Un paradigme vertueux ?

 

La science moderne se doit d’éviter les écueils de l’hybris, l’orgueil démesuré du savant fou, qui a pu sévir dans bien des domaines au cours des derniers siècles. Eugénisme, vision mécaniste du vivant, réductionnisme à outrance et arrogance ne sont pas des attributs « naturels » de la science, mais la manifestation de l’abus de pouvoir que certains ont voulu commettre et parfois ont commis en son nom. Dans l’ensemble, les scientifiques sont innocents dans ce procès que veulent leur intenter les contempteurs du matérialisme. Pour bien le montrer nous prendrons l’exemple de Philippe Guillemant.

Philippe Guillemant, physicien, est ingénieur de recherche au CNRS. Il est surtout connu pour mettre en avant dans des livres, des blogs et des conférences, c’est-à-dire en dehors du cadre de son travail scientifique, et sans lien direct avec les données produites par ses travaux, des croyances sur la nature de la conscience, la modification de l’espace-temps par nos intentions, la vie après la mort, etc. Ses écrits sont intéressants car on y trouve un condensé des critiques de type métaphysique adressées à la science telle qu’elle se pratique mais surtout telle qu’elle se pense. Accusée d’être dogmatique, emprisonnée dans un paradigme matérialiste, la science –mainstream– académique aurait tout faux.

Le cœur du dogme scientifique mainstream serait la croyance dans « le dieu hasard », et Guillemant en dresse les 10 commandements que l’on retrouve sur son site doublecause.net :

 

  1. La nature est sans but et sans la moindre finalité — Déterminisme
  2. L’univers est né d’une explosion originelle (big-bang) — Néo-créationnisme
  3. Tout ce qui arrive est le résultat de la causalité (temporelle = du passé) — Fatalisme
  4. La conscience est un produit du cerveau — Matérialisme
  5. La réalité est indépendante de nos états de conscience — Objectivisme
  6. Le passé ne peut plus être modifié (irréversibilité) — Passéisme
  7. L’évolution de la vie est due à la sélection naturelle du plus fort — Darwinisme
  8. Nous sommes des machines que la technologie peut améliorer — Transhumanisme
  9. La mémoire, les intuitions et les visions sont issues de notre cerveau — Réductionnisme
  10. Tous les phénomènes inexplicables sont des illusions ou des hasards — Scientisme

 

Cette liste n’est pas anecdotique, elle est l’un des argumentaires majeurs de la théorie de la « double causalité » défendue par Guillemant. Sans ambages, il affirme que ces dix idées sont toutes fausses ; en conférence, il défie les zététiciens et autres matérialistes de les démontrer. Nous allons voir qu’il s’agit d’une question chargée, car pour démontrer ces 10 points, encore faudrait-il les tenir pour défendables.

Cependant, il n’incombe à personne de défendre le portrait singulier que Guillemant dresse de la science. Ces dix commandements sont des hommes de paille, des contrefaçons de la véritable structure épistémique du monde scientifique contemporain. C’est pourquoi il peut donner l’illusion, mais seulement l’illusion, de battre en brèche l’édifice de ce qu’il nomme « la science matérialiste ».

Le principal intérêt de répondre à ce portrait trompeur n’est pas de montrer la fausseté des théories de Guillemant, car les théories fausses pullulent tant qu’il faudrait plusieurs vies remplies d’abnégation pour se coltiner leur assommante lecture, et celle-là ne possède pas de mérite particulier qui la distinguerait assez des autres pour la rendre plus digne de cet investissement. Non, l’intérêt réside dans la manière dont est attaquée la science et dans ce que cela nous permet de dire sur la nature de ce projet humain. Définir la science, la distinguer des autres activités, productions, démarches intellectuelles, est une tâche quasi impossible, car les frontières que la science partage avec la fiction, l’imagination, la spéculation, la pensée magique, la pensée de groupe, voire la profession de foi, sont floues dès l’instant où l’on cherche à en suivre le tracé exact. Ce problème de la démarcation restera probablement irrésolu longtemps, mais grâce aux errements de Philippe Guillemant, nous pouvons plus aisément voir ce que la science n’est pas.

Pour ce faire, reprenons les 10 allégations attribuées à la science.

 

1 – La nature est sans but et sans la moindre finalité – Déterminisme

Ce point est fondamental pour Guillemant, il lui permet de poser la pierre centrale de sa théorie : la rétrocausalité. En supposant une idéologie « déterministe » selon laquelle la nature n’aurait aucune finalité, puis en affirmant qu’elle est fausse, il oublie toutefois une étape cruciale : démontrer que les scientifiques critiqués affirment une telle chose de manière dogmatique.

En réalité les scientifiques sont des gens beaucoup plus prudents que ce qui est laissé entendre. Ils appliquent le principe de parcimonie (le rasoir d’Ockham) qui leur évite d’employer dans leurs modèles des entités dont l’existence n’est ni  prouvée ni requise pour rendre compte des faits. La finalité en fait partie. Autrefois, nos intuitions téléologiques avaient tôt fait d’attribuer des projets, des objectifs, des intentions à la nature ; en conséquence de quoi il fallait supposer l’existence d’entités capables d’implémenter ces projets. Nous n’en sommes plus là, et l’évacuation de ces entités imaginaires a été la condition des progrès de la connaissance scientifique, car tant qu’une entité ontologique est là pour justifier l’existence d’un phénomène (Zeus est à l’origine de la foudre), elle bloque le passage de l’investigation rationnelle dudit phénomène (la foudre est produite par des masses d’air électriquement chargées dont le comportement est décrit par des modèles physiques). Pour autant, si des entités sont requises pour expliquer des phénomènes encore mystérieux, rien ne s’y oppose. Il faudra simplement démontrer leur nécessité théorique.

Évacuer la finalité de la nature n’est donc pas un dogme, mais une mesure d’hygiène intellectuelle, ce n’est pas une conclusion, mais une précaution.

 

À l’appui de sa thèse sur l’existence d’une double causalité, Guillemant cite le physicien Holger Bech Nielsen selon lequel « la probabilité que le futur n’ait aucune influence sur le présent est extrêmement faible. »

En 2009, Nielsen est co-auteur d’une théorie qui explique pourquoi le Large Hadron Collider (LHC) échoue à découvrir le boson de Higgs. Ce boson serait une particule de nature si odieuse qu’elle provoquerait une ondulation en arrière dans le temps qui arrêterait le LHC avant toute expérience susceptible de produire un résultat[1]. Quand le LHC a annoncé avoir validé la découverte du boson de Higgs le 4 juillet 2012, l’hypothèse rebrousse-temps de Nielsen a bien sûr été réfutée. Mais rappelons que, quand bien même le LHC eut échoué dans ses projets, l’hypothèse téléologique ne s’en serait pas trouvée validée pour autant, sauf pour ceux qui auraient choisi d’y croire a priori. Car pour vérifier cette hypothèse, il faudrait démontrer que toutes les autres hypothèses envisageables sont fausses et ne pas se contenter de chérir son hypothèse préférée tant qu’elle s’accommode bien avec les faits.

 

2 – L’univers est né d’une explosion originelle (big-bang) — Néo-créationnisme

Initialement le terme « Big Bang » était une caricature. Le mot est resté, mais caricatural il demeure. D’une part, il ne s’agit pas d’une explosion à proprement parler, mais d’un violent mouvement d’expansion, et qui ne concerne que l’univers observable. Les experts du domaine se gardent bien de conclure sur quoi que ce soit au-delà du mur de Planck où seuls s’aventurent quelques spéculations qu’il faut traiter avec prudence. Ils savent également que le Big Bang n’est pas nécessairement le début de la totalité des choses existantes, puisqu’on ignore ce qui peut exister au-delà de l’univers observable. La description ci-dessus est donc déloyale, ce que Guillemant admet puisqu’il la corrige lui-même sur son blog.

Par ailleurs, il est parfaitement injustifié d’appeler néo-créationnisme la théorie du Big Bang puisque les créationnismes ont pour point commun de supposer un acte de création volontaire. Nulle part les équations ne prévoient une intention créatrice, et les cosmologistes prennent soin le plus souvent de ne surtout pas employer un langage qui encourage une lecture intuitivement déiste en raison du raccourci mental suivant : « un phénomène de grande envergure nécessite une cause de grande  envergure. La cause de l’univers doit donc être incommensurable », car un tel raccourci réifie un concept divin, une entité ontologique dont a déjà dit qu’elle n’aidait pas la science à expliquer le monde. L’erreur que représente ce raccourci mental de la commensurabilité des effets avec les causes est mis en évidence par la théorie du chaos.

Pour Guillemant, le Big Bang serait contredit par de multiples arguments, le principal étant une influence du futur sur les événements passés :

« il est beaucoup plus rationnel de considérer les conditions initiales du big-bang comme des conditions qui changent au cours du temps car elles dépendent du temps présent, donc comme des conditions finales et non pas initiales ».

