Une doctorante lance l’alerte : handicap, intégrité scientifique et violences institutionnelles à l’université
Samar El Hraiki est doctorante contractuelle à Aix-Marseille Université. Son contrat doctoral a été financé au titre du handicap, dans un cadre censé garantir l’accès à la recherche à des personnes dont le parcours nécessite des aménagements spécifiques.
Samar El Hraiki n’est pas entrée en thèse par faveur. Elle était major de sa promotion. Le financement handicap a permis à l’université de mobiliser une enveloppe spécifique, d’augmenter ses capacités de recrutement et, selon les pièces produites, de soustraire un autre candidat à la concurrence directe avec elle dans le concours commun.
Les pièces du dossier décrivent une trajectoire préoccupante : isolement, difficultés d’accès à un bureau adapté, conflits autour du matériel de recherche, tensions d’encadrement, problèmes de rémunération d’heures d’enseignement, atteintes alléguées à la confidentialité médicale, rupture du cadre doctoral et risque de non-réinscription.
C’est l’histoire d’une chercheuse fragilisée par son environnement doctoral, mais aussi d’une requérante qui documente les faits, défend ses protocoles de recherche, saisit les autorités compétentes, produit des mémoires, confronte les affirmations administratives aux pièces disponibles et rend visibles des mécanismes qui dépassent son seul cas.
Les qualifications juridiques appartiennent aux autorités compétentes. Harcèlement moral, discrimination liée au handicap, violation du secret médical, défaut de protection, atteinte à l’intégrité scientifique ou mise en danger devront être établis dans les procédures en cours. Aix-Marseille Université conteste les qualifications retenues par la doctorante ; les juridictions saisies devront trancher.
Cet article s’appuie sur les pièces transmises par Samar El Hraiki : mémoires, courriers, alertes médicales, échanges administratifs, pièces de procédure et documents relatifs au suivi doctoral.
Des alertes répétées
Depuis 2023, Samar El Hraiki signale une dégradation de ses conditions de travail : remarques et pressions liées à son handicap, isolement professionnel, absence ou inadéquation du poste de travail, défauts allégués d’aménagements raisonnables, tensions d’encadrement et atteintes alléguées à la confidentialité médicale.
Les comités de suivi individuel relèvent des difficultés substantielles tout en reconnaissant la qualité scientifique de son travail. La médecine du travail, des avocats, des représentants syndicaux, le CNRS, le ministère, le Défenseur des droits et le tribunal administratif sont ensuite saisis ou informés.
En juillet 2024, l’avocate de Samar El Hraiki demande à Aix-Marseille Université la protection fonctionnelle. Elle invoque un harcèlement moral, une discrimination liée au handicap, une atteinte à la dignité, un défaut de protection, des préconisations médicales restées sans effet, un risque suicidaire et un risque d’éviction du parcours doctoral. Les mêmes alertes sont adressées au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ainsi qu’au CNRS.
La saisine rappelle également qu’un suicide de doctorant était déjà survenu dans l’environnement universitaire concerné. Cette donnée rendait les alertes relatives à l’isolement, à la santé mentale et aux risques psychosociaux encore plus difficiles à minimiser.
Aix-Marseille Université rejette la protection fonctionnelle, en estimant que les éléments fournis relèvent d’allégations insuffisamment justifiées. Ce refus est contesté devant le tribunal administratif.
Un conflit qui touche aussi à l’intégrité scientifique
La thèse de Samar El Hraiki porte sur la mémoire, étudiée par des méthodes de psychologie expérimentale et de neurosciences cognitives, avec un intérêt particulier pour la dépression et les émotions.
Les documents disponibles ne décrivent pas une doctorante en échec. Les comités de suivi relèvent la qualité de son travail scientifique, tout en signalant des conditions d’encadrement, d’accès au matériel, au budget, au bureau qui empêchent la thèse d’avancer normalement.
Samar El Hraiki dénonce notamment l’intervention d’un ingénieur extérieur à son encadrement doctoral, qui aurait cherché à imposer ou orienter des modifications de son protocole expérimental hors du cadre normal de validation scientifique. Elle signale aussi des inquiétudes sur l’appropriation ou la déviation de ses travaux, ainsi qu’une saisine du référent intégrité scientifique. Selon Samar El Hraiki, son protocole, ses choix méthodologiques et la reconnaissance de ses contributions ont été exposés à des pressions ou interventions illégitimes. Altérer un protocole, orienter des analyses, brouiller la traçabilité des contributions ou fragiliser l’attribution d’un travail de thèse touche directement à l’intégrité scientifique.
Une doctorante doit pouvoir défendre des résultats dont elle maîtrise les conditions de production, les données, les versions de travail, les choix méthodologiques et les attributions. L’université doit garantir que ces éléments ne dépendent pas d’arbitrages informels dans un environnement d’encadrement conflictuel.
