Critiquer la théorie de l’évolution

La théorie de l’évolution est extrêmement importante dans l’histoire des idées. À l’heure actuelle, son enseignement pourrait bien être l’une des clefs pour dissoudre les illusions qui alimentent la pensée conspirationniste (agenticité, essentialisme, biais téléologique…). Il est donc capital de promouvoir les initiatives qui en facilitent la compréhension et de se dresser contre ceux qui veulent enseigner le créationnisme pour des raisons idéologiques.

La théorie de l’évolution repose sur des principes très contre-intuitifs. La grande difficulté devant laquelle nous nous trouvons pour expliquer la théorie aux personnes qui la rejettent ou expriment à son endroit un scepticisme très marqué, est que pour bien comprendre la théorie, il faut commencer par accepter ses prémisses. Notez qu’on peut bien sûr en douter, car accepter ne veut pas dire tenir pour absolument certain. Le postulat de base est que la matière s’organise toute seule, sans intervention. Le vivant suit cette règle : cellules, organes, individus, populations sont autant de structures que l’on explique par les propriétés de la matière, sans faire intervenir une volonté ou une finalité. Ceux qui n’acceptent pas de considérer ce postulat comme vrai, même momentanément, s’interdisent de comprendre comment la théorie offre une explication qui dépasse toutes les autres par sa parcimonie et son intégration au corpus des connaissances scientifiques.

Toutefois, ceux qui doutent des principes darwiniens posent souvent des questions intéressantes en ce qu’elles soulignent l’implicite résistance aux concepts-clefs à la source de leurs objections.

« La marche vers le progrès » représentation classique mais très trompeuse.

Ci-après, je reproduis avec sa permission le message de Denis (ce n’est pas son vrai nom) qui m’interroge à ce sujet.

 

Nous devons être d’accord sur le fait que le principe scientifique fondateur d’une théorie est le suivant:
Celle-ci découle du besoin de compréhension d’un ou plusieurs phénomènes et de certains sujets difficiles qui se présentent à nous.
Elle se fonde sur des bases prises de la nature.
Dit autrement, Une théorie scientifique a pour objectif d’expliquer un phénomène difficile à comprendre, à l’aide de sujets et d’explications s’appuyant sur des preuves expérimentales (…).
L’une des formidables possibilités que possède une théorie est qu’on peut tester par l’expérience le bien-fondé de ses conclusions.

Il en va un peu de même pour notre sujet ou finalement, les choses ont commencé de la manière suivante:
Nous nous sommes demandé comment autant de catégories et d’espèces peuvent se retrouver dans la nature, dans le minéral, le végétal, l’animal et dans l’humain.
Nous avons alors pensé supprimer en quelque sorte cette question par une théorie qui avancerait qu’au début ne se trouverait que des organismes très simples, unicellulaires.
Et c’est de ce point de départ, qu’au court du temps, se sont formé des êtres plus complexes. A partir d’un être monocellulaire ont été créé les grands animaux, puis les hommes etc…

Pour que cette théorie soit qualifiée de scientifique, elle doit en remplir en quelque sorte, les conditions :
– L’évolution d’un être simple a un être composé et complexe doit être un observé dans la nature (ou constaté)
il n’existe aucun témoignage ou preuve scientifique sérieuse mentionnant avoir observé ou déduit l’évolution d’un être vers un autre.
Ce que l’on a observé à ce jour (et Darwin le disait dans son livre bien connu), c’est de légers changements dans certains membres
et de plus, on a appuyé ces propos en ayant trouvé des squelettes de créatures mortes qui ressemblaient a ceux des créatures vivantes.
Il a été déduit que la meilleure hypothèse était qu’une espèce a évolué a partir d’une autre. (Colombes et chevaux, vérifiable dans « l’origine des espèces »).

