L’ironie de l’évolution

 « Il existe des forces qui dévoient notre sens critique, qui gondolent notre objectivité, qui écaillent le beau vernis de notre cognition quand il est question des principes darwiniens. Ces forces ne sont pas à chercher dans une quelconque cabale, elles n’appartiennent à aucune coterie ni société secrète, elles sont dans notre tête, implantées là pour la simple raison que des milliers de générations en ont tiré avantage pour survivre. Ces fossiles de l’histoire de notre psyché, ce sont les biais cognitifs. Ils sont nos ennemis les plus redoutables dans la compréhension de la nature, mais ils représentent aussi la trace la plus intime, la plus troublante, des mécanismes de l’évolution de notre lignée. »

Tel est le pitch du livre d’Acermendax qui parait au Seuil le 8 février.

L’écriture de l’ouvrage s’est étalée sur 3 ans et elle aura été le ferment des futurs scripts de La Tronche en Biais. La nature et l’origine des biais cognitifs, ainsi que leur rôle d’obstacle dans la compréhension des théories scientifiques étant au centre du livre comme du travail de la chaîne.

 

« Il n’existe pas, il ne peut pas avoir existé un individu qui serait le premier être humain, car il n’y a aucun critère objectif qui permette de déterminer comment on pourrait le distinguer de ses parents ou de ses enfants, tout comme il semble aujourd’hui impossible de citer un caractère qui à lui seul séparerait l’humain de l’animal. »

On passe en revue les principaux empêchements à la compréhension et à l’adhésion des principes darwiniens : essentialisme, biais téléologique, illusion d’agent et dissonance cognitive. La science va à l’encontre de nos intuitions, c’est particulièrement vrai de la théorie de l’évolution, et c’est pourquoi cette théorie est particulièrement maudite. Seconde malédiction : malgré les discours plaidant pour une compatibilité entre darwinisme et religion, les principes darwiniens contredisent les présupposés des croyances religieuses assez clairement pour que les croyants peu disposés à adopter du recul et une lecture symbolique des dogmes n’y puissent pas adhérer.

 

Le livre est illustré par quelques dessins de Loki Jackal, réalisateur des épisodes canon de La Tronche en Biais.

La théorie de la reine rouge (Loki Jackal)

« La théorie de l’évolution a le pouvoir de dissoudre un certain nombre de concepts dont le rôle est de prémunir les croyants contre les angoisses existentielles. Il est compréhensible que la confirmation de cette théorie par les sciences et sa diffusion dans les médias puisse être perçue comme une violence. »

 

L’ironie de l’évolution tient à ce que les raisons habituelles du rejet dont elle fait l’objet sont explicables… par des mécanismes évolutionnaires. La raison humaine est peut-être avant tout un attribut social, adaptée à l’exquise complexité des interactions entre humains, mais désarmée face aux concepts scientifiques, et empesée d’une propension à des erreurs qui versent toujours dans le même sens : les pentes de l’esprit humain, responsables des croyances collectives les mieux partagées, y compris conspirationnistes.

Chimères et chaînons manquants selon les créationnistes (Loki Jackal)

La résistance face à la théorie de l’évolution, motivée par des raisons philosophico-religieuses, ne peut que difficilement être circonscrite avec de simples faits. Ce constat, un peu triste, ne signifie pas qu’il faille renoncer à la faire comprendre, mais qu’il faut peut-être s’attacher à répondre aux attentes que comblent, faute de mieux, des explications concurrentes. Il faut notamment, sans doute, prêter oreille à ce que nous disent les critiques, mêmes invalides qui sont émises à l’encontre de la théorie de l’évolution.

23 réponses
  1. SDF
    SDF dit :

    « les présupposés des croyances religieuses »
    Sont-elles définies dans le livre y compris les (post) modernes, ou en reste-t-on aux abrahamiques ? Ce qui serait gênant étant donnée qu´elles n´ont guère plus d´importance aujourd’hui.
    « les présupposés des croyances religieuses assez clairement pour que les croyants peu disposés à adopter du recul et une lecture symbolique des dogmes n’y puissent pas adhérer. »
    Bon ici on a l´air de se vautrer dans l´inutile critique séculaire ( au deux sens du terme) du catholicisme. Si on prends pas le temps d´expliquer pourquoi le monde chrétien ( et pas que ) interdit de prendre son prochain et donc qui que ce soit pour Dieu, c´est qu´il y a une raison, et que c´est cette raison qui explique la résistance à la théorie darwinienne. Évoqué même de manière courte dans le bouquin ? Ou il s´agit juste de faire du catho-bashing à peu de frais entre convaincu ?

