doi.org/10.1177/0963721417718261
  • Jasko, K., LaFree, G., & Kruglanski, A. W. (2022). A comparison of political violence by left-wing, right-wing, and Islamist extremists in the United States and the world. Proceedings of the National Academy of Sciences, 119(30), e2122593119. https://doi.org/10.1073/pnas.2122593119
  • Mudde, C. (2007). Populist Radical Right Parties in Europe. Cambridge University Press.
  • Roy, O. (2004). Globalized Islam: The Search for a New Ummah. Columbia University Press.

 

Entendue dans l’émission C ce soir, l’affirmation selon laquelle “les Epstein Files seraient la première fois que des éléments semblent confirmer un narratif complotiste” repose sur une méconnaissance des enquêtes et des recherches scientifiques sur les théories du complot. D’un point de vue épistémologique, il y a au moins deux erreurs majeures dans ce type de formulation.

 

Le complotisme n’est pas une démarche hypothético-déductive

Dans la littérature scientifique, les “théories du complot” ne sont pas des conjectures qui “attendent d’être confirmées par des faits”. Elles sont définies comme des explications de phénomènes supposés impliquant des acteurs puissants conspirant en secret, mais sans procédures de vérification partagées. Ainsi, un article de synthèse en psychologie cognitive note que les individus qui adhèrent à de telles théories n’y croient pas parce qu’elles seraient confirmées, mais en raison de mécanismes cognitifs sous-jacents tels que la tendance à percevoir des schémas inexistants, ou le biais de confirmation (Douglas et al., 2017).

Douglas, Sutton & Cichocka (2017) expliquent que la croyance dans des théories du complot est alimentée par des motivations épistémiques, existentielle et sociales qui ne sont pas directement liées à l’existence d’éléments factuels confirmatoires, mais à la façon dont les individus traitent l’information.

Dire que les complotistes ont raison puisque les complots existent revient à valider l’astrologie parce qu’il y a bel et bien des éclipses.

 

Sur le niveau d’expertise de Marie Peltier, voir cette video.


Ce n’est pas « la première fois »

 

Prétendre que les Epstein Files sont une ‘première’ est une amnésie historique. Ce n’est pas la première fois qu’un scandale réel vient exciter l’imaginaire conspirationniste. La différence ici n’est pas la nature de la preuve, mais la densité des clichés présents (élites, argent, impunité, réseau de trafic sexuel, protagoniste juif etc.), faisant de l’affaire un ‘aimant à biais’ irrésistible.

  • Avec Iran-Contra, l’existence d’opérations clandestines illégales menées par l’administration Reagan a été établie, mais sans jamais confirmer les récits complotistes plus larges évoquant un “État profond” omnipotent et coordonné.
  • Avec les Panama Papers, des pratiques massives d’évasion fiscale ont été documentées, et ont servi de carburant à des récits beaucoup plus larges (“gouvernement mondial secret”, “contrôle total des élections”) que les faits établis ne justifient pas.
  • Avec LuxLeaks, des collusions fiscales entre États et multinationales ont été révélées, sans que cela n’établisse l’existence d’un complot centralisé des élites contre les populations.
  • Avec Cambridge Analytica, l’exploitation illégitime de données personnelles à des fins politiques a été démontrée, tout en alimentant à tort des récits de manipulation totale et omnisciente des démocraties occidentales.
  • Avec le programme MK-Ultra, des expérimentations clandestines menées par la CIA ont bien été révélées dans les années 1970, après que des théories eurent circulé à leur sujet. Toutefois, ces révélations n’ont confirmé ni l’ampleur ni les capacités fantasmées par les récits complotistes les plus radicaux (contrôle mental total, implants, manipulation généralisée). L’existence d’un programme réel n’a donc jamais validé le contenu des récits les plus viraux.

En somme : L’histoire contemporaine regorge déjà de scandales réels, documentés et graves, qui ont été perçus, interprétés ou instrumentalisés comme des preuves de complots globaux, sans jamais que ces faits ne valident le complotisme comme cadre explicatif pertinent. On aurait eu tort à chaque fois de dire que ces affaires donnaient raison aux complotistes.