– Un des principaux doute est aussi que le modèle proposée par la théorie de évolution doit être plus clair et plus simple que le fait de croire que tout a été crée a partir de rien.
RIEN dans la nature ne nous permet d’affirmer qu’il est plus facile qu’un être simple se transforme finalement en homme QUE l’homme soit créé ex nihilo.
On pourrait reformuler de la manière suivante : l’explication selon laquelle un ensemble d’atomes et de molécules se sont regroupés au point de donner forme à l’existence d’un homme ne présente pas plus
de difficultés que de dire qu’un ensemble de cellules simples qui ont subi des changements dans leurs conditions de « vie » se sont transformées, au cours du temps, en membres d’un corps, totalement différents
les uns des autres comme le cerveau dans la tête, la pupille de l’œil etc…

Il existe un certain nombre de créatures aussi bien des règnes végétal qu’animal inférieurs dont la durée de vie est très courte et, de ce fait,
l’homme peut expérimenter le cheminement des transformations de leur corps pendant un grand nombre de générations.
De même, l’expérimentateur a la possibilité de changer leurs conditions de vie de façon très importante.
Or, malgré tout cela, les scientifiques n’ont pas réussi à transformer une espèce en une autre et les seuls résultats qu’ils aient obtenus se résument à un changement des propriétés
des végétaux ou des animaux dans une certaine mesure, ou la production d’êtres hybrides par accouplement d’espèces différentes, mais en aucun cas la transformation d’êtres inférieurs en êtres des espèces supérieures.

D’emblée, nous pouvons convenir avec Denis qu’une théorie scientifique est en effet une construction intellectuelle qui doit être mise à l’épreuve des faits, des expérimentations, des observations. La preuve expérimentale est la forme idéale de couronnement d’une théorie scientifique.

Mais quand vient la question à laquelle la théorie est censée répondre selon Denis, on constate un biais :

« Nous nous sommes demandé comment autant de catégories et d’espèces peuvent se retrouver dans la nature, dans le minéral, le végétal, l’animal et dans l’humain.»

Sommes-nous sûrs de l’existence des catégories citées ici ? D’abord le minéral ne fait pas partie du vivant, il n’est pas soumis aux lois de l’hérédité. La distinction végétal-animal est loin d’être nette lorsqu’on s’intéresse aux très nombreuses espèces unicellulaires. La photosynthèse a été inventée à plusieurs reprises avec différents pigments, et certains se retrouvent dans des symbioses impliquant des animaux. Enfin l’humain n’a aucune raison d’être rangé en dehors de l’animal.

La série Minéral-Végétal-Animal-Humain rappelle l’échelle des êtres, qui est une idée désormais révolue, notamment parce qu’elle ne répond pas du tout aux critères de scientificité cités plus haut par Denis. Il ne faut donc pas poser en préalable à l’étude de la nature l’idée qu’elle serait organisée de la sorte, car ce serait partir biaisé. Pour une démarche objective, il faut savoir poser une question au maximum dénuée de présupposés. La question à laquelle la théorie de l’évolution tente de répondre est celle de l’origine de la structure actuelle du monde vivant. Comment se fait-il que les êtres vivants possèdent les caractères qui sont les leurs aujourd’hui (structure, formes, couleurs, tailles, composition, comportements, répartition, etc.) ?

 

« Et c’est de ce point de départ, qu’au court du temps, se sont formés des êtres plus complexes. A partir d’un être monocellulaire ont été créés les grands animaux, puis les hommes etc… »

Ici, Denis commet une inversion. Ce qu’il appelle point de départ est en réalité une étape déjà bien avancée du raisonnement. D’abord on a constaté la ressemblance des individus entre eux. Plus ils sont apparentés, plus ils se ressemblent. On a constaté chez les espèces domestiques qu’on pouvait obtenir des individus très différents au cours du temps si on sélectionne un caractère et que l’on fait se reproduire entre eux les individus qui possèdent la forme la plus intéressante de ce caractère. Les éleveurs ont ainsi produit des quantités de variétés de plantes et d’animaux très éloignés de leurs cousins sauvages. On a ensuite découvert la richesse des fossiles, ce qui a permis de montrer que plus on remonte dans le passé, moins les fossiles ressemblent aux espèces actuelles. Si l’on remonte très loin, on ne voit plus que des espèces aux morphologies simples comparées à celles que l’on rencontre aujourd’hui. Au-delà de moins 2 milliards d’années, on ne trouve plus que des traces unicellulaires. Ajoutons que, fréquemment, on découvre un fossile ancien qui présente des similitudes avec deux groupes d’organismes qui n’existent que dans des couches plus tardives (des formes dites transitionnelles).