On retombe sur ce qui est avancé dans le point précédent et qui sera rappelé dans le suivant : la négation du principe de causalité.

 

3 – Tout ce qui arrive est le résultat de la causalité (temporelle = du passé) — Fatalisme

En dépit de la bizarrerie de certains résultats de la physique quantique (et seulement aux échelles microscopiques où cette discipline sait décrire des phénomènes), la règle de la causalité : « la cause précède l’effet » n’a jusqu’à présent reçu aucun démenti. Dans le monde macroscopique des événements qui constituent notre existence, la causalité s’applique toujours, pour ce qu’on en sait. Si l’inverse s’avérait, si un jour ce pilier de la logique était renversé, vous ne l’appendriez pas en lisant ces mots, ni dans la prose de Monsieur Guillemant, et lui-même n’en ferait pas un simple item d’une liste sur un billet de blog. Cela ferait à coup sûr les gros titres des journaux, même s’ils laissent rarement la Une aux informations scientifiques, et si aucune avalanche de prix ne venait récompenser l’étonnante découverte, à tout le moins nous sentirions partout les fumets d’une controverse sans précédent.

Mais contemplons le calme plat qui accueille ces allégations. Et ajoutons un mot pour relever que le principe ici remis en question est celui de causalité et de déterminisme, en aucun cas celui d’un fatalisme qui implique une négation de la liberté humaine, notre impuissance à faire des choix dans notre existence. L’usage du mot fatalisme a ici tout d’un chiffon rouge, technique rhétorique visant à rendre intenable la position critiquée.

4 – La conscience est un produit émergeant du cerveau— Matérialisme

Les diverses objections avancées par Guillemant, quand elles sont honnêtes, peuvent se résumer à ceci : nous n’avons pas la preuve absolue que la conscience est produite par le cerveau. Admettons cela. D’un certain point de vue, c’est vrai. Mais que dire que la proposition qui veut que la conscience provienne d’autre part, notre cerveau jouant uniquement le rôle d’antenne, de capteur ? Elle a le grand, l’exorbitant avantage d’être irréfutable. À l’heure actuelle, personne n’a proposé d’expérience qui permettrait de démontrer ou de réfuter cette idée.

Dès lors, quelle est l’option la plus rationnelle ? La grande majorité des gens n’a aucun problème à admettre que dans l’état actuel de nos connaissances, l’hypothèse la plus vraisemblable est que notre cerveau complexe est la source du phénomène mal compris, mal défini, mais universellement partagé au sein de notre espèce (et dans quelques autres) qu’est la conscience. Nous ne disposons d’aucune bonne raison de supposer l’existence d’une entité supplémentaire pour justifier de la manifestation dans le monde sensible de ce phénomène.

Là encore l’idée que le cerveau est l’organe qui produit la conscience n’est pas un dogme, c’est une position ontologique privilégiée car elle est en adéquation avec tous les faits connus et parce qu’elle respecte le principe de parcimonie. C’est la position la plus humble. La charge de la preuve incombe à qui voudrait ajouter une entité dans l’équation.

 

Ci-dessous la conférence TED où Anil Seth nous explique que nous ne sommes pas totalement ignorants sur ce qu’est -en tout cas sur ce que fait- la conscience.

 

5 – La réalité est indépendante de nos états de conscience — Objectivisme

« Cette idée est le socle de ma théorie qui considère que nos états de conscience déterminent le choix d’univers dans lequel nous vivons au sein du multivers. »

Il s’agit ici de défendre l’idée que la pensée peut influencer la matière. C’est la croyance dans le psy, dans la voyance, et dans une forme de pensée magique. Et c’est en effet incompatible avec les modèles actuels que la science propose pour expliquer le fonctionnement de la nature. Mais une telle idée n’est pas inaccessible à l’expérimentation. C’est ce à quoi s’emploie la parapsychologie. À l’heure actuelle cette discipline intéressante n’a pas produit des résultats susceptibles de démontrer l’existence de phénomènes qui échapperaient aux modèles en vigueur en physique, en chimie ou en biologie. Mais la recherche est possible et elle a lieu.

Toutefois la pensée magique n’appartient pas au registre des explications auxquelles la science a recours, car les protocoles utilisés en routine, et notamment le principe des tests en aveugle, évacuent la possibilité que les résultats soient affectés par les états mentaux des expérimentateurs. Cela n’élimine pas complètement la possibilité de biais, mais force est d’admettre qu’on manque des preuves de l’existence de biais qui cacheraient cette réalité que certains prétendent connaître par des moyens qui leur appartiennent.

Cela nous ramène à la charge de la preuve ; elle incombe à ceux qui prétendent que la conscience affecte le monde physique autrement qu’à travers l’activité neuromusculaire du corps contrôlé par cette conscience.

 

6 – Le passé ne peut plus être modifié (irréversibilité) — Passéisme

Ce principe ne prend sans doute du sens qu’à l’intérieur de la théorie de l’univers bloc de Guillemant. Mais sans qu’il soit besoin d’entrer dans le détail, notons son argument :

« … il convient de considérer que le passé puisse changer. C’est d’ailleurs la meilleure façon d’expliquer le fameux principe anthropique qui soulève le mystère du réglage fin des conditions initiales de l’univers. »

L’argument du réglage fin de l’univers et du principe anthropique (fort) est un classique de l’apologétique : la partie de la théologie qui entend argumenter pour prouver ‘rationnellement’ l’existence de Dieu.

Il s’agit de l’un des sophismes les plus séduisants du monde. Vertigineux, il consiste à constater que les propriétés de la matière, de l’énergie et de l’espace-temps, si elles étaient un tant soit peu modifiées, élimineraient toute possibilité d’existence de la vie telle que nous la connaissons. Il faudrait croire qu’un formidable hasard a produit les conditions bien précises qui nous ont permis d’exister, ou bien admettre que ce n’est pas le hasard, que quelque chose (quelqu’un) est à l’origine de ces conditions providentielles. Cela semble plus sensé, et certainement nous en retirons un sentiment de closure mentale bien plus fort : nous avons l’impression de toucher du doigt une réponse solide.

L’antidote à ce sophisme est donc forcément décevant, car il est désespérément trivial. Nous ignorons s’il existe ou s’il n’existe pas une infinité d’univers avec une infinité de combinaisons de constantes physiques. Mais dans tous les univers où cette combinaison est compatible avec l’apparition d’une forme de vie intelligente finira par éclore l’hypothèse de ce principe finaliste. À l’inverse, partout où les propriétés de la matière n’autorisent pas l’émergence d’une vie intelligente, personne n’est là pour s’en étonner. Cet étonnement particulier est le privilège unique, personnel et égocentrique d’absolument n’importe quelle forme de vie intelligente, n’importe où, n’importe quand. Le principe anthropique est donc une tautologie qui n’a sa place dans aucune théorie scientifique sérieuse.

 

 

7 – L’évolution de la vie est due à la sélection naturelle du plus fort – Darwinisme

L’anti-darwinisme ressemble au principe anthropique fort cité précédemment : on ne le rencontre pas dans les écrits scientifiques sérieux. Précisons au cas où que « la sélection du plus fort » est une formulation totalement étrangère à Darwin et à la biologie de l’évolution. On la doit à Spencer, c’est donc du Spencerisme, et ce n’est pas de la science mais de la (mauvaise) politique.

« on s’aperçoit aujourd’hui avec l’évolution énorme de la biologie que la vie ressemble plus à une technologie qu’à un processus soumis aux lois du hasard. »

Le hasard des mutations génétiques correspond à une toute petite partie des principes darwiniens. L’autre partie, la plus importante du point de vue théorique, est le principe de sélection des réplicateurs. Sont retenus par la sélection réalisée au fil d’innombrables générations les réplicateurs qui possèdent les caractères héritables conférant les meilleures capacités à se reproduire. Dans un monde où les conditions environnementales ne varient pas quotidiennement de façon aléatoire, la sélection de l’environnement sur les réplicateurs ne se fera PAS au hasard. Dès lors, la réduction du darwinisme à une croyance dogmatique dans le hasard ne tient absolument plus. Encore faut-il s’intéresser à ce que dit réellement la théorie de l’évolution plutôt qu’à la caricature qu’en font ceux qui comprennent, dans la douleur, que les principes darwiniens ont joué historiquement un rôle déterminant dans la remise en cause du dualisme métaphysique.

Il y a bel et bien des questions à poser à la théorie de l’évolution, mais il faut d’abord s’assurer qu’on l’a comprise.

 

Anti-evolution books on sale in Dayton, Tennessee, where the ‘Monkeyville’ trial of Professor John T Scopes took place. (Photo by Topical Press Agency/Getty Images)

8- Nous sommes des machines que la technologie peut améliorer — Transhumanisme

Le transhumanisme est un jugement sur la nature humaine, sur la possibilité d’augmenter l’humain dans ses capacités et dans sa longévité. Il s’agit d’une position axiologique indépendante du matérialisme métaphysique imputé ici au monde de la science. La preuve en est que de nombreux scientifiques qui se reconnaissent dans le matérialisme n’ont aucune tendresse pour le transhumanisme. Cet item est un pur procès d’intention, mais pas seulement. Car Philippe Guillemant argumente contre la faisabilité de l’amélioration du corps humain en arguant que le seul moyen d’envisager une telle entreprise passe par « la création d’une âme », d’une « conscience (…) greffée sur ce système ».

Il s’agit d’allégations proprement farfelues puisque des chercheurs travaillent d’ores et déjà sur des prothèses qui permettent de réparer le corps humain, de lui redonner de la mobilité ou de la sensibilité. Ces chercheurs ne s’encombrent pas de considérations de cet ordre, et leur travail porte ses fruits. Cela n’implique aucunement qu’on veuille réduire l’humain à une « machine » ou qu’il soit forcément souhaitable d’augmenter ses capacités si les moyens se présentent, car le transhumanisme est un courant de pensée, mais il n’est pas consubstantielle de la science, même matérialiste.

On voit mal ce que ce huitième point apporte à la tentative de démonstration, mais on devine qu’il prolonge la défense du dualisme qui motivait déjà l’attaque contre le darwinisme au point précédent.

 

 

9 – La mémoire, les intuitions et visions sont issues de notre cerveau — Réductionnisme

Ce neuvième point n’est pas différent du quatrième. Et la réponse sera la même : les phénomènes liés à la cognition, qu’il s’agisse de la conscience, de la mémoire, de l’imagination ou des croyances sont irrémédiablement liés à la structure du cerveau car quand le cerveau est affecté, ces cognitions le sont également. Mais Guillemant argue de l’impossibilité pour le cerveau -dans le paradigme actuel- de stocker les images qui nous reviennent en mémoire.

« On ne sait pas expliquer en particulier comment un cerveau parviendrait à mémoriser ou à synthétiser des images séquentielles. »

Nous sommes bien obligés de lui répondre que bon gré mal gré, le cerveau parvient à faire ce qui lui semble impossible. Il nous reste à comprendre ce que c’est exactement que fait le cerveau, et comment. Qui le nie ?

Pour répondre à cette impossibilité par lui supposée, Guillemant invoque « l’information du vide quantique » qui rejoint sa théorie de l’univers bloc. L’invocation du quantique est classique dans les pseudosciences. Ici comme ailleurs, on note un sérieux hiatus entre les faits mobilisés (liés à la physique quantique) et les phénomènes que l’on cherche à expliquer, ici les phénomènes intégrés à l’échelle d’une structure très complexe et de très grande taille : le cerveau. Les plus grands spécialistes des sciences cognitives et les plus grands spécialistes de la physique quantiques évitent en général de tripatouiller les disciplines des autres avec les concepts qui ne fonctionnent que dans le périmètre de leurs travaux, c’est pourquoi toute invocation de la physique quantique dans des mécanismes qui se manifestent à de grandes échelles et à de forts niveaux d’intégration est au minimum extrêmement suspecte.

Ajoutons à cela l’aveu de l’auteur lui-même sur le fait qu’on ne sait pas comment le cerveau produit les images dont nous faisons l’expérience dans notre phénoménologie, et nous constatons qu’il s’agit ici, derrière les concepts compliqués, d’un argument de l’ignorance. Sous prétexte que les scientifiques ne savent pas répondre, alors la théorie de l’univers bloc devrait être recevable… alors qu’elle n’apporte aucune démonstration directement liée au phénomène inexpliqué.

10 – Tous les phénomènes inexplicables sont des illusions — Scientisme

L’homme de paille est ici manifeste, car il est bien évident qu’avant qu’un phénomène soit expliqué par la science, il est ou bien inconnu ou bien inexpliqué. « Inexplicable » ne fait partie du vocabulaire de la science, puisque cette dernière est une démarche qui vise, au moins en intention, à expliquer tout ce qui est observable et pensable. On se réfugie en revanche dans l’inexplicable quand on refuse les explications que la science apporte à des phénomènes réputés paranormaux. La résistance dans ce domaine est très grande. L’attachement à des hypothèses et à des entités métaphysiques rend parfois le discours scientifique difficile à supporter.

« On connait la musique:

  • Les synchronicités seraient des projections,
  • Les ovnis seraient des hallucinations,
  • Les E.M.I. seraient des hallucinations,
  • La psychokinèse serait une tricherie,
  • Les P.E.S. seraient le fruit du hasard ou de la virtuosité,
  • Le chamanisme serait une croyance indigène,
  • Les guérisons inexpliquées seraient de l’effet placebo,
  • La médiumnité serait du charlatanisme,
  • etc. »

 

Au regard de l’énumération livrée par l’auteur, on se contentera encore une fois de revenir aux bases de l’épistémologie de la science. Les hallucinations, la tricherie, la virtuosité, les croyances, le charlatanisme et l’effet placebo… existent. Cela est acquis. Par ailleurs, un certain nombre des phénomènes présumés paranormaux trouvent des explications globalement complètes de la part de la science ; c’est le cas notamment des EMI. Parmi les phénomènes qui peuplent le monde, qu’ils appartiennent ou non à la liste ci-dessus, peut-être se trouve-t-il un phénomène réel qu’il reste à décrire clairement, à délimiter et à prouver. Et ensuite seulement il sera temps de lui trouver une explication, et éventuellement de mettre en défaut le paradigme matérialiste si décrié par l’auteur. Rappelons Fontenelle :

« Assurons nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause ».

Au terme de ces 10 arguments dont aucun ne tient la route, quelle est la conclusion de Philippe Guillemant ?

 

« En conclusion:

La pseudo-science matérialiste est morte et enterrée par la théorie et l’expérience de la vraie science que les hommes ont réussi à construire et qui est celle que j’aime, malgré une énorme pression pour les en détourner qui s’exerce toujours aujourd’hui au travers de la techno-science passée aux mains des multinationales. Le fait qu’elle survive dans les médias dominants qu’ils financent est donc bien une affaire de religion imposée par ce pouvoir de l’argent, car seule une religion peut survivre malgré son caractère irrationnel. »

 

Un immense procès d’intention teinté de conspirationnisme vient couronner un propos qui vise manifestement à rationaliser une croyance dualiste que l’auteur confesse dans la plupart de ses interventions. Concluons à notre tour sur un point fondamental qui met en échec les très nombreux théoristes arguant que la science académique serait pseudoscientifique au titre qu’elle refuse de considérer leurs hypothèses avec toute l’attention qu’ils croient mériter.

Le matérialisme de la science telle qu’elle se pratique n’est pas un matérialisme métaphysique, ce n’est pas une opinion sur la nature des objets qui peuplent le réel. C’est un matérialisme méthodologique. Il est incontournable, car c’est lui qui permet d’empêcher l’inflation ontologique qui voudrait à chaque phénomène mystérieux attribuer une entité non moins mystérieuse qui en serait la cause. Le matérialisme méthodologique de la démarche scientifique a cela de vertueux qu’il est parfaitement capable de tester des hypothèses non matérialistes. Une entité immatérielle est investigable dès lors qu’elles a un effet sur le monde matériel, et les êtres vivants en font partie. On est donc capable de mettre en place des protocoles pour tester, par exemple, la voyance, le pouvoir de l’esprit sur la matière, la médiumnité, etc. Tous ces phénomènes, s’ils existent, mobilisent probablement des mécanismes ou des entités qui échappent à la description matérialiste du monde. Mais si un jour on prouve leur existence, ce sera au travers d’une méthodologie matérialiste, car elle seule permet d’éliminer les explications matérialistes.

Le scientisme, c’est demander à la science plus qu’elle ne peut apporter, c’est violer le périmètre de ses compétences. La science n’a pas réponse à tout, elle le sait, et Philippe Guillemant semble l’oublier. Le paradigme actuel, pour imparfait qu’il soit (qui prétend le contraire ?) est donc investi du pouvoir de se corriger, de se prouver à lui-même qu’il pourrait avoir tort. Cette vertu absente des croyances dogmatiques et des discours glorifiant le dualisme désarme complètement l’agression que représentent les 10 faux commandements dont Philippe Guillemant a besoin d’affubler la science académique pour se rassurer sur la scientificité de sa théorie fétiche. On est fondés à penser qu’il s’agit en réalité d’une tentative de justifier une croyance bien fragile reposant sur des faits souvent discutables… comme les synchronicités.

Les progrès de la connaissance n’ont pas besoin que le paradigme actuel soit parfait, indépassable ; nous avons au contraire tout intérêt à ne surtout pas oublier que nous n’avons accès qu’à des représentations du monde et pas à la réalité elle-même. Ce rappel à une humilité épistémique nous permet de mieux résister aux affirmations des théoriciens quand, pour défendre leur point de vue, ils ne trouvent rien de mieux que de caricaturer la science.

