La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Dans le format La Tronche est à VOUS, l’antenne est ouverte. Vous pouvez nous rejoindre sur Discord et demander la parole.

Ce soir, 16 février 2002, nous allons parler de Dieu. Et de science. Entendez par là que j’aimerais entendre des gens qui défendent l’idée que la science prouve l’existence de Dieu. Ils sont minoritaires mais ils existent, et s’ils sont très loquaces par écrits, on les entend moins souvent. Quelle joie ce serait que quelques-uns viennent ce soir nous expliquer en direct pourquoi ils ont raison.

Je voudrais aussi entendre des internautes sur la thèse du conflit entre science et religion. Il est devenu classique de nos jours de considérer qu’il n’y a pas de conflit parce que les sciences et les religions auraient des domaines de compétences distincts, ce qui empêche les interférences, ce qui garantit la paix, ce qui balaye les vieilles histoire de Galilée et des victimes de l’intolérance religieuse du temps où la théologie était la première de toutes les sciences et ne souffrait aucune contradiction de la philosophie de la nature.

Bien sûr nous pourrons aussi donner la parole à des sceptiques ou des croyants en l’inexistence de Dieu, le principal but de La Tronche est à VOUS est de multiplier les points de vue, les sensibilités, de souligner les nuances, de montrer qu’on a jamais vraiment fini de faire le tour d’une question compliquée.

Au cours de cette émission, il sera donc question de science. Elle sera conjuguée indifféremment au singulier ou au pluriel, évitons la pédanterie. Dans ma bouche, il s’agit de la démarche d’exploration du réel répondant à l’excellente définition de Yves Gingras ici même sur notre chaine (TenL106 « Peut-on encore se fier à la science ?« ) : « Faire de la science, c’est rendre raison des phénomènes par des causes naturelles. »

Une fois cette définition posée, vous comprenez immédiatement que si Dieu est un être surnaturel, on va avoir au moins quelques difficultés à le faire coïncider avec le concept de science.

 

Il sera question de Dieu, et cela ne doit pas être confondu avec la question des religions. Le concept de religion lui-même est hyper discutable, difficile à définir, généralement mal employé (Cf le livre de Daniel Dubuisson « l’invention des religions »). Mais la question de la religion est évidemment connexe, et on pourra si vous le souhaitez aborder le problème de la compatibilité entre adhésion religieuse et littératie scientifique (Cf livre de Benjamin Germann « Les obstacles de la pensée religieuse à l’apprentissage des sciences »).

Je voudrais rappeler que les mouvements rationalistes, sceptiques, de libre pensées se sont construits dans le passé en bonne partie en opposition au dogmatisme religieux, à l’autorité intellectuelle, morale, apodictique des Ecritures, au poids qu’exerçait sur la société un pouvoir qui se revendiquait de droit divin. Le rapport au religieux est donc historiquement l’un des plus importants de l’histoire de la pensée critique. Et pourtant dans le paysage de la zététique ce thème est quasiment absent. On parle bien sûr de paranormal, de plus en plus de pseudosciences, un peu de spiritualité, mais quasiment rien sur Dieu et la religion. Or, je pense qu’on a besoin de faire circuler les idées du scepticisme en ce domaine qui touche de nombreuses personnes et qui partout ou presque n’est traité que par des croyants.

Une citation pour finir cette introduction : Arthur Schopenhauer dans Sur la religion : « On ne peut servir deux maîtres à la fois : donc, ou la raison, ou l’Écriture. S’asseoir entre deux chaises, se nomme « juste milieu ».» Doit-on donner tort à l’auteur de L’art d’avoir toujours raison ?

 

NB : Le 1er mars, ne manquez pas L’entretien avec Olivier Bonnassies, co-auteur de « Dieu, la Science, les preuves »

En réponse à nos deux vidéos démontant sa rhétorique manipulatoire et le trucage de son CV, sans me nommer, peut-être par lâcheté, Idriss Aberkane a répondu par plus de mensonges (sur la nature et la valeur de ses publications et de ses stages) par l’esquive (sur la composition de ses jurys, sur la non reconnaissance d’un de ses doctorats, sur son statut « d’officier de marine ») et par l’injure : nous sommes (je suis ?) des chiens, des escrocs, des putaclics, des déséquilibrés racistes, des intriguants racistes…
Depuis 7 ans je me fais insulter tous les jours, je n’ai jamais porté plainte pour diffamation ; peut-être faudrait-il changer de stratégie (un avocat volontaire dans la salle ?)
Dans sa vidéo du 13 février intitulée « Je BALAYE quelques youtubeurs racistes et putaclic » Idriss Aberkane déclare en substance « Depuis 2014 j’atteste sur l’honneur que je n’ai jamais menti. La preuve que je dis la vérité c’est que personne ne m’attaque en justice pour fausse déclaration sur l’honneur. »
Ma réponse en vidéo :

 

Attestation sur l’honneur ?

  • J’atteste sur l’honneur que monsieur Idriss J Aberkane a truqué son CV, maquillé la vérité, menti sur son parcours et manipulé son auditoire pour passer à la télévision, vendre des livres et faire des conférence à plus de 10k€ qu’il n’aurait jamais été invité à faire s’il n’avait fait miroiter une excellence scientifique qui n’est qu’un mirage.
  • J’atteste sur l’honneur que le H index de monsieur Aberkane, à ce jour strictement égal à zéro, signifie que son apport à la science est totalement négligeable, conformément à un critère défendu haut et fort par Didier Raoult.
  • J’atteste sur l’honneur que le CV d’Idriss Aberkane, truqué, fait rigoler les chercheurs en neurosciences cognitive et que ses prétentions concernant la conjecture de Syracuse font pouffer les mathématiciens de profession.
  • J’atteste sur l’honneur que je trouve pathétique d’être traité de chien, d’escrocs de déséquilibré raciste par monsieur Aberkane qui montre un bien mauvais exemple à des dizaines d’internautes si plein d’autonomie intellectuelle qu’ils viennent réciter cet angélus sur mes pages. Pour ma part, je le redis n’allez ni harceler ni insulter monsieur Aberkane s’il vous plait.

Si les propos de Monsieur Aberkane sur la valeur d’une déclaration sur l’honneur sont exacts, je viens de lui donner les moyens de m’attaquer en justice.

 

J’ajoute, en attestant sur l’honneur que la justice Suisse enquête depuis un an sur des soupçons de gestion déloyale de la part de monsieur Aberkane, telle que dénoncé par ses associés. J’atteste sur l’honneur qu’un comité d’éthique est saisi pour statuer sur une accusation de plagiat concernant l’un de ses trois manuscrit de thèse. Evènement rare. Evénement grave.

 

Mais en fait rassurez-vous l’attestation de monsieur Aberkane n’a aucune valeur, et donc la mienne non plus.  Soit il ne le sait pas et c’est bien bête et présomptueux de sa part de parler sans savoir. Soit il le sait, et il bluffe en comptant sur la bêtise / l’ignorance de son public pour ne pas s’en apercevoir. Je vous ai déjà dit qu’il vous prenait pour des cons.

 

Dans sa réaction aux analyses critiques fournies sur cette chaîne, Monsieur Aberkane se contente de réciter la version 2022 de ses mensonges curriculaires — qui est différente de la version 2016, demandez-vous pourquoi— sans donner aucune source ni répondre dans le détail aux démonstrations de mensonge qu’il a proférés en vidéo, ni sur ses publications prétendument scientifiques, ni sur la composition des jurys de ses thèses, ni sur son absence de post-doctorat. Il ne mentionne jamais mon nom quand il se livre à des injures, c’est prudent de sa part. Et lâche aussi, un peu. Depuis 2016 j’ai écrit des articles et maintenant trois vidéos, dans lesquels je l’accuse nommément de mentir, d’être malhonnête, de ne pas avoir de carrière scientifique contrairement à ce qu’il veut affirmer pour continuer de vendre ses conseils de coach.

Dans cette situation, comment se fait-il qu’il n’attaque pas en justice, depuis 6 ans, lui si prompt à affirmer que c’est ainsi qu’on démontre qu’on a raison ?

Ne faisons pas semblant de ne pas voir qu’il patauge dans la tartufferie, niveau Jérôme Cahuzac.

 

Idriss Aberkane exerce de l’influence. Il ment sur des questions scientifiques et sanitaire. Il porte atteinte à la crédibilité des sciences qui est un bien commun. Il porte atteinte à l’honneur de tous ceux qui osent contredire ses mensonges et prétentions. Ces raisons sont suffisantes pour que je décide de prendre la parole. Ses afficionados vont continuer de m’insulter et de me menacer, mais je veux croire que de la même manière que nous avons réussi il y a quelques années à le mettre hors des circuits des médias mainstream où il adorait se pavaner (et que maintenant il conspue) nous allons réduire l’attrait qu’il exerce sur des gens honnêtes, curieux, qui cherchent juste à penser out of the box et s’engouffrent dans ses récits sans se douter de sa nature de wanabe gourou.

 

Je finirai en répétant que je n’ai jamais mesuré la qualité d’une personne à son parcours académique, contrairement à Monsieur Aberkane. En revanche je considère que le mensonge et la manipulation vont de pair avec une petite, minuscule, humanité qui m’inspire un mépris en proportion inverses.

Chers amis je compte sur votre soutien, sur votre envie de nous aider à démontrer ce qui est vrai et ce qui est faux. Par exemple si vous avez des amis à Stanford ou à Cambridge, peut-être pourront-ils nous aider à savoir quel travail scientifique Idriss Aberkane a produit chez eux. N’hésitez pas à venir m’en parler.

 

Acermendax

 

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Un diplôme n’est pas indispensable pour avoir une parole pertinente. Un doctorat en science n’est pas obligatoire pour tenir un propos valable et intéressant sur un sujet scientifique. Un autodidacte qui sait sourcer ses affirmations peut être plus fiable qu’un chercheur titré mais biaisé. Bref, un CV ne prouve pas grand-chose.

Mais nous devons apprendre à muscler notre vigilance pour reconnaître les petits malins qui revendiquent des titres universitaires, des expertises, une supériorité académique et intellectuelle au nom de laquelle ils rabaissent tous les autres. C’est souvent très mauvais signe. Quand on est un chercheur reconnu dans un domaine, on n’a pas besoin de passer son temps à répéter qu’on est un chercheur reconnu.

