La morale a-t-elle des bases biologiques ? [TenL 112]

Emission enregistrée le 8 juin 2022.

Invité : Stéphane DEBOVE (Homo fabulous)

Editorial

Qu’est-ce que le bien ? Qu’est-ce que le mal ? À de telles questions, on dit souvent que la science est impuissante à répondre : ce n’est pas son rôle. La réponse est toujours subjective, elle dépend de votre culture, de l’époque où vous vivez, de votre éducation, de mille paramètres de votre environnement. Sur ce qui est bien ou mal, nous constatons des désaccords irréductibles à travers le monde mais également à petite échelle, à la maison, au travail : une impossibilité de mettre tout le monde d’accord. Et puisqu’un consensus semble tout à fait exclus, comment imaginer que la science puisse se mêler à cette affaire ?

Tout cela est si évident que nous n’avons aucune raison de faire une émission qui poserait la question ridicule des bases biologiques de la morale… Sauf que nous le faisons quand même, parce que les évidences méritent qu’on les questionne.

Evidemment, nous ne trouverons jamais le gène de l’altruisme, la protéine de l’égalité, le neurone de la fraternité ou la glande de l’allergie à l’hypocrisie. Aucun programme de recherche un tant soit peu sérieux n’envisage un tel réductionnisme. Mais vous devez quand même avoir conscience que pour éprouver un jugement moral sur une situation, il vous faut un cerveau, avec ses neurones, ses neurotransmetteurs, ses glycoprotéines, ses domaines développés sous l’influence de gènes, d’une biochimie complexe, de contraintes structurales, d’un héritage biologique. Il faut un cerveau pour être moral, et le cerveau est un organe produit par la nature au fil du temps à travers les méandres de l’évolution selon des modalités qui ne sont pas totalement mystérieuses. Et cela amène des chercheurs à enquêter sur l’existence d’une sorte de grammaire morale qui pourrait être universelle.

En effet, des travaux effectués sur diverses populations ont mis en évidence des constantes dans les jugements des humains qu’ils soient étudiants en fac de psycho, membre de sociétés de chasseur-cueilleur, ou bambins pas encore doués de la parole. Il y a en nous une propension à réagir d’une manière prévisible à des situations de nature morale. Et on retrouve une partie de ces réactions dans le monde animal, nous avions évoqué cela dans La Tronche en Live numéro 31 du mois d’aout 2016 avec Stéphane Debove.

Depuis lors, Stéphane a écrit un livre remarquable « Pourquoi notre cerveau a inventé le bien et le mal ? » qui a reçu le Grand Prix du Livre sur le Cerveau 2022 remis par la Revue Neurologique, et il continue son travail de vulgarisation sur sa chaîne Homo fabulous, où il s’est donné pour mission de désamorcer les très nombreuses incompréhensions que suscite le sujet de ce soir.

Dans certaines sphères, il est très mal vu de « naturaliser » un phénomène aussi hautement intégré dans les processus culturels que la moralité. On se demande si ce n’est pas une manière d’imposer une vérité morale en instrumentalisant la science. Du reste on peut légitimement se demander si l’on dispose seulement d’une définition de la morale qui autoriserait à tirer la moindre conclusion. N’est-ce pas une façon de dépouiller les individus de leur libre arbitre en prétendant savoir mieux que chacun d’entre nous les vraies raisons de nos jugements et de nos raisonnements moraux ? N’est-ce pas ouvrir la porte aux pires manipulations ? N’est-ce pas profondément immoral ?

Stéphane Debove, vous n’avez pas honte ?

 

 

 

1 réponse
  1. jed
    jed dit :

    La véritable honte fut qu’il en éprouvât ! Mercis à Homo Fabulus , Vled et Thomas pour ces 2 heures d’intelligence pure.

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