 

 

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[1] The Collider, the Particle and a Theory About Fate, New York Times ; 12 octobre 2009 http://www.nytimes.com/2009/10/13/science/space/13lhc.html?_r=4&pagewanted=all

24 réponses
  1. Bourriquet
    Bourriquet dit :

    Vous prétendez que le cerveau est l’organe qui produit la conscience !

    Guillemant prétend que la conscience n’est pas produite par le cerveau, mais consubstantielle à toutes choses par la réduction des états quantiques qui adviennent dans le cerceau.
    Donc Guillemant considère malgré tout d’une certaine façon comme vous, que la conscience provient du cerveau, puisque ces états de réduction quantiques sont logés selon lui et Penrose, entre les neurones !

    C’est là que nous pouvons vous renvoyer dos à dos.

    Car la conscience n’étant pas définissable, elle n’est pas une question scientifique.

    Tous les travaux scientifiques qui prétendent que le cerveau produit la conscience, comme le prétend Guillemant et vous-même, sont des travaux mensongers, car ce qui est mesuré, ce n’est pas la conscience, mais uniquement des relations de cause à effet entre des neurones, des états quantiques, des réflexes musculaires, des états cérébraux etc.

    La science est incapable de dire ce qui cause ces cause, ni même si tous les phénomènes du cerveau seraient leur propre cause..

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    • TorBrother
      TorBrother dit :

      Je pense que l’auteur ne prétend pas que la conscience est produite par le cerveau mais simplement que c’est l’hypothèse la plus parcimonieuse même s’il faudrait sans doute préciser ce qu’est la conscience.
      Guillemant lui prétend mais ne prouve pas grand choses (ou peut être n’ai-je pas trouvé les preuves qu’il apporte au quel cas, n’hésiter pas à m’en faire part).
      Cependant, vous avez raison: la conscience n’est pas une question, scientifique car la conscience n’est pas une question. D’ailleurs, je n’ai pas trouvé de travaux scientifiques qui prétendraient que le cerveau produit la conscience, si vous avez des liens, je suis fort intéressé.
      Enfin une question: Guillemant est il capable de dire ce qui cause les cause et si tous les phénomènes du cerveau sont leur propre cause ? c’est là, je crois le nerf du problème.

      PS: si vous parvenez enfin à renvoyer l’auteur de cet article et Mr Guillemant dos à dos, faites moi parvenir une photo. Merci.

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      • Bourriquet
        Bourriquet dit :

        Si je rêve de mon futur sous la forme de visions claires et détaillées des scènes que je serai amené à vivre dans mon futur, je devrais pouvoir prouver une chose pareille, en publiant mes « prédictions » sur un site internet rendu public et sous le contrôle d’un huissier par exemple. Puis, lorsque la prédiction se réaliserait, alors je devrais pouvoir photographier et dater l’évènement pour démontrer qu’il correspondait à ce qui fut préalablement prédit.

        Cela semble simple et nous pouvons alors objecter une inversion de la charge de la preuve, à quiconque prétendrait prédire le futur, s’il n’était pas en capacité de se soumettre à une telle démarche.

        Ce que dit Guillemant, c’est que le fait de rendre publique la prédiction induit le plus souvent le fait que cette prédiction n’advient alors plus.

        Guillemant dit qu’on ne peut alors prédire que les prédictions que l’on garde pour soi-même.

        On peut donc face à de telles affirmations facilement accuser Guillemant de tromperie ou même de souffrir de problèmes psychiatriques, puisqu’il ne pourra donc jamais apporter de preuves de la véracité de son modèle !

        Par contre, l’individu qui expérimente pour lui-même le protocole de Guillemant devrait alors pouvoir pour lui-même à terme constater les mêmes résultats expérimentaux et c’est à ce niveau que la « preuve » peut advenir.

        D’un point de vu extérieur vous avez donc une bande de centaines d’endoctrinés qui prétendent prédire le futur et qui s’illusionnent peut-être dans leurs propres pathologies mentales..

        Mais nous sommes donc pourtant bien en présence d’un phénomène qui répond au principe de réfutabilité, bien que cette réfutabilité soit difficile d’accès.

        Les preuves dans ce modèle existeraient donc bien, sauf du fait de leur nature, elles ne seraient donc pas accessibles à tous, ce qui permet à Guillemant d’en tirer la conclusion que cet état de chose est à la preuve de l’existence de la conscience et de sa non localité (c’est à dire en dehors du cerveau, du temps et de l’espace).

        Ne pas considérer qu’une telle chose pourrait exister au motif du principe de réfutabilité est donc irrationnel.

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  2. Bourriquet
    Bourriquet dit :

    Philippe Guillemant et vous-même devez être renvoyés dos à dos.

    Pour résumer :

    Vous êtes incapables d’envisager que l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence, si précisément le phénomène étudié induit la destruction des preuves de son existence au moment où la preuve de l’existence de ce phénomène est captée !

    Votre postulat est qu’une telle chose ne peut pas exister par principe et vous prétendez donc sans preuves qu’aucun phénomène qui ne pourrait pas engendrer de preuve, ne puisse exister !

    Vos faites donc obstruction à la sciences et plus particulièrement aux mathématiques, pour lesquelles leurs développements requièrent désormais à l’aune de ce que nous ne comprenons plus en physique quantique et en astrophysique, des capacités d’abstraction qui font appel à des états de choses qui pourraient exister mais pour lesquels la preuve de leur existence ne pourrait jamais être produite, ces états de choses ayant pour caractéristique de faire disparaitre la preuve au moment même de sa captation !

    Ceci est votre erreur de jugement, qui toutes proportions gardées est de fait de même nature que l’erreur qui consiste à vouloir démontrer que la terre est plate, par l’observation à l’oeil nu de la platitude de la ligne de l’horizon.

    Les épicycles de Ptolémée sont encore un bon exemple d’une erreur de jugement difficile à éviter, car les épicycles de Ptolémée sont un modèle mathématiquement viable, conforme à l’observation, étayé par une multiplicité de preuves, mais qui est pour autant totalement faux, puisque les planètes ne roulent pas les unes sur les autres, mais qu’elles tournent autours du soleil.

    Vous commettez donc une erreur de jugement, lorsque vous affirmez sans preuves que toutes choses existantes peuvent nécessairement générer des preuves et lorsque vous affirmez par ailleurs le caractère universel, quasi surnaturel de la valeur d’une preuve.

    Les épicycles de Ptolémée devraient pourtant nous enseigner l’agnosticisme, le doute, l’anticonformisme, la prudence, la réserve, la remise en question..

    Et c’est là encore votre erreur; Philippe Guillemant pose un axiome qu’il justifie publiquement comme étant vrai par excès de manichéisme, mais vous-même vous lui répondez avec le même manichéisme, mais pour nier l’axiome qu’il pose, en posant vous-même un autre axiome déterministe.

    Ceci étant dit, Philippe Guillemant commet de fait lui-même une grave erreur lorsqu’il affirme que son axiome serait une théorie et de surcroit une théorie vraie qui réfuterait le déterminisme..

    Philippe Guillemant s’apparente donc à un gourou, ses propos sont de fait dangereux car il suscite auprès du grand public une justification de la croyance au nom des sciences qui ne la démontre pas comme étant vraie.

    Philippe Guillemant est un gourou car il ne remet pas en doute sa propre hypothèse et il prétend détenir la seule vérité possible, sans qu’il ne soit pour autant en capacité de prouver qu’elle serait vraie.

    Pour cette raison votre article fait oeuvre de salut public, il est très plaisant à lire et Philippe Guillemant mériterait de s’en inspirer.

    Mais Philippe Guillemant a néanmoins le mérite de poser un axiome nouveau pour tenter d’explorer des voies mathématiques inédites, afin de résoudre toutes les choses nouvelles que nous ne comprenons pas en physique quantique et en astrophysique.

    Votre erreur n’est pas de contester l’absence de preuves de Guillemant et son prédicat, votre erreur est de briser sans preuve l’axiome et l’approche qu’il propose pour essayer de construire de nouvelles mathématiques.

    Est-ce que Galilée ou Aristote auraient eu le droit d’émettre l’hypothèse spéculative selon laquelle les atomes pourraient exister ou est-ce qu’ils seraient alors passés sous les fourches caudines de la menace théoriste pour avoir osé partager sans preuves le produit de leur intuition ?

    Guillemant prostitue les sciences lorsqu’il utilise son titre de physicien, son diplôme et son poste au CNRS pour nous imposer de croire que son intuition serait une vérité, mais cette intuition est très intéressante, très féconde pour ouvrir le chantier d’une réforme des mathématiques et d’une éventuelle compréhension de la physique quantique.

    En conclusion, la « rétro-causalité » est peut-être vraie, mais si elle a effectivement les propriétés que lui attribue Guillemant, alors nul ne parviendra jamais à démontrer sa véracité, puisqu’une telle « rétro-causalité » aurait alors pour propriété de ne pas rendre possible le production de preuves de son existence !

    Seuls des traces ou des indices pourraient demeurer, confondus dans le bruit de l’aléa probabiliste.