Celui qui passe son temps à rappeler qu’il est tellement brillant que ses mots sont forcément dignes de notre attention, de notre temps, est en réalité en train de pirater notre cerveau.

 

1.   L’Essor médiatique

Cette vidéo sur le CV d’Idriss Aberkane existe uniquement parce que ce CV est la pièce maitresse de la communication de ce monsieur depuis le début. Moi, a priori, je m’en fous de son CV, ce n’est pas ça qui nous renseigne sur la véracité de ses propos. Mais eux problèmes se posent :

S’il ment sur son CV, alors on est obligé de revoir la confiance qu’on accorde à tout ce qu’il dit. Comme disent les latins : « Semel mendax, semper mendax » (menteur un jour, menteur toujours)

Deuxième problème : s’il insiste autant sur son CV, s’il en fait l’ingrédient de base du produit Idriss Aberkane™, c’est que c’est effectivement important. Par respect, je propose de prendre cela au sérieux, même si je préfèrerais consacrer mon temps à autre chose.

 

Revenons en 2015. Je découvre Idriss Aberkane dans une courte conférence sur le biomimétisme et je me dis que c’est quelqu’un de très intéressant, qui parle bien et qu’il faudra suivre parce qu’il semble vouloir mettre en avant la science et le formidable gisement de connaissance qu’est le vivant, deux choses qui entrent en résonnance avec mes propres valeurs puisque je travaillais avec l’équipe de la Tronche en Biais depuis presque deux ans.

A cette époque, sur Twitter Idriss Aberkane a 10.000 abonnés, il a pour bannière l’argument de son livre « Traité de neurosagesse pour changer l’école et la société », il se dit Hyperdoctor et polymath et glisse le arobase du journal Le Point qui appartient au milliardaire François Pinault[1] .

  • Hyperdoctor est un mot qu’il a inventé pour dire qu’il est plus docteur que les autres.
  • Polymath est carrément le synonyme de génie.

Petite faute de goût : il n’a pas pensé à ajouter qu’il était modeste. Rien de tout cela ne nous montre que monsieur Aberkane ment. Il peut simplement avoir besoin de se vanter publiquement pour des raisons personnelles. On ne juge pas.

Mais dès ma deuxième rencontre avec sa parole mes alertes zététiques ont frétillé. Je ne sais plus quel était le contexte : une autre conférence, une émission ou un billet. A l’époque on pouvait le croiser partout : à la télévision :  Les Extra-ordinaires sur TFI, E=M6, Le grand journal Canal + ,On n’est pas des pigeons sur France 4 (lol), BFM TV, France 5 la quotidienne, France 2 télématin, mais aussi à la radio : France inter, Europe 1, Atlantico, Radio 702 en Afrique du Sud, etc.

Et à chaque fois on nous rappelle que ce « consultant international » a 3 doctorats (littérature, « neurosciences cognitives », « diplomatie ») serait « professeur d’économie de la connaissance », « professeur à Centrale Supélec, chercheur à Polytechnique, chercheur affilié à Stanford », mais aussi « interne à Cambridge ». Rendez-vous compte qu’il a fondé plusieurs sociétés (formation, jeux vidéo, microcrédit), dirigé « plus d’une vingtaine de thèses de Master » et donné à travers le monde « plus de 160 conférences sur quatre continents ». Cerise sur le gâteau, il est l’auteur d’un livre à succès chez Robert Laffont pour vous aider à libérer votre cerveau. Et il n’a même pas 30 ans.

En somme, chaque passage médiatique se fait sous les lauriers de ses scintillants titres académiques. Il joue de l‘argument d’autorité à fond pour le plus grand plaisir des émissions et journaux qui le croient ou tournent son récit à leur avantage ; comme Le Point qui appartient au milliardaire François Pinault[2]. Sa renommée actuelle, Idriss Aberkane la doit aux médias d’il y a 5 à 7 ans qu’il a su séduire.

Lors de cette deuxième écoute en 2015, je me rends compte que je me suis fait avoir. Je lui ai accordé du crédit, comme beaucoup de gens, comme vous peut-être et je dois réévaluer mon opinion parce que derrière la posture, les phrases stéréotypées et séduisantes, le name dropping impressionnant, la mise en avant de son parcours académique digne d’une Mary Sue[3] de fanfiction, il reste peu de place pour la science, l’analyse et les vraies connaissances. A cette époque la page Wikipédia d’Idriss Aberkane est une véritable tribune publicitaire, à tel point qu’elle sera supprimée le 11 novembre 2015[4]… Monsieur Aberkane avait beaucoup protesté et demandé à ses fans d’aller le défendre sur le site de l’encyclopédie. Cela veut dire qu’il soutenait publiquement la véracité des informations visibles sur cette page. Or, nous verrons qu’il y avait des mensonges.

 

En 2015-2016 pour savoir quoi penser d’Idriss Aberkane, vous aviez sa présence médiatique héroïque, les éloges émotifs des journalistes de plateau impressionné par ses référence … Et la parole inaudible de nombreux chercheurs qui avaient immédiatement repéré l’imposture mais que personne n’écoutait. Les quelques blogs et compte twitter plutôt modestes de chercheurs critiques ont d’ailleurs fait l’objet d’une vengeance d’Idriss Aberkane qui a tenté de les faire censurer en 2018 avec l’aide de son éditeur Robert Laffont.

Exemple de blog : « Les dangers de la poudre aux yeux » par Thibault Charron[5].

 

En somme la presse était unanime en 2016, tout comme elle l’est aujourd’hui. Monsieur Aberkane était un véritable génie alors, il est un manipulateur complotiste maintenant. Si cela vous inspire de la méfiance envers l’avis des médias, je vous comprends. Il va donc falloir travailler un peu. Je vais vous accompagner pendant vos recherches sur la véritable histoire de monsieur Aberkane, sa crédibilité, derrière les manchettes de journaux et les effets de manche sur Youtube.

 

2.   C’est important un CV ?

Un curriculum vitae est un outil professionnel. C’est un document qui permet de voir si vous maîtrisez les codes d’une profession, si vous avez les bonnes références, si vous avez su vous créer du réseau et si votre parcours atteste certains savoirs et compétences. Je ne suis pas capable d’évaluer la qualité d’un CV de pilote de ligne, d’une chirurgienne ou d’un analyste économique. Et il est probable que vous non plus. Je me fie aux gens du métier, ils sont les mieux placés pour lever un loup, poser la question pertinente qui distingue le profil authentique du fake.

Dans le monde de la recherche, par exemple, que je connais mieux que celui des compagnies aériennes ou de la finance, vous ne trouverez pas d’expert renommé ayant validé trois doctorats en trois ans. Ça n’arrive pas, parce que ça n’a aucun sens, parce qu’un doctorat est censé vous occuper à plein temps pendant trois ou quatre ans. C’est un diplôme qui sanctionne un investissement massif de temps, d’énergie, d’attention, de travail pour poser une problématique et effectuer les travaux de recherches qui permettent d’apporter des réponses, de les faire connaître, et de produire de nouvelles questions. À la fin d’un bon doctorat en sciences du vivant — le domaine en dehors duquel mes compétences décroissent rapidement, mais dans lequel je sais reconnaître un champion d’un dilettante— à la fin d’un bon doctorat le docteur a écrit au moins 3 articles de recherche publiés dans des revues à comité de lecture dont au moins un dans une revue dont l’impact factor est dans le premier quartile de son champ de compétence. Les très bons font 7 ou 10 papiers, et ceux qui sont moins chanceux ou ont moins de ressources, n’en ont qu’un. Avec zéro article on n’est pas censé être autorisé à soutenir par une École doctorale, et on ne devient pas docteur.

 

Mais être docteur diplômé, ça n’est pas être chercheur. Pour faire carrière dans la recherche il faut ensuite trouver des emplois à durée déterminés appelé post-doctorats dans des équipes réputées quelque part dans le monde, vous y faire un réseau. Et surtout publier avec ces équipes. Après plusieurs années d’itinérance, si vous avez de la chance, vous pourrez postuler dans une université ou un centre de recherche et être classé premier parmi vingt ou quarante candidats. Devenir chercheur, c’est beau, c’est compliqué, c’est un peu ingrat, c’est en tout cas le métier qu’il faut exercer pour se dire spécialiste en neurosciences cognitives par exemple.

Or, nous allons voir que monsieur Aberkane, depuis le début, n’a pas le profil d‘un chercheur mais celui d‘un coach en développement personnel. Ça n’est grave, je ne suis pas là pour lui reprocher son absence de carrière scientifique. Si je fais cette vidéo c’est parce que monsieur Aberkane exerce de l’influence, désinforme son public comme nous l’avons vu dans la vidéo précédente… Et mythonne comme si sa vie en dépendait. Puisque tant de gens veulent absolument croire à ses sornettes, j’estime utile d’expliquer pourquoi il vaudrait mieux s’en abstenir.

 

Parenthèse : Si le contenu de cette vidéo ne vous plait pas, vous avez le droit de citer ce qui est dit et de nous expliquer en commentaire en quoi ce serait faux ou trompeur, ce serait très utile. Si je me trompe, je veux qu’on me le dise. Mais si votre réaction se limite à dire que je suis jaloux, mal intentionné, méchant, stipendié, lâche, juif, franc-maçon, pédé, macronien (lol) voire même bête… Non seulement je m’en remettrai mais vous vous faites du mal et ne rendez pas service à Monsieur Aberkane qui passe pour un gourou défendu par des ahuris incapables de tenir un discours argumenté. S’il vous plait pour votre bien, argumentez. Fin de parenthèse.

La section commentaire est ouverte, ici comme sur la Tronche en Biais. Ce n’est pas le cas sur la chaine de Didier Raoult. Vos critiques ne sont pas censurées, sauf par YouTube et son algorithme légèrement débile, parce que nous voulons que les gens voient le niveau de la contradiction que vous apportez à nos contenus.

 

3.   Examen du CV

Version 2016 en français : https://web.archive.org/web/20160823165903/http://idrissaberkane.org/index.php/cv/

Le CV en anglais : https://t.co/bpuIA1EGt0

 

Lorsqu’on se trouve face à un curriculum vitae dont le contenu est remis en cause par diverses personnes, la bonne réaction est de se donner les moyens de vérifier l’adéquation entre ce document et les faits tels qu’ils sont vérifiables auprès des sources les plus solides. C’est un peu laborieux, mais nous allons faire ça ensemble, venez.