L’affaire des Epstein Files n’est donc pas une première, puisque des complots, des malversations impliquant des personnes influentes et corrompues, on en a vu à plusieurs reprises. Et à chaque fois des versions complotistes se sont accolées aux affaires dévoilées par des journalistes ou des juges pour amplifier un narratif de complot mondial dans lequel est profondément inscrite l’idée que les complotistes sont simplement des gens qui ont raison avant tout le monde, et que les affaires dévoilées confirmeraient toutes les versions délirantes produites à la chaîne.


L’émission C ce soir, parmi d’autres, a choisi une sorte d’abdication de la méthode de véridiction des faits qui réjouit au plus haut point les boutiquiers du complotisme. Un grand nombre d’entre eux saluent la performance de Marie Peltier, venue sur le plateau pour dire le mal qu’elle pense des « anti-complotistes ».

 

 


Le biais de confirmation et le complotisme

Un point fondamental a besoin d’être rappelé parce qu’il semble échapper aux commentateurs médiatiques de 2026 : les faits confirment toujours la mécanique narrative complotiste. Non pas parce que ces narratifs seraient le résultat d’un raisonnement fondé, mais pile au contraire parce que c’est un cadre interprétatif qui absorbe toute information disponible.

La recherche en psychologie sociale montre que les individus adhérant à des théories du complot manifestent un biais de confirmation particulièrement robuste : ils sélectionnent, surinterprètent et mémorisent préférentiellement les éléments compatibles avec leurs croyances, tout en minimisant ou disqualifiant les informations contradictoires. Ce phénomène, souvent décrit comme un biais partisan (le myside bias), constitue un mécanisme central du raisonnement complotiste (Douglas, Sutton & Cichocka, 2017).

Dans ce cadre, des documents réels, même partiels, ambigus ou non vérifiés, sont inévitablement perçus comme des “preuves”, puisqu’ils sont lus à travers un récit préexistant qui leur donne sens (van Prooijen & van Vugt, 2018). Quels que soient les faits que l’on mettra sur la table, la mentalité complotiste consistera à dire « j’avais raison ».

Si l’on a les preuves d’une magouille ou d’un crime : on entendra « c’est exactement ce qu’on avait dit » ;

Si l’on a les preuves d’une absence de magouille ou de crime, on entendra « ça confirme complètement le fait que la corruption est totale et que la vérité nous est cachée »

Si l’on a les preuves de quelques magouilles, mais pas les mêmes, on entendra « sans nous et nos accusations, on n’aurait jamais obtenu ces informations »

Etc. à l’infini.

Le complotisme ne consiste pas à enquêter, mais à produire du narratif en flux tendu. C’est une mécanique métabolique : il absorbe n’importe quel fait brut, le digère par le biais de confirmation, et rejette une version qui conforte systématiquement son importance narcissique : ‘je savais’.

Rappelons que la mécanique narrative des sphères qui aujourd’hui prétendent avoir été les seules à avoir raison sur Epstein est la même qui diffuse les récits selon lesquels les vaccins sont dangereux, qu’ils donnent l’autisme, que des reptiliens et des extraterrestres dominent le monde, que les tremblements de terre sont provoqués par des technologies cachées, que les trainées de condensation des avions de ligne sont des produits chimiques pour vous rendre homosexuels et dociles, que le covid-19 est un produit de laboratoire destiné à une éradication de la population, et que les vaccinés seront morts dans deux ans (donc en 2023), que le SIDA  n’existe pas ou bien qu’il est une invention des labos américains, que l’adrénochrome du sang des enfants sert d’élixir de jouvence à Hillary Clinton, que Brigitte Macron est un homme, que la 5G sert à contrôler votre cerveau à travers le graphite contenu dans les vaccins, que des rites sataniques ont lieu un peu partout avec sacrifice d’enfants, et j’en oublie.

Les acteurs qui disent « on avait raison » ont tous poussé l’une ou l’autre de ces dingueries.

