Les meilleurs des miracles : #1 La guérison de Pierre de Rudder

Je prépare un débat à propos de miracles qui seraient (ou ne seraient pas) validés par la science. Matthieu Lavagna m’a envoyé une liste de cas qu’il souhaite défendre afin que je me documente et qu’un échange puisse avoir lieu de vive voix. J’ai commencé à travailler sur ces cas. Puis il a modifié cette liste, et mon travail serait perdu si je ne le partageais pas avec vous.

Aussi je vous présente ce qu’il juge être l’un des cas les plus convaincants d’un véritable miracle, une intervention divine du créateur de l’univers, assorti de preuves indéniables. En attendant le débat qui aura lieu dans quelques jours et sera diffusé à une date encore inconnue, j’espère que cette lecture vous sera profitable.

 

L’allégation

Le cas de Pierre De Rudder est souvent présenté comme l’un des plus grands miracles de guérison associés à Lourdes, même s’il a lieu au sanctuaire d’Oostakker, près de Gand, consacré à Notre-Dame de Lourdes. En 1867, De Rudder, ouvrier agricole belge, est gravement blessé à la jambe gauche par la chute d’un arbre : les récits favorables au miracle parlent d’une fracture ouverte du tibia et du péroné, avec suppuration durable, mobilité anormale de la jambe, plaies persistantes et impossibilité de consolidation malgré les soins reçus. Après huit années d’invalidité, il se rend en pèlerinage le 7 avril 1875 et aurait été guéri instantanément : il aurait retiré ses bandages, constaté la disparition des plaies, puis marché normalement. L’argument apologétique repose sur l’idée qu’une telle consolidation osseuse, si elle a vraiment été instantanée après huit ans de pseudarthrose suppurée, dépasse radicalement ce que la médecine peut expliquer. Pour les défenseurs du miracle, les témoignages, les enquêtes ecclésiastiques, les examens ultérieurs et les traces osseuses conservées feraient converger le dossier vers une guérison soudaine, complète et durable, donc vers une intervention surnaturelle.

Le point décisif, dans leur argumentaire, consiste à dire : une jambe dans cet état ne peut pas se ressouder naturellement en quelques instants ; si l’état initial est bien établi, le miracle devient l’explication la plus raisonnable.

 

Sur quoi repose le dossier ?

  • Des témoignages affirment que la jambe était encore dans cet état non consolidé tout près du pèlerinage, avec des fragments d’os visibles, une plaie purulente et une torsion possible du membre.
  • Les mêmes témoignages ajoutent que, le 7 avril 1875, la guérison aurait été immédiate : disparition de la douleur, marche sans béquilles, plaies cicatrisées, consolidation des os.
  • Des enquêtes ecclésiastiques, à partir de témoignages de médecins ou de notables
  • Les défenseurs du cas invoquent aussi parfois une exhumation en 1899 et des radiographies, comme le fait par exemple une page de la FIAMC. Même en acceptant ces éléments, ils prouvent au mieux l’existence d’une ancienne fracture consolidée ; ils ne prouvent pas que la consolidation s’est produite instantanément le 7 avril 1875.

 

Analyse critique

  • NB : Ce cas a été débunké par Adrien Delcour en 2014. Son travail, disponible ici, n’a jamais reçu de réponse.

Le cas De Rudder illustre exactement le problème des miracles médicaux anciens. Personne ici ne conteste qu’une fracture ouverte grave ait existé après l’accident de 1867, c’est possible, cela ne pose aucun problème en soi. La question décisive porte sur autre chose : dans quel état se trouvait réellement la jambe juste avant le pèlerinage de 1875 ? Il est important de souligner que les médecins traitants ne signent aucune attestation écrite : pourquoi ? Le témoin médical central, le docteur Van Hoestenberghe, n’était pas le médecin traitant ; ses déclarations tardives deviennent beaucoup plus spectaculaires que ses premières lettres de 1875, retrouvées seulement en 1956. Les enquêtes poussées sur ce cas arrivent surtout dix-huit ans après les faits. On peut s’accorder sur le fait qu’une jambe dans l’état décrit par les récits apologétiques ne se ressoude pas instantanément. C’est impossible, et donc ce n’est pas arrivé jusqu’à preuve du contraire.

Mais en revanche, il faut aussi admettre que le dossier laisse ouverte la question décisive : la jambe était-elle encore dans cet état la veille du pèlerinage ? Le dossier établit une ancienne fracture consolidée ; il établit beaucoup moins solidement la date, la vitesse et les conditions exactes de cette consolidation.

Le récit que l’on nous livre et qui constitue la totalité du dossier, est présenté comme un cas particulièrement solide d’intervention divine, car aucune autre explication ne serait possible. En réalité on peut envisager bien des scénarios, et notamment que les gens qui racontent cette histoire aient exagéré ou inventé des détails. Cela n’aurait rien d’extraordinaire.

 

Questions à se poser

  • Quel document médical contemporain établit l’état précis de la jambe dans les jours précédant le pèlerinage ?
  • Les médecins traitants ont-ils signé une attestation écrite confirmant que la fracture était encore ouverte, suppurée et non consolidée juste avant le 7 avril 1875 ?
  • Si le dossier prouve une ancienne fracture, mais échoue à prouver l’instantanéité de la consolidation, pourquoi parler d’une violation de la biologie plutôt que d’un récit tardivement reconstruit ?
  • Certains évoquent une exhumation du corps et des radiographies faites des décennies plus tard. Si cela est vrai, qu’est-ce que cela prouve de plus au sujet de ce qui a pu se dérouler le 7 avril 1875 ?

 

Acermendax
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