Le rôle problématique d’Alice Guyon
Au printemps 2024, Alice Guyon reprend officiellement la direction d’une thèse déjà fragilisée. Elle suit d’abord certains échanges scientifiques, notamment autour du protocole et du comité d’éthique. Mais, un an plus tard, le comité de suivi du 16 juin 2025 constate que cette nouvelle direction ne suffit pas à sécuriser la fin de thèse : Samar El Hraiki doit encore obtenir des validations scientifiques extérieures, les échanges avec sa directrice doivent être encadrés, et la question de la compétence disciplinaire de l’encadrement reste posée. La réunion du 21 juillet 2025 aggrave encore la situation : les pièces rapportent des propos contestés, des excuses partielles et une direction qui ne garantit plus un cadre clair pour terminer le travail.
Le profil public d’Alice Guyon aggrave l’inquiétude. Elle dirige la publication de la revue HEGEL et préside l’Association pour la revue HEGEL. La revue se définit comme « la revue de santé intégrative » et revendique la diffusion d’un champ où se côtoient recherche, soin, bien-être et pratiques thérapeutiques contestées.
Les thématiques associées publiquement à son parcours incluent la transe cognitive auto-induite, l’hypnose, la méditation, la PNL, la nutri-puncture, le qi gong, le tai-chi, le yoga, les pratiques corps-esprit et le vocabulaire du « dialogue des paradigmes ». Sa page institutionnelle indique qu’elle développe des recherches sur les états modifiés de conscience et leurs effets sur les mémoires traumatiques.
La revue HEGEL fonctionne comme un outil de légitimation académique de la santé intégrative. Elle ne se contente pas d’étudier des pratiques controversées depuis l’extérieur ; elle participe à leur diffusion, à leur mise en réseau et à leur entrée dans l’espace universitaire avec les signes extérieurs de la recherche académique.
Cette situation relève d’un entrisme pseudoscientifique : donner à des pratiques peu ou mal étayées les codes, les lieux et la respectabilité de l’université.
Le problème ne se limite pas à une curiosité personnelle pour des objets frontières. Alice Guyon apparaît publiquement dans des espaces où la science sert de caution à des discours beaucoup plus aventureux. Elle a partagé l’affiche avec Philippe Guillemant dans une rencontre intitulée « Temps, Oracle et Conscience », aux côtés du père Gérard Berrier, dans le cadre des Rencontres du Fil d’Or[1]. Elle figure aussi dans l’écosystème de De la Connaissance à la Joie, programme de Philippe Guillemant qui associe conscience, synchronicités, physique quantique, multivers, EMI, OVNI, intuition et « réalité non locale ». Elle cosigne avec Philippe Guillemant un texte avançant qu’une « conscience gravitationnelle quantique » pourrait permettre au cerveau d’agir sur des branches de l’espace-temps[2].
Confier la fin d’une thèse déjà fragilisée à une chercheuse aussi engagée dans la promotion de paradigmes alternatifs, pour le dire poliment, exposait Samar El Hraiki à un risque supplémentaire : un encadrement insuffisamment arrimé aux standards méthodologiques de son champ. Elle avait besoin d’une direction disciplinaire solide, et l’Université avait le devoir de la lui fournir.
La crise de novembre 2025
À l’automne 2025, Samar El Hraiki saisit le juge des référés pour obtenir des mesures concrètes : encadrement scientifique opérationnel, bureau fonctionnel, matériel, calendrier de soutenance, convention de formation, canal écrit sécurisé, référent risques psychosociaux, neutralisation des contacts avec les personnes mises en cause et aménagements raisonnables. Le référé est rejeté.
Dans les jours qui suivent, une alerte suicidaire formelle est émise par la médecine préventive, puis un signalement de danger grave et imminent. Samar El Hraiki soutient qu’aucune mesure conservatoire effective, aucune enquête DGI[3] et aucune protection concrète n’ont suivi cette alerte.
À ce moment-là, Samar El Hraiki ne parvient plus à porter seule le dossier. C’est un représentant syndical qui reprend une partie des démarches : il écrit à la présidence d’Aix-Marseille Université, rappelle l’alerte suicidaire, le signalement de danger grave et imminent, les avis médicaux et les recommandations du comité de suivi, puis demande des réponses sur les mesures de protection réellement prises. Sans ce relais, la doctorante aurait dû continuer seule à alerter l’institution qui était précisément mise en cause dans sa situation.
Une enquête du CNRS est diligentée en décembre 2025.