Je vous laisse le soin de regarder la version 2022 du CV de monsieur Aberkane, nous allons, nous, travailler sur celle de 2015-2016, c’est-à dire celle qui circulait au moment où il s’est fait connaître, et donc le document qui lui a servi de sésame dans les médias.

 

·      Bac mention très bien.

·       « DEUG, Biologie théorique, option Chimie, mention Très Bien.»  Université Paris Sud

Il a fourni des copies de ces diplômes. Rien à dire. C’était certainement un bon élève.

 

·      Entré en Biologie (promotion ENS Bio ’05)

Vrai. Pour être précis, il a été admis à préparer le diplôme de l’ENS sur dossier, non sur concours, ce qu’il ne dit jamais.

 

·      L3, M1, M2, spécialisé en neurosciences cognitives:

Vrai et faux.

Il est vrai qu’il a eu une L3 en biologie, puis un M1 en sciences cognitives (Cogmaster), dans la filière neurosciences cognitives. En revanche il est faux qu’il ait obtenu un M2 de l’ENS, que ce soit en neurosciences cognitives (comme indiqué sur son CV) ou en Systems Biology (comme indiqué sur Linkedin).

Vérification faite auprès du Service des Admissions et des Etudes de l’ENS, Aberkane n’a pas effectué de M2 à l’ENS. Il n’a donc pas de diplôme de master issu de l’ENS. Il n’a pas non plus obtenu le Diplôme de l’ENS. Il ne figure pas sur l’annuaire des anciens élèves de l’ENS, ni sur la liste des anciens élèves du Cogmaster.

Corrigé dès 2016, le CV indique comme M2 le master AIV.  Cette précision a le mérite d’être correcte, si ce n’est qu’elle est toujours placée fallacieusement sous la catégorie Ecole Normale Supérieure, alors qu’il s’agit d’un master de l’université Paris Diderot, qui n’est pas co-habilité par l’ENS. Idriss Aberkane continue donc à revendiquer à tort un diplôme de master de l’ENS.

 

·      Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – Cogmaster, coaccrédité avec l’ENS.

C’est à la fois, vrai, faux et redondant.

Il est vrai qu’il a validé le M1 du Cogmaster, mais il s’agit de la même formation que celle citée sous l’entrée ENS (le master est co-habilité par l’ENS, l’EHESS, et l’université Paris Descartes). Elle n’a donc pas à constituer une ligne supplémentaire sur un CV. Et il reste bien sûr faux qu’il ait validé le M2 et obtenu le diplôme de ce master.

 

·      École Militaire — Préparation Militaire Supérieure – Officier de Marine, spé: Etat-Major, Relations internationales.

Ça en jette. Mais qu’est-ce donc ?

« La PMS Etat-major est destinée aux étudiants et jeunes diplômés de niveau Bac+3 validé minimum. Elle s’articule en 12 conférences dispensées à Paris et réparties sur une année scolaire (12 samedis). La formation est complétée par une formation pratique de 5 jours dans un port militaire. Elle se déroule pendant les vacances de printemps. »

Source : le site La marine recrute[6].

 

En somme cette formation est un stage découverte de deux semaines pour ceux qui souhaiteraient s’engager dans l’armée comme officier ou sous officier. Ce que n’a pas fait monsieur Aberkane.

Monsieur Aberkane appelle ça « Ecole militaire » mais en réalité une école militaire forme des militaires préalablement engagés (de carrière ou sous contrat). L’intitulé est donc impropre, surtout avec la mention « Officier de marine ». Un officier de marine, c’est 5 ans de formation, pas 17 jours. Si Monsieur Aberkane juge important de mentionner cette formation, le bon intitulé est « officier de marine de réserve », il détient bien ce titre-là.

Sans doute que les gens de l’armée qui regardent cette vidéo apprécieront moyennement cette désinvolture.

Nous allons arriver au plat de résistance avec les trois fameux doctorats, mais avant cela une petite mise au point.

 

4.   Oh, ça va, tout le monde le fait !

Démontrer la malhonnêteté d’un CV peut sembler impertinent aux yeux de ceux qui admirent le discours et qui ne voient aucune raison de le remettre en question, même quand se font jour des raisons de douter de l’honnêteté intellectuelle du concerné. Cela signifie que la parole en question est évaluée à l’aune de l’assentiment quelle inspire (y compris à des gens érudits et intelligents) plutôt qu’à celle de la véracité qu’elle peut légitimement revendiquer. En d’autres termes on est un peu trop tentés de raisonner avec nos sentiments, et ça nous conduit à dire des conneries comme :

« Oui, oh tout le monde optimise son CV ».

J’ai lu ça cent fois en défense de Monsieur Aberkane. Eh bien non, tout le monde ne maquille pas son CV pour faire croire qu’on a occupé un poste imaginaire. Celui qui ment sur ses compétences cherche à prendre la place de plus compétent que lui, à attirer une attention qu’il ne mérite pas. Il y a sans doute des gens très brillants que vous n’avez jamais vu à la télé et que dont n’entendrez jamais les idées à la radio parce qu’Idriss Aberkane a pris toute la place.

Le monde autour de vous est rempli de gens qui ne sont même pas effleurés par l’idée de tricher sur leur CV. Mais si vous trouvez ça normal de pipeauter, je vous en prie dite le bien fort à visage découvert pour que tout le monde puisse vous voir. Et en tirer les conséquences.

 

5.   Les trois doctorats

 

Quelle information Idriss Aberkane nous donne-t-il sur ses trois doctorats ?

·      Docteur en Diplomatie et Noopolitique. Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris (2013).

Si vous voulez plus de détails, un article de fact-checking vous attend sur la Menace théoriste[7].

En résumé le Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris n’est pas habilité à délivrer le doctorat en France. Vous vous y inscrivez, vous payez les frais et vous finissez avec un PhD qu’aucune université ne reconnaîtra mais qui peut faire cool sur une carte de visite.

Pour soutenir une thèse, il faut avoir un jury d’universitaires, des spécialistes de votre discipline qui peuvent attester que votre travail répond aux standards attendus de la communauté scientifique.

Pour ce PhD dont nous ne pouvons lire que le résumé et la couverture et qui n’apparait dans aucune base de données, les membres du jury sont :

  • Un certain professeur Mahmoud M. Musa dont la spécialité n’est pas précisée et qu’on ne retrouve nulle part sur Internet, sur aucune publication scientifique… Sauf s’il est médecin à Detroit[8], mais pour une thèse en diplomatie c’est étrange. Monsieur Musa a par ailleurs figuré parmi la liste des professeurs du CEDS, c’est-à-dire l’établissement privé qui donne le diplôme.
  • Le deuxième membre du jury affiché, Michael J. Strauss, serait professeur de géopolitique et de relations internationales… Au CEDS. Pas de trace de ce monsieur sur Google Scholar. Il semble n’avoir pas produit de travaux scientifiques.
  • Troisième et dernier membre du jury, Paul Bourgine, est directeur de recherches au CNRS. C’est le seul à avoir un statut universitaire clairement établi. En revanche, sa compétence sur le sujet de la thèse paraît moins évidente puisqu’il est biologiste.

Trois membres pour un jury de thèse, c’est peu, a fortiori quand deux sur les trois sont internes à l’institution (la plupart des universités imposent un nombre ou une proportion minimale de membres extérieurs, pour assurer une évaluation un minimum indépendante).

Bref, s’il est probable (au regard des nombreux articles déjà écrits) qu’Aberkane ait pu soumettre le mémoire de 300 pages nécessaire pour soutenir une thèse selon les critères du CEDS, la réalité et la valeur du diplôme de PhD revendiqué sont hautement douteux.

Dans la section commentaire de l’article que j’ai rédigé en 2016 un message de l’Agence Bibliographique de l’Enseignement Supérieur a apporté les informations suivantes :

« Pour information, le site theses.fr est un site ministériel qui recense l’ensemble des thèses de doctorat soutenues en France. Les données de theses.fr se veulent exhaustives, mais sont sous la responsabilité des établissements de soutenance. (…) La page de M. Aberkane signale deux thèses de doctorat : http://theses.fr/183588231, celle de 2014 (http://theses.fr/2014STRAC005) et celle de 2016 (http://www.theses.fr/2016SACLX005). La thèse de 2013 n’est donc pas une thèse de doctorat aux yeux de l’Etat français. Il existe néanmoins d’autres types de thèses, qui n’ont pas valeur de doctorat : thèse d’exercice pour les médecins, thèses de l’Ecole des chartes, thèses de doctorat « canonique » de l’Institut Catholique de Paris, etc. »

·      Docteur en Etudes méditerranéennes et Littérature comparée. Université de Strasbourg (2014).

Exact.

Notons que l’on retrouve Paul Bourgine dans le jury, bien que sa compétence en littérature comparée ne soit pas plus attestée qu’en relations internationales. Le jury a été présidé par Pierre Collet, un professeur en informatique dont la compétence sur ce sujet est tout aussi mystérieuse.

Je n’ai pas trouvé de publication scientifique issue de ce travail doctoral. C’est au minimum alarmant.

 

·      Docteur bidisciplinaire en Neurosciences cognitives et Economie de la connaissance. Ecole Polytechnique Université Paris Saclay (2016).

Un peu comme les Bogdanoff, Idriss Aberkane se prévalait de ce doctorat avant de l’avoir, par exemple dans Ouest France dès 2015[9].

Premier problème, ce doctorat a été défendu dans la discipline « Sciences de gestion », comme l’indique le diplôme que Monsieur Aberkane a mis en ligne sous la pression des contestations. La notion de doctorat bidisciplinaire est donc fantaisiste et le nom des disciplines citées correspond plus à une description par l’auteur du contenu de sa thèse que des disciplines officielles qui n’existent ni l’une ni l’autre au sein de cette école doctorale.

Cette fois Paul Bourgine est co-directeur de la thèse. On retrouve Pierre Collet dans le jury.

 

Il est très étonnant que trois thèses soient soutenues à si peu d’intervalle, ce qui interroge sur la quantité de travail réellement fournie dans ces projets de recherche. Il est étonnant de retrouver un chercheur comme Paul Bourgine dans un jury de thèses n’ayant rien à voir avec son domaine. Il est très étonnant que cela se produise trois fois, et avec le même doctorant.

