La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Emission, enregistrée le 23 avril 2024.
Invité : Jacques ROBERT. Professeur émérite de cancérologie (université de Bordeaux), praticien hospitalier honoraire (centre de lutte contre le cancer).

Editorial

Les cancers accompagnent le monde animal depuis avant les dinosaures, ce sont des maladies de la dérégulation des cycles cellulaires qui font oublier à nos cellules qu’elles ont un rôle bien précis à jouer dans l’organisme et ne peuvent pas se la jouer perso. Si vous voulez comprendre le phénomène, je vous conseille la TenL#80 avec Frédéric THOMAS auteur de « L’abominable secret du cancer ».

Les cancers sont des maladies qui font peur et qui sont fréquentes. Nous connaissons tous quelqu’un qui est concerné, et il est parfois bien difficile de savoir comment réagir à sa maladie ou à celle de nos proches. Et si cet aspect là vous semble important, je vous conseille la TenL 118 « Le cancer de la peur » enregistrée à la Cité des Sciences et de l’industrie au milieu de l’exposition « Cancers » avec deux chercheuses et les deux commissaires de l’exposition.

Les cancers nous mettent face aux limites de la médecine, et de la brutalité de nombreux traitements, qu’il s‘agisse de chirurgies invasives ou de thérapies chimiques ou radiologiques incapacitantes. Dans la détresse qui vous accable à ce moment-là, on se raccroche à des discours qui nous inspireraient de la méfiance en d’autres circonstances. Les malades du cancer figurent parmi les premières cibles du marketing des pratiques de soin non conventionnelles, parfois appelées « médecines douces » ou « médecines complémentaires ». Et sur ce sujet notre émission La TenL #102 « Cancers et « médecines alternatives et complémentaires » » avec Le cancérologue Simon SCHRAUB,  pourra vous intéresser.

Ce soir, nous explorons d’autre aspect de ces maladies. Nous commencerons par le pur charlatanisme qui sévit malgré les lois, grâce à certains milieux alternatifs très prosélytes et sans que les plateformes numériques ne fassent grand-chose.

Les médecins, les vrais, les diplômés en poste dans les hôpitaux, ceux envers qui la confraternité doit être absolument respectée sous peine de blâme, il leur arrive aussi de promouvoir des traitements claqués au sol, de prétendre avoir des solutions que la profession refuse de voir et de vriller avec extase en embrassant les médias alternatifs et complotistes.

Et puis au-delà des dérives personnelles, le cancer est confronté à des dérives systémiques, avec des travaux scientifiques peu reproductibles, un charity business entaché de corruption, avec un déficit de confiance envers la manière dont on finance les travaux… Et une formation des soignants qui a longtemps fait l’impasse sur l’empathie et parfois maltraité des malades qui ont préféré aller voir ailleurs.

Nous allons regarder tous ces problèmes en face avec un professeur d’université cancérologue, spécialiste de tout cela et auteur d’un livre sans concession « Impostures en cancérologie » aux éditions H&O.

 

Emission enregistrée le 15 avril 2024. BU Ingénieurs Brabois.

Invités : Gérard Audibert Dr. en médecine, directeur de l’Espace de Réflexion Ethique Grand Est, antenne lorraine. Aurélie Pourrez PhD, chercheuse en information-communication au Centre de Recherche sur les Médiations, CREM (UL).

 

Editorial

 

La théorie de l’évolution, la dérive des continents, le changement climatique d’origine anthropique, voici quelques exemples de consensus scientifiques. On attend de chacun qu’il comprenne qu’il s’agit de « vérités de sciences » (avec des guillemets bien sûr) : des énoncés qu’il n’est plus raisonnable de rejeter. Le consensus est invoqué pour marquer les frontières de l’indiscutable et ne pas perdre un temps infini à réinventer l’eau tiède dans des débats qu’il vaudrait mieux focaliser sur des questions qui se posent réellement et dont les réponses sont bel et bien à découvrir.

Mais tout cela peut avoir un petit gout d’autoritarisme, de verticalité, voire même de dogmatisme. Ainsi donc, il y aurait une sorte de parole infrangible, un évangile devant lequel tous doivent s’incliner ? Et qui l’incarne cette parole, quel docte sage peut tracer à la seule force de son stylo ou de sa voix les limites entre ce qu’il est permis d’investiguer et ce qui doit être cru ? Personne, évidemment.

Le consensus ce n’est pas un texte sacré protégé par un clergé, ce n’est pas une doctrine administrée par des zélateurs, c’est plutôt une sorte d’émulsion collective, une zone d’accalmie dans les débats, un espace pacifié où la formulation des connaissances établies est exposée aux yeux de tous et résiste tranquillement aux assauts des hypothèses alternatives et des expériences nouvelles.

