Débunkage et entretien épistémique – Le PdlT #3

Le débunkage est un exercice qui consiste à prendre des déclarations et à montrer en quoi elles sont erronées ou trompeuses. Nous avons besoin de débunkages à cause de l’invasion de l’Internet par les pseudosciences et les discours idéologiques.
Mais parfois la présentation de faits, la réfutation claire et nette d’une proposition ne suffit pas à convaincre. Pire, elle peut provoquer le sentiment d’être agressé chez la personne qui croit profondément en cette proposition.

La réactance est un mécanisme de défense psychologique qui se met en place quand une personne se sent forcée dans les choix qu’elle veut pouvoir faire librement. L’accumulation de preuves allant à l’encontre d’une croyance peut donner l’impression à celui que vous voulez convaincre que vous cherchez à avoir un ascendant sur lui, et cela a pour conséquence de renforcer sa croyance initiale parce qu’il investira toutes ses facultés à repousser ce qu’il perçoit comme une menace à son autonomie. Si vous donnez l’impression que tout ce qui vous intéresse c’est faire admettre à l’autre que vous avez raison, ne vous attendez pas à ce que ça fonctionne.

L’alternative est alors l’entretien épistémique.

Cela consiste à discuter avec l’autre : discuter, sans débattre, sans chercher à rien prouver. Je ne vous cache pas que ça demande quelques efforts. Vous devez restez concentré sur votre tâche : aider votre interlocuteur à exprimer clairement la manière dont il arrive à sa vision des choses. Si vous le coupez tout le temps, il ne peut pas développer son point de vue et en réalité vous n’avez pas connaissance de ce sur quoi reposent ses convictions.

Mais pire : votre interlocuteur lui-même n’a peut-être pas cette information, et sans elle il ne peut pas aisément douter de ce qu’il croit car il ne peut pas savoir quel type d’information est susceptible de lui prouver qu’il pourrait avoir tort.

A minima, il faut faire comprendre à la personne que celui qui n’est pas capable de changer d’avis et qui n’a pas la science infuse est condamné à l’erreur.

Bien sûr, ce n’est pas vraiment une méthode nouvelle, car déjà la maïeutique de Socrate consistait en cela : amener votre interlocuteur devant ses propres contradictions, devant les limites de ses connaissances actuelles. En constatant lui-même les anomalies de sa méthode, il vous verra moins comme un adversaire que comme un partenaire dans l’examen des raisons pour lesquels il croit ce qu’il croit. Si vous réussissez à maintenir le dialogue, vous ne faites qu’accompagner l’autre vers l’apprivoisement de ses doutes. Et même si c’est difficile pour vous, c’est l’autre qui fait le plus gros du travail, c’est pour lui que c’est le plus dur, et le résultat sera durable. Alors un peu de patience.

Merci à Max Moore qui nous a aidé lors de la préparation du script de cet épisode.

Pour plus d’information sur l’entretien épistémique, visitez par exemple les pages :
https://www.facebook.com/EntretienEpistemique?fref=ts
Ou encore :
http://www.samharris.org/blog/item/street-epistemology

5 réponses
  1. idoric
    idoric dit :

    Les deux liens facebook nécessitent d’avoir un compte facebook. Je vais me tourner vers le bouquin dont il est question dans le dernier lien.

    Répondre

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] ne me lira sans doute jamais donc je suis super courageux. Je me suis prêté à cet exercice de debunkage, ou tout au moins de clarification (tout n’étant pas « débunkable » […]

  2. […] qui risque de renforcer une croyance plutôt que de l’affaiblir, il existe la méthode de l’entretien épistémique qui permet de ne pas violenter frontalement les […]

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