Voir la vidéo du chercheur Pascal Wagner-Egger sur le sujet


Conclusion

Les complots existent, et on le sait grâce au travail de ceux qui le prouvent. On n’est pas ‘complotiste’ quand on est convaincu qu’un complot explique une situation donnée, parce que c’est parfois une hypothèse justifiée ! Mais la « mentalité complotiste » est définie en science comme la tendance systématique à interpréter les évènements à l’aide de récits impliquant le complot de puissances malfaisantes et cachées qui ne sont pas accompagnés des éléments de preuve permettant d’évaluer correctement la valeur de cette explication,  et c’est bien cela qui est critiqué par les rationalistes & sceptiques : une dynamique irrationnelle qui sème un chaos épistémique.

Affirmer que les Epstein Files « confirment un narratif complotiste » ne relève pas d’une simple maladresse lexicale, mais d’une faute analytique. Une telle formulation entretient l’idée que le complotisme pourrait avoir raison en principe, dès lors que des crimes existent et que des acteurs puissants peuvent en dissimuler certains aspects. Or ces constats (révoltants !) sont banals pour quiconque connaît l’histoire judiciaire et politique contemporaine. Ils ne constituent en rien une justification d’un cadre explicatif global fondé sur l’idée de cabales omnipotentes, intentionnelles et systématiques.

En brouillant la frontière entre enquête rigoureuse et narratif manichéen irréfutable, ce type de discours affaiblit la compréhension des faits qu’il prétend éclairer et contribue à accorder au complotisme ce qu’il recherche avant tout : une reconnaissance symbolique comme grille de lecture légitime du réel.

 

Acermendax

 

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Sources

  • Douglas, K. M., Sutton, R. M., & Cichocka, A. (2017). The psychology of conspiracy theories. Current Directions in Psychological Science, 26(6), 538–542. https://doi.org/10.1177/0963721417718261
  • van Prooijen, J.-W., & van Vugt, M. (2018). Conspiracy theories: Evolved functions and psychological mechanisms. Perspectives on Psychological Science, 13(6), 770–788. https://doi.org/10.1177/1745691618774270

Chronologie documentée d’un scandale numérique et de sa gestion discursive

Le jeudi 6 février 2026 au soir, Donald Trump publie sur son compte personnel Truth Social une vidéo. Le montage contient une séquence représentant Barack et Michelle Obama sous forme de singes.

Cette iconographie — représenter les personnes noires comme des primates — a une longue histoire dans la propagande raciste occidentale, de la pseudo-science du XIXᵉ siècle aux caricatures coloniales. Elle sert à déshumaniser, à justifier la domination, et reste aujourd’hui un symbole raciste reconnu partout. Ce n’est pas une interprétation subjective : c’est un fait historique documenté.

Le post est publié sans avertissement, sans commentaire explicatif, directement par le compte de Trump. La publication est rapidement signalée par la presse généraliste américaine.

 

 

 

 

La première réaction officielle de la Maison-Blanche consiste à nier catégoriquement tout aspect raciste. Karoline Leavitt, porte-parole de la présidence, transmet une déclaration écrite reprise mot pour mot par plusieurs rédactions. Elle y décrit la vidéo comme un simple produit culturel circulant en ligne et attaque frontalement l’indignation qu’elle suscite.

« This is from an internet meme video depicting President Trump as the King of the Jungle and Democrats as characters from the Lion King. Please stop the fake outrage and report on something today that actually matters to the American public. »

« Il s’agit d’une vidéo tirée d’un mème circulant sur Internet, qui présente le président Trump comme le roi de la jungle et les démocrates comme des personnages du Roi Lion. Merci de cesser cette indignation factice et de vous concentrer, pour une fois, sur des sujets qui importent réellement au public américain. »

À ce stade, le contenu est défendu par déplacement du problème : le cœur du scandale ne serait pas l’image elle-même, mais la réaction qu’elle provoque. Ce renversement est typique du camp Trump : l’attaque permanente.

Dans les heures qui suivent, la polémique s’étend. Des élus démocrates condamnent la vidéo, évidemment, mais aussi plusieurs responsables républicains. Le sénateur Tim Scott, le seul sénateur noir du camp républicain, un allié de Trump qu’il a soutenu lors de ses précédents outrages, déclare « prier pour ce soit faux, car c’est la chose la plus raciste que j’ai vue sortir de cette Maison Blanche. Le président devrait la retirer »

Sous la pression médiatique et politique, le post est finalement supprimé de Truth Social environ douze heures après sa publication. Et à partir de ce moment-là, la communication change du tout au tout. La défense politique laisse place à une dissociation technique. On apprend par des sources anonymes de la de la Maison-Blanche, que c’est un membre du personnel qui a posté cette vidéo.