Le problème des métaphores, c’est qu’elles ont beau être jolie, elles sont toujours un peu fausses et ne décrivent pas réellement ce dont elles parlent, alors nous allons nous intéresser aux diverses manières de présenter ces fameux consensus, comment ils s’installent, comment ils se déplacent ou volent en éclats, et surtout comment peut faire le non spécialiste pour savoir si un énoncé s’appuie sur un consensus ou s’en écarte, comment le citoyen peut distinguer une parole qui se donne tous les moyens de mesurer ses prétentions au test de ses hypothèses d’un galimatias pseudo-savant concocté selon les besoins ponctuels du locuteur.

Pour contribuer à éclairer un peu tout le monde, nous allons revenir sur la notion de consensus scientifique, comme nous étions revenus sur celle d’expert lors de l’émission enregistrée à la médiathèque d’ARTEM avec Céline SEGUR et Laurence CORROY.

Et pour cela nous comptons sur nos deux invités

 

Le magazine de l’esprit critique revient, en direct, sur les productions de la sphère sceptique & scientifique et offre des analyses de l’actualité en lien avec les thématiques associées.

 

Partie 1. Confluence

Revue des productions liées à l’esprit critique

 

Partie 2 — En direct de la source « Angoisse, Pédiatrie & Bisou Magique »

 

Editorial

Les parents parfaits savent reconnaître les maladies, distinguer ce qui grave de ce qui est bénin. Ils connaissent des remèdes transmis de génération en génération. Ils sont autonomes ; ils savent tout faire. Ils ont fait médecine, sont spécialisés en pédiatrie, en immunologie ; experts en psychologie de l’enfant, en pédagogie, en développement, en physiologie, et évidemment en nutrition.

Les parents parfaits sont des mamans, c’est relativement consensuel dans la littérature contemporaine. On attend des mamans qu’elles gèrent à peu près tout. Il semblerait que cela évolue un peu, mais on est loin d’un changement de paradigme.

Les parents parfait sont angoissés parce qu’ils baignent dans un monde d’infobésité où la question de la périnatalité et de l’enfance est saturée d’injonctions à faire mieux, à en faire plus, à consulter des praticiens alternatifs qui en savent tellement plus, à être plus pro-actifs, plus efficaces, plus en avance, plus savants, finalement, que les experts.

Quoi qu’ils décident, niveau vaccination, ils trouveront des gens très agressifs pour leur dire qu’ils se trompent et font du mal à leurs petits.  Angoisse.

Et après on s’étonne que les gens fassent moins d’enfant. Et après le président dit à la télévision qu’il faut un réarmement démographique (il aimait déjà dire que la pandémie c’était la guerre).

Peut-être qu’il est possible d’avoir des enfants sans sombrer automatiquement dans la panique absolue de chaque instant. Peut-être pouvons-nous apprendre à construire une confiance dans les métiers de la santé qui font des progrès constant et qui ont fait chuter drastiquement la mortalité infantile en quelques générations.

Pour cela il faut être capable de trier l’information et de ne pas se focaliser sur tous les propos anxiogènes qui vous promettent les pires catastrophes si vous ne devenez pas expert d’une bobologie vendues par des sites internet, des magazines ou des charlatans en freelance.

Le Docteur Winter, alias Toubib sur Internet, a quelques propositions pour vous aider dans son récent livre « le Bisou Magique existe-t-il ? »

Emission enregistrée le 12 mars 2024

Invité Henri BROCH

 

Editorial

Les mouvements sceptiques à travers le monde ont des histoires particulières, locales, attachées aux cultures et aux personnes qui se sont investies dans une réponse aux discours prétendant décrire le réel à l’aide de méthodes disons discutables. Dans la majorité des cas la culture sceptique s’est construite comme un contre-discours s’appuyant sur les sciences pour s’opposer à l’autorité religieuse et à l’obscurantisme dogmatique qui l’accompagne ; en nos contrées où la laïcité est censée être devenue une valeur cardinale depuis longtemps, cette dimension de réponse au pouvoir religieux est sans doute un peu moins présente qu’ailleurs. Mais la mise en avant de la méthode et de la raison s’est toujours opposée aux approches qui recourent au surnaturel pour expliquer ou justifier le fonctionnement du monde.

En France nous avons la zététique parce qu’un certain Henri Broch, qui aime bien les mots, a choisi de dénommer ainsi son enseignement à l’université de Nice et que sa démarche a fait école. Ce succès tient probablement en partie au choix des thématiques abordées pour apprendre à raisonner. Henri Broch s’est en quelque sorte spécialisé dans l’approche scientifique des phénomènes réputés paranormaux : c’est en regardant comment sont présentées et défendues les croyances dans l’astrologie, la télépathie, la télékinésie, la voyance ou les miracles que la zététique d’Henri Broch nous montre comment poser une hypothèse, construire un protocole, explorer les alternatives et, le cas échéant, suspendre son jugement.