    Nous ne pouvons donc ni valider, ni invalider cette hypothèse « rétro-causale », c’est une position très inconfortable qui requiert de persister dans l’agnosticisme.

    Oui, nous sommes bien à la frontière de la philosophie et de la science, deux mondes qu’il fallut séparer par nécessité en occident, mais deux mondes qui en réalité pour les mathématiciens, ne sont qu’un seul et même monde, ce que les pures physiciens ne peuvent comprendre, car rare sont les physiciens qui maitrisent aussi bien la physique, que l’abstraction mathématique.

    Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le nombre de ceux qui croient en dieu soit plus important parmi les grands mathématiciens, que parmi les physiciens.

    Guillement n’a pas particulièrement de talent, ni en physique, ni en mathématiques et ses prédicats sont insupportables, mais il a au moins le mérite de poser un axiome novateur et de bâtir un pont entre les mathématiques théoriques et la physique quantique pour laquelle les physiciens ne comprennent simplement plus rien, ces derniers ayant d’ailleurs encore trop d’orgueil pour demander l’aide des mathématiciens.

    Mathématiciens et physiciens n’ont aujourd’hui dans les sciences rien à se dire. Il faut le savoir et il faut que cela change.

    Guillemant y contribue, il y contribue mal, mais il y contribue.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Résumons cela à un homme de paille d’autant plus grave que l’article est très prudent, justement, sur le fait que la science n’a pas besoin d’affirmer quoi que ce soit de manière absolue. La posture correcte est un scepticisme raisonnable qui permet d’accepter pour vraies mais provisoires les hypothèses les mieux étayées et les plus parcimonieuses.

      Si vous avez souhaité ne pas comprendre cet aspect central du texte pour vous précipiter sur des procès d’intention (à votre habitude depuis longtemps sur les réseaux sociaux comme facebook sous le pseudonyme Pierre Sand) je doute que ma réponse, quelle qu’elle soit, puisse vous y encourager.

      Répondre
      • Bourriquet
        Bourriquet dit :

        Que souhaitez-vous me signifier par le terme « homme de paille » ?

        Si la science n’affirme rien d’absolu par prudence, combien d’absolus sont pourtant affirmés dans cet article qui précisément ignore la plus élémentaire des prudences à maintes reprises ?

        Je ne fais aucun procès d’intention, je comprends l’intention de votre texte et l’opinion qu’il exprime. Souhaitez-vous que je cite certains des passages de cet article qui sont concernés par un évident manque de prudence et plus encore, par des allégations gratuites, notamment lorsque vous affirmez que le cerveau produirait la conscience (ce que je n’ai au demeurant jamais lu dans aucune étude scientifique) ?

        Votre démarche est prudente, certes et votre critique des travaux de M. Guillemant l’est aussi, mais la logique par laquelle vous entreprenez de construire cette critique, me semble illusoirement scientifique.

        Et votre courte réaction depuis, est elle-même très éclairante.

        Vous dites que « La posture correcte est un scepticisme raisonnable qui permet d’accepter pour vraies mais provisoires les hypothèses les mieux étayées et les plus parcimonieuses. »

        Ce que vous décrivez là est précisément la mère de tous les conformismes, puisque cette logique vous interdit de considérer qu’il pourraient exister des phénomènes qui auraient pour propriété d’induire la destruction des preuves de leur existence, alors même que de telles preuves ne pourraient alors être conditionnellement observées que par les individus qui expérimenteraient alors ces mêmes phénomènes..

        Vous seriez donc prudent, rationnel et agnostique, si vous n’affirmiez pas par le choix de votre logique et l’ensemble de cet article, que de tels phénomènes ne peuvent pas exister.

        Vous adoptez donc une démarche manichéenne, à demi aristotélicienne et conformiste, pour proposer une critique des travaux eux-mêmes crédules et observationnels de Philippe Guillemant.

        Les faits ne pourront de fait jamais trancher nos désaccords, car ce ne sont pas les faits qui sont en cause, mais la logique par laquelle nous abordons ces faits.

        A mon sens la logique manichéenne qui est la vôtre est au moins aussi sophiste que la logique multivalente de Philippe Guillemant.

        Un postulat agnostique me semble être la seule voie possible pour les sciences.

        Et si le cerveau n’est qu’un système organisé de croyances, alors je m’étonne que vous n’opposiez à mon précédent commentaire que le mépris, puisque je crois avoir soulevé un certain nombre d’éléments qui mettent en défaut votre critique des travaux de Guillemant.

        Répondre
    • Walao
      Walao dit :

      « Guillement n’a pas particulièrement de talent, ni en physique, ni en mathématiques et ses prédicats sont insupportables, mais il a au moins le mérite de poser un axiome novateur et de bâtir un pont entre les mathématiques théoriques et la physique quantique pour laquelle les physiciens ne comprennent simplement plus rien, ces derniers ayant d’ailleurs encore trop d’orgueil pour demander l’aide des mathématiciens.

      Mathématiciens et physiciens n’ont aujourd’hui dans les sciences rien à se dire. Il faut le savoir et il faut que cela change. »

      Juste sur ce passage : D’où est-ce que ça sort ? La frontière entre physique théorique et mathématiques est on ne peu plus ténue. Regarde n’importe quel domaine, physique quantique, relativité générale, théorie des cordes, etc… et tu verras que ce sont des mathématiques, et que les gens qui font ça sont non seulement physiciens, mais aussi mathématiciens. Les physiciens et les mathématiciens bossent ensemble en physique théorique.

      Répondre
      • Bourriquet
        Bourriquet dit :

        @Walao :

        Les théoriciens des cordes ne sont ni des mathématiciens, ni des physiciens, mais les auteurs d’une physique sans observation et de mathématiques sans rigueur.

        La « théorie des cordes » est un obscurantisme qui n’a rien à envier à la terre plate et c’est ainsi qu’il sera traité dans les manuels de l’histoire des sciences à l’avenir, si l’idiocratie ou l’intelligence artificielle n’emportaient pas tout sur leur passage d’ici là.

        Les mathématiciens ne travaillent pas aujourd’hui avec les physiciens, car ils ne se comprennent pas.

        Je ne dis pas que les physiciens ne savent pas faire des maths, je dis que les capacités cognitives des physiciens pour faire des maths, font que 99% des physiciens n’ont pas de réelles capacité à faire des maths.

        Prenez par exemple les travaux du mathématicien Jean-Marie Souriau, aujourd’hui décédé : http://www.jmsouriau.com

        C’est très simple, les travaux mathématiques de Souriau comme de tous les mathématiciens de son niveau, apportent la preuve que toutes les grandes théories des physiciens sont fausses, à savoir les trous noirs, la matière noire, la théorie de cordes etc.

        Ces mathématiciens estiment ne rien à voir dire à ces physiciens qui n’ont tout simplement pas le niveau pour faire des maths de façon profitable à la science.

        Cela n’apparait pas au grand public et aux politiciens, mais aujourd’hui les matheux et les physiciens n’ont simplement entre eux plus rien à se dire, puisque les matheux informent totalement la quasi totalité des hypothèses contemporaines des physiciens..

        Et ce n’est pas un hasard si la théorie d’univers bi-métrique du physicien Jean-pierre Petit fut validée par les mathématiciens comme Jean-marie Souriau, avant d’être comprise par les physiciens, dont 99% d’entre eux ne sont toujours pas capables de la comprendre.. alors qu’elle prouve les erreurs de jugement de cette physique contemporaine sans observation fondée sur des math sans rigueur.

        Répondre
  3. Jean Marc Jouart
    Jean Marc Jouart dit :

    D’accord avec vous Acermandax. Un scepticisme raisonnable est la bonne attitude face au flot fumeux de théories qui nous cernent. Il est l’arme de l’honnête homme du XXI° siècle perdu dans le flots des informations contradictoires. D’autant plus que souvent, il ne possède pas le bagage scientifique pour juger en toute connaissance de cause. Dans le doute, ne pas s’abstenir… Réfléchir.
    PS : Je suppose que vous êtes, Acermandax le savant olibrius de la chaine U tube « La Tronche en Biais ». Elle m’a permis de découvrir, avec d’autres canaux Zététiciens, un nouvelle manière d’appréhender la science et le monde. Mais j »ai un doute. C’est qui le boss ? Vous ou la marionnette ? Continuez : no pasaran

    Répondre
  4. Gallet
    Gallet dit :

    Vous n’avez pas dû lire suffisamment Guillemant.
    On sent poindre l’agacement, l’animosité.
    Vous devez être triste ?
    Cordialement.

    Répondre
  5. Bruno Lesieur
    Bruno Lesieur dit :

    Bonjour (Acer)mendax

    Merci pour cet article très intéressant qui met en lumière divers courants de pensés pris pour « acquis » et qui finalement ne le sont pas tant que ça. Je n’ai pas moi même vérifié tout ce que vous dites sur les opinions de Philippe Guillemant mais je vous fais suffisament confiance pour, dans le cas où vous ayez fait quelques écarts vis à vis de ce qu’il dit réellement, vous le corrigiez ici même.