L’énigme de la diversité du vivant

 

À partir de tous ces éléments, l’idée d’évolution s’est imposée : les êtres vivants changent au fil des ères géologiques ; les espèces sont apparentées (existences d’ancêtres communs) ; le plus ancien ancêtre identifiable est unicellulaire. Le concept d’ancêtre commun est donc le résultat d’observations très nombreuses qui ne conduisent qu’à cette seule conclusion possible si l’on tient pour vrais les postulats donnés en introduction.

 

Denis soulève ensuite des objections

Pour que cette théorie soit qualifiée de scientifique, elle doit en remplir en quelque sorte, les conditions :
– L’évolution d’un être simple a un être composé et complexe doit être un observé dans la nature (ou constaté) il n’existe aucun témoignage ou preuve scientifique sérieuse mentionnant avoir observé ou déduit l’évolution d’un être vers un autre.
Ce que l’on a observé à ce jour (et Darwin le disait dans son livre bien connu), c’est de légers changements dans certains membres et de plus, on a appuyé ces propos en ayant trouvé des squelettes de créatures mortes qui ressemblaient a ceux des créatures vivantes.
Il a été déduit que la meilleure hypothèse était qu’une espèce a évolué a partir d’une autre. (Colombes et chevaux, vérifiable dans « l’origine des espèces »).

 

D’abord, on peut poser la question de la signification de « passer d’un être à un autre ». La phrase semble indiquer la préexistence des catégories « être A » et « être B » avant même la naissance d’un seul membre du groupe « être B ». Quand la question est ainsi comprise, les gens demandent en fait à voir un oiseau sortir d’un œuf de lézard, ce qui ne se produira jamais. À une telle demande, nulle théorie ne saurait répondre correctement, car elle porte une incohérence interne ; « passer d’un être à un autre » implique deux états fixes, c’est une vision essentialiste incompatible avec le paradigme évolutionnaire. Il faudrait donc ajouter aux postulats de départ que la théorie implique un regard non-essentialiste sur les groupes taxonomiques.

Mais résumons l’objection ainsi : Denis estime qu’aucune preuve empirique de l’évolution n’existe. Et cela est inexact.

Il existe des travaux mettant en évidence l’apparition de nouveaux caractères dans une population (les bactéries de Lenski ). C’est ce que l’on peut trouver de plus proche de la demande « passer d’un être à un autre ». Naturellement, ces travaux portent sur des bactéries et pas sur des animaux car les processus de l’évolution impliquent un grand nombre de générations et un très grand nombre d’individus.

Sauf que les exceptions existent. Un petit lézard, le Podarcis siculus, a étonné les chercheurs en présentant des modifications suffisantes pour parler de spéciation en l’espace d’une trentaine d’années sur une petite île de l’Adriatique (cf source).

 

Les anti-évolutionnistes vont souvent faire des demandes déraisonnables, exiger que ces résultats soient obtenus à des échelles impossibles à obtenir et déclarer unilatéralement que si leur demande n’est pas satisfaite alors la théorie est fausse.

Mais même en l’absence des travaux de Lenski ou de la spéciation de ce Podarcis, nous disposons de tout un ensemble de faisceaux cohérents. Et c’est la nature de la « preuve scientifique » qui est ici en jeu. Les preuves de la théorie de l’évolution se reconnaissent comme telles dans un réseau très complexe impliquant chimie, géologie, glaciologie, océanographie, climatologie, paléontologie, botanique, zoologie, virologie, embryologie, anatomie, génétique, physiologie, immunologie… Ces disciplines sont à la fois indépendantes et intimement liées par des concepts sans lesquels elle ne peuvent fonctionner. Cela signifie que les succès de l’immunologie valident expérimentalement les concepts que cette discipline partage avec toutes les autres, des concepts qui constituent le squelette de la théorie de l’évolution. On peut donc estimer que chaque expérimentation conforme aux attentes du paradigme scientifique est une nouvelle *preuve* de la théorie de l’évolution. Ces preuves sont de nature indirecte, certes, mais elles sont celles qui établissent la cohérence de notre corpus de connaissance.