Mais pire que tout, il existe un critère pour évaluer la qualité d’une thèse, je vous en ai parlé, c’est le nombre de publications. Je ne suis pas en mesure de vous dire si une thèse en « Etudes méditerranéennes et Littérature comparée » est de bonne qualité. Si vous le pouvez alors consultez la thèse que monsieur Aberkane  a soutenu à l’Université de Strasbourg et dites-nous ce qu’il en est. Il n’y a aucune raison non plus que vous vous fiez à mon avis sur le doctorat en sciences de gestion de monsieur Aberkane. Si vous n’êtes pas expert du domaine, vous ne savez pas ce qu’elle vaut. Pour en avoir une idée, il faut s’en référer à ce que dit le monde de la recherche.

Le monde de la recherche exerce un contrôle sur les chercheurs via le système des publications scientifiques. Si vous avez un ou une docteur autour de vous demandez-lui comment ça marche.

Comme je vous l’ai dit plus tôt une thèse de doctorat en science est considérée valable, digne d’être soutenue, et porte d’entrée vers une carrière de chercheur si et seulement si le doctorant a publié au moins un article dans une revue scientifique à comité de lecture. Tous les doctorats ne sont pas de grande qualité, il y a des docteurs médiocres, il y en d’excellents et ce qui les distingue c’est la qualité et la quantité de leurs publications.

Et là les choses sont extrêmement simples. On peut émettre un jugement objectif grâce à ces critères imparfait mais acceptés par tout le monde. Quel est le verdict ? On n’a pas rendu service à Idriss Aberkane en l’autorisant à soutenir trois doctorats pour lesquels il n’a pas publié un seul article scientifique.

On ne trouve aucune trace d’Idriss Aberkane dans les bases de données du monde académique, sur Scholar, science direct, Pubmed ou scopus : il est inexistant pour le monde académique.

Les youtubeurs qui vulgarisent les sciences sans se prétendre plus malins que vous ont pour la plupart réellement publié des articles, c’est-à-dire contribué à produire de la connaissance. Idriss Aberkane n’a jamais produit de connaissance scientifique de sa vie.

 

6.   Trois doctorats pour quoi faire ?

Avoir trois PhD et zéro article scientifique, c’est un exploit, il est peut-être le seul en France à avoir réussi cela, et cela fait de lui, non pas un mauvais chercheur, mais quelqu’un qui n’a strictement aucune chance d’être recruté et de devenir ne serait-ce qu’un mauvais chercheur.

Il se vante d’avoir été interne à Cambridge en 2006 et 2009. Si c’est vrai il s’agit de stage de licence. « Interne » ça veut dire stagiaire. Il a peut-être passé quinze jours sur place, en tout cas il n’a publié aucun travail lors de ces deux passages ; êtes-vous étonné ?

Il se vante d’avoir été « visiting scholar » à l’université de Stanford en 2007. Aucun problème, cela veut juste dire qu’il était un étudiant venu sur place par ses propres moyens auquel on accordait le droit d’utiliser la bibliothèque. Du reste, il n’a pas profité de ce passage pour publier quoi que ce soit. Evidemment.

Mais son grand talent d’auteur est de tourner tout cela dans un document où il met en avant les noms de Stanford et Cambridge avec des termes anglais qui sonnent flou et laissent penser les non scientifiques qu’il y a exercé le métier de chercheur.

On pourrait continuer longtemps et constater que malgré 3 doctorats, Idriss Aberkane se fait remettre à sa place par l’Ecole Polytechnique qui dément le statut de professeur dont il se vante sur son CV, sur LinkedIn et dans les médias.

Malgré trois doctorats, quand il se dit affilié au CNRS, on ne le trouve nulle part dans l’annuaire du Centre qui pourtant comprend même les personnels des universités qui font leur recherche dans un labo où le CNRS est seulement partenaire.

Malgré trois doctorats Centrale Supelec est obligée de démentir officiellement monsieur Aberkane qui se disait enseignant-chercheur chez eux.

Ne me croyez pas sur parole, consultez Wikipédia, vous y trouverez des sources

  

7.   Que dit Wikipédia ?

Article Idriss Aberkane. Section  « Controverse sur son curriculum vitae »

« En octobre 2016, Idriss Aberkane se présente encore comme « consultant International titulaire de trois doctorats ayant donné plus de 160 conférences sur quatre continents, dont cinq TEDx, et créé trois entreprises en France et en Afrique »22. La Une du Point (qui appartient au milliardaire François Pinaut) le présente comme « chercheur à CentraleSupélec et à l’École polytechnique […] également affilié à l’université Stanford et au CNRS », précisant être « enseignant-chercheur à Paris-Saclay via CentraleSupélec »12. Ce CV « hors norme » est généralement mis en avant lors de ses interventions télévisuelles, par exemple dans l’émission Actuality du 12 octobre 2016 où Thomas Thouroude le présente comme « enseignant-chercheur à l’École polytechniquedocteur en neurosciences »12. Le 25 février 2015 il est présenté comme « professeur à Centrale-Supélec, chercheur à Polytechnique » lors de son audition officielle par le Conseil économique, social et environnemental puis de nouveau en séance plénière lors de la restitution de l’avis de ce conseil.

Toutefois, l’existence de ces titres est démentie officiellement par Polytechnique, qui précise qu’il est titulaire d’un doctorat de l’université Paris-Saclay préparé à l’École polytechnique, mais qu’il n’est pas enseignant-chercheur chez eux23. CentraleSupélec indique qu’il travaille chez eux en qualité d’intervenant en mastère spécialisé Stratégie et développement d’affaires internationales, et non d’enseignant-chercheur titulaire24. Le 25 octobre 2016, Le Monde, à la suite de « plusieurs alertes faisant mention d’erreurs » dans la description du parcours d’Idriss Aberkane, publie un article rectifié faisant un premier point sur le sujet, qui précise entre autres qu’Aberkane n’est pas « normalien » comme annoncé précédemment, mais a été prédoctorant à Normale Sup5.

En novembre 2016, c’est au tour d’articles de L’Express, de Marianne, et de Libération de mettre en cause la véracité de ce curriculum vitæ, « dopé » à des fins promotionnelles, confirmant après vérification auprès des divers établissements qu’Idriss Aberkane n’est ni normalien, ni enseignant-chercheur au CNRS ou à Polytechnique. Il a par contre bien été pendant un an chercheur associé (c’est-à-dire bénévole) au Centre de recherche en gestion de l’École polytechnique, lequel est affilié au CNRS12,25.

Par ailleurs, s’il est souvent présenté comme « neuroscientifique », son doctorat porte sur l’« économie de la connaissance » et il s’agit d’un diplôme en « gestion », non en biologie ni en neurosciences.

Des trois doctorats revendiqués par Idriss Aberkane, deux seulement sont recensés sur la base de données françaises sur les thèses (theses.fr) : une thèse de doctorat en Littérature générale et comparée à l’université de Strasbourg, et une autre en sciences de gestion sur l’« économie de la connaissance »O 3. Aucun n’implique la moindre compétence en « neurosciences ». En outre la composition du jury de sa thèse en littérature est sujette à caution, les professeurs présents n’étant pas spécialistes du domaine abordé10.

Par ailleurs, si cet empilement académique peut impressionner, les scientifiques sont plus critiques : Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences, résume par exemple « trois thèses en trois ans, si ça peut époustoufler des animateurs de télévision et des journalistes, c’est en principe quelque chose de complètement rédhibitoire pour un scientifique »21. Il ajoute « De fait, si un chercheur ou un chef de laboratoire voyait la présence de trois thèses sur le CV d’un candidat, dans la plupart des cas il le rejetterait immédiatement, d’autant plus si le candidat, sur toute la durée de ces « doctorats », n’a pas su produire la moindre publication scientifique. « Avoir » trois thèses n’est absolument pas un gage de compétence, bien au contraire, c’est la preuve qu’on a probablement affaire à un touriste académique, quelqu’un qui n’a ni projet, ni discipline, ni à vrai dire aucun sérieux. De plus, un employeur universitaire, constatant que les trois thèses ont été acquises en moins de trois ans, et sachant qu’une véritable thèse demande à peu près 4 ans de travail assidu dans un laboratoire, aurait à se demander si celles-ci ne sont pas, peut-être, des thèses de complaisance »21.

Fin de citation.

 

8.   Finalement, c’est logique

Quand on a tout cela en tête il n’y a vraiment rien d’étonnant à voir monsieur Aberkane tirer à boulet rouge sur le monde académique et sur la revue par les pairs parce qu’il sait que ce qui est le plus dangereux pour lui c’est que son public soit tenté d’écouter les vrais experts, ceux qui publient, qui travaillent, qui sont prudents et font des choses au lieu de fanfaronner ; parce que dans ce monde-là monsieur Aberkane est clairement identifié pour ce qu’il est et qu’il veut pas que vous voyez : une imposture complète, un gâchis monumental, un tricheur qui a fusillé sa potentielle carrière.

Plus récemment, se piquant de mathématiques, monsieur Aberkane a affirmé avoir prouvé la conjecture de Syracuse, un problème mathématique qui résiste aux plus grands esprits depuis les années 1950. Evidemment, vous vous doutez que cette facétie n’est pas prise au sérieux par les chercheurs en mathématiques, mais si vous voulez y croire, sur la seule foi que c’est Idriss Aberkane qui vous le dit, demandez vous jusqu’où il peut se vanter avant que vous commenciez à vous dire que vous avez misé sur un mauvais cheval.

Je n’ai aucune compétence en mathématique. Mais nous avons en France de vrais mathématiciens, et il est bien possible que je revienne bientôt avec un entretien où un professeur d’université va nous expliquer comment il faut s’y prendre pour démontrer au monde qu’on a prouvé la conjecture de Syracuse.

Vous verrez qu’il en va ici comme d’ailleurs : Idriss Aberkane a juste assez de science, et plus qu’il ne faut de culot et d’abattage pour se jouer d’un public qui a baissé sa vigilance.

 

9.   Conclusion

Le message de la zététique ce n’est pas qu’il faut écouter Untel parce qu’il est docteur en science, mais c’est justement se souvenir qu’il n’existe pas de source de vérité absolue et qu’il y a en définitive deux types de gens dans le monde qui peuvent nous manipuler : ceux qui disent des choses qui nous plaisent, que l’on est motivé à croire, qui nous donnent le sentiment d’être spéciaux… et nous-mêmes.

