Argument d'autorité
On appelle argument d’autorité un sophisme qui consiste à se référer à un personnage illustre, à ce qu’il a pu dire ou écrire, comme s’il s’agissait d’une preuve que cette opinion est vraie. Bien sûr l’autorité, en leur temps, de Niels Borh sur la physique quantique ou de Louis Pasteur sur les microorganismes est réelle, comme l’est l’autorité de tout spécialiste dans le cadre de sa spécialité. Nous avons de bonnes raisons de faire confiance à la parole d’un individu après qu’il a fait la preuve de sa compétence dans un domaine. Mais cette compétence ne le qualifie jamais pour faire autorité dans un autre domaine. On ne se réfère pas à l’avis de Stephen Hawking sur l’importance et l’efficacité des vaccins ni à celui d’un neurobiologiste sur la datation au carbone 14 de tel ou tel artefact ni à un cosmologiste pour juger le meilleur ouvrier charpentier de France. À chacun son domaine.
Dire qu’on pensait pouvoir faire confiance.. aux publicités.

L’argument d’autorité : la tentation rhétorique.

Pourtant la tentation est grande de convoquer les grands esprits, les grands personnages, ceux qui se sont illustrés dans divers domaines de la connaissance par le passé pour tenter d’utiliser ce prestige afin de défendre une thèse dont aucun d’eux ne pouvait ou bien prétendre être spécialiste ou encore avoir produit des preuves à l’appui de leur opinion.
À notre époque, l’exemple le plus frappant est celui d’Albert Einstein. Son nom surgit, telle une constante, dans tous les débats où sont discutées la valeur de la croyance et sa relation avec la science. Chaque fois, philosophes ou historiens croyants cherchent à enrôler Einstein dans le camp des déistes, voire parfois des théistes. Ils pensent anoblir leur pensée en l’adoubant à l’effet de halo suscité par la réputation du physicien. Examinons cela d’un peu plus près.

Reconnaissons tout de suite qu’Einstein a beaucoup utilisé les mots dieu et religion. Il se dit “profondément religieux”, mais il ne faut surtout pas s’arrêter à ces mots, car Einstein a souvent expliqué qu’il s’agit pour lui d’un rapport qu’il entretient avec l’univers et les causes de son existence, une religion cosmique en quelque sorte. Le “dieu” d’Einstein, celui qui « ne joue pas aux dés » est spinozien, c’est simplement l’harmonie, la beauté et le mystère de l’univers. Car Einstein doutait que l’Univers puisse être réellement compris par l’Homme.

« Ce qu’il y a de plus incompréhensible avec l’univers, c’est qu’il soit compréhensible. »

« Savoir que ce qui nous est impénétrable existe vraiment et se manifeste comme la plus haute sagesse, la plus rayonnante beauté dont les formes les plus grossières sont les seules intelligibles à nos pauvres facultés, cette connaissance, ce sentiment, voilà ce qui est au centre du véritable sentiment religieux. En ce sens, et seulement en ce sens, je me range parmi les hommes les plus profondément religieux. »[1]

 Les écrits d’Einstein montrent clairement un homme à mille lieu d’être un “religieux” au sens le plus commun du terme, celui de dévot, et même au sens de croyant tel qu’on l’entend dans les Églises. Malgré l’usage abusif du mot religieux par Einstein, le panthéisme qu’il professe de temps à autre n’est pas une religion.
« Je crois au Dieu de Spinoza, qui se manifeste dans l’harmonie des lois de la réalité, et non en un dieu qui s’occupe du destin et des actes de l’homme. Il est certain qu’à la base de tout travail scientifique un peu délicat se trouve une conviction analogue au sentiment religieux que le monde est fondé sur la raison et peut être compris. Cette conviction, liée à un sentiment  profond d’une raison supérieure, qui se manifeste dans le monde de l’expérience, constitue pour moi l’idée de Dieu. En langage ordinaire, on peut l’appeler panthéiste. »
L’avis des grands hommes est-il intéressant sur tous les sujets ?

