Ethique et Tipeee

Cela fait longtemps que la Tronche en Biais a signalé à Tipeee un problème sérieux dans sa complaisance envers les créateurs et diffuseurs de propos conspirationnistes et anti-scientifiques (les thèmes principaux de notre travail) et autres dérives idéologiques.

Pour toute réponse, nous avions eu un discours qui ressemble à celui reçu par les journalistes de Complément d’Enquête : tout ce qui n’est pas condamné par la justice est acceptable. Cette fausse neutralité est une authentique complicité avec tout acte ou parole, aussi faux et violents soient-ils, qui n’auraient pas encore été repérés, instruits et jugés. Le temps de la justice étant ce qu’il est, cela laisse aux éventuels escrocs et gourous toute latitude pour accomplir leur méfaits en utilisant les outils de Tipeee. Même s’ils finissent condamnés, plusieurs années plus tard (par exemple Jacques Grimault pourrait bien finir très prochainement par avoir de réels ennuis judiciaires) le dommage aura été commis alors qu’il aurait pu être évité. Se borner à ne rien décider, à laisser la justice faire le tri, c’est en réalité décider en toute conscience de ne poser aucun obstacle au commerce.

Cf l’article de Numérama qui explique bien cela.

Or, (et nous avons déjà eu l’occasion de le dire) Tipeee a été créée et présentée avec une autre image : celle du partenaire des créateurs, présent dans les conventions Geek, celle de la plateforme qui nous facilite la vie pour communiquer avec notre public afin qu’il puisse financer les contenus qui l’intéressent… Et ce, (ce n’est pas un détail !) pendant le boom de la vulgarisation scientifique sur YouTube en 2015. La Tronche en Biais a ainsi fait partie de la première vague des chaînes à se créer un compte. Le contrat moral n’était pas de simplement recevoir un accompagnement « légal », mais d’y trouver un environnement en accord avec nos valeurs et promouvant le financement participatif de contenus de qualité. Mais, de fait, contre les 8% de commission pris par Tipeee toutes ces années, nous n’avons reçu en réalité aucun accompagnement, et seulement un service comptable ainsi que des propositions de stratégies pour récolter plus d’argent, et donc produire plus de commission. Nous avons décliné ces offres.

La liberté d’expression n’est qu’une excuse dans cette affaire. Prétendre n’avoir aucune ligne éditoriale est la ligne éditoriale de Tipeee depuis les premières critiques. Mais la plateforme fait déjà des choix sur les contenus qu’elle accepte ou n’accepte pas. La pornographie, c’est légal mais vous n’en trouverez pas sur Tipeee. L’antisémitisme, c’est illégal, et pourtant… Le créateur de Tipeee, Michael Goldman déclare : « J’assume tout ce qu’il y a sur ce site, du plus antisémite au moins antisémite, et du plus complotiste au moins complotiste, parce que tant que ces gens-là n’ont pas été condamnés par la justice pour ce qu’ils disent, je ne vois aucune raison valable et morale de les enlever du site, et je leur dis même que nous, on fera en sorte de les défendre sur le site. »

Bien sûr, nous ne souhaitons pas demander à une entreprise de se substituer à la justice pour édicter qui a le droit de parler et qui ne l’a pas, parce que le problème n’est pas là. Le problème est que notre présence sur Tipeee contribue à donner à cette plateforme du poids, à attirer vers elle l’attention des spectateurs et des créateurs et que l’avantage historique d’avoir été la première plateforme encourage tout le monde à passer par eux. Et la solution, quand l’entreprise décide de ne pas assumer ses évidentes responsabilités éditoriales, ne peut pas être, de notre point de vue, un appel à la censure, ce doit être de se désengager d’une relation professionnelle qui profite à des paroles dangereuses.


EDIT : certains s’obstinent à prétendre que nous voulons que Tipeee se substitue à la justice. Non, nous voulons que Tipeee ne fasse pas semblant de ne pas avoir des critères qui dépassent le simple « Si c’est légal, vas-y, Yolo » puisqu’ils ont rédigé eux-mêmes des conditions générales qui excluent (arbitrairement, c’est leur droit) tout un tas de contenus avec lesquels ils ne souhaitent pas travailler. Pourquoi ? Pas parce qu’ils veulent censurer des gens, mais parce qu’ils ont une ligne éditoriale. On le sait. Ils le savent. Même s’ils ne veulent pas le dire.


La majeure partie de nos revenus provient de votre générosité via la plateforme la plus connue : Tipeee. Il ne s’agit pas d’argent de poche, mais de la ligne de budget qui rend tout possible. Il n’est pas envisageable aujourd’hui  de  fermer cette page sans mettre en danger la pérennité de notre activité. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez rien faire de votre côté  ! 

  • Notre travail est réalisé au sein d’une association, et l’ASTEC possède une page sur Hello Asso, une plateforme exclusivement réservée aux associations et qui, pour fonctionner, prélève sur votre don le % que VOUS choisissez. C’est un endroit plus éthique pour nous soutenir. 
  • Désormais, nous mettrons également en avant notre page UTip. Les créateurs de cette plateforme ont pris une position bien plus responsable concernant les contenus qu’ils proposent de financer, preuve que c’est parfaitement possible !
  • Nous avons créé une page Patreon, cela facilitera peut-être a vie de ceux qui connaissent la plateforme !