Le physicien enseignant-chercheur qu’il est a su donner de sa personne en faisant des démonstrations, par exemple sur la banalité absolue de marcher sur des charbons ardents sans dommage ; et c’est important parce que même s’il m’a convaincu je n’avais pas tellement envie de devoir passer par l’expérience personnelle avec un truc comme ça. Il a récemment publié en tandem avec son ancien thésard Richard Monvoisin un livre revenant sur 50 ans de zététique que je vous recommande chaleureusement.

Ce soir nous allons nous intéresser à un chapitre particulier de l’histoire du rationalisme français, à savoir le « Défi Zététique International ».

Voici le début de l’article Wikipédia qui lui est dédié :

« Le défi zététique international (du grec zêtêin, « chercher ») avait pour objet de mettre en évidence l’existence ou l’inexistence de phénomènes paranormaux. Lancé en 1987, il promettait un prix « pour la preuve d’un phénomène paranormal, quel qu’il soit, devant Henri Broch, Gérard Majax, Jacques Theodor ». Il s’agissait de la version francophone du One Million Dollar Paranormal Challenge de James Randi.

Initialement doté de 500 000 francs, le prix a été porté à 1 000 000 francs en 1992, puis à 200 000 euros en 1999.

À l’époque de sa création en 1986 par le physicien Henri Broch, le service télématique Minitel 36 15 ZET (abréviation de Zététique) avait lancé un véritable défi aux soi-disant détenteurs de pouvoirs paranormaux avec la formule suivante :

« Vous prétendez avoir des pouvoirs : … prouvez-le ! »

Bonsoir Henri Broch.

 

Emission enregistrée le 6 mars 2024

 

Editorial

Le bâton de Saint Joseph, le sang de Saint Janvier, la dent de Sainte Apolline, le manteau de Mohamed, les dents de Bouddha, le linceul de Turin, la sainte couronne, j’ai cité beaucoup de reliques chrétiennes, cela semble être une spécialité dans cette religion. Les reliques ; le mot lui-même signifie « reste » ; sont des objets ou des parties du corps de personnes vénérées que l’on garde avec nous après leur mort et auxquels on attribue un je-ne-sais-quoi de non réductible à la matière qui fait l’objet ou même à son histoire, mais qui relève de la métaphysique, d’une connexion avec un plan d’existence supérieur.

Il y a comme un paradoxe dans la nature des reliques qui fait d’eux des objets, en quelque sorte, anti-spirituels puisqu’ils encapsulent dans une réalité physique intensément mondaine, presque vulgaire, ce qui est censé être un message de l’ordre de la transcendance. À quoi bon, après tout, le corps prétendument imputrescible de certains saint ? À quoi bon conserver (et adorer) le prépuce de Jésus ? (Un Prépuce conservé à Rome mais aussi à Saint-Jacques de Compostelle, à Hildesheim, à Anvers ; à Metz, Besançon, Langres, Fécamp, Chartres, Coulombs, Puy-en-Velay, Conques, Charroux et Vebret… Vous notez qu’on raffole de cette relique-là en France) À quoi bon ces restes qu’on enchâsse dans de jolies boites en or et qu’on exhibe, en procession, dans ces cérémonies solennelles et quand même un peu bizarres.

À quoi bon ? c’est l’une des questions que je vous pose et sur laquelle vous pouvez donner votre avis en prenant la parole.

À ces reliques, on prête, bien sûr, des vertus ; elles protègent, elles bénissent, et elles permettent des guérisons miraculeuses. L’idée de miracle semble n’être jamais très loin de celle de relique. Et en cela ces objets vénérés, d’une manière ou d’une autre, font office de signe et de preuve ou l’action divine. En un sens, c’est parce que Dieu reste caché que les reliques sont importantes ; elles au moins on peut les toucher. En tout cas avec les yeux.

De la plus célèbre, le suaire de Turin, nous parlerons avec Nicolas Sarzeaud, historien médiéviste, notamment parce qu’il est entourée de discours extrêmement fermes sur les démonstrations scientifiques de son authenticité et de sa nature divine car impossible à reproduire par des moyens naturels. Mais peut-être faudrait-il se garder de croire que toutes les reliques sont regardées de la même manière, que la question de leur authenticité a toujours été cruciale, et que les gens des temps anciens étaient d’incultes imbéciles idolâtres tout juste bons à se prosterner devant un ostensoir sans jamais oser douter de ce qu’on leur donnait à admirer.