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    • Romain
      Romain dit :

      J’ai du mal à saisir le sens de ton commentaire. Peux-tu préciser, STP?
      Tu parles du bouquin de Mendax?
      La raison évoquée dans le dernier paragraphe de ton commentaire, c’est quoi? Celle qui fait qu’on ne prend pas le temps d’expliquer le pourquoi, ou bien celle qui fait que les chrétiens résistent à la théorie de l’évolution?

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Comme si les « cathos » étaient les seuls religieux. Comme si « ne pas prendre son prochain pour Dieu » était un tant soit peu spécifique à leur vision du monde.
      Pour tout dire, je ne comprends pas votre commentaire.

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  2. Matthieu
    Matthieu dit :

    Une incompatibilité entre darwinisme et religion… oui, si vous êtes scientiste (ce que vous êtes en réalité.) Prenons par exemple le symbole des apôtres, qui est la profession de foi par excellence pour les chrétiens, puisqu’elles les rassemblent sur une base commune:

    Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la Vierge Marie ; Il a souffert sous Ponce Pilate, Il a été crucifié, Il est mort, Il a été enseveli, Il est descendu aux enfers ; le troisième jour, Il est ressuscité des morts ; Il est monté au ciel, Il est assis (variante : Il siège) à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d’où Il viendra variante : Il viendra de là pour juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint (variante : au Saint-Esprit) à la sainte Église universelle (version catholique : je crois à la sainte Église catholique), à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen.

    Quelle est laquelle de ces propositions qui est censé rentrée en conflit avec l’évolution? Aucune. 🙂 C’est bien simple, ces phrases ne s’intéresse nullement à la façon dont les espèces évoluent matériellement. Penser qu’une théorie scientifique est censée rentrée en contradiction avec des théories métaphysiques ou des faits qui se revendiquent de l’Histoire humaine, montre juste que vous avez simplement cherché n’importe quoi pour confirmer vos préjugés métaphysiques à vous.

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Il y a le dogme bichonné par la théologie, et puis il y a la croyance des gens.
      La religion est la première cause de rejet de la théorie de l’évolution. C’est comme ça. Et cela indique une certaine incompatibilité.

      Du reste, vous voulez un détail sur lequel il y aurait conflit : l’existence de l’âme humaine versus l’absence d’âme dans des formes de vies jugées inférieures. Néanmoins, nous savons que l’accomodationnisme peut tout, il sert à ça. 😉

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      • Matthieu
        Matthieu dit :

        Vous parlez de dogme ET de croyance populaire comme si c’était une dichotomie réelle, sauf que c’est totalement faux. Le symbole des apôtres c’est un dogme conciliaire, donc qui est ratifié par la communauté à la fois populaire et « magistérielle ». C’est-à-dire qu’il est enseigné, donc déjà là vous êtes dans l’erreur.
        Ensuite, pour quelqu’un qui se réclame d’une pensée qui critique les sophismes, vous en faites un beau: « la religion est la première cause de rejet »? Excusez-moi, mais où est-ce que vous avez vu que l’entièreté du corps religieux est anti-évolution? L’Église catholique n’a par exemple aucun soucis avec l’évolution, et la majorité des catholiques non plus. (Et avant de m’accuser de biais de confirmation, je ne suis pas catholique donc ce serait hors de propos.)
        A moins que vous ne considériez, car c’est probablement dans ce genre de source que vous avez probablement puisée, que le fondamentaliste évangéliste est la norme religieuse? Ça à un nom ça: la généralisation abusive. Tout ce que vous auriez montré, c’est simplement que certaines formes de pratiques/raisons religieuses sont incompatibles avec l’évolution; ce que tout le monde est prêt à vous concéder. Cependant, où est-ce que vous voulez en venir? Vous n’irez nul part avec des trivialités de ce genre.