    Pour ma part, le point qui à le plus relevé mon attention est le point quatre car, à priori, il n’y a pas plus de raisons de penser que la conscience, en tout cas le fait d’être « je », d’être conscient de vivre et de ressentir le monde à travers « moi » soit généré directement par le cerveau où « capté » par celui-ci. Je ne parle pas des souvenirs, des comportements, de l’intéraction avec l’environnement, de la façon de pensé qui serait dû à l’environnement et nos rapports à lui avec un feedback permanent des entrés-sorties se gravant bien dans la connexion entre nos neurones. Non, je parle bel et bien de la « capacité de conscience de sois même et de son existance », de la consicence « de l’ici et maintenant » qui visiblement est altérée en fonction de l’état du cerveau (qu’il soit abimé ou d’une autre espèce) et que par conséquent il pourrait tout simplement « capter » la conscience à des niveaux moins conscient. Comme ci le cerveau était un processeur et un disque dur à la fois et qu’en fonction de sa puissance et de ses caractéristiques il était plus où moins capable d’intéragir avec des données en input/output grâce au périphériques d’acquisition qu’il a sous la main (image / son / etc.) et que l’état de « mise en marche / consicence » provenait lui de l’électricité (source indépendante du PC / cerveau) en lui-même.

    En ce sens, j’ai émis une hypothèse que je prends bien soin de garder « irréfutable » pour rester hors du domaine de l’observable, du mesurable et du reproductible pour ne pas entrer en conflit avec des consensus scientifiques qui serait déjà en place (du moins je l’espère).

    J’aime à penser que la conscience est unique et universelle de plus : https://www.linkedin.com/pulse/la-conscience-universelle-bruno-lesieur/

    Je souhaiterais passer mon article sous le spectre de votre sceptiscisme méthodique pour savoir en quoi cette hypothèse pourrait être mise à mal ou en quoi elle apporterait plus de mystère que de réponse. Pour ma part il me semble qu’elle se contente juste d’expliquer un phénomène connu (se sentir conscient) d’une certaine manière sans pour autant apporter de « raison » particulière (divinité, énergie mystérieuse, etc.).

    Ayant dans cette vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=AgojP4yB-oo) constaté votre position à l’égard d’une conscience captée plutôt que produite, je suis sûr que votre opinion ou vos connaissances de certains consensus scientifiques pourrait m’aider à mettre au placard mon hypothèse ou alors peut-être mettre en lumière que d’une certaine façon elle apporterait une complexité supplémentaire à l’idée que la conscience est produite et que la consicence produite, selon le rasoir d’occam, est un meilleur candidat.

    J’attends votre retour (et la lecture de mon article) avec impatience Acermandax, et merci à vous et Vled et de m’avoir ouvrer à l’esprit critique ! J’espère un jour pouvoir venir assiter sur place à un de vos lives !

    PS : J’attends votre vidéo sur « Pourquoi pensons nous ce que nous pensons » avec impatience 😉

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Bonjour.
      Merci pour votre message.

      J’ai parcouru votre article, mais, sincèrement, toute lecture de ma part serait inutile dans la mesure où vous dites vous même :
      « j’ai émis une hypothèse que je prends bien soin de garder « irréfutable » pour rester hors du domaine de l’observable, du mesurable et du reproductible »
      Le point de vue sceptique n’a guère de chose à dire sur les hypothèses irréfutables en dehors du fait que leur irréfutabilité même nous empêche d’avoir un avis intéressant.
      Pour mettre à l’épreuve votre théorie comme vous semblez le vouloir, je pense que vous devriez la formuler de manière synthétique sous la forme d’un raisonnement qui montre bien d’un coté les prémisses et par ailleurs les conclusions que vous pensez pouvoir en tirer. Ainsi il sera plus simple à des lecteurs de signaler sur quel point ils portent une objection.

      Répondre
  6. Meunier
    Meunier dit :

    Je ne ferai un commentaire que sur le point 4 : pour les scientifiques, la conscience est produite par l’activité du cerveau. Comment alors, moi qui ai 80 ans, puis-je parfaitement me souvenir de la naissance de mes frères jumeaux en 1942, de ma 11ème au Lycée Montaigne rue des Feuillantines, puis de ma 10ème rue de l’Arbalette, de l’arrivée des alliés dans Paris, etc. etc. La science nous apprend que toutes les cellules se renouvellent en permanence sans aucune synchronisation, que celles qui ne se renouvelleraient pas ont un métabolisme et que donc je ne possède plus aujourd’hui aucune cellule de ces époques. Le cerveau, c’est la Seine au Pont de l’Alma, toujours la Seine, jamais la même eau. Il faut bien qu’il y ait un principe non matériel qui me donne la permanence de mon identité et qui enregistre mes souvenirs. Ceci est en accord avec ce que dit Philippe Guillemant de la conscience, elle .enregistre les souvenirs et organise l’avenir.

    Répondre
    • Bruno Lesieur
      Bruno Lesieur dit :

      Bonjour M. Meunier.

      Merci pour votre commentaire qui va me permettre cette réponse intéressante, je trouve.

      Il me semble que nous ayons actuellement toutes les briques nécessaires dans un postulat de conscience fabriqué par le cerveau sans avoir besoin d’amener une conscience capté par le cerveau, même si cela reste un postulat possible.

      Dans l’étude des réseaux de neurone que j’ai pu faire, j’ai appris ceci. Ce qui contient l’information n’est pas la cellule et le neurone mais l’activité électrique qui emprunte ses neurones par des chemins plus où moins solide en fonction du nombre de fois que le chemin est emprunté (et en réseau de neurone informatique, c’est la même chose). Cela signifie que si vous perdez l’activité électrique suffisamment longtemps dans votre cerveau, il n’est pas sûr que vous retrouviez vos capacités cognitif quand cette activité sera repartie avec des taux de potentiels électriques différents des taux avant « arrêt » (phénomène que nous pouvons observer et mesurer quand le cerveau va mal suffisemment longtemps et qu’on le « rammène »). Cela signifie donc que pour « copier » une conscience à l’identique, il faudrait non seulement le bon shéma de neurone avec les bonnes « épaisseurs » de connexion, mais aussi les bonnes « impulsions » électriques dans tous les bon synapse et dendrite pour être sur de continuer le cheminement de fonctionnement tel qu’il était avant.

      Prenez une voiture, si vous remplacez au fur et à mesure ces pièces au cours de sa vie de manière à ce que 20 ans plus tard plus une seule pièce ne soit d’origine, la voiture fonctionne toujours comme elle fonctionnait avant. Il en va de même pour votre réseau de neurone. La seule différence ici est que si vous redémarrer la voiture, les chemins et l’ordre emprunter par les mécanismes la métant en état de marche sont toujours les mêmes. Dans le cas du cerveau, si vous « l’éteignez », on ne peut pas le redémarrer dans l’état qu’il était lors de son premier démarrage lorsque vous étiez un fœtus puisque visiblement les neurones et les connexions ne sont plus les mêmes. Pour le redémarrer impeccablement il faudrait savoir par quels « bout » il faut réinjecter les potentiels électriques dans tous vos neurones.

      À savoir également que plus vous faites parcourrir des potentiels électriques dans des zones, plus les liaisons se renforcent et donc : plus vous vous remémorez vos évènements passés, plus vous gardez les liaisons actives, indépendemment du fait que tout au long de sa vie, tous les neurones de votre cerveau vont mourrir et que, comme vous vous remémorrez souvent ces souvenirs, d’autres liaisons assureront le fait que vous vous en souveniez (sans pour autant garantir que votre souvenir ne soit pas altéré. Altéré d’ailleurs sans que vous ne vous en rendiez compte ou ayez de moyen de vous en rendre compte, chaque fois que vous le ressortez de votre mémoire).

      Et forcément, vous ne pourrez pas amener les contres-exemples de ce que vous ne vous souvenez plus puisque… vous ne vous en souvenez plus 🙂

      Bref. Tout ça pour dire que je ne dis pas que la conscience captée n’est pas une hypothèse valable et que ce que je viens de dire le prouve. Ce que je veux dire c’est que votre témoignage ne prouve aucunement que la conscience produite par le cerveau est impossible simplement avec une explication matérialiste et scientifique actuelle.

      Et encore merci pour cette reflexion que vous venez d’amener !

      Répondre
      • Bourriquet
        Bourriquet dit :

        Pour affirmer que la conscience est produite par le cerveau, encore vous faudrait-il définir ce qu’est la conscience et prouver son existence.

        La cause d’un phénomène n’est pas toujours la cause que l’on observe et que l’on attribue abusivement comme étant à l’origine de ce même phénomène.

        C’est la question même de l’origine de la conscience qui est sophiste, car la conscience n’est ni produite par le cerveau, ni existante en dehors du cerveau, puisque la conscience n’est qu’un paradigme, une justification topique et manichéenne répondant à un besoin dans l’évolution de l’Homme.

