La dernière analyse ADN du Suaire de Turin a parlé !

Le 19 mars 2026, une nouvelle étude consacrée au suaire de Turin est mise en ligne sur bioRxiv. Elle propose une analyse métagénomique de l’ADN présent sur le tissu à partir d’échantillons collectés en 1978 (Barcaccia et al., 2026). L’annonce circule rapidement, accompagnée de titres suggestifs et de commentaires affirmatifs. Certains y voient déjà une confirmation de l’origine orientale du suaire, voire un argument en faveur de son authenticité.

Une lecture attentive du texte conduit à une conclusion beaucoup plus sobre.

 

L’étude met en évidence une diversité biologique considérable. On y trouve de l’ADN humain provenant de multiples individus, des traces animales, des signatures végétales variées et un ensemble de micro-organismes. Ce tableau correspond à ce que l’on attend d’un objet exposé, manipulé, transporté et vénéré pendant des siècles. Le tissu a circulé, il a été touché, il a été montré, il a été restauré. L’ADN qui s’y trouve raconte cette histoire matérielle. Il documente des contacts successifs.

Les auteurs décrivent eux-mêmes cette situation en évoquant une « complexité biologique » liée à l’exposition et aux manipulations. Rien, dans ces données, ne permet d’accéder à l’origine du textile. Rien ne permet de le dater. Rien ne permet de trancher la question de son authenticité.

Ce point suffit à mesurer l’écart avec certaines reprises médiatiques. Dans Vatican News, on peut lire que les résultats « suggèrent que le tissu provenait probablement du Moyen-Orient » et qu’ils constituent « une nouvelle pièce […] en faveur de l’authenticité du linceul ». Dans Tribune Chrétienne, l’étude « renforcerait encore l’ancrage oriental du parcours historique du tissu ». Ces formulations reposent sur de la pensée motivée, du wishful thinking, parce que ce n’est pas la conclusion que l’on peut tirer des données brutes.

L’ADN analysé dans ce travail est un ADN de surface, accumulé au fil des manipulations. Il correspond à des apports extérieurs. Il ne constitue pas une signature originelle du tissu. Dès lors, identifier des profils compatibles avec des régions du Moyen-Orient, de l’Asie ou d’ailleurs revient à constater que le suaire a été en contact avec des personnes issues de ces régions ou ayant circulé entre elles. Compte tenu de l’histoire documentée de la relique, cette observation ne surprend guère.

D’autres éléments présents dans l’étude éclairent encore davantage cette situation. Des plantes introduites en Europe après les grandes découvertes apparaissent dans les données. Des signatures modernes se mêlent aux autres. L’ensemble dessine un objet profondément contaminé. Ces aspects disparaissent souvent des commentaires enthousiastes, alors même qu’ils constituent le cœur du résultat.

Un second point appelle l’attention. L’étude est une prépublication. Elle n’a pas encore été soumise au processus d’évaluation par les pairs. Ce statut impose, par définition, une prudence supplémentaire. Les méthodes, les interprétations et les inférences proposées doivent être examinées, discutées, éventuellement corrigées.

 

Voir l’épisode du Bureau du Bizarre:  « Le faux Linceul de Jésus » :

 

 

Face à cela, le contraste avec les résultats établis demeure frappant. La datation radiocarbone publiée en 1989 dans Nature situe le tissu entre 1260 et 1390 (Damon et al., 1989). Cette mesure concerne directement la matière du suaire. Elle constitue à ce jour l’élément empirique le plus solide sur son âge. La nouvelle étude n’apporte aucun élément permettant de la contester.

Acermendax

Références

  • Gianni Barcaccia, Nicola Rambaldi Migliore, Giovanni Gabelli, Vincenzo Agostini, Fabio Palumbo, Elisabetta Moroni, Valeria Nicolini, Liangliang Gao, Grazia Mattutino, Andrew Porter, Pawel Palmowski, Noemi Procopio, Ugo A. Perego, Massimo Iorizzo, Timothy F. Sharbel, Pierluigi Baima Bollone, Antonio Torroni, Andrea Squartini, Alessandro Achilli

  • Damon, P. E., Donahue, D. J., Gore, B. H., Hatheway, A. L., Jull, A. J. T., Linick, T. W., Sercel, P. J., Toolin, L. J., Bronk, C. R., Hall, E. T., Hedges, R. E. M., Housley, R., Law, I. A., Perry, C., Bonani, G., Trumbore, S., Woelfli, W., Ambers, J. C., Bowman, S. G. E., & Tite, M. S. (1989). Radiocarbon dating of the Shroud of Turin. Nature, 337, 611–615. https://doi.org/10.1038/337611a0
  • Jull, A. J. T., Freer-Waters, R., Donahue, D. J., & Beck, J. W. (2010). Investigating a dated piece of the Shroud of Turin. Radiocarbon, 52(4), 1521–1527. https://doi.org/10.1017/S0033822200046537
  • Rogers, R. N. (2005). Studies on the radiocarbon sample from the Shroud of Turin. Thermochimica Acta, 425(1–2), 189–194. https://doi.org/10.1016/j.tca.2004.09.029
  • Vatican News. (2026). ADN sur le suaire de Turin : présence d’éléments du Moyen-Orient.
  • Tribune Chrétienne. (2026). Suaire de Turin : une nouvelle étude ADN renforce la piste du Moyen-Orient.
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