En dépit de son utilisation répétée du mot dieu dans le sens très particulier que nous avons présenté, Einstein n’a cessé de dire qu’il était totalement non-croyant, et sa position métaphysique n’a rien que pourrait renier un athée pourtant affiché comme Richard Dawkins.

« La seule excuse de Dieu, c’est qu’il n’existe pas » (lettre à Edgar Meyer, 2 janvier 1915)

« Je cessai subitement d’être religieux à l’âge de 12 ans. Par la lecture de livres pour la diffusion de la science dans le peuple, j’acquis bien vite la conviction que maintes histoires que raconte la Bible ne pouvaient pas être vraies. La conséquence fut que je devins défenseur enflammé de la libre pensée, en associant à ma foi nouvelle l’impression que les jeunes étaient consciemment trompés par l’État qui leur donnait un enseignement menteur ; et cette impression fut pour moi bouleversante.»

« À la vérité la croyance en un dieu personnel qui interfère avec les évènements naturels ne pourrait jamais être réfutée, au sens propre du terme, par la science, car une telle doctrine peut toujours se réfugier en des domaines ou la connaissance scientifique n’est pas encore parvenue à mettre le pied. Je ne doute pas toutefois qu’une telle attitude de la part des représentants de la religion serait non seulement indigne mais aussi fatale. En effet une doctrine qui parvient à survivre non pas dans la lumière mais seulement dans l’obscurité perdra forcément l’influence qu’elle avait sur l’humanité, entraînant un dommage incalculable pour le progrès humain. » 

Pour retranscrire le plus fidèlement possible la pensée d’Einstein, voici d’autres citations par ordre chronologique :

« Qu’un individu puisse survivre à sa mort physique est au-delà de ma compréhension ; … de telles idées sont pour les peurs ou l’égoïsme absurde des âmes faibles. » (Comment je vois le monde, 1934)

« Je n’ai jamais parlé de ma vie à un jésuite et je suis abasourdi de l’audace des mensonges qu’on raconte à mon sujet. Du point de vue d’un jésuite, je suis évidemment, et j’ai toujours été, un athée. » (Lettre à G. Raner, 2 juillet 1945)

« J’ai souvent répété qu’à mon avis, l’idée d’un dieu personnel est puérile. Vous pouvez me qualifier d’agnostique, mais je ne partage pas l’esprit de croisade de l’athée professionnel dont la ferveur est due principalement à un acte douloureux de libération des chaines de l’endoctrinement religieux subi dans la jeunesse.»
(Lettre à G. Raner, 28 septembre 1949)

« Ma position concernant Dieu est celle d’un agnostique. » (Lettre à M. Berkowitz, 25 octobre 1950).

« Ce que vous avez lu au sujet de mes convictions religieuses est évidemment un mensonge qu’on répète systémati­quement. Je ne crois pas en un dieu personnel, je l’ai affirmé très clairement et de j’ai jamais dit le contraire » (lettre du 24 mars 1954).

Celui qui fait appel à une autorité la cite-t-il bien ?
Albert Einstein était donc tout sauf croyant : athée ou agnostique selon les définitions que chacun donne à ces termes. Et il avait un avis très réfléchi sur les relations entre la science et la religion.

« D’après la considération historique, on est enclin à tenir la science et la religion pour des antagonistes irréconciliables et, certes, pour une raison facile à comprendre. Celui qui est pénétré de la vérité que la loi causale régit tous les événements ne peut pas du tout admettre l’idée d’un être intervenant dans la marche du processus de la causalité. La religion-crainte ne trouve pas de place chez lui, et pas davantage la religion sociale et morale. Un dieu qui récompense et qui punit est déjà pour lui inconcevable pour la raison que l’homme agit d’après les lois rigoureuses extérieures et intérieures et ne saurait, par conséquent, être responsable à l’égard de dieu, pas plus qu’un objet inanimé n’est responsable de ses mouvements. On a à cause de cela reproché à la science de saper la morale, mais certainement à tort. Le comportement moral de l’homme doit être basé efficacement sur la compassion, l’éducation et les liens sociaux, et n’a nullement besoin d’un fondement religieux. La condition des hommes serait triste s’ils devaient être retenus par la crainte du châtiment et l’espoir de la récompense après la mort. »

Un zététicien plein d’autorité.