        Prétendre que la conscience existe et qu’elle serait sécrétée ou produite par le cerveau, c’est donc une croyance de même nature que celle qui voudrait que l’on croit en dieu après une famine.. cette croyance répond à un besoin dans l’évolution et elle a une fonction dans cette dernière.

        La conscience n’existe donc pas et elle ne peut donc pas être générée par le cerveau.

        Par contre, pourrait-il exister des phénomènes qui seraient leur propre cause ou des effets sans cause, voilà une question scientifique à laquelle ni les physiciens, ni les cosmologistes, ni les neurosciences ne peuvent encore répondre.

        Prétendre que le cerveau génère la conscience, c’est donc prétendre que le cerveau est le siège de phénomènes qui seraient leur propre cause ou d’effets sans cause, c’est donc en réalité une position qui égale totalement celle de Philippe Guillemant, mais pour laquelle vous n’avez pas de preuves.

        La conscience n’est donc pas une question scientifique.

        La possibilité ou l’impossibilité de phénomènes qui soient leur propre cause ou de phénomènes sans cause est une question scientifique.

        Répondre
        • Bruno Lesieur
          Bruno Lesieur dit :

          Je trouve que votre raisonement se tient à merveille pour tout, excepté pour le cas de Ma conscience justement.

          — « la conscience n’est ni produite par le cerveau, ni existante en dehors du cerveau, puisque la conscience n’est qu’un paradigme »
          Je dirais juste que s’il y a une seule chose dont je suis sûr, sans avoir besoin de démarche scientifique, c’est que « je » suis conscient. Je ne sais pas si ce que perçoit ma conscience au travers de mon corp est réelle ou illusoire, si la totalité de mes perceptions sont réelles ou illusoires. Ma seule certitude « absolue », c’est que que ma conscience existe. Je n’ai pas besoin de zététique pour le savoir. Je suis consciens d’être moi en ce moment même, entrain d’écrire ce texte. J’ai aucune certitude sur le fait que votre conscience à vous existe ou qu’il y ai une quelconque autre conscience que la mienne et il n’y a pas de méthode scientifique pour le prouver. « La conscience n’est donc pas une question scientifique. », mais ce qui l’a produit si.

          — « Prétendre que la conscience existe et qu’elle serait sécrétée ou produite par le cerveau, c’est donc une croyance »
          Tout autant que le fait de penser qu’elle serait captée, effectivement.

          — « La conscience n’existe donc pas et elle ne peut donc pas être générée par le cerveau. »
          Je « sais » que je suis conscient. Ma conscience peut donc (hypothèse) être générée par le cerveau car elle existe. Je ne sais pas si vous êtes conscient. Je ne sais donc pas si votre conscience existe. Je « crois » que oui par mimétisme. Vous ne savez pas si je suis conscient, mais vous devez savoir si vous, vous l’êtes.

          Puisque je suis sûr que le phénomène existe, au moins pour moi, je peux donc en rechercher la cause. Sous anestésie locale, je suis conscient, mais sous anestésie générale, je ne le suis plus (aucune certitude pour les autres, je le suppose aussi, par mimétisme). Mon cerveau est donc un bon candidat pour une relation avec ma conscience.

          Soit mon cerveau produit ma conscience, soit mon cerveau capte la conscience : je ne sais pas. Mais je « sais » que mon cerveau en est le lien. Et je « crois » que nos cerveaux en sont le lien.

          Répondre
          • Bourriquet
            Bourriquet dit :

            Vous confondez ce qui peut être observé et cette abstraction paradigmatique que vous nommez la conscience.

            Ce n’est pas parce qu’on peut observer une activité mécanique du cerveau corrélée à des réflexes moteurs des membres, un déplacement du corps dans l’espace et un usage de la parole par exemple, que l’observation de ces phénomènes pourraient s’assimiler à l’existence d’une quelconque « conscience », dont vous seriez bien en peine de nous donner une définition.

            Prétendre que vous savez que vous êtes conscient, ne correspond à rien d’observable, ni à rien de définissable ou d’explicable.

            C’est peut-être juste le mouvement dans l’espace qui nous donne l’illusion du temps et par là-même l’illusion de notre individualité (que je ne traduirais pas par la conscience, car je ne crois pas à son existence).

            Si on fait de la science, on ne peut pas parler de conscience, car la conscience est un amalgame de choses indéfinissables, non observables et sans aucune corrélation avec ce qui peut être observé.

            Par contre, la réduction des états quantiques entre les neurones comme le dit Penrose ou encore un éventuel atome de krypton dans notre cerveau qui aurait un comportement non quantique et dont le mouvement précéderait les décisions mécaniques du cerveau, serait hypothétiquement quelque chose d’observable.. sans pour autant que de telle éventuelle découvertes à l’avenir ne nous permette pour autant de conclure à l’existence de la conscience.

          • Zerathyon
            Zerathyon dit :

            Bonjour Bourriquet
            Si je vous comprends bien, vous ne croyez pas en la conscience ?
            Je n’ai aucun problème avec ça, par ma part je ne crois pas au libre arbitre, cette dernière est pour moi une illusion en tant que déterministe. Maintenant, dans les deux cas on perçoit un phénomène et on le nomme, je suis d’accord que ces phénomènes n’existent peut-être pas, ou plus précisément qu’ils ne font que regrouper d’autre phénomène qui eux existent et donnent aux résultats un nouveau nom, un peu comme une salade de fruit n’est qu’un mélange de fruits préparés. Il est vrai que je ne sais pas comment on pourrait faires des expérimentations d’invalidation de la conscience sans que cela soit une expérience de validation que le cerveau soit l’organe nécessaire à la conscience. Cependant, nous avons fortement l’impression d’être conscient tout comme nous avons l’impression d’être libre. Puisque cette sensation est forte, qu’elle qu’en soit la raison, et qu’il est pour l’instant difficile de la réduire aux ingrédients connues, alors il lui faut un nom pour en parler. Lorsque dans l’article ils disent que le cerveau produit la conscience, c’est parce qu’il semble que Guillemant veuille donner à cette sensation (qui est pour moi du même ordre que la douleur mais en plus complexe) une origine très étrange et surtout un pouvoir qui n’est pas expérimentable. Non expérimentable dans le sens où, si l’on est le seul à pouvoir l’expérimenter, alors cela ne peut pas servir de preuve même à soit même car l’on peut facilement biaiser son propre jugement. Pour ce qui est de l’article, il dit juste que cette sensation existe et qu’il semble économe de penser qu’elle est produite par le cerveau.
            Cordialement,

            Zerathyon

            PS : Si par contre vous ne croyez pas que le monde soit uniquement causale ou que vous croyez en des choses immatérielles alors nous ne pouvons pas débattre, sauf idéologiquement, ce que je ne ferais pas.

  7. Meunier
    Meunier dit :

    Bonjour Monsieur Lesieur,
    Votre long commentaire est très intéressant et à première lecture parait convaincant. Il pêche cependant sur un point, la nécessité d’un continuum de réactivation du souvenir pour entretenir le flux électrique. Je peux évoquer un souvenir auquel je n’ai pas pensé depuis 10 ou 20 ans, souvenir qui lui peut remonter à ma petite enfance, il n’y a plus aucun neurone, ni synapse de l’époque de ma dern!ère remémoration de l’événement, il n’y a pas eu d’activation électrique pour entretenir le souvenir, et pourtant je m’en souviens!
    Malgré mon grand âge, j’ai encore une petite activité de thérapeute. J’ai récemment soigné un homme de 70 ans qui au cours de la séance a vu resurgir un souvenir d’abus qui remontait à l’âge de 7 ans, « je n’y avais jamais repensé depuis » m’a-t-il dit.
    Je suis curieux de connaitre vos expications de ces faits.
    Et merci pour cet échange.

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    • Bruno Lesieur
      Bruno Lesieur dit :

      Excusez moi par avance pour ce long message, j’ai du me laisser emporter 🙂 Mais c’est très intéressant d’échanger à ce propos.

      Encore un témoignage très intéressant nous forçant à trouver de bonnes hypothèses de travail 🙂

      Je ne suis bien entendu pas expert. Je vais vous répondre avec des hypothèses spéculatives puisque je ne sais pas moi-même si elles sont vraies. Ceci sera un mixte de mes lectures (peut-être même désuettes) et de mon ressenti personel.

      Hypothèse adhoc 1 : il n’est pas nécessaire de penser consciemment à un souvenir précis pour entretenir un chemin, dès l’instants où une liaison est énormément empruntée pour toute autre chose (autre pensée, activité courante, etc.) la liaison reste renforcée si bien que penser ou faire d’autres choses maintient l’accès au souvenir sans qu’on ne se préoccupe d’y accéder. Jusqu’au jour ou un cheminement de pensé génère les bons potentiels amenant au bon aiguillage faisant ainsi remonter le sourvenir. J’ai moi même déjà « déterrer » des souvenirs en respirant un parfum que je n’avais pas senti depuis longtemps. Comment être sûr cependant, que ce souvenir est réel dans sa totalité ? Comment puis-je être sur que ce n’est pas mon cerveau qui reconstruit lui-même mon sentiment de me rappeler de quelque chose et d’être satisfait de m’en rappeler parfaitement. Et quand bien même nous serions deux à nous souvenir de la même chose, nous ne sommes pas à l’abrit d’un effet Mandela.