        Ce qui est marrant, c’est que vous pensez m’avoir donné un conflit, alors que votre phrase n’en montre aucun. Vous me parlez d’âme: et donc? Où est la contradiction avec l’évolution?
        D’autant que votre phrase n’est même pas représentative encore une fois: le thomisme, qui est une philosophie catholique, considère par exemple que les âmes ont bien une âme.

        « L’accomodationnisme », comme si c’était un problème. C’est un problème à partir du moment où on est scientiste: les gens raisonnables n’auront pas de problème à dire qu’effectivement, les différentes connaissances « s’accommodent ». 😉

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        • Acermendax
          Acermendax dit :

          La religion est la première cause de rejet de la théorie de l’évolution.
          Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le résultats de plusieurs études. je suis dans le train, pour les refs, voir mon livre.

          Pour le reste, il est manifeste que vous confondez votre compréhension de la religion et le sentiment religieux du commun des croyants.
          Les faits sont têtus, et la compréhension de l’évolution est statistiquement corrélée au rejet des dogmes religieux… ce qui ne doit rien au hasard. 🙂

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          • Matthieu
            Matthieu dit :

            Mais mort de rire: est-ce que vous faites au moins l’effort de lire ce qu’on vous écrit?
            Vous m’expliquer quelle règle d’inférence logique vous utilisez pour passer de « La religion est la première cause de rejet de la théorie de l’évolution » à « La religion et l’évolution sont incompatibles »? Si c’était le cas, encore une fois, l’entièreté, ou presque, du corps religieux seraient anti-évolution, et ce n’est pas ce qu’on constate. ( http://www.pewresearch.org/fact-tank/2014/10/30/5-facts-about-evolution-and-religion/ par exemple)
            D’autant que vous n’avez toujours pas montré en quoi le fait de l’évolution rentrait en contradiction avec l’une des propositions du Symbole des Apôtres, peut-être en faite vous savez qu’il n’y en a pas? Alors pourquoi continuer à dire que religion et science sont incompatibles en général? 🙂

            « Il est manifeste que je confonds… »? Pour quelqu’un qui pense que l’entièreté du corps des croyants, ou presque, est anti-évolution, permettez moi de sourire. Vous ne fréquentez visiblement pas des religieux de quelque obédience que ce soit, donc pour les leçons de morales…

            Et joli, vous arrivez même à terminer sur « corrélation=causalité », je vous tire mon chapeau.

          • Acermendax
            Acermendax dit :

            Relisez mieux.µ
            Ai-je dit : « La religion et l’évolution sont incompatibles »
            Non.
            Il y a toutefois « une forme d’incompatibilité » puisque les deux idées sont négativement corrélées. Derrière vous pensez que cette incompatibilité si elle existait provoquerait le rejet monolithique de l’évolution par les religieux, preuve que vous prenez les gens comme totalement prédictible sur la seule base de leur religion.
            C’est pas bien.
            Je suis beaucoup plus prudent dans mes explications.

          • Matthieu
            Matthieu dit :

            « Seconde malédiction : malgré les discours plaidant pour une compatibilité entre darwinisme et religion, les principes darwiniens contredisent les présupposés des croyances religieuses assez clairement pour que les croyants peu disposés à adopter du recul et une lecture symbolique des dogmes n’y puissent pas adhérer. »

            Vous sous-entendez, si pas même explicitement, que le darwinisme et la religion sont incompatibles.

            Vous jouez clairement de la manipulation : vous pourriez clairement dire « certaines formes de religions sont incompatibles avec l’évolution. » Pourquoi ne pas le dire ainsi, si ce n’est parce que vous voulez clairement suggérer que si l’on croyait en l’évolution, on ne serait pas religieux ?
            Il y a clairement une tentative de discorde ; la seule raison pour laquelle vous pourriez ne pas prôner la compréhension, en dialoguant sur la ligne « toutes les formes de religions ne sont pas incompatibles avec l’évolution », c’est l’envie de bagarre. En tout cas, c’est la seule chose que je vois. Vous vous concentrez uniquement sur ces formes qui ne sont pas compatibles, quid des autres ?