Que peut-on tirer de l’avis d’Einstein sur la question ?

Assurément son athéisme / agnosticisme n’est pas une preuve de l’inexistence de Dieu. Il n’est pas question de commettre à notre tour le sophisme de l’argument d’autorité. En terme d’autorité intellectuelle citons Newton, sans doute l’un des hommes les plus intelligents ayant jamais vécu, et obsédé par l’alchimie à laquelle il consacra un temps considérable au détriment de ses travaux scientifiques déjà prolifiques.
Devrait-on considérer que l’exemple de Newton est un argument en faveur de la rationalité de l’alchimie ? Non.
Mais de l’exemple d’Einstein, on peut sans doute retenir la tendance d’un très grand nombre d’apologètes à abuser de l’argument d’autorité, un sophisme assez inhérent, en fait, à la pensée dogmatique qui est nécessairement la leur.
Einstein et l'argument d'autorité

 Pour aller plus loin.

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[1] La plupart des citations utilisées peuvent être trouvées dans : Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants,  Georges Minois.
5 réponses
  1. julien
    julien dit :

    Article très intéressant. Étant moi même athée et le revendiquant j’ai eu souvent l’occasion de participer a des “débats” entre amis sur l’existence de dieux je trouve que le mot débat en est de trop car certains de mes amis croyant (de plusieurs religieux) se contentaient de me fournir une contre-argumentation (qui ne faisait d’ailleurs aucun sens) de mes propres arguments sans par ailleurs me donnant les leurs. J’ai d’ailleurs parmi mes ami un vrai complotiste me disant “je suis sur que Darwin a dit avant de mourir qu’il s’était trompé” c’est la que j’ai compris qu’un débat avec lui était impossible davance . mais pour en revenir a l’article, un de mes amis m’avait proposer comme argument “même Einstein était croyant” je pourrait donc lui fournir ce site très construit. Merci mendax

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  2. Melki
    Melki dit :

    Encore un article dont l’argumentation entière est un sophisme, on annonce qu’on va parler de l’argument d’autorité et cela ne tient qu’en un paragraphe, le reste parlant du lien entre Einstein et la religion… Mon Dieu que c’est pauvre (et je ne crois pas spécialement en Dieu, je suis agnostique).
    Donc pour alimenter un débat qui se doit d’avoir lieu.
    Un argument d’autorité implique de citer ou d’extrapoler la pensée d’autrui, cet autrui étant placer en tant que personnalité compétente dans le domaine cité. Le simple fait de croire qu’on peut admettre la penser d’un spécialiste sous prétexte qu’il parle de sa spécialité est une lubie. Il existe nombre de personnalité spécialiste de leur domaine qui raconte un nombre d’absurdité en toute bonne foi ou pas sur leur sujet de prédilection. La base du scepticisme et de la zététique, c’est le doute, y compris concernant les “spécialistes” en somme je ne fais pas plus confiance à Marx qu’à Smith ou Marshall pour me parler d’économie. De même, Je doute de la parole d’un rabbin ou d’un curé quand il me parle de Dieu. Je n’avale pas l’entièreté de la théorie de l’Evolution de Darwin bien que je suppose une partie vraie. Je ne fais pas confiance à Pasteur ni au médecin du coin pour me parler de vaccin. Ma vie, ma carte du monde, je la forge seul, quitte à me planter, aucun spécialiste n’est fiable car tous peuvent se tromper. On dit souvent: l’humanité est intelligente, progresse, avance, mais en fait ce sont des biais cognitifs également, c’est parce qu’on a placé des spécialistes en nouveaux idoles que tout le monde croit. La science a remplacé la religion. Sauf que c’est quelle science? Celle qui a crée les pesticides et qui en abuse? Celle qui détruit la Terre en permanence? Celle qui vend aux gens des médicaments pour se soigner de maladie n’est à cause d’elle même? Dans un monde dirigeait depuis au moins 300 ans par le pognon, le mensonge et la destruction des plus faibles, les icônes doivent ils être écouté fussent ils spécialiste?
    Arrêtons cette pauvreté d’esprit.
    Je doute de tout et cela me permet de tout entendre, sans m’offusquer, mais j’ai un problème avec l’absence de remise en question et l’hypocrisie, surtout quand cela vient d’un discours ultra conformiste qui ne prend jamais aucun risque. Ce site se fait passer pour ce qu’il n’est pas, c’est dommage. Pas d’ouverture d’esprit ici, pas de réel questionnement, on déboulonne des sujets instables sans trop se questionner. Au suivant.