      Hypothèse adhoc 2 : les liaisons de neurone pour l’accès à la mémoire à long terme est d’autant plus solide que l’impacte émotive est grande lorsque le souvenir se grave. On m’a récemment demandé ce que je faisais le jours du 11 septembre 2001. Après avoir répondu rapidement « aucune idée », je me suis vite dit qu’il devait s’agir du « 11 septembre » et je suis en mesure de dire qu’en rentrant de l’école j’ai retrouvé ma mère entrain d’éplucher des carotes et au lieu de pouvoir regarder mes dessins animés, on voyait à la télé des images d’immeuble en fumé et de gens paniqués, etc. Pourtant, croyez bien que cette catastrophe est le dernier de mes soucis au quotidien et que je n’y avais jamais vraiment repensé. J’imagine sans peine que le souvenir d’un abus bien pire qu’une simple « information chocante » remonte à la surface très clairement, et encore plus quand elle met en jeu un grand nombre de capteur sensoriel (la mémoire n’est pas que visuelle). Encore une fois, a quelle heure je suis rentré ? Était-ce vraiment des carotes que ma mère épluchait ou est ce que je n’ai pas mélangé ça avec un autre souvenir ? Moi je suis « sûr » que mon souvenir est net et réel. Mais faire confiance à mon cerveau est de loin la pire des idées que je puisse avoir, je pense. Et, qu’est ce que j’ai fait le 12 septembre ou le 10 septembre ? Je n’en sais rien, pourtant le 11 je m’en rappel (et pas de la journée, juste d’un instant).

      Hypothèse adhoc 3 : un souvenir ne remonte jamais clairement. C’est à dire que ce dont se souvient cette personne est la source du souvenir effectivement, l’abus, mais que la reconstruction de celui-ci au fur et à mesure qu’il le déterre à l’age ou il y repense se fait avec des éléments qui ne reflètent pas la scène telle qu’elle a pu se produire. J’ai moi même énormément de souvenir très « claire » de quand j’étais petit. Par exemple, ma mère a vécu un temps chez ma grand-mère car elle avait rompu avec mon père. Je me souviens avoir dit à ma mère que je voulais retourner avec mon père quand elle m’a posé la question. Ce souvenir se situt entre mes 1 an et 2 an après leur avoir demandé. Il est remonté quand au détour d’une conversation ma mère à parlé de « l’époque ou j’étais chez ma mère car on était séparé avec ton père », chose que je ne me souvenais plus. Je me vois devant la porte d’entrée avec ma mère penchée sur moi et ma grand mère a côté. Que portait-elle ? Quelle heure était t-il ? Comment a exactement été posé la question ? Si je me force a « retravailler » le souvenir j’y mettrais ma mère probablement tel qu’elle est « maintenant » et réorganiserait la pièce telle quelle est maintenant. Il n’en reste pas moins que la « seule » chose probablement vrai de se souvenir, c’est juste d’avoir répondu vouloir aller cher mon père (je l’ai répondu avec des mots articulés ? En faisant une phrase ? En disant juste « Papa » ?). Et pour ma mère ça n’était pas un souvenir marquant car elle ne se souvenait pas m’avoir posée la question quand je lui ai dit mon souvenir. Pourtant maintenant que je lui est dit que je me souvenais de ça, elle pense s’en rappeler aussi. Alors ? Elle s’en est vraiment re-souvenu ? L’ais-je forcée à se créer se souvenir ? On est-ce que nous avons reconstruit des souvenirs ?

      Tout ça pour dire que se fier à notre cerveau pour réfuter ou affirmer des hypothèses n’est pas quelque chose de solide. Il y a des protocoles et études en cours pour tester la mémoire et il semble bien que le cerveau soit maître dans l’art de la reconstruction de souvenir lointain (ou flou) à partir d’élément récent (ou net) sans que nous nous en apercevions. La fabrication de souvenir complet est également possible (Faux souvenirs).

      Pour ma part, je suis vraiment séduit par l’idée que la concience n’est pas générée mais captée (« Conscience unique : https://www.linkedin.com/pulse/la-conscience-universelle-bruno-lesieur/ »), je n’ai pas plus de raison particulière de défendre la thèse matérialiste de la consicence « générée » par le cerveau. Mais je me garde bien de « savoir » quoi que se soit sur l’une ou l’autre des deux hypothèses à partir de mon vécu.

      Malgré ce que j’en crois, ou vos contres-ressentis ça ne confirme n’y n’infirme l’hypothèse de la conscience fabriqué ou capté, nos témoignages et annecdotes étant de loin ce qu’il y a de moins fiable, même si notre cerveau est taillé pour nous faire croire le contraire (heureusement que je doute pas de mon cerveau en permanence ! Mais merci la zététique !).

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  8. Meunier
    Meunier dit :

    Bonjour Monsieur Lesieur,
    Votre image de la voiture m’a turlupiné, je sentais que quelque chose ne collait pas avant de comprendre quoi. C’est très simple, pour plusieurs raisons.
    D’abord dans le corps, c’est chacune de nos cellule qui se renouvelle, à son rythme, ce qui dans une voiture équivaudrait à des micro-morceaux de cable électrique, de bougies, de carburateur, de siège, de carrosserie etc. Ce n’est pas une pièce entière d’un seul coup, comme une roue, chez l’humain, une prothèse de hanche ou autre.
    Ensuite, ce renouvellement chez l’humain se fait en permanence, même dans l’action ! Avez-vous vu une voiture renouveler son moteur tout en roulant ?
    Ensuite encore, chez l’humain, les matériaux de reconstruction sont l’air respiré, la nourriture et les boissons ingérées. Même chose avec l’essence, l’huile et les liquides variés qui servent au fonctionnement de la voiture ?
    Enfin, ce renouvellement chez l’humain – et dans toute vie – se fait sans intervention extérieure, c’est le propre de la vie, végétale, animale ou humaine de se renouveler.pour une voiture, c’est vous qui décidez et en cela vous êtes la conscience de la voiture !!!
    Conscience extérieure certes, alors que chez l’humain -et dans toute vie – cette conscience est présente dans chaque cellule de notre corps; « L’âme est la forme du corps » disait Aristote. Excellent sujet à méditer8

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    • Zerathyon
      Zerathyon dit :

      Bonjour Meunier,
      Imaginez maintenant que la voiture est remplit de nanorobot ayant des durées de vie différentes,qui sont capable de remplacer/réparer des morceaux de pièces abimés et capable de crée des robots pour remplacer ceux arrivant en fin de vie. Ces robots prenant leurs énergies de l’électricité produite par le moteur de la voiture. Bon dans le corps humain les robots sont hyper spécialisés en fonction du lieu où ils résident pour économiser l’énergie mais l’idée est là non ?
      Si il y a un problème au moteur on le répare de l’extérieur. Si un tuyau doit être remplacé on peut on dériver la circulation comme sur l’autoroute.
      CDLT

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  9. Midas
    Midas dit :

    Philippe Guillemant représente l’une des plus grandes impostures intellectuelles de ces dix dernières années et constitue ce que la science peut produire de pire, en son sein, en terme de dérive et d’arrogance gourouisante. Ses théories sur la rétrocausalité sont en grande partie une resucée tirée des réflexions de son collègue marseillais Frédéric Henry-Couannier qui spéculait déjà (après bien d’autres) sur le rôle de la conscience en mécanique quantique (comme par exemple sur l’article mis en rouge en date du 25/01/2009, ici : http://www.darksideofgravity.com/NewPhys.html ).
    L’imposture de P. Guillemant ne concerne le fait qu’il ait repris ce questionnement à son compte, mais qu’il le fasse passer pour un « travail scientifique », dans les conférences qu’il donne à travers la France, à un public fasciné par un physicien qui veut « articuler la science et la spiritualité », sans voir le tour de passe-passe qu’on lui joue.
    Reprenant à son compte certains thèmes privilégiés du courant new âge (la puissance des intentions, les demandes adressées à l’univers et exaucées par lui), il exerce la puissance de fascination des gourous qui savent séduire en disant au public ce qu’il a envie d’entendre et de croire. Mais sa démarche ne trompera que ceux qui veulent bien se laisser séduire. Mélangeant allégrement physique et métaphysique, il transpose astucieusement les propriétés du monde quantique au monde classique, sans jamais produire le moindre travail digne de ce nom permettant de justifier cette transition et cette transposition.
    La science est souvent traversée par ce type de personnages dont l’imposture finit toujours par apparaitre, et qui finissent là où ils auraient du toujours être: dans le caniveau de son histoire.

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