Il revient aux anti-évolutionnistes (ou à ceux qui doutent un peu trop) de dire quel phénomène, quel résultat serait par eux accepté comme une « preuve » de la théorie de l’évolution. Malheureusement ils ne le font jamais, et par conséquent personne n’est en mesure de leur donner ce qu’ils sont incapables de décrire. Quand il leur arrive de formuler une telle demande, ils disent attendre un « crocoduck », or une telle créature serait au contraire une anomalie aux yeux d’un biologiste de l’évolution. C’est la raison pour laquelle les anti-évolutionnistes ne sont plus considérés comme des interlocuteurs sérieux par les scientifiques.

Deuxième objection

– Un des principaux doutes est aussi que le modèle proposée par la théorie de l’évolution doit être plus claire et plus simple que le fait de croire que tout a été crée a partir de rien.
RIEN dans la nature ne nous permet d’affirmer qu’il est plus facile qu’un être simple se transforme finalement en homme QUE l’homme soit créé ex nihilo.
On pourrait reformuler de la manière suivante : l’explication selon laquelle un ensemble d’atomes et de molécules se sont regroupés au point de donner forme à l’existence d’un homme ne présente pas plus de difficultés que de dire qu’un ensemble de cellules simples qui ont subi des changements dans leurs conditions de « vie » se sont transformées, au cours du temps, en membres d’un corps, totalement différents les uns des autres comme le cerveau dans la tête, la pupille de l’œil etc…

Il y a ici une incompréhension sur le périmètre de la théorie de l’évolution actuelle ; sur ce qu’elle prétend expliquer. L’abiogenèse est l’étude de l’apparition de la vie à partie de matière non-vivante, pas à partir de RIEN. La théorie de l’évolution telle que nous la connaissons aujourd’hui décrit la manière dont le vivant se reproduit, s’adapte, se transforme au fil du temps. Pour l’heure, elle ne décrit pas les mécanismes ayant abouti à la formation des premières cellules vivantes. C’est pourquoi tant de chercheurs y travaillent. Mais cette incomplétude n’affaiblit pas le pouvoir explicatif de la théorie sur les 4 milliards d’années écoulés depuis l’apparition du vivant.

Si l’on veut prendre une métaphore : à partir d’une scène de crime, les chercheurs ont établi qui était sur les lieux, quels événements se sont déroulés dans quel ordre, et qui a tué le Dr Lenoir. Cette explication fonctionne, quand bien même les enquêteurs ne savent pas comment a été fabriquée l’arme du crime à partir d’atomes de fer et de carbone. La théorie de l’évolution n’est pas une théorie du TOUT. Laissons aux chimistes et aux cosmologistes le soin d’apporter leurs éléments de réponse dans cette grande énigme.

Dans son objection, Denis évoque la « simplicité de l’explication ». La simplicité de la théorie de l’évolution réside dans ses hypothèses de départ, dans les entités qu’il est nécessaire d’invoquer pour rendre compte de l’état du vivant. Les mécanismes de la descendance avec modification couplés à la lutte pour la vie induisant le phénomène de sélection naturelle forment l’explication la plus économe pour rendre compte de la structure de la biosphère.

J’ajoute que nous avons une assez bonne idée de la manière dont l’œil des vertébrés a évolué (un oeil monté à l’envers…).

Evolution de l’œil des mollusques

Troisième objection

Il existe un certain nombre de créatures aussi bien des règnes végétal qu’animal inférieurs dont la durée de vie est très courte et, de ce fait, l’homme peut expérimenter le cheminement des transformations de leur corps pendant un grand nombre de générations.
De même, l’expérimentateur a la possibilité de changer leurs conditions de vie de façon très importante.
Or, malgré tout cela, les scientifiques n’ont pas réussi à transformer une espèce en une autre et les seuls résultats qu’ils aient obtenus se résument à un changement des propriétés des végétaux ou des animaux dans une certaine mesure, ou la production d’êtres hybrides par accouplement d’espèces différentes, mais en aucun cas la transformation d’êtres inférieurs en êtres des espèces supérieures.

