Le débat aura lieu tout à l’heure, 3 novembre à 20h30

Ce débat a lieu à l’initiative de Jean-Jacques Charbonier lui-même, et de la société ABC Talk avec laquelle il travaille. J’ai souhaité répondre présent. Je ne cherche pas, dans ce débat ou ailleurs, à défendre l’idée que je souhaiterais qu’il n’y ait pas de vie après la mort, ou que je souhaiterais qu’on ne puisse pas communiquer avec les morts. En réalité, je souhaite l’inverse, mais j’ai appris au cours de ma vie qu’il faut se méfier des idées qu’on envisage de croire, en particulier quand elles nous font plaisir.

Le mauvais rôle

Aborder un débat comme celui-ci est compliqué pour un sceptique, parce qu’on a facilement le mauvais rôle. Je vais être celui qui donne l’impression de juger les gens qui croient (comme) monsieur Charbonier. Pour certains, je serai dans le camp de ceux qui traitent les autres de « fous » où qui veulent imposer un matérialisme dogmatique attentatoire à la liberté de croire. Tel n’est pas mon propos, car telles ne sont pas mes convictions.

Ma posture sceptique peut être interprétée à tort comme un rejet aveugle des thèses qu’on me propose, alors que je veille scrupuleusement à bien distinguer les registres : je vais questionner la valeur des « preuves » sur lesquelles JJ Charbonier appuie ses propos, et si j’estime pouvoir rejeter une « preuve » je n’en conclurai pas automatiquement que la position que je critique est alors réfutée dans son ensemble. Ce serait abusif de ma part. Tout comme il serait abusif de la part de JJ Charbonier de demander une preuve que ce qu’il dit est faux aux sceptiques qui ont bien le droit de douter… jusqu’à preuve du contraire. J’espère qu’il ne commettra pas cette erreur aussi grossière que courante.

Monsieur Charbonier ne se retient pas de traiter les sceptiques d’abrutis depuis des années. Il reçoit à n’en pas douter des attaques personnelles lui-même. J’espère que la communauté sceptique/zététique saura mettre en pratique ce qu’elle sait d’une bonne argumentation ; chaque fois que nous employons ce genre d’attaque ou un argument fallacieux, nous donnons aux croyants-tenants une raison de persister dans leur croyance. Cela entretient leur animosité et nous éloigne nous-même d’une possible remise en question. Cela ne rend service à personne.

Quel est mon objectif ?

La question de la mort, de ce qui pourrait se passer après, concerne tout le monde, constitue un enjeu important et appartient de plain-pied au domaine du doute. Les allégations sans preuve sont monnaie courante, les médiums pourraient bien être des menteurs ou des illuminés ; on peut rapidement, si l’on n’y prend garde, accorder sa confiance à un manipulateur ou bien à un doux rêveur dont les élucubrations sincères apportent un semblant de signification à ce qu’on ressent, exactement comme une théorie du complot peut donner l’impression de révéler une vérité cachée en alignant certains faits à moitié compris et privés de tout contexte.

Je dois donc insister sur la  « mission » que j’entends remplir avec ce débat. Je n’affirme rien sur l’existence ou l’inexistence d’une forme de vie près la mort, mais j’entends ne pas accepter des allégations sans demander de solides raisons de leur accorder du crédit.

« Il est toujours, partout et pour tout le monde, mauvais de croire quoi que ce soit sur la base de preuves insuffisantes »

William Kingdon Clifford

Je ne réponds pas à l’invitation de ce soir en tant que scientifique ou expert de la question de la vie après la mort. Ceux qui voudraient un débat scientifique ont bien raison, et je souhaiterais que JJ Charbonier ait le courage, le temps, les arguments pour s’adresser à la communauté scientifique dans le langage qui convient : celui des publications scientifiques dans des journaux à comité de lecture. Cela permettrait à des gens bien mieux qualifiés que moi d’apporter des critiques et éventuellement de valider les théories du docteur. Mais malgré la thèse qu’il a encadrée en 2014, on ne voit pas la couleur d‘une telle publication. Je n’en veux pas à ceux qui estiment que cela discrédite JJ Charbonier sur le plan scientifique. Il ne peut pas s’en étonner ni attendre que les règles s’assouplissent en sa faveur. Il ne s’agit donc pas d’un débat d’experts pouvant trancher une question scientifique.

