La foule : imbécile, sentimentale ou intelligente ?

Le Bénéfice du Doute #5. Enregistré chez RCN le 23 mai 2019.

Invité : Mehdi Moussaïd.

Editorial

« La foule est la mère des tyrans. » disait Denys d’Halicarnasse un siècle avant notre ère. « La foule est la bête élémentaire, dont l’instinct est partout, la pensée nulle part. » jugeait André Suarès plus récemment.

On n’aime pas la foule. On la juge facilement vulgaire, manipulable, terriblement inintéressante. La foule ne contient finalement que des gens qui ne sont rien, ceux qui ne savent pas se distinguer par leurs qualités ou leurs efforts. Les artistes ne sont pas tendre avec elle, à l’image de Malarmé : « Cette foule hagarde ! Elle annonce : Nous sommes la triste opacité de nos spectres futurs. » et l’on voit que la foule, d’une certaine manière, nous renvoie à notre insignifiance personnelle. Comment ose-t-elle ? C’est odieux pour ceux d’entre nous qui chérissons notre individualité.

Nous voudrions que le monde soit dirigé par des esprits éclairés, par les meilleurs d’entre nous, par les plus méritants, et l’antithèse de cet idéal, c’est le chaos qui ne manquerait pas de survenir —nous le sentons bien— si on laissait aux incultes, aux profanes, au tout-venant, aux manifestants le pouvoir de décider ce que la société doit faire.

Même Terry Pratchett, le génial auteur des Annales du Disque Monde y va de son attaque : « Le degré d’intelligence de cette entité qu’on appelle une foule est inversement proportionnel au nombre d’individus qui la composent. » dit-il dans « Va-t-en Guerre »

Madame Michu n’est pas loin de la juger pire que l’anarchie cette Ochlocratie : « Gouvernement par la foule, la multitude, la populace ». Là où la démocratie serait l’organisation d’un choix rationnel parmi plusieurs projets politiques que le peuple sanctionne avant de concéder à être gouverné, le pouvoir exercé par la foule ne peut offrir que démagogie, emportements, jugements hâtifs et libération des pulsions les plus basses. C’est le despotisme de la cohue.  En somme il faudrait être pervers pour aimer la foule.

Mais Madame Michu, ET vous qui m’écoutez, ET moi-même, nous sommes la foule des autres. Que sommes-nous sinon des éléments d’un grand tout, constamment en interaction les uns avec les autres et souvent moins libre qu’on se plait à le croire ?

Car c’est l’une des questions fondamentale : les êtres humains existent-t-ils pleinement de par eux-mêmes ou seulement dans la dynamique qu’ils créent ensemble ? Cette multitude si détestée ne nous est-elle pas nécessaire ? Les foules sont-elles capables d’une forme d’intelligence qui surpasserait celle de l’humain moyen ?  Selon la formule du psychologue social Jonathan Haidt l’humain serait à 90% chimpanzé et à 10% abeille. Si c’est vrai la foule est en nous.

Et alors nous avons besoin que des chercheurs se penchent sur cette entité pour nous aider à comprendre qui nous sommes. Alors je pose la question à mon invité Mehdi Moussaïd : qui sommes-nous ?

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