Une alerte médicale sur un risque suicidaire impose une réaction immédiate et documentée. L’institution doit réduire les contacts à risque, sécuriser la situation administrative, clarifier l’encadrement et tracer ses décisions. Dans ce dossier, Samar El Hraiki décrit au contraire une situation où elle doit continuer à relancer, produire des mémoires, transmettre des pièces médicales, demander l’audiencement, défendre sa réinscription et préserver sa soutenance alors qu’elle est en arrêt maladie.
Une lanceuse d’alerte sur la condition doctorale
Samar El Hraiki n’est pas seulement l’objet de cette affaire. Elle en est la principale documentariste. Au fil des années, elle a reconstitué la chronologie des faits, conservé les échanges, confronté les déclarations administratives aux documents institutionnels, saisi les autorités compétentes et défendu la continuité de son travail scientifique.
Les pièces décrivent à la fois une doctorante fragilisée par son environnement institutionnel et une chercheuse qui construit, face à lui, une démonstration structurée, documentée et vérifiable. En rendant son dossier public, Samar El Hraiki ne demande pas seulement que sa situation individuelle soit regardée. Elle alerte sur les conditions dans lesquelles de nombreux doctorants travaillent, se taisent, s’épuisent ou quittent la recherche, parfois au vu et au su de tous.
Lorsqu’une institution protège ses équilibres internes, ses hiérarchies et ses réseaux plus fermement que la qualité du travail, la vérité des faits et les personnes compétentes, elle ne produit pas seulement de l’injustice individuelle. Elle détériore les conditions mêmes de production du savoir.
Une dette pour défendre ses droits
Samar El Hraiki s’est endettée pour agir en justice. Elle a dû mobiliser des avocats, produire des documents, répondre à l’université, saisir les juridictions et soutenir une procédure lourde face à une institution dotée de services juridiques, de directions administratives et de ressources considérables.
Cette dette s’ajoute à une situation médicale et professionnelle critique. Son contrat doctoral approche de son terme, son parcours reste incertain, sa soutenance est menacée, et les démarches nécessaires exigent encore du temps, de l’argent et de l’énergie.
Une doctorante ne devrait pas avoir à choisir entre se soigner, terminer sa thèse et financer seule sa défense.
L’engagement de l’ASTEC
L’ASTEC estime que Samar El Hraiki doit recevoir une aide concrète. À ce stade, elle porte seule une charge financière et procédurale disproportionnée.
L’ASTEC ne peut pas, seule, absorber le coût d’un soutien juridique à une chercheuse qui porte un dossier aussi lourd contre son université. C’est pourquoi nous ouvrons une collecte permanente sur HelloAsso.
L’ASTEC gère depuis trois ans un Fonds Justice alimenté par une collecte qui a permis de couvrir les frais liés aux procédures judiciaires auxquelles j’ai été confronté dans le cadre de mon travail. Le fonds est très entamé, et les besoins de protection restent bien réels.
Si la collecte du Fonds Justice permet de réunir la somme nécessaire, l’ASTEC s’engage à venir en aide à Samar El Hraiki à hauteur de 10 000 euros, c’est-à-dire le niveau de son endettement actuel. La destination des sommes sera communiquée par l’ASTEC, qui assure la gestion du fonds.
Comme dans les affaires qui me concernent, les sommes éventuellement accordées par la justice au titre du remboursement des frais de procédure seront reversées au Fonds Justice, afin de pouvoir être mobilisées dans de futurs dossiers. L’usage des sommes engagées sera rendu public par l’ASTEC.
Soutenir Samar, défendre une exigence académique
L’aide demandée doit permettre à Samar El Hraiki de continuer la procédure sans porter seule le coût financier d’un dossier qui concerne aussi l’université publique, la protection des doctorants en situation de handicap et l’intégrité de l’encadrement scientifique.
Soutenir cette collecte, c’est permettre qu’un dossier grave soit instruit, sans que la partie la plus faible ne s’écroule avant son terme. C’est aussi refuser qu’une doctorante qui défend son travail scientifique, documente les faits et alerte les autorités soit laissée seule face au coût de cette démarche. Nos Universités nous montrent souvent qu’elles ne savent pas, à l’heure actuelle, assumer correctement leur mission de défense de l’intégrité scientifique. C’est ici une occasion d’œuvrer en ce sens.
L’ASTEC appelle donc à soutenir le Fonds Justice afin que Samar El Hraiki puisse défendre ses droits, son travail scientifique et son alerte dans des conditions moins inégales.
Acermendax
[1] https://www.youtube.com/watch?v=hcQ383lH04w
[2] Guillemant, Philippe & Guyon, Alice. (2024). Quantum Gravity Consciousness Could Cause Brain Controlled Atemporal Evolution of Space-Time. 10.32388/G7A24R.
[3] danger grave et imminent.



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