La distance critique envers ces objets n’est peut-être pas un apanage des modernes. Il y a peut-être même plus de naïveté aujourd’hui à, leur égard chez une partie des croyants.

Voilà en résumé ce que nous allons explorer ensemble, en particulier avec notre invité, Nicolas Sarzeaud.

 

 

Ressources

Magazine de l’esprit critique 2.0. Enregistré le 28 février 2024.

Invité : Florian DUPAS.

 

Partie 1 – Revue des productions de la sphère sceptique

Quoi de neuf depuis le 1er février ?

La chaine de l’ASTEC

 

 

Le Muséum des Pourquois : le plagiat n’est pas une méthode.

Yoran a supprimé le communiqué calamiteux qu’il avait écrit. Il en a publié un deuxième. Et il a censuré le commentaire que j’y ai déposé. Il ne restait plus quasiment que des commentaires qui le soutiennent et considère qu’on lui fait un procès méchant et injuste.

  • 10 février. MrPhi. « Plagiat dans la vulgarisation : bilan sur le cas du « Museum des pourquoi », avec @Trucsdephilo »
    • https://www.youtube.com/watch?v=I_JmB_co1pA&ab_channel=MrPhi-ReplayTwitch
    • Depuis, Yoran a supprimé toutes ses vidéos et a commencé à en faire de nouvelles qui vont reprendre les mêmes sujets. Mais la méthode n’a pas l’air très très différente. Hélas. J’avais conseillé cette chaîne ici même, dans le passé. J’ignorais alors que déjà Yoran avait été contacté par des gens qui lui demandaient de cesser de plagier et qu’il avait déjà promis qu’il le ferait.

 

 

 

 

Sur la chaîne Epique Epochè : deux vidéos de conversation/débat avec des croyants au sujet des conséquences morales de la croyance en Dieu.

 

Que faut-il en penser ?

  • C’est bien, ça critique, ça montre l’ampleur de l’entreprise, ça donne une lecture sur le fonctionnement, le cynisme, le mensonge pur.
  • Mais : donne-t-on la mesure de l’aide que les médias ont apporté à Raël en lui donnant une aura ? (Merci Bouvard, merci Ardisson, Merci Dechavanne… même s’il a le mérite d’avoir permis une dénonciation en direct)
  • La série elle-même en mettant la lumière sur lui peut-elle raviver son influence ?
  • Je ne sais pas ! Mais donnez votre avis en commentaire.

 

 

 

Partie 2 : En direct de la source. Entretien

Editorial

Savoir distinguer qui dit vrai et qui ment, voilà une compétence d’un intérêt universel, bien utile pour savoir si vous pouvez vous fier à un garagiste, pour détecter si votre partenaire envisage de vous quitter sans le dire, pour décider s’il faut voter pour celui-ci plutôt qu’un autre, pour faire tapis au Poker, ou pas. Les situations ne manquent pas, et les enjeux sont en réalité bien plus vastes que ces petits exemples du quotidien…

Si vous mettez au point une technique qui permet de savoir à coup sûr quand un humain est insincère, si vous développez une discipline à laquelle former des milliers de gens pour exceller dans l’art de repérer les petits signaux que chacun laisse échapper malgré lui et qui trahissent sa duplicité, une science qui donne accès directement à ce qui se passe dans la tête des gens, vous serez financé. Vous serez beaucoup financé. Vous allez attirer l’attention très intéressée de gens qui ont des budgets colossaux : les entreprises de sécurité, les aéroports, les états, les services de renseignements. On est là sur un niveau d’implémentation industriel qui peut faire de vous le roi du pétrole et vous rendre célèbre comme celui ou celle qui a craqué le code du corps humain pour hacker la pensée.

Le marché des intelligences artificielles capables de trier en quelque instant qui a le droit d’entrer sur le territoire national et qui sera débouté sur le froncement d’un sourcil, une narine palpitante, un soupir trop long, ou un regard louche, cela pèse des milliards et cela s’entremêle avec des discours électoraux où, souvent, la vérité est accessoire et la science un simple alibi. Les décodeurs du langage corporels ne sont pas simplement des intervenants rigolos de plateau télé, ou des influvoleurs des réseaux sociaux, ils sont infiltrés dans les sphères du pouvoir où l’art du doute est assez peu enseigné et où l’on mise de gros paquets d’argent à, l’instinct, à l’intuition au sentiment de vérité que nous inspire un soi-disant expert.

J’ai une mauvais nouvelle ; quand on teste toutes ces méthodes de traitement du langage corporel, elles font à peine mieux que le hasard. Ça vous surprend peut-être, parce que vous avez souvent entendu le contraire. Il ne faut certainement pas me croire sur parole, mais nous allons en parler avec l’invité du soir, Florian DUPAS, co-auteur de « Êtes-vous capable de me lire ? » aux éditions Book-e-book.

Emission enregistrée le 21 février 2024

Invité : Antoine MARIE.  Docteur en sciences cognitives — Postdoctoral researcher – Department of Political Science- Aarhus University

 

Editorial

 

Poubelle de l’humanité, Twitter désormais nommé ‘X’ est l’espace vicié des hostilités gratuites, des agressions obscènes, des pires harcèlements, et les forums comme ceux de Jeu vidéo point com des cloaques suintant de haine ; Youtube est le grand radicalisateur qui saisit votre main avec son algorithme et vous amène vers les idéologies les plus extrêmes comme une grenouille naïve dans une casserole bientôt bouillante. Bref, Internet est une antichambre des enfers, nous y serions tous plongés dans des mécaniques toxiques et surtout, nouvelles !

L’humanité n’aurait jamais connu une telle accélération de l’extrémisme et des comportements hostiles dans une société fracturée. En cause : l’anonymat sur les réseaux sociaux, les chambres d’échos où nous n’entendons plus d’idées alternatives, les recommandations qui nous font glisser le long d’une pente funeste, et l’instantanéité des échanges qui peuvent s’embraser en quelques clics. Les écrans c’est la mort ; Internet c’est l’horreur ; la haine est partout et d’ailleurs certains d’entre vous ne regardent cette vidéo que pour pouvoir détester ceux qui parlent ou ceux dont on va parler. Ou les deux si vous êtes doué.

Calmons-nous. La théorie du vilain Internet est très tentante. Avouons qu’elle correspond assez bien à ce que l’on perçoit, et qu’elle offre une explication très satisfaisante : nous avons identifié le coupable de ce climat pénible qui nous pèse tant.

Mais les choses ne sont peut-être pas si simples, parce que l’agressivité, la polarisation, ça existait avant le web 2.0 et que des travaux montrent que les internautes les plus agressifs ont un tempérament similaire dans leur vie hors ligne. La polarisation extrême, le tribalisme des humains, en fait ça ne date pas d’hier et ça ne peut pas être le simple résultat d’une révolution technique.

Mais, quand même, il se passe quelque chose. Les rageux, les trolls, les haters que vous croiserez dans la section commentaire ou dans le chat en direct sont des gens qui ne se comportent pas de cette manière quand je les croise (sans le savoir) dans la rue. Sur Internet, on les voit, ils se font remarquer, leurs actions ont plus de poids ; Peut-être parce qu’ils sont plus motivés que les autres à s’exprimer et suscitent par leur attitude plus de réactions, ce qui focalise les discussions et met leur agressivité au premier plan.

Cette agressivité, elle a bien des causes, et des conséquences, et c’est ce que nous allons explorer avec notre invité de ce soir qui est Docteur en sciences cognitives — Chercheur postdoctoral au Département des sciences politiques d’Université d’Aarhus, au Danemark. Bonsoir Antoine MARIE.

 

Emission enregistrée le 1er février 2024

Invité : Jean-Christophe LEGA

Editorial

Largement prescrite dans le monde depuis plus de 70 ans l’hydroxychloroquine est un médicament précieux, elle sauve des vies, elle soigne des gens souffrant, par exemple de maladies auto-immunes. Les patients ne risquent rien quand ils reçoivent ce médicament sous la prescription d’un médecin aux bonnes doses dans les bonnes circonstances, et quand un risque notamment cardiaque apparait, ils sont suivis de près. Evidement l’hydroxychloroquine ne tue pas 10% de ceux à qui on en donne. Vous n’avez entendu cette idée que dans la bouche de Didier Raoult qui accuse ses contradicteurs de raconter des dingueries[1].

Et puis est arrivé la pandémie de covid19, avec sa première vague meurtrière qui a rempli les hôpitaux, les services de réanimation, qui a mis à l’épreuve tout le système de santé et la pression sur les chercheurs afin qu’ils proposent un traitement.

Face à une nouvelle maladie avec des complications multiples et sévères, on ne peut pas affirmer d’emblée que l’on sait de quelle manière une molécule, même bien connue, va agir. Certains ont cru que l’hydroxychloroquine, efficace in vitro allait soigner les gens. 4 ans ont passé.  Et on connait la réponse : hélas non, cette molécule ne soigne pas le covid19. Le bénéfice n’existe pas.

En santé on doit toujours avoir à l’esprit le rapport bénéfice-risque. Quand le bénéfice est à zéro, le risque devient inacceptable. Et une étude publiée récemment a quantifié les conséquences de ce risque avec un chiffre que vous avez vu passer dans les médias :

Lors de la première vague, en 2020, dans 6 pays dont la France environ 17000 morts prématurées liées au covid19 sont dues à l’usage de l’hydroxy­chloroquine. C’est une étude signée par Alexiane PRADELLE, Sabine MAINBOURG, Steeve PROVENCHER, Emmanuel MASSY, Guillaume GRENET, et mon invité de ce soir le professeur Jean-Christophe LEGA.

 

Avant de recevoir mon invité, je signale qu’il est insulté, menacé à l’instigation de l’habituelle bande qui entoure Didier Raoult et le blog complotiste France Soir, et que cela se produit alors même que, il y a qq jours Didier Raoult a publiquement remercié le rappeur Booba après que celui-ci a traité d’assassin le Dr Jérôme Barrière[2], oncologue qui consacre du temps, gratuitement, à informer le public sur la santé sur Twitter mais aussi sur YouTube, il était l’invité du numéro 2 de « Ca Coule de Source » au sujet de la rétraction des études pourries portant sur le covid en septembre 2022.

Je veux vous lire le Communiqué de la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique  SFPT[3] le 24 janvier.

Stop au harcèlement des scientifiques et à la mise en danger de la santé publique

La SFPT dénonce la campagne agressive de dénigrement et de harcèlement dont font l’objet les auteurs d’un article publié dans Biomedicine & Pharmacotherapy (1) visant à estimer le nombre de décès liés à l’utilisation compassionnelle de l’hydroxychloroquine dans la Covid, article faisant suite aux décès induits par l’hydroxychloroquine rapportés en pharmacovigilance et dans les essais cliniques.
Le débat scientifique dans les suites d’une publication reste légitime mais ne peut s’inscrire que dans le cadre d’échanges avec le journal et sous couvert d’une analyse scientifique rigoureuse. Si les réseaux sociaux constituent un moyen de diffusion de l‘information, ils n’ont aucune pertinence dans le cadre des échanges scientifiques notamment lorsque les discussions sont initiées ou entretenues par des auteurs sans compétences scientifiques et médicales évidentes.

Dans ce contexte, la SFPT demande au Ministère de la Santé, au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, au Conseil de l’Ordre des médecins ainsi qu’à l’Université de Lyon 1 et aux Hospices Civils de Lyon de bien vouloir prendre toutes les mesures utiles à la protection des personnes à l’origine de cette publication, une publication effectuée dans le cadre de leur activité de recherche pour le bénéfice de la collectivité nationale.

 

On a le droit d’être en désaccord avec les idées, les arguments et les conclusions les uns des autres, mais on voit trop souvent la même frange s’arroger le droit d’exciter la haine contre des chercheurs et des médecins. Ce n’est pas le jour où un drame sera survenu qu’il sera temps de calmer ceux qui doivent l’être. Je referme cette parenthèse qui n’est pas sans lien avec notre sujet de ce soir, et je reçois le Professeur Jean-Christophe LEGA.

[1] Il le redit à la télévision chinoise https://twitter.com/RenkaBlanche/status/1750275004271341948

[2] https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sante/booba-didier-raoult-les-ressorts-dune-alliance-inattendue-RAPEQGLXHNHLXKVHAMVS72QQ6M/

[3] https://sfpt-fr.org/vie-de-la-sfpt/communiques-sfpt/1953-stop-au-harc%C3%A8lement-des-scientifiques-et-%C3%A0-la-mise-en-danger-de-la-sant%C3%A9-publique

 

Confluence : revue des créations de la sphère sceptique

 

La chaine de l’ASTEC

 

Emission enregistrée le 23 janvier 2024

Invités
  • Adrien FILLON
  • Nathanaël LARIGALDIE

 

Editorial

 

Face à une allégation, à une affirmation concernant le monde, son état, son fonctionnement, nous sommes toujours fondés à interroger celui ou celle qui parle afin de savoir d’où lui vient cette connaissance ou cette conviction. Nous demandons des sources. Cette demande de source formulée par la zététique est un message qui est plutôt bien passé, elle est même caricaturée par ceux que notre travail dérange. C’est bon signe.

Quand nous demandons des sources à celle qui s’extasie du pouvoir de réjuvénation de sa crème quantique à la pierre de Lune ou à celui qui assure que l’uniforme à l’école va régler les problèmes de harcèlement ou à ceux pour qui la théorie du ruissellement démontre qu’il faut moins taxer les riches, ce que nous voulons c’est pouvoir lire un travail qui propose des hypothèse autour des phénomènes en question et mette en place une manière de tester et donc de potentiellement réfuter ces hypothèses. Si de tels travaux existent, ils fournissent de bonnes raisons de croire aux énoncés ; ils constituent des arguments dont on doit tenir compte et qui peuvent emporter notre adhésion.