On ne va pas pouvoir se débarrasser de nous-même (même si on peut apprendre sur nos biais et devenir plus réflexif, prudent, vigilants). Mais on peut faire du ménage du côté de ceux qu’on a plaisir à écouter et je vous propose un raccourci efficace : quand on a la preuve qu’un individu ment à répétition par intérêt personnel, alors on n’a aucune raison de lui faire confiance. Si on accepte de se ranger du côté du menteur parce qu’il dit aussi des trucs sympas, on abdique totalement sa liberté de pensée pour devenir un pion dans la main d’un autre.

La section commentaire de la vidéo précédente en offre l’illustration désastreuse : des centaines de gens viennent nous insulter et dire combien Monsieur Aberkane vaut mieux que nous. Ont-ils des arguments ? Donnent-ils des raisons de douter de notre travail ? Non, ils expriment des émotions, le besoin criant de continuer à le croire parce qu’il leur fournit quelque chose qui leur fait du bien. Idriss Aberkane, imposteur de la science, est aussi un dealer de fake news, un cajoleur addictif. Il intoxique des gens qui par ailleurs sont sans doute des citoyens parfaitement respectables, mais viennent quand même vomir des injures sur notre travail. Et, surtout, ne vous méprenez pas. Si Monsieur Aberkane agit comme il le fait c’est parce qu’il en tire profit.

La bonne nouvelle c’est que vous avez le droit d’être intelligent, d’être autonome et exigeant avec les idées que vous acceptez de mettre dans votre tête.

À vous de jouer, soyez gentil dans la section commentaire. Et si vous soutenez financièrement notre association de promotion de la science et de l’esprit critique, un grand merci.

 

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[1] toujours préciser à qui appartient un journal pour dire implicitement que cette information est pertinente et donc suggérer une forme d’influence est une méthode aberkanienne par excellence

[2] Idem

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mary-Sue

[4] https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Idriss_Aberkane&oldid=120388462

[5] https://medium.com/@tibo/idriss-aberkane-ou-le-danger-de-la-poudre-aux-yeux-b4f8b94ce202#.l8qdp5wsw

[6] https://www.lamarinerecrute.fr/metiers-et-formationsvivre-une-premiere-experience/preparations-militaires-et-stages

[7] https://menace-theoriste.fr/idriss-aberkane-fact-checking/

[8] https://health.usnews.com/doctors/mahmoud-musa-2548962

[9] https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/management-idriss-aberkane-29-ans-chercheur-sans-limites-4487066

Idriss Aberkane est crédible parce que c’est un génie. Et c’est un génie parce qu’il faut le croire quand il le dit, vu sa crédibilité. Et quoi de mieux pour défendre sa réputation contre un monde académique qui n’est pas dupe de sa valeur que de voler au secours d’un « renégat » de la science pourfendeur de la méthode, vilipendeur des critiques et semeur de chaos. Dans la défense de Didier Raoult, Idriss Aberkane s’attaque à ceux qui mettent en danger sa petite légende personnelle. Mais admettons-le, il maitrise l’art de l’imposture comme un chef.

 

Tronche de Fake 6.3

Ce texte s’appuie en bonne partie sur le travail d’autres personnes. Notamment l’article de debunk rédigé par Antoine Daoust sur le site Fact and Furious. Je remercie également Judith Kalfa, Ari Kouts, Max Notter, Muriel Leal, Pac Abenakis, pour leur aide dans la collecte d’informations.

 

Le baratineur, l’escrocs, l’aigrefins, le filou, l’intoxicateur lambda a deux chemins devant lui. S’il est peu doué, désagréable, hésitant, sans imagination, il se fait repérer très vite, il reçoit quelques corrections, quelques leçons de la vie qui lui ouvrent les yeux aux avantages de la vertu ou bien il finit ostracisés, dépouillé de toute crédibilité, amers, aigris, condamné à rester dans l’ombre pour pouvoir nuire encore un peu à son prochain. Mais s’il a du charisme, s’il présente bien, s’il s’exprime avec une ferveur en acier trempé et se fait passer pour une personne compétente et bien intentionnée, il n’y a pas de limite au nombre théorique de ses victimes.

Pour être un menteur professionnel, il faut posséder les qualités qui aident votre public à croire que vous êtes tout sauf un menteur.

Nous pouvons trouver des menteurs et des menteuses professionnels dans tous les médias, et dans beaucoup d’autres professions. Ne comptez pas sur la seule zététique pour les épingler tous, pour les débusquer, pour les débunker tous et rétablir l’ordre et la justice dans la galaxie. Chacun agit à son échelle, là où il pense faire œuvre utile, et aujourd’hui nous allons parler de monsieur Idriss Aberkane.

 

Je vais procéder par ordre chronologique.

Monsieur Aberkane s’est rendu célèbre il y a environ six ans avec quelques conférences puis un livre, tous vendus avec l’argument que nous avons affaire à un véritable génie des sciences, bardé de 3 doctorats, inventeur de neuroconcepts, d’une équation de la connaissance, entrepreneur humaniste, un vrai héros de la Start Up nation de Macron.. En 2015, Idriss Aberkane adore Jean-Michel Blanquer, il tweet son admiration pour lui et souhaite le voir devenir ministre. Une fois que c’est fait, la brosse à reluire continue de s’activer, et Monsieur Blanquer renvoie l’ascenseur. Ca n’est pas un problème en soi, il a bien le droit d’avoir des amitiés mais ça cadre mal avec la carte du franc tireur rebelle qui est désormais son atout majeur. Malgré le succès médiatique des années 2015-2016 il y avait tromperie sur la marchandise comme plusieurs chercheurs l’ont signalé dans leurs blogs[1] ou à la presse. J’ai rédigé plusieurs articles qui démontraient l’imposture du curriculum d’Idriss Aberkane, son insistance dans le mensonge, la nullité scientifique de ses interventions et la stratégie de storytelling, l’effet Gourou inverse, qui est au cœur de son succès. Je verrai si j’ai le temps de revenir sur tout cela dans une prochaine vidéo.

Je souligne qu’on n’a pas besoin d’avoir un diplôme pour dire des choses pertinentes, et que je n’ai aucun grief envers les gens qui s’expriment sans doctorat. En revanche je vous invite à trouver suspect celui qui répète ad nauseam qu’il a plus de diplômes que les autres, qui s’appuie sur eux pour établir sa crédibilité, mais qui tire à boulet rouge sur le système universitaire où il n’a pas fait carrière quand celui-ci fait part de ses doutes.

 

Parenthèse pour vous informer que monsieur Aberkane réagit mal aux critiques puisque en 2018, avec son éditeur Robert Laffont il tente de faire censurer plusieurs articles de blogueurs scientifiques hébergés notamment sur les sites de Marianne et de Libération[2]. La censure, ou en tout cas la tentative de censure fait partie des pratiques d’Idriss Aberkane. Ce n’est pas une preuve d’intelligence. Fin de parenthèse.

 

Maquiller son CV tout en s’exhibant sur les plateaux télé ce qui conduit des gens à s’interroger sur votre parcours et à détecter l’imposture, ce n’est pas non plus une preuve d’intelligence. Mettons de côté le pedigree douteux du personnage pour nous intéresser au contenu de ses propos et évaluer la crédibilité —et le niveau d’intelligence— que l’on peut lui accorder.

Tout récemment il a sorti une vidéo qui entend débunker 18 mensonges sur Didier Raoult. Et c’est vraiment très gentil de sa part, parce qu’ainsi on va pouvoir mélanger l’analyse de la parole de monsieur Aberkane avec le rappel des sérieux problèmes que pose Didier Raoult, lequel a semble-t-il trouvé le temps de passer 26 minutes devant la vidéo de monsieur Aberkane puisqu’il l’a postée sur son compte Twitter à 900k abonnés.

Je signale que suite au débunkage par Fact and Furious de cette vidéo, monsieur Aberkane a publié une sorte de droit de réponse sous la forme d’un article sur son blog intitulé « les mensonges du blogueur Daoust » le 24 janvier[3]. Le format est amusant, il a mis un abstract, comme dans un vrai article scientifique, c’est écrit sous LaTeX ; on sent l’homme qui fait comme s’il était en train d’écrire de la science. Et il insiste encore et toujours sans que personne ne lui ait rien demandé sur ses trois PhD, c’est à dire ses diplômes de docteur. Je me suis laissé dire que le monde académique avait décidé de regarder sérieusement ces trois fameux diplômes. Il est bien possible qu’on en reparle prochainement.

Moi tout ce que j’ai au mur c’est un diplôme de sacheur, dont je suis très fier. Je n’exhibe pas mon doctorat sur ma bio, alors que (ça reste entre nous) j’ai un indice H plus grand que celui de monsieur Aberkane. On reparlera de l’indice H tout à l’heure.

 

Nous allons regarder ensemble des extraits de la vidéo du 18 janvier. Je vous préviens que j’ai choisi de ne pas traiter tout le contenu de ces 26 minutes. C’est déjà assez pénible. Les points que je ne traite pas trouvent leurs réponses dans l’article d’Antoine Daoust sur Fact and Furious.

Je voulais ajouter une exploration des prises de parole de monsieur Aberkane sur Twitter depuis 2020, mais le script s’avère trop long. Alors nous verrons ça plus tard.

1.  Raoult ne déclare pas ses liens d’intérêt avec Sanofi qui produit l’Hydroxy-chloroquine

Argument de monsieur Aberkane : « Sanofi a bien été partenaire fondateur de l’IHU à la demande du gouvernement mais Raoult n’a jamais reçu d’argent direct ou indirect du laboratoire comme le confirme la base de données Eurosfordocs »

 

Les conflits d’intérêt, c’est la grande passion de messieurs Raoult et Aberkane. Ils en parlent tout le temps chez les autres. Ces conflits seraient l’explication aux critiques émises contre l’IHU Méditerranée, contre Raoult, contre l’hydroxychloroquine. N’étant pas dans la tête des uns ou des autres, je ne sais pas ce qui les motive. Personne ne peut savoir. C’est pourquoi il existe des règles qui imposent aux auteurs d’un article scientifique de révéler tous les liens d’intérêt qui pourraient potentiellement devenir des conflits, c’est à dire des situations entachant la sincérité de leurs conclusions. C’est parce que nous voulons croire les scientifiques que nous avons besoin de cette transparence.

 

Il faut que les journalistes appliquent leurs propres règles et demandent toujours aux personnes qu’ils invitent de déclarer leurs liens d’intérêt. Ils ne le font pas. Presque jamais. C’est anormal, et ça empoisonne la confiance que l’on devrait pouvoir placer dans l’information qui nous est donnée. Là dessus je suis d’accord avec Idriss Aberkane.