          • CauchySchwarzy
            CauchySchwarzy dit :

            Matthieu, j’ai l’impression que tu considères que la théorie de l’évolution est un des plus grands édifices de la connaissance humaine et qu’elle a été de multiple fois vérifiée par les faits. J’ai aussi l’impression que ça t’énerve quand on dit que l’on ne peut pas concevoir une religion qui s’accommode de la théorie de l’évolution. Tu as raison sur ce point mais il y a un problème avec la définition que l’on donne du mot religion.

            Soit un système de croyance fondé sur une croyance fondamentale : en l’an 2300, un être transcendant de bonté va apparaître et éliminer toute la misère de notre monde et nous rendre immortels. Ce système n’est pas incompatible avec la théorie de l’évolution puisque l’être nous ignorait avant d’apparaître. Est-ce que tu appellerais ce système une religion s’il se répandait ?

            Il me semble que pour qu’un système de croyances soit reconnu comme religieux, il faut qu’il appelle à des substances présentes dans un autre univers ou dans un méta-univers qui interagissent avec nous. Notons que rien n’empêche la méthode scientifique de s’y exercer et donc la croyance en ces substances hors de notre univers s’amalgame facilement avec la croyance aux visiteurs extraterrestres (en étant beaucoup moins parcimonieuse).

            Etant donné les problèmes conceptuelles auxquels on est confronté quand on veut prendre le mot religion dans son acceptation la plus exacte possible, je pense qu’Acermendax a utilisé le mot religion pour désigner les grands systèmes de croyances actuels (monothéismes mais aussi boudhisme, hindouisme, chamanisme, animisme…) en pensant que ses lecteurs seraient assez matures pour comprendre de quoi il parle puisque sans doute dans 99% des cas, c’est de ses systèmes de croyances que l’on parle quand on parle de religion.

            J’espère avoir été assez rigoureux dans cette précision pour que l’on n’ait pas à y revenir.

            La question intéressante c’est: est-ce que la catholicisme (entre autres) invite, dans son acceptation la plus commune, à penser que la théorie de l’évolution est inopérante ?

            Par exemple, j’ai lu la genèse et dedans il est dit que l’être humain (pouce opposable, station bipède adaptée) est apparu dans les premiers jours de la Terre. Il me parait alors contradictoire de penser que les ancêtres des humains aient pu être des homo habilis ou d’une espèce analogue. On a donc une incompatibilité entre la théorie de l’évolution et le système de croyances catholique. Es-tu d’accord Matthieu ?

            Mon argument n’est pas terminé mais il me faut poser les bases d’un dialogue constructif pour pouvoir continuer.

          • Matthieu
            Matthieu dit :

            « Est-ce que tu appellerais ce système une religion s’il se répandait ? »
            Pas vraiment. Il est sûr que la définition d’un mot comme religion est toujours difficile, mais si je me fie à la définition du Larousse, qui me semble contenir l’essentiel, on y voit : « Ensemble déterminé de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré. » Dans l’exemple que tu cites, mis à part si ceux qui croient à ce sauveur sont dans un esprit dévotionnel, ou en tout cas certains.

            « Il me semble que pour qu’un système de croyances soit reconnu comme religieux, il faut qu’il appelle à des substances présentes dans un autre univers ou dans un méta-univers qui interagissent avec nous. »
            Mieux vaut parler d’évènements que de substances, et ce n’est pas nécessairement d’un autre univers, mais cela peut parfaitement se dérouler dans le nôtre à priori.

            « Notons que rien n’empêche la méthode scientifique de s’y exercer et donc la croyance en ces substances hors de notre univers s’amalgame facilement avec la croyance aux visiteurs extraterrestres (en étant beaucoup moins parcimonieuse). »
            Pas du tout, ce qui montre que vous ne savez pas distinguer ce qui est naturel de ce qui ne l’est pas. Et vous allez trop vite en besogne en disant que rien n’empêche la méthode scientifique de s’y appliquer : qu’en savez-vous ? C’est un début de scientisme, si vous me permettez. Tout n’a pas à se soumettre à la méthode scientifique.

