Centième émission enregistrée le 12 mai 2021 avec 4 invités surprises (voir les liens en fin d’article).

Editorial

Ça va peut-être vous surprendre, surtout si vous connaissez la zététique seulement de loin, en surface, à travers ce qu’on en dit ça et là : l’exercice du scepticisme m’a rendu plus tolérant, plus indulgent envers mes congénères humains. Et cela parce que je réalise de plus en plus qu’on est tous à peu près incapables de comprendre quoi que ce soit à ce qu’est la vie, y compris les wannabe coachs et gourous qui thésaurisent pourtant sur des prétentions contraires.

On démarre notre existence au milieu d’inconnus qui parlent une langue qu’on est obligés d’apprendre sans le moindre dictionnaire, qui nous donnent un nom qu’on ne choisit pas et qui nous traitent comme si c’était parfaitement normal et justifié.

On doit intégrer des codes sociaux parfois absurdes, des traditions dont les anciens font mine de connaitre la logique, des tabous sur lesquels la moindre réflexion est sanctionnée, des croyances plus ou moins confortables dont on a un mal de chien à se défaire… Bon an, mal an on réussit  par miracle à devenir amis avec des gens tout aussi paumés que nous et à maintenir des relations pacifiques, voire de qualité avec des organismes qui peuplent notre quotidien. Nous subissons les effets parfaitement scandaleux d’hormones que nous n’avons pas demandées, nous passons malgré nous un temps considérable à nous inquiéter de ce que les autres pensent de nous sans jamais avoir les moyens de déterminer ce qui est vrai.

À un moment donné, on nous demande d’infliger ça à d’autres personnes : il faut faire des enfants. Et alors là c’est pire que jamais, on n’a aucune idée de ce qui va se passer, de ce qui va tourner mal ou bien, et on doit essayer de rendre ces petits êtres autonomes dans un monde où les humains font semblant d’avoir compris comment ça marche tout en s’empressant de croire ceux qui leur donnent l’impression d’en savoir un peu plus qu’eux.

On tombe malade, parfois parce qu’on avale n’importe quoi, mais parfois juste la faute à pas de chance. On vieillit. À la fin on meurt. Pour toujours. Nous aurons duré quelques milliers de jour après 13 milliards d’années d’absence et avant une éternité de néant. (Jusqu’à preuve du contraire)

Reconnaissons que tout cela est insatisfaisant. Il me semble normal et légitime —il est même peut-être sain— de se rebiffer à l’idée qu’on puisse se résumer à si peu de chose.

Les sceptiques que nous sommes n’ont pas accès au réconfort des grands histoires consolatrices : les religions, le surnaturel permettent de s’imaginer exister au-delà de notre vie précaire, momentanée et occupée en bonne partie par un processus de dégradation. Cela ne veut pas dire qu’on doive accepter que tout ça n’a aucun sens !

Il faut se méfier de la dichotomie à la truelle scandée par certains défenseurs du paranormal : ou bien croire à la transcendance ou bien croire au Hasard, à l’Absurdité, au Néant. Pardon, mais c’est plus subtil.  Nous ne sommes pas obligés d’avoir les mêmes réponses à nos questions existentielles pour donner du sens à nos existences, un sens réel, un sens opérant puisqu’il nous accompagne tant que nous sommes là. Nous ne sommes même pas obligés d’avoir des réponses pour que nos questions elles-mêmes proposent du sens.

J’en veux pour preuve ces quelques alternatives auxquelles je vous invite à réfléchir.

  • Ou bien la vie continue après la mort… Et c’est stupéfiant ! Ou bien la vie s’arrête définitivement quand le corps cesse de fonctionner… Et c’est stupéfiant.
  • Ou bien l’univers existe pour une raison, en prévision d’un projet, et c’est renversant ! Où bien toute cette immensité n’est que le résultat d’une succession d’interactions de particules livrées à elles-mêmes. Et c’est renversant !
  • Ou bien il existe d’autres civilisations dans l’Univers, et c’est prodigieux ! Ou bien nous sommes seuls dans l’Univers… et c’est prodigieux !

Même sans réponse, même sans hypothèse imprudente reposant sur nos ignorances, nous sommes en mesure de nous émerveiller du simple fait d’être en mesure de nous émerveiller. Notre émerveillement ne vaut pas mieux que celui du voisin juste parce que c’est le nôtre, et le sien a une valeur en soi que le scepticisme ne consiste pas à nier, à railler, à rabaisser.

