Invités : Albert Moukheiber & Bruno Patino

Enregistré en confinement le 6 mai 2020

Editorial

Bienvenu dans notre émission diffusée sur Internet. Vous, comme nous, flânons librement sur les réseaux, nous cliquons selon notre bon vouloir, nous partageons en toute liberté les contenus que nous consultons. Il n’existe aucun moyen de nous forcer à consommer tel contenu plutôt que tel autre, nous ne supporterions pas de nous plier à des obligations. Nous ne sommes pas totalement dupes, bien sûr ; parfois c’est avec regret que l’on se crée un profil Facebook ou Twitter, simplement parce que ces plateformes ont réussi à concentrer le flux des activités dont nous souhaitons ne pas être écartés. Mais en dehors de ces accommodements plus ou moins pressants, nous jouissons du sentiment enivrant d’être totalement indépendants dans nos usages et dans notre navigation.

Spinoza, fin connaisseur d‘internet pourrait nous mettre en garde : «  Les hommes se croient libres pour cette seule cause qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par où ils sont déterminés. »

Ce que notre ami Baruch entend par là c’est que derrière l’illusion de la liberté que nous aimons à entretenir, et sans tomber dans la caricature du mouton décérébré ou du crédule absolu, l’humain est un animal qui règle son comportement  en intégrant de grandes quantités de données présentes dans son environnement, bien souvent sans en avoir conscience.

Il existe aujourd’hui dans les sciences cognitives des recherches consacrées à comprendre la genèse de nos comportements et le poids des influences qui s’exercent sur nous. Mais il n’y a pas que la science qui travaille, et ces travaux ne fabriquent pas seulement des connaissances librement disponibles à l’édification d’un savoir universel… On produit aussi des méthodes qui permettent d’exploiter plus efficacement le cerveau humain.

Le paysage social est aujourd’hui saturé de publicité, nous n’avons plus assez d’yeux et d’oreilles pour recevoir les réclames qui financent la plupart des programmes que nous regardons. Nous sommes depuis longtemps dans un monde façonné par l’économie de l’attention, et on ne peut pas évoquer cela sans citer la célèbre phrase de Patrick le Lay, président de TF1 en 2004 « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Rendre un cerveau humain disponible à une utilisation par une tierce personne, souvent une entreprise, c’est l’une des manières de définir la captologie. La discipline qui s’intéresse à la captation de notre attention.

Quelle est l’étendue de cet usage ? Peut-on imaginer un monde qui s’en débarrasserait ? Est-il possible de s’affranchir individuellement de ces influences ? Peut-on en faire un usage éthique ? Sommes-nous condamnés à être de plus en plus téléguidés par des techniques de manipulation des foules ?

Bref, que faire de la captologie ? Je vais le demander à nos deux invités

  • Albert Moukheiber, chercheur en neurosciences cognitives et fondateur du collectif Chiasma
  • Bruno Patino, doyen de l’Ecole de journalisme de Sciences Po et directeur éditorial d’Arte France
0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.