Le pasteur noir Mark Burns, allié de Donald Trump, déclare s’être entretenu avec le président au sujet de la vidéo, et a appelé au licenciement du membre du personnel concerné.

Peu après, Donald Trump est interrogé par les journalistes à bord d’Air Force One. Pressé de dire s’il condamnait ou pas le clip, il a dit « oui. » Mais il exclut de présenter d’excuses car il ne considère pas avoir fait d’erreur. Il déclare :

« Je n’ai pas tout vu.  J’ai regardé le début, et ça parlait vraiment de la fraude électorale dans les machines, de à quel point c’est truqué, à quel point c’est dégoûtant. Ensuite je l’ai transmis aux gens. En général, eux regardent tout. Mais visiblement, quelqu’un ne l’a pas fait. »

« Non, je n’ai pas fait d’erreur. J’ai regardé le début. C’était très bien. »

Le chat de Schrödinger est mort ou vivant, il faut choisir. Trump, lui, choisit d’être plus fort que la physique quantique et il supprime un message (donc c’est qu’il y a un problème) sans admettre la moindre erreur (pas d’excuses) tout en annonçant qu’un staffer anonyme est fautif, mais sans qu’on nous dise que le responsable sera sanctionné.

 

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La séquence est complète

Récapitulons. Un post est publié, et aussitôt défendu comme un simple « mème » qui ne pose aucun problème. L’indignation est qualifiée de factice. Mais le post est ensuite supprimé, non pour des raisons morales, mais à cause d’une « erreur de staffer ». Enfin, le président affirme ne pas avoir vu l’image problématique et refuse de reconnaître une faute. La chronologie montre un discours qui ne cherche ni la cohérence ni la stabilisation d’un récit vrai, mais l’adaptation permanente à la contrainte. C’est ça la post-vérité : un mépris absolu pour le réel et l’empilement de versions qui se valent toutes les unes les autres pourvu qu’elles servent à défendre le camp.

Avec ce post jugé extrêmement raciste par des élus républicain, Donald Trump joue au raciste de Schrödinger. Comme le chat du même nom dont la petite histoire raconte qu’il est à la fois mort et vivant en raison de la superposition des états quantiques : le clip vidéo partagé est à la fois parfaitement acceptable mais aussi une erreur ; mais les erreurs ne justifient jamais d’excuse. Et le président qui trouve la vidéo OK ne l’a en fait pas vue.

Alors, bien sûr, la politique américaine produit depuis des décennies des horreurs plus graves au niveau mondial, mais on est obligé d’être très alarmé par cette séquence parce qu’elle est la démonstration claire et nette que désormais le pouvoir en place ne fera plus aucun effort pour tenir compte du réel ; c’est un niveau d’irresponsabilité absolu qui rend ce pays désormais dangereux pour ses alliés autant qu’il l’était pour ses ennemis.

Cette mécanique de la post-vérité n’est évidemment pas une invention de Trump, ni l’exclusivité de son camp. Les administrations Obama, Bush père et fils, Biden ou Clinton ont toutes produit leur lot de mensonges, de déformations et de manipulation de l’information. Mais ce qui caractérise cette séquence précise, c’est l’absence totale d’effort pour stabiliser un récit cohérent. Il ne s’agit même plus de mensonge stratégique — c’est un empilement cynique de versions contradictoires qui ne cherchent même plus à être crédibles.

 

Conclusion

Je laisse à d’autre l’expertise géopolitique, historique, stratégique, économique ou polémologique, mais ici j’insiste sur le danger épistémologique : nous avons besoin d’accepter ensemble la même réalité si nous voulons partager la planète sans nous entretuer. Ce n’est pas un petit détail, et la guerre de Trump contre les université, les enseignants et les journalistes, —déjà fragilisés par le rachat des journaux par les amis milliardaires du milliardaire président— toutes ces offensives sont en train d’éroder notre capacité à reconnaître un fait, une connaissance, une réalité établie.

Ça ne peut pas ne pas finir en catastrophe.

 

Acermendax