Que savons-nous de l’après-vie ?
Émission enregistrée en direct le 16 décembre 2025
Éditorial
Nos concitoyens ont tous droit au respect, et en particulier au respect de leur liberté de conscience. Je trouve très important que chacun ait le droit de croire des choses qui me déplaisent, et inversement. Cela n’implique aucunement que les idées ou les croyances devraient être respectées en elles-mêmes, au contraire : on ne peut respecter pleinement les gens que si nous refusons de reconnaitre aux idées des droits qui pourraient empiéter sur ceux des individus.
Ces valeurs étant posées, je défends qu’il faut respecter les gens qui croient que les ovnis sont liés à des activités extraterrestres ou paranormales. Je pense qu’ils ont tort d’avoir de telles certitudes ; je pense que beaucoup d’histoires qui circulent sont non seulement fausses mais aussi ridicules, et je suis convaincu de l’escroquerie totale que représente les prétentions de channeling de certaines personnes qui revendiquent d’être en contact avec Ashtar Sheran ou toute autre entité surhumaine. Ce sont des fariboles. Et néanmoins je ne traite pas d’idiots ou de fous les tenants-croyants de ces histoires.
Je défends qu’il faut respecter ceux qui croient au pouvoir curatif des cristaux, idée commerciale injectée un peu partout avec une rhétorique qui n’a rien à envier aux discours sectaires, d’ailleurs ces mondes avancent main dans la main. Il faut respecter ceux qui croient en l’astrologie, en l’homéopathie, en la bonté de la main invisible du marché et aux bienfaits du ruissellement économique, au roman national, à la télépathie ou aux miracles. Mais les respecter n’a rien à voir avec l’obligation d’être d’accord pour croire toutes ces bêtises.
Je défends qu’il faut respecter les gens qui croient que Jésus est le fils de Dieu, mais aussi Dieu en personne, et qu’il reviendra juger tous les humains sur la base d’une morale périmée qui maintient dans l’ignorance et la terreur de trop nombreux humains. Évidemment je n’ai aucun respect pour ces croyances délétères. Je défends qu’il faut respecter ceux qui croient que Mahomet est le dernier prophète du créateur du cosmos et qu’il faut en tout point chercher à lui ressembler, alors même que c’était un criminel de guerre cupide, libidineux, ignorant, sectaire et violent. Je pourrais décliner à l’infini… et rappeler mon respect pour ceux qui croient en la divinité de la Torah qui est remplie d’épisodes de massacres et de génocides justifiables quand ils sont commis par un peuple élu. Croyance révoltante et néfaste.
Je voulais donner des exemples parlants et nombreux avant d’aborder le thème de ce soir : celui des histoires sur la vie après la mort, et des multiples raisons que l‘on donne pour étayer la véracité de l’existence d’une âme détachée du corps dans laquelle, d’une manière ou d’une autre, se nicherait notre véritable essence, notre identité, notre immortalité.
— Pour être un rationaliste militant respectable, il faut prendre au sérieux les croyances des gens, et cela peut nous rendre désagréable comme le sont les amis qui nous mettent face à nos contradictions, qui osent nous dire « non, là tu déconnes » précisément parce que ce sont des amis et qu’ils tiennent à nous, et donc refusent de nous laisser nous enfoncer dans nos erreurs.
C’est l’humanisme et pas la mesquinerie qui est le socle de la critique sceptique des discours qui prétendent dire le vrai au-delà de ce que permet l’examen rationnel du monde. Dans La Tronche est à VOUS l’idée est donc d’échanger dans la bonne humeur avec des croyants et des sceptiques et de chercher à comprendre pourquoi les uns croient ceci tandis que les autres doutent de cela.
Ma position personnelle, vous la connaissez si vous avez lu mon livre « La vie après la mort ? Une approche rationnelle » dont la seconde édition est sortie il y a peu. Ou si vous avez regardé la vidéo d’une heure dix-sept dans laquelle j’explique ma conception de la posture rationnelle sur cette question. Le but n’est pas de me répéter, mais d’échanger et d’apporter des nuances ou des développements.
Vous êtes donc invités à vous connecter sur le Discord AgoraTronche ; que vous soyez chercheur en neurosciences, en anthropologie, en que sais-je, ou bien simple témoin, simple curieux, ou encore fermement convaincu d’avoir raison de croire ce que vous croyez, et cela sera d’autant plus intéressant que vous aurez un avis différent du mien. — Alors c’est parti.
Acermendax



Quelques problèmes de rigueur des citations dans votre livre sur les EMI. Je précise que je n’ai pas vérifié toutes les sources, loin de là, donc il y a peut-être d’autres erreurs. Je les poste dans des commentaires différents afin que vous puissiez y répondre de manière claire.
