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Mathilde Panot – Le complotisme ne soigne pas le cancer

« Je ne porterai pas le ruban d’Octobre rose », annonce Mathilde Panot dans une vidéo publiée le 9 octobre. Elle dénonce le « cynisme absolu » de cette campagne, évoque des industriels qui vendraient à la fois « le poison qui vous rend malade » et les traitements contre le cancer, puis convoque les pesticides, Syngenta, Israël et la colonisation des territoires palestiniens, avant de réclamer un « Octobre colère ».

Attention : Octobre rose n’est pas une opération sacrée, à l’abri de toute critique. Dès 2015, le British Medical Journal consacrait un article aux dérives du « pinkwashing » : des entreprises récupérant le ruban rose pour vendre leurs produits et améliorer leur réputation, parfois au mépris des enjeux sanitaires.

La même année, une étude publiée dans Addiction recensait 17 exemples de campagnes associant des boissons alcoolisées à la lutte contre le cancer du sein, alors que l’alcool est un facteur de risque établi de cette maladie. On peut légitimement interroger le financement, la communication et les priorités de ces campagnes, ainsi que la manière dont elles présentent les bénéfices et les risques du dépistage.

  • Mart, S., & Giesbrecht, N. (2015). Red flags on pinkwashed drinks: Contradictions and dangers in marketing alcohol to prevent cancer. Addiction, 110(10), 1541–1548.
    https://doi.org/10.1111/add.13035

 

Mais Mathilde Panot s’y prend de la pire des manières.

Sa vidéo mobilise les ressorts classiques d’une rhétorique complotiste : elle assemble des faits réels, leur attribue des relations causales imaginaires et exploite la défiance envers les multinationales pour suggérer une entreprise criminelle dont elle ne démontre jamais l’existence.

Ainsi, elle affirme que Syngenta « s’appelait avant l’Imperial Chemical Industries ». C’est faux : Syngenta est née en 2000 de la fusion des activités agrochimiques de deux groupes, AstraZeneca et Novartis, dont l’histoire industrielle remonte notamment à ICI.

Elle prétend également qu’ICI aurait lancé la campagne de sensibilisation au cancer du sein en 1985 parce que son marché pharmaceutique était « trop restreint » et qu’il fallait « l’élargir ». Où sont les preuves de cette intention ? La participation d’ICI à cette campagne est historique, mais le mobile commercial qu’elle lui prête reste à démontrer.

Et surtout, quel raisonnement permet de conclure que les mêmes industriels provoquent les cancers dont ils vendent les traitements ? Il existe des données scientifiques sérieuses sur les dangers de certains pesticides, mais elles n’établissent pas le scénario accusatoire présenté par Panot.

Avec ce raisonnement, on pourrait aussi accuser les constructeurs automobiles de cynisme lorsqu’ils font la promotion de leurs airbags : ils fabriquent des véhicules qui provoquent des accidents mortels, puis vendent les équipements destinés à en réduire les conséquences. Voilà donc des industriels qui profitent deux fois du danger qu’ils créent ! Il suffirait de dénoncer leur « double profit » pour discréditer leurs campagnes de sécurité routière. J’espère que cela vous semble absurde.

Quant au détour par Israël et les terres palestiniennes, il vient charger politiquement le récit sans apporter la moindre preuve concernant les causes du cancer du sein.

 

Cette communication est particulièrement préoccupante lorsqu’elle vise une campagne consacrée à une maladie qui a provoqué 12 765 décès en France en 2023. Selon une évaluation de l’Institut national du cancer publiée en mars 2026, les dépistages organisé et individuel auraient permis d’éviter environ 23 000 décès entre 2004 et 2018. Ce chiffre est issu d’une modélisation, mais il témoigne de l’importance sanitaire du dépistage précoce.

La question du cancer mérite mieux qu’une instrumentalisation partisane, et une élue a mieux à faire que de contribuer à jeter le soupçon sur une campagne qui encourage les femmes à s’informer et à se faire dépister. Mathilde Panot n’appelle pas explicitement à renoncer aux mammographies, mais son discours n’apporte aucune information permettant d’améliorer les décisions de santé. Il risque, en revanche, de nourrir une défiance aux conséquences potentiellement graves.

Je ne comprends pas cette communication irresponsable et confusionniste. J’ose croire que le parti qu’elle représente va prendre ses distances.

Acermendax
1 réponse
  1. Max
    Max dit :

    Euh, on ne lit plus ses sources, tel un vulgaire complotiste ?

    « Meanwhile, in the United Kingdom, a company called Imperial Chemical Industries (ICI), was world-renowned as the country’s largest chemical manufacturer. Founded in 1926, its agricultural division would later play a crucial role in our company. »

    La lignée étant revendiquée, comme cruciale, en quoi ce toni-truant « C’est faux » se justifie-t-il ? Tout ça pour finir sur un « notamment à ICI », qui je le/me répète est revendiqué crucial par leur propre site web… Je… Pas trop envie de finir de lire cet article pour le moment, si je change d’avis je vous en ferais part avec (dé)plaisir.

    Au passage, il serait parfois judicieux de ne pas confondre méfiance légitime et complotisme.

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