Editorial

Les abeilles ne sont pas des insectes tout à fait comme les autres. Nous éprouvons à leur égard un peu plus de respect qu’envers les mouches, les guêpes ou les sauterelles. Avouons-le. C’est que nos civilisations ont commencé à les domestiquer il y a quelques millénaires ; ça crée des liens. Cette sympathie particulière que nous inspire l’abeille, associée à son poids dans l’économie, en fait un sujet politique et médiatique : on en parle beaucoup. Et comme toutes les choses dont on parle beaucoup dans les média, on entend beaucoup d’âneries.

On ne saurait mieux exprimer l’intensité approximative de notre relation à cet animal qu’en citant l’incontournable phrase attribuée à Albert Einstein (ce que les biographes du physicien nous conseillent de ne pas croire) :

« Si les abeilles disparaissent de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ».

Einstein ? Non.

Un peu dramatique, cette citation nous rappelle que les abeilles ne font pas que nous fournir du miel ou de la cire, mais qu’elles jouent un rôle important dans la pollinisation de nombreuses espèces que nous cultivons pour nous nourrir. En leur absence, les choses seraient un peu compliquées.

Or il semble bien que leur destin ne soit pas au beau fixe : on entend partout que la mortalité des ruches bat des records, on parle d’un syndrome d’effondrement des colonies, on s’inquiète des conséquences de tout cela, mais aussi de ce que cela révèle peut-être de l’état de notre environnement. L’abeille serait un indicateur que nous avons sur la nature un impact grave qui met en danger des équilibres fragiles, ce qui nous plonge dans l’incertitude sur l’état des écosystèmes dans un futur proche.

Cette inquiétude, il ne faut pas la mettre au service des discours de récupération et de panique généralisée, mais l’employer pour se poser des questions urgentes : que savons-nous vraiment des dynamiques de population des abeilles ? Que savons-nous vraiment sur les facteurs qui influencent ces populations ? De l’importance du syndrome d’effondrement, et de ses causes ? Et qu’ignorons-nous à propos de tout cela qu’il faudrait instamment étudier ?

De par son importance écologique, économique, culturelle, symbolique, l’abeille est un sujet qui ne nous laisse pas indifférent, mais son cas ne doit pas nous cacher le reste du paysage, et nous évoquerons les autres populations d’insectes, car de ce côté-là aussi l’inquiétude est réelle et les données issues du terrain sont probablement plus alarmantes encore.

Pour ce Tronche en Live , nous recevons un ingénieur agronome, apiculteur, spécialiste des pesticides pour essayer de nous poser les bonnes questions. Merci d’accueillir André Fougeroux.

10 réponses
  1. Romain
    Romain dit :

    Très bonne émission, quelques commentaires, catégorie “pinaillage”:
    * on ne prend pas froid…
    * les araignées ne sont pas des insectes
    d’autres suivront peut-être (j’en suis à 1h 14′).

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  2. Olivier_R
    Olivier_R dit :

    L’émission est complètement biaisée avec le choix d’un invité en plein conflit d’intérêt par son parcours professionnel chez Syngeta (production de pesticides).
    Ce n’était donc pas le mieux placé pour parler d’un sujet où les pesticides ont un impact potentiel très important (sur abeilles et insectes sauvages).
    Dans l’émission il exonère les pesticides de toute responsabilité vis à vis de la disparition des insectes et émets même des doutes sur la pertinence de l’étude allemande qui avait mis en lumière la disparition de 80% de la biomasse des insectes volants sauvages en Allemagne en moins de 30 ans. Sans parler d’une autre étude allemande, plus récente, qui va dans le même sens.
    Le parcours professionnel mets l’invité en situation de conflit d’intérêt, l’inviter aurait été intéressant s’il avait été accompagné d’un entomologiste ou écologue car dans les milieux naturalistes, le son de cloche est tout autre et il y a proche de l’unanimité pour dénoncer l’impact grave des pesticides sur la faune : insectes, oiseaux (qui consomment beaucoup d’insectes).
    Monsieur André Fougeroux ne se trouverait-il pas en situation de dissonance ?
    L’inviter seul enlève sans point de vue naturaliste et écologique (dans le sens “écologue” et science écologique) tout intérêt à ce Tronche en live et c’est bien dommage.