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    • Zerathyon
      Zerathyon dit :

      Bonjour à toi Melki,
      Quelque chose m’embête avec ton commentaire et j’espère que ma réponse la mettra en lumière.
      Tout d’abord tu parles de sophisme pour désigner le travail présenté, je pense que tu te trompes, avoir un contenu différent du titre n’est pas pour moi un sophisme. Certes l’article est mal construit et ressemble plus à une contrattaque suite à un ras-le-bol, certes on pourrait débattre pour savoir si l’on a raison d’estimer qu’ils évitent ou bâclent le sujet ou qu’ils font preuves de malhonnêteté afin de parler d’un sujet sous couvert d’un autre mais ce n’est pas du sophisme car la logique de leur argumentaire n’est pas fausse.
      Ensuite ce qu’ils ont fait (passer rapidement sur le cœur du sujet et parler longuement d’un autre) et bien tu l’as fait également, sous couvert d’ « alimenter un débat qui se doit d’avoir lieu. » tu changes complètement de sujet pour critiquer « la science » dans son ensemble, et cela ressemble à un coup de gueule, tout comme eux. Au vu de la violence et des raccourcis dans te propos (que je vais développer par la suite), je vais jusqu’à te soupçonner d’être croyant dans une des trois grandes religions monothéistes et de te sentir attaqué en tant que croyant, pas besoin d’avoir utilisé l’argument d’Einstein pour se sentir visé par cet article lorsque l’on est croyant. Il est à noter que je n’ai rien contre la croyance puisque, comme tu l’as dit, au fond, nous sommes obligés de croire les résultats scientifiques à défaut de pouvoir refaire toutes les expériences et de comprendre toutes les théories (au sens scientifique du terme), pour ma part je crois que l’univers dans son ensemble est uniquement causale mais cela n’est pas certain et ne pourra jamais être vérifié.
      Deux autres choses me tracassent et je crains de n’avoir jamais de réponse au vu du délai entre nos commentaires.
      Tout d’abord, tu dis « Ma vie, ma carte du monde, je la forge seul, quitte à me planter », je ne comprends pas ce que tu veux dire par là, de mon point de vue on ne créer rien à partir de rien, ces connaissances qui te servent à forger ta carte du monde, d’où viennent-elles ? est-ce que tu les as interpolés (au sens mathématique de déduire des valeurs intermédiaires, faire des sortes de « pont ») ? dans les deux cas tu as du te baser sur des connaissances extérieurs à un moment ou un autre, soit ses connaissances viennent de sources fiables (les experts, à conditions qu’elles soient complètes et qu’ils n’aient pas mentit ou qu’ils ne se soient pas trompés) soit d’autres sources de fiabilité inconnue.
      Secondement, tu parles de la science sans la définir, c’est comme parler de la religion sans la définir. Soit tu parles de la théorie, à ce moment-là les crimes que tu désignes « Celle qui a crée les pesticides et qui en abuse? Celle qui détruit la Terre en permanence? Celle qui vend aux gens des médicaments pour se soigner de maladie n’est à cause d’elle-même » puisque la théorie ne vend rien, n’abuse de rien et ne soigne rien (sauf des problème philosophique peut-être… à méditer), si l’on comparait avec la religion catholique, se serait comme dire que le contenu de la bible serait responsable des croisades et de la pédophilie. Soit tu parles de la communauté des scientifiques qui applique plus ou moins bien la méthode scientifique (il existe de nombreux problème dans l’application mais c’est une autre histoire), à ce moment-là tu trouves de tout et ça dépend des personnes, certains humains cherchent l’argent en priorité mais on ne peut pas les exclure pour plusieurs raisons dont « l’ouverture d’esprit » que tu chérie tant, même si pour une publication ou deux les dégâts sont colossaux (antivax etc.). Soit finalement, comme je le pense, tu parles des applications pratiques sous la forme d’objets, c’est-à-dire de la technologie, à ce moment-là peut-on vraiment blâmer la science en tant que méthode d’acquisition de connaissance, pour en revenir à la comparaison, se serait comme blâmer la religion catholique parce que ses ecclésiastiques ont commis des actes de pédophilie, si ces gens-là considère que leur allégeance à l’ordre est plus importante que leurs morale alors ils sont coupables et doivent être jugés afin que d’autres dans une situation analogue fassent le choix inverse. Tout comme le monde économique et industrielle utilisent les connaissances scientifiques comme ingrédient pour fabriquer des produits puis l’utilise comme il leurs semble profitable, les ecclésiastiques utilisent les connaissances de la bible comme ingrédient pour fabriquer des produits (croix, cierge, messes, absolution, conversion, soutien aux pauvres…) qu’ils utilisent comme il leurs semble profitable (en échange de don, pour gagner en influence sur des individus, comme image de marque..).