 

L’idée de règne végétal ou animal est périmée. L’arbre du vivant se sépare en grands domaines dont les frontières sont plus ou moins floues et entre lesquels des transferts de gènes ont lieu via virus et bactéries. L’utilisation de cette terminologie scalaire n’aide pas à comprendre la complexité et la dense réticulation du monde vivant. On décourage également les termes de « supérieur » et « inférieur » sauf quand ils sont liés à une position dans les couches sédimentaires supérieures ou inférieures. En effet, toutes les espèces actuelles sont au même niveau d’évolution sur le tapis roulant du Vivant. Nous marchons de front dans un mouvement d’ensemble où le challenge est de ne pas se laisser distancer sous peine d’extinction. La question sur les changements en laboratoire a reçu sa réponse avec le cas des bactéries de Lenski et du podarcis.

 

 

Des questions idiotes ?

Le message de Denis est un cas particulier, mais il est représentatif des discussions autour de la théorie de l’évolution. Trop souvent ces débats s’enveniment en une escalade stérile d’accusations et d’horions virtuels. Mais les conversations courtoises elles-mêmes sont jalonnées de soupçons parce que les termes utilisés sont trop souvent mal compris ou trop flous. Ceux qui doutent de la théorie de l’évolution ne posent pas que des questions idiotes. Dans son message, Denis montre un réel questionnement et le désir d’être corrigé s’il se trompe.

La difficulté qu’il y a à lui répondre malgré tout réside à mon sens dans le tableau dressé par les deux citations les plus importantes de la biologie de l’évolution :

« Rien n’a de sens en biologie si ce n’est à la lumière de la théorie de l’évolution. » Theodosius Dobzhansky

« Ce qu’il y a de curieux avec la théorie de l’évolution, c’est que tout le monde pense la comprendre. » Jacques Monod

La situation lucidement présentée par ces deux réflexions est évidemment propice aux quiproquos, aux confusions, aux rationalisations et aux chamailleries. Il est impossible d’avoir un débat intelligent au sujet de l’évolution sans s’assurer que l’on comprend bien les mots et les concepts utilisés par notre interlocuteur. Dans un article précédent, j’ai défendu l’idée qu’il faut « écouter les arguments de m€#$£ ! » car ils nous éclairent sur ce qu’attendent ceux qui les utilisent.

De la même manière, il est utile d’écouter les objections sincères soulevées contre l’évolution et les principes darwiniens, sur la réification de la barrière des espèces et l’étonnante capacité de la matière à s’organiser toute seule. J’imagine que les programmes scolaires actuels et futurs sont ou seront conçus de manière à apporter des réponses à ces interrogations bien naturelles.

Pour ce qui est de ceux d’entre nous qui veulent échanger au sujet de ces questions sur les réseaux sociaux, il me semble utile de rappeler qu’avoir raison ne donne pas tous les droits. Dans un débat contradictoire, la connaissance porte une violence symbolique (je l’ai nommée violence épistémique) qui dresse contre elle des barrières psychologiques. Le meilleur moyen de ne pas activer ces défenses est sans doute d’adopter une attitude d’humilité et de questionnement. Dans ma réponse à Denis, je me suis permis d’analyser ses questions pour y trouver les présupposés, les conceptions implicites afin de lui proposer de les abandonner, en justifiant cette attente par les postulats de la théorie dont il est question. Si notre échange avait été un dialogue, je serais bien sûr passé d’abord par une phase de questionnement pour que Denis exprime lui-même ces présupposés et puisse les écarter ou les argumenter.

 

Pourquoi la critique de la théorie de l’évolution est souhaitable.

Au sein du monde scientifique, les idées sont débattues, âprement, et la critique continuelle assure que les idées fausses soient abandonnées tandis que de nouvelles sont mises à l’épreuves. Mais nous ne vivons pas tous dans le monde scientifique. Nous n’avons pas tous accès aux dernières versions des théories les plus complexes. On peut accepter de faire confiance à la science sans chercher à comprendre le détail de ce qu’elle dit, mais si l’on veut défendre une vision du monde éclairée par la science contre des discours qui empruntent leur autorité à des dogmes, alors il faut que notre pratique du débat ne se retourne pas contre-nous. Et aux critiques envers les théories que nous comprenons assez bien pour tenter de les défendre publiquement, nous devons apporter des explications compréhensibles et calibrées pour répondre, non seulement aux arguments, mais aussi aux conceptions erronées et pas toujours formulées qui sous-tendent l’argumentaire.