            « Etant donné les problèmes conceptuelles auxquels on est confronté quand on veut prendre le mot religion dans son acceptation la plus exacte possible, je pense qu’Acermendax a utilisé le mot religion pour désigner les grands systèmes de croyances actuels (monothéismes mais aussi boudhisme, hindouisme, chamanisme, animisme…) en pensant que ses lecteurs seraient assez matures pour comprendre de quoi il parle puisque sans doute dans 99% des cas, c’est de ses systèmes de croyances que l’on parle quand on parle de religion. »
            Nous sommes d’accord : cependant, il reste que les religions dont vous parlez, en tout cas certaines, et dans leur forme non-fondamentaliste, ne sont pas en désaccord profond avec la méthode scientifique en générale, ou l’évolution en particulier.
            Ceci dit, ne comptez pas sur moi pour toutes les défendre : si vous maintenez l’idée que toute forme de religion est incompatible, j’ai juste à donner un contre-exemple pour montrer que c’est faux.

            « Par exemple, j’ai lu la genèse et dedans il est dit que l’être humain (pouce opposable, station bipède adaptée) est apparu dans les premiers jours de la Terre. Il me parait alors contradictoire de penser que les ancêtres des humains aient pu être des homo habilis ou d’une espèce analogue. On a donc une incompatibilité entre la théorie de l’évolution et le système de croyances catholique. Es-tu d’accord Matthieu ? »
            Non. :0)
            Permettez-moi d’expliciter ce qui me semble être votre argument :

            1. La Genèse interprétée de manière littérale implique que l’homme est apparu dans les premiers jours sur terre. (Prémisse)
            2.Si le catholicisme est vrai, alors la genèse doit être interprétée de manière littérale. (Prémisse)
            3. Si la théorie de l’évolution est vraie, alors l’homme n’est pas apparu dans les premiers jours sur terre. (Prémisse)
            4. Si le catholicisme est vrai, alors l’homme est apparu dans les premiers jours sur terre. (De 1 et 2)
            5. Si le la théorie de l’évolution est vraie, alors le catholicisme est faux, et inversement. (De 3 et 4)
            6. Par conséquent, la théorie de l’évolution et le catholicisme ne sont pas compatibles.

            Je pense que nous sommes tous les deux d’accord sur la troisième prémisse, donc ne nous attardons par-dessus.
            En revanche, je pense que la première prémisse est révisable, et la seconde simplement fausse.

            Parlons donc d’abord de cette première prémisse. Il me semble que le dernier terme est trop peu précis : sur terre. D’accord, mais quelle terre ? Est-ce seulement celle qu’étudie la science ? Si ce n’est pas le cas, alors tout l’argument se base simplement sur un sophisme d’équivoque.
            Or, en lisant la Genèse, rien n’indique nécessairement que le récit se déroule au même niveau que la science est située. Ainsi, une possibilité est par exemple celle qu’explore le philosophe Hud Hudson dans son livre « The Fall and Hypertime » ; Dans celui-ci, il conceptualise deux univers-blocs. Le premier est celui dans lequel nous-sommes, que la théorie de l’évolution décrit. Le second correspond à un où la Genèse s’est déroulée de manière ultra-littérale : création en sept jours, etc. Les lois de la nature y sont telles que l’histoire s’est déroulée ainsi. Suite au passage où Adam et Eve sont chassés du Paradis, Dieu positionne la fin de cette univers bloc pour qu’il soit relié au notre à un moment précis de notre histoire pour que Adam et Eve, en tout cas leur identité qui est transposée d’un univers à l’autre, puisqu’ils sont intercalés au milieu de l’évolution humaine et ne disposent donc plus nécessairement de leurs corps originaux, deviennent nos ancêtres à tous.
            Ainsi, si ce scénario est exact, alors la première prémisse doit être modifiée comme suit :
            1’. La Genèse interprétée de manière implique que l’homme est apparu dans les premiers jours sur une terre.
            « Ad hoc ! » Sauf que ce n’est pas vraiment le cas, puisque comme je le disais, le récit de la Genèse n’a pas forcément à se situer au niveau de notre planète, ou dans ce cas, dans notre univers. Dans ce cas, nous aurions donc une interprétation ultra-littérale de la Genèse, tout en ayant une compatibilité certaine avec le meilleur de ce que la science nous fournit aujourd’hui.
            Soyons clair, je ne pense pas que cette interprétation est vraie, c’est simplement une histoire. (Une « just-so-story », comme dirait nos amis anglais.) Mais ainsi, on montre qu’il n’y a aucune incompatibilité LOGIQUE entre les deux hypothèses.