      Je voulais conclure avec une citation mais je n’ai pas de conclusion et une citation ne servirait que d’argument d’autorité inutile puisque j’ai déjà développé mon propos.

      Bonne soirée

      Répondre
  3. Xavier J. Régent
    Xavier J. Régent dit :

    Bonjour,

    Je suis en train de rédiger un traité, et toujours à la quête de sources, je suis tombé sur votre article. Même si le temps me manque furieusement, je me dois de réagir. Peut-être qu’une lectrice ou un lecteur tombera sur mon commentaire, et que ce temps ne sera pas perdu !

    Tout d’abord, je me trompe peut-être, sûrement même, mais il me semble qu’il y ait un problème avec la zététique, ou disons plus particulièrement les personnes qui s’en réclament. Déjà, la zététique est un courant philosophique. Et nous parlons généralement de scepticisme. Donc, il m’apparaît qu’un zététicien un peu sérieux se doit de bien connaître la philosophie. Il défend une posture philosophique, donc il doit être un peu armé, intellectuellement parlant.

    Et avec un minimum de culture, de s’apercevoir que l’exercice philosophique n’a pas de frontières et ne supposent aucunement une connaissance technique. Beaucoup de philosophes ont écrit sur les mathématiques sans être mathématiciens. Comme Kant ou Platon. C’est-à-dire que si la philosophie est la matrice de toutes les sciences, son objet d’étude n’est pas le même, puisque c’est le concept. Et comme nous avons besoin de concepts pour penser, son exercice est légitime dans toutes les sphères de la connaissance. En science, on appellera ça de l’épistémologie…

    Donc dire qu’un philosophe n’est pas légitime pour discourir dans un domaine parce qu’il n’est pas compétent du point de vue de la technique, c’est faux et c’est un non-sens. Et je peux illustrer la chose assez simplement. Imaginez une science qui étudie les grum-grums. Que sont les grum-grums ? Ce sont des abolixis composés de drochis. Et certains spécialistes prétendent que dans la nature, on compterait 100% d’abolixis pour seulement 10% de drochis. Même si nous ne sommes pas spécialiste en grum-grums, et même si nous n’avons rien compris au sens de la phrase, hé bien une personne un peu logique saura quand même vous dire qu’elle est erronnée, car il y a une contradiction formelle. Si les abolixis se composent de drochis, alors il ne peut pas y avoir moins de drochis que d’abolixis.

