Les musées créationnistes américains (TenL Hors série)

Invité : Adrien Gontier

Enregistré le vendredi 23 février 2018 à TCRM Blida.

 Editorial

Combien sommes-nous prêt à payer, combien d’efforts consentirions-nous pour confirmer notre vision du monde ? Certaines croyances sont plus compatibles que d’autres avec la science et les connaissances sans cesse affinées dont nous disposons. Quand les faits et la croyance entrent en conflit, les faits ont souvent peu de chance d’en sortir vainqueurs ; vous connaissez comme nous la dissonance cognitive (si ce n’est pas le cas, pensez à regarder la Tronche en Biais épisode 3).

Beaucoup de personnes religieuses sont très attachées à la science et n’éprouvent guère de difficulté à vivre leurs croyances tout en acceptant les connaissances nouvelles. On peut être croyant et raisonnable. Dans les cas difficiles, il existe un courant de pensée, « l’accommodationnisme » dont le travail est de faciliter cette coexistence pacifique entre science et religion. Toutes deux répondraient à des questions différentes et rempliraient donc deux magistères distincts entre lesquels les conflits ne seraient en fait que des erreurs de communication. On peut douter de la pertinence de l’accommodationnisme et juger qu’il est plus un outil de paix sociale que d’épistémologie, mais ce n’est pas le sujet de ce soir. Nous allons nous intéresser à des cas de conflit ouverts entre une vision très arrêtée de la vérité religieuse et l’état des connaissances actuelles sous l’éclairage de la science…

C’est aux Etats-Unis que ce passe l’affaire dont nous allons parler, plus particulièrement au Kentucky, et on pourrait s’en étonner. Pensez donc : The United States of America, première puissance militaire du monde, à peu près première puissance économique, première puissance scientifique et technologique… et seule grande démocratie où le créationnisme a pignon sur rue et constitue même un sujet de fierté pour des élus qui s’en réclament. ‘Meurica !

Nulle part ailleurs on ne voit une association exonérée d’impôts rassembler suffisamment d’argent (27 M de dollars en 2007) pour créer un parc d’attraction-musée dévolu à défendre l’idée que la Terre a été créée en six jours il y a six mille ans et que les espèces sont apparues telles que nous les voyons aujourd’hui. Près 3 millions de visiteurs s’y sont rendu depuis son ouverture.

La même association, dont le nom signifie en français « réponse dans la genèse » a ouvert un second parc-musée en 2016 avec un budget de 150 millions de dollars. The Ark Encounter est une reconstitution de l’arche de Noé dans laquelle on nous explique que le déluge est un évènement historique, comme l’est l’histoire de Noé et de ses fils telle que racontée dans la genèse.

Ces endroits peuvent-ils légitimement être appelés musée quand la plupart des objets exposés ont été expressément manufacturés dans le but d’y être exposés ? Les associations de musée américains ne les reconnaissent pas comme tel. On peut imaginer que c’est parce qu’ils sont réticent à l’idée d’enseigner à des enfants que les Tyrannosaures étaient végétariens et vivaient à l’époque d’Adam et Eve.

Musées ou pas, ces lieux existent, ils sont visités, ils ont une influence et ils manifestent le désir d’imposer une vision du monde bien particulière avec ses codes de moralité et une pensée qui fait le vide autour d’elle. Antithèse parfaite de la démarche scientifique qui propose des hypothèses pour ensuite tenter de les éliminer, ces musées de la création sont construits sur une conclusion à défendre à tout prix, qu’il faut argumenter à l’aide de tous les artifices.

Pour bien le comprendre, il faut être allé sur place, il faut avoir vu le parcours proposé aux visiteurs et le message qu’on souhaite les voir ramener chez eux. C’est justement ce qu’a fait notre invité qui est aujourd’hui en direct depuis les Etats Unis. Adrien Gontier est l’auteur du blog www.curieuxdesavoir.com , il est docteur en géochimie et il va partager avec nous son étrange expérience dans les musées créationnistes américains.


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