1) Remarque générale sur qualité des sources : de nombreuses sources sont pas scientifiquement valides car non relues par des pairs (comme Wikipédia ou le blog « The Skeptic ») ou faibles (sites de pre-print comme Academia). Academia passe encore, mais des blogs zététiques comme « The Skeptic » n’ont pas la neutralité métaphysique requise pour traiter ce type de sujet.
2) p.31 : « les thèses du Dr Parnia sont reçues très sévèrement par la communauté scientifique… »
Les deux références citées (27) ne sont ni scientifiques (Wikipédia + un blog) ni sévères (la section de la page Wikipédia qui parle de AWARE est tout à fait neutre).
3) p.41 : « Un lien entre anoxie et EMI a bien été mis en évidence par Susan Blackmore… »
Pas vraiment : si on consulte la source (39), au mieux un lien potentiel est théorisé, avec de très grosses réserves. Encore moins un lien de causalité. Et pourquoi essayer de démontrer un tel lien alors qu’on sait qu’il peut y avoir EMI sans anoxie !?
4) p.42 : « l’examen de ces données montre qu’il est impossible de conclure dans un sens ou dans l’autre… »
Bah si : les données de l’article de van Lommel, même si elles n’ont pas été traitées rigoureusement, permettent de conclure à un changement positif chez les patients. Et même la source que vous citez (40) confirme cet effet, même si il est légèrement moins marqué. Cet effet est confirmé par d’autres études (voir sources à 48:00 dans ma 2eme vidéo) et cet effet est clair lorsqu’on écoute les témoignages. Oui c’est subjectif, mais qui mieux que soi-même peut dire que sa vie a été affectée positivement ?
5) p.58 : « Cette distorsion temporelle n’a rien de mystérieux… »
L’étude citée (56) montre une élongation du temps de 36%. C’est largement insuffisant pour expliquer les distorsions rapportées par les expérienceurs (vécu subjectif de plusieurs heures, voir plusieurs jours, versus un temps objectif de quelques secondes/minutes).
La deuxième étude citée (57) parle de… tout à fait autrechose ! Cette étude ne parle ni de près ni de loin de distorsion temporelle, rien à voir. Certainement une erreur dans vos refs, mais du coup le problème de la distorsion temporelle reste mystérieux. J’ai trouvé une source qui en parle mieux (voir ma 3eme vidéo à 13:10).
6) p.59 : « Ce travail illustre comment des sensations similaires peuvent émerger dans des contextes neurophysiologiques très différents… »
Pas du tout : La source (60) montre au contraire que les expériences sont complètement différentes, et l’article conclue en invitant à clarifier dans le futur la pertinence des explications matérialistes et réductionnistes ! Avez-vous lu l’article ?
7) Citation de sources contradictoires : Blackmore (explication neurophysiologique du tunnel) et Kellehear (explications culturelles). C’est quoi la bonne ?
8) p.87 : idée fausse : « les EMI surviennent lors d’un arrêt cérébral complet »
La source citée (85) ne vient pas appuyer que cette idée serait fausse. L’étude dit seulement que lors du processus de mort (irréversible dans ce cas), on observe un sursaut d’activité cérébrale avant l’arrêt complet. Mais on ne sait pas si les sujets ont fait une EMI : ils sont morts ! Et quand bien même ils en auraient fait une, ça ne nous dit toujours rien puisqu’on ne peut pas établir la simultanéité des deux phénomènes. Donc doublement faux…
9) p.81-85 : S’interroger sur le paradigme survivaliste
Toute cette section n’est pas sourcée, mais elle aurait gagné à l’être, comme par exemple quand vous dites « les modèles de la physique nous disent qu’il n’y a pas de nouvelles interractions à découvrir… » ! Vous mélangez matérialisme épistémologique (nécessaire pour faire de la science) et matérialisme ontologique. Je ne peux pas tout débunker par écrit, mais allez voir ma 3eme vidéo, de 19:35 à 35:00 pour la critique de cette partie. Vous affirmez également des choses sur le lien conscience-cerveau sans aucune preuve et je vous invite à voir ma vidéo « Le dogmatisme sceptique face à la Conscience » pour de comprendre que votre position est biaisée.
10) Pour finir, je vous suggère un article récent de Greyson, que vous citez à plusieurs reprises, qui remet en cause de manière modérée mais solide le modèle NEPTUNE (similaire à celui défendu dans votre livre) :
Greyson, B., & Pehlivanova, M. (2025). A neuroscientific model of near-death experiences reconsidered. Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice. Advance online publication. https://doi.org/10.1037/cns0000448