    Si l’on comprend ça, alors on commence à comprendre le travail du philosophe, qui est tout à fait qualifié pour voir les problèmes de logique, les problèmes de définitions et de concepts, ainsi que les problèmes d’interprétations qui peuvent s’ensuivre. Et il n’y a pas besoin d’être un biologiste pour s’attaquer au problème du finalisme ou du mécanisme. Voilà pourquoi l’argument d’autorité est nul et non avenu, il est un sophisme en philosophie. Aucun penseur sérieux ne se basera sur des faits scientifiques sans avoir préalablement analysé les concepts et leur pertinence. Et peu importe si le scientifique est un expert dans son domaine, et peu importe s’il est reconnu par ses pairs. La science souffre de la crise de la reproductibilité depuis de nombreuses années, avec de nombreux papiers publiés en bonne et dûe forme qui ne valent strictement rien, donc l’argument d’autorité ne peut être en aucun cas défendu.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_la_reproductibilit%C3%A9

    Il conviendrait donc de s’interroger plus sérieusement sur ce qu’on entend par “vérité”. Car il faut en avoir une certaine conception a priori pour juger si telle ou telle chose est fausse. Et c’est une question qui n’est pas aussi simple et simpliste que bcp semblent l’imaginer. Notamment pour des raisons de psychologie sociale. Car notre rapport à la vérité repose pour beaucoup sur nos habitus. Et cela crée en science l’effet Semmelweis, en souvenir du docteur qui préconisa de se laver les mains en médecine, qui avait des résultats concrets avec une baisse de la mortalité pour les femmes qui accouchaient, et qui s’est pourtant fait foutre de sa gueule par la communauté scientifique qui considérait cela comme de la supersitition. Quelques années après sa mort, un certain Pasteur découvrait l’existance des germes responsables de la transmission des pathogènes…

    Si nous souhaitons être honnête et sérieux, nous devons prendre en compte cela si nous avons pour objectif une certaine praxis en science concernant notre rapport à la vérité. Car les faits démontrent que la reconnaissance par les pairs ou leur non-reconnaissance peuvent être tout aussi biaisée. Se pose donc la question du relativisme, et il ne suffit pas d’être un dogmatique pour y répondre. D’autant plus que les sceptiques, à l’instar de Sextus Empiricus, ont de tout temps critiqué les dogmatiques ! Ce que je suis en train d’écrire EST un commentaire sceptique, justement ! Et je ne suis pas pour autant un relativiste, il existe plusieurs autres courants, comme le structuralisme. Et généralement, en science, on tend à se diriger de plus en plus vers là.

    Donc faut-il être un spécialiste en science politique pour se forger un esprit politique et être un citoyen éclairé ? Car la base en philosophique, c’est de voir les implications de notre thèse. Et là, les implications politiques nous conduisent joyeusement vers une forme d’artistocratie. Peut-être est-ce la position des auteurs, mais qu’on n’aille pas y mettre de la science là-dedans ou de penser que ce serait “rationnel”. Sans analyse et sans argument, nous sommes dans le domaine de l’opinion et de la croyance. Un comble de la part de ceux qui se donnent pour mission d’éclairer les autres. Oubliez un peu les idiots qui font le lien entre Einstein et Dieu, ils ne méritent pas qu’on leur consacre du temps. Approfondissez les sujets que vous développez, car là vous avez exposé vos assertions en une introduction, sans même creuser, c’est quand même léger.

    Et vous verrez que les gens ne sont pas des idiots, ils comprendront d’eux-mêmes les problèmes et la complexité. Je m’arrête là car mon message est long, ce sont des sujets qui mériteraient des pages et des pages d’explications, et je n’ai pas le temps pour ça. Mais je vous souhaite néanmoins une bonne continuation dans votre “mission” !

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  1. […] passage, sous couvert de biais d’autorité, ne nous donne aucun élément véritablement concret, hélas. Le chiffre de 90% ne veut pas dire […]

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