En image : la passion des conflits d’intérêt de messieurs Aberkane et Raoult

 

Quand un scientifique, appelons-le Didier, accuse la majorité de la communauté des experts d’être corrompue, on peut s’attendre à ce qu’il prenne un soin méticuleux à être transparent, qu’il soit zélé dans ses déclarations. Montrer l’exemple, c’est la moindre des choses

Le journal scientifique International Journal of Antimicrobial Agents dans lequel les équipes de Didier Raoult ont publié de nombreux papiers sur le covid19 propose un formulaire pour la déclaration des conflits d’intérêt à ses auteurs. Ce formulaire précise qu’il faut indiquer les liens financiers, mais aussi les liens non-financiers tels que les relations professionnelles ou les affiliation.

Dans le livret de l’IHU publié en Novembre 2018, l’entreprise SANOFI apparaît comme partenaire, notamment sur la période 2015-2020 avec l’Unité de Virus émergents (UVE, p.44), ou encore avec l’équipe pathovirome (p.45). Les chercheurs de l’UVE ont d’ailleurs publié ce mois de janvier 2022 un article indiquant l’inefficacité de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. [Sont-ils corrompus ?]

Les partenariats entre Didier Raoult et Sanofi sont nombreux même s’ils sont anciens, remontant même à l’époque où il dirigeait l’infectiopôle Sud avec notamment un projet sur le Chikungunya en 2008. L’éditeur du journal, Jean-Marc Rolain, également auteur de l’article, a été référent Sanofi en 2010. L’entreprise apparaît comme partenaire dans des courriers en 2016. Elle est toujours présentée comme partenaire sur le site officiel de l’IHU dans la version anglaise, alors que la version française indique une fin de convention en 2015 depuis une mise à jour postérieure à la parution de la tribune de Stéphane Foucart dans Le Monde. [Source : 4]

 

Je précise qu’aujourd’hui, fin janvier 2022, personne n’accuse Didier Raoult d’avoir truqué ses résultats pour plaire à Sanofi. Les trucages suspectés, parce qu’on en est là aujourd’hui, suite à des témoignages internes de l’IHU méditerranée dont nous reparlerons… Les trucages s’ils existent, sont plutôt là parce qu’il fallait plaire à Didier Raoult, à son sentiment d’être génial, number one, d’avoir raison avant tout le monde. Les conflits d’intérêt n’expliquent pas tout.

Que peut-on dire sur ce point ? :

  1. Didier Raoult aurait du indiquer les liens d’intérêt que lui et l’un des co-auteurs ont avec Sanofi. Parce que c’est la règle.
  2. Idriss Aberkane n’a aucun problème avec les conflits d’intérêt quand Didier Raoult est concerné. Il ne veut pas qu’on en parle.

J’aimerais que monsieur Aberkane se mette d’accord avec lui-même : soit les conflits d’intérêts sont un problème majeur, LE critère qui permet de savoir qui est fiable, et il faut donc appliquer des règles strictes… soit on ne se contente pas de crier conflit d’intérêts pour disqualifier la parole adverse. Il faut faire un choix.

 

2.  La première étude conduite par Raoult sur l’hydroxychloroquine n’avait pas de groupe contrôle

Aberkane —  « La première étude de l’équipe Raoult sur l’hydroxychloroquine n’avait pas de groupe contrôle, (…) un  mensonge repris en cœur par toutes les sectes no fake med. Mais réfutation : l’étude avait bien un groupe témoin à l’hôpital de Nice. Il n’était pas en double aveugle, rien de lus. Il aurait été immoral bien entendu d’administrer de l’eau sucrée ou n’importe quel autre placebo à des patients juste pour voir s’ils survivent quand même. C’eut été un parjure direct aussi au serment d’Hippocrate. et contre la déontologie des essais médicaux. Entendez concrètement : les terroristes intellectuels en veulent à Raoult de ne pas être tombé dans ce piège. Parce que s’il avait fait son étude en double aveugle  là ils auraient pu l’abattre justement pour avoir donné des placebo à des patients à risque. »

C’est fascinant ce qu’il se passe. Monsieur Aberkane construit un narratif où tout ce qui serait reproché à Didier Raoult c’est de ne pas avoir fait un test en double aveugle. En réalité, c’est la faible qualité du groupe témoin, soigné dans un autre lieu par d’autres équipes dans un autre contexte qui a soulevé des critiques. Une expérience bien faite isole toujours le paramètre qu’elle veut tester, c’est fondamental.

Cette séquence est très intéressante parce qu’elle ne peut s’expliquer que par la stupidité de monsieur Aberkane (je ne vais quand même l’accuser de mentir délibérément). Quand on écoute monsieur Aberkane, on dirait bien qu’il ne sait pas ce qu’est un groupe témoin. On peut lui pardonner, il n’a jamais écrit aucun article scientifique. Mais il devrait être prudent et ne pas répandre son ignorance sur tout le monde. Quand on teste un traitement, on n’est pas obligé d’avoir un groupe placebo à qui on ne donne rien à part de l’eau sucré. Quand on teste une molécule, on la compare aux effets du meilleur traitement disponible par ailleurs, on ne laisse évidemment pas 50% des gens mourir du cancer quand on teste de nouvelles chimiothérapies, même en double aveugle. C’est évident.

Monsieur Aberkane peut ânonne toutes les inepties du monde, il demeure que le 3 avril 2020[5] la société savante propriétaire du journal où a été publiée cette première étude de Raout sur l’hydroxychloroquine, la société internationale de chimiothérapie antimicrobienne,  déclare que cet article ne correspond pas à ses standards, en particulier pour ce qui concerne l’explication des critères d’inclusion et de triage des patients qui destinés à assurer leur sécurité. En d’autres termes c’est de la mauvaise science, c’est acté depuis avril 2020. Or nous sommes en 2022, et figurez-vous qu’on peut se montrer encore plus critique. Et on le verra juste après…

 

3.  Raoult a exclu les morts de sa première étude pour tricher

Idriss Aberkane affirme que l’étude Gautret et al. s’intéressait uniquement au portage viral après traitement à l’hydroxychloroquine, afin d’étudier la contagiosité des patients. Selon lui la question de la mortalité était hors sujet, et cela justifierait la manière dont elle a été menée.

Dès mars 2020, juste après la publication de Gautret et al. beaucoup de chercheurs ont souligné la faible qualité de la publication sur la foi de laquelle Didier Raoult voulait affirmer qu’il avait trouvé le premier remède. Quelles étaient ces critiques ?

  • L’étude porte sur seulement 36 malades. C’est peu. Un correctif publié en janvier 2021 annonce qu’en réalité ils étaient 42[6].
  • Les bonnes pratiques exigent de n’inclure dans un essai que les patients qui ont accepté de prendre le traitement même s’ils finissent dans le groupe témoin. Ce n’est pas ce qui a été fait.
  • Ont été écartés du groupe traité par HCQ des patients avec des problèmes cardiaques, un électrocardiogramme anormal, de la dyskaliémie ou qui suivaient déjà un traitement médical contre-indiqué. A-t-on pris soin de faire la même chose avec le groupe témoin ? On ne sait pas, on doit donc supposer que… Non.
  • Sur les 26 patients traités avec le protocole marseillais dans la première version de l’article, 3 partent en soins intensifs et quittent donc le protocole, un meurt, un autre quitte l’hôpital et un dernier cesse le traitement pour cause de nausée. L’élimination pure et simple de ces patients dont 4 vivent une aggravation de leur état est évidemment de nature à améliorer artificiellement le résultat du groupe traité[7].
  • Dans le correctif de 2021 on apprend qu’il y avait un deuxième mort dans le groupe traité.
  • Les données sur les patients exclus ne figurent nulle part dans l’étude.
  • Le critère pour évaluer si le patient est porteur du virus est la charge virale dans les écouvillons, mais l’étude ne mentionne pas la valeur de leur charge virale initiale, ni leur état clinique en début d’essai.
  • L’étude est publiée dans un journal dont l’éditeur en chef travaille pour Didier Raoult, cela est un conflit d’intérêt. Les bonnes pratiques en science demandent à éviter ce genre de situation. Des dizaines d’autres journaux auraient pu être choisi pour publier ces travaux.
  • Enfin le portage viral au jour 6 (et pas un autre) choisi comme critère d’efficacité est jugé suboptimal par la communauté scientifique car ce n’est pas un critère clinique, il ne nous dit rien de l’état du patient. Par exemple l’un des patients était négatif au jour 6 (donc « guéri ») mais positif au jour 9 (donc « pas guéri »).

 

Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour dire que les conclusions de cette étude ne valent rien. Sauf ceux qui travaillent chez Raoult ou qui font profession de plaire à la cohue confusionnée par l’intoxication de la complosphère.

 

Aberkane — « Les travaux ultérieurs ont bien démontré que la chloroquine réduisait la probabilité de mourir. En effet. »

Et là on pourrait s’attendre à des sources si on avait affaire à quelqu’un de compétent et honnête. Mais rien.

Faisons nos propres recherches ! Regardons ensemble sur Scholar les résultats d’une recherche avec les mots « covid hydroxychloroquine meta-analysis » où nous constatons que  TOUTES ces méta analyses concluent que ce traitement n’apporte aucun bénéfice au malade. La plupart soulignent même qu’il cause au contraire une augmentation de la mortalité. Cela veut dire que Didier Raoult s’est planté, ce qui est beaucoup beaucoup moins grave que ce qu’il a fait après : refuser d’admettre qu’il a tort.

Je n’ai aucun intérêt personnel à défendre ou à attaquer l’hydroxychloroquine. Je m’en fous. Mais j’ai un intérêt personnel similaire au vôtre : qu’on arrête d’écouter des nuisibles qui font des millions de vues en disant l’inverse de ce que la littérature scientifique a conclu encore et encore. Parce que ça crée du chaos, et que nous n’en avons pas besoin.

À partir de là, je suis comme vous, je me demande ce qui peut bien pousser Idriss Aberkane a dire autant de conneries. Didier Raoult à la limite, un type absolument certain d’avoir eu l’idée du siècle, grisé par le pouvoir, piégé par sa communication hâtivement triomphante, noyé d’éloge par des séides aux ordres… on peut imaginer, qu’en fin de carrière, dans sa folie des grandeurs il tente le baroud d’honneur seul contre tous, des fois que ça fonctionne et qu’il passe pour un héros. bon. Mais Aberkane ? A-t-il réfléchi plus loin que le buzz immédiat ? Pas sûr. Si on arrête de le prendre pour un type intelligent, d’un seul coup tout ça a beaucoup plus de sens.

