Le Comité Para & la question de l’entrisme pseudoscientifique

Cet échange avec le comité a lieu dans le contexte d’un travail d’analyse que je réalise sur les productions, les déclarations et la trajectoire de Renaud Evrard au sein du mouvement sceptique… tout en étant un défenseur des croyances paranormales, jusque dans l’Université.

Voir mes autres billets :

  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
  4. Evrard & Rabeyron, 2012 |Psychanalyse, télépathie et refuge clinique du psi
  5. Renaud Evrard chez Brice Perrier : quand la science sert de vernis aux récits extraordinaires
  6. Renaud Evrard | quand une thèse primée à l’Université de Lorraine légitime la conscience non locale
  7. Renaud Evrard chez La psychologie pour tous | l’accueil clinique comme cheval de Troie du paranormal
  8. Renaud Evrard dans Inexploré : le paranormal c’est quantique
  9. Renaud Evrard | Autisme et Rorschach : anatomie d’un retour en grâce trop commode

Lettre au comité Para

Email envoyé le 14 mai 2026

 

Objet : Demande de clarification au sujet de la place de Renaud Evrard au sein du Comité Para

 

Chers confrères en scepticisme,

Je me dois de vous écrire au sujet de la place occupée par Renaud Evrard dans l’environnement du Comité Para, notamment au sein de l’équipe éditoriale de votre revue Scepticisme scientifique.

Depuis plusieurs jours, je publie sur La Menace Théoriste une série d’articles consacrés à ses prises de position, à ses réseaux et à l’usage qu’il fait de son autorité universitaire dans des espaces où le paranormal, la parapsychologie, la psychanalyse et certaines approches métaphysiques bénéficient avec son concours d’un vernis académique. Les premiers textes portent en particulier sur sa défense de la psychanalyse et sur la manière dont il mobilise le vocabulaire clinique, universitaire et historique pour faire passer des positions métaphysiques sous les apparences d’un travail académique.

 

Je tiens à vous alerter car je crains que le Comité Para se trouve face à un cas d’entrisme caractérisé. Une personne défendant depuis longtemps des croyances, des méthodes et des valeurs profondément opposées au scepticisme scientifique a-t-elle pu s’installer dans une structure sceptique, y exercer une influence, et bénéficier ainsi d’une respectabilité que ses prises de position publiques auraient dû rendre beaucoup plus problématique ?

Cette question concerne directement la crédibilité de votre revue. Un journal intitulé Scepticisme scientifique peut difficilement conserver toute son autorité si l’un de ses fondateurs et membres de son équipe éditoriale occupe, dans le même temps, une position durable de légitimation savante de la parapsychologie, des « expériences exceptionnelles » et de cadres métaphysiques présentés sous un vocabulaire clinique ou académique.

Je pèse mes mots. Cette affaire engage l’image du Comité Para, mais aussi celle du mouvement sceptique francophone. Renaud Evrard a longtemps bénéficié d’une réputation d’universitaire prudent, ouvert au dialogue avec les sceptiques. J’y ai moi-même cru : il y a onze ans, je lui proposais de préfacer un ouvrage. J’ai réparé cette erreur dans la réédition du livre. Les éléments que je rassemble aujourd’hui dessinent la trajectoire d’un acteur qui mobilise la psychologie clinique, la psychanalyse et l’histoire des « expériences exceptionnelles » pour faire entrer dans le champ académique des positions qui relèvent d’abord de la parapsychologie et de la métaphysique.

 

Voici les analyses que j’ai déjà publiées

  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
  4. Evrard & Rabeyron, 2012 |Psychanalyse, télépathie et refuge clinique du psi
  5. Renaud Evrard chez Brice Perrier : quand la science sert de vernis aux récits extraordinaires

D’autres articles sont en préparation. Ils documenteront plus largement ce que je considère désormais comme une imposture intellectuelle : une stratégie de légitimation savante de croyances incompatibles avec les exigences minimales de l’enquête sceptique.

 

Je vous écris donc pour savoir si le Comité Para entend examiner publiquement cette situation, clarifier la place de Renaud Evrard dans ses instances et dans sa revue, et dire comment il évalue la compatibilité entre ce rôle éditorial et ses engagements répétés dans des réseaux favorables au paranormal.

À mes yeux, l’honneur du Comité Para se joue ici dans sa capacité à regarder cette affaire en face. Le devoir des sceptiques consiste aussi à reconnaître les erreurs de vigilance commises dans leur propre camp, surtout lorsqu’une confusion durable a permis à une mascarade intellectuelle de prospérer sous une bannière qui aurait dû l’interroger plus tôt.

 

Bien cordialement,

Thomas C. Durand


Réaction du comité Para

Publiée sur Facebook le 18 mai.