Ecouter les critiques envers la théorie de l’évolution est aussi un moyen de se mettre à l’épreuve et de se tenir à jour sur ce que dit réellement la théorie, car nul n’est à l’abri de surestimer la compréhension qu’il en a.

 

 

 

16 réponses
  1. Ilian
    Ilian dit :

    Très bonne article mais j’avais un question:
    Quelles sont les critiques scientifiques actuelles sur la théorie de l’évolution ?
    je veux dire c’est un cadre que l’on garde , mais y a t’il des point d’observation qui actuellement ne rentre pas exactement dans le paradigme de l’évolution ? Ou alors des phénomènes qui sont dans la biologie mais qui ne sont pas expliqués par elle ?

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Le paradigme n’est plus en doute.
      De même qu’on ne doute plus de la gravitation ou de la tectonique des plaques.
      Il reste des questions sur l’importance relative des différents mécanismes à l’origine de la distribution des caractères : quels sont les poids relatifs de la sélection naturelle, de l’hérédité acquise (par l’épigénétique notamment), des transferts horizontaux, de la dérive génétique… On reste également ouvert à de nouvelles explications, mais le puzzle est désormais en place et nous offre un aperçu indiscutable sur l’image générale.

      Enfin les histoires particulières de toutes les lignées ne sont pas élucidées. Il reste donc à expliquer beaucoup de faits, cela ne veut pas dire que ces faits sans explication définitive sont une menace pour la théorie actuelle, et encore moins pour le paradigme évolutionnaire.

      J’espère avoir répondu à votre question.

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      • Ilian
        Ilian dit :

        merci pour la réponse,
        Justement lorsque vous parlez de gravitation, je pensais justement à un équivalent potentiel de la relativité générale dans la biologie , quelque chose qui remet en perspective un phénomène qu’on observe ( de fait comprendre la gravitation non plus comme une force mais comme une propriété géométrique de l’espace temps, j’ai l’impression que ça change le truc. )

        Répondre
    • Ronque
      Ronque dit :

      Je connais deux animaux qui invalident complètement la théorie de l’évolution, car ils ne peuvent pas exister tel qu’ils existent selon la théorie, et elle va se faire écrabouiller. J’expliquerai ça plus en détail dans 54 bouquins à venir d’ici les 48 prochaines années.

      Répondre
  2. ML
    ML dit :

    De toute façon, en science, une théorie est consiédérée comme valide tant qu’elle est la meilleure pour expliquer les phénomènes observés, non? C’est seulement si on en trouve une plus adaptée qu’on invalide la première théorie (comme l’hélice d’ADN qui est venue remplacer je ne sais plus quel modèle mais qui n’a jamais été « observée »). Enfin, c’est ce que je me rappelle de mes cours de bio (si je n’ai pas tout compris de travers)

    Répondre
    • A.
      A. dit :

      Pour l’hélice d’ADN, ce n’est pas une théorie, c’est un fait, dûment observé (quand je dis <>, je parle du fait que l’ADN soit la molécule de l’hérédité, l’ADN en lui même est bien sûr observable directement, donc pas vraiment remis en doute non plus).

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  3. GERMAIN Marcel
    GERMAIN Marcel dit :

    Toute la divergence des uns et des autres repose sur le postulat repris ici :  » Le postulat de base est que la matière s’organise toute seule, sans intervention ». Y a t-il pour ça un programme dans la cellule ? Les cellules sont-elles tout simplement crées avec diversités pour en avoir toujours certaines capables de survivre à un environnement défini ?

    Répondre
    • Ronque
      Ronque dit :

      Je pense qu’avant d’arriver aux cellules, on peut tout simplement parler de la matière; les atomes s’agencent selon certaines structures qui leur procurent une plus grande stabilité. Et dans les myriades d’années et d’aléas menant à diverses structures stables, on en obtient de plus en plus stable à environnement donné, puis ces structures obtiennent une capacité d’auto-organisation. Puis d’autres trouzmille années plus tard, ces structures auto-organisatrices s’organisent un peu plus, se compartimentent etc.