Mais nous sommes exigeants, il nous faudra plus qu’un article de la revue Nexus, une enquête dans Voici, une fiche de propagande gouvernementale ou un pamphlet d’activiste. Nous avons appris à demander une source qui soit un article de recherche publié dans une revue internationale à comité de lecture. Autrement dit, on accepte d’y croire si c’est passé par le crible de la revue par les pairs du champ disciplinaire concerné. Ce sont les experts qui tranchent pour savoir si une posture est scientifique, si un résultat est valide.

Puisque nous sommes amenés bien souvent à nous confronter à des divagations pseudo-scientifiques voire carrément à du négationnisme scientifique, en zététique, nous avons à cœur de rappeler que le monde de la recherche scientifique, pour imparfait qu’il soit, reste de loin l’entreprise humaine la plus autocritique et auto-correctrice qui existe. Nous défendons comme repère épistémologique permettant d’avoir une conversation collégiale le système en vigueur de publication des travaux scientifiques.

Et là c’est le drame. C’est le drame parce que toute la sincérité de nos efforts pour contrer la désinformation et rappeler les vertus de la science pourrait bien avoir tendance à nous rendre idéalistes. Il ne faudrait pas, chers amis sceptiques, que nous défendions une science presque divinisée avec ses grands principes désincarnés de rigueur, de désintérêt, d’universalisme en oubliant que cet idéal est une idée, un projet tandis que sur le terrain les gens font un peu ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont et se heurtent régulièrement aux aspérités d’une réalité professionnelle où l’exploration du réel se fait sous des contraintes qui ne maximisent pas vraiment nos chances de nous approcher du vrai.

Nous devons prendre soin de ne pas jouer contre notre camp en faisant comme si la Science (avec une majuscule) était un nouvel évangile. L’image de la science en constant progrès, critique d’elle-même, prompte à abandonner les idées réfutées et toujours dirigée par des priorités intellectuelles et épistémiques est certes stimulante, mais ce n’est pas (encore) la science que nous avons. Si nous nous berçons dans l’illusion que la vérité est à portée de main —qu’il suffit d’ouvrir Science ou Nature— alors nous risquons d’abandonner les chercheurs et les chercheuses dans leur combat pour améliorer le fonctionnement d’une institution qui manque encore de la maturité permettant de savoir comment l’efficacité de la science est scientifiquement évaluée.

Et pour aborder cette question nous nous demanderons si la revue par les pairs que je plébiscite moi-même comme beaucoup, est effectivement un système qui a fait les preuves qu’il méritait d’être si âprement défendu. Nous allons pratiquer un peu de Métascience.

Et cela n’est possible que grâce à la présence de deux chercheurs du domaine.

  • Adrien FILLON est docteur en psychologie sociale, chercheur postdoctoral à SInnoPSis, centre de recherche européen sur l’étude et les politiques de science et d’innovation à l’université de Chypre. Sa discipline : les méta-science.
  • Nathanael LARIGALDIE est docteur en neurosciences computationnelles de Durham University et actuellement chercheur postdoctoral en sciences cognitives à la School of Business and Social Sciences d’Aarhus University

Tronche en Live #129

Emission enregistrée le 10 janvier 2024.
Invités : Jack le Fou et Victor Rességuier.

 

Editorial

France, pays laïc, sans religion d’état évidemment, et même réputé pour être sévère avec la spiritualité. Depuis l’étranger nous sommes suspectés d’intolérance envers la scientologie et les autres sectes un tant soit peu connue, qu’ailleurs on reconnait comme des religions. Autrefois fille aînée de l’Eglise par la volonté de ses rois de droit divin, la France est devenue une Terre où progresse l’incroyance, ou plus exactement l’irreligiosité. Le monde politique en est un reflet criant : chez les élus il est plutôt de bon ton de ne pas trop afficher sa croyance, et la métaphysique constitue rarement un argument électoral. À titre de comparaison, le congrès américain ne compte quasiment que de fervents croyants ou des personnes qui jugent qu’elles ont besoin d’être considérées comme telles pour être élues.

En France, donc, nous avons le sentiment que la question est réglée, qu’il serait anachronique de porter une critique des religions puisque la révolution, les bouffeurs du curé, la loi de 1905, tout ça c’est vieux, c’est fini. Quel combat d’arrière-garde ! Il faudrait s’intéresser à des sujets politiquement plus sérieux.

Seulement plus de 50.000 enfants vivent dans des milieux sectaires dans notre pays. La religion y joue souvent un rôle prépondérant. Des millions de citoyens vivent sous l’influence d’une famille ou d’un environnement où la religion pèse du poids de ses jugements, de ses interdits, de ses obligations.