 

4.  Raoult a minimisé le danger du COVID, il s’est trompé en parlant de “gripette” qui ferait moins de morts que les accidents de trottinette

Aberkane : « Raoult a toujours déclaré que les prédictions de mortalité étaient impossibles. Quand au mot grippette il ne l’a simplement jamais prononcé. »

Le mot grippette on s’en fout. S’il ne l’a pas prononcé il ne faut pas affirmer qu’il l’a fait, évidemment. Mais Raoult a minimisé la pandémie, tout le monde l’a vu. Même les médias qui ont adoré l’inviter s’en sont rendu compte. Ca ne rime à rien de nous dire le contraire.

Le 31 janvier 2020 il disait « Une certitude, nous ne sommes pas dans le cas d’un ‘super spreader’, ces virus ou un individu a la capacité de contaminer un grand nombre de personnes. (…) Si on fait le compte, depuis 2002 l’anthrax n’a fait aucun mort en France, le Sras un (…) le chikungunya aucun. L’an dernier il y  a eu 5 morts en trottinettes en France, plus que tout cela réuni »[8]. 22 mars 2020. Dans la Provence : « Là, on en est à moins de 500 [morts]. On va voir si on arrive à en tuer 10 000, mais ça m’étonnerait ». Il a affirmé tout seul comme un grand, dans son amphi, sans journaliste pour le piéger que le covid était « l’infection respiratoire la plus facile à soigner de toutes », puis il a nié l’existence d’une deuxième vague, même quand elle était en train de se produire, préférant dire « c’est une autre épidémie ». (Voir  « le grand bêtisier de Didier Raoult »[9] et l’Agence Science presse : « 17 affirmations douteuses de Didier Raoult »[10])

Didier Raoult a passé une bonne partie de son temps, devant une caméra, à nier avoir dit ce qu’il avait dit, plus tôt, devant une caméra. Nous aurions tous gagné du temps à ce qu’il se taise.

On a dépassé le stade où il fallait démontrer que Didier Raoult raconte des salades. On n’en est plus là. Les preuves abondent et ceux qui veulent continuer de croire que c’est lui qui a raison le font pour autre chose que l’amour de la vérité, pour des motivations, je ne sais pas, idéologiques, politiques, psychosociales… qu’on peut respecter mais ne changent rien au fait qu’on ne peut pas passer notre vie à réexpliquer aux réfractaires ce que la science dit et comment elle marche. Je vous renvoie vers l’enquête de médiapart qui est l’un des rares journaux français à en pas appartenir à un milliardaire et qui est me semble-t-il ce qu’on fait de plus indépendant « Didier Raoult : deux ans d’enquête sur une imposture »[11].

 

 

5.  Raoult gonfle son index de publications en publiant dans des revues amies

Aberkane — « Ce sont moins de 8% des articles de Raoult qui sont publiées dans des revues ou siègent des collègues (…). Gingras sait qu’une telle proportion est banale pour n’importe quel chercheur. Le h-index est calculé sur les meilleurs articles, ceux publiés dans les revues les plus prestigieuses comme Science ou Nature, là où aucun copain de Raoult ne siège de toute façon.»

Ce passage est intéressant parce qu’on voit que Monsieur Aberkane ne sait pas comment fonctionne le H-index. C’est peut-être parce que le sien a une valeur strictement égal à zéro. Ce qui fait que d’un point de vue bibliométrique cent pourcents de ceux qui regardent cette vidéo sont au moins aussi scientifique que lui. Avec ou sans doctorat. Il ne sait pas comment ça marche mais vous avez vu qu’il parle malgré tout avec l’air de celui qui survole son sujet. Et c’est ça son talent ; il faut reconnaître les qualité des gens que l’on critique : Monsieur Aberkane est diablement doué pour imiter l’attitude de celui qui sait exactement de quoi il parle.

 Le facteur H (ou h-index) est un indicateur censé mesurer « l’impact citationnel » des travaux d’un chercheur. Il combine la quantité de publications (nombre d’articles) avec le nombre de citations de ces mêmes articles. Cet index peut varier en fonction de la base de données (Web Of Science, Scopus, Google ScholarPublish, ou Perish par exemple). [Fact & Furious]

Il prend en compte aussi bien les citations positives que négatives qui ont lieu dans n’importe quelle revue avec facteur d’impact, et donc pas du tout à partir des seuls articles publiés dans les revues les plus prestigieuses.

Selon The Conversation, dans la base de données Web of Science (WoS), Didier Raoult compte 2053 articles publiés entre 1979 et 2018, ayant reçu un total de 72 847 citations. Son indice h calculé à partir de ces deux données est de 120. On sait cependant que la valeur de l’indice h peut être gonflée artificiellement grâce aux citations faites par un auteur à ses propres articles, ce que l’on appelle des autocitations. Or, le WoS indique que parmi les citations totales attribuées aux articles co-signés par Didier Raoult, 18 145 proviennent d’articles dont il est légalement cosignataire, ce qui équivaut à un taux d’autocitations de 25 %. En ignorant ces autocitations, l’indice h de Raoult baisse de 13 % à une valeur de 104 écrivent les auteurs de l’article : Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui (F&F [12]).

 

La bibliométrie est une manière très imparfaite de se faire un avis sur le poids scientifique d’un individu, mais Didier Raoult en raffole. C’est lui qui passe sont temps à en parler, tout comme les conflits d’intérêt. Sur la chaîne YouTube de l’institut qu’il dirige, le 28 février 2020[13], toujours vêtu de sa blouse blanche, il entend expliquer à tout le monde ce que c’est qu’un expert en faisant la démonstration que sur le site Expertscape.com, son nom arrive en tête dans la catégorie des maladies infectieuses. « Je suis désolé, je suis le premier expert. (…) il y a des manières de quantifier le niveau scientifique des gens qui est facile à évaluer ».

Les auteurs du site Expertscape tweetent le 9 avril : « Le professeur Raoult est peut-être un expert en maladies infectieuses… mais son étude ne tient pas bien. » puis : « le problème réside vraiment dans la communauté scientifique européenne. Ce type « d’optimisation de la publication » n’est pas toléré dans la communauté scientifique américaine. » (Ce tweet peut-être un peu trop sincère a été retiré depuis). En d’autres termes, la position de leader mondial de Didier Raoult n’est pas franchement validée par le site qu’il utilise pourtant pour la revendiquer[14].  [Extrait de la Science des Balivernes]

D’un simple point de vue logique, ca ne veut pas forcément dire que Raoult n’est pas le meilleur, mais au minimum ça veut dire qu’il ne sait pas très bien comment on évalue qui est le meilleur. J’en conclus qu’il n’est pas véritablement en mesure d’affirmer qu’il l’est et qu’il devrait employer son temps de travail dans un bureau payé par l’argent public à faire de la science plutôt qu’à se vanter.

 

6.  Raoult aurait recommandé d’utiliser du Vicks Vaporub contre le COVID 19

Cette sortie de Didier Raoult est anecdotique. Au moment ou il dit ça, le 3 aout 2021, on est déjà dans une phase où l’honnêteté de son travail n’est plus une hypothèse privilégiée, ou sa rhétorique conspirationniste est installée. À la limite on s’en fout de cette phrase : il y a beaucoup plus grave à débunker. Il n’empêche que le fabricant Vicks s’est senti obligé de s’exprimer pour éviter les effets néfastes d’une automédication sauvage comme il y en a eu avec l’hydroxychloroquine [15].

La marque tweet le message suivant : « Comme mentionné sur l’étiquette, VapoRub ne doit être appliqué que sur la poitrine et la gorge pour soulager une toux et sur les muscles et articulations pour les douleurs. Il ne doit pas être utilisé sous le nez, dans la bouche ou ingéré. Un produit gras pour se retrouver dans les poumons si mal utilisé. »[16]

L’affaire est close : Raoult a dit un dinguerie ; elle est moins grave que d’autres, on a d’autres chats à fouetter. Mais non, monsieur Aberkane a choisi de revenir sur ce sujet dans sa vidéo pour blanchir complètement ce brave Didier Raoult. Et cet acharnement est intéressant parce qu’il nous permet de voir de quelle manière monsieur Aberkane se sent en mesure de nous faire croire que nous n’entendons pas ce que nous entendons. On appelle cette méthode le Gaslighting ou le détournement cognitif.

Aberkane — « Didier Raoult n’a jamais mentionné le Vicks VapoRub »

Ecoutons l’extrait, à la 15ème minute de la vidéo « Il n’y a pas de thaumaturge! « [17] sur la chaine de l’IHU Méditerranée.

Didier Raoult — « Si vous n’aimez pas l’hydroxychloroquine je m’en fiche. Mais testez donc l’ivermectine maintenant, la cyclosporine… Est-ce que la paraffine dans le nez, ou la vaseline dans le nez qu’on a dans certains produit comme le Vicks (ils me paient pas le Vicks, j’ai pas de conflit d’intérêts avec eux). »

Didier Raoult hésite, il ne retrouve pas le nom du produit, il parle de vaseline dans le nez, et tout le monde a compris. Cela explique pourquoi Vicks a réagi, puisque mettre son produit dans le nez fait courir le risque d’une pneumopathie lipidique. Affaire classée ? Toujours pas. Dans son article de réponse à Fact and Furious Monsieur Aberkane s’obstine et c’est fascinant. Voici ce qu’il écrit. Je suis désolé, on va être obligé de lire un gros paragraphe.

 

Texte d’Idriss Aberkane :

« Mensonge 7. “Didier Raoult n’a jamais mentionné le Vicks VapoRub“ Daoust prétend que cette affirmation est fausse, en l’appuyant d’une vidéo où Raoult prononce la marque ”Viks”

 Réfutation. Mensonge colossal de Daoust (vraiment, je me demande comment quelqu’un a pu croire qu’il s’agissait de fact-checking. Plus je debunke ce billet de blog plus je me demande s’il ne s’agit pas réellement d’un troll pour parodier le fact-checking). En effet Viks est une marque du groupe Procter & Gamble, et Viks Vaporub en est un produit bien précis, un décongestionnant topique qui ne
s’applique absolument pas par voix nasale. Daoust triche donc sans aucun scrupule en transformant la mention d’un fabriquant en la mention d’un produit précis comme si déclarer ”nous devons  étudier les freins de la Renault Alpine” pouvait loyalement être considéré comme  équivalent à ”nous devons étudier les freins de la Renault Clio”. Car c’était bien ce produit précis (le vaporub donc) qui était mensongèrement identifié dans l’article incriminé de l’Express, pour laisse entendre que Raoult l’avait recommandé.