    Mais vous pouvez en faire un autre sur le thème de l’extinction actuelle des insectes en invitant cette fois-ci un entomologiste / écologue. On verrait ainsi bien ce qu’il dirait de l’impact des pesticides sur “l’entomo-apocalypse” actuel.

    Bien cordialement, O. R.

    PS : votre captcha est caché par le formulaire et on le voit très mal sous Edge et pas du tout sous Firefox.

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    • Romain
      Romain dit :

      ça y est, j’ai tout regardé. Très intéressant. Mon frère est apiculteur amateur, je vais lui conseiller de la regarder.
      Olivier R: je crois qu’ils n’invitent qu’une seule personne pour éviter les débats enflammés, qui ne sont pas souhaités dans ce type d’émission. Mais ta remarque sur le conflit d’intérêt est pertinente. Peut-être que la TeB y répondra.

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  3. Olivier_R
    Olivier_R dit :

    Voici deux sources sur l’impact de deux néonicotinoïdes et du fipronil sur la faune invertébrée et vertébrée. Je ne suis titulaire d’aucun doctorat en biochimie ou biologie, mais la lecture des abstracts est loin de laisser aussi serein que ne l’est l’invité du TEL sur l’impact de ces molécules dans la nature.

    1. « Effects of neonicotinoids and fipronil on non-target invertebrates », https://link.springer.com/article/10.1007/s11356-014-3180-5, Environmental Science and Pollution Research, January 2015, Volume 22, Issue 1, pp 68–102, L. W. Pisa, V. Amaral-Rogers, L. P. Belzunces, J. M. Bonmatin, C. A. Downs, D. Goulson, D. P. Kreutzweiser, C. Krupke, M. Liess, M. McField, C. A. Morrissey, D. A. Noome, J. Settele, N. Simon-Delso, J. D. Stark, J. P. Van der Sluijs, H. Van Dyck, M. Wiemers

    2. « A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife », https://link.springer.com/article/10.1007/s11356-014-3180-5, David Gibbons, Christy Morrissey, Pierre Mineau, Environmental Science and Pollution Research, January 2015, Volume 22, Issue 1, pp 103–118

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  4. Olivier_R
    Olivier_R dit :

    Mes excuses mais je me suis embrouillé dans les liens et ai mis le même pour les deux études. Voici les bons liens.

    1. « Effects of neonicotinoids and fipronil on non-target invertebrates », https://link.springer.com/article/10.1007/s11356-014-3471-x, Environmental Science and Pollution Research, January 2015, Volume 22, Issue 1, pp 68–102

    2. « A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife », https://link.springer.com/article/10.1007/s11356-014-3180-5, David Gibbons, Christy Morrissey, Pierre Mineau, Environmental Science and Pollution Research, January 2015, Volume 22, Issue 1, pp 103–118

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    • Romain
      Romain dit :

      Merci, Olivier.
      En effet, la question des écosystèmes et de la biodiversité est importante pour l’avenir.
      Un Impact Factor de 2.9 est-il bon? Apparemment correct.
      Les articles sont denses, et il semble y avoir un effet, y compris sur les vertébrés. Désolé, je n’ai pas tout lu, je suis loin d’être expert sur la question, mais il semble y avoir des effets (en même temps, qui oserait dire que la nicotine n’a pas d’effet, même sur l’humain?).
      Le débat ne semble pas clôt. Mais je peux me tromper.

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  5. Romain
    Romain dit :

    Mon frère (apiculteur amateur) a vu la vidéo et ne l’apprécie pas.
    Je ne peux me faire le “retranscripteur” de ses critiques, mais en gros, il reprend les mêmes qu’Olivier. Il me dit que toutes ses colonies ont le varoa, mais qu’elle tiennent quand même…
    En gros, il me dit varoa seul = RAS, insecticide seul = RAS, varoa + insecticide + manque de nourriture = mort des abeilles. Et il m’invite à regarder de grosses méta-analyses trouvables sur Google scholar qui confirmeraient la responsabilité (non-exclusive) des insecticides.
    Je ne développerai pas plus, puisque ce n’est pas moi qui ai émis ces objections.

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  6. Romain
    Romain dit :

    J’oubliais un élement, et non des moindres: il considère (je résume) que la personne interviewée n’est pas la plus qualifiée pour parler de l’effondrement des abeilles, qu’il (Mendax) aurait mieux fait d’interviewer un apiculteur (au moins pour la contradiction), et qu’on ne devrait pas donner de la visibilité à ce qui n’est qu’une opinion personnelle, plutôt que sur des masses d’études qui disent le contraire.
    Au vu de la dureté de ce commentaire, et de mon ignorance crasse du sujet des abeilles (mon frère est bien mieux placé pour en parler que moi), je ne suis pas allé sur le sujet du choix de l’invité. En gros, il considère (sans le dire) que Mendax fait exactement ce qu’il reproche à d’autres…
    Je me renseignerai sur l’invité, mais lors de la conversation (hier, à Noël), la discussion a (plus que) failli déraper.

    Répondre
  7. WillyP
    WillyP dit :

    Le sujet date un peu, mais je tombe dessus et certaines choses me poussent à réagir.

    En regardant la vidéo (il y a quelques temps déjà), l’une des premières choses que je me suis dites est qu’il va forcément y avoir du monde pour parler de conflit d’intérêt de la part de l’invité. Je vois que ça n’a pas manqué, c’est la première remarque du second commentaire…
    Tout d’abord, je souhaiterai faire remarquer pour ceux qui trouvent que les conflits d’intérêt sont importants à prendre en compte, que l’invité n’est pas en situation de conflit d’intérêt financier, étant à la retraite… Le rédacteur du commentaire sus-nommé fait ensuite plus ou moins référence à un conflit d’intérêt idéologique, qui peut en effet exister ne serait-ce que du fait de la dissonance cognitive, mais réclame par la suite que l’invité aurait dû être confronté à un membre des “milieux naturalistes”, qui pourtant sont eux aussi possiblement sujets à la dissonance cognitive et aux conflits d’intérêt idéologiques.
    De toute manière, la discussion des possibles conflits d’intérêts de tel ou tel invité est stérile. En effet, cela n’a pas de sens que de juger de la véracité des propos d’une personne simplement en regardant si elle a des conflits d’intérêts sur ces propos. Tout d’abord, il s’agit d’un biais d’attribution d’intentionnalité (cela revient à émettre a priori sur la personne le jugement que les propos qu’elle tient le sont dans l’intention de soutenir ses intérêts, alors que 1) ce n’est pas nécessairement ce qui motive la personne et 2) il n’est pas possible de le savoir a priori, c’est une affirmation sans preuve). Ensuite, ce n’est pas parce qu’il y a conflit d’intérêt que le contenu du propos est faux. Ce à quoi il faut s’intéresser pour savoir si le contenu est véridique ou non, c’est bien au contenu lui-même, et pas aux conflits d’intérêts de la personne qui le tient. Le conflit d’intérêt est une des explications qui permettent de comprendre pourquoi un propos est faux/biaisé, mais avant cela il faut savoir si le propos est en effet faux/biaisé ; or il peut y avoir des propos faux/biaisés sans qu’il y ait conflit d’intérêt, tout comme il peut y avoir des propos vrais en situation de conflit d’intérêt. Le conflit d’intérêt n’est donc pas un marqueur de fausseté d’un propos, cessez s’il vous plaît de l’utiliser comme tel. Je rappelle qu’utiliser cet argument du conflit d’intérêt n’est pas une attaque du contenu du propos, mais une attaque de la personne qui le tient ; c’est donc un mauvais argument, et un argument irrespectueux, que l’on utilise quand justement on ne dispose pas des éléments pour critiquer le contenu du propos.

    Dans la lignée de cette emprunte du conflit d’intérêt, on se demande dans les commentaires si l’invité était bien le plus qualifié pour parler du sujet, et on propose qu’il eu fallu lui “opposer” un apiculteur (en partant du principe que tous les apiculteurs sont forcément en désaccord avec ce qui dit l’invité… ? Il s’agit au passage d’une essentialisation de l’opinion des apiculteurs, qui peuvent avoir des vues différentes sur le sujet). Mais un apiculteur n’est pas nécessairement non plus le plus qualifié pour parler du sujet ! L’apiculteur n’a pas nécessairement connaissance de la littérature scientifique, ni les prérequis pour la lire et l’analyser correctement. La pratique et l’expérience personnelle de l’apiculteur sont à considérer, et relèvent en effet de son domaine de compétences et de maîtrise. Mais le biais potentiel est que l’apiculteur risque de généraliser son expérience et sa situation personnelle à l’ensemble des situations d’apiculture (comme on le voit dans l’un des commentaires), alors qu’elles sont possiblement plus diverses. Des éléments qui s’appliquent à sa pratique de l’apiculture dans sa situation peuvent ne pas s’appliquer dans d’autres situations d’apiculture, ou avoir des effets différents.

    On a également dans les commentaires mis en opposition le discours de l’invité comme une opinion, et les études scientifiques. Cependant il faut prendre la mesure que l’opinion de l’invité est tout de même construite sur la littérature scientifique, et n’est donc pas l’opinion de n’importe quelle personne interrogée à l’improviste. Les liens vers deux études scientifiques ont été postés dans les commentaires ; il s’agit de deux revues de littérature. Or les revues de littérature sont aussi des opinions ! Les auteurs sont libres de sélectionner les études qu’il souhaitent utiliser pour appuyer leurs propos, et peuvent très bien choisir de ne pas parler de celles qui ne vont pas dans le sens de ce qu’il veulent dire. Les conclusions des revues corespondent aux opinions des auteurs, certes basées sur de la littérature scientifique, mais ne pouvant pas être considérées comme une vérité scientifique factuelle. Il est d’ailleurs dommage que la personne qui a posté les liens se soit arrêté aux Abstracts… Je n’ai lu que les données sur les abeilles, dans la première revue, puisque c’est le sujet ici, et ce qui ressort pour moi de cette revue c’est que 1) l’étude de l’impact des néonicotinoïdes en conditions écologiques (dans le sens scientifique, écologique signifie en conditions réelles, dans le milieu d’habitation naturel des organismes considérés) est difficile, 2) les données sur la mortalité sont conflictuelles, mais on peut en faire ressortir que les néonicotinoïdes sont associés (associés, pas nécessairement causaux) à une mortalité des abeilles uniquement lors de semis de grains enrobés, et sans impact sur la mortalité en dehors, et 3) les effets non létaux semblent surtout avoir été étudiés en laboratoire, et leur importance en conditions écologiques est mal connue. Donc on est encore loin de l’affirmation claire et nette que les néonicotinoïdes sont une cause majeure de morbi-mortalité chez les abeilles.

    Pour conclure, et reprendre la fin du dernier commentaire, ce n’est pas sur l’invité qu’il faut se renseigner. C’est sur le contenu de son propos, sur les sources sur lesquelles il se base, sur leur crédibilité, sur les sources qu’il omet de citer et pourquoi… mais oui ça demande plus de travail que de simplement soulager sa propre dissonance cognitive en rejetant son propos sous prétexte qu’il y a conflit d’intérêt. (De manière générale. Je ne cible personne de la discussion ; les commentateurs ici ne se sont pas arrêtés à cette situation de conflit d’intérêt et sont allés critiquer le contenu du propos.)

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    • Romain
      Romain dit :

      Merci Willy, de développer ces points critiques.
      J’ai fait un tour (rapide, je l’admets) sur Google scholar, et la situation est très très très […] loin d’être simple. L’argument utilisé par mon frère “mes abeilles ont le varoa, mais elles sont vivantes, donc le varoa ne tue pas les abeilles” ne tient pas, quand on sait que le varoa est un vecteur de transmission d’un virus mortel pour les abeilles… quand on sait que le principal moyen de lutte contre le paludisme dans le monde est justement la lutte contre l’anophèle (un moustique inoffensif, en dehors du fait qu’il est… un vecteur)..
      Je répète: je n’ai fait que retransmettre les arguments de mon frère (qui a refusé de déposer un commentaire sur le site), aussi fidèlement que possible, sachant que la discussion a été houleuse un jour de fête.

      Répondre

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