            De plus et évidemment, la seconde prémisse est simplement fausse. Pour le savoir, il suffit simplement de consulter ce traitement du sujet, approuvé par le pape Pie XII lui-même en 1948, de la Commission biblique pontificale : « La question des formes littéraires des onze premiers chapitres de la Genèse est bien plus obscure et complexe. Ces formes littéraires ne répondent à aucune de nos catégories classiques et ne peuvent pas être jugées à la lumière des genres littéraires gréco-latins ou modernes. On ne peut donc en nier ni affirmer l’historicité en bloc sans leur appliquer indûment les normes d’un genre littéraire sous lequel ils ne peuvent pas être classés. » (Lien : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_documents/rc_con_cfaith_doc_19480116_fonti-pentateuco_fr.html )
            On a donc bien clairement une condamnation claire des errances modernes de fondamentalisme littéraliste.
            Je pourrais également Origène, père de l’exégèse chrétienne : « Quelle personne intelligente considérera comme une affirmation sensée que les trois premiers jours, pour lesquels il est dit qu’il y eut un matin et un soir, existèrent sans soleil, sans lune et sans étoiles, alors qu’il n’y avait même pas de ciel le premier jour ? […] Personne ne doute qu’il s’agit là d’expressions figurées qui nous indiquent certains mystères au travers d’un semblant de récit historique. » (Premiers principes, Livre 4, Chapitre 3.)
            Bref, tout ça pour dire que le fondamentalisme littéraliste est l’exception, pas la norme.

          • Matthieu
            Matthieu dit :

            Autre chose que j’ai oublié de précisé: avant de continuer la discussion, n’oublions que nous parlons ici du catholicisme, soit d’UN courant d’UNE religion.

  3. Sylfraor
    Sylfraor dit :

    Bonjour
    Félicitations pour la sortie du livre.
    Un regret toutefois, de voir une version numérique pour un prix trop proche de la version papier, protégée d’un DRM pénible à l’usage mais contournable en peu de temps. C’est bien dommage de voir de vielles espèces d’éditeur ne pas voir qu’ils doivent muter leurs pratiques pour rester parmi les plus aptes dans le nouveau milieu du numérique.

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  4. Olibo64
    Olibo64 dit :

    Ils n’avaient pas encore reçu votre livre à la FNAC près de chez moi jeudi dernier (quelle déception !), mais il semble que ce soit le cas aujourd’hui.
    Je vais donc faire un petit détour ce soir, pour l’acheter.
    Merci également pour m’avoir fait connaitre « croyance » de JC Carrière que je viens de terminer.

    Bien sûr, quelques exemples ne valent représentent pas une statistique fiable, mais l’expérience des débats que je peux avoir avec des opposants à la théorie de l’évolution (qui le sont effectivement tous sans exception pour des raisons religieuses, mais encore une fois quelques exemples…) consistent surtout à lutter contre des épouvantails : tous ceux (avec qui j’ai débattu) qui affirment que la théorie est fausse, prennent comme exemples des caricatures (du même type que celle citée plus haut de « l’oiseau né de l’œuf du lézard) ou des inexactitudes sur cette théorie, quand ce n’est pas une figure « facho-compatible » de Darwin qui est vivement critiquée. Également, une posture encore très religieuse, les opposants donnent à Darwin la figure du prophète qui aurait tout révélé de manière définitive et absolue donc forcément sans tenir compte de tout ce qui a été découvert depuis, et utilisant la moindre approximation du scientifique qui n’en était qu’aux tous débuts de la discipline comme preuve que tout est faux.