Je ne réponds pas à l’invitation dans le but de faire abjurer ses convictions à mon interlocuteur. Je suppose qu’il a déjà consulté les critiques des rationalistes, qu’il a peut-être lu mon livre sur le sujet, et je constate que malgré tout il continue de professer les mêmes choses. Je serais bien idiot de penser le déconvertir en une soirée. Il ne s’agira pas pour moi de défendre le matérialisme ontologique.

Mon rôle dans ce débat est d’être sceptique. Point. Depuis les débuts de la carrière de JJ Charbonier dans ce domaine, il y a 20 ans, il n’a pas été possible d’organiser un débat public de vive voix avec un sceptique. Je saisis l’occasion. Je suis documenté sur la question. Mon livre « La vie après la mort ? une approche rationnelle » rapporte un point de vue sceptique qui constate l’absence de preuves, mais aussi l’étonnante médiocrité des éléments dont les détracteurs du matérialisme scientifique se contentent pour étayer leurs propos. Mais que l‘on m’apporte une preuve sérieuse, et aussitôt je serai heureux de réviser mon jugement sur la perspective du néant qui n’a, en vérité, guère d’attrait en ce qui me concerne. Mais je ne m’attends pas à ce que cela arrive non plus, pour être honnête.  

Alors à quoi bon ?

J’entends, avec cette participation, exposer un point de vue sceptique tolérant mais exigeant, respectueux des individus mais intraitable avec les idées. Mon but est qu’un maximum de gens interrogent leurs convictions, leur ressenti avant d’adhérer à une croyance ou à une autre. Le meilleur moyen, selon moi, est d’avoir un échange avec JJ Charbonier que pourront regarder ceux qui le suivent et adoptent son point de vue mais qui ne consultent pas les ressources sceptiques ou scientifiques. J’espère aussi montrer qu’un échange cordial est possible en dépit du large fossé qui me sépare de mon interlocuteur. La culture du débat est en soi une partie de la réponse aux tentions que la société subit.

Le débat sera gagné par tous ceux qui chercheront à en apprendre quelque chose.

Soyez au rendez-vous, cela se passera ici :

4 réponses
  1. Marcel Efoudebe
    Marcel Efoudebe dit :

    Bonsoir,
    Voilà quelque temps déjà que j’écoute et regarde avec beaucoup d’intérêt votre chaine YouTube La Tronche en Biais. J’aime beaucoup le ton décalé qui habille un fond sérieux, quel que soit la question qui est abordée.
    J’ai regardé votre débat avec JJ Charbonnier. Je dois avouer que je l’ai trouvé courtois, de loin plus courtois que celui que vous aviez eu avec Jacques Grimault. Bien sûr, le journaliste/présentateur qui animait le débat était un peu juge et partie, ce qui s’est vu quand il a perdu son sang-froid et sa neutralité feinte à la mention de la Miviludes.
    Il est clair que le but n’était pas de convertir Charbonnier aux arguments rationnels. Il est la preuve, comme Montagnier avant lui, qu’on peut être scientifique d’un côté, et croire à des choses totalement farfelues.
    Merci pour ce débat instructif, qui aura eu, au moins, le mérite – on peut l’espérer – , de “convertir quelques membres de la communauté de Charbonnier.

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  2. Romain
    Romain dit :

    bien, mais s’engager sur la voie du MIVILUDES était dangereux; JJ et le journaliste se sont engouffrés dans la brèche.
    A part ça, bien, même si je ne suis pas aussi formel que toi sur le cas du gamin qui a fait la TCH: je côtoie des psychologues dans mon travail, et si les gens se sentent mieux, c’est pas si mal… et de toute façon, il n’avait pas besoin de JJC pour le conforter dans ces idées: ses parents le faisaient déjà très bien sans lui.
    Comme quoi, avec le cas E. Alexander, on vous dit “ce cas est un argument fort”, vous répondez “ce cas n’est pas significatif”, et JJ vous réplique “je crois toujours en ce cas, parce que ce type m’a l’air bien (grosso modo)”. Aucune preuve ne sera assez forte pour qu’il change d’avis, mais ceux qui se posent des questions auront de quoi se forger une opinion; dommage que ça arrive aussi loin dans le débat.
    Bravo à vous.

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  3. Michel CHENEBEAU
    Michel CHENEBEAU dit :

    La vie de l’homme est un mystère, ce qui se passera après est un mystère puissance 10. L’homme se pose des questions sur sa destinée, beaucoup de croyances aident l’homme à vivre, la science arrivera t-elle à prouver quelque chose ?
    Merci de nous avoir donné la possibilité d’y réfléchir, dans la complexité de nos destinées.

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