« En tant qu’acteur financier de la chaîne de valeur de la création, nous faisons le choix de ne pas nous détourner de notre responsabilité dans le contenu que nos outils permettent de rémunérer. »

L’équipe de UTip

Les Fake News font du fric, beaucoup de fric. Complément d’enquête l’a rappelé.

« La vérité, c’est important », vous disions-nous lors de la sortie du documenteur Hold Up dont la récolte effectuée sur Tipeee a rapporté 10.000 euros à la plateforme (et beaucoup plus aux conspirationnistes qui parasitent les stratégies de gestion de la crise sanitaire). Toutes les paroles ne se valent pas. La nôtre ne fait pas souvent le poids face à la viralité des contenus trompeurs et séducteurs (les « balivernes »), alors nous n’avons pas besoin que des commerçants fassent semblant de croire que toutes les paroles se valent et que, par exemple, la propagande antivax est une activité d’égal mérite au travail des vulgarisateurs scientifiques ou que l’antisémitisme ne mérite pas de modération sauf décision de justice. Nous savons qu’il n’en est rien, et il semble qu’il est temps de le leur dire dans un langage par eux compréhensible. N’hésitez pas à suspendre vos dons à la Tronche en Biais sur Tipeee et à préférer des solutions de financement plus responsables.

Dans tous les cas, nous n’oublions pas que le privilège dont nous jouissons en pouvant nous consacrer aux projets de la TeB, c’est vous qui nous le garantissez !

Acermendax, Vled Tapas et le Bureau de l’ASTEC.
4 réponses
  1. Jets4
    Jets4 dit :

    HelloAsso, c’est là où allait Grimault pour se faire financer à l’infini.
    La plateforme remettait à 0 les compteurs de grimault pour recevoir des financement malgré le dépassement dans le temps du projet.
    A côte tipeee c’est 100x plus éthique.

    Répondre
  2. Wandu
    Wandu dit :

    Bonjour

    > nous voulons que Tipeee ne fasse pas semblant de ne pas avoir des critères qui dépassent le simple “Si c’est légal, vas-y, Yolo”
    Le point paraît intéressant, mais où met-on la limite ? Parce que là où commence l’arbitraire finit le droit. Comment les créateurs de Tipee doivent-il vérifier les propos tenus par les créateurs qu’ils financent ? Selon quels critères ?

    Et d’une manière plus générale, la question de la censure sur internet est très importante. Elle est brandie par beaucoup de gens qui ne veulent pas se prendre la tête à réfuter les arguments de leurs contradicteurs (cf Grimault et ses réclamations abusives).
    Quand on voit le résultat de la censure mise en place sur Youtube, ce n’est personnellement pas la direction que j’ai envie de prendre.

    De mon point de vue, il faut arrêter de traiter les internautes comme des enfants. Il faut certes expliquer aux gens comment trier le vrai du fake, mais aussi considérer que quelqu’un qui contribue activement à la diffusion de contenus dangereux est complice. Ce n’est pas aux plateformes de faire le tri dans ce que les gens ont envie de croire et de soutenir.
    Et la justice soit être en mesure de faire respecter le droit, mais uniquement au terme d’un procès contradictoire, car jusqu’à présent on n’a pas trouvé mieux pour décider de la culpabilité.

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  3. CHRISTIAN DELAHAYE
    CHRISTIAN DELAHAYE dit :

    Tipi est une entreprise et comme toute entreprise elle fixe ses propres règles de fonctionnement
    Sa position est claire
    Elle n’interdit pas ce qui n’est pas condamné par la justice il se réserve le droit d’interdire certaines choses qui commercialement de lui plaisent pas
    C’est peut-être immoral mais c’est compréhensible
    Ce n’est pas une chaîne faite pour faire avancer l’éthique mais pour gagner de l’argent
    À partir du moment où on sait ça on choisit de la prendre ou pas

    Répondre
  4. Sylvain LEVERT
    Sylvain LEVERT dit :

    Mendax se trompe de combat.

    Tandis que les grandes institutions sont toutes intentionnées par des choix philosophiques et/où politiques, il choisit de s’en prendre à une plateforme qui donne la parole aux plus petits.

    Affaiblir les particuliers utilisateurs de cette plateforme ne profitera qu’à ceux qui aujourd’hui déjà font figure d’autorité et choisissent eux-mêmes problématiques et questions à traiter (ou font ces choix à travers un ensemble d’obligations qu’ils interprètent et priorisent à leur manière).

    Alors qu’il est juste de s’attaquer à de telles institutions quand elles font insultes à leurs prérogatives ou encore aux gourous, qui mettent en danger des vies, s’en prendre à une plateforme qui permet à de nombreux inconnus de s’exprimer à travers du contenu de qualité pour l’unique raison qu’elle ne fait pas le même travail que nous – en l’occurrence, une analyse critique des contenus – contribue à étouffer la parole de ceux qui disposent de peu de moyens de communication au profit d’institutions déjà en place et les confortant alors dans leurs (potentielles) dérives, faute d’opposition et de contrôle (en cas d’institutions soumises à des contrôles on aura le même problème mais venant de l’autorité de contrôle).

    En tentant de combattre un petit mal – l’imperfection de Tipee – il combat réellement un grand bien – les avantages de Tipee – et s’il arrivait à ses fins fermeture de la plateforme ou ajout de contrôle sur celle-ci, il créerait un mal bien plus grand que celui qu’il déclare combattre.

    Mendax se trompe de combat en s’attaquant à Tipeee.

    Répondre

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