Ceux qui affirment détenir une vérité qu’ils veulent  imposer ou partager avec les autres méritent qu’on soulève devant eux les doutes que leur parole nous inspire, mais personne n’a pour mission de sonder les consciences et d’y faire le ménage.

Je pense que l’indulgence envers les humains, envers soi-même, est une bonne manière d’occuper son temps sur Terre. Et la pensée critique peut aider.

Pratiquer le scepticisme, ça ne consiste pas à salir les croyances des autres, à harceler les croyants, à interférer avec leur liberté de conscience, mais à réaliser que nous valons presque tous mieux que les idées qui occupent notre tête, et qu’en en prenant conscience on peut plus facilement se débarrasser des mauvaises et cultiver les bonnes. Le chantier numéro 1 du sceptique, c’est son propre esprit. Nous sommes tous en travaux.

Ayant compris cela, je m’efforce d’agir en conséquence et d’être un meilleur ambassadeur du scepticisme. Cela veut dire ne pas se jeter à brûle-pourpoint sur tous les énoncés qui passent, ne pas s’indigner par réflexe de toutes les idées dérangeantes, mais se demander si la parole que l’on veut émettre est judicieuse, pertinente et a une chance de produire un effet désirable. Nos ressources étant limitées, chaque minute gaspillée à polémiquer sur un sujet où nous n’avons aucune chance de faire évoluer les choses est une opportunité perdue d’œuvrer à obtenir les changements que nous voulons voir dans le monde.

Facile à dire, je sais. J’ai gaspillé moi-même bien des minutes, et mêmes heures. Et je risque de récidiver. Mais l’indulgence dont je parle s’étend à mon cas particulier. Puisque je ne vaux pas mieux que les autres, j’ai le droit de me pardonner et de continuer à m’accorder de la valeur quand bien même j’échoue à être véritablement à la hauteur de mes principes. Il faut éviter la complaisance envers soi-même et ceux qui partagent nos idées, bien sûr mais il faut aussi, je le crois, se méfier de l’aspiration à incarner le scepticisme. Le vrai.

Je pense et je voudrais qu’on en discute ce soir, qu’il est possible d’être un sceptique, un zététicien un militant du rationalisme et de la méthode scientifique tout en ayant une vie sympa, tout en étant pas un sale con insupportable tout juste bon à blesser ceux qui croient un peu trop fort des choses un peu trop discutables.

On ne va pas se focaliser sur l’incessant débat de la bienveillance versus l’attaque frontale des croyances nocives, sur l‘efficience de notre action, mais plutôt sur la manière que nous avons de le vivre. Cette émission s’adresse donc tout particulièrement aux sceptiques, mais elle peut permettre aux autres de nous connaître un peu mieux, de nous comprendre et peut-être de constater que nous n’avons pas vocation à être leurs ennemis.

Dans cette centième édition de La Tronche en Live, nous allons parler de ce qui nous motive à prendre la parole en tant que sceptiques, à produire des contenus, à défendre des positions, des principes, une démarche, alors qu’on aurait peut-être des existences plus simples si on ne faisait rien de tout ça.

Nous recevons 4 invités mystères, membres de la communauté sceptiques pour échanger avec eux sur ce qu’on fait là. C’est quoi le sens de la vie en zététique ?

Les chaînes des invités

Skeptics in the Pub Paris https://www.youtube.com/channel/UCBY3RIZLexjFTBcF6OXTGbA

Fantine et hippocrate https://www.youtube.com/channel/UChMJpy_RQel1FlxYDZQvO1g

Projet Utopia https://www.youtube.com/results?search_query=projet+Utopia

La Mal Biaisée https://www.youtube.com/channel/UCY2w3Jdy5e65LZUepePht0g

1 réponse
  1. gilles
    gilles dit :

    Hello la Tronche en Biais/live,

    Je vous suis toujours depuis l’anti-révélation anthroposophique… (je n’en finis pas de tomber de l’armoire… anthroposophisée au préalable évidemment)

    Je tombe sur cette excellente vidéo anniversaire, et Skeptics in the pub que je découvre.
    Super initiative, pourquoi pas lancer la même chose sur Lyon ? Il va falloir faire du BRUIIIITTT :)))

    Personnellement, j’en parle pas mal autour de moi, j’ai des sympathisants de l’homéopathie, sans vraiment avoir les bons réflexes ni d’autres leviers d’action.

    Je me suis tt de même rapproché de l’ADFI pour participer à militer contre l’aspect sectaire.
    Mais si on peut aider je suis partant.

    A bientôt
    Gilles de Lyon

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