Invité : Florence Dellerie

Enregistré en confinement le 15 avril 2020

Editorial

Ils rodent dans nos campagnes, ils se multiplient dans nos villes, ils font le choix de ne pas consommer de produits issus de l’exploitation des animaux, ce sont les végans.

Leurs motivations sont diverses, en général on peut la résumer à une posture éthique, celle d’accorder aux animaux un droit à la vie, et à éviter la souffrance, qui dépasse notre droit de profiter de ce que nous pourrions tirer d’eux. En conséquence les végans sont à la recherche d’alternatives pour se nourrir, pour se vêtir et aux autres produits qui nous viennent des animaux ou qui sont testés sur eux.

La société actuelle n’est pas très généreuses en solutions de ce genre et cela provoque des tensions, bien sûr, et des interrogations sur la viabilité de leur régime alimentaire, sur la logique de leur démarche, sur l’extrémisme qu’ils représentent par rapport à des gens sympa comme les flexitariens qui sont végétariens à la maison chez eux, mais font l’effort de goûter le rôti de grand-maman ou les brochette du voisin. Le végan, lui, il est sans concession. Et ça nous inquiète.

Les interdits alimentaires, c’est la grande spécialité des religions et des dérives sectaires, et le monde du véganisme est traversé de courants qui alertent les détecteurs de bullshit des rationalistes à tel point que certains militants de la lutte contre les sectes considèrent que le véganisme est en soi une dérive sectaire. Cela nous apprend deux choses :

  • D’abord que les militants ne sont pas toujours fortiches dans l’utilisation des concepts dont ils sont censés être spécialistes : ce qui est vrai pour les anti-sectes l’est également pour les activistes du droit des animaux, ou pour les rationalistes militants. (Car en fait le véganisme ne répond pas aux critères qui définissent les dérives sectaires.)
  • Ensuite qu’il y a bel et bien des soucis non seulement avec l’image du véganisme, mais aussi avec la récupération qu’il subit de la part des thuriféraires de l’ésotérisme, des médecines alternatives, du New Age… et des wanabe gourou prompts à exploiter le sentiment de rejet qui motive et alimente une bonne partie des végans.

Mais quand on aborde ces questions, avant de pouvoir aller au bout des concepts, on se heurte à un phénomène mille fois observé : les gens s’engueulent plus vite que leur ombre, les amis se fâchent, les zététiciens oublient de douter, les militants oublient d’être pédagogues, tout le monde pense que l’autre se croit plus intelligent, qu’on le rabaisse, chacun est victime des raccourcis de l’autre. Bref, on est en colère. Et cette colère dure, elle couve, et ressurgit comme un retour de flamme au moindre prétexte.

Il y a des soupçons chez les pro comme chez les anti à propos de ceux d’en face. On a franchement l’impression qu’ils s’imaginent détenir une vérité absolue, alors que de là où on est on voit facilement les failles de leur raisonnement, à eux. Quelle bande d’imbéciles ceux là, ils s’imaginent avoir la solution, le régime parfait, ils croient savoir ce que chaque être humain devrait consommer, ils sont dans une forme d’orthorexie dogmatique. Ils ont tort ! Alors on ne les écoute plus, puisqu’on pense avoir bien compris qu’ils n’avaient rien à nous apprendre.

Ce mécanisme de fermeture doxastique, je vous propose qu’on le désamorce ce soir. On va voir que les végans provoquent des réactions négatives parce que leurs arguments ne sont pas toujours à la hauteur, parce que certaines attitudes moralisatrices sont franchement incommodes, mais aussi simplement parce qu’ils ont le culot d’exister, d’incarner le constat que certains des comportements qui semblent naturels aux autres ne vont en réalité pas de soi, et qu’il n’est pas si facile de les justifier.

Nous recevons Florence Dellerie. Elle est une végane a priori sympa, elle milite gentiment pour la cause animale, et elle cherche à le faire de manière rationnelle et efficace, ce qui fait qu’elle condamne les mauvais arguments et ne devrait donc pas énerver les gens qui écoutent sans a priori. Nous verrons s’il est possible d’aller au bout des deux heures de l’émission sans irriter tout le monde ou presque. Bonsoir Florence.

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