La zététique consiste à questionner les raisons pour lesquelles nous pensons que quelque chose est vrai.

La pratique de la zététique n’améliore pas beaucoup les individus. Ils restent biaisés, ils gardent leurs défauts, ils raisonnent parfois (comme tout le monde), avec leur émotions*. De temps en temps, ils jugent trop vite, ils sont récalcitrants à admettre leur torts, et même, quelquefois, ils perdent patience. Je m’inclus dans tout cela.

[* Et ce n’est pas forcément un problème d’ailleurs, mais on en parlera une autre fois…]

Certains ont un humour désolant et refusent de comprendre que l’humour peut aussi être le véhicule de stéréotypes et d’agressions plus ou moins involontaires. Ils se prennent alors un peu vite pour des Pierre Desproges en travestissant son « on peut rire de tout » et en qualifiant de fragiles ceux qui aimeraient qu’on garde les blagues oppressives et dépréciatives à l’intérieur d‘un cercle où l’on connait au moins un peu ce que vivent les personnes qui sont réceptrice de ces blagues, parce qu’il faudrait éviter de croire qu’on est totalement non-responsable du mal qu’on fait aux autres en balançant des blagues qui réveillent des traumas. En somme le Zét peut être un beauf. J’en ai vu. Mais il y a des beaufs, des insensibles, des « on peut plus rien dire » dans toutes les strates de la société. Le zététicien est un mec assez normal finalement. Et la zététicienne aussi. Comme tout le monde, ils devraient faire un peu plus d’effort dans ses rapports avec les autres.

Cela étant admis, n’oublions pas que les praticiens de la zététique ne prétendent pas être parfaits ou non biaisés ou plus savant que les autres, et qu’il suffit de se rappeler qu’on est tous humains pour se pardonner nos petites défaillances.

Néanmoins, je constate qu’il y a un comme un contentieux avec le mot zététique. En tout cas sur Twitter. Et d’emblée je tiens à rappeler que Twitter n’est pas le fidèle reflet du monde, mais un lieu où l’on entend d’abord les plus motivés, les plus polarisés, les plus clivants ou les plus toxiques. Je ne veux donc pas donner à ces critiques une importance qu’elles n’ont pas, mais je pense utile de voir ensemble si on est en mesure de leur apporter une réponse.

Sur ce réseau, on s‘engueule beaucoup et quand le mot zététique est décoché, c’est quasiment à chaque fois soit par quelqu’un qui se réclame de cette démarche, soit par quelqu’un qui la critique.

Le problème c’est que se réclamer de la zététique sur un réseau où la parole est morcelée en petits ilots de 280 caractère si facilement exploitables hors contexte, c’est courir le risque d’adopter un style beaucoup trop abrupt, faute d’avoir l’espace nécessaire pour affiner sa pensée avec tous les modulateurs qui ajoutent les nuances sans lesquelles on a vite l’air pédant et fermé.

On a tôt fait par exemple d’avoir un propos qui ressemble à un appel à l’autorité « je suis zététicien, donc… » ou alors « je connais la zététique, moi, alors je sais que…». Pire, on se rend parfois réellement coupable de raccourcis fautifs et de jugements hâtifs en raison des bris de mots auxquels sont réduites les conversations. J’invite donc chacun, moi y compris, à prendre soin de ne pas tomber dans ces travers. Et j’invite ceux d’entre vous qui ont eu quelques malheureuses expériences avec quelqu’un se réclamant de la zététique de se retenir d’en conclure que « ces gens-là, ils sont tous pareils, on les connait. Ils ne valent rien, moi je le sais bien j’en ai vu deux ! » parce que ce faisant votre jugement en rappelle d’autres auxquels vous n’avez pas envie d’être comparé·e.

Si on cherche les mots zététique ou zététicien sur Twitter, on tombe sur quelques catégories de critiques auxquelles je souhaite répondre.

1. Les vitupérations

Il y a d’abord les flots de vitupérations ordurières de la complosphère qui a identifié assez finement que la zététique est l’antithèse du conspirationnisme, et que s’ils veulent avoir raison, il faut que nous ayons tort. Je vous rappelle cette nuance à laquelle je tiens : « la zététique c’est l’art du doute. Le conspirationnisme c’est la mécanique du soupçon » (Quand est-ce qu’on biaise, 2019). Mine de rien c’est très différent. Les vitupérations et agressions viennent aussi des tenants-croyants dans les récits ou théories que la sphère sceptique égratigne ou atomise.

On ne pourra pas faire grand-chose contre ce tribalisme, puisque ce jugement repose sur un diagnostic d’opposition qui me semble plutôt exact. Mais je dois préciser qu’à titre personnel je ne suis pas l’ennemi de ceux qui croient dans un complot farfelu ou une théorie saugrenue ; je pense qu’ils sont en quelque sorte infectés par un virus mental qui les pousse à rejeter la parole sceptique. Et mon ennemi, si j’en ai un, c’est ce virus, cette baliverne toxique. Dans notre travail, nous nous autorisons à critiquer toutes les idées et nous devons les distinguer des individus.

2. « Les zététiciens croient détenir la vérité et parler pour la science »

Je ne connais pas de gens qui prennent la parole et vous disent : « ne tenez pas compte de ce que je raconte, c’est rien que des conneries » Evidemment quand on déclare quelque chose publiquement, on a tendance à penser qu’on a raison de le faire. Faire croire que les zététiciens auraient pour trait distinctif de penser avoir raison plus que les autres, c’est mal comprendre ce qu’est la parole zététique, puisque justement elle est avant tout une parole prudente, une prise de recul, une analyse, une critique d’un propos qui contient une assertion sur le réel.

Aucun zététicien ne viendra, en tant que tel, vous embêter si vous n’affirmez rien. Ou alors vous avez affaire à un con. Dans ma bouche con n’est pas une insulte gratuite, ça désigne quelqu’un qui oublie de se poser 3 petites questions avant de parler.

Je dis que c’est un con parce que l’art du doute s’exerce en réponse à des allégations, à la prétention qu’ont certains de savoir une chose. Si les zététciens vous agacent c’est peut-être parce que lorsque vous vous aventurez à affirmer des trucs publiquement, ils ont le culot de vous faire remarquer qu’on pourrait en douter, ils vous demandent des sources pour vos certitudes, voire ils vous mettent sous le nez des travaux qui vous contredisent.

Alors oui ça fait d’eux (ça fait de nous) des gens agaçant. Et à cause de ça il faut qu’on prenne bien soin de ne pas affirmer des choses douteuses nous-mêmes. Mais la relation des zététiciens à la « vérité » passe, par définition, à travers le doute, ce qui fait que ce genre de récrimination tape à côté. La récrimination est valide si avez à faire à quelqu’un qui se prétend zététique pour le seul plaisir de se donner une étiquette sans faire l’effort de se comporter en conséquence. Je propose de ne pas laisser s’installer l’idée qu’ils ont raison de s’approprier ce mot.

Regardez la version vidéo de ce billet de blog

3 « Les zététiciens détestent les sciences humaines et sociales.»

Dans la communauté sceptique, on compte plusieurs courants avec des cultures et des histoires distinctes. Beaucoup de membres ont une formation académique de bon niveau. Il y a des gens issus des sciences exactes / dures appelez-les comme vous voulez… Et qui manquent probablement de culture au sujet des contenus et des méthodes des sciences humaines et sociales. Et puis il y a des gens issus des sciences humaines et sociales qui manquent probablement de culture au sujet des contenus et des méthodes des sciences dures. Tous ces gens sont normalement capables de discuter entre eux et d’échanger sur les nuances de leur perception des questions liées au scepticisme. Dans la réalité des faits, je constate que ces échanges sont parfois compliqués, c’est bien vrai. Il y a peut-être ici un chantier qu’on devrait faire avancer pour que les idées circulent mieux.

Sur la Tronche en Biais, par exemple, nous avons reçu plus d’une centaine de chercheurs et chercheuses, et la majorité sont issus des sciences humaines et sociales. J’estime, en humble docteur ès biologie, que cela contribue peu ou prou à la résolution du problème dont je viens de parler. Les créateurs et créatrices de contenu de la sphère sceptique sont d’horizons variés, ils donnent de la place à diverses disciplines en fonction de leurs affinités et compétences. Et cette diversité est également un élément de réponse, il faut contribuer à sa visibilité.

Pour tout vous dire je ne me sens pas concerné par la critique d’un prétendu mépris des sciences humaines. Quand elle m’est adressée, je comprends que j’ai affaire à quelqu’un qui ne connait pas mon travail. Et alors je passe mon chemin.

4. « Les zététiciens sont des lâches ou des nuls qui ne s’intéressent pas aux vrais sujets ; C’est facile de débunker la terre plate ou l’homéopathie. Où est la critique du gouvernement ou des grandes industries ? »

Si c’était facile de débunker l’homéopathie, on n’en verrait pas dans toutes les pharmacies, à la télévision tous les jours, et dans la moitié des maisons françaises. Cette croyance réfutée perdure, et ce phénomène de persistance est en soi digne d’intérêt. Cet intérêt peut vous échapper, auquel cas on ne vous force pas à regarder, mais évitez d’avoir l’air aussi dépassé que Ronald Reagan qui se plaignait des programmes de recherche en biologie en disant : « Un arbre est un arbre ; combien d’autres arbres avez-vous besoin de contempler ? ». Ce qui est très con, parce qu’un arbre c’est un truc foutrement complexe.

S’intéresser à la croyance dans l’homéopathie c’est utile. Les gens n’y croient pas juste parce qu’ils pensent que ça marche, sans quoi ils demanderaient des preuves ou seraient attentifs aux démonstrations de leur absence. Ils y croient pour autre chose, pour des raisons que vous n’avez aucune chance de comprendre si vous traitez ça par-dessus la jambe.

Et débunker la Terre Plate, ça ne sert pas juste à rappeler des évidences mais au contraire à dire à quel point nos connaissances sur le monde heurtent les évidences. Si on se fie à ses seules perceptions, à son bon sens et à ses expériences personnelles : la Terre est plate, aucun doute possible. Or, la réalité est autre et c’est tout l’intérêt du sujet. Vous avez le droit de ne pas trouver ça intéressant, mais souffrez qu’on vous fasse remarquer que vous loupez l’essentiel et qu’on va continuer à traiter des sujets qui vous semblent inutiles parce qu’il se trouve que nous avons des raisons de penser que c’est en prenant au sérieux les croyances des gens qu’on peut les aider à les remettre en question.

Quant à s’attaquer à la rhétorique des industries ou à la parole gouvernementale, je vous y encourage si vous avez les compétences requises. À notre niveau, sur cette chaîne, nous devons éviter d’avoir la prétention de pouvoir démêler les intentions des gens, nous n’avons pas les ressources pour faire des enquêtes journalistique, alors, nous nous penchons sur les sujets où nous pensons pouvoir faire œuvre utile. Le périmètre de notre action, c’est le terrain sur lequel la science est mobilisée, travestie, instrumentalisée ou niée. Conséquence : nous abordons le champ politique seulement quand la science y est malmenée. Ne nous demandez pas de faire autre chose que ce que nous savons faire.

5. « Les zététiciens sont des idiots utiles du fascisme, ils sont d’une grande naïveté politique. Ils prétendent tous être apolitiques »

Pour finir, il y a cette critique à la mode inspirée par le mantra « tout est politique ». Or, il se trouve que je ne suis pas apolitique. Plus précisément je ne sais pas ce que ça veut dire pour quelqu’un comme moi qui s‘exprime publiquement, prend des positions et a pour profession de militer pour la promotion des sciences et de l’esprit critique. Mon travail est hélas pollué depuis quelques temps par des gens qui exigent, ou bien qu’on politise nos contenus, ou bien à l’inverse qu’on déserte complètement les sujets de société. De vous à moi, ces demandes sont un peu étranges puisque si tout est politique, alors il est impossible de ‘politiser’ ce qui l’est déjà ou de se retenir d’être politique quand on ouvre la bouche.

On ne va pas demander la sensibilité politique d’un chercheur avant de l’écouter nous parler de son sujet de recherche, ça ne veut pas dire qu’on va le croire 100% neutre et objectif. Au contraire, on se doute que ce n’est pas le cas, et c’est pourquoi il sera attentif, et nous aussi, à tous les signes que sa parole repose bien sur des données fiables, sur une démarche honnête, sur des protocoles validés… Bref on va pouvoir se fier à sa parole si elle répond aux exigences de la méthode la mieux établie pour la débarrasser des biais potentiels. Et ça, ce n’est pas être apolitique, c’est être méthodique et prudent.

J’aimerais revenir sur la prétendue naïveté politique de la zététique et du scepticisme. Les croyances sur lesquelles nous travaillons partagent des mécanismes communs.

  • Le créationnisme, le conspirationnisme, le négationnisme, la pseudo-archéologie et la réécriture de l’histoire à travers des récits nationaux sont des phénomènes plus proches qu’on pourrait le croire à première vue. Ce serait peut-être une bonne idée d’essayer de les comprendre.
  • Le recours à l’homéopathie, aux médecines alternatives est fortement lié à certaines dérives sectaires, à l’antivaccisme, à l’opposition aux masques en pleine pandémie, aux récits alternatifs sur le virus,… etc. Et tout cela a des conséquences très sérieuses sur la santé publique. En zététique on l’a compris depuis pas mal de temps.
  • Analyser l’homéopathie ou les croyances dans les « preuves du paranormal » ça éclaire les mécanismes d’adhésion à des discours qui nient la réalité. Si ça se trouve, ce serait utile politiquement. Les militants politiques pourraient apprendre des choses de ces mécanismes.
  • Analyser la contagion psycho-sociale des récits d’ovnis, la sociologie des adhésions aux théories farfelues comme l’énergie libre ou la biodynamie nous en dit long sur la manière dont circulent les idées, indépendamment de leur véracité mais conformément à l’attrait qu’elles exercent.

Quand on prend tout ça en considération, on se demande où est la naïveté. Parce qu’à trop vouloir rappeler que « tout est politique » on en oublierait presque que le politique n’est qu’une instance d’un ensemble plus global que sont les représentations du réel. En réalité tout est croyance et certaines croyances seulement ont des modalités qui se développent dans le champ politique. Or, comprendre la dynamique des croyances, les phénomènes de contagion, de réactance, de fermeture doxastique, c’est quelque chose qui intéresse la zététique et qui pourrait sans doute aider des militants à éviter de croire que leur grille de lecture personnelle est en mesure de couvrir tout le champ du réel.

Quand on met ainsi les choses en perspective, on en a peu marre de l’arrogance de certains militants politiques qui agissent tels des adeptes éveillés, certains d’avoir compris mieux que tout le monde les rapports de force entre les humains, et qui cherchent à imposer à tous la géométrie de leur grille personnelle d’analyse du monde

Moi je pense que vous devriez douter de votre grille de lecture. Comme nous. Il se trouve que c’est notre vocation. Je ne vous ferai pas la leçon sur la manière dont fonctionne la dimension politique de la société, j’admets mon ignorance relative sur ce chapitre. En retour j’apprécierais qu’on nous lâche un peu quand on s’intéresse à des aspects de la réalité dont le champ politique n’est qu’une facette mineure qui ne mérite pas de tout phagocyter.

Il est bien possible que je manque de culture politique pour aborder de la manière la plus pertinente possible certains sujets. Heureusement, les zététiciens prétendent rarement avoir totalement épuisé les tenants et aboutissants d’un thème. Mais il est fort possible également que ceux qui focalisent leur critique du mouvement sceptique sur la dimension politique qu’ils veulent le voir assumer manquent un peu de compréhension sur ce que ce mouvement est en réalité.

Le mot « zététique »

Un dernier point pour vous demander de ne pas renoncer à utiliser le mot zététique juste parce certains l’emploient mal ou que d’autres cherchent à le diaboliser. Ne laissons pas les nuisibles décider du sens des mots. Les militants le savent bien du reste, c’est une leçon qu’ils peuvent nous donner. Ils ne renoncent pas au mot féminisme par exemple, quand bien même il provoque parfois des réactions de rejes à cause des caricatures dont il fait l’objet. Je continuerai à utiliser le mot zététique pour décrire ce que je fais, et si vous avez envie de faire quelque chose qui mérite d’être appelé zététique, alors faites-en autant. Mais si vous voulez juste vous fritter sur les réseaux sociaux avec des gens dont vous voulez moquer les idées, alors s’il vous plait, choisissez un autre mot.

Inventez le vôtre. L’alternative est féconde !

Le debunkage ? Pas une panacée !

Le film Hold Up est le phénomène médiatique de ce deuxième confinement. Il existe déjà des critiques très structurées sur son contenu. Vous pourrez les trouver dans les liens fournis sous cette vidéo.

Laissez-moi être clair et un peu abrupt sur ma position : la thèse centrale du film, que j’ai regardé avant de faire cette vidéo, n’est pas nouvelle. L’idée d’un complot mondial de manipulation des masses à travers la 5G et/ou les puces RFID, ou même d’extermination des peuples à travers l’utilisation des vaccins est un délire qui circule dans certains milieux depuis des années. Et depuis des années les faits et les arguments sur lesquels ce scénario s’appuie ont été démontés par le travail d’enquête de sceptiques, de scientifiques et de journalistes ; c’est pourquoi je me permets de parler de délire. Ce film idéologique, qui n’est pas un documentaire mais une profession de foi complotiste, sur quoi repose-t-il ? Des témoignages de faux experts ou de marginaux du monde scientifique ou de personnes qui ont quitté la prudence de la démarche scientifique pour donner libre cours à leurs sentiments personnels, ou encore un explorateur et deux chauffeurs de taxi… Et parmi eux, on commence à en voir qui prennent leur distance car ils estiment que leurs propos ont été détournés. Cette histoire qu’on nous raconte est servie par des appels à l’émotion (éventuellement sincères) qui ne démontrent rien, un montage dramatique et une musique hollywoodienne qui nous susurrent ce qu’on est censé éprouver. Tout cela relève de la BALIVERNE.

Vous démontrer avec rigueur et méthode que ce que je viens de dire est vrai me prendrait six ou sept heures de vidéo. Ce qu’un film de deux heures quarante raconte, si c’est du mensonge et de la manipulation, il faut beaucoup plus de temps pour le déconstruire. C’est ce qu’on appelle l’asymétrie de Brandolini. Il faudrait que je dispose de dizaines d’heures pour la recherche, l’écriture, le tournage, le montage… Et il faudrait que VOUS ayez envie de m’écouter pendant six heures.

Pour le moment ce n’est pas possible, alors je vais faire autre chose que du débunkage. Nous allons voir ensemble pourquoi il est important de commencer par douter plutôt fortement de ce film. Nous allons regarder les indices qui doivent inciter tout un chacun à vérifier avant de croire.

Le film Hold Up est l’occasion d’un exercice d’esprit critique grandeur nature. Et nous devrions tous avoir envie de faire cet effort quelle que soit notre opinion a priori sur la thèse du film. Parce que si ce qui s’y dit est vrai, c’est très grave et il faut 1) en être sûr, et 2) disposer des sources permettant de convaincre les autres. Mais si ce film est faux, alors il faut s’en rendre compte avant d’empoisonner l’air avec toujours plus de bullshit.

N’hésitez pas à partager la version vidéo de cet article !

Petit mot personnel

À titre personnel je suis très mécontent des restrictions imposées à tous, de l’impossibilité de se déplacer, de voir ses proches, de la fermeture des commerces, des librairies, des restaurants, du port du masque obligatoire, y compris dans la rue, en particulier pour les enfants à l’école où il est choquant de se dire qu’un enfant grandisse avec l’idée que ce serait normal de vivre comme ça.

À titre personnel je suis très inquiet des conséquences sociales du confinement. L’isolement des gens, la fragilité que cela provoque, les violences au sein des foyers confinés, la ruine des petites entreprises, tout ça aura un impact sur la société pendant des années. Et des gens en mourront. Ce côté négatif du confinement, il est réel. Il faut donc refuser le confinement si l’on n’a pas de raison d’en attendre des bénéfices.

Or on a des données qui montrent que le confinement fonctionne[1], il réduit la circulation du virus, il offre du répit aux services hospitaliers, il donne du temps à ceux qui travaillent à d’autres solutions, et donc il sauve des vies. Mais il n’éradique pas la maladie, et si tel est notre but, ce qu’on peut espérer c’est trouver ou bien un remède efficace (tout ce qu’on a testé à ce jour a échoué) ou bien un vaccin.

Evaluer le rapport entre les effets négatifs et les effets positifs des mesures à prendre, c’est une question de santé publique c’est compliqué ; in fine il faut prendre une décision politique qui doit être éclairée par les données de la science. Et les scientifiques compétents sur ces sujets s’expriment dans des revues scientifiques, dans des comités scientifiques et certainement pas —en tout cas pas en pleine crise— dans un film financé sur Ulule.

Pourquoi y croire ?

Ceux qui ont vu Hold Up et sont convaincus par ce qui nous y est raconté ne sont pas des abrutis. Si vous pensez que ce film est une grosse fumisterie, vous n’aidez personne en insultant ceux qui y croient. Nonobstant, il faudrait que ceux qui y croient aient le courage d’agir en conséquence. Ce qu’on nous raconte est trop grave pour se contenter de le partager sur un réseau en disant « Oh la la, c’est terrible » avant de retourner à vos parties de Candy Crush. Votre rôle –je m’adresse à ceux qui sont convaincus par le film– votre rôle c’est de vérifier tout, d’éliminer les arguments faibles ou douteux, de trouver des sources fiables, d’avoir un argumentaire solide qui puisse convaincre tout le monde. Les sceptiques ne sont pas des abrutis non plus. Ceux qui détiennent la vérité –et c’est peut-être votre cas– ont intérêt à ce que cette vérité soit admise par tout le monde. Et ce qui est formidable c’est que les autres ont intérêt à être convaincu, car ainsi nous pourrons hâter les solutions.

Dans cette vidéo j’apporte ma contribution en m’intéressant aux raisons que l’on peut avoir de croire ce film. Et aussi aux doutes qu’il peut susciter. Je pense qu’il faut commencer par se poser quelques questions.

  • Quel est le contexte dans lequel ce film apparait ?
  • Qui sont les gens qui figurent dans ce film ? Pourquoi les croire ?
  • Qui sont ceux les créateurs de ce film ? Quelle est leur méthode de travail ? Peut-on s’y fier ?

Ces questions ne permettent pas de savoir si le contenu est véridique ou farfelu. Mais pour se faire un avis définitif, je vous l’ai déjà dit : il vous faudra travailler un peu sur les sources de ce que vous voulez croire.

1. Le contexte

Le contexte, c’est une deuxième vague et un deuxième confinement qui donne envie, c’est bien normal, de croire à une parole libératrice, qui aille contre les interdictions, les amendes, l’enfermement, une gestion autoritaire d’une épidémie qui, même si elle fait beaucoup de morts, est en grande partie invisible. Le plus dur se passe dans les services de réanimation où vous ne mettrez, je l’espère pour vous, jamais les pieds.

Le contexte c’est une confusion totale dans les médias. Les médias mainstream ont été les complices du succès de Hold Up en starifiant les franc tireurs : Raoult, Perronne, Toubiana, Toussaint, Fouché, etc, en les invitant sans contradicteur compétent !

Le contexte c’est une gestion politique brouillonne et une vraie faute des gouvernants : la communication autour des masques. Le gouvernement a été au mieux léger et inconséquent, au pire dans le mensonge. Même bien intentionné, dans le sens où il visait à éviter la panique, le mensonge d’un gouvernement à son peuple, en démocratie, ça ne se fait pas. Désolé de me montrer aussi basique, hein, mais le mensonge c’est mal.

Résultat : ce plantage complet sur les masques rend la parole politique suspecte et constitue un argument précieux pour un discours conspirationniste. Le film ne se prive pas d’insister lourdement là-dessus.

Où est le mea culpa dont nous avons besoin pour retrouver un peu de confiance ?

Le contexte c’est un confinement insupportable après un déconfinement où on a laissé entendre que tout était fini, que la vie normale reprenait. L’été 2020 c’était la fête du slip. À cause de qui ? Eh bien notamment à cause de tous les Nostradamus qui disaient qu’une seconde vague c’était une fantaisie, de la science fiction. À cause de ceux qui leur ont donné la parole, partout. À cause de ceux qui auraient pu les contredire et ne l’ont pas fait. La confusion actuelle qui rend ce film appétant, elle n’arrive pas de nulle part.

Le contexte c’est l’absence de culture scientifique des médias et des journalistes en particulier, c’est l’absence de culture du débat, c’est le désert de l’esprit critique partout où on en a besoin. Il existe des gens qui militent pour ça depuis des années, qui proposent des enseignements, des formations, des contenus… de vous à moi, ce qui se passe actuellement n’a rien qui puisse étonner un zététicien.

Dans un tel contexte, ce film est entendable, il est même attendu. Il donne l’illusion de dénoncer ce que les autres ne dénonceraient pas. Il donne l’impression d’être produit par des gens courageux, insoumis, par des héros en somme. Parce que c’est l’histoire de David contre Goliath. Et personnellement je n’ai pas beaucoup de sympathie pour Goliath, je pense que les capitaines d’industrie qui gagnent des milliards en spéculant sur les découvertes de nouveaux médicaments sont des parasites de l’humanité. On n’en a pas besoin pour que les chercheurs fassent bien leur travail et inventent des solutions à nos problèmes. Ca n’est pas une raison pour croire à une conspiration mondiale.

Il faut prendre en compte ce contexte, il permet de comprendre pourquoi des gens normaux, ni stupides ni fous, prêtent l’oreille à ce film. Et considérer ce contexte peut permettre à ceux qui croient ce film de se demander si son contenu offre réellement une explication factuelle et rigoureuse des faits, ou s’il se contente de jouer sur les cordes sensibles qui révoltent, indignent, exaspèrent le public et l’incitent à partager et à en redemander.

Ca c’était la première question, celle du contexte.

2. Qui nous parle ?

Avant de croire des discours engagés, forts, qui impliquent des crimes graves, à grande échelle, des trahisons, des complots… on ferait bien de se demander si ceux qui nous révèlent tout ça sont dignes de confiance, s’ils sont connus pour leur honnêteté ou au contraire s’ils sont louches.

Les « experts » qui témoignent dans le film ont nié les modèles qui prédisaient une seconde vague. Et ce film sort… en pleine seconde vague. Cela devrait normalement entamer la crédibilité des intervenants et du film. Seulement voilà la seconde vague s’accompagne d’un reconfinement et ça c’est insupportable et ça donne envie de croire ceux qui nous disent que c’est inutile, qu’on devrait pouvoir s’en passer, qu’il n’y a pas vraiment de danger. En somme la gestion politique de la seconde vague, mal foutue car parasitée notamment par les rassuristes, accouche d’un confinement… en partie à cause des rassuristes, et ce confinement profite… aux rassuristes présents dans ce film.

Ceci étant posé, passons ensemble en revue le pedigree de ceux dont la parole est censée nous éclairer.

Christian Perronne, médecin auteur d’études rétractées sur l’hydroxychloroquine, auteur d’un livre à succès en pleine épidémie, promoteur de la maladie imaginaire dite du « Lyme chronique » causée selon lui par des tiques issues d’expériences nazies et qui n’hésite pas à accuser les médecins français de laisser crever leurs patients. Il est membre fondateur de Chronimed, un groupe de médecins ayant soigné les enfants autistes avec, par exemple… un « protocole » hydroxychloroquine-azytromicine.

Luc Montagnier. Prix Nobel, certes, mais aussi affabulateur dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler des théories farfelues dans une vidéo intitulée « Le virus, le Nobel & le complot – Tronche de Fake 5.3». Il est l’auteur, au sein du groupe Chronimed, d’essais cliniques sauvages à coup d’administration massive d’antibiotiques à des enfants autistes.

Xavier Azalbert, homme d’affaire douteux qui a racheté le journal France Soir, en a viré tous les journalistes pour le transformer en blog putaclic et complotiste très suivi depuis les débuts de la pandémie[6] car il mène une campagne pro Chloroquine et pro Raoult acharnée et sans nuance, donnant souvent dans la Fake News.

Jean-Bernard Fourtillan, pharmacien illuminé, aux allégations de soin infondées, fanatiquement opposé à la vaccination, pour lui un « massacre imposé à tous les enfants nés en France depuis le 1er janvier 2018 » (source). Il prétend que Dieu lui a révélé la formule d’un médicament sur lequel il a mené (avec Henri Joyeux) des essais cliniques illégaux dans une abbaye. C’est digne d’une mauvaise fiction, mais c’est véridique.

Alexandra Henrion-Caude, généticienne ultra catholique proche de l’extrême droite, anti-avortement, elle propage l’idée que le virus du covid19 a été fabriqué par l’homme. On sait que c’est faux, même si : des questions demeurent sur l’origine du virus,(source, et puis source). Elle a prononcé en 2018 une Conférence TED où elle expose sa grande découverte : la notion d’ «amourons», qui seraient à l’amour ce que les photons sont à la lumière. Elle y déclare que :

«Les amourons émettent des étincelles brillantes qui sont déversées comme une douche sur la fusion de nos génomes parentaux et qui nous font être et rester en vie.»

source

L’INSERM se désolidarise de ses propos en décalage avec les données scientifiques. Pour Axel Kahn, son ancien directeur de thèse : son comportement est « à la limite d’un engagement religieux et sectaire », et « l’emporte sur ce qu’est sa capacité réelle à faire de la recherche de qualité ».

Ariane Bilheran, psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, militante anti éducation sexuelle qui dénonce un complot pédophile mondial et dont les thèses sont relayées par les sites de réinformation de la fachosphère comme Riposte Laïque, Riposte Catholique, ou Égalité & Réconciliation. Ses propos mélangent souvent la science à la spiritualité.

Laurent Toubiana, invité récurrent des plateaux TV où il n’a eu de cesse de minimiser l’épidémie et d’en annoncer la fin et l’impossibilité d’une seconde vague, il n’est pas vraiment épidémiologiste mais plutôt astrophysicien mais il dirige un « Institut de Recherche pour la valorisation des données de SANté. » Quand on regarde de plus près, on comprend que cet institut est en réalité une simple association loi 1901 avec deux employés. (Voir la vidéo où est apportée cette démonstration).

Silvano Trotta, entrepreneur, YouTuber star de la complosphère et des antivaccins, il insiste pour qu’on croit que la Lune est un satellite artificiel creux. Là s’arrêtent ses compétences en matière de santé.

Jean-Dominique Michel, prétendu anthropologue de la santé, qui est en réalité un promoteur du chamanisme et de la « chirurgie psychique » à mains nues. Je me suis occupé de décrire son cas dans une vidéo Tonche de Fake dont je vous conseille le visionnage. La version texte est disponible ici.

Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue, pro hydroxychloroquine, elle est co-autrice d’un article de recherche complètement nul plaidant pour une utilisation précoce du protocole de Didier Raoult dans la revue Asian Journal of Medicine and Health, une revue prédatrice qui accepte n’importe quel papier pourvu qu’on paie, ce que démontre un petit groupe de chercheurs en y publiant le canular de la trottinette.

Martine Wonner, députée LREM et psychiatre. Co-autrice de l’article avec Violaine Guérin. Elle affirme à l’assemblée Nationale que le masque ne sert à rien, ce qui est faux. Elle crée l’association « bon sens » pour contester les politiques sanitaires avec notamment d’autres intervenants du film : Silvano Trotta, Xavier Azalbert, Christian Perronne, Alexandra Henrion-Caude) mais elle la quitte quelques semaines plus tard… Bizarre, non ?

Nadine Touzeau (soi-disant « profiler »‘) enseignante dans la « fausse » école IHECRIM dont le directeur Laurent Montet a fini en prison. Elle a supprimé toute mention de son passage dans cette « école », mais il reste quelques traces… Elle est condamnée elle-même pour escroquerie d’une famille endeuillée à qui elle réclamait 60.000€ pour enquêter sur le meurtre de leur fils en réalité suicidé.

Pascal Trotta*, médecin praticien et prosélyte de pseudo-médecines comme l’endo-bio-thérapie, les ondes scalaires, l’homéopathie ou l’acupuncture auriculaire. Pro-Raoult et peu respectueux du code de déontologie qui interdit le charlatanisme, il n’hésite pas à propose une démarche de soins alternatif aux personnes atteintes de cancer, afin de «diminuer l’agressivité et le nombre de vos cellules cancéreuses grâce à des thérapies naturelles non intoxicantes et qui visent à renforcer vos défenses naturelles plutôt qu’à vous bombarder de rayons ou de poisons toxiques. » (source)


Silvano Trotta et Pascal Trotta ? Deux fois le même nom alors qu’ils n’ont aucun lien de parenté ?! Oui, parce que des coïncidences de ce genre se produisent tous les jours !


Edouard Broussalian, homéopathe, défenseur fanatique de la pensée magique. (Il a droit à sa fiche sur Psiram, un site consacré aux pseudosciences). Avec « homéopathes sans frontière » il prétend soigner le choléra en Haïti avec de l’homéopathie. Il ne comprend pas et rejette la méthodologie scientifique. On peut s’en rendre compte au besoin dans l’échange qu’il a eu en vidéo avec Monsieur Sam.

Serge Rader, pharmacien anti-vaccins et pro-fausses médecines déjà épinglé par CheckNews pour divers mensonges.

Valérie Bugault, avocate fiscaliste, candidate UPR en 2014. Conseillère et consultante pour l’organisation ultra catho Civitas, à ce titre, elle reconnait, je cite « la nécessité de restaurer une France catholique. » Conférencière pour Egalite & Réconciliation, promotrice de la théorie QAnon, bref une conspirationniste de compétition.

Michael Levitt, Biophysicien chimiste prix Nobel de chimie. Il a prédit en février 2020 que l’épidémie était terminée. Il a ensuite affirmé que l’épidémie de Covid aux USA a pris fin le 22 août, etc. Au lieu de publier des articles avec ses méthodes et résultats, il fait une série d’apparitions dans les médias.

Astrid Stuckelberger, médecin et chercheuse, elle fréquente la complosphère d’Internet, comme Ema Krusi (vendeuse de chaussures et blogueuse conspi fan de QAnon). Elle a annoncé qu’il n’y aurait pas de deuxième vague et qu’il faut sortir respirer sans masque. Spécialiste du vieillissement, ses apparitions dans le film n’évoquent jamais la question de l’âge des malades. On se demande ce que sa parole est censée apporter à un film sur le covid19.

Michel Rosenzweig, philosophe mais surtout psychanalyste qui écrit dans le magazine Nexus, qui est un « magazine de désinformation et d’apologie sectaire » (pour l’AFIS) qui flirte avec le négationisme et patauge dans la pseudo-science et le complotisme.

Notons que d’autres intervenants du film ont écrit dans Nexus : comme Ariane Bilheran ou Nathalie Derivaux. Tout ce petit monde évolue dans les mêmes sphères.

Miguel Bartheléry, docteur en biologie, coauteur d’un ouvrage vantant les mérites de l’alimentation crue et détox (« La cure zen détox aromatic »). Vendeur des extracteurs de jus du gourou Thierry Casasnovas, il fait des conférences avec la naturopathe hygiéniste Irène Grosjean qui affirme notamment que les virus sont… Bénéfiques et qui est très surveillée par les associations anti-sectes. En aout 2021, on apprend que M Barthéléry est poursuivi pour exercice illégal de la médecine après la mort d’un de ses patients, malade du cancer qu’il avait convaincu de se soigner par le jeûne et les aliments crus.

Gonzague Retournay, cardiologue qui prescrit de son propre chef, hors cadre, de la chloroquine à ses patients, et s’en est ouvert dans les médias.

Olivier Vuillemin, présenté comme expert en fraude scientifique (ce qui n’est attesté par aucune de nos recherches) il est en revanche bien  expert en métrologie affilié à l’ITU. Mais c’est aussi quelqu’un qui prétend depuis 2004 souffrir d’un empoisonnement aux ondes électromagnétiques et se bat contre la 5G.

Monique Pinçon-Charlot, sociologue et militante d’extrême gauche. Même si elle se désolidarise du film, sa présence ne doit rien au hasard, ses propos épousant régulièrement les contours du conspirationnisme : «L’objectif conscient et déterminé [des capitalistes, dont le grand chef est à l’Elysée en ce qui concerne la France,] de cette classe, de cette caste, de cette mafia, de ces criminels en col blanc – on ne peut pas les appeler autrement – c’est bien d’exterminer la moitié la plus pauvre de l’humanité, avec l’arme terrible qu’est le dérèglement climatique. […] C’est un holocauste climatique.» (source : « Le jour d’après de Monique Pinçon-Charlot », YouTube/Le Jour D’après, 13 avril 2020.)

Philippe Douste Blazy, ex ministre de  la santé pro Raoult, pro chloroquine et cosignataire d’une pétition avec Christian Perronne. Il dit maintenant qu’il ne savait pas à qui il avait affaire.

Personnages connexes

Louis Fouché : médecin proche de l’IHU de Marseille où il a donné une conférence. Il est également proche de la complosphère, notamment de Ema Krusi sur la chaîne de laquelle il a fait la promotion de la tisane d’Artémisia (inefficace contre la Covid19), la naturopathie (pseudoscience), et Tal Schaller (shaman, antivax, qui communique avec des êtres d’autres dimensions et qui prétend que boire son urine soigne à peu près tout (source).

Jean-Jacques Crèvecoeur… pfff je viendrai ici ajouter un mot sur ce personnage perché.


Nota Bene : souligner les accointances idéologiques des intervenants (quand elles sont explicites) est pertinent car les réseaux d’influence qui poussent le succès du film sont à l’avenant. Il existe une tradition conspirationniste particulièrement vivace dans certains milieux idéologiques, le nier avec des « pudeurs de gazelle » serait irresponsable.


Une fois dressée cette liste on peut comparer deux hypothèses.

La première est que le film dit vrai : il nous dévoile des données scientifiques authentiques ; il libère la parole de véritable experts qui savent mieux que les autres ; il est bien informé, solide. Et à cette fin, évidemment, il met à l’image les meilleurs, les plus illustres, les plus crédibles, ceux qui savent sourcer chaque affirmation.

Le seconde hypothèse est qu’il s’agit d’un tissu de conneries habilement agencées pour cacher la misère, et notamment le fait que quasiment tous ceux qui s’expriment ici sont magistralement biaisés pour rejeter les données de la science qui contredit une ou plusieurs des croyances personnelles pour lesquelles ils militent.

3. Méthode des créateurs du film

Un réalisateur aux antipodes de la science

Pierre Barnérias est antivaccin. Très croyant, il n’hésite pas à partager sur Internet des propos liés à l’anthroposophie, mouvance ésotérique dont la puissance est comparable à la scientologie. Proche également de la Manif pour Tous, il affirme (à tort) en 2013 qu‘on a truqué des images de manifestation pour minimiser l’importance du mouvement.

Il a des antécédents conspirationnistes avec le film « M et le 3e Secret » en 2014. Dans ce film littéralement apocalyptique dédié à la Vierge Marie il dénonce un complot mondial ourdi par le parti communiste et les francs-maçons et prédit une catastrophe comme jamais on n’en a vu. Sa source ? Eh bien rien de moins que les apparitions de la Vierge puisque, je cite, il « tend [son] micro à Marie. (…) ce sont bien ses propos, pas les miens.» (source) Pour un peu c’est la Vierge Marie qui réalise ce film…

Bande annonce du précédent film conspirationniste de Pierre Barnérias

Il a aussi réalisé « Thanatos l’ultime Passage » en 2019, où se succèdent les témoignages de personnes ayant vécu une expérience de mort imminente et des tenants de théories bizarres sur les voyages astraux. On y apprend notamment, en sous-texte que les athées iront en enfer.

Dans la foulée de ce film Pierre Barnérias est le créateur de Thana TV, média spécialisé dans les expériences de mort imminente. Proche de Jean Jacques Charbonier, il défend l’idée que les EMI prouvent l’existence d’une vie après la mort. S’il est bien libre de croire ce qu’il veut, promouvoir l’idée que des preuves existeraient dépasse le simple cadre de la croyance pour entrer dans le prosélytisme et, en l’occurrence, le mensonge : de preuves il n’y en a pas, j’ai même obtenu cet aveu de Jean Jacques Charbonier lui-même (vous pouvez voir ça ici.).

  • Ce petit historique nous apprend que Pierre Barnérias est un homme qui croit sans preuve et volontiers malgré les preuves et qui fait la promotion de ses croyances à travers ses films. Au minimum cela interroge sur sa manière de construire ses avis sur le monde réel.

Un financement… douteux

L’argument de l’argent est récurrent dans le film Hold Up comme dans la complosphère en règle générale. Ce n’est pas toujours un bon argument car il arrive que les gens fassent des choses juste parce qu’il leur semble que c’est bien de le faire, même si ça ne rapporte rien. Mais parfois s’intéresser à l’argent permet de se poser des questions. C’est ce que nous allons faire.

Le journaliste Pierre Barnérias entend financer son projet avec la générosité du public en demandant 20 000€ sur Ulule. La somme est honnête. La qualité semi-pro des interviews justifie une dépense de cet ordre. Nous avions financé notre documentaire de 2016 « Les lois de l’attraction mentale » avec le même montant.

  • L’opération de récolte de fonds est un franc succès puisque c’est 182 970€ qu’ils empochent. De quoi faire plusieurs films du genre.
  • Mais ensuite les créateurs demandent encore de l’argent. Ceux qui veulent le voir en streaming doivent débourser 4,99 euros, et pour avoir le fichier c’est 9,99 euros. Le réalisateur a mentionné 25 000 visionnages payants sur Viméo avant la suspension de la vidéo. Selon le producteur du film, Christophe Cossé, interrogé par Franceinfo, le visionnage sur la plateforme a rapporté environ 170 000 euros.
  • Et puis les créateurs ouvrent aussi une page Tipeee pour continuer à récolter des dons, notamment pour financer une version anglaise (pourtant prévue dans la campagne Ulule) qui reviendrait à… 10k€. Au moment d’écrire ce script, leur récolte sur Tipeee approche les 150 000€.

Je ne suis pas un enquêteur, je n’ai pas accès aux sources de financement de ces gens, mais en quelques clic on constate qu’ils ont engrangé plus de 500.000 euros pour un projet initialement chiffré à 20 000€. Je me contente d’énoncer des faits. Ces sommes d’argent ne prouvent rien, mais certains pourraient y voir un but lucratif. Et à tout le moins il ne faudrait pas gober trop vite la carte du désintéressement.

Je n’ai jamais vu des sommes pareilles dans le monde de la vulgarisation scientifique sur YouTube et encore moins dans celui de la critique rationaliste des pseudo-sciences. De telles levées de fond sont en revanche monnaie courante du côté des productions conspirationnistes comme « La Révélation des Pyramides ».

Détail amusant, l’affiche du film a évolué. Dans les yeux des personnages lobotomisés ont peut voir les logo de quelques médias. Or après le passage du producteur du film, sur le plateau de Pascal Praud sur CNews, le logo de CNews a disparu de l’affiche pour être remplacé par celui de LCI. J’ignore ce qu’il s’est passé, ce qu’ils se sont dit, les accords qu’ils ont pu passer. Je ne fais, comme Pierre Barnérias, que vous donner une information. L’info est d’ailleurs parcellaire, voire fausse car les deux versions de l’affiche ont peut-être existé avant ce passage TV, et puis ce choix peut s’expliquer pour bien des raisons qui n’ont rien à voir avec des conflits d’intérêt. Nous savons qu’il faut éviter d’accumuler les soupçons infondés pour pouvoir se faire une opinion juste, chose que l’auteur du film ignore… À moins qu’il agisse sciemment dans le but de tromper le spectateur.

Conclusion ?

Avant de vous laisser vous faire votre opinion, qui peut être différente de la mienne, je voudrais vous rappeler que nous sommes tous manipulables.  Nous ne sommes pas tous manipulés à longueur de temps, mais nous sommes humains et donc nous répondons à des situations d’une manière prévisible, ce qui permet à certains de concevoir des pièges. Vous savez bien que les escrocs prospèrent, que des gourous exploitent des tas de gens, que les complots existent, et cela confirme ce que je vous dis : même des gens intelligents peuvent se faire avoir.

La chose la plus importante en regard de ce constat, c’est qu’on n’est généralement assez mal manipulé par ceux qu’on déteste et dont on se méfie, par contre c’est beaucoup plus facile de se faire avoir par ceux à qui on accorde sa confiance. Vous ne serez jamais trahi par ceux dont vous vous méfiez. Il faut donc vérifier les infos, toujours, autant que possible, en redoublant d’efforts quand l’information nous plaît, qu’on a très envie d’y croire. Parce que c’est là que le piège se referme sur nous.

Au delà du debunkage

Il m’a fallu déjà pas mal de temps pour vous expliquer tout ça, pour examiner les choses qui nous invitent au doute et à la prudence. Mais comme vous l’avez constaté je n’ai rien debunké, je n’ai rien démontré ; je vais m’en remettre à vous. Je vais vous faire confiance pour ne pas croire n’importe quoi. C’est risqué parce que vous savez bien que certains extrémistes s’attachent même aux théories les plus débiles, mais l’alternative consiste à produire des heures et des heures de vidéo où l’on vous apporte une démonstration tout en sachant que les extrémistes dont je parlais ne les regarderont pas.

Le debunkage n’est pas la panacée, ce qui est le plus important c’est que chacun ait l’envie de faire sa part du travail de vérification. Vous pouvez aider la société en transmettant cette envie autour de vous, cela passe par le questionnement.

À vos proches qui sont convaincus par le film, demandez gentiment : « Quel est l’argument que tu trouves le plus fort ? Si tu y crois, il faut bien que ce soit pour une raison plus que pour une autre. » et cherchez avec cette personne sur quoi repose cet argument, si les faits collent bel et bien, s’il n’y pas des interprétations alternatives au moins aussi probables. Evaluez bien quelle conclusion peut être tirée de l’argument pour éviter de croire qu’une chose est prouvée quand elle ne l’est pas. Montrez-lui que vous lui faites confiance pour examiner les faits avec vous, que vous ne le prenez pas pour un débile, et que vous désirez autant que lui croire des choses vraies et éviter de croire des choses fausses.

Dans cet exercice, vous pourrez utiliser le superbe travail de ceux qui sont allé vérifier tout ce qui est dit dans ce film. Je remercie d’ailleurs la Fédération Covid19, un petit groupe de citoyens très inquiets par la désinformation rampante qui nous envahit depuis les débuts de la pandémie et qui a décidé de trier le vrai du faux dans le déluge d’informations qui nous parvient sur le Covid19. Ils m’ont aidé à rassembler des informations et des liens que vous trouverez dans la version Blog de cette vidéo, disponible sur La Menace Théoriste.

J’espère que cette petite analyse vous semblera utile, que vous aurez envie de la partager, de soutenir notre travail, et surtout que vous êtes plus que jamais motivé pour faire attention aux idées que vous acceptez de mettre dans votre tête.

Acermendax

Un merci spécial à Jonathan Cordier de Mello pour les séquences des intervenants utilisées dans la vidéo et à Emma Palmer pour la recherche d’informations.

Liste de debunkages

Le débat aura lieu tout à l’heure, 3 novembre à 20h30

Ce débat a lieu à l’initiative de Jean-Jacques Charbonier lui-même, et de la société ABC Talk avec laquelle il travaille. J’ai souhaité répondre présent. Je ne cherche pas, dans ce débat ou ailleurs, à défendre l’idée que je souhaiterais qu’il n’y ait pas de vie après la mort, ou que je souhaiterais qu’on ne puisse pas communiquer avec les morts. En réalité, je souhaite l’inverse, mais j’ai appris au cours de ma vie qu’il faut se méfier des idées qu’on envisage de croire, en particulier quand elles nous font plaisir.

Le mauvais rôle

Aborder un débat comme celui-ci est compliqué pour un sceptique, parce qu’on a facilement le mauvais rôle. Je vais être celui qui donne l’impression de juger les gens qui croient (comme) monsieur Charbonier. Pour certains, je serai dans le camp de ceux qui traitent les autres de « fous » où qui veulent imposer un matérialisme dogmatique attentatoire à la liberté de croire. Tel n’est pas mon propos, car telles ne sont pas mes convictions.

Ma posture sceptique peut être interprétée à tort comme un rejet aveugle des thèses qu’on me propose, alors que je veille scrupuleusement à bien distinguer les registres : je vais questionner la valeur des « preuves » sur lesquelles JJ Charbonier appuie ses propos, et si j’estime pouvoir rejeter une « preuve » je n’en conclurai pas automatiquement que la position que je critique est alors réfutée dans son ensemble. Ce serait abusif de ma part. Tout comme il serait abusif de la part de JJ Charbonier de demander une preuve que ce qu’il dit est faux aux sceptiques qui ont bien le droit de douter… jusqu’à preuve du contraire. J’espère qu’il ne commettra pas cette erreur aussi grossière que courante.

Monsieur Charbonier ne se retient pas de traiter les sceptiques d’abrutis depuis des années. Il reçoit à n’en pas douter des attaques personnelles lui-même. J’espère que la communauté sceptique/zététique saura mettre en pratique ce qu’elle sait d’une bonne argumentation ; chaque fois que nous employons ce genre d’attaque ou un argument fallacieux, nous donnons aux croyants-tenants une raison de persister dans leur croyance. Cela entretient leur animosité et nous éloigne nous-même d’une possible remise en question. Cela ne rend service à personne.

Quel est mon objectif ?

La question de la mort, de ce qui pourrait se passer après, concerne tout le monde, constitue un enjeu important et appartient de plain-pied au domaine du doute. Les allégations sans preuve sont monnaie courante, les médiums pourraient bien être des menteurs ou des illuminés ; on peut rapidement, si l’on n’y prend garde, accorder sa confiance à un manipulateur ou bien à un doux rêveur dont les élucubrations sincères apportent un semblant de signification à ce qu’on ressent, exactement comme une théorie du complot peut donner l’impression de révéler une vérité cachée en alignant certains faits à moitié compris et privés de tout contexte.

Je dois donc insister sur la  « mission » que j’entends remplir avec ce débat. Je n’affirme rien sur l’existence ou l’inexistence d’une forme de vie près la mort, mais j’entends ne pas accepter des allégations sans demander de solides raisons de leur accorder du crédit.

« Il est toujours, partout et pour tout le monde, mauvais de croire quoi que ce soit sur la base de preuves insuffisantes »

William Kingdon Clifford

Je ne réponds pas à l’invitation de ce soir en tant que scientifique ou expert de la question de la vie après la mort. Ceux qui voudraient un débat scientifique ont bien raison, et je souhaiterais que JJ Charbonier ait le courage, le temps, les arguments pour s’adresser à la communauté scientifique dans le langage qui convient : celui des publications scientifiques dans des journaux à comité de lecture. Cela permettrait à des gens bien mieux qualifiés que moi d’apporter des critiques et éventuellement de valider les théories du docteur. Mais malgré la thèse qu’il a encadrée en 2014, on ne voit pas la couleur d‘une telle publication. Je n’en veux pas à ceux qui estiment que cela discrédite JJ Charbonier sur le plan scientifique. Il ne peut pas s’en étonner ni attendre que les règles s’assouplissent en sa faveur. Il ne s’agit donc pas d’un débat d’experts pouvant trancher une question scientifique.

Je ne réponds pas à l’invitation dans le but de faire abjurer ses convictions à mon interlocuteur. Je suppose qu’il a déjà consulté les critiques des rationalistes, qu’il a peut-être lu mon livre sur le sujet, et je constate que malgré tout il continue de professer les mêmes choses. Je serais bien idiot de penser le déconvertir en une soirée. Il ne s’agira pas pour moi de défendre le matérialisme ontologique.

Mon rôle dans ce débat est d’être sceptique. Point. Depuis les débuts de la carrière de JJ Charbonier dans ce domaine, il y a 20 ans, il n’a pas été possible d’organiser un débat public de vive voix avec un sceptique. Je saisis l’occasion. Je suis documenté sur la question. Mon livre « La vie après la mort ? une approche rationnelle » rapporte un point de vue sceptique qui constate l’absence de preuves, mais aussi l’étonnante médiocrité des éléments dont les détracteurs du matérialisme scientifique se contentent pour étayer leurs propos. Mais que l‘on m’apporte une preuve sérieuse, et aussitôt je serai heureux de réviser mon jugement sur la perspective du néant qui n’a, en vérité, guère d’attrait en ce qui me concerne. Mais je ne m’attends pas à ce que cela arrive non plus, pour être honnête.  

Alors à quoi bon ?

J’entends, avec cette participation, exposer un point de vue sceptique tolérant mais exigeant, respectueux des individus mais intraitable avec les idées. Mon but est qu’un maximum de gens interrogent leurs convictions, leur ressenti avant d’adhérer à une croyance ou à une autre. Le meilleur moyen, selon moi, est d’avoir un échange avec JJ Charbonier que pourront regarder ceux qui le suivent et adoptent son point de vue mais qui ne consultent pas les ressources sceptiques ou scientifiques. J’espère aussi montrer qu’un échange cordial est possible en dépit du large fossé qui me sépare de mon interlocuteur. La culture du débat est en soi une partie de la réponse aux tentions que la société subit.

Le débat sera gagné par tous ceux qui chercheront à en apprendre quelque chose.

Soyez au rendez-vous, cela se passera ici :

Nous croisons tous les jours dans les médias et sur Internet les noms de dizaines de pratiques thérapeutiques censées répondre à nos besoins mieux que la médecine jugée inhumaine, froide, technique, corrompue. Or les médecines alternatives sont désormais des milieux privilégiés pour les gourous et les dérives sectaires les plus dangereuses. Le cynisme, l’inhumanité y côtoient la naïveté et l’indigente incompétence. Les prétentions de soin sont sans proportion avec les preuves qui permettraient de s’assurer que la technique est véridique, qu’elle produit des résultats, qu’elle est encadrée et sans danger. Bref, tout cela invite instamment au doute.

Se faire un avis seul est parfois très délicat.


INDICES : Si vous découvrez une thérapie que l’on vous propose ou qu’un de vos proches se voit proposer, faites une recherche google. Voici les indices que cette pratique n’est sans doute pas sérieuse.

  1. Il existe une page dédiée sur un site référençant les pseudo-médecines : le site PSIRAM, le site Quackwatch et sa version francophone.
  2. Cette thérapeutique est une marque déposée ® (comme l’anypsologie par exemple) et/ou fait des références fréquentes à son inventeur. Ou bien elle est « ancestrale », « millénaire ».
  3. Une recherche Internet associée aux mots « dérive sectaire », « pseudoscience » ou « sceptique » aboutit sur des pages qui critiquent cette pratique, sources à l’appui.
  4. L’utilisation du mot « énergie » qui n’a pas de sens en médecine (en dehors du concept de calorie). — Le mot quantique peut aussi vous alerter.
  5. Les recherches Google donnent d’abord des sites de formation (modèle économique récurrent des pseudo-médecines).
  6. Utilisation de livres d’or dans le but d’utiliser des témoignages pour « prouver » l’efficacité du service vendu.
  7. Des propos conspirationnistes : la médecine « ‘officielle » déteste cette pratique miraculeuse, etc.
  8. Absence de cette thérapie sur les sites de références scientifiques comme PubMed, pas de travaux de recherche concluant à une efficacité (chercher sur Google Scholar).
  9. Pas de page Wikipédia (ou bien une page contenant une section « critique » ou « évaluation scientifique » développée).
  10. Pas d’équivalence dans une autre langue (les techniques qui marchent ne connaissent pas de frontière).

Suivre ce lien pour lire les conseils de la Miviludes pour repérer un charlatan.


Liste non-exhaustive de pratiques de soin douteuses

Les * indiquent que ces pratiques sont défendues sur la base de quelques travaux scientifiques qu’on ne peut pas balayer aussi facilement que les autres, ou bien que le terme est si vague qu’on trouve dans cette pratique des remèdes tout à fait valides (et d’ailleurs employés par la médecine) mais sertis dans un discours aux présupposés douteux, voire antiscientifiques.

NB : Toutes les pratiques ci-dessous ne se présentent pas forcément comme des médecines (douces, complémentaires, parallèles, holistiques, alternatives…), mais elles ont en commun de prétendre apporter un bénéfice thérapeutique ou de bien être en justifiant leur démarche à l’aide d’un corpus théorique non validé.

  • Access Bars
    • « Access Bars est une modalité douce qui a été introduite par Gary Douglas au début des années 1990. Ça consiste en 32 barres d’énergie qui sont activées à travers et autour de la tête. Ces barres se connectent à des « points de bars » spécifiques et correspondent à différents endroits et aspects de la vie. Pendant une séance d’Access Bars, un praticien va délicatement toucher ces points pour relâcher la charge électromagnétique de toutes les pensées, idées, attitudes, décisions et croyances qui t’ont peut-être limité dans les domaines de vie en question.» (source)
    • Le mantra « Right, wrong, good, bad, POD and POC, all Nine, Shorts, Boys and Beyonds. » est à prononcer en imposant les doigts. Sans explication…
    • Cf sur le forum des Sceptiques du Québec.
  • Acupuncture
  • Anypsologie® — Science de l’élévation vibratoire.® (marque déposée par le créateur de… A.I.M.E.® (Académie Internationale de la Métamorphose de l’Être)
  • Alphabiotique
  • Apipuncture
  • Apithérapie
  • Aimantothérapie
  • Amaroli (= urinothérapie)
  • Analyse transactionnelle
  • Médecine Anthroposophique
  • Aromathérapie (Existe en version quantique, Voir ici)
  • Auriculothérapie
  • Médecine Ayurvédique
  • Fleurs de Bach
  • Barreur de feu
  • Méthode de Batesvoir ici.
  • Bioanalogie
    • « Il s’agit d’une approche humaniste de la vie, non dualiste, et sortant de toute causalité.» dixit le site dédié.
  • Bioénergie
  • Biomagnétisme (magnétothérapie)
  • Biorésonance
  • Méthode Breuss (cure de jus de légumes de 42 jours contre le cancer)
  • Crème Budwig (huile de lin + lait caillé contre le cancer)
  • Catharsis
  • Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC)
  • Chiropraxie *
    • La profession évolue vers plus de rigueur scientifique. Cf cette fiche.
  • Chromothérapie
  • Chrono-nutrition® du Dr Delabos
  • Coaching harmonique
  • Coiffure mnemoenergétique
    • « Je rappelle que les concepts Chemin du Moi au Soi®, Coupe de Cheveux Mnémoénergétique®, Coiffeuse Mnémoénergéticienne®, Coiffeur Mnémoénergéticien®, sont des marques déposées par Malika Tacussel. » Avant la coupe-soin, on pratique la lecture du Cheveu : « Une mèche, un épi, une crinière rebelle sont autant de signaux que nous devons interpréter et corriger à l’aide du Soin-Coupe. » (source)
    • « Le Soin-Coupe Mnémoénergétique® a pour objectif de mettre en équilibre notre coiffure et notre Cheveu et créer ainsi un équilibre entre notre extérieur et notre intérieur. » « En agissant sur les pointes des Cheveux, le rasoir initie une vibration qui va stimuler une série de points d’acupuncture situés à la surface du crâne et ainsi libérer les émotions. » (idem)
  • Constellation systémique et familiale Voir ici.
  • Correcteurs d’États Fonctionnels (plaques de Koltsov)
  • Cristallothérapie
  • Crudivorisme
  • Cupping
  • Curothérapie
  • DelphinothérapieVoir ici.
  • Dentosophie
    • Cette pratique est en réalité la profession de foi d’un dentiste, Michel Montaud.
  • Detoxication
  • E.M.D.R* (eye movement desensitization and reprocessing)
  • Endothérapie multivalente (ou Endo-Bio-Thérapie)
  • Médecine énergétique
  • EFT coaching (Emotional Freedom Technique)
    • « En quelque sorte, l’EFT est une technique d’auto-acupuncture sans aiguilles. Pendant que vous tapotez certains points précis, nous trouvons les mots utiles pour vous libérer doucement de vos doutes, votre anxiété, vos peurs, votre culpabilité, votre colère, votre tristesse, et pour vous soulager des maux physiques qui y sont associés.» dixit le site dédié.
  • Elixirs d’orchidées
    • « La thérapie par les Élixirs floraux d’orchidées LTOE se distingue par son action thérapeutique subtile et fait le lien entre le « psychisme » de l’orchidée et celui de l’homme dont elle est si proche.» dixit ce site.
  • Énergiologie
  • Ennéagramme
  • Soins Esséniens
    • « Les soins de sensibilité essénienne et égyptienne constituent une approche thérapeutique globale de l’être humain dont l’origine réelle se perd sans doute dans la Nuit des Temps.» dixit le site dédié.
  • Etiopathie
  • Fasciathérapie
  • Feng Shui
  • Thérapie Fréquentielle
    • « Par de savants calculs mathématiques, il a mis à jour  environ 10 000 fréquences permettant grâce aux champs magnétiques pulsés ou au magnétisme humain de soigner et d’harmoniser le vivant.» dit le site à la gloire de Dominique Remy.
  • Florithérapie
  • Gemmothérapie
  • Génodique, voir ici.
  • Géobiologie
  • Méthode Gesret®
    • « C’est en supprimant les déséquilibres structurels, les tensions musculaires, que la méthode Gesret® permet de soulager un grand nombre de maux chroniques : bronchites, conjonctivites allergiques, toux, otites, migraines… » Egalement utilisé pour « stopper les crises d’asthme » en massant un point sous l’aisselle ou dans le nez.
    • Cette « Méthode basée sur une recherche clinique » annonce plus de 90% de réussite.
  • Gestalt-thérapie
  • Groundology
    • « La Terre est un immense réservoir d’ions négatifs. Sans cette connexion à ce réservoir, les cellules de notre corps sont incapables d’équilibrer la charge positive résultant des radicaux libres qui sont déficients en électrons. L’excès de cette charge positive dans le sang peut se voir clairement, par la manière dont les globules rouges s’agglutinent les uns aux autres.» Dixit le site dédié sur lequel on a aussi une liste de produits à vendre…
La Groundologie (thérapie par le sol) a plein de trucs à vous vendre
  • Guérisiologie
  • Hamer (méthode) ou Médecine Nouvelle Germanique
  • Haptonomie Voir ici.
  • Harmonisation énergétique
  • Hélicithérapie — Soin par la bave d’escargot (pour  » protéger, réparer, hydrater, ou encore purifier la peau. »)
  • Holothérapie
  • Homéopathie On en a parlé ici.
  • Hypnothérapie*
  • Hypnose entéro-cérébrale — Mélange d’hypnose et d’ostéopathie viscérale ? voir le site dédié
  • Instinctothérapie
  • Intégration Réflexes Archaïques
  • Iridologie
  • Irrigation du côlon
  • Isothérapie
    • « technique homéopathique qui vise à améliorer la tolérance du patient vis-à-vis des allergènes responsables de leurs maux.»
    • « Le patient apporte son échantillon au pharmacien, par exemple, dans le cadre des allergies aux poussières de maison, un peu du contenu du sac de son aspirateur […]. La prescription sera formulée ainsi : Hétéro Isothérapique Sac aspirateur 5 CH […].» (source)
  • Cure « Jilly Juice » de Jillian Epperly.
  • Katsugen undo
  • Kephrenothérapie (du nom de la Pyramide…)
    • « tous les thérapeutes s’entendent sur le fait que chaque pathologie, chaque déséquilibre, chaque mal-être, chaque douleur a son point de départ énergétique, l’électrophotographie  apparaît comme le meilleur moyen de visualiser d’une façon très précise l’origine d’une « déprogrammation » énergétique et d’en comprendre le cheminement jusqu’au déséquilibre énergétique.» (source)
  • Kinésiologie
    • « a fait l’objet d’un avis sévère du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes. Il en ressort que « la kinésiologie est une méthode de soin non conventionnelle et que son utilisation constitue une dérive thérapeutique. » » Extrait du rapport de la #Miviludes 2018, p37.
  • Kryeon
  • Méthode Jean Lefoll (trois acides contre le cancer)
  • Moxibustion
  • Système de soin énergétique LAHOCHI.
    • « Le LAHOCHI est une technique énergétique de soins très puissante transmise par l’apposition des mains.Il est considéré par certains comme une forme de Reiki, même si la façon de canaliser cette énergie et d’imposer les mains pour transmettre l’énergie est fondamentalement différente du Reiki Usui » (source)
  • Libération des cuirasses (MLC)
  • Libération psycho-émotionnelle (LPE)
    • Les maladies ont toutes une origine psychologique. Exemple : « une personne atteinte de cirrhose a tout intérêt à s’intéresser à la vie de celle ou celui qui a provoqué de la souffrance en elle. Afin de comprendre ce qui a pu motiver de telles actions préjudiciables.» (source)
  • Libération du péricarde
  • Lithothérapie
  • Logique Emotionnelle
  • Luxopuncture
    • « L’énergie du rayonnement infrarouge LUXO® est transférée aux terminaisons nerveuses qui constituent le point réflexe. Cette stimulation énergétique agirait sur le système nerveux végétatif (ou autonome), visant, entre autres, à rétablir l’équilibre fonctionnel du système hormonal.» Source.
  • Lympho-Energie
  • Maïeusthésie
    • « Travail sur le passé par la parole et le ressenti avec le guidage non directif permettant la localisation et la « mise au monde », des parts de structure psychique en attente (réhabiliter, valider les justesses de fondements).». C’est pourtant clair !
  • Soin Manuel Informationnel
    • « Le praticien apporte au corps l’information énergétique et quantique nécessaire avec un toucher très léger, accompagné d’une intention » Nous dit cette vidéo (le site a disparu)
  • Massage métamorphique
    • « Ce massage a pour principe de reconnecter l’individu à sa période prénatale.» dixit le site dédié.
  • Massothérapie
  • Méditation *
    • Mot fourre-tout.
  • Mésothérapie
  • Métakinébiologie ®
    • elle « a fait ses preuves dans les cas de difficultés d’apprentissage et de comportement. » – « donne accès avec une extrême rapidité aux mémoires conscientes, subconscientes, inconscientes, cellulaires et holographiques » (Source)
  • Méthode Mézière (forme de posturologie)
  • Microkinésithérapie
  • Micro-Ostéo Digitale. (voir cette publicité)
  • Musicothérapie *
    • « Technologie curative ou préventive » de MentalWaves®. « Mental Waves propose des approches thérapeutiques avancées, axées sur la stimulation des ondes cérébrales, les fréquences vibratoires et les états modifiés de conscience. » https://www.mental-waves.com/
  • Médecines « musulmanes », il y a même une Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé (OMAS)
  • Technique morontielle
  • Naprapathie (Cf ici)
  • Naturopathie *
  • Neurothérapie
  • Nutripuncture
  • Nutrithérapie — voir cette rapide enquête.
  • Ondes Scalaires
    • « Les ondes scalaires sont le modèle parfait et équilibré de circulation ondulatoire et de transfert de l’énergie.
      Leur grand atout c’est qu’elles traversent la barrière des électrons sans les détériorer et leur apportent de l’énergie.» Heureusement Espace Mom® a des produits à nous vendre. On nous cite volontiers Nikola Tesla pour montrer que c’est pas de la gnognotte.
  • Ondobiologie (= Biochirurgie immatérielle) — Audition de l’inventeur Jean-Marie Bataille par le Sénat. Et vidéo de démonstration.
  • Oligothérapie
  • Orgone
  • Médecine orthomoléculaire
  • Orthothérapie
  • Ortho Bionomy
  • Ostéopathie*
    • Méthode Niromathé. « La méthode consiste à faire vibrer des points sous-cutanés au voisinage des tendons, ligaments, muscles courts. Cette vibration amène une levée instantanée du spasme. L’inflammation, si elle est présente, disparaîtra en-suite au fil des jours.» Cf le site dédié. Promet d’être efficace contre « vertiges, angoisses, maux de tête et tous les troubles viscéraux ».
  • Ozonothérapie
  • Physiopathie
  • Phytothérapie*
  • Médecine Prophétique
    • « la médecine prophétique est entièrement basée sur la Révélation d’Allah à son Messager sur tout ce qui est bénéfique pour la santé humaine.» nous dit cet article posté sur une page orientée naturopathie…
  • Psychanalyse — On en a parlé ici.
    • Micropsychanalyse
  • Psycho-Bio Acupressure
  • Psychogénéalogie — Cette approche existe en différents parfums : « psychobiologie », « psychogénéalogie », « psychobiogénéalogie », « mémoire cellulaire » ou « décodage biologique »
  • Psychophonie
  • Programmation neurolinguistique
  • Pulsologie/Sphygmologie
  • Médecine quantique
  • Quantum Touch
  • Qi gong sibérien
  • Réactivologie
  • Réflexologie — Existe en « plantaire », « palmaire » ou « intestinale »
  • Régénération lymphatique globale
    • « Contrairement à d’autres méthodes qui n’ont pas manqué d’enrichir notre réflexion, elle est purement manuelle, c’est-à-dire sans « appareillage ni machine » et qu’aucune autre ne propose et ne permet de désincruster le réseau lymphatique avant de relancer la fonction physiologique automatique » dixit le site dédié. On voit que la syntaxe est à l’avenant.
  • Reiki — Voir l’article sur Psiram.
  • Résonance dentaire
    • Cf la boutique du Dr Wolfe. dentiste holistique.
  • Respirianisme
  • Machine de Rife
    • « chaque micro-organisme (champignons, bactéries, virus, parasites, amibes, moisissures, etc.) a une fréquence unique et spécifique (ou taux d’oscillation mortelle). Lorsque vous imposez longtemps cette même fréquence au micro-organisme, cela provoque un stress structurel et l’agent pathogène est désactivé ou meurt. Les résonateurs Rife génèrent des ondes de résonance qui détruisent les organismes pathogènes nuisibles sans nuire aux personnes.» A lire ici.
  • Régime hypotoxique Seignalet
  • Shiatsu
  • méthode Simoncini (bicarbonate contre le cancer qui serait de nature mycosique)
  • Somatopathie
    • « Le somatopathe agit exclusivement sur le MRP via les anomalies du MRP et des divers micro-mouvements. Les bienfaits collatéraux sont induits par cette seule et unique action-là.» (Mouvement Respiratoire Primaire) Cf le site dédié.
  • Sophrologie
  • Spagythérapie
    • « mise en pratique des lois de l’Alchimie Gnostique. Elle privilégie l’Homme en tant que Microcosme dans une cohérence thérapeutique et philosophique puissante. Immensément complexe, riche et divers, l’Homme est bien plus qu’une simple existence matérielle. » Cf le site dédié.
  • Sungazing
    • « Avez-vous déjà souhaité que vous puissiez être à plus d’un endroit à la fois? Ce phénomène est une capacité réelle qui peut être acquise par ceux qui suivent le protocole que l’on appelle Sungazing, une pratique valable confirmée par la NASA. » Que dire de plus ? Cette discipline consiste à regarder le Soleil les yeux nu.
  • Sylvothérapie
  • Médecine Symbolique© 
    • « révèle les mécanismes internes et externes des phénomènes, et elle donne du sens aux interactions avec les autres et les choses, en éclairant les dysfonctionnements qui peuvent en découler.» Cf le site dédié.
  • Sympathicothérapie
  • Spiralogie
  • Thérapie Séquentielle
    • « La thérapie séquentielle (aussi dénommée homéopathie séquentielle) reconnaît dans le déséquilibre de l’énergie vitale la cause des maladies, aiguës ou chroniques. Mais contrairement à l’homéopathie, elle pousse le raisonnement plus loin que le simple constat de déséquilibre. Elle pose la question-clé : Pourquoi l’énergie vitale est-elle déséquilibrée ? La réponse est une évidence : parce qu’elle a été déséquilibrée. Par quoi ? Par ce que le Dr Elmiger définit comme une « séquence d’événements ». » (Source)
  • Méthode Tomatis (du nom de son inventeur)
    • « Grâce à un traitement spécial de la musique et de la voix, elle améliore significativement les facultés motrices, émotionnelles et cognitives.» (source)
    • Voir par exemple.
  • Trichothérapie (coiffure énergétique)
  • Tropologie
  • Thermalisme*
    • Thalassothérapies et balnéothérapies, notamment, sont abusives quand elles prétendent que la composition de l’eau apporte un soin potentiel ailleurs qu’à la surface de la peau.
  • Massage Tui Na
  • Urinothérapie
  • Vitalopathie — Il s’agit de naturopathie, mais probablement en mieux. Cf leur site.
  • Vittoz
  • Yoga-thérapie
  • Yunâni
  • Zensight
    • « Le procédé Zensight est une toute nouvelle technique qui incorpore les meilleurs aspects de EFT (Emotional Freedom Techniques), BSFF (Be Set Free Fast), Energy Medecine, Focusing et EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing). (…) Toute simple à pratiquer, c’est néanmoins une méthode remarquablement efficace dans le traitement des traumatismes psychiques, de l’anxiété chronique, des phobies, des problèmes relationnels et financiers, de même que pour tous ceux liés à la santé quand ils émanent de troubles émotionnels. » Voir le site dédié.
  • Etc..


En 2019, le gouvernement espagnol a dressé une double liste de pratiques sans approbation scientifique. (source, et info ici)

LES 73 PSEUDOTHÉRAPIES

Analyse somatoémotionnelle, analyse transactionnelle, analyse transactionnelle, anges Atlantis, harmoniques, anneau tifar, ataraxie, aura soma, biocybernétique, hème, chirurgie énergétique, chirurgie énergétique, coaching transformationnel, constellations systématiques, cristaux de quartz, chromopuncture, bols de quartz, bols tibétains, thérapie par diaphragme, fourche de réglage, acupressure, essences marines, spinologie, fasciothérapie, fasciothérapie, feng shui, fleurs de l’aube, thérapie aux fruits, gemmothérapie, géobiologie, géochromothérapie, géothérapie, géothérapie, graphothérapie, hydrothérapie du colon, hypnose ericksonienne, homéosynthèse, iridologie, lama-fera, massage babandi, massage Californien, massage en énergie des chakras, massage métamorphique, Massage tibétain, médecine anthroposophique, médecine mapuche, médecine orthomoléculaire, thérapie métallique, méthode d’orientation corporelle Kidoc, méthode Grinberg, numérologie, oligothérapie, thérapie orale, oxygénation biocatalytique, pierres chaudes, pyramide vastu, plasma marin, posturologie, pranothérapie, psychohoméopathie, guérison psychique, quinton, radiesthésie, renaissance, synchronisation du noyau, sofronisation, sotai, tantra, technique phosphénique, technique métamorphique, technique de massage nimmo, thérapie bioénergétique, thérapie biomagnétique, thérapie de renouvellement de la mémoire cellulaire (cmrt), thérapie florale californienne, thérapie florale orchidée, thérapie régressive.

LES 66 PSEUDOTHÉRAPIES POSSIBLES À ÉVALUER

Etreinte, acupression, acupuncture, aromathérapie, aromathérapie, art-thérapie, auriculothérapie, ayurveda, biodanza, hippothérapie ou hippothérapie, Chi-Kung ou Qi-Gong, constellations familiales, chromothérapie, crudivorisme, drainage lymphatique manuel, soins naturistes, phytothérapie, Gestalt, hydrothérapie, hypnose naturelle, homéopathie, kinésiologie, kundalini yoga, drainage lymphatique, luminothérapie, macrobiotique, magnétothérapie, massage ayurvédique, massage structurel profond, massage thaï, médecine naturiste, médecine naturelle chinoise, méditation, moxibustion, musicothérapie, naturothérapie, ostéopathie, panchakarma, pilates, programmation neurolinguistique, psychothérapie intégrative, chiromassage, chiropratique, réflexologie ou réflexologie plantaire ou réflexologie plantaire ou réflexothérapie, reiki, respiration consciente intégrative, thérapie du rire, guérison spirituelle active, seitai, shiatsu ou namikoshi shiatsu, sonothérapie, tai chi, Technique Alexander, techniques de libération émotionnelle, techniques de relaxation, thérapie craniosacrale, thérapie de polarité, thérapie florale de Bach, thérapie florale de Bush, thérapie par les plantes, thérapie humorale, thérapie nutritionnelle, vacuothérapie, visualisation, yoga de polarité, yoga, équilibre zéro.

Voici un petit échantillon des choses sur lesquelles je suis personnellement sans avis réel, où mon jugement est suspendu. Je n’envie pas ceux qui ont la certitude d’avoir raison ; je ne les juge pas non plus. Et je n’invite ici à aucun débat sur ces thèmes (s’il vous plait !)

  • Les films que je n’ai pas vus
  • Les livres et articles que je n’ai pas lus
  • Le bilan des bénéfices ou inconvénients de l’écriture inclusive
  • La collapsologie
  • L’existence historique de Jésus
  • Les conflits d’intérêt derrière chaque question scientifique
  • L’importance du PIB dans les grands choix politiques
  • Le déboulonnage des statues de mecs à la morale questionnable
  • Une vie extraterrestre intelligente à portée de télescope
  • LA bonne stratégie politique contre la pandémie
  • La sincérité des croyances des médiums
  • Plus généralement, la sincérité des gens que je ne fréquente pas
  • L’efficacité du débunkage VS celle de la communication non violente
  • La potentielle utilité de la chloroquine contre la covid-19
  • Le rachat de Star Wars par Disney

Je rejoindrai peut-être le cortège respectable des personnes convaincues, mais il faudra que je croise des arguments solides, que je les comprenne et que je me donne l’occasion d’en évaluer le poids. Je n’aurai pas la possibilité (notamment le temps) de le faire sur tous les sujets qui m’intéressent, sans compter tous ceux qui ne m’intéressent que moyennement ou pas du tout.  J’ai appris à bien supporter cette suspension du jugement ; elle est, je crois, le meilleur rempart contre les biais de confirmation qui brûlent de se mettre en mouvement dans ma tête, ni plus ni moins voracement que dans toutes les autres têtes de mes compagnons humains. Connaître ces biais est un atout précieux, mais certainement pas un sauf-conduit.

Le doute, c’est le questionnement.

Nous ne nous exprimons presque jamais au sujet des choses sur lesquelles nous sommes sans avis, toute la place est donc prise par ceux qui savent, ou qui croient savoir. Nous en venons à penser que le doute est anormal, qu’il est la faiblesse marginale des gens sans conviction ou sans courage. Pire que cela, cette marginalité amène à confondre douter et soupçonner, ou encore douter et nier.

Je rappelle que douter, c’est questionner la validité des raisons logiques pour lesquelles un énoncé serait vrai ou faux alors que soupçonner, c’est s’introduire dans les pensées, les intentions d’autrui pour tenter de détecter des motivations inavouées (Cf la vidéo ci-dessous). Douter, c’est éviter de croire sans raison, tandis que nier c’est affirmer l’existence d’une erreur ou d’une tromperie.

Je voudrais donc saluer le courage de ceux qui font face à leurs incertitudes, redoutent la légèreté des jugements portés sur les questions complexes, admettent leur faillibilité et savent qu’exprimer publiquement une opinion est trop souvent la première marche de l’escalier des croyances infondées pour s’octroyer le luxe de parler vite et fort. J’ai tort sur tout un tas de choses, c’est inévitable. Mais si jamais je venais à maîtriser parfaitement l’art du doute, me corriger deviendrait plus simple. C’est pourquoi j’aspire à la zététique tout en doutant d’être jamais vraiment à la hauteur de la tâche. Et c’est pourquoi j’invite les autres à le faire.

Si nous prenions plus souvent la parole dans les débats polarisés pour exprimer notre droit au doute, peut-être les convaincus se déchireraient-ils moins et retrouveraient le chemin de l’argumentation.

Evidemment, rien de tout ça n’est certain.

Acermendax

Jean-Dominique Michel est ce que les médias appellent un « expert ». Ce mot, hélas, ne veut strictement rien dire dans la plupart des contextes. « Expert » n’est pas un titre protégé comme l’est « médecin », et il n’a aucune valeur quand il est auto-attribué. Il se joue dans les médias une danse délétère où des journalistes « valident » l’expertise des personnes qui acceptent de venir remplir leur temps d’antenne avec une parole ornée des indicateurs du savoir et de l’autorité, ce qui est bon pour l’image de leur programme. En retour, voilà l’invité adoubé d’un semblant d’expertise qu’il pourra aller cultiver sur un autre plateau.

Rappelons-nous que Stéphane Bourgoin est appelé « expert » en criminologie alors que, depuis 40 ans, il est essentiellement un mythomane, ou qu’Idriss Aberkane a fait le tour des plateaux des médias pendant plus d’un an sur la foi d’une réputation usurpée d’expert en neurosciences, pour ne citer que deux cas que nous avons traités sur ce blog et sur la Tronche en Biais. À l’évidence, les grands médias savent mal se protéger contre l’attrait des imposteurs bon-clients, capables de venir flatter les attentes du téléspectateur et des journalistes eux-mêmes.

Nous avions évoqué la difficulté de faire valoir une authentique parole scientifique dans les médias dans cette table ronde organisée par Futura science.

Carrière médiatique

« Jean-Dominique Michel est depuis 30 ans l’un des plus grands spécialistes mondiaux de santé publique. Il connaît les épidémies et les dispositifs sanitaires en place dans le monde. » nous dit France Bleu le 9 mai 2020. Sur son blog (Source) il se dit « anthropologue médical et expert en santé publique », ce qui est un statut très sérieux. Il ne faut pas plaisanter avec ça.

Il est vrai que JDM fréquente les plateaux TV francophones (surtout suisses) depuis longtemps. En 2005, il glose sur les commentateurs de l’agonie du Pape Jean-Paul II sur RTS. En 2006, sur RTS, il vient commenter l’affaire Natascha Kampusch, la jeune autrichienne enlevée et séquestrée pendant 8 ans. En 2008, présenté comme un « coach et socio-anthropologue » par RTS, il commente les réactions à la crise économique et l’intelligence émotionnelle des traders. Toujours dans le même média, il parle du patriotisme hélvétique, du mouvement pacifiste, d’addiction, de la coupe du monde de foot, de la musique techno ou encore des nouveaux billets de banque…

Son expertise extensible à volonté est l’indice d’un décalage probable entre le périmètre de ses compétences et celui de sa prise de parole. Pourquoi un anthropologue squatterait-il les plateaux télé pour parler d’autant de sujets sur lesquels on ne trouve trace d’aucun travail académique de sa part ? Nous sommes obligés de nous demander si l’expertise est authentique et s’il existe un travail de ce monsieur en coulisse de ses apparitions médiatiques.


Une petite astuce rapide pour se faire un avis sur la solidité scientifique de celui qui se prétend expert d’un sujet : une requête sur Google Scholar.


En 2020, JDM devient particulièrement visible dans le paysage français pour ses billets de blog très partagés et spécialement populaires dans les milieux conspirationnistes (son « expertise » est relayée par Egalité et réconciliation par exemple) au sujet de la crise Covid-19.

« Je le dis avec gratitude mais sans orgueil : plus d’un million et demie (sic) de lecteurs ont lu « Covid-19 : fin de partie ?! » »

cité dans cet article.

Le cœur de son propos est d’accabler les décisions politiques : « L’essentiel des morts du Covid sont des morts politiques, conséquences d’une politique sanitaire imbécile et létale » tout en affirmant que la Covid19 est l’exacte équivalente d’une grippe saisonnière : « D’après ce qu’on sait aujourd’hui, les caractéristiques de l’épidémie de Covid-19 en termes de contagiosité, de dangerosité et de létalité, sont exactement les mêmes, en terme d’ordre de grandeur, que les épidémies d’influenza qu’on a année après année. Ni plus, ni moins.»… Ce qui est faux. La contagion et la mortalité de la Covid19 sont considérablement plus élevées que celle des grippes saisonnières.

Source : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/02/20/2019-ncov-un-virus-peu-contagieux-et-dont-la-letalite-est-plutot-faible_6030246_4355770.html

Autre source sur la dangerosité du SARS-Cov2 : Nature.

JDM sort cette année deux livres sur la crise dans une maison très sérieuse. Nous allons donc l’entendre parler encore et encore. Il me semble utile de se demander maintenant ce que vaut sa parole, plutôt que dans trente ans. Nous pouvons le faire avec d’autant plus de liberté que l’intéressé prétend nous y encourager : 

« Les anthropologues ont au moins cet avantage d’être (normalement) de robustes épistémologues. Il s’agit d’un de mes domaines de prédilection, ce qui me permet d’attendre mes contradicteurs de pied ferme. »

Source .

Sa formation

Le CV de JDM est disponible sur sa page LinkedIn

  • 1987 Certificat en études théâtrales
  • 1988 Certificat en études cinématographiques
  • 1991 Brevet d’Instructeur suisse de ski et patente vaudoise de Maître de ski
  • 1992 Certificat en anthropologie
  • 1994 B.A. en Arts et Sciences. Université de Montréal, Québec
  • 1994 Certificat en ethnolinguistique – Psycho-Physics Academy, Londres
  • 1995 Master en anthropologie Psycho-Physics Academy, Londres
  • 2006 Formation en bio-généalogie Esclarmonde, Genève
  • 2011 Diplôme de praticien en accompagnement individuel et groupal Institut de Coaching et Thérapies d’Evolution, Genève
  • 2013 Diplôme de formateur en accompagnement individuel et groupal Institut de Coaching et Thérapies d’Evolution, Genève
  • 2016 (en cours) Licence en théologie et sciences religieuses Université dominicaine internationale et Université de Lorraine
  • 2016 Diplôme de formation en R.E.M.A.S. (reprogrammation émotionnelle par les mouvements alternés et la sophrologie) MD Consultation Institution de Santé (Genève) Technique développée dans la continuité de l’EMDR, permettant de traiter les états de stress post-traumatique et les perturbations émotionnelles récurrentes. D’autres domaines d’indications pertinents sont la gestion de l’anxiété et du stress ainsi que la préparation mentale.
Présentation de JDM par JDM sur LinkedIn

Que peut-on tirer de cela ?

— JDM évoque un « certificat en ethnolinguistique » et il est difficile de comprendre de quoi il s’agit. A priori, un ethno-linguiste (ça existe) devrait être docteur en ethnologie ou en sciences du langage. Mais quid d’un « certificat » ? L’institut censé avoir délivré ce diplôme est une étrange « académie Psycho-physique » située à Londres. Nous y reviendrons plus tard.

— Plus grave, peut-être, la formation en bio-généalogie est, sans ambiguité, de signature pseudo-scientifique ; la structure Esclarmonde est avant tout une plateforme de promotion de la naturopathie, de l’homéopathie et de la radiesthésie. À partir de là, on ne peut plus regarder ce CV comme celui d’un scientifique ou d’un expert « normal ».

— Concernant « l’Institut de Coaching et Thérapies d’Evolution » de Genève qui aurait délivré un diplôme de formateur à JDM en 2013, une recherche google renvoie uniquement vers des pages dédiées à JDM lui-même. Étrange. L’ancien nom de cet institut est « Institut de mémothérapie » (source). Or JDM est présenté comme le président de cet institut de mémothérapie dans la biographie d’une conférence donnée en 2015 sur le thème « Produit Intérieur Brut ou Bonheur Intérieur Brut ? ». Ce titre de président ne se retrouve pas ailleurs. Pourquoi ?

Le concept de « Thérapie d’évolution» ne renvoie vers aucun contenu scientifique, mais on retrouve les mots clef sur des sites ésotériques de soin de l’aura par des « thérapies énergétiques ».

« Apprendre la technique de « Reconnexion sur la charge cosmique ». Un protocole que le Touch lighter doit maîtriser à la perfection car c’est un acte majeur en thérapie d’évolution. »

source

Les propos de JDM lui-même ne sont pas moins fumeux sur le sujet « Quelle que soit l’issue de la maladie, l’important c’est de pouvoir grandir à travers elle dans le sens du projet évolutif » (source conférence avec l’INREES).

La page Facebook de l’institut de mémothérapie, suivie par 29 personnes, indique qu’il est dirigé par un certain Michel Carayon. Ce monsieur a écrit la préface du livre de JDM sur les chamans. Michel Carayon est publié par les Editions Universitaires Européennes ; derrière ce nom ronflant se cache une revue prédatrice dénoncée par l’université de Genève. Le premier élément visible sur cette page est la vente d’un séminaire de 300 à 1000 euros pour une semaine sur « choisir d’être heureux, évoluer des émotions vers les sentiments, ou comment faire plus de place à la joie dans notre quotidien ».

La page partage des contenus discutables, notamment des allégations de soin de la covid19 avec des méthodes alternatives. Le site de l’institut (https://www.memotherapie.net/) précise ce qu’est la mémothérapie :

« La mémothérapie est le résultat de quarante ans de recherche et de travail sur les émotions et la mémoire du corps reliée à d’autres mémoires plus subtiles (inconscient personnel, inconscient collectif, anamnèse de vies antérieures par le Lying) ; le travail analytique permettant l’élaboration et l’intégration des ressentis et des prises de conscience progressives. »

Nul besoin d’aller plus loin pour comprendre qu’on a affaire à une pratique pseudo-scientifique, et surtout à une fausse médecine puisque des allégations de soins sont proférées. L’éthique déjà discutable du propriétaire de ce CV devient un véritable problème.

— Concernant le Diplôme de formation en R.E.M.A.S. (reprogrammation émotionnelle par les mouvements alternés et la sophrologie) obtenu chez MD Consultation Institution de Santé (Genève), signalons que la sophrologie est une pseudo-science caractérisée, et même un ésotérisme masqué. Cette fois, l’existence de l’institution est moins douteuse ! Une recherche de la formation REMAS envoie vers une page qui précise que cette formation dure 2 demi-journées. Je répète : 2 demi-journées. On n’est pas formé à « reprogrammer les émotions » des gens en deux demi-journées, en tout cas devrait-on se retenir de le faire croire dans un CV destiné à montrer que l’on est compétent sur les questions de santé publique. Pour en savoir plus sur cette formation : détails.

— Pour se dire « anthropologue » il faut normalement un doctorat. Un tel diplôme ne figure pas dans cette liste, mais plus loin sur la page LinkedIn un élément de confusion pourrait être interprété comme tel. Il est à nouveau fait mention de la « Psycho-Physic Academy » et d’un « diplôme d’études supérieures en anthropologie de la santé » obtenu en 1995.

Cette academy est en réalité une entreprise qui n’a existé que de 1993 à 1998 et dont on se demande si elle peut réellement délivrer un diplôme (a priori il y a peu de chance !). On peut trouver des informations sur les liens suivants :

On trouve une collection de livres aux « Psycho physics academy press » avec un livre référencé par Google : « L’alogique du corps – taxinomie et mythanalyse des techniques du corps contemporaines » écrit par Paul Gérôme (ou Jean-Paul André Gérôme), qui est justement l’un des directeurs de « l’académy » !

Sur une capture de la page LinkedIn que l’on nous a procurée figure le nom de Paul Gérôme sous l’intitulé « directeur de recherche » du diplôme obtenu par JDM, mais aussi deux autres noms, Gilbert Durand, docteur en anthropologie de l’université de Grenoble et Michel Maffesoli, célèbre pour avoir donné un doctorat de sociologie à l’astrologue Elisabeth Teissier. La présence de ces noms est quelque peu bizarre et devrait être interprétée comme l’implication de ces deux chercheurs dans le travail ou dans le jury qui l’a noté.

Pour comprendre ce qu’il en est, il faut fouiller le parcours de Paul Gérôme. En 1981, Paul Gérôme a défendu une thèse de 3ème cycle en art, intitulée « Anatomies fantastiques » sous la direction de Gilbert Durand et en 1988 une thèse d’Etat en sociologie  » Taxinomie et mythanalyse des techniques du corps contemporaines » sous la direction de Michel Maffesoli. C’est cette thèse qui a abouti au livre référencé aux « Psycho physics academy press ».

Une interprétation charitable serait que JDM a voulu faire apparaître le patronage indirect de ces chercheurs en les mentionnant en dessous de Paul Gérôme, sous la mention du « travail de recherche » que celui-ci aurait encadré. C’est une pratique anormale. Du reste ces deux noms ont désormais disparu de la page LinkedIn de JDM.

Non seulement rien de tout cela n’indique la moindre compétence de JDM en anthropologie, ni sur les questions de santé. Mais toutes les alarmes s’allument. Disons-le clairement, nous avons affaire à un profil qui a tout de l’imposture.


Ses activités professionnelles

Sur LinkedIn, l’activité professionnelle de JDM est d’abord liée à une association.

— Secrétaire général de l’association « Pro mente Sana » depuis 2018.

Il avait été secrétaire général chargé de la promotion de la santé mentale de « Pro Mente Sana » de décembre 1998 à septembre 2004 (source 1, source 2, page 16). L’association emploie 4 personnes dont une seule psychologue… Elle n’a pas de doctorat mais indique une formation à la « psychologie holistique », c’est-à-dire une approche ésotérique pseudo-scientifique.

Références douteuses de la « psychologue » de l’association

— Co-fondateur en 2019 du Brain-Fit institute

« L’institut » se présente comme suit : « Des experts en neurosciences appliquées lancent un programme de formation pour optimiser la performance, l’engagement et la satisfaction en entreprise » (source).

« Fondée par trois experts internationaux en neurosciences appliquées, Bernadette Marie Wilson MBA, David Coenen MCouns et Jean Dominique Michel MSc, la gamme de produits de l’Institut BrainFIT vise à améliorer massivement et durablement la performance, l’engagement et la satisfaction au travail : BrainFIT Leaders™, BrainFIT Teams™, BrainFit Basics™, et bientôt BrainFIT Online™.»

JDM, malgré son « Master of Science », n’a rien d’un « expert international en neurosciences appliquées », même si l’on veut croire à l’authenticité des diplômes mentionnés ci-avant.

— Fondateur et chef de projet du « Collège de rétablissement » en 2019.

C’est un « projet pilote » de l’association pro Mente sana. On y vendrait, là aussi, des formations : « Un centre de formations brèves en santé mentale, relationnelle et sociale. Pour, par et avec les personnes concernées… »

— Socio-anthropologue.

L’onglet socio-anthropologue de ce CV en ligne n’est rattaché à aucun établissement en particulier mais à une longue liste.

Devant cette énumération, on est priés de croire que JDM a donné des séminaires, des formations, voir quelques cours dans les structures listées, mais sans qu’on puisse déterminer exactement le niveau de son implication. Qui ira vérifier ?
C’est exactement ce qu’il faut faire pour couvrir ses traces et faire croire que l’on est reconnu « expert » par toutes ces structures sans jamais le revendiquer explicitement, ce qui serait prêter le flanc à un démenti (la chose est arrivée à Idriss Aberkane, malgré sa prudence, quand L’Ecole Polytechnique a dû réagir sur twitter « Nous sommes déjà intervenus par le passé pour signaler qu’Idriss Aberkane n’a jamais été chercheur à l’X. Il a obtenu un diplôme de docteur en science de gestion de l’Université Paris-Saclay auprès d’un professeur de l’X. Nous n’accordons aucune caution scientifique à ses confs. »)

Le contenu des interventions de Jean-Dominique Michel semble ne pas correspondre aux attentes des vrais anthropologues de la santé, comme en témoigne un (vrai) expert ; je vous suggère d’ailleurs la lecture de l’article sous lequel ce commentaire a été posté. Il souligne les propos fumeux du bonimenteur JDM.

Commentaire posté sous cet article. Par Ilario Rossi, docteur en anthropologie et sociologie, professeur associé à la faculté des Sciences Sociales et Politiques de l’Université de Lausanne où il enseigne l’anthropologie médicale et de la santé.

— Propriétaire de StandOut Consulting

Sur le registre du commerce suisse, Zefix, on trouve la société à responsabilité limitée « Jean-Dominique Michel ». On trouve également la société Stand Out Consulting . Le site internet de StandOut consulting à Genève (http://standout-consulting.ch) n’existe plus, mais Google Maps donne son emplacement à la même adresse que « Jean-Dominique Michel sarl », Rue de la Terrassière, 1207 Genève. La société est également mentionnée sur l’un des blog de JDM.

— Co-fondateur du BrainFit Institute

Le Brainfit institute n’est pas basé en Suisse. Le site web mentionne 3 lieux : Los Angeles, Genève, et Amsterdam. Selon Open Corporates, la raison sociale pourrait être au Texas., avec une adresse virtuelle au Delaware, bien connue pour ses services d’optimisation fiscale. L’activité de cet institut :

« Dans le cadre de cette boutique consulting firm, nous formons vos dirigeants, vos collaborateurs et vos équipes aux meilleures pratiques issues des neurosciences appliquées permettant d’améliorer conjointement la performance, l’engagement et la satisfaction au travail. Nos méthodologies novatrices, toutes validées par la recherche scientifique, développent également la coopération, la sécurité relationnelle et le partage de valeurs communes comme référence partagée. Les programmes exclusifs de BrainFIT aident ainsi les dirigeants et les équipes à transformer le stress en vitalité, à mieux gérer le flot croissant d’informations et à renouveler en profondeur le paradigme de la vie au travail. »

Source : encore un autre blog de JDM.

Sur la base de ces information, voici l’analyse de @sylvieVullioud sur Twitter :
« En Suisse, les titres académiques sont moins importants qu’en France ou Allemagne. L’expérience est légitimée et peut conduire à devenir expert dans un domaine. L’expert de terrain et en politiques publiques a donc créé diverses sociétés pour donner des cours… dans les milieux académiques, coacher des chefs d’entreprises, faire du coaching mental. Jusque là, tout va bien. Mais voilà, la subtile différence entre expert/personne expérimentée et scientifique s’est maintenant effacée (voir Principe de Peters?). En effet, l’analyse des résultats de Raoult ne correspond pas à la méthode scientifique.
L’expert a créé des entreprises, dont beaucoup de clients sont académiques. Et la dernière entreprise, Brainfit Institute, invoque une méthode propriétaire basée sur les neurosciences (quelles recherches? publications?) pour asseoir ses clients.
Les entreprises créées et les activités privées et certains articles de presse ou billets de blog insistent sur l’homme de terrain, mais cautionné par des cours en milieu académique, il le dit lui-même sur son blog.
M. JDM est créatif: des sociétés à la même adresse postale se succèdent sous différents noms et se diversifient, même un peu à l’international, avec peut-être des optimisations fiscales judicieuses au Delaware permises par le tout digital. Il a des analyses pertinentes sur la politique de santé de notre pays: décrue du nombre de lits en intensif, nécessité du test du covid, etc. Il est un expert dans l’utilisation des sciences comme caution à des démarches médiatiques et commerciales. Mais il n’est pas un scientifique.
M. JDM est un parfait exemple de: -la confusion entre expert/politique et sciences. – des barrières floues entre privé et académique. – de l’utilisation de la caution académique pour des activités privées »


Par ailleurs on trouve trace de séminaires qu’il donne sur un après-midi où il est question d’exploiter des recherches en neuro-sciences au service de la méditation / transe, etc. Aucune mention n’est faite des entreprises ou instituts qui l’emploient.

NB Un second article pour aller plus loin :


Ses œuvres

Jean-Dominique Michel n’a pas de carrière scientifique. Il n’appartient pas à une équipe de recherche et n’a jamais publié aucun article scientifique. En revanche, il fréquente le monde de l’ésotérisme et donne, par exemple, des cours facturés 260€ pour deux jours sur le thème  » se soigner avec l’énergie spirituelle » (2015)

— Son livre : « Chamans, guérisseurs, médiums, les différentes voies de la guérison » publié en 2015 est classé chez les libraires, et dans quasiment toutes les boutiques qui le vendent, dans « ésotérisme et paranormal ». La 4ème de couverture nous dit : « Spécialiste en anthropologie médicale, Jean-Dominique Michel a lui-même connu une guérison inexplicable suite à sa rencontre avec un guérisseur philippin, qui a ensuite offert de le former à sa tradition. »

— Il « soutient » la structure pseudo-scientifique l’INREES (Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires) et a donné au moins une conférence[15] dans un événement organisé par cette structure à but spirituel qui cherche notamment à faire accepter l’idée qu’on peut communiquer avec les défunts.

— En Suisse, il est intervenu auprès de l’ISSNOE qui a le même fond de commerce que l’INREES, une tentative de concordisme entre la science et les croyances spirituelles.

À la faveur de la crise autour de la pandémie et du succès de ses interventions, il sort deux livres chez Humensciences, dont « Covid-19. Anatomie d’une crise sanitaire » à paraître en juin dans une collection qui compte de véritables scientifiques aux livres passionnants et utiles (je ne parle pas du mien !). À tout le moins, il y a erreur de casting, et il m’est impossible de ne pas le signaler avec toute la force de mon engagement pour la promotion de l’esprit critique.

CONCLUSION

Jean-Dominique Michel rencontre un succès indéniable auprès des professionnels de la communication qui lui offrent des occasions de s’exprimer. Car tel est en vérité son talent et son métier : communiquer. Il n’est en revanche nullement un expert de la santé ou de l’anthropologie, un tel statut réclamerait des productions de sa part : il n’y en a pas.

Personne n’est censé être aveugle au point de ne pas le voir et de l’inviter encore à déblatérer toujours plus de ses opinions en tentant de les faire passer pour des paroles sages et imprégnées d’une longue expérience de l’anthropologie. Imposture que tout cela.

Si une telle imposture est possible et peut même durer des années, elle est peut-être le symptôme d’un mépris des SHS dans les médias, où n’importe quel bateleur fait l’affaire du moment qu’il entre dans le format attendu de la phrase choc calibrée pour une minute trente d’antenne au sacrifice de la rigueur, de la nuance et de la prudence.

Acermendax

Remerciements

Je tiens à remercier Jordi Gabioud pour la collecte d’informations qui a permis que cet article soit rédigé, ainsi que les personnes avec lesquelles j’ai échangé sur Twitter à propos de JDM pendant l’écriture de ce billet, notamment @alexandreafonso, @SylvieVullioud et @Grompf3

Qu’attendons-nous d’un haut lieu de l’art dont le Ministère de la Culture est partenaire ? Certainement pas qu’il promeuve des pratiques ésotériques, et encore moins auprès d’enfants. C’est pourtant ce que fait le Palais de Tokyo lors de ses ateliers d’initiations aux méthodes énergétiques.

Accéder aux œuvres d’art par les énergies subtiles vibratoires

Une récente vidéo publiée par le Palais de Tokyo et promouvant de mystérieux ateliers sonne l’alerte.

Voir la vidéo sur Facebook : https://www.facebook.com/watch/?v=595629051163464

Comme « tout ce qui nous entoure est vibration », ces ateliers, réalisés par une médiatrice culturelle « thérapeute énergéticienne », affichent pour but de nous ouvrir à la réception des messages subtils vibratoires que nous envoient les œuvres d’art. Est également proposé aux visiteurs d’agir sur l’inconscient et le corps énergétique « pour libérer des blocages dans le corps physique et dans l’aura » et « se libérer des schémas de pensée limitants », notamment par l’entrée dans un état de conscience modifié. Des ateliers pour les enfants abordent les émotions et des séances de soins vibratoires avec des bols sont mis en avant. La vidéo met également en évidence des ateliers avec imposition des mains censés manipuler les « énergies ».

Si l’on creuse, on découvre l’existence du projet « art & spiritualité » au Palais, avec comme intervenantes, la thérapeute énergéticienne précédemment mentionnée, et une « psycho-énergéticienne ». La page du site (capture d’écran Google supra) est maintenant inaccessible mais ceci est confirmé par l’évocation de ces projets, ayant pour but d’initier le grand public à la réception de la dimension vibratoire de l’œuvre et à en faire une expérience mystique, par les deux intervenantes en question dans une vidéo YouTube.

Des intervenantes qui posent questions

Formée par un guérisseur radiesthésiste et inspirée par la doctrine anthroposophique de Rudolf Steiner, cette médiatrice culturelle réalise, en dehors du Palais, des tirages de cartes pour recevoir des oracles et messages de lumière céleste ainsi que du nettoyage énergétique dans l’aura, du réalignement des énergies et du travail sur la mission de vie, du travail dans l’inconscient pour changer le schéma cognitif et activer la guérison. Par exemple, un mal de genou se situerait, selon elle, dans le champ auratoire de la personne. La seconde intervenante est formée en Reiki, Access Bar et Shamanisme et dit être « un Oracle, un messager d’informations de sources divines ». Elle tient une chaîne Youtube sur laquelle elle transmet le « langage de la lumière » sous forme d’incantations chamaniques.

Un inquiétant charabia pseudoscientifique et New Age

La vidéo du Palais de Tokyo et l’entretien entre les deux intervenantes nous offrent un concentré d’éléments de langage inhérents aux pseudothérapies énergétiques et New Age : guérison, élévation spirituelle, intuition, aura, vibratoire, nettoyage et harmonisation des énergies, informations subtiles, émotion… Ce vocabulaire est mentionné dans la quasi-intégralité des rapports et guides de la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires). De même, la Miviludes en appelle à la plus grande vigilance lorsqu’une nouvelle vision du monde, prétendument inexplorée, est présentée en usant des termes « dimension vibratoire », « purification », « énergies », « conscience ».

Des méthodes bien connues par la Miviludes

Promues dans cette vidéo, les méthodes dites « énergétiques » sont pourtant parmi les plus citées et documentées par la Miviludes. De nombreux dérapeutes (pseudothérapeutes déviants), coachs de vie et autres guérisseurs les utilisent dans leur arsenal à diverses fins (développement personnel, éveil au monde, traitement de maladies…). La Miviludes met en garde contre « les méthodes de rééquilibrage de l’énergie » dans leur ensemble et rappelle que les allégations thérapeutiques revendiquées par ces techniques ne reposent sur rien de sérieux (voir aussi le site Psiram).

Les notions d’ « énergétique » et de « vibratoire » sont citées, non exhaustivement, dans : le rapport sénatorial numéro 480 de la commission d’enquête sur les mouvements à caractère sectaire dans la santé (2013), le rapport parlementaire numéro 1687 sur les sectes (1999), les rapports annuels d’activités de la Miviludes remis au Premier Ministre en 2003, 2005, 2006, 2007, 2009, 2011, 2012 2013, 2014, 2015, 2016, 2017 et dans le guide « Santé et Dérives sectaires » publiée par la Miviludes aux éditions La Documentation Française.

Le Palais de Tokyo, lieu de promotion de l’art de vivre New Age

En 2017 déjà, le Palais de Tokyo avait reçu un praticien Reiki sono-thérapeute qui avait réalisé une « une méditation vibratoire par la voie des Gongs » pour « percevoir son cosmos intérieur ». Par ces soins, le « thérapeute » prétendait « réaligner les centres d’énergie du corps grâce à l’utilisation de fréquences vibratoires », réinformer les cellules et mobiliser les « énergies de guérison subtiles » (source 1, source 2).

L’art : nouvelle porte d’entrée des pseudo-thérapies New Age ?

Sous couvert d’art et de liberté artistique, nous assistons à un mélange des genres, à une tentative de faire disparaitre les frontières entre la médecine et l’art. Si la liberté artistique autorise tout en théorie, les prétentions thérapeutiques réclament d’abord de la prudence et des preuves. En effet, selon le Code de la Santé Publique, quiconque revendique des propriétés thérapeutiques à une méthode ou à un procédé, sans en apporter la preuve des bienfaits, peut être l’objet de poursuites par l’Agence des médicaments et des produits de santé (ANSM).

Il est bien connu que les méthodes de soin alternatives sont des produits d’appel de nombreuses dérives sectaires et les procédés de guérison par les fréquences vibratoires sont très en vogue actuellement dans la galaxie des thérapies alternatives. Si la musique peut avoir des effets bénéfiques sur la santé (source 1, source 2), rien ne lie ces bénéfices au contenu des narratifs ésotériques.

Au début de l’année 2020 l’affaire Bourganeuf éclate : un projet « artistique » dans un lycée de la Creuse avait avorté suite à une intervention de la Miviludes. Ce projet de soin par le son avait notamment pour objet un concert et une « cérémonie des chakras » durant lesquels les « centres énergétiques » du corps étaient censés être réharmonisés grâce au son de certains instruments. Selon France Bleu, les autorités avaient été alertées car les intervenants pratiquaient des méthodes répertoriées par la Miviludes (constellations familiales et reprogrammation cellulaire) et le projet ne respectait pas les principes de laïcité.

Sans accuser le Palais de Tokyo d’héberger en son sein des dérives sectaires, il faut s’alarmer que des méthodes non étayées et à risque (elles peuvent être un marchepied vers de plus graves dérives) soient promues auprès d’un si large public, dans un contexte de faible littératie scientifique où les théories du complot pullulent et où la parole scientifique a déjà des difficultés à se faire entendre. Cela est d’autant plus inquiétant quand des enfants sont concernés.

Mathieu Repiquet
Acermendax


Maxence est interne en médecine générale et doctorant en sciences médicales à l’Université de Liège. Son sujet de thèse porte sur le concept de syndémie et en quoi il peut permettre de mieux comprendre et lutter contre les infections sexuellement transmissibles chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.
Il est l’auteur d’un premier billet HYDROXYCHLOROQUINE ET COVID-19 : LA MÉTHODE RAOULT NE NOUS AIDE PAS sur les deux premières études publiées par l’équipe Raoult. Je lui ai demandé s’il voulait bien continuer le travail sur la dernière allégation à propos d’une efficacité de 91% du protocole marseillais.
Acermendax

Préambule

Ce papier fait suite à l’article portant sur les deux premières études marseillaise concernant l’usage de l’hydroxychloroquine (HCQ) en combinaison avec l’azithromycine (AZ) dans le traitement du COVID-19. Toutefois, avant de passer en revue ce tableau, il me semblait pertinent de revenir sur la mortalité du COVID-19 et son impact psychologique.

Le COVID-19 a pris possession de notre imagination

Lors d’une garde, j’ai récemment dû annoncer une suspicion de COVID-19 à une jeune patiente. Moins de quarante ans, aucun facteur de risque et des symptômes mineurs compatibles avec un gros rhume de saison. Lorsque la nouvelle tombe, la patiente fond en larmes. Elle a peur de mourir et ne veut pas laisser son fils seul au monde. J’ai passé le quart d’heure suivant à la consoler et à lui expliquer que ça allait bien se passer et qu’à son âge, les chances pour que ça tourne mal étaient vraiment faibles. Cette expérience m’a rappelé un paragraphe de l’excellent livre de Siddhartha Mukherjee[1] : «  « Si un homme meurt », écrivit un jour William Carlos Williams, « C’est parce que la mort a d’abord pris possession de son imagination. » La mort avait pris possession de l’imagination de mes patients ce mois et ma tâche était de la reposséder. C’est une tâche presque impossiblement difficile à décrire, une opération bien plus délicate et complexe que l’administration d’un médicament ou la réalisation d’une opération chirurgicale. Il était facile de reposséder l’imagination avec de fausses promesses mais beaucoup plus difficile de le faire avec des vérités nuancées. Il s’agissait d’un acte exquis de mesures répétées ; gonfler et dégonfler un respirateur psychologique avec de l’oxygène. Trop de « repossession »  et l’imagination enflait pour se changer en illusion. Trop peu, et cela pouvait asphyxier l’espoir. » (traduction personnelle)

Le COVID-19 a pris possession de notre imagination collective, et l’exceptionnalité des mesures actuelles renforce cette emprise. En étant informé chaque jour sur les décès de la veille et la détresse bien réelle en milieu hospitalier ou en maison de repos, nous nous focalisons sur un aspect spécifique de la maladie et la perception du COVID-19 devient sa propre entité, parfois très déconnectée d’une réalité dont notre connaissance reste encore parcellaire. Or, s’il est vrai que le COVID-19 est plus mortel et plus contagieux qu’une grippe saisonnière, voir cette maladie comme un fléau mortel n’est pas avéré et risque de fausser notre jugement.

En effet, un concept central de la médecine est la balance entre les bénéfices et les risques d’une intervention. Surestimer la gravité de la maladie pourrait nous faire accepter ou promouvoir des interventions aux bénéfices maigres et/ou aux risques disproportionnés. Bien comprendre cela est indispensable pour étudier critiquement le protocole de Marseille.

Vidéo inspirée par l’article que vous parcourez

Balance bénéfices-risques et usage compassionnel

On parle d’usage compassionnel pour se réfèrer à l’emploi d’un médicament non approuvé dans des cas où la survie du patient est de toute manière mise à mal à court termes. Popularisé grâce au militantisme d’ACT-UP dans la lutte contre le SIDA et surtout utilisé en oncologie actuellement[1], elle a tout son sens dans ces contextes. Lorsque l’on sait que le patient n’en a plus que pour quelques semaines et que tout ce qu’on a essayé a échoué, il devient licite, si le patient est d’accord, de tester des médicaments dont on ne connait pas encore l’efficacité ni la sûreté réelle. Après tout, que reste-t-il à perdre ?

Toutefois, le COVID-19, contrairement à la perception que l’on peut en avoir, n’est ni un cancer ni le SIDA. La majorité des patients ont des formes légères ou sont asymptomatiques et il serait totalement aberrant de donner un protocole expérimental à des patients asymptomatiques ou présentant un simple rhume ou un léger état grippal. Nous sommes ici face à un problème de narratif : le protocole marseillais, d’après ses concepteurs, devrait être donné le plus tôt possible pour éviter la survenue de complication. Si l’intention est parfaitement louable, en revanche nous n’avons pas la preuve que ce protocole fonctionne.

Se focaliser sur l’idée de ne pas attendre d’être en réanimation mais de commencer à prendre le traitement dès les premiers symptômes donne une image faussée de l’histoire naturelle de la maladie. Comme si, sans traitement, l’évolution vers les soins intensifs était la possibilité la plus probable. Ce n’est pas le cas, comme nous développerons dans le point suivant. Or,  il faut en revenir à la balance bénéfices risques : est-il licite de donner une combinaison de médicaments connus pour provoquer des arrêts cardiaques lorsqu’ils sont utilisés ensemble[2] pour traiter une maladie bénigne ? En dehors du climat de peur actuel, qui accepterait que son médecin lui prescrive un tel traitement pour un rhume ou un mal de gorge ?  

La mortalité réelle du COVID-19

Pour rassurer la patiente lors de ma garde, je lui ai expliqué dans des termes simples les statistiques de mortalité de sa tranche d’âge afin qu’elle ne sente plus une épée de Damoclès planer au-dessus de sa tête. Cela me semble également nécessaire, à la fois pour replacer la discussion dans la réalité mais également parce que, faute d’un groupe contrôle, cela permettra de mettre en perspective les derniers résultats marseillais.

Déterminer le vrai taux de létalité d’une pandémie est impossible en plein milieu de ladite pandémie. En effet, on ne connait pas avec certitude le nombre réel de patients décédés et, encore moins, le nombre de patients réellement atteints. Le mieux que l’on puisse faire, ce sont des estimations et celles-ci ne sont pas aisées. Pour commencer, il faut distinguer le « case fatality ratio » que l’on pourrait traduire par « taux de létalité par cas » et l’ «infection fatality ratio », que l’on pourrait traduire par « taux de létalité par infection ».

  • Le taux de létalité par cas correspond au pourcentage d’individus avec des symptômes ou une maladie diagnostiquée qui vont finir par mourir de la maladie. Dans des pays comme la France ou la Belgique, ce nombre est grandement surestimé car, faute de réactifs, ce sont les cas les plus sévères qui bénéficient généralement d’un diagnostic.
  • Le taux de létalité par infection correspond au pourcentage de tous les individus infectés qui vont mourir de la maladie. Quand on parle de tous les individus infectés, on parle donc également des individus asymptomatiques et des individus qui n’ont pas été dépistés.

La figure ci-dessous illustre bien l’aspect d’iceberg du COVID-19 dont nous ne voyons en France et en Belgique qu’une faible proportion, celle des cas les plus sévères devant se rendre à l’hôpital, tel un iceberg dont on n’aperçoit que la partie émergée. Calculer un taux de létalité à partir de ces cas connus sera donc trompeur, puisque ce sont hélas les cas qui ont le plus de chance de décéder. Pour dire les choses simplement, si on pense qu’il n’y a que 100 malades et que 20 meurent, le taux de mortalité est élevé. S’il y avait en réalité 1000 personnes infectées pour le même nombre de morts, ce taux de mortalité serait bien moindre.

Figure 1 : Spectre de sévérité du COVID-19. Figure initialement publiée dans Verity R, Okell LC, Dorigatti I, et al. Estimates of the severity of coronavirus disease 2019: a model-based analysis. The Lancet Infectious Diseases 2020;0. doi:10.1016/S1473-3099(20

Une récente étude du Lancet[3] s’est attelée à la tâche complexe de déterminer les taux de létalité du COVID-19. En utilisant les données disponibles en Chine et dans 37 autres pays, les auteurs ont réussi à calculer une estimation de ces deux taux en fonction de l’âge. Celui-ci serait de 1,38% pour le taux de létalité par cas et de 0,657% pour le taux de létalité par infection. Par ailleurs, ce taux variait fortement en fonction de l’âge, n’atteignant respectivement que 0,318% et 0,145% chez les moins de 60 ans et 6,38% et 3,28% chez les plus de 60 ans. Les plus vulnérables étaient les plus de 80 ans qui avaient respectivement un taux de létalité par cas et par infection de 13,4% et de 7,8%. Les taux de létalité généraux ne sont donc pas aussi catastrophiques que ce que l’on en voit en divisant simplement l’important nombre de décès par le nombre de cas connus, faibles par rapport à la réalité. Toutefois, comme nous le rappelle un autre chercheur du Lancet, comparer le COVID-19 à une grippe serait malhonnête car le COVID-19 est beaucoup plus mortel, et ce dans presque toutes les tranches d’âge[4] :

Une image contenant capture d’écranDescription générée automatiquement

La troisième étude marseillaise

Les résultats

Maintenant que le contexte est bien établi, parlons de la dernière étude de l’IHU Marseille[5]. Celle-ci ne se résume, à l’heure d’écrire ces lignes qu’à un maigre abstract et un tableau de données. Cette prépublication porte sur 1061 patients âgés en moyenne de 43,6 ans et en légère majorité féminins (53,6%). Parmi ceux-ci, 91,7% ont obtenu une PCR négative en 10 jours, 2,92% ont dû être hospitalisés de manière prolongée (>10J), 0,94% ont été transférés aux soins intensifs et 0,47% sont décédés. Les patients décédés avaient entre 74 et 95 ans. Les auteurs signalent enfin qu’une mauvaise évolution clinique était significativement associée à l’âge, à une maladie initialement plus sévère et à des concentrations plus faibles en hydroxychloroquine. En outre, une mauvaise évolution clinique était également associée à l’usage de β-bloquants et de sartans, deux médicaments utilisés pour l’hypertension.

Un traitement qui ne soigne que les gens qui ne sont pas malades

Passons rapidement sur le premier constat et le plus important de tous : il n’y a aucun groupe contrôle. Aucune comparaison directe n’est donc possible et toute la malhonnêteté du papier provient du fait qu’il cherche à nous faire comparer ce 0,47% au taux de mortalité par cas du reste de la France ou du monde. Or, dans un tweet, le Pr. Raoult s’est fendu que Marseille ait le taux de dépistage le plus élevé du monde.

En pratique, il a donc accès à une partie beaucoup plus large de l’Iceberg, celle des cas les plus faibles voire asymptomatiques qui  seraient passés entre les mailles du filet ailleurs. Il est donc logique que la mortalité soit bien plus faible à Marseill. Si on regarde son échantillon, outre un âge moyen de 43,6 ans, on remarquera un score clinique de gravité faible pour 95% des patients et un scanner thoracique normal ou très légèrement anormal dans 77,3% des cas.  Autrement dit, les auteurs ont un échantillon de patients jeunes, peu ou pas malades et se réjouissent qu’ils ne meurent pas grâce à leur traitement. Partout ailleurs que dans cet institut, ces patients auraient été traités à la maison avec du Doliprane et auraient sans doute connu la même évolution. Notons à ce titre que la mortalité de 0,47% est à mettre en lien avec la mortalité par cas attendue de 0,32% pour les moins de 60 ans[3], qui représentent la majorité de l’échantillon marseillais. Une remarque partagée par Prescrire qui cite le taux de létalité par infection de 0,37% mis en évidence dans la commune allemande de Gangelt[6]. Une fois encore, sans groupe contrôle, aucune comparaison directe n’est possible, mais la mortalité n’est pas inférieure à celle attendue.

Au niveau virologique, nous rappellerons l’étude de Liu[7] qui montrait que, sans traitement, 90% des formes modérées avaient une PCR négative dans les 10 jours suivant l’apparition de la maladie. Les chiffres annoncés sont ici de 91,7% soit exactement la même chose que sans HCQ+AZ. De plus, la durée moyenne entre le début des symptômes et le début des traitements était de 6,4J. Cela signifie que le J10 de l’étude correspond en moyenne au J16 des symptômes soit bien après les 90% de négativité décrits par Liu. On aurait pu s’attendre à des résultats encore meilleurs et on n’est pas très loin de l’adage : « Un rhume bien traité, ça dure une semaine. Un rhume non traité, ça dure 7 jours. » 

En outre, le fait que les patients aient attendu en moyenne 6,4 jours entre les premiers symptômes et le début des traitements permet de relativiser l’affirmation souvent entendue selon laquelle il faudrait utiliser le protocole marseillais dès le tout début de la maladie pour éviter les complications. D’autant plus que les patients dont l’état a empiré n’ont pas reçu le traitement plus tard que ceux qui ont guéri (5,9 jours pour ceux ayant mal évolué contre 6,5 jours pour ceux qui ont guéri ; différence non statistiquement significative). Ces résultats suggèrent donc que commencer ce protocole plus tôt n’a pas d’impact sur l’évolution des patients, contrairement à ce qui est fréquemment asséné.

Aucune analyse statistique digne de ce nom

Au niveau des statistiques employées, celles-ci sont très maigres et je ne prendrai pas la peine de dresser une liste exhaustive de tout ce qui ne va pas. Commençons par le fait qu’on n’ait aucune idée des critères d’inclusion alors que seuls 1061 patients sont pris en compte sur 3155 patients positifs passés à l’IHU Marseille durant l’étude. Pourquoi les 2000 autres n’ont-ils pas été inclus ? C’est une information que l’on devrait déjà avoir à ce stade puisque les critères d’inclusion sont (normalement) définis avant une étude.

En outre, aucune analyse statistique multivariée n’a été réalisée. En français, cela signifie que les auteurs ont regardé les variables une par une plutôt que d’en prendre plusieurs en compte à la fois et d’ajuster pour les variables confondantes. Par exemple, ils ont mis en évidence que l’usage d’anti-hypertenseur était associé à une mauvaise évolution clinique. Est-ce dû aux anti-hypertenseurs en eux-mêmes ou au fait qu’ils sont donnés à des patients hypertendus, lesquels ont plus de chance d’avoir une forme plus sévère ? Une bonne analyse statistique aurait répondu à la question, mais c’était trop demander. Dans le même ordre d’idée, de plus faibles concentration en HCQ sont associées à une moins bonne évolution clinique mais sans prendre en compte les autres facteurs, impossible de savoir si c’est la concentration en HCQ qui est en cause ou s’il y a un facteur confondant derrière. Enfin, il est étonnant qu’ils n’aient mesuré que les concentrations en hydroxychloroquine et non celle en azithromycine alors que, d’après les auteurs, c’est l’association des deux molécules qui serait efficace.

Conclusion

Cette étude n’apporte rien de plus par rapport aux précédentes. L’intérêt d’avoir des données sur autant de patients est entaché par l’absence de groupe contrôle et d’une réelle analyse statistique de ces données pour déterminer les facteurs de mauvaise évolution clinique.

Rien à partir des données publiées jusqu’à présent par l’équipe marseillaise n’autorise à affirmer que le traitement permet d’éviter des complications ou qu’il raccourcit la durée de contagiosité. En attendant des éléments probants, prescrire un médicament aux bénéfices inconnus et aux risques bien établis à des patients qui guériraient spontanément dans l’écrasante majorité des cas serait irresponsable.


Références

1          Mukherjee S. The Emperor of All Maladies: A Biography of Cancer. New York (USA): : Scriber 2010.

2          Tisdale JE. Drug-induced QT interval prolongation and torsades de pointes: Role of the pharmacist in risk assessment, prevention and management. Can Pharm J (Ott) 2016;149:139–52. doi:10.1177/1715163516641136

3          Verity R, Okell LC, Dorigatti I, et al. Estimates of the severity of coronavirus disease 2019: a model-based analysis. The Lancet Infectious Diseases 2020;0. doi:10.1016/S1473-3099(20)30243-7

4          Ruan S. Likelihood of survival of coronavirus disease 2019. The Lancet Infectious Diseases 2020;:S1473309920302577. doi:10.1016/S1473-3099(20)30257-7

5          Million M, Lagier J-C, Gautret P, et al. Early treatment of 1061 COVID-19 patients with hydroxychloroquine and azithromycin, Marseille, France (pre-print). 2020.

6          Covid-19 et hydroxychloroquine : pas encore de résultats probants. https://www.prescrire.org/fr/203/1845/58630/0/PositionDetails.aspx?fbclid=IwAR1nYJ4TxTlCPUhkNpmNTx-IAIXJkeHqCThuK2i7yRW40VIk-n9rEdQe-pk (accessed 13 Apr 2020).

7          Liu Y, Yan L-M, Wan L, et al. Viral dynamics in mild and severe cases of COVID-19. The Lancet Infectious Diseases Published Online First: March 2020. doi:10.1016/S1473-3099(20)30232-2



Maxence est interne en médecine générale et doctorant en sciences médicales à l’Université de Liège. Son sujet de thèse porte sur le concept de syndémie et en quoi il peut permettre de mieux comprendre et lutter contre les infections sexuellement transmissibles chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.
Il m’a proposé ce billet pour aider à expliquer pourquoi les critiques adressées à Didier Raoult sont sérieuses, et pourquoi en s’affranchissant des règles de bonne pratique, il fait perdre des chances aux malades.
Acermendax

Une version plus complète diffusée par le Collège de Médecine Générale francophone de Belgique (CMG) et par la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG) est est disponible ici en pdf.


Préambule

Ce papier est né d’une volonté de vulgariser un article publié à destination des médecins généralistes belges. En effet, la pandémie actuelle nous touche tous et le débat autour de ses stratégies thérapeutiques a quitté, pour le meilleur et pour le pire, la sphère des experts pour s’immiscer dans le débat public. À ce titre, il semblait pertinent de donner au plus grand nombre les clés d’analyse de ces études qui ont fait couler tellement d’encre. Il s’agit d’une tâche difficile dans la mesure où leur figure de proue, en se positionnant directement contre la méthode scientifique, a rendu inaudible une partie des critiques qui lui sont adressées. Aussi disons-le d’emblée : l’objectif ici n’est pas de couper les cheveux en quatre pour démonter deux études qui, malgré quelques défauts, seraient le mieux qu’on puisse faire dans le contexte d’urgence. Car ces études n’ont pas juste quelques défauts, elles sont à ce point mal construites et mal analysées qu’aucune conclusion ne peut en être tirée et que des soupçons d’inconduite scientifique sont légitimes

Quelques mots sur l’hydroxychloroquine

L’hydroxychloroquine (HCQ) est un médicament bien connu. Initialement utilisé pour tuer le parasite responsable de la malaria, il est également utilisé depuis des années pour les maladies rhumatismales chroniques en raison de ses propriétés immunomodulatrices[1]. Cet effet de modulation du système immunitaire pourrait être intéressant pour le COVID-19, sachant que les formes sévères semblent être liées à une hyperactivation du système immunitaire[2]. En outre, l’HCQ présente une activité in vitro sur le SARS-CoV-2 à deux niveaux :

  1. Elle est capable d’empêcher le virus de se multiplier, et ce à des doses plus faibles que la chloroquine dont elle est un dérivé[3]
  2. Elle empêche la pénétration du virus au sein de la cellule par deux mécanismes différents : en modifiant les récepteurs auxquels le virus se lie et en empêchant la fusion du virus avec la membrane cellulaire[1]

Rajoutons à cela que son profil de sécurité est bien connu vu sa présence depuis des décennies dans notre pharmacopée et que son coût est faible, ce qui est précieux en cas de pandémie, notamment vis-à-vis des pays aux ressources plus limitées.

Dit comme ça, l’HCQ semble miraculeuse et c’est sans doute ce qui avait permis d’affirmer qu’elle représentait une « fin de partie » dans notre lutte contre le COVID-19. Toutefois, l’enthousiasme légitime provoqué par cette molécule doit être tempéré. En effet, si des effets antiviraux ont été montrés in vitro depuis les années 60 pour la chloroquine, aucune infection virale n’a été traitée avec succès chez les êtres humains à ce jour par cette molécule[4]. Par ailleurs, la pathogénie du COVID-19 est encore méconnue. A ce titre, les effets immunitaires de l’HCQ sont imprévisibles et on ne peut exclure qu’ils pourraient aggraver la maladie, comme cela avait été le cas lorsqu’on avait essayé de s’en servir contre le Chikungunya[5]. Seuls des essais cliniques rigoureux permettront de trancher la question. 

« Coronavirus : fin de partie ! » le 25 février 2020

Résumé des études marseillaises

La première étude[6] comportait un groupe contrôle, c’est-à-dire des patients qui ne reçoivent pas la molécule et portait sur 42 patients, 26 patients traités et 16 patients témoins. L’objectif primaire (outcome primaire) était de savoir si le virus était encore détectable au sixième jour (J6). 6 patients ont été exclus de l’analyse et tous étaient dans le groupe HCQ. Les raisons de cette exclusion étaient un transfert en soins intensifs pour 4 d’entre eux (dont 1 décès), 1 sortie prématurée d’hôpital et 1 arrêt de traitement pour nausées. A J6, 70% des patients HCQ avaient une PCR négative contre 12,5% des patients témoins (p=0,001).


La PCR (Polymerase Chain Reaction) est une technique permettant de mesurer la quantité d’ADN ou d’ARN présente dans un échantillon. Pour ce faire, l’ARN est lié à une sonde fluorescente et amplifié à chaque cycle de la machine jusqu’à ce que la fluorescence devienne détectable. Ce moment correspond au « cycle seuil » (Cycle threshold ). En pratique, plus cette valeur est élevée et moins il y avait d’ARN dans l’échantillon. En effet, s’il faut 30 cycles d’amplification pour détecter l’ARN du virus dans l’échantillon, on comprend qu’il y a moins de virus que si son ARN devient détectable après seulement 10 cycles d’amplification. C’est cette méthode qui permet de déterminer la charge virale d’un échantillon, c’est-à-dire la quantité de virus présent. Dans le cadre de cette étude, les auteurs ont considéré qu’une valeur seuil supérieure à 35 cycles signifiait que la PCR était négative. Nous y reviendrons.


Revenons aux patients : 6 traités par l’HCQ ont également reçu de l’Azithromycine (AZ) et 100% de ces 6 patients avaient une PCR négative à J6, contre 57,1% des patients sous HCQ seule et 12,5% des patients témoins (p<0,001). Les auteurs ont donc conclu que leurs résultats étaient prometteurs et que tous les patients devraient être traités par la combinaison HCQ+AZ afin de guérir la maladie et de réduire la transmission.

La deuxième étude[7], présentée comme observationnelle a suivi 80 patients sous HCQ+ AZ sans groupe contrôle. 3 outcomes primaires ont été étudiés :

  • (1) le besoin en oxygène ou le transfert en soins intensifs après 3 jours de traitement
  • (2) la contagiosité, déterminée par une PCR négative
  • (3) la durée d’hospitalisation.

Au niveau clinique, 65 patients (81,1%) sont sortis de l’hôpital, 15% ont eu besoin d’oxygène, 3 patients (3,8%) ont dû aller aux soins intensifs et un 1 patient est décédé (1,25%). La durée moyenne d’hospitalisation était de 4,6 jours. Au niveau virologique, 83% des patients étaient négatifs au J7 et 93% au J8. A J10, 2 patients étaient encore positifs. Ils concluent que cette étude confirme l’efficacité de leur association dans le traitement du COVID-19 et la réduction de la contagiosité.

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Analyse des études

Ne tournons pas inutilement autour du pot : rien ne va dans ces études. Dans un souci de concision nous ne soulèverons que les trois problèmes les plus graves : le design, le choix d’outcome et l’analyse statistique. Pour celles et ceux qui désireraient plus de détails, l’analyse complète est disponible en PDF plus bas et aborde d’autres problèmes tels que l’éthique douteuse de ces études.

 Le design

C’est le reproche qui a été le plus souvent souligné aussi ne nous attarderons-nous pas dessus trop longtemps. Le design ne permet simplement pas de prouver l’efficacité du médicament, même si tout le reste avait été bien fait, ce qui n’est pas le cas. Pourquoi ? Parce que la première étude n’a pas de vrai groupe contrôle et n’est pas randomisée tandis que la seconde n’a pas de groupe contrôle du tout.  Tout l’art d’un essai clinique est d’essayer de réduire au maximum le rôle du hasard (et des facteurs environnementaux) pour pouvoir tirer des conclusions. À cette fin, l’utilisation d’un groupe contrôle est indispensable, a fortiori lorsqu’on étudie une maladie dont la majorité des patients guérissent spontanément. Mais faire deux groupes n’est pas suffisant : il faut être sûr qu’ils soient comparables et c’est là qu’intervient la randomisation. En effet, si le groupe A était composé de jeunes en parfaite santé et le groupe B, de personnes âgées avec de nombreuses comorbidités (autrement dit des maladies déjà présentes chez le patient), on ne pourrait pas juste expliquer une différence entre les deux groupes par le fait qu’un des deux a reçu un médicament, puisque d’autres facteurs jouent également. La randomisation a donc pour but de faire en sorte que toutes les variables qui influent sur l’évolution de la maladie soient les mêmes dans les deux groupes. Cela est d’autant plus important dans une maladie comme le COVID-19 où nous ne connaissons pas encore la totalité de ces variables. Sans randomisation, on ne peut donc exclure que d’autres facteurs que le traitement aient mené à une différence entre les deux groupes. Et, face à un tel problème de santé publique, on doit être sûr de ce qu’on fait.

Le choix d’outcome

Choisir comme outcome principal le fait que la PCR soit négative à un moment donné n’a pas d’intérêt. En effet, chez un même patient, les résultats peuvent être négatifs un jour, positifs le lendemain puis négatifs à nouveau le surlendemain[8,9]. Les patients négatifs à J6 auraient donc très bien pu redevenir positifs à J7, et ce fut d’ailleurs le cas d’un des patients sous HCQ+AZ qui, de l’aveu des auteurs, est redevenu positif à J8. Un outcome virologique plus intéressant aurait été de comparer le temps nécessaire pour que les PCR deviennent négatives plusieurs jours de suite pour voir si ce temps était plus court chez les patients recevant un traitement[10]. On aurait dès lors pu conclure avec plus de fiabilité si les patients étaient contagieux moins longtemps avec le protocole marseillais. Une autre possibilité aurait été d’étudier réellement la charge virale en donnant des résultats chiffrés plutôt que de se limiter à positif/négatif dans l’analyse, ce qui ignore totalement que les différents participants n’avaient pas la même charge virale de base en début d’étude. Une charge virale, par définition, est une valeur chiffrée, quantitative. La transformer en une valeur qualitative (oui/non) fait perdre des informations précieuses. Comme si l’on distinguait les gens en petit versus grand (qualitatif) plutôt que de donner leur taille en centimètre (quantitatif). 

En pratique, on ne considère donc jamais qu’un résultat de PCR négatif seul soit suffisant pour considérer le patient guéri ; on prend en compte d’autres facteurs comme son état clinique, les scanners pulmonaires, etc. Pour bien comprendre cela, signalons simplement que le patient décédé dans la 1ère étude avait une PCR négative la veille de son décès. Difficile de considérer cela comme une guérison. Mais il y a plus interpellant : les auteurs de l’étude avaient initialement prévu que l’outcome primaire soit le pourcentage de PCR négatives à J1, J4, J7 et J14[11] et ils ont changé d’avis en cours d’étude sans aucune explication. Les résultats étaient-ils moins bons à J7 qu’à J6 ? On ne le saura jamais. Cette pratique, appelée « outcome switching » (qu’on pourrait traduire par déplacement des buts) est un énorme problème d’éthique de recherche et de fiabilité des données. Imaginons que je désire mettre au point un médicament contre la fièvre et que je décide à l’avance de définir la fièvre comme une température > 38°C. Pas de chance, mon médicament ne parvient en moyenne qu’à faire chuter la température à 38,2°C. Si je suis honnête, je considère que le médicament est inefficace, par rapport aux critères que j’avais fixés à l’avance. Si j’ai vraiment envie de publier quelque chose, je n’ai qu’à modifier ma méthode pour définir la fièvre comme étant une température > 38,5°C. Magie, mon médicament fonctionne désormais. C’est ça l’outcome switching et c’est pour ça que la pratique est aussi grave. Toujours dans le registre de l’outcome switching : la 1ère étude devait initialement évaluer si la mortalité était inférieure dans le groupe traitement par rapport au groupe contrôle. Problème : il n’y a eu qu’un décès et il a eu lieu dans le groupe traitement. Les auteurs ont donc choisi d’exclure le patient et n’ont plus jamais reparlé de cet outcome qu’ils avaient prévu d’évaluer avant le début de l’étude. On comprend bien que l’histoire racontée aurait été radicalement différente si les auteurs s’en étaient tenus à leur protocole initial. « 100% des décès ont eu lieu dans le groupe ayant reçu le traitement », c’est plus honnête mais c’est moins vendeur.

L’analyse statistique

Donc la méthodologie est mauvaise, voire potentiellement malhonnête, mais qu’en est-il des données et de leur analyse ? Ce n’est hélas pas mieux. Premièrement, parlons des 6 patients exclus de l’analyse. Ceux-ci représentent 23,1% du groupe traitement, ce qui est énorme et risque de fausser l’analyse. Une analyse dite « en intention de traiter », c’est-à-dire qui prend en compte toutes les personnes qui ont reçu le traitement aurait permis d’éviter cela et aurait été plus honnête vu le sort des patients exclus. Tout le monde peut mettre au point un traitement révolutionnaire s’il retire de son analyse les patients dont l’état s’est aggravé. Mais ce n’est pas le pire.

En effet, alors que l’objectif était de savoir si les PCR étaient négatives à J6, tout le monde n’a pas été testé à J6. 5 des 16 patients contrôles n’ont pas été testés à J6 et les auteurs ont considéré qu’ils étaient encore positifs. Dans le même ordre d’esprit, 1 patient du groupe traitement n’a pas été testé à J5 et J6 et il a été considéré comme négatif.  Autrement dit, lorsque les tests n’étaient pas réalisés, les auteurs ont extrapolé les résultats en considérant que les patients traités étaient guéris et que les patients non traités ne l’étaient pas. Des statisticiens ont refait l’analyse des données en excluant les patients qui n’avaient pas été testés[12]. Résultat : l’effet de l’hydroxychloroquine est désormais anecdotique avec un niveau de preuve « valant à peine une mention ».  

Pour ce qui est de la combinaison HCQ+AZ, les auteurs surestiment très largement l’efficacité de cette bithérapie à partir de leurs propres données. En effet, une autre équipe de statisticiens a montré qu’ils avaient comparé la bithérapie directement au groupe contrôle plutôt qu’à la monothérapie[13]. Or, si l’on veut évaluer l’intérêt d’ajouter une deuxième molécule, il est plus pertinent de comparer le groupe qui a reçu les deux traitements à celui qui n’en a reçu qu’un. Procéder comme les auteurs revient à comparer les gens qui prennent du Doliprane avec de l’eau sucrée aux gens qui ne prennent pas de Doliprane et conclure que la combinaison Doliprane + eau sucrée est efficace pour faire baisser la température.  Les deux équipes de statisticiens ont donc refait l’analyse en comparant directement la combinaison HCQ+AZ à l’HCQ seule et, surprise, l’effet de la combinaison n’est pas statistiquement significatif[12,13].

La deuxième étude, de son côté, a simplement prouvé que les gens guérissaient au fil du temps, ce qui est attendu vu les 92% de formes légères de l’échantillon. En effet, 90% des patients avec une forme modérée ont une PCR négative dans les 10 jours suivant l’apparition des symptômes, et ce sans recevoir aucun traitement[14].  

Conclusion

Ces deux études ne permettent aucunement de savoir si le traitement proposé est efficace. L’argument de l’urgence ne peut pas tout justifier, sachant que les 3 problèmes majeurs relevés ici auraient pu être corrigés sans prendre plus de temps. En outre, ne pas être plus avancé sur l’efficacité d’un traitement après des études signifie que les études en question étaient une perte de temps et de ressources, ce qui contredit l’argument de l’urgence.

L’HCQ sera peut-être efficace mais il faudra attendre que des études ultérieures le démontrent. La combinaison HCQ+AZ, de son côté, n’est même pas appuyée par les données des études marseillaises, ne bénéficie pas du même faisceau d’éléments in vitro que l’HCQ et présente un danger non négligeable au niveau cardiaque[15]. Cette piste ne m’apparaît donc pas comme prometteuse et il est logique que des études telles que Solidarity ou Discovery ne l’envisagent pas.

Dans tous les cas, la communication grandiloquente autour de ces études a déjà eu des conséquences en termes d’empoisonnement à la chloroquine ainsi que de pénurie pour les patients en ayant réellement besoin[16] et l’on ne peut pas exclure que cela a fait pire que mieux pour les nombreux patients qui en ont reçu. Cela illustre malheureusement qu’en période de crise nous avons besoin de notre esprit critique et de notre rigueur, sans doute plus encore qu’en temps normal.


Référence

 1            Zhou D, Dai S-M, Tong Q. COVID-19: a recommendation to examine the effect of hydroxychloroquine in preventing infection and progression. Journal of Antimicrobial Chemotherapy 2020;:dkaa114. doi:10.1093/jac/dkaa114

2             Mehta P, McAuley DF, Brown M, et al. COVID-19: consider cytokine storm syndromes and immunosuppression. The Lancet 2020;395:1033–4. doi:10.1016/S0140-6736(20)30628-0

3             Yao X, Ye F, Zhang M, et al. In Vitro Antiviral Activity and Projection of Optimized Dosing Design of Hydroxychloroquine for the Treatment of Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2). Clin Infect Dis Published Online First: 9 March 2020. doi:10.1093/cid/ciaa237

4             Touret F, de Lamballerie X. Of chloroquine and COVID-19. Antiviral Research 2020;177:104762. doi:10.1016/j.antiviral.2020.104762

5             Guastalegname M, Vallone A. Could chloroquine /hydroxychloroquine be harmful in Coronavirus Disease 2019 (COVID-19) treatment? Clinical Infectious Diseases 2020;:ciaa321. doi:10.1093/cid/ciaa321

6             Gautret P, Lagier J-C, Parola P, et al. Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial. International Journal of Antimicrobial Agents 2020;:105949. doi:10.1016/j.ijantimicag.2020.105949

7             Gautret P, Lagier J-C, Parola P, et al. Clinical and microbiological effect of a combination of hydroxychloroquine and azithromycin in 80 COVID-19 patients with at least a six-day follow up: an observational study (non publié). 2020.

8             Lv D, Ying Q, Weng Y, et al. Dynamic change process of target genes by RT-PCR testing of SARS-Cov-2 during the course of a Coronavirus Disease 2019 patient. Clinica Chimica Acta 2020;506:172–5. doi:10.1016/j.cca.2020.03.032

9             Zou L, Ruan F, Huang M, et al. SARS-CoV-2 Viral Load in Upper Respiratory Specimens of Infected Patients. N Engl J Med 2020;382:1177–9. doi:10.1056/NEJMc2001737

10           Jin X, Pang B, Zhang J, et al. Core Outcome Set for Clinical Trials on Coronavirus Disease 2019 (COS-COVID). Engineering 2020;:S2095809920300424. doi:10.1016/j.eng.2020.03.002

11           Fondation Méditerranée Infection (FMI) – IHU Méditerranée Infection. Treatment of Coronavirus SARS-Cov2 Respiratory Infections with Hydroxychloroquine (Clinical Trial Protocol – 2020-000890-25). 2020. https://www.clinicaltrialsregister.eu/ctr-search/trial/2020-000890-25/FR (accessed 29 Mar 2020).

12           Hulme OJ, Wagenmakers E-J, Madelung CF, et al. Reply to Gautret et al. 2020: A Bayesian reanalysis of the effects of hydroxychloroquine and azithromycin on viral carriage in patients with COVID-19. 2020. https://osf.io/7ax9w/

13           Dahly D, Gates S, Morris T. Statistical review of Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial (Version 1.1). Zenodo 2020. doi:10.5281/zenodo.3725560

14           Liu Y, Yan L-M, Wan L, et al. Viral dynamics in mild and severe cases of COVID-19. The Lancet Infectious Diseases Published Online First: March 2020. doi:10.1016/S1473-3099(20)30232-2

15           Tisdale JE. Drug-induced QT interval prolongation and torsades de pointes: Role of the pharmacist in risk assessment, prevention and management. Can Pharm J (Ott) 2016;149:139–52. doi:10.1177/1715163516641136

16           Alfred H.J. Kim, Jeffrey A. Sparks, Jean W. Liew, et al. A Rush to Judgment? Rapid Reporting and Dissemination of Results and Its Consequences Regarding the Use of Hydroxychloroquine for COVID-19. Published Online First: 30 March 2020. doi:10.7326/M20-1223


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Pour évaluer la validité d’un énoncé sur l’état ou le fonctionnement du monde, nous disposons d’une méthode imparfaite, en constante amélioration, approximative mais corrective, souvent lente mais prudente, c’est la méthode scientifique.

Nous n’avons pas mieux, parce que chaque fois qu’on trouve une meilleure façon de faire, elle est (aussitôt) adoptée par la communauté scientifique et devient de la science.

Si nous ne disposons pas d’une meilleure alternative, c’est parce que les coups de génie, les intuitions pénétrantes, les prophéties éclairées sont choses rares, quand elles existent, et impossibles à distinguer (dans un premier temps !) des innombrables élucubrations dont l’esprit humain est fécond. Seulement voilà : le génial iconoclaste, l’original audacieux, le porteur du flambeau de la vérité, solitaire criant sa lumière au milieu de l’immobilisme de la pensée unique, cela fait une histoire bien plus sexy que le labeur rigoureux d’hypothèses prudemment testées. C’est l’histoire qui frappe le plus grand nombre, notamment parce qu’elle est parfaitement calibrée pour une diffusion par tous les médias, qui devient la plus crédible.

Les membres du personnel scientifique ne sont pas différents des autres humains. On compte dans leurs rangs des incapables diplômés, des planqués, des pistonnés, des travailleurs scrupuleux, des altruistes désireux d’améliorer le monde, des tas de gens ordinaires, quelques esprits brillantissimes, et des carriéristes qui excellent dans l’art d’utiliser le système pour leur gloire personnelle. Par la force des choses, ces derniers ont la parole et le pouvoir de prendre des décisions bien plus souvent qu’ils ne devraient, parce que leurs collègues honnêtes et compétents sont souvent plus attachés à la recherche, à la production de nouvelles connaissances, qu’au pouvoir.

Il existe des mandarins de la recherche scientifique, des ogres de la publication. Leur nature se révèle avec leur élévation dans les strates du monde académique. Ces personnages puissants signent plus de livres, d’articles de recherche et de projets qu’un humain ne peut en produire. Ils sont pourtant humains, et cela signifie qu’ils s’approprient le travail d’autrui : celui de leurs subordonnés. Plus ils ont de gens sous leurs ordres, plus ils signent d’articles qu’ils n’ont pas écrits sur des travaux auxquels ils n’ont parfois nullement contribués.

La mesure de la qualité professionnelle d’un scientifique se fait au travers de divers indices qui dépendent presque tous, in fine, de la présence du nom de l’intéressé dans la liste des auteurs d’articles de recherche publiés dans des revues internationales à comité de lecture. Les mandarins explosent les compteurs, caracolent en tête des hit parade, ils peuvent même devenir des stars dans leur monde professionnel. Pour une partie d’entre eux, cette renommée est un moyen de peser plus efficacement dans le pilotage de la recherche scientifique, et cela peut avoir des effets bénéfiques quand l’intéressé sait effectivement ce qu’il faut faire. Pour d’autres la renommée ressemble à une fin en soi.

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Quand le mandarin dénigre les institutions, balaye les critiques au prétexte que seule la jalousie les motive, il suit un script hollywoodien du héros solitaire classique qui peut s’avérer assez efficace pour maintenir l’illusion de la légitimité de sa position dominante. Après tout les institutions sont bourrées de défauts, et la jalousie inspire des médisances en abondance. Autrement dit le mandarin surpubliant n’est pas nécessairement un imposteur, il peut s’agir d’un individu qui a compris qu’il fallait jouer selon certaines règles pour ne pas laisser à d’autre un pouvoir qui peut devenir nuisible.

Mais le principe de charité a ses limites

Quand l’ogre-mandarin publie à la va-vite dans des revues dirigées par des membres de l’institution qu’il dirige, quand il exerce sur son personnel une pression psychologique avérée, signalée, persistante, quand la course à la publication s’entache de fraudes et d’interdictions de publier dans certains revues, quand des faits de harcèlement sont étouffés avec là encore l’alibi de la jalousie des mécontents, quand la prudence déserte les prises de parole publique, ce membre du personnel scientifique achève de devenir un élément toxique qui empoisonne la compréhension que le public peut avoir de la science.

J’ai déjà eu l’occasion de dire dans un livre que : « ce qui distingue les professionnels de la science du reste de la population, ce ne sont pas leurs qualités personnelles, mais la méthode collective et corrective qu’ils s’engagent à suivre ».

L’ogre-mandarin se double véritablement d’un traître quand il dénigre la méthode scientifique tout en se réclamant des indicateurs de sa propre expertise qui tous n’attestent de rien d’autre que de sa capacité à signer des publications qui franchissent les seuils de la qualité académique. Une fois qu’en abusant du système il est reconnu comme un expert, il voudrait détruire le seul outil qui permettrait de résister à l’autorité de son statut social. Si nous restons éblouis par l’attrait de l’histoire qu’il nous raconte, ce type de personnage arrivera à ses fins.

Depuis longtemps, et de plus en plus, la science est un travail d’équipe qui met en jeu des compétences, des intelligences, des méthodes en constante évolution. Nous devons nous débarrasser du mythe de l’homme providentiel parce qu’en général la réalité est plus complexe que ça ; la géniale découverte du médaillé n’a été rendue possible que grâce au contexte qui est le fruit du travail acharné de milliers d’autres. Les prouesses de la science actuelle naissent de la collaboration des plus brillants esprits du monde. Leur intelligence est collective, leur héroïsme l’est tout autant. Leur respect de la méthode, leur obligation éthique à toujours supposer l’honnêteté de leur interlocuteur, les rendent parfois vulnérables aux appétits de l’ogre-mandarin.

L’exercice apaisé d’une science qui ne se met au service d’aucun autocrate dépend de notre capacité à défendre le monde de la recherche contre ces ennemis de l’intérieur.


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