    J’attends donc avec impatience le Livre qui j’en suis sûr va éclairer mon esprit, et donner à ma vie un jour nouveau, celui de la transcendance et du salut… Enfin… au moins m’apporter des connaissances et des arguments…

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    • Matthieu
      Matthieu dit :

      C’est marrant de se plaindre de ça, quand la plupart des naturalistes comme Thomas C. Durand sont eux-même incapable de traiter la question religieuse de manière sérieuse, soit sans épouvantail et dans un esprit de charité.

      Et j’anticipe déjà l’argument circulaire « Oui, mais l’évolution est vraie, ELLE!’ :0)

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      • Olibo64
        Olibo64 dit :

        Argument circulaire ou seule réponse possible à l’entêtement des créationnistes, qui refusent toute forme d’explication dès qu’elle contrevient à leur croyance ?
        Je note que vous avez très rapidement lu « Ironie de l’évolution » pour en parler aussi définitivement, alors qu’il vient de sortir. Chapeau vous êtes un rapide (je n’ai pas encore terminé la quatrième de couv… j’attends donc un peu pour émettre un avis)
        A ce propos je ne peux que vous conseiller le livre de Jean-Claude Carrière cité ci-dessus. Encore que comme il l’écrit lui-même, son livre n’a pas vocation à convaincre un croyant, c’est même plutôt une réponse à la question : pourquoi est-il impossible de convaincre un croyant ?…

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        • Matthieu
          Matthieu dit :

          Le fait que certaines personnes aient un raisonnement défaillant ne légitiment pas les propos tout autant faux. Il n’y a pas de contradiction entre évolution et religion, mis à part si vous interprétez évolution comme « évolution vu par un scientiste » et religion comme « religion vu par un fondamentaliste ».

          A quel moment j’ai parlé du livre? J’ai juste parlé de son auteur et de son penchant pour les hommes de pailles et le scientisme.
          Ah oui, et on peut rajouter à la panoplie le bulvérisme, donc vous êtes visiblement vous aussi un tenant. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise d’autre? Vous vous contentez tous de vous complaire dans votre cercle d’auto-confirmation, en limitant votre interaction avec ceux qui ont un discours décousu et un pouvoir de réflexion léger, du à un manque de connaissances scientifiques. C’est ça votre esprit critique? Permettez moi de sourire.

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  5. Stemy
    Stemy dit :

    L’évolution s’est donc rendue elle-même contre-intuitive. Amusant paradoxe, en effet.

    Un autre paradoxe est que des fonctions cérébrales qui ont permis à nos ancêtres de survivre sont aussi celles qui aujourd’hui sont en train de nous détruire (du moins pour certaines).

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  6. Don Dimitri
    Don Dimitri dit :

    Petite remarque : le nomenclaturiste sourcilleux que je suis note que le dinosaure dessiné par Loki est bien mal nommé. :-/

    Je m’explique : Loki a écrit « Milliardosaure giganteus », où il faut comprendre que « Milliardosaure » est un nom de genre vernaculaire et « giganteus » un épithète spécifique scientifique (comprendre : avec une déclinaison latin, ici au nominatif singulier). Ce qui n’a aucun sens, tout comme « Tyrannosaure rex », « Loxodonta des forêts d’Afrique » ou « chameau dromadarius ».

    Pour écrire correctement un nom de genre et d’espèce, il faut procéder ainsi :

    1/ Nom scientifique : Milliardosaurus (genre) / Milliardosaurus giganteus (espèce)
    2/ Nom vernaculaire [FR] : milliardosaure (genre) / milliardosaure géant (espèce)
    3/ Nom vernaculaire [EN] : milliardosaur (genre) / giant milliardosaur (espèce)

    De même, en français, on dira « tyrannosaure roi », « diplodoque de Carnegie », « tricératope hérissé » tout comme on dit pour des espèces actuelles et plus familière « mouette de Bonaparte », « kangourou géant », « écureuil roux », « humain savant », etc.

    Évidemment, ce type de distinction n’est en général connu que des taxonomistes, aussi on pardonnera volontiers à Loki et Acermendax / Thomas cet impair… même si, pour citer Vled : « Les mots sont importants » ! 😉

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