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  4. Yoan
    Yoan dit :

    Appeler « Denis » quelqu’un qui est dans le déni, ce n’est sans doute pas un hasard 😉
    Très bon article, qui rappelle bien l’attitude à adopter face à quelqu’un qui a des croyances ou refuse d’entendre des arguments fondés. Je suis tout à fait d’accord que l’humilité est très importante dans ce genre de dialogue, vouloir imposer ses connaissances pouvant être mal perçu et être contre-productif.

    Répondre
  5. Fab
    Fab dit :

    Merci beaucoup pour ce bel article, qui m ‘aide à mieux comprendre et à valider cette theorie. Cependant si elle detruit le discour creationniste religieux, tel qu’il est decrit dans les textes bibliques ou coraniques, je ne vois pas en quoi la theorie de l’evolution invalide la possibilité de la creation de la vie et de l’ensemble de ce qui est, par un quelconque dieu. Le postulat de depart pose un probleme : dire que la matiere s’organise « toute seule » revient a laisser la possibilité de pretendre que le « tout seul » c’est dieu lui même ou son intervention. qu est ce qui a crée la matiere ? qu’est ce qu’il y avait avant ? comment s’ est elle crée? pourquoi ? le « ca se fait tout seul » repond à tout et à rien en meme temps, un peu comme l’idee de dieu d’ailleurs 🙂

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Vous n’avez pas tort.
      Mais le postulat de la matière s’organisant toute seule est nécessaire pour justement chercher ce qu’il se passe. Elle est l’hypothèse nulle, celle qui requiert le moins d’entité : ici la matière seule. C’est pourquoi elle doit être privilégiée pour des raisons épistémiques. Cela ne la rend pas *vraie*, et donc n’élimine pas la possibilité de croire en une action divine. Simplement, ce cadre permet d’envisager toutes les explications et de ne pas s’imaginer avoir tout expliqué en invoquant une forme d’acte magique et impénétrable.

      Répondre
      • A.
        A. dit :

        Ne serait-ce pas plutôt les lois physiques, les entités nécessaires à l’affirmation <> ?
        (ce qui donnerait <>)

        Répondre
  6. MRHA
    MRHA dit :

    Salut,
    Mendax, tu as écrit : « De même qu’on ne doute plus de la gravitation ou de la dérive des continents. »
    Petite précision, mais c’est normal de faire la confusion, tout le monde la fait :

    – La dérive des continents est une théorie formulée par Alfred Wegener entre 1912 et 1933, date de sa mort. Elle est fausse dans sa formulation de l’époque. Les éléments qui sont restés jusqu’à nous ne sont essentiellement que deux : 1. La Pangée et 2.l’idée d’un mouvement horizontal.

    – La théorie actuelle, qui incorpore ces deux éléments et est en contradiction avec la Dérive sur tout le reste (sur des points centraux, elle dit même l’inverse) s’appelle « la tectonique des plaques », elle date essentiellement de 1968, il s’agit ainsi d’une théorie récente qui a d’ailleurs pas mal évolué depuis et continue de se ré-ajuster au gré des nouvelles observations qu’elle essaye d’englober (tout particulièrement depuis le début des années 2000).
    Il s’agit d’un changement de paradigme tel, que la tectonique a plus ou moins remplacé l’ancienne géologie, qu’il n’est alors pas abusif de considérer comme science naissante, où l’essentiel de ce qui a été écrit avant 1962/1965 sur le fonctionnement global de la planète est « à jeter ».

    C’est juste un point de vocabulaire, mais dire qu’on considère que la « dérive des continents » n’est pas remise en cause est un peu « choquant » puisqu’elle n’a jamais été autre chose que remise en cause, depuis sa formulation.

    Bref, je suis chiant mais, la conclusion est : les continents dérivent mais pas comme la Dérive des continents le disait.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      C’est tout à fait exact !
      Je pensais « tectonique des plaques » et j’ai écrit « dérive des continents »
      Merci pour ce commentaire. Je corrige de ce pas.

      Répondre
    • Luke
      Luke dit :

      ouai et on peu dire pareil de la gravitation si on veut être chiant sur les termes, la gravitation est loin d’être parfaitement comprise et est encore sujet a plein de débat scientifique, d’ailleur toute les theorie scientifique sont plus ou moins remise en cause, il n y a guere que les math qui progresse sans jamais remettre en cause les decouverte precedente… ( et encore on doit pouvoir trouver des exemple )

      Répondre

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