 

Bonjour à toustes,
Nous avons récemment reçu un courrier de Thomas Durand nous demandant de clarifier la position du Comité Para à propos de Renaud Evrard. Compte tenu de la visibilité de Thomas Durand dans la communauté sceptique francophone et de l’intérêt suscité par cette discussion, il nous semble utile d’apporter publiquement quelques précisions, dans un esprit calme et respectueux.
Plusieurs des critiques formulées aujourd’hui à l’encontre de Renaud Evrard soulèvent des questions réelles et légitimes. Certaines de ses positions, collaborations ou formulations peuvent effectivement susciter des réserves importantes au sein de la sphère sceptique, y compris parmi nous. Le désaccord ne porte d’ailleurs pas sur le fait d’étudier des sujets controversés en tant que tels : le Comité Para étudie les phénomènes paranormaux depuis sa fondation en 1949. Les discussions portent davantage sur certaines interprétations, certains cadres théoriques ou certaines positions publiques qui peuvent y être associés.
Cependant, nous ne pensons pas que ces désaccords suffisent à caractériser une logique d’« entrisme ». Les travaux, prises de position et controverses entourant Renaud Evrard ne nous sont nullement inconnus. Certains d’entre nous le connaissent d’ailleurs depuis bientôt vingt-cinq ans, à l’époque où il débattait déjà avec des membres de l’Observatoire Zététique. Le Comité Para n’a jamais cherché à dissimuler l’existence des débats, désaccords ou critiques entourant ses travaux et ses positions, qui sont connus et discutés depuis longtemps au sein de notre communauté.
Notre position de fond est relativement simple : nous avons choisi d’accepter au sein de notre environnement des personnes qui se réclament de la méthode scientifique tout en pouvant avoir, sur certains sujets, des conclusions ou des interprétations différentes. Nous ne souhaitons pas instaurer de « test de pureté idéologique » concernant nos membres ou nos collaborateurices, ni considérer que des désaccords méthodologiques ou théoriques suffisent automatiquement à justifier une exclusion. Cette approche s’inscrit d’ailleurs dans une tradition ancienne du scepticisme francophone : le règlement intérieur de l’Observatoire Zététique rappelait déjà que nos interlocuteurices ne sont pas des caricatures, mais des personnes avec lesquelles un dialogue critique reste possible.
Nous pensons qu’il est préférable de discuter de ces questions sur le terrain des arguments, des méthodes et des travaux eux-mêmes, dans un climat aussi serein que possible.
Les questions soulevées ici sont légitimes et méritent d’être discutées. Nous ne considérons toutefois pas, à ce stade, que les activités de Renaud Evrard contreviennent aux principes méthodologiques fondamentaux auxquels nous restons attaché·es.
Merci pour votre lecture et votre compréhension, et merci aux personnes qui nous soutiennent.
Sceptiquement vôtre,
Le Comité Para 🐙

Mon commentaire

Publié sur Facebook – le 18 mai

 

Je remercie le Comité Para d’avoir répondu publiquement. Il reconnaît que les critiques formulées contre Renaud Evrard soulèvent des questions « réelles et légitimes » et que certaines de ses positions suscitent des réserves importantes au sein même de la sphère sceptique.

Mais je reste déçu par le fond.

Le Comité présente mon alerte comme si elle relevait d’un procès en « pureté idéologique ». Mon propos porte sur un décalage profond, durable et documentable entre une posture publique de sceptique attaché à la méthode scientifique et un travail continuel de sape contre la critique des discours pseudoscientifiques sur le paranormal.

La présence de Renaud Evrard dans une revue intitulée Scepticisme scientifique dépasse le simple désaccord théorique. Elle lui offre une caution institutionnelle alors même que ses travaux contribuent à rendre fréquentables la parapsychologie, les « expériences exceptionnelles », certains usages de la psychanalyse et des cadres métaphysiques autour de la conscience jusque dans des thèses de doctorat.

Le silence de la réponse sur cette revue me frappe particulièrement. Renaud Evrard y occupe une place éditoriale importante, qui devient d’autant plus problématique à la lumière de la trajectoire que je documente. Les membres du Comité qui le côtoient depuis vingt-cinq ans connaissent nécessairement une partie de ses positions, de ses réseaux et de ses engagements intellectuels. Cette ancienneté aggrave la question de vigilance au lieu de la dissiper.

La réponse laisse aussi de côté le bénéfice d’image qu’il retire de sa proximité avec une association sceptique reconnue. Cette proximité lui permet de se présenter, directement ou indirectement, comme un interlocuteur s’exprimant depuis l’intérieur du mouvement sceptique, alors que ses travaux défendent depuis des années des objets et des cadres théoriques qui appellent précisément une critique méthodique.

Renaud Evrard peut difficilement être perçu par le public comme un défenseur explicite du paranormal puisqu’il apparaît aussi comme un collaborateur de longue date des sceptiques. Cette double position a permis de faire passer sous les radars des formulations, des réseaux et des stratégies qui auraient dû alerter bien plus tôt.

Le Comité Para explique que ces controverses étaient connues. Très bien. Alors la question devient encore plus sérieuse : comment une personne engagée aussi durablement dans cette trajectoire a-t-elle pu occuper une telle place dans un environnement sceptique sans clarification publique ?

Je remercie donc le Comité pour sa réaction, et je lui souhaite de poursuivre sa réflexion. Sa situation me paraît plus grave et plus périlleuse qu’il ne semble vouloir l’admettre.

Mon travail continuera, article après article, en m’appuyant sur les textes, les citations, les réseaux et les faits nécessaires pour que chacun puisse juger si la situation relève d’un pluralisme interne de bon aloi ou d’une erreur collective de vigilance dont il faudra tirer les conséquences.

 

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *