La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Pour ceux qui ne savent pas chercher les informations disponibles sur Internet, qui est l’auteur ?

Thomas C. Durand.
Dr en biologie – Vulgarisateur scientifique.
Directeur de la rédaction de l’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique
.
L’ASTEC est une association loi 1901 sans aucun lien d’intérêt avec aucune industrie ni entreprise. C’est VOUS qui la financez via des plateformes comme Hello Asso, Tipeee ou Utip.

En France, la majorité des gens ont décidé de se faire vacciner. Mais beaucoup hésitent encore. Et parmi ceux qui sont passés par la case injection, certain continuent de se demander si c’était une bonne idée. Ils ont senti qu’on leur forçait la main et, sincèrement, c’est désagréable, ça ne donne pas envie de faire confiance.

Hésiter n’est pas une preuve de bêtise, hésiter ce n’est pas être complotiste ; en particulier quand des gens bardés de diplômes déversent sur les réseaux sociaux et dans les médias des argumentaires qui vont dans tous les sens. Notre premier instinct c’est de nous méfier d’une version officielle qui pourrait n’être là que pour servir les intérêt des puissants. C’est une méfiance utile en démocratie, mais ça ne peut pas être une fin en soi.

Et donc on a besoin d’identifier les sources d’information qui ont le plus de chance d’être compétentes, fiables et objectives. En ce qui me concerne, c’est la littérature scientifique et ceux qui sont capables de l’utiliser pour étayer leurs propos.

Version vidéo

Extrait de la déclaration d’une « infirmière de Lyon » le 24 juillet. [1]

« Les gens meurent du vaccin. Le vaccin ne nous protège pas du virus. Au contraire, il apporte beaucoup de problèmes au niveau du cœur et des poumons. (…) On a plus de morts du vaccin que du covid en lui-même. Ca fait plus de 6 mois qu’on n’a pas un seul cas de covid dans les hôpitaux. Le covid, c’est fini, on n’en a lus. Mais par contre on récupère tous les effets secondaires des vaccins. (…) Des femmes enceintes vaccinées meurent quelques jours après avoir été vaccinées. On a en France pus de 18 000 morts du vaccins. »

Quand on entend cette personne non identifiée, qui se dit infirmière au centre hospitalier Louis Jaillon, pas loin de la frontière Suisse, la première chose qu’on se dit c’est que ce serait complètement insensé qu’elle mente devant tout le monde. Pourquoi mentirait-elle ? Pourquoi les gens mentent-ils parfois ? Je ne sais pas. Le savez-vous ? Peut-être vaut-il mieux se retenir de croire qu’on a la réponse.

Le journal Le Progrès a contacté l’hôpital qui déclare : « Nous démentons formellement les propos tenus dans cette vidéo, qui ne correspondent absolument pas à la situation de l’établissement ». Ils ont également tweeté, mais bien sûr leur tweet n’a pas le même succès que la Fake news.

Ce qui est vrai : dans cet hôpital, l’unité covid de 15 lits a été fermée en juin, tout en réservant 3 chambre à l’épidémie. Je site le journal Le Progrès : « Au 23 juillet, le taux d’occupation global des lits de réanimation des Hôpitaux Civils de Lyon était de 75,9 % et 13,1 % des patients présents en réanimation sont positifs au Covid.»

Et ce chiffre de 18 000 morts, c’est quoi ? C’est presque un vrai chiffre : il correspond aux signalements reçus non pas en France mais partout en Europe lorsqu’une personne décède après une vaccination, quelle que soit la cause de la mort. Il faut une enquête pour évaluer si ces morts ont une chance d’être liées au vaccin. Et, à ce jour, ce lien n’est pas établi. Ceux qui brandissent le chiffre de 18 000 morts n’ont pas vérifié de quoi il s’agit… ou bien ils s’en fichent pourvu que ça apporte de l’eau à leur moulin. C’est navrant mais parfois les gens font ça (voir chez Defakator).

Que des gens meurent peu après une injection quand des millions ont reçu une dose de vaccin est exactement ce que l’on s’attend à observer, puisque c’est ce qui se passe aussi lorsque personne n’est vacciné, voir l’image ci-dessous.

« Aucun vaccin n’a jamais fonctionné. Mais en plus ceci n’est pas un vaccin. C’est une attaque bio-terroriste perpétrée par cette minuscule minorité de psychopathes milliardaires. »

JJ Crèvecoeur (12 mai 2021), 14e minute.

Bon, évidemment, je commence avec quelques propos extrêmes pour vous montrer ce qu’on trouve de plus débile. Jean-Jacques Crèvecœur est un gourou bien connu des gens qui travaillent sur les dérives sectaires. On ne peut pas prendre le temps de démontrer à ceux qui veulent croire ce monsieur que nous ne subissons pas actuellement le complot mondial de milliardaires génocidaires qui veulent nous tuer avec un virus (qui n’existe pas selon bien des versions qu’ils colportent) et avec des vaccins remplis de graphène(*). On est en présence d’une baliverne tellement retorse que chercher à la réfuter, c’est déjà tomber dans un piège. On a des choses bien plus utiles que ça à faire. Je vous renvoie vers une vidéo qui parle de ces théories farfelues.

* Spoiler : pas de graphène dans les vaccins en réalité

Revenons à nos doutes.

La manière la plus efficace, la plus prudente, la plus utile pour évaluer un traitement, c’est la balance bénéfice/risque :  Il faut avoir la réponse à :

  • 1. Quel bénéfice apporte le traitement ?
  • 2. Quel risque court-on en prenant le traitement ?

Et ensuite seulement on peut juger à l’échelle des individus et des populations la stratégie qui est la meilleure pour sauver des vies et pour éviter les souffrances.

Commençons par les bénéfices.

Partie 1 : Les bénéfices

J’en ai parlé dans la vidéo précédente qui répond à Christian Vélot. Ce qu’on sait des vaccins actuellement disponibles c’est que :

  • Ils réduisent les risques d’infection (symptomatique ou asymptomatique).
  • Ils réduisent la charge virale, et généralement c’est un paramètre fortement lié à la contagiosité.*
  • Ils réduisent la sévérité des symptômes : moins d’hospitalisations, moins de covid longs [En France, entre 250 000 et 300 000 personnes souffrent de symptômes persistants (source)], moins de séquelles, moins de morts.

*Pour le variant Delta, des résultats moins optimistes viennent de sortir (il faudra voir s’ils sont assez solides pour passer la revue des pairs) qui font état d’une charge virale équivalente chez les vaccinés lorsqu’ils sont infectés (ce qui leur arrive moins que les non-vaccinés) [source]


L’efficacité est variable selon les variants… Mais jamais abolie. Les vaccins protègent très bien contre certains variants et moins bien contre d’autres, mais le bénéfice est toujours présent. Et surtout le nombre de décès est très très diminué pour tous les variants, et ça c’est assez fondamental. Encore faut-il accepter que la pandémie est sérieuse.

« Nous [ceux qui suivent les préceptes de la naturopathie] sommes indifférents et non contaminables. On ne peut pas être atteints par ce genre de virus, même s’ils sont manipulés en laboratoire, parce que tout simplement nous avons un équilibre au niveau de la santé. »

JJ Crèvecoeur. L’info en question #55 1h05 (source)

On a besoin de vaccins efficaces parce que malgré le travail acharnés des professionnels de santé, malgré les mesures barrières et deux confinements, l’année 2020 a enregistré en France une surmortalité confirmée par une publication officielle de l’INSEE (2020 : Une hausse des décès inédite depuis 70 ans). Aujourd’hui, je pense que ceux qui ont dit en 2020 que c’était une grippette, qui étaient sûrs que ça allait passer, qu’il n‘y avait pas de deuxième vague et qui ont encouragé tout le monde a refuser les mesures de précaution comme le masque, ne sont pas des gens fiables. Parce que les faits leur ont donné tort ! Ils devraient se taire, ou en tout cas on devrait cesser de les écouter.

Mais ceux qui aujourd’hui continuent d’avoir un tel discours ne manquent pas seulement de fiabilité, ils n’ont aucune espèce de respect pour la logique et la santé publique.

Conclusion sur les bénéfices.

La vie normale, celle où l’on peut circuler et se réunir, reviendra quand nous auront atteint l’immunité de groupe et pas avant. Cette immunité de groupe sera atteinte quand une grande majorité de gens (disons 80% pour faire simple) aura des défenses immunitaires dirigées contre le virus et ses variants (même le Delta !). Pour ça il y a deux possibilités et seulement deux :

  • 1. Etre exposé au virus, attraper la maladie, courir le risque d’une forme sévère, courir le risque de le transmettre à votre entourage et de tuer des gens malgré vous, courir le risque d’augmenter la charge sur le système de santé, l’addition économique de l’épidémie, et les risques de devoir passer encore une fois en confinement ou couvre-feu.
  • 2. La seule autre option, c’est d’être vacciné. Ça ne va pas répondre à 100% des problèmes que je viens de citer mais ça va réduire considérablement les problèmes et dans les vies qui seront sauvées il y aura peut-être la vôtre ou peut être la mienne, parce que même si je suis vacciné il n’est pas certain à 100% que mon corps ait produit les défenses nécessaires pour répondre au variant encore inconnu qui va se développer dans la population si la couverture n’augmente pas.

Autre idée à écarter ! L’immunité apportée par la vaccination n’est pas de moins bonne qualité que celle acquise après une infection. C’est même l’inverse d’après des experts comme la virologue Sabra Klein. Ce qui reste à déterminer complètement c’est : pourquoi la mémoire immunitaire des gens infectés est-elle si courte. L’immunité vaccinale est par ailleurs tout aussi « naturelle » que cette qui suit une infection.

Voilà, en gros, pour les données qui nous informent sur les bénéfices de la vaccination. Mais quand on a dit ça, les gens nous parlent des risques. Et ils ont bien raison.

Partie 2. Les risques

« Je ne suis pas antivax mais les vaccins à ARN on n’a pas assez de recul, c’est la roulette russe. »

À force d’entendre des propos comme ça, vous vous dites sans doute que ça doit avoir un fond de vérité parce que, quand même, les gens ne répèteraient pas bêtement tout ça s’ils ne savaient pas de quoi ils parlent. Alors : et les risques ?

« Les pseudo-vaccins sont en réalité une arme de destruction massive. Bill Gates et ses complices poursuivent leur but de génocide planétaire. Et les dirigeants de nombreux pays ne sont que leurs marionnettes. (…) les vaccins tuent bien plus que le covid. »

 « Les traitements chimiques nous privent totalement de notre connexion avec notre corps de lumière. Ce sont des moyens de génocide planétaire pour que les gens n’aient plus de vie spirituelle. »

Christian Schaller dans « l’info en questions » N°59 (à 3min) et N°53 (à 2h15)

Si vous avez envie de croire Christian Schaller, je ne me sens pas en mesure de vous aider. Vous allez mettre un pouce rouge et poster un commentaire agressif sous la vidéo, vous n’allez pas lire les sources fournies. Vous allez vitupérer et croire qu’en mettant un commentaire méchant ou un lien vers France Soir vous nous avez donné une leçon. On connait la chanson, ça fait des années que vous vous comportez comme ça alors que les prédictions de monsieur Schaller ne se vérifient pas.

Mais la plupart de ceux qui hésitent à se vacciner ne croient pas ces balivernes là, et beaucoup des antipass sont motivés par des raisons politiques –respectables– plutôt que par des considérations scientifiques. Or je plaide, c’est ma ligne éditoriale, pour que les considérations scientifiques ne passent pas à la trappe, et c’est à celles-là que je revendique le droit de m’intéresser d’abord.

Bref. Next.

Il y aurait un risque de modification de notre ADN ?

« Cette injection, non reconnue comme étrangère, va donc rentrer son code génétique chez vous, donc va vous modifier génétiquement. (…) Quelle était la raison de mettre un code génétique si c’est pas pour vous modifier ? (rire) »

Alexandra Henrion-Caude (source)

En un mot la raison c’est d’envoyer un signal évanescent qui pousse des cellules à produire des protéines pendant un cours laps de temps dans le but de susciter une réaction immunitaire. Ca aurait pu ne pas marcher, ce n’était pas gagné d’avance, mais il s’avère que ces vaccins sont super efficaces : j’y suis pour rien. Ce n’est pas une modification génétique, et madame Henrion Caude le sait, puisque le génome est dans le noyaux tandis que l’ARN, qui appartient au transcriptome n’est pas dans le noyau.

Si vous avez peur que l’ARN viral contenu dans le vaccin modifie votre ADN, j’ai une très mauvaise nouvelle. Dans l’hypothèse où, évitant le vaccin, vous êtes infecté par le virus et que votre système immunitaire n’est pas efficace immédiatement, le virus va se multiplier et votre corps contiendra beaucoup plus de matériel génétique viral que le corps d’une personne vaccinée.

Au cours de l’histoire de notre espèce, nos ancêtres ont croisé une ribambelle de virus, leur vie n’était pas marrante tous les jours, et certains de ces virus se sont fixés dans le génome. Aujourd’hui chacun d’entre nous a, dans chaque cellule de son corps, 8% de son génome qui provient d’anciens virus qui se sont logés dans nos chromosomes. On vit avec depuis un paquet de temps. On peut donc s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre une grande épidémie ait bien plus de chance que le moindre vaccin d’ajouter une séquence virale, une cicatrice génétique de plus dans notre génome.

MAIS par chance je peux ajouter un petit paragraphe car est sortie il y a quelques jours une étude qui a cherché à voir si l’ARN du virus de notre chère pandémie avait des chances de s’intégrer dans le génome humain… Et les chercheurs répondent : « Nan, bof. ». N’hésitez pas à consulter la source.

En tout cas retenons ceci : l’ARN vaccinal injecté en petite quantité a-t-il des chances de faire mieux qu’une infection que vous prenez dans la figure parce que non vacciné ? Non.

« Mais comment est-ce qu’ils peuvent se regarder dans la glace ? En mentant toute la journée, en répétant des choses qu’ils savent parfaitement et totalement fausses !?»

Christian Tal Schaller L’info en question #55 (2h09)

Y aurait-il un risque de myocardite lié au vaccin ?

Là, on est sur une vraie question, sur une inquiétude qui est crédible, car elle repose sur des données réelles. La pharmacovigilance a montré une incidence inattendue de myocardite chez les vaccinés, surtout chez les hommes jeunes. On en a parlé sur les réseaux antivax. On en a beaucoup parlé parce qu’il n’y a pas tellement d’autres choses à dire quand on veut être alarmiste. Mais le nombre de cas reste très réduit et aucun décès n’a été rapporté. Arrêtons-nous cinq secondes pour comparer ce chiffre de zéro à celui des morts du covid dans le monde qui s’élève à 4,2 millions.

Les myocardites se produisent également lorsque l’on est infecté par le virus. Une étude vient de montrer qu’elles sont alors 6 fois plus fréquentes que les myocardites vaccinales. Dans un monde où le virus circule, faut-il prendre le risque d’une infection ? Je précise que ce raisonnement est valable pour les personnes de plus de quinze ans. Pour plus de détail, consultez ce tweet du cardiologue Florian Zener.

Contrôlé par la 5G ?

Richard Boutry délire sur la 5G, Bill Gates, les démons et un génocide.

« Ces injections sont là pour reprogrammer l’ADN humain, c’est-à-dire transformer les injectés en potentiels démons. Les vaccins contre le covid contiennent outre la protéine spike mais aussi visiblement la protéine OGM magnéto, génétiquement modifiée, capable de contrôler à distance non seulement votre comportement, mais également votre activité cérébrale, notamment vos neurones par le biais de la 5G. Alors que les personnes non vaccinées continueront, elles à exercer leur libre arbitre, les vaccinés vont devenir des pions entre les mains de ces tortionnaires génocidaires. Les piqués seront ainsi contrôlés de l’extérieur. »

Richard Boutry délire dans La Minute de Ricardo.

Vous savez, moi Richard Boutry, je m’en fiche. Ce n’est pas ma faute si tous les conspis de France se sont agglutinés autour de lui pour exister quand il a créé sa Web TV. Ce sont eux qui lui font confiance, qui le trouvent crédible. Ce n’est pas moi qui l’ai mis sur un podium ou qui partage ses vidéos cent mille fois. Ce n’est pas ma faute si les anti-pass et les antivax ont des porte-paroles de ce calibre-là. Ici non plus, je ne vais pas m’abaisser à réfuter l’existence des travaux que monsieur Boutry évoque sans les citer, sans fournir la moindre source, des travaux qui n’existent peut-être pas ou alors qu’il n’a pas compris, il est très très bien équipé pour ne pas comprendre les choses, cet homme. Mais demandez-vous ce que vaut la parole des gens qui s’affichent à côté d’un tel énergumène pour attirer l’attention. Demandez-vous un peu à quoi vous ressemblez quand vous partagez des contenus produits par des sources comme ça !

Délire de Christian Schaller qui annonce la mort prochaine de tous les vaccinés.

« Mike Yeahdone (??) ancien scientifique en chef de Pfizer a déclaré qu’il était trop tard pour sauver quiconque injecté avec un vaccin covid19 . il exhorte ceux qui n’ont pas encore reçu l’injection du composé mortel à ce battre pour la continuité des êtres humains et pour la vie de leurs enfants. (…)   Il dit qu’immédiatement après avoir reçu la première injection, environ 0,8% des personnes décèdent dans les deux semaines . Les survivants ont une espérance de vie moyenne de deux ans. (…) Ce professeur affirme que le but ultime du régime de vaccination actuellement administré ne peut être qu’un événement de dépopulation de masse. (…) des milliards sont déjà condamnés, dit-il, à une mort certaine, ignoble et atroce. Chaque personne qui a reçu l’injection mourra surement prématurément. »

Christian Schaller dans « L’info en questions » mai 2021.

C’est un chaman fan d’urinothérapie qui nous le dit. C’est sûrement vrai.

3. On manque de recul, ça va trop vite !

Finissons avec ce qu’on entend le plus actuellement, et qui a l’air frappé au coin du bon sens. On manque de recul pour savoir ce qu’on risque avec les vaccins à ARN.

Voici quelques données factuelles :

  • Nous avons 225 ans de recul  sur le principe de vaccination. En 225 ans on n’a presque jamais vu d’effets secondaires liés à un vaccin au-delà de 2 mois après l’injection (source)[1]. Nous avons dépassé depuis longtemps ce délai sur des cohortes contenant des dizaines de milliers de sujets.
  • L’ARN messager est connu depuis 1961. Il y a toujours eu de l’ARN messager dans les vaccins à virus atténué puisque cette molécule fait partie des ingrédients qui composent un virus.
  • La composition des vaccins est connue, elle est publiée en libre accès (source). Vous pouvez allez vérifier si on y trouve du mercure, de l’aluminium ou du graphène. Spoiler : non.
  • Les recherches sur les vaccins à ARN ont commencé dans les années 1980. Une publication de 1993 par une équipe de l’APHP montre une technique très proche des vaccins actuels utilisée alors contre le virus de la grippe (source).
    • On pourrait citer des travaux de 2002, avec un vaccin à ARN contre le cancer de la prostate.
    • On pourrait citer des travaux de 2003:
    • On pourrait donner la liste des essais de vaccins à ARNm contre des maladies virales diverses et variées ZIKA, CRS, CMV, MPV, Grippe, Rage, Parainfluenzae (source).
    • En 2018 la revue Nature nous expliquait à quel point cette technologie était déjà bien avancée.
    • Autrement dit : On a du recul !
  • Le mode d’action de ces vaccins vous parait peut-être bizarre, c’est du nouveau pour vous. Mais il n’a rien de mystérieux. On sait beaucoup, beaucoup mieux ce qu’on fait aujourd’hui que lors de l’invention de la vaccination où on avait quasiment aucune connaissances sur le système immunitaire.
    • On a du recul
  • Avant 2020, plus de 1000 patients avaient reçu plus de 7000 injections en plus de 20 ans (Cf illustration ci-dessous). Pour certains le suivi a duré 7 ans
Source : Hervérifie sur Facebook
  • Les vaccins ARNm n’ont pas été testés comme des vaccins classiques, ils l’ont été beaucoup plus, avec beaucoup plus de sujets, avec plus de rapports, une vigilance accrue.
Source Hervérifie sur Facebook.
  • PARENTHESE – Si vous voulez comprendre pourquoi le développement des vaccins est allé aussi vite, plus vite que moi-même je n’osais l’espérer. —Ce qui, quand on s’arrête 5 seconde, est en fait une flutée de bonne nouvelle !— Je vous conseille d’écouter l’interview que le Dr Odile Launay nous a accordée sur la chaine en décembre dernier.
  • Plus de quatre milliards de doses de vaccin ont été administrées depuis décembre 2020 (source). Il y a des rapports faisant état de dizaines de milliers d’accidents de santé survenus après l’injection, mais ces rapports ne sont pas des enquêtes, ce sont des alertes. Et les problèmes relevés ne sont pas forcément liés au vaccin. Aux Etats-Unis ou 164 Millions de personnes sont pleinement vaccinés, on compte un total de 3 morts que les experts peuvent lier directement au vaccin de chez Janssen, il s’agit de trois thromboses (source).
  • En France, le 22 juillet 2021 on en était à 23 018 cas d’effets indésirables analysés. La grande majorité sont des syndromes pseudo-grippaux (fièvre élevée, courbatures, céphalées). [Mise à jour 05/08 :] Le rapport de l’ANSM fait état de 13 décès liés à la vaccination ; En rapport avec le vaccin Vaxzevria de chez Astrazeneca, il s’agit de 13 thromboses, médiane d’âge 62 ans (source).
    •  Il y a le cas d’un jeune homme de 22 ans, Maxime Beltra, mort 10 heures après une injection. Certains ont voulu immédiatement se faire mousser en prétendant savoir que le vaccin était en cause. Or l’enquête n’est pas terminée ; une allergie alimentaire semble probable. Une allergie que le vaccin a pu aggraver, mais nul ne peut l’affirmer aujourd’hui (source). À l’heure où nous sommes je ne sais pas ce qui est arrivé à ce jeune homme, et vous non plus. C’est imprudent de chercher à conclure à partir de choses qu’on ne sait pas. Et surtout même si la mort d’un jeune homme est toujours inacceptable, nous sommes face à UN cas dramatique dans un pays ou plus de trente millions de personnes sont déjà vaccinées.
  • Enfin « avoir du recul » ça veut dire quoi ? Quel est le critère absolu ? Il faut combien de recul pour que les gens soient convaincus ? Le vaccin contre la polio est obligatoire depuis 1968 pour les enfants. Nous n’avons donc pas d’information sur les effets indésirables qui pourraient arriver plus de 54 ans après la vaccination. Est-ce que ça vous inquiète ?

On manque forcément de recul quand émerge une nouvelle maladie. Ca fait une bonne raison pour prendre de l’avance.

« Il faut rendre personnellement responsables les gens qui véhiculent des fausses informations. (et je peux vous assurer que ce n’est pas nous qui serons accusés) »

JJ Crèvecoeur – L’info en question #55 – 2h14.

4. Manquez-VOUS de recul ?

J’espère que si vous pensez qu’on manque de recul sur le vaccins à ARN en 2021, vous n’avez pas été de ceux qui réclamaient, il y a un an, qu’on ait le droit de distribuer de la chloroquine ou de l’ivermectine à tout le monde. On manquait de recul sur le protocole Raoult, à base de chloroquine dont les effets cardiaques connus combinés aux effets cardiaques du covid qu’on découvrait, représentaient un risque potentiel. Il a fallu attendre quelques mois pour que des études bien faites nous apportent une  réponse sur le rapport bénéfice-risque de ce traitement. Et maintenant qu’on a le recul, il faut accepter le verdict de la science : La chloroquine n’est pas efficace contre le covid19 et son utilisation fait plus de mal que de bien aux malades (1ère source ; 2ème source).

Et puis, n’en déplaise à monsieur Dupont Aignan, les chercheurs de l’institut Pasteur savent très bien que leur étude sur 18 hamsters ne prouve pas qu’il faut prendre de l’ivermectine pour soigner un covid chez l’homme (D’ailleurs gare aux fraudes sur l’ivermectine !). Ce serait manquer de recul de prétendre le contraire. Après tout, nous n’avons aucune donnée sur les effets à long terme des combinaisons covid19-chloroquine ou covid-19-Ivermectine.

Risque Zéro ?

Il est logiquement et méthodologiquement impossible de vous dire qu’un traitement est sans risque. Les traitements les mieux connus, les plus surveillés du monde, dès l’instant qu’ils ont une efficacité sur votre corps, présentent automatiquement un risque ; il est théoriquement très petit par rapport au bénéfice attendu, sinon le traitement n’est pas censé être autorisé.

Tout cela ne me permet donc pas de vous dire qu’on ne risque rien en se faisant vacciner, mais une fois qu’on a regardé les données, on est bien obligé de constater que ceux dont le discours appuie davantage sur la peur des effets secondaires que sur les dangers des virus ne parlent pas en ayant pour impératif la science ou la logique, mais probablement leur idéologie, leur ambition politique, leur envie d’exister, d’endosser un rôle, ou x raisons qui m’échappent complètement. En tout cas leur argumentaire se résume, si on regarde bien à deux choses :

  • 1. À un appel à l’ignorance : on ne sait pas tout, alors il ne faut rien faire, ce qui est une logique invalide.
  • 2. Et à une fallacie de la solution parfaite : Ils réclament un traitement 100% efficace et sans risque, ce qui n’existe pour aucune maladie au monde.

Bilan

Au vu des bénéfices avérés et des risques établis de la vaccination, il reste des incertitudes, mais on peut dire en toute confiance la chose suivante : À moins d’avoir une allergie connue au Polyéthylène Glycol il n’existe pas une seule situation où il serait préférable pour vous d’être en contact avec le virus plutôt que d’être vacciné.

Cela veut dire que dans un monde où le Sars-Cov2 circule, vous améliorez vos chances de rester en bonne santé en vous faisant vacciner. Et en plus, vous devenez acteur de la couverture vaccinale qui protège tous ceux que leur santé n’autorise pas à être vaccinés ou qui ont reçu le vaccin mais qui n’ont pas développé pour autant une immunité efficace.

Je suis sceptique, c’est mon job de douter de ce que j’entends. Et quand je fais la somme des discours, des données, des démonstrations et des postures, je doute beaucoup plus de la parole de ceux qui critiquent la vaccination, et sincèrement je ne m’explique pas la posture de ceux qui ont des compétences en science et qui prennent publiquement la parole pour s’opposer aux connaissances établies. Heureusement nous n’avons pas besoin de comprendre les motivations des gens pour nous faire une opinion de leur crédibilité.

S’il vous plait : ne croyez pas tout ce que vous voyez sur YouTube, faites attention à ce que vous acceptez de mettre dans votre tête. Et pensez aux autres.

Acermendax


Merci à Muriel Leal pour son aide dans la collecte d’informations pour préparer cet article. Merci également pour leur aide à Pac Abenakis, le collectif Covid 19 Fédération et à ComplotistDeleter.

NOTES

[1] Une presque exception est le cas de la narcolepsie liée au vaccin contre H1N1 en 2009 (650 cas sur 19 millions de vaccinés) avec un délai d’apparition des symptômes qui peut aller jusqu’à un an. selon certains (mais les sources disponibles disent plutôt que cela se produit dans les deux mois). La narcolepsie est malheureusement un effet secondaire du virus H1N1 lui-même. Ici, le vaccin à virus atténué a provoqué un effet (rare) qui s’avère être l’un des effets possibles du virus, et pas un effet spécifique à la technique vaccinale (source).

Le Bénéfice du Doute #19

Enregistré le 28 juillet 2021.

Invité : Raymond Piccoli, du Laboratoire de recherche sur la foudre.

Editorial

Le tonnerre et la foudre sont peut-être les symboles les plus évidents lorsqu’on veut évoquer les forces de la nature, et c’est sans surprise qu’on les trouve liés à la mythologie et aux légendes.

Nos contemporains connaissent l’électricité ; c’est une chose devenue aussi banale que l’eau courante, elle n’étonne plus vraiment. Elle est si familière que nous surestimons presque tous notre réel degré de compréhension du phénomène, et quand je dis presque tous, je vous prie de vous sentir concerné sauf si vous avez passé des années à travailler spécifiquement sur le phénomène. La foudre, on le voit bien, c’est de l’électricité, et l’ultracrépidarianisme encouragé par la familiarité de l’électricité qui alimente nos smartphones, nos turbomixers et nos trottinettes nous conforte sans doute dans l’illusion qu’on a fait le tour du phénomène une fois qu’on a frotté une règle en plastique sur son pull et observé de ses yeux les arcs d’électricité statique produits.

Seulement voilà, la foudre, c’est sans doute un peu plus que ça. Les conditions d’apparition de la foudre se réunissent dans une partie de l‘atmosphère où vous et moi ne passons guère de temps, des conditions dont la nature échappe aux non-spécialistes et où les évènements qui se déroulent ont toutes les chances d’être un peu plus exotiques qu’on ne le croit. Saviez-vous que la foudre pouvait être mêlée à des phénomènes photonucléaires ? À des rayonnements gamma ? Ou encore qu’elle peut générer de l’antimatière ? Eh bien je n’en savais rien avant de préparer cette émission.

Une fois qu’on a parlé de la foudre et compris qu’en fait on la connait assez mal, on se demande si c’est notre ignorance qui nous a fait si longtemps passer à côté du mystérieux phénomène de la foudre en boule. On en parle depuis longtemps, on entend dans tous les villages l’histoire de quelqu’un qui en a vu, un jour, mais on manque de données, de traces, de preuve, d’explication. En tout cas on en manquait car désormais des structures comme le Geipan recensent ce phénomène et des vidéos existent, même s’il reste encore à établir définitivement ce qui a été enregistré.

Pour les plus sceptiques, il est raisonnable de penser qu’il s’agit d’un mythe socioculturel fondé uniquement sur des témoignages dont les causes sont très diverses (impact d’éclair, surcharge sur un réseau électrique, méprise avec un bolide ou un astre, persistance rétinienne…) et sur la croyance de ceux qui l’étudient sans vérifier ou étayer les données.

Nous allons tenter de savoir ce soir s’il existe des données fiables, des expériences validées, une explication théorique censée. Et pour cela nous recevons Raymond Piccoli qui dirige un « laboratoire de recherche sur la foudre » et se passionne pour l’énigmatique forme sphéroïde qu’il traque un peu partout.

Réponse à Christian Vélot

On croise régulièrement des « je suis pas antivax, mais » suivi de propos généralement perlé de contrevérités qui s’opposent clairement à la vaccination. Parmi les discours antivax qui ne s’assument pas comme tels, on a celui de Christian Vélot. Docteur en biologie,  généticien moléculaire à l’Université Paris-Saclay, homme politique, et  Président du Conseil scientifique du CRIIGEN, on a affaire à quelqu’un qui donne tous les gages d’une crédibilité scientifique. Et qui devrait donc être fiable quand il s’exprime publiquement sur un sujet scientifique.

Nous allons nous arrêter sur un tout petit extrait d’une interview qu’il a donnée le 7 juin[1] sur la chaine YouTube d’un média qui se veut alternatif qui également reçu… Jean-Dominique Michel.

Je reformule son propos :

« Il y a une irresponsabilité collective à se faire vacciner (…) On a besoin de laisser un échappement au virus d’origine pour faire de l’ombre éventuellement à des variants, et à cause de cela il faut que des personnes ne soient pas vaccinées. » En conséquence Christian Vélot s’oppose à la vaccination des personnes qui n’ont pas de fragilité. Et il propose qu’on vaccine tous ceux qui le veulent… après l’épidémie.

Quelle est la logique de sa proposition ?

En gros il y aurait compétition entre les virus pour les hôtes humains, et une forte couverture vaccinale éliminerait les variants sensibles et sélectionnerait des variants résistants, plus contagieux et donc plus dangereux à l’échelle de la population. De loin ça a du sens, ça rappelle la médecine évolutionnaire que nous évoquions sur notre chaîne avec Frédéric Thomas dans les nouveaux traitements contre le Cancer. Et à partir de ce raisonnement, Christian Vélot conclut qu’il faut absolument ralentir la vaccination.

Si vous n’êtes pas fan d’aiguilles et de produits pharmaceutiques fabriqués à la chaine, ça fait réfléchir, ça fait un argument pour ne pas aller se faire piquer, ça peut faire douter de la stratégie vaccinale. Pourquoi ce monsieur dirait-il ça si ce n’est pas vrai ?

Christian Vélot a fait parler de lui il y a peu dans une vidéo diffusée sur un domaine Internet qui avait usurpé le nom du site « vitemadose »[2] et qui forçait les internautes à regarder ladite vidéo avant d’avoir accès au formulaire de prise de rendez-vous vaccinal. Dans cette vidéo Christian Vélot affirmait que les vaccins à ARN entraînent des mutations génétiques dangereuses. Ses propos ont été débunkés par le Pr Alain Fischer du Collège de France[3].

Ca c’est juste pour préciser que monsieur Vélot a déjà un historique d’opposant à la vaccination pour d’autres raisons, des raisons rejetées par les spécialistes.

Revenons à ses propos sur les variants qui échappent à la vaccination et voyons ce qu’on peut répondre.

Pour élaborer cette réponse je me suis appuyé sur des contributions sur mon mur Facebook de la part de plusieurs internautes Dr en immunologie, en virologie, en épidémiologie, ainsi qu’un membre de covid19 fédération. Je les remercie tous pour leur aide.


Il y a compétition entre les variants viraux, c’est vrai, qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas vaccination. Quel que soit le nombre de personnes vaccinées, un variant plus efficace va mieux se répandre qu’un moins efficace, par définition. Le variant britannique a remplacé le précédent D614G avant la vaccination. Ce même D614G avait remplacé la souche d’origine dès mars-avril 2020.

Mais ce qui crée les variants, ce n’est pas la compétition —qui ne fait que sélectionner les plus efficaces— ce qui crée les variants, c’est le hasard au gré  du nombre de réplications que peuvent faire les virus, et cela est lié au nombre de personnes qu’ils peuvent infecter. Plus il y a de gens infectés, plus le virus va se répliquer, plus il a des chances de créer un gros méchant variant.

L’apparition de mutations et l’émergence de variants dépendent donc du nombre de contaminations et de la charge virale de chaque personne contaminée.

Or la vaccination, que fait-elle ? Elle réduit le nombre de contaminations et elle réduit la charge virale des personnes contaminées. Plus on vaccine, plus on réduit le nombre d’hôtes dans lesquels le virus aura une chance de varier. Par ailleurs, en vaccinant, et ce n’est pas un détail, on réduit la population qui a besoin de soin, on évite la saturation des hôpitaux : on sauve des vies (il n’y a pas que le covid qui tue pendant l’épidémie)

Attaquons le cœur de l’argument : Le lien entre couverture vaccinale et apparition/diffusion de variants est un équilibre qui dépend de plusieurs facteurs. Dans une population faiblement vaccinée, il n’y a effectivement pas assez de pression de sélection pour favoriser un mutant. Si la vaccination augmente, en théorie cette pression peut atteindre un seuil où une mutation rarissime du virus, une mutation qui le rendrait insensible au vaccin mais sans lui conférer un autre avantage sur ses compétiteurs finirait par être sélectionnée au bout d’un certain temps.

Souvent une mutation avantageuse s’accompagne d’une contrepartie négative : par exemple dans notre cas on peut imaginer une modification de la protéine virale spike qui ne serait plus fonctionnelle pour la fixation sur ACE2, qui est sa porte d’entrée dans la cellule humaine, mais qui donnerait une nouvelle cible d’infection. Ce changement rend le virus invisible aux anticorps produits par la vaccination spécifiquement contre la protéine Spike, et donc même si sa nouvelle cible d’entrée est moins efficace, le virus est avantagé, il est sélectionné : on a produit un variant qui peut échapper à la vaccination. Dommage

Si la population est fortement vaccinée, que se passe-t-il ? Eh bien la diffusion des virus est grandement empêchée, le nombre de réplications virales chez les infectés vaccinés reste faible, et le variant rarissime dont nous parlions à l’instant voit ses chances d’apparaitre extrêmement réduites.

Donc le problème se pose lorsque la circulation virale est suffisante pour que ces événements hyper rarissimes se produisent ET que la proportion vaccinale tout en étant trop faible pour couper la circulation est devenue assez grande pour représenter un écosystème où de telles mutations seraient favorisées.

En d’autre terme une fois qu’on a commencé à vacciner, il ne faut pas s’arrêter. Il est plus pertinent d’accélérer la vaccination tout en réduisant la circulation virale. C’est ce qu’ont choisit de faire les autorités sanitaires d’Israël en reconfinant -malheureusement- durant leur campagne de vaccination.

Pour info Médecin sans Frontières a déjà pratiqué la vaccination en pleine épidémie, par exemple contre la rougeole[4] en 2005.

Une étude sortie il y a quelques jour le 8 juillet (encore en preprint[5]) conclut la même chose avec un modèle mathématique : c’est la vaccination en cours d’épidémie sans mesure barrière qui présente un risque fort de sélectionner des variants résistants.

La réponse théorique à l’argumentaire théorique de Christian Vélot apporte donc une réfutation claire et nette. Mais peut-être que vous n’avez pas envie qu’on vous parle de théorie et que tout ce que je viens de vous raconter vous a paru complètement obscur. Je suis d’accord avec vous pour dire que rien n’est plus convaincant que des éléments factuels.

Avons-nous quelques faits ?

Dans l’histoire du Covid 19, les variants les plus contagieux, ceux qui ont remplacé les souches initiales sont apparus dans des populations… peu ou pas vaccinées. Allez vérifier, faites vos propres recherches.

Deuxièmement : une étude en préprint[6] (il faudra donc prendre soin de vérifier qu’elle est validée par la revue des pairs) sortie le 5 juillet vient de montrer que les pays qui vaccinent le plus voient la diversité des virus diminuer : autrement dit plus on vaccine, moins il y a de variants.

Cette étude, à elle seule, atomise complètement la rhétorique de Christan Vélot. Et si sa publication est validée par les experts dans les prochaines semaines, on doit s’attendre à ce que Christian Vélot revienne sur ses déclarations. Nous verrons comment ça se passe.

En conclusion

Les éléments que je vous ai montrés nous disent que les non-vaccinés sont de potentiels réservoirs à virus mutants et qu’à cause de cela, s’ils sont nombreux, ils représentent une menace pour les vaccinés qui ne sont jamais immunisés à 100%.

Je ne suis pas épidémiologiste, virologue ni médecin. Christian Vélot non plus. Et je ne vais pas sur les plateaux télé expliquer que les experts en épidémiologie, ceux qui travaillent sur le sujet, produisent des données et conseillent les gouvernements n’y connaissent rien et qu’il faudrait m’écouter moi, parce que moi je sais.

Ce que je fais ici, c’est de la vulgarisation, je me fais le relai auprès de vous des connaissances établies et des incertitudes qui résistent, je vous relaie la parole de ceux qui savent mieux que moi dans un contexte où la confusion règne à cause de gens comme monsieur Vélot. Et personne ne me paie pour ça, si ce n’est vous, à travers l’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique qui m’emploie et qui est totalement indépendante.

Alors à la fin : qu’est-ce qui  bloque l’apparition de variants plus contagieux et éventuellement plus virulents ?

La réponse de la science aujourd’hui est celle-ci  : c’est l’arrêt de la circulation des virus à travers les populations humaines.

Ce qui bloque cette circulation, c’est deux chose : l’isolement des individus mais ça commence à bien faire et l’immunité. Cette immunité peut être acquise en attrapant la maladie : en l’absence de traitement efficace, c’est un mauvais choix, ça va faire beaucoup de malades et beaucoup de morts. L’autre choix c’est la vaccination mais il faut du temps pour que la couverture puisse jouer pleinement son rôle sur l’ensemble des variants du virus ; et les gestes barrières restent nécessaires dans l’intervalle.

De la même manière qu’avoir une ceinture de sécurité ne vous permet pas de dire que griller un feu rouge est une bonne idée, les vaccins ne sont pas des baguettes magiques qui font disparaitre le danger ; ce sont des outils indispensables à l’intérieur d’une stratégie globale.

Et ces vaccins, ils marchent ! Je vous renvoie vers la vidéo qui répond à Martine Wonner.

Un dernier mot sur Christian vélot.

Il est membre du CRIIGEN qui a l’habitude de s’opposer à de nombreux travaux scientifiques par idéologie. Cette association a d’ailleurs été épinglée par Conspiracy Watch. Et puis, pour se faire une idée du niveau de crédibilité du personnage, Monsieur Vélot est allé s’exprimer sur France Soir le 29 juin, site conspirationniste et férocement antivax, pour un entretien titré « Ne faisons pas un remède pire que le mal »[7]. France Soir à les experts qu’il mérite. Et inversement.

Si vous pensez que cette idéo peut être utile : rendez-la virale !


A lire également

— Des affirmations erronées noyées dans de la vulgarisation (Debunk d’une vidéo antivaccinaliste de Christian Vélot)

Sources :


[1] https://www.youtube.com/watch?v=nC7p6Zn6uX8&t=4165s&ab_channel=BAM%21BelgianAlternativeMedia

à 1h9min30″

[2] https://www.liberation.fr/checknews/vaccination-que-sait-on-du-faux-site-vitemadosefr-20210511_YP2VHZNBO5AHBPH56RG6ASXFMA/)

[3] https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/vaccins-modifiant-notre-genome-itineraire-d-une-fake-news_2141984.html

https://www.lamontagne.fr/paris-75000/actualites/non-avec-le-vaccin-a-arnm-le-virus-ne-va-pas-s-integrer-dans-le-genome-et-modifier-votre-adn_13886135/

Voir également : https://www.facebook.com/docteymouri/posts/421886125630841

[4] https://www.msf.fr/actualites/rougeole-vacciner-en-urgence-lors-d-une-epidemie

[5] https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.07.07.21259916v1.article-info « Modeling the emergence of vaccine-resistant variants with Gaussian convolution COVID-19: Could the wrong strategy ruin vaccine efficiency? »

[6] https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.07.01.21259833v1.full.pdf

[7] https://www.francesoir.fr/videos-lentretien-essentiel/ne-faisons-pas-un-remede-pire-que-le-mal-entretien-essentiel-avec

Enregistré le 21 juillet 2021.
Invité : Alain Bécoulet, directeur du domaine « Ingénierie » d’ITER Organization.

Editorial

L’énergie enflamme tous les fantasmes et les discours d’innombrables inventeurs qui se rêvent en Prométhée du siècle, pourvoyeur d’une énergie inépuisable. Le mot énergie lui même est entouré d’un halo évocateur qui en fait un bouche trou pour toutes les pseudo-théories qui cherchent à expliquer des effets parfois inexistants. On nous parle d’énergie cosmique ou tellurique, des énergies qui parcourent le corps, d’énergies spirituelles et j’en passe.

Mais l’énergie est un concept bien précis, et il ya des contextes où le mot à sa place… et tous les autres où il ne sert qu’à habiller le langage.

La production d’énergie est aujourd’hui un enjeu considérable puisque nous voulons continuer à jouir du confort de la modernité mais nous préfèrerions que cela ne bousille par les écosystèmes qui nous entourent et dont nous avons d’ailleurs besoin pour vivre dans un monde agréable, respirable, tempéré et peuplé d’animaux, de plantes et aussi du reste si nécessaire.

Les énergies que nous utilisons aujourd’hui ne sont pas durables : elles ne peuvent pas répondre à nos besoin sans porter gravement atteinte à l’environnement et aux générations futures. C’est le constat de la collapsologie : notre modèle actuel ne peut pas durer, et il ne peut pas s’arrêter… pas sans des instabilités géopolitiques avec lesquelles nous n’avons aucune envie de faire connaissance.

Alors il faut de nouvelles sources d’énergie, ou de nouveaux moyens de la mobiliser. Et on en a proposé plein : le moteur à eau, le générateur éthérique de John Keely[1], le réacteur à résonnance par effet Dumas, le générateur magrav du docteur Keshe[2], le moteur Pantone, les générateurs surunitaires qui promettent une énergie libre, le Catalyseur d’énergie de Rossi et Focardi[3] (qui promet de réaliser une fusion froide), et jusqu’aux Pyramides de Gizeh dont certains affirment qu’elles sont en réalité des générateurs d’électricité… Et cetera. Les chimères abondent, et parfois savent séduire les crédules qui vont financer des projets sans espoir.

Mais il y a aussi des projets plus sérieux centrés autour du géothermique, de l’hydroelectrique, du solaire, de l’éolien et du nucléaire. Toutes ces formes de production existent aujourd’hui et entrent à diverses proportions dans ce qu’on appelle le mix énergétique de nos sociétés.

Mais les calculs sont pas bons. Notre modèle n’est pas durable. C’est là qu’intervient le thème de notre émission : la fusion nucléaire. Un phénomène connu depuis un siècle, qui pourrait ^permettre de construire des centrales alimentées par des ressources facilement accessible pour produire de grandes quantités d’énergie, sans déchet radioactif !

Une nouvelle génération dans la manière dont l’humanité produit son énergie. Ca fait rêver. Mais c’est un rêve qui coûte cher, et il est préférable d’être bien réveillé quand on veut investir cent milliard d’euros quelque part.

La Fusion nucléaire est-elle la réponse dont nous avons besoin ou une simple illusion, une fausse piste, un projet condamné d’avance ?

Cette technologie est-elle dangereuse ? Siphonne-t-elle des investissements qui seraient mieux employés ailleurs ? Et en cas de réussite, aurons-nous réellement résolu les problèmes les plus importants ? Et puis, bon, le temps passe, et nous le public, on ne voit toujours pas de résultat. Est-ce qu’on ne ferait pas mieux d’arrêter les frais, de choisir la décroissance, la low-tech, la frugalité en espérant que tout le monde optera pour ce choix en même temps ? Bon, évidemment, nous n’aurons pas la réponse à toutes les questions, surtout la dernière, mais je gage que vous comme moi, nous allons apprendre des choses sur ce que c’est que la fusion nucléaire, sur l’histoire du projet ITER, sur les enjeux, sur les stratégies, sur ce qu’on peut espérer.

Parce que ce soir nous avons avec nous l’un des chef d’ITER, Alain Bécoulet est directeur du domaine « Ingénierie » d’ITER Organization. Nous sommes heureux de le recevoir.


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Ernst_Worrell_Keely

[2] https://www.hoaxbuster.com/medias-et-techno/2016/02/11/energie-libre-keshe?fbclid=IwAR09Nbw3fTAaXP500GofKpOE0M9u9YUHiZRDZS7ZT0kR72_AAxsZP2pUWJE

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Catalyseur_d%27%C3%A9nergie_de_Rossi_et_Focardi?fbclid=IwAR2pWwthLNpOWsWhFwrmwX369rHoxJknjmAArGBPON6dkLbnS-gZZqHztSA

Sur les vaccins anti-covid vous avez entendu, comme moi, tout et son contraire. Sur leur efficacité, sur les effets secondaires, on ne s’y retrouve plus. Sincèrement, il y a de quoi être en colère. Comment se fait-il qu’au bout de plus d’un an et demi ce soit autant le bordel dans les informations que nous recevons, et à partir desquelles nous sommes bien obligés de nous faire un avis sur la situation et sur ce que nous devons faire.

Je n’ai pas envie me faire vacciner juste pour avoir un papier qui m’autorise à prendre le train ou manger au restaurant. Si je me fais vacciner, c’est pour une raison médicale.

Je suis comme vous, je n’ai pas réponse à tout. Et j’ai entendu des choses tellement graves que je me dis que ceux qui les prononcent ne peuvent quand même pas les inventer. Ce serait dingue. Mais s’ils ne les inventent pas, eh bien c’est encore pire, parce qu’alors on nous ment à grande échelle. Or, les mensonges à grande échelle existent, c’est bien pour ça qu’il est compliqué de se faire un avis.

Prenons par exemple l’élue de la République Martine Wonner. Elle a des diplômes de médecine, elle est psychiatre. Elle a même apporté son soutien à une initiative bénéfique « Justice sans psychanalyse » pour écarter les psychanalystes des experts appelés devant les tribunaux. Cette dame est a priori capable de lire la littérature scientifique et de défendre la science.

Et ce qu’elle dit, notamment lors de la manifestation de Nancy est répété par des milliers de gens. Arrêtons nous sur 3 phrases qu’elle a prononcées

« Le vaccin ne protège pas contre les formes graves »

« Le vaccin ne vous empêche pas d’être contaminé »

« Le vaccin ne va pas empêcher la contamination inter-individuelle »

Et madame Wonner de conclure : « À quoi sert ce truc ? »

Si ce qu’elle dit est vrai, alors le vaccin n’apporte aucun bénéfice. Et sans bénéfice, s’il existe des risques d’effets secondaires sérieux, alors il ne faut surtout pas se vacciner. La question à se poser est : ce que dit madame Wonner est-il vrai ?

Le vaccin Comirnaty de Pfizer est très surveillé, nous avons de très nombreuses données. Sur la campagne de vaccination en Israël, les travaux scientifiques montrent que la vaccination entraine une réduction de 92% des cas symptomatiques et de 97% des hospitalisations, donc des formes graves[1]. Au Royaume-Unis une étude similaire montre une diminution de 93% des infections symptomatiques par le variant anglais (B.1.617.2) et de 95% des hospitalisations[2]. Au Royaume-Unis toujours une étude en preprint montre que le taux d’efficacité contre le variant Delta qui nous inquiète en ce moment est de 88% pour les cas symptomatiques et de 96% sur les hospitalisations[3].

En France, le dispositif renforcé de surveillance des vaccins contre la Covid-19, EPI-PHARE tient à jour les informations sur l’efficacité et les effets secondaires[4]. Sur la page mise à jour le 19 juillet les données d’une étude de pharmacovigilance sur plus de 4 millions de Français de plus 75 ans montre que le risque de forme grave de Covid-19 diminue de 87% après deux doses de vaccin.

Ce que toutes les données montrent c’est que les vaccins marchent. Vous aurez aussi remarqué que l’on n’atteint jamais 100% d’efficacité. Il y aura donc des gens vaccinés qui vont attraper la maladie malgré tout, et certains feront même des formes sévères. On appelle ça des exceptions.

Qu’en est-il de la troisième affirmation ? Selon madame Wonner être vacciné n’empêcherait pas une personne porteuse du virus mais sans symptôme de contaminer son entourage. Soit on la croit sur parole, soit on regarde ce que disent les travaux des scientifiques. On va plutôt faire ça.

Une étude publiée par l’Institut Pasteur nous explique que les personnes non vaccinés sont 12 fois plus contagieuses que les personnes vaccinées [5]. Douze fois, cela veut dire que le vaccin est très efficace pour réduire la contagion, mais pas à 100%, comme la ceinture de sécurité ne sauve pas 100% des accidentés. N’espérez pas une solution médicale qui marche à 100%, ça n’existe pas.

Bilan ?

Si on fait un bilan on constate que les trois déclarations très véhémentes de madame Wonner sont très problématiques parce que la formulation est la pire qui soit. Oui, on peut dire “le vaccin n’empêche pas d’être contaminé” puisqu’en effet sa protection n’est pas totale. Je peux vous affirmer tranquillement que porter un manteau n’empêche pas d’avoir froid, sans que vous ayez envie de vous promener tout nu en plein hiver… Cette manière de formuler est-elle choisie délibérément pour tromper ? Je me le demande.

Je ne suis pas en mesure de vous expliquer pourquoi elle dit des choses pareilles. Puisqu’elle ne donne pas de source, on ne sait pas sur quoi elle pense pouvoir s’appuyer. Est-ce qu’elle ment pour exciter les foules, pour faire son intéressante, pour servir sa carrière politique ? Est-ce qu’elle croit sincèrement ce qu’elle dit sans être jamais allée lire les papiers ni écouter ceux qui, sans doute, essaient de lui expliquer qu’elle se trompe ? Est-elle une mythomane dont le cas relève de la médecine ? Est-elle payée par les vendeurs de cercueil pour alimenter leur business ? Est-ce qu’il y a une autre explication. Je ne sais pas.

En revanche ces trois déclarations sont fausses. En plein pandémie et en l’absence de traitement de fond efficace contre l’infection, dissuader les gens de se vacciner est une parole qui présente un risque majeur de causer des morts et des malades qui gardent de lourdes séquelles.

C’est pour ça que je prends la peine de faire cette vidéo ainsi que cette version écrite où seront ajoutées les sources nécessaires.

Si vous pensez que cette vidéo est utile, rendez-la contagieuse.

Acermendax

Pour vous documenter

Le blog Big Pragma


[1] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(21)00947-8/fulltext?fbclid=IwAR0RrwR_CBjeNnTvC1je7aTqjjex3s5RvThh3fyxiR0ma7ltzjIDadApFxM

En français : https://www.franceinter.fr/covid-l-analyse-des-donnees-a-l-echelle-d-israel-confirme-les-excellents-resultats-du-vaccin-pfizer

[2] https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2021.05.22.21257658v1.full?fbclid=IwAR2UVoxL0WCYJBYatMIe9VW3oXzs8Uo5VbNJT6BzvrXBJKVDNbHKvYbv_vE

[3] https://khub.net/web/phe-national/public-library/-/document_library/v2WsRK3ZlEig/view_file/479607329?fbclid=IwAR2hcacKoAoWt36pYo711_6l18rZAIXj5hRWBP4gFzLhxOQ3X85pmTvNjs8

[4] https://ansm.sante.fr/actualites/les-vaccins-reduisent-fortement-le-risque-de-forme-grave-de-covid-19-chez-les-personnes-de-plus-de-75-ans-en-france

[5] https://hal-pasteur.archives-ouvertes.fr/pasteur-03272638

Tronche en Live #102

Invité : Pr. Simon Schraub, cancérologue

Enregistré le 16 juin 2021

EDITORIAL

Les maladies accompagnent le vivant, c’est comme ça. Le cancer est aussi vieux que la vie pluricellulaire, on a trouvé des traces de tumeur dans des fossiles de dinosaure, ce n’est pas une maladie moderne dont on va se débarrasser en changeant nos modes de vie. Ceux d’entre nous qui ont de la chance, ne feront connaissance avec une maladie sérieuse que tard dans leur vie, mais leur échapper complètement est un rêve illusoire.

La médecine ne guérit pas tout, et ce qu’elle guérit, elle ne le guérit pas toujours bien, ni durablement. Il est donc tout à fait normal d’être ouvert à de nouveaux moyens de se soigner, de chercher de nouveaux remèdes, de nouvelles stratégies, de tester des hypothèses, même bizarres, bref d’avoir l’esprit ouvert aux idées et surtout aux preuves qui les accompagnent.

La conséquence de ces deux choses (l’inévitabilité de la maladie et l’imperfection manifeste de la médecine) c’est qu’il y aura toujours des médecines émergentes, des thérapies potentielles, des offres alternatives, une pluralité des approches. Il serait donc parfaitement ridicule d’affirmer que tout ce qui n’appartient pas, aujourd’hui, à une médecine « officielle », à une médecine conventionnelle n’aurait pas de valeur. Néanmoins quand une approche thérapeutique apporte des bienfaits, il existe des moyens de le montrer. Les protocoles sont connus, la littérature scientifique est disponible, les revues sont ouvertes aux tests des pratiques nouvelles.

En somme les approches alternatives qui marchent ont vocation à rejoindre à courts termes les pratiques conventionnelles.

Les maladies n’épargnent personne, pas même les milliardaires, les présidents, pas même vos pires ennemis. Nous avons tous des familles, des proches, des amis dont la santé nous tient à cœur, et à moins d’être un parfait sociopathe, un salaud, chacun d’entre nous a intérêt à ce toute méthode efficace soit reconnue comme telle, largement utilisée, et bénéficie au plus grand nombre, ce qui garantit que chaque professionnel disposera de données médicales nombreuses pour améliorer sa pratique.

La santé est un secteur où notre société dépense beaucoup d’argent. Je pense qu’elle a raison de le faire. Mais il faut le dépenser de manière rationnelle, de sorte à profiter au plus grand nombre. Un rapport récent évalue à 82 milliards de dollars le marché des médecines alternatives en 2020. En 2028, ce chiffre dépassera les 400 milliards de dollars[1]. Nous avons affaire à un secteur en pleine expansion aux stratégie commerciales très agressives ; bref, c’est Big Pharma.

On a raison de surveiller de près les pratiques commerciales et sanitaires des grandes industries du médicament. Mais il ne faudrait pas oublier d’être aussi exigeant envers les pourvoyeurs de solution de santé attractives, séduisantes, nouvelles… Mais dont on aimerait être sûr qu’elle servent à autre chose qu’à nous raconter une belle histoire sur la manière dont la nature fait bien les choses ou comment notre esprit aide notre corps à guérir. Se bercer d’illusion sur les question de santé, ça coûte trop cher, et pas seulement en argent.

Pour discuter de la place des médecines parallèles dans le parcours des malades du cancer, nous recevons Simon Shraub, médecin, Cancérologue, et auteur d’une thèse « Médecines parallèles et cancer : analyse sociologique 1962-2006. »

[1]https://www.grandviewresearch.com/press-release/global-alternative-complementary-medicine-therapies-market


voir aussi


Peut-on se fier à tout ce qu’on entend dans les grands médias ? La réponse ne devrait pas vous surprendre : Non. Croire qu’il existerait des sources d’informations parfaitement fiables que l’on n’aurait jamais besoin de remettre en question est étranger à la pensée sceptique. Et rejeter en bloc tout ce qui vient d’une source chez laquelle on a détecté des erreurs n’est pas très malin non plus. Mais il semble raisonnable, tout de même, de considérer que certaines erreurs sont d’une nature qu’on ne devrait pas trouver sur des antennes à large audience comme RTL.

Le matin du 5 juin 2021 dans « Une minute qui peut tout changer », RTL, la « première radio de France » sombre dans la pensée magique et la promotion de ce qui s’apparente franchement à une secte 2.0.

« Les chiffres peuvent contribuer à notre bien-être » nous affirme Juliette Dumas qui fait ensuite l’éloge de Zoran Bouazri un psycho-énergéticien.

Qu’est-ce qu’un psycho-énergéticien ? C’est un pseudo-thérapeute qui prétend faire de la psychothérapie en manipulant ou en équilibrant les énergies dans ou autour de votre corps. Evidemment cela ne repose sur aucun travail sérieux qui permettrait de valider l’efficacité et d’écarter l’hypothèse qu’on se moque du monde, évidemment c’est très gênant que des gens croient à ce genre de discours parce qu’il ont alors plus de risques de faire des mauvais choix thérapeutiques, et évidemment c’est particulièrement choquant de mettre ces pratiques en avant dans un pays où la prise en charge des maladies mentales est souvent laissée à l’abandon (pas ou peu de remboursement, errance médicale, formation douteuse des professionnels souvent biberonnés de psychanalyse, etc.).

C’est quoi la médecine énergétique : Voir la fiche Psiram.

Sur le conseil de son ami psycho-énergéticien, Juliette Dumas nous fait l’éloge de Grigori Grabovoi, qu’elle nous présente comme un « mathématicien et scientifique Russe »

« Dans les années 1990 il a relié mathématique et physique quantique et a développé depuis des milliers de séquences de chiffres qui font du bien. Lorsqu’on les répète ils vont notamment réharmoniser nos états émotionnels

— Pardon mais comment c’est possible ? s’étonne le collègue journaliste en lisant la réplique préparée à son attention. »

— Eh bien parce que ce sont les vibrations des chiffres qui agissent.

Souvenez-vous du fameux « dites 33 » chez le docteur. L’idée était de provoquer une vibration particulière qui se propageait dans la cage thoracique pour en savoir plus sur les poumons. »

Extrait de RTL

Je ne suis pas médecin, mais la vertu du « 33 » prononcé par le patient qu’on ausculte n’a rien à voir, à ma connaissance, avec la valeur numérique ou énergétique et tout à voir avec l’acoustique. On pourrait vous demande de dire trottoir avec un résultat similaire sans que cela nous renseigne sur l’équilibre des énergies qui se dégagent des zone piétonnes de votre quartier.

« Selon Grabovoi, chaque série de chiffre que vous allez énoncer va envoyer au cerveau un message comme un code barre qui va rétablir l’équilibre nécessaire.

—  Et du coup Juliette, on s’y prend comment ?

— Concentrez-vous quelques instants sur votre respiration, vous pouvez rester les yeux ouverts ou fermés. Puis répétez les séquences choisies 3 fois soit mentalement, soit à voix haute, aussi simplement que si vous donniez un numéro de téléphone. Vous pouvez également vous enregistrer sur un dictaphone et vous écouter ou encore l’écrire sur un papier, vous relire ou même le laisser sous votre oreiller.

— Alors très bien, mais vous nous donnez s’il vous plait des exemples concrets.

— Zoran Bouazri m’en a proposé trois pour vous. La première séquence pour dompter votre stress. Vous allez répéter cette série de chiffres : 819471. Deuxième exemple pour développer votre confiance en vous : il s’agit de la séquence 517 489719 841. Et la troisième c’est pour activer votre joie. Dites 28 7 741.

— Et ensuite ?

— Laissez-vous surprendre par ce que vous allez ressentir. Les effets positifs sont incroyables si vous voulez bien laisser les chiffres agir. Vous pouvez apprendre d’autres séquences dans les livres de Grabovoi, sur internet ou vous laisser guider par Zoran Bouazri. Voilà une minute qui peut tout changer.»

Voilà pour la séquence radiophonique surréaliste. Maintenant vérifions les faits.

Version Vidéo de cet article

Vérifions un peu.

Grigori Grabovoi n’est pas un scientifique : ses titres de docteur et professeur lui ont été décernés par de fausses institutions, la « World Distributed University » et « l’International Interacademic Union ». Ces structures n’ont pour ainsi dire aucune existence réelles et sont des usines à produire de faux titres. Grabovoi est donc un imposteur de titres académiques. On en voit quelquefois dans les médias. On en a même dénoncé ici (Aberkane, JD Michel…). C’est lamentable, mais c’est l’aspect le moins dérangeant du personnage. Tenez-vous bien.

Grabovoi s’est fait connaître internationalement en séduisant les parents d’enfants qui ont été tués lors de la prise d’otages de Beslan dans le Caucase en 2004 où ont péri 334 civils, dont 186 enfants. Ce que Grabovoi a promis à ces parents, c’est de ressusciter leur enfant pour 1000 euros. J’aime autant me passer de commentaire, parce que je serais sûrement vulgaire. Il a été condamné en 2008 à 11 ans de prison pour fraude. Il sort au bout de 4 ans. Il vit désormais en Serbie. En 2004, il fait la déclaration suivante :

« Moi, Grigory Grabovoi, né le 14 novembre 1963 dans le village de Bogara dans la région de Chimkent au Kazakhstan, j’annonce que, moi, Grigory Grabovoi, je suis la seconde venue de Jésus-Christ. »

(source, cliquez ici : Cet article très intéressant souligne aussi l’exploitation politique de Grabovoi par le pouvoir russe qui a pu l’utiliser pour discréditer le mouvement des Mères de Beslan, les mamans endeuillées par la très mauvaise gestion de la prise d’otage, dont l’aura morale faisant de l’ombre au Kremlin)

Grabovoi organise des « séminaires de résurrection » à 1200€ : on y apprend comment utiliser des chiffres pour guérir les malades en Russie, en Belgique, en Allemagne, et cela essaime un peu partout. Ses disciples font des séminaires et des conférences, comme par exemple : « L’assurance de la Vie éternelle moyennant les sentiments de la Vie éternelle » de Grigori Grabovoi – Conférence animée par le Professeur Viacheslav Konev, à Paris en 2020. (prix 300€ – Source)

Grabovoi possède l’étonnante faculté de prédire les crashs d’avion. Passons là-dessus, à ce stade c’est juste un détail.

La société « Science of Eden » créée en 2019 par des adeptes de Grabovoi vivant en France compte une quarantaine de prestataires assez compétents dans les champs du marketing et de la communication. Science of Eden veut devenir le vecteur mondial de diffusion des technologies et des enseignements de Grigori Grabovoi. Les formations se font actuellement sous la forme d’une académie en ligne. https://academy.scienceofeden.com/

Fait étonnant : l’ami de Juliette Dumas, Zoran Bouazri est justement en pleine formation (durée de 9 mois)  auprès de l’académie Science of Eden. Coïncidence, je ne crois pas.

Les enseignements de Grabovoi débouchent sur un appareil qui n’est pas sans rappeler l’électromètre de la scientologie : le PRK-1u (acronyme pour Dispositif pour le Développement des Concentrations de la Vie éternelle, 1er modèle, Universel). Voici comment ceci est présenté sur un site très officiel de promotion des savoirs et merveilles de Grabivoi :

« Grigori Grabovoï a développé un ensemble de méthodes de concentration pour nous aider à matérialiser nos objectifs. Nous développons ainsi activement nos capacités à harmoniser chaque événement de notre vie. »

L’idée de « matérialiser nos objectifs », c’est du vocabulaire New Age que l’on retrouve dans la loi de l’attraction. Grabovoi ne fait qu’abonder dans le sens d’une croyance populaire.

« A l’heure actuelle, Grigori Grabovoi a mis au point les dispositifs PRK-1U pour le rajeunissement, la cure du cancer, du VIH, du SIDA, et du coronavirus.

Viendront ensuite des dispositifs pour le traitement de toutes les maladies, puisque, comme l’affirme Grabovoi :

«Il ne doit pas exister de maladies incurables.

Il doit y avoir des systèmes technologiques contrôlés au niveau logique par la conscience humaine, et des dispositifs qui traitent toutes les maladies.

L’être humain doit a) savoir comment rajeunir, ou b) être capable de rajeunir dans la phase initiale de son développement personnel de la vie éternelle, par des technologies instrumentales.

L’être humain doit toujours survivre. Il doit donc s’efforcer de vivre sans tomber dans des situations critiques. Et au cas où il tomberait dans de telles situation, il doit savoir comment en sortir correctement. C’est-à-dire vivre, dans tous les cas.» (Grigori Grabovoi)

Source : Fondation pour la mise en œuvre et la protection de l’enseignement de GRIGORI GRABOVOI. https://www.grabovoifoundation.org/fondation/?lang=fr

Cette technologie repose sur « La Formule de la réalité universelle » une équation dont Grabovoi prétend que l’équation d’Einstein E=mc2 n’est qu’un cas particulier, ce qui place la sienne au dessus. On peut lire sur la page qui décrit son fantastique appareil :

« Le dispositif s’appuie sur la loi universelle de génération de l’énergie E=V*S et les brevets d’invention de Grigori Grabovoï. Ils abordent le niveau fondamental de l’information et le principe selon lequel une pensée a une certaine activité physique. »

Croire que la pensée a des conséquences directes sur la réalité qui nous entoure, cela s’appelle la pensée magique. Nous sommes tous concerné plus ou moins par ce type d’idéation, cela n’a rien de fou ou de marginal, la preuve en est que vous n’avez aucune envie de prononcer la phrase suivante en remplaçant X par le nom d’une personne que vous aimez sincèrement : « Je souhaite que x meure dans d’atroces souffrances » même tout seul dans votre coin, quand bien même vous savez que dire cette phrase n’a aucune chance de faire advenir son contenu. On a tous un petit fond de pensée magique quelque part dans le crâne, mais il ne faudrait pas que ça nous monte à la tête.

Les tarifs !

Pour acquérir l’extraordinaire PRK-1U, les clients doivent suivre un parcours qui commence avec une première formation , le Protocole PRK-1U. Actuellement, elle se fait à distance à cause de la Covid. Il s’agit d’une session d’essai d’un PRK-1U qui a été « paramétré » pour les personnes qui vont le tester durant la même session. Ces sessions de présentation sont animées par les « ambassadeurs PRK-1U », elles durent 3h, elles coûtent 100€ par personne, elles rassemblent parfois 400 personnes (je vous laisse calculer 400 fois 100 pour 3 heures de séance). (voir ici)

L’organisation prend mille précautions pour éviter d’être accusée d’exercice illégal de la médecine. Elle prétend en bas d’écran qu’il s’agit d’éducation et que les méthodes « ne sont pas destinés à guérir ou à diagnostiquer quelque maladie que ce soit. Ils sont uniquement distribués à titre expérimental, sans aucune promesse de résultats. »

On ne pourra pas m’empêcher de constater que cela contredit les prétentions thérapeutiques de Garabovoi lui-même vis-à-vis des maladies. De toutes les maladies.

Mais le parcours ne s’arrête pas. Après votre séance à 100 €, vous recevez une attestation et on vous offre une alternative.

1 – Souscrire un contrat de sous-licence d’utilisation d’un PRK-1U à distance pour une durée de 4 ans. Il vous en coûtera 1212€. C’est un joli nombre : douze douze. Très bien choisi. Concrètement cela vous donne accès au flux d’une caméra de surveillance qui vous permet de voir 24h/  un PRK-1U en fonctionnement. Voir l’appareil serait suffisant pour en recevoir les bienfaits. Cela nous rappelle d’autres arnaques où on vous vend très cher le droit de télécharger des fichiers mp3.

Notez le terme de « sous-licence » qui indique un système sinon Pyramidal en tout cas du ressort d’un marketing multiniveau.

2- Acquérir votre propre dispositif, garanti 4 ans. Pour 11 050 € (le nombre est un peu moins joli)

Science of Eden propose d’autres évènements, des Weekend d’intégration, des séminaires intensifs à 4000€, des formations comme « Evoluer avec Grigori Grabovoi » contenant 150 heures de vidéo, des supports PDF, des exercices de concentration. Pour un tarif de 447€. Apparemment 5000 formations ont été vendues ces deux dernières années. Là aussi, je vous laisse calculer. Bien sûr gagner de l’argent n’est pas une mauvaise chose, mais tromper une clientèle avec un vocabulaire qui mélange physique quantique et Jésus christ, et la flouer de sommes de cet ordre, c’est typique des mouvements sectaires.

Voici le PRK-1U. Déçu ?

Il existe une église, la « CHURCH OF GRIGORY GRABOVOY THE SECOND ADVENT OF JESUS CHRIST » présente dans plusieurs pays. Rien d’étonnant, puisqu’on a dit que Grabovoi est un Jésus réincarné.

Bref, nous avons à faire à un gourou de la pire espèce qui prétend détenir des pouvoirs et dont le discours s’attaque d’abord aux personnes en deuil, aux personnes en difficulté, comme c’est la règle du genre.

Pendant la pandémie, Grabovoi a évidemment prétendu pouvoir guérir les malades. Et sur TikTok s’est diffusée en masse la mode d’utiliser les « codes de triche  de l’Univers », des séries de chiffres qui modifient la réalité  et sont issues de la méthode numérologique de Grabovoi. Je me suis dit que c’est probablement suite ç cette mode sur Tik Tok que Juliette Dumas a découvert le personnage et a trouvé très intelligent d’en faire une chronique radio. Mais la vérité est sans doute plus poisseuse, puisque cette dame est en fait elle-même énergéticienne et coach bien-être. Autrement dit, elle gagne sa vie en exploitant la croyance des gens dans l’existence de moyens « énergétique » de se guérir. Ca s’appelle du charlatanisme et il faudrait que RTL veuille ne pas en être complice.

Je propose à RTL d’essayer quelque chose : programmer une minute d’esprit critique au lieu de faire la promotion d’escrocs abusant de la crédulité d’un public qu’il serait temps de respecter. Eviter de parler de bullshit quantique quand on donne des conseils de bien-être. Vérifier la nature du CV d’un individu avant de le présenter comme un scientifique Russe, ou de lui confier une chronique. Se renseigner sur les éventuelles condamnations pour fraude avant de conseiller des ouvrages. Bref, un minimum de probité, de sérieux, de rationalité. Je suis intiment convaincu que la majorité des membres de a réaction de RTL sont d’accord avec moi. Mais, pardonnez ma nature zététque : j’aimerais des preuves.

Tronche en Live #101 – Enregistré le 26 mai 2021 à l’Espace Fondation EDF.

Invités : Laurent BIGOT – Virginie SASSOON – Filipe VILAS-BOAS

Editorial

Nous vivons une époque formidable où le numérique a fait tomber les murs qui nous séparent des connaissances, des œuvres d’arts, et même les uns des autres. Nous avons accès à plus de choses que nous ne pouvons en contempler, à plus d’informations que nous ne pouvons en consommer, à plus d’idées que nous ne pouvons en penser, mais aussi à plus d’escroqueries et de manipulations que nous ne pouvons le soupçonner.

C’est dans ce contexte que les fake news sont devenues une inquiétude, et peut-être une menace pour les démocraties. Une fake news, qu’en français on nous propose d’appeler une infox, ce n’est pas simplement une fausse information, c’est une information fausse ou délibérément biaisée construite, rédigée dans le but de tromper. L’intention est de favoriser un parti politique, d’entacher la réputation d‘un concurrent ou d’une personnalité qu’on déteste, ou encore de nier des conclusions scientifiques. Des dizaines d‘exemples vous viennent à l’esprit sans qu’il soit besoin de les nommer.

Le succès des infox dépend de leur capacité à devenir virales, à susciter les émotions qui nous amènent à les partager, à croire leur contenu, à en chercher davantage. Leur influence réelle est difficile à évaluer, mais retenons que nous, humains, avons tendance à surestimer la crédulité de nos semblables et à sous-estimer la nôtre. Pour chacun d’entre nous ce sont les autres qui posent problème, qui croient n‘importe quoi et partagent des bêtises. Notre autocomplaisance fait partie de l’équation et conduit des gens par ailleurs intelligents à se mettre parfois au service d’informations vérolées.

En d’autres termes, nous sommes tous susceptibles de devenir, de temps en temps, les complices de la désinformation, ce qui signifie sans doute que chercher des coupables à punir est une stratégie un peu courte qui risque surtout de nous dresser les uns contre les autres.

Rien dans l’histoire de la lignée humaine n’a préparé les membres de notre espèce à se retrouver plusieurs heures par jour, tout seuls, devant un écran où se déversent des informations en concurrence les unes avec les autres pour capter notre attention, coloniser notre mémoire, téléguider nos envies, parasiter nos valeurs. Nous sommes perfusés en permanence d’injonctions, de rappels, de stimulations, de modèles, de désir, de dégoût, d’histoires ironiques, édifiantes, révoltantes dont nous devenons les vecteurs. Il n’y a pas de fake news sans quelqu’un pour les colporter.

C’est peut-être cela l’ingrédient explosif de notre époque formidable : la solitude dans laquelle nous ingérons plus que nous ne sommes capables de digérer. En tout cas je vais poser la question à nos trois invités ce soir, en direct de l’exposition « FAKE NEWS Art, fiction, mensonge » organisée par la Fondation Groupe EDF dans son espace culturel.

Notre rapport à l’information, à la manière dont elle est fabriquée, diffusée, contredite ou confirmée, discutable ou certaine est ici questionné par le travail de divers artistes. Et nous verrons en quoi l’art peut s’avérer utile pour prendre conscience des dimensions cachées de notre consommation effrénée d’informations.

Bienvenue dans le numéro 101 de La Tronche en Live.

Centième émission enregistrée le 12 mai 2021 avec 4 invités surprises (voir les liens en fin d’article).

Editorial

Ça va peut-être vous surprendre, surtout si vous connaissez la zététique seulement de loin, en surface, à travers ce qu’on en dit ça et là : l’exercice du scepticisme m’a rendu plus tolérant, plus indulgent envers mes congénères humains. Et cela parce que je réalise de plus en plus qu’on est tous à peu près incapables de comprendre quoi que ce soit à ce qu’est la vie, y compris les wannabe coachs et gourous qui thésaurisent pourtant sur des prétentions contraires.

On démarre notre existence au milieu d’inconnus qui parlent une langue qu’on est obligés d’apprendre sans le moindre dictionnaire, qui nous donnent un nom qu’on ne choisit pas et qui nous traitent comme si c’était parfaitement normal et justifié.

On doit intégrer des codes sociaux parfois absurdes, des traditions dont les anciens font mine de connaitre la logique, des tabous sur lesquels la moindre réflexion est sanctionnée, des croyances plus ou moins confortables dont on a un mal de chien à se défaire… Bon an, mal an on réussit  par miracle à devenir amis avec des gens tout aussi paumés que nous et à maintenir des relations pacifiques, voire de qualité avec des organismes qui peuplent notre quotidien. Nous subissons les effets parfaitement scandaleux d’hormones que nous n’avons pas demandées, nous passons malgré nous un temps considérable à nous inquiéter de ce que les autres pensent de nous sans jamais avoir les moyens de déterminer ce qui est vrai.

À un moment donné, on nous demande d’infliger ça à d’autres personnes : il faut faire des enfants. Et alors là c’est pire que jamais, on n’a aucune idée de ce qui va se passer, de ce qui va tourner mal ou bien, et on doit essayer de rendre ces petits êtres autonomes dans un monde où les humains font semblant d’avoir compris comment ça marche tout en s’empressant de croire ceux qui leur donnent l’impression d’en savoir un peu plus qu’eux.

On tombe malade, parfois parce qu’on avale n’importe quoi, mais parfois juste la faute à pas de chance. On vieillit. À la fin on meurt. Pour toujours. Nous aurons duré quelques milliers de jour après 13 milliards d’années d’absence et avant une éternité de néant. (Jusqu’à preuve du contraire)

Reconnaissons que tout cela est insatisfaisant. Il me semble normal et légitime —il est même peut-être sain— de se rebiffer à l’idée qu’on puisse se résumer à si peu de chose.

Les sceptiques que nous sommes n’ont pas accès au réconfort des grands histoires consolatrices : les religions, le surnaturel permettent de s’imaginer exister au-delà de notre vie précaire, momentanée et occupée en bonne partie par un processus de dégradation. Cela ne veut pas dire qu’on doive accepter que tout ça n’a aucun sens !

Il faut se méfier de la dichotomie à la truelle scandée par certains défenseurs du paranormal : ou bien croire à la transcendance ou bien croire au Hasard, à l’Absurdité, au Néant. Pardon, mais c’est plus subtil.  Nous ne sommes pas obligés d’avoir les mêmes réponses à nos questions existentielles pour donner du sens à nos existences, un sens réel, un sens opérant puisqu’il nous accompagne tant que nous sommes là. Nous ne sommes même pas obligés d’avoir des réponses pour que nos questions elles-mêmes proposent du sens.

J’en veux pour preuve ces quelques alternatives auxquelles je vous invite à réfléchir.

  • Ou bien la vie continue après la mort… Et c’est stupéfiant ! Ou bien la vie s’arrête définitivement quand le corps cesse de fonctionner… Et c’est stupéfiant.
  • Ou bien l’univers existe pour une raison, en prévision d’un projet, et c’est renversant ! Où bien toute cette immensité n’est que le résultat d’une succession d’interactions de particules livrées à elles-mêmes. Et c’est renversant !
  • Ou bien il existe d’autres civilisations dans l’Univers, et c’est prodigieux ! Ou bien nous sommes seuls dans l’Univers… et c’est prodigieux !

Même sans réponse, même sans hypothèse imprudente reposant sur nos ignorances, nous sommes en mesure de nous émerveiller du simple fait d’être en mesure de nous émerveiller. Notre émerveillement ne vaut pas mieux que celui du voisin juste parce que c’est le nôtre, et le sien a une valeur en soi que le scepticisme ne consiste pas à nier, à railler, à rabaisser.

Ceux qui affirment détenir une vérité qu’ils veulent  imposer ou partager avec les autres méritent qu’on soulève devant eux les doutes que leur parole nous inspire, mais personne n’a pour mission de sonder les consciences et d’y faire le ménage.

Je pense que l’indulgence envers les humains, envers soi-même, est une bonne manière d’occuper son temps sur Terre. Et la pensée critique peut aider.

Pratiquer le scepticisme, ça ne consiste pas à salir les croyances des autres, à harceler les croyants, à interférer avec leur liberté de conscience, mais à réaliser que nous valons presque tous mieux que les idées qui occupent notre tête, et qu’en en prenant conscience on peut plus facilement se débarrasser des mauvaises et cultiver les bonnes. Le chantier numéro 1 du sceptique, c’est son propre esprit. Nous sommes tous en travaux.

Ayant compris cela, je m’efforce d’agir en conséquence et d’être un meilleur ambassadeur du scepticisme. Cela veut dire ne pas se jeter à brûle-pourpoint sur tous les énoncés qui passent, ne pas s’indigner par réflexe de toutes les idées dérangeantes, mais se demander si la parole que l’on veut émettre est judicieuse, pertinente et a une chance de produire un effet désirable. Nos ressources étant limitées, chaque minute gaspillée à polémiquer sur un sujet où nous n’avons aucune chance de faire évoluer les choses est une opportunité perdue d’œuvrer à obtenir les changements que nous voulons voir dans le monde.

Facile à dire, je sais. J’ai gaspillé moi-même bien des minutes, et mêmes heures. Et je risque de récidiver. Mais l’indulgence dont je parle s’étend à mon cas particulier. Puisque je ne vaux pas mieux que les autres, j’ai le droit de me pardonner et de continuer à m’accorder de la valeur quand bien même j’échoue à être véritablement à la hauteur de mes principes. Il faut éviter la complaisance envers soi-même et ceux qui partagent nos idées, bien sûr mais il faut aussi, je le crois, se méfier de l’aspiration à incarner le scepticisme. Le vrai.

Je pense et je voudrais qu’on en discute ce soir, qu’il est possible d’être un sceptique, un zététicien un militant du rationalisme et de la méthode scientifique tout en ayant une vie sympa, tout en étant pas un sale con insupportable tout juste bon à blesser ceux qui croient un peu trop fort des choses un peu trop discutables.

On ne va pas se focaliser sur l’incessant débat de la bienveillance versus l’attaque frontale des croyances nocives, sur l‘efficience de notre action, mais plutôt sur la manière que nous avons de le vivre. Cette émission s’adresse donc tout particulièrement aux sceptiques, mais elle peut permettre aux autres de nous connaître un peu mieux, de nous comprendre et peut-être de constater que nous n’avons pas vocation à être leurs ennemis.

Dans cette centième édition de La Tronche en Live, nous allons parler de ce qui nous motive à prendre la parole en tant que sceptiques, à produire des contenus, à défendre des positions, des principes, une démarche, alors qu’on aurait peut-être des existences plus simples si on ne faisait rien de tout ça.

Nous recevons 4 invités mystères, membres de la communauté sceptiques pour échanger avec eux sur ce qu’on fait là. C’est quoi le sens de la vie en zététique ?

Les chaînes des invités

Skeptics in the Pub Paris https://www.youtube.com/channel/UCBY3RIZLexjFTBcF6OXTGbA

Fantine et hippocrate https://www.youtube.com/channel/UChMJpy_RQel1FlxYDZQvO1g

Projet Utopia https://www.youtube.com/results?search_query=projet+Utopia

La Mal Biaisée https://www.youtube.com/channel/UCY2w3Jdy5e65LZUepePht0g

La Tronche en Live #99

Enregistrée le 14 avril 2021.

Invités : Gabriel GALICE (GIPRI) Quentin CENSIER (chaine Sur le Champ)

Editorial

Un monde où chacun vivrait en paix et en harmonie, voilà ce que les candidates aux concours de beauté désirent, ce qui est finalement assez consensuel. On pourrait même dire que la paix ne fait pas débat. Sauf que rien ne serait plus faux.

Il faudrait commencer par nous mettre d’accord sur ce qu’est la paix. En France, en particulier, malgré la « guerre contre le covid » le pays est en paix, et pourtant il déploie ses armées à travers le monde. La France est constamment en guerre, et les français ne le voient pas. Est-ce curieux, est-ce anormal, est-ce illégal ?

Il faudrait ensuite savoir si la guerre économique est compatible avec la paix, si la diplomatie est toujours pacifique, et je vais évidemment, comme tout le monde, citer Carl von Clausewitz : « La guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. »

Dès lors, est-ce que la politique c’est la guerre ? Est-ce que tous les coups sont permis ?

Et maintenant je cite Rudyard Kipling « La première victime d’une guerre, c’est toujours la vérité », et cela sera le cœur de notre discussion : comment savoir qu’on sait de quoi l’on parle quand on parle de la guerre ou de la paix ?

Existe-t-il des disciplines scientifiques, des expertises spécialisées dans la description des mécanismes qui conduisent les conflits vers la violence armée, ou au contraire qui peuvent établir les scénarios à suivre pour la désescalade et la coopération ? En d’autres termes y a-t-il un moyen de tester la fiabilité des travaux qui sont produits en polémologie (l’étude de la guetre) et en irénolgie (l’étude de la paix)

Nous n’avons qu’une heure pour tenter d’évacuer un maximum de flou autour de ces questions. Nous allons évidemment échouer à tout expliquer, à tout comprendre, mais j’espère que nous aurons les idées plus claires après avoir entendu sur le sujet

Quentin Censier, polytechnicien, animateur de la chaîne « Sur la champ » qui s’intéresse à « La tactique et la stratégie militaires ».

Gabriel Galice, Economiste et politologue, Président du GIPRI (Geneva International Peace Research Institute).

Références bibliographiques de Gabriel Galice

  1. Baud (Jacques), Gouverner par les Fake-News – Conflits internationaux : 30 ans d’infox utilisées par les pays occidentaux, Max Milo, 2020
    La guerre de l’information est au cœur des conflits, amplifiée par les nouvelles technologies de contrôle de l’opinion. Ancien colonel de l’armée suisse affecté au renseignement, Baud, en dépit d’une élucubration autoréférencée de Wikipédia, ne saurait décemment être traité de « complotiste ». Ce professionnel aguerri cite ses sources et se montre catésien au possible, quitte à déplaire.
  2. Benasayag (Miguel) et del Rey (Angélique), Eloge du Conflit, La Découverte, 2007.
    Une phrase explique qu’un institut de recherches pour la paix comme le GIPRI s’intéresse à ce travail : « Critiquer la guerre à partir de positions objectives et non idéalistes. Voilà ce que nous devons tenter si nous voulons l’appréhender comme l’une des formes multiples et contradictoires du conflit, plutôt que comme pur affrontement. » (p.56)
  3. Brauman (Rony), Guerres humanitaires ? Mensonges et INTOX, textuel, 2018
    L’ancien Président de Médecins Sans Frontières se démarque des « French Doctors » adeptes du prétendu « droit d’ingérence ». Il revient sur les fausses raisons invoquées pour entreprendre des « guerres justes ». « Il n’y a pas de guerre juste, il n’y a que de faux prophètes. »
  4. Galtung (Johan), Peace by Peaceful Means, PRIO – SAGE, 1996
    Ancien mathématicien devenu fondateur du PRIO (Oslo) et de l’irénologie européenne, Galtung, citoyen norvégien né en 1930, est le « Clausewitz de la paix ». Ses contributions majeures sont la mise en lumière des violence invisibles (structurelle, culturelle), la distinction entre « paix négative » et « paix positive », une vision d’ensemble (économique, politique, culturelle) des alternatives aux modèles actuels de domination. Right Livelihood (prix Nobel alternatif) en 1987.