N’est-il pas un peu facile de considérer que les religions ne sont plus un problème quand elles n’affichent plus leurs ambitions politiques tout en continuant d’exercer le pouvoir qu’elles cultivent sur des populations qui sont souvent fragilisées ou traitées de haut ? À certains il semble facile d’oublier les premières victimes des dogmes que sont les personnes à qui on inculque ces dogmes.

Les religions se sont fait la guerre pendant la quasi-totalité de leur histoire mais veulent nous donner des leçons sur ce qu’est la paix. Elles ont inventé le blasphème, le crime par la pensée, pour interdire la critique, et partout où on leur a retiré ce pouvoir, elles pleurnichent ; les athées sont maltraités depuis des siècles dans les territoires où règnent les autorités religieuses, mais les religions se plaignent constamment d’être les vraies victimes d’un monde bien trop intolérant. Elles ont pratiqué la chasse aux sorcières, et les bûchers qui vont avec, les pogroms, la mise à l’index, l’excommunication et n’ont été gênées par l’esclavage que bien après le reste de la société, mais revendiquent le droit d’être des références de la morale et s’invitent dans certains comités d’éthique.

Les religions ont institutionalisé, avalisé au nom du divin l’assujétissement des femmes, leur emprisonnement dans les liens du mariage et l’impunité des hommes qui abusent d’elles ou des enfants, mais elles disent exactement le contraire. Les religions ont toujours prôné l’inégalité entre les bons croyants et les autres, mais cela fait moins recette alors cela n’a jamais existé. À travers le monde la pratique des mutilations génitales, chez les enfants, se fait d’abord au nom de la religion.

L’apostasie est punie de mort dans les textes de l’Islam. On a beaucoup tué pour cette raison ailleurs aussi, et d’ailleurs quand Dieu réclame que vous égorgiez votre enfant en sacrifice, il faut y voir une preuve d’amour. C’est l’amour et la grandeur de Dieu que les terroristes ont à la bouche quand ils massacrent leurs victimes.

Bon ! Calmons-nous.

Tout cela est très à charge, j’en conviens. On pourrait discuter des liens de causalités avérés, apporter des nuances bienvenues à tout ce que je viens de dire. Mais on ne devrait pas immédiatement être choqué ou effrayé quand quelqu’un soulève les points que j’ai évoqué ; et je suis sûr que j’en ai oublié.

Critiquer, même avec excès, les idées religieuses, les textes, les discours, cela devrait être d’une profonde banalité dans une société démocratique garantissant la liberté d’expression. Les critiques et mêmes les moqueries adressées aux intégrismes, aux rituels, aux valeurs arriérées et plus généralement aux croyances des gens qui vivent autour de nous, cela ne devrait pas recevoir pour réponse des coups de kalachnikov, ou l’indignation de gardiens de la bien-pensance ou l’invitation à se taire, à parler d’autre chose, à respecter les croyants.

Et si l’on trouvait plus de respect envers les croyants dans la critique des religions et de l’aliénation qu’elles produisent que dans l’amalgame incessant qui empêche les individus de penser par eux-mêmes et les force à défendre un totem pour avoir le droit d’exister ? Je ne fais que poser la question, comme dirait l’autre et j’ai avec moi ce soir en direct deux invités qui auront certainement des réflexions à ce sujet.

Je précise que dans les émissions La Tronche en Live les invités sont généralement des spécialistes, chercheurs ou chercheuses qui viennent partager leurs connaissances d’un domaine. Ce soir mes invités ne sont pas théologiens ou sociologues des croyances, mais des personnes qui pratiquent la critique de la religion, et qui sont témoins des difficultés particulières de l’exercice. Je suis moi-même critique des croyances surnaturelles et je trouve intéressant de comparer mon approche à celle d’autres personnes ayant une sensibilité et un parcours différents.

Jack le Fou est algérien, il a grandi dans un environnement musulman, il connait très bien l’islam, et il en fait la critique sur Internet où il échange et débat avec des croyants, notamment sur TikTok. Ça n’est pas de tout repos.

Victor Rességuier vient d’un milieu chrétien ; il a longtemps cru au catholicisme et était un fidèle engagé jusqu’à ce qu’il vive une déconversion. De ce fait il est très familier de cette religion et de la culture qui va avec. Il rédige occasionnellement des billets de blog sur le sujet et il a même aidé un certain Acermendax à écrire un film sur les secrets du miracle de Fatima.

Merci à Victor et Jack d’avoir accepté mon invitation.

 

 

Le plan de l’émission (initialement prévu)

  1. Pourquoi critiquer la religion ?
  2. Comment critiquer la religion ?
  3. Autocritique des critiques de la religion.