D’ailleurs le titre de l’Express  était très clair: ”Du Vicks Vaporub dans le nez contre le Covid : la dernière sortie polémique du Pr Raoult” … et cela, c’était un mensonge éhonté. l’Express le savait, Daoust le savait, mais pour protéger son récit coûte que coûte le pseudo-fact-checkeur n’hésite donc pas une seule seconde à tricher avec les faits.

Soyons donc très clairs: quand Daoust utilise une vidéo de Raoult qui utilise le terme ”Viks” pour défendre un article d’Altice-l’Express intitulé ”Du Vicks Vaporub dans le nez contre le Covid : la dernière sortie polémique du Pr Raoult” il produit un mensonge direct, délibéré et aggravé par la tentative de le présenter comme du fact-checking »

 

Très très énervé, Idriss Aberkane. Et confus. Pourquoi ne nous dit-il pas de quoi voulait parler Didier Raoult, lui qui semble avoir tout compris ?

Quand on en revient à ce que dit Didier Raoult, on voit qu’il est question de paraffine et de vaseline dans le nez. J’ai demandé sur Twitter qu’on demande à Monsieur Aberkane (qui m’a bloqué) de quel produit Vicks il est question dans la bouche de Didier Raoult. Mais de réponse je n’ai pas eu, puisque de toute évidence, et Vicks l’avait compris, il n’y a pas d’autre produit Vicks que le Vaporub qui contiendrait de la vaseline ou de la paraffine et qu’il ne faut jamais utiliser dans le nez car il y a risque de pneumopathie lipidique. Monsieur Aberkane joue l’indignation, la colère, l’outrage, mais quand on reste calme devant toute cette agitation, on constate qu’il aurait mieux fait de ne pas parler de ce sujet. Y revenir de lui même deux fois, sans avoir les moyens d’éviter le ridicule, ça n’est pas une preuve d’intelligence.

 

7.  Raoult s’est trompé en disant qu’il n’y aurait jamais eu de deuxième vague

Aberkane — « Didier Raoult s’est trompé en affirmant qu’il n’y aurait jamais eu de deuxième vague, un texte sans contexte est un prétexte, Didier Raoult a affirmé plusieurs que la maladie pouvait devenir saisonnière. […] l’article de RTL, qui fait cette fausse déclaration, n’a toujours pas été ni rétracté, ni excusé, ni souligné par les fact-checkers » .

Monsieur Aberkane aime beaucoup demander la rétractation de ce qui lui déplait. Et des excuses. Il voudrait que tout le monde s’excuse auprès de lui.

Mais l’article de RTL qui le met en colère se contente de citer Didier Raoult dans une vidéo de sa chaine YouTube le 12 mai 2020[18].

Didier Raoult — « L’épidémie est en train de se terminer.» (…)  « Il n’y a nulle part de deuxième vague, ni de dos de chameau, c’est la courbe banale. » « On voit que cet épisode est en train de se résoudre. »

Il l’a dit c’est comme ça. C’était une connerie, mais on n’y peut rien. Ce n’est pas à nous qu’il faut en vouloir. Et ce n’est pas accident de parcours, il disait la même chose le 30 avril 2020 chez BFMTV :

Didier Raoult — « Des infections respiratoires dans lesquelles il y a des secondes vagues, il n’y en a pas. Je vois pas pourquoi il y en aurait pour celle-là. »

Des tas de gens qui ont parlé pendant cette épidémie se sont trompés. Ca ne veut pas dire qu’ils sont nuls. Mais on leur demande de le reconnaître. Didier Raoult n’y arrive pas, c’est au dessus de ses forces.

Vous voulez un scoop ? Ici, sur cette chaîne j’ai dit que les vaccins protégeaient contre la contagion. c’était vrai avant le variant Delta mais au moment où ma vidéo est sorti, c’était douteux. C’était un peu imprudent de le dire. La recherche ne s’arrête pas et aujourd’hui pour Delta et Omicron la science dit que ce n’est plus vrai. Résultat : j’ai eu tort.

Attendez, je checke… On dirait qu’admettre qu’on a eu tort ne provoque pas la combustion spontanée. C’est bon signe. Ca devrait rassurer messieurs Aberkane et Raoult.

 

 

8.  Les factures salées de l’IHU

Aberkane — « Enorme mensonge, Libération annonce des factures salées de l’IHU […] un vrai journaliste aurait indiqué que les factures mentionnées ne sont pas émises par l’IHU de Didier Raoult mais par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille. Donc elles correspondent aux factures fixées par l’état bande de débiles [sic] » .

[F&F] L’article de Libération[19] en question ne mentionne nulle part que les factures sont établies par l’IHU. Dans son chapeau, l’auteur écrit : “Des malades du Covid ont découvert stupéfaits les factures de leurs passages à l’IHU de Marseille” . Même émise par l’AP-HM, cela reste de fait une facture du passage à l’IHU. Par ailleurs, dans le paragraphe “Sommes en jeu substantielles“, le quotidien rapporte ses échanges avec l’AP-HM en écrivant : “L’AP-HM, elle, affirme que les facturations sont établies en fonction des textes officiels” . De l’état donc. [F&F]

 

Ce que l’article pointe en réalité, et que monsieur Aberkane prend soin de ne pas comprendre, c’est que le choix de traiter les gens avec de l’hydroxychloroquine  nécessitait une hospitalisation en vertu des risques cardiaques avérés, avec les frais que cela engendre, là où les autres traitements dont nous savons qu’ils sont préférables ne requièrent qu’une consultation externe. Les dépense de santé ont donc connu une forte augmentation dans les services de l’IHU Méditerranée à cause du protocole HCQ.

On a le droit de considérer que ce n’est pas scandaleux, mais il ne faut pas essayer de nous faire croire que ce n’est pas arrivé.

 

 

9.  Raoult serait lâché par ses équipes qui dénoncent une falsification des tests PCR dans sa première étude sur la chloroquine

 

Monsieur Aberkane ne s’étend pas du tout sur le problème de la PCR. Il l’évacue en citant le tweet d’un chercheur qui critique Médiapart. Et ensuite il enchaîne sur une histoire de 305 études qui prouveraient l’efficacité de la chloroquine. Nous avons réglé leur sort à ses propos sur les 305 études qui prouvent que… Intéressons-nous au tweet censé anéantir le travail de Médiapart…

 

Le professeur Froguel ne m’a pas répondu publiquement, mais nous avons échangé brièvement sur Twitter. NB : Philippe Froguel (H Index de 147 au cas où vous vous demanderiez) enseigne à l’université de Lille l’endocrinologie, la biologie moléculaire et la génétique.

 

Thomas Durand — Validez-vous l’usage fait de votre tweet par Idriss Aberkane dans sa vidéo ?

Philippe Froguel — Je n’écouterai pas ses conneries.
Le nombre de PCR cycles dépend de la machine et de la chimie utilisée. Donc il est différent d’un endroit à l’autre, mais modifier la sensibilité pour avoir les résultats qu’on attend, c’est de la fraude.

Thomas Durand — Raoult semble dire que toutes les PCR ont été faites à Marseille. Cela change-t-il quelque chose ?

Philippe Froguel — Si tout est fait a Marseille, on ne peut avoir des critères PCR différents entre les groupes de patients.

 

En somme, si tous les tests sont faits à Marseille comme le dit Didier Raoult (Le 10 novembre 2021 face à Bruce Toussaint sur BFMTV), et si des critères de seuil différent ont été utilisés comme le révèlent ses collaborateurs à Médiapart, alors il y a fraude. Merci à Idriss Aberkane de m’avoir permis d’échanger avec ce chercheur.]

 

Avant le papier de Médiapart où « plus d’une dizaine de personnes (biologistes, médecins, internes ou assistants) » membres de l’IHU accusent Didier Raoult d’avoir truqué son protocole[20], personne n’avait lancé de telles accusations publiques. Même ceux qui pensaient qu’il disait des conneries partaient du principe qu’il s’appuyait sur des papiers mal foutus mais honnêtes.

Or, que savons-nous désormais ? Raoult et al. ont choisi de comparer des malades soignés à Marseille avec leur protocole —en retirant du lot ceux qui meurent dans les trois jours sans apporter de justification, mais c’est encore un autre problème—, avec des malades soignés à Nice selon un protocole différent. Comment évaluait-on si les malades étaient guéris ? Avec des test PCR, une technique vieille de 35 pratiquée dans tous les laboratoires de biologie moléculaires du monde. Même moi je l’ai utilisée.

Ces tests permettent de détecter le matériel génétique spécifique de l’organisme que l’on étudie. Première étape avec le SARS-Cov2: convertir l’ARN du virus en ADN. Puis effectuer des copies de cet ADN à travers un processus appelé cycle. Chaque cycle permet de doubler la quantité d’ADN dans l’échantillon, on appelle ça l’amplification. Au bout d’un certain nombre de cycles, l’ADN présent devient détectable par un capteur optique dans la machine.

Selon Didier Raoult lui-même les échantillons des malades de Nice n’ont pas été analysés sur place mais envoyés à Marseille. Sur ces échantillons on effectue 39 cycles d’amplification avant de regarder si le seuil optique est atteint, et alors on a un signal binaire : positif ou négatif. Si le test est positif alors on valide que l’échantillon contenait la séquence spécifique que l’on testait : le patient est porteur du virus. Mais à Marseille on a choisi de s’arrêter à 34 cycles. Avec 5 cycles de moins, l’échantillon final était 32 fois moins concentré que s’il avait été testé à Nice. Vous comprenez sans mal, sans doute mieux qu’Idriss Aberkane, qu’on ne fait pas un travail scientifique un tant soit peu correct quand on divise par 32 la quantité d’ADN viral potentiellement présent chez le groupe que l’on traite.

Vous voyez que le problème avec cet article n’a rien à voir avec la présence ou non d’un placebo, comme nous le racontait monsieur Aberkane tout à l’heure. Nous sommes dans une situation de science sale, d’un protocole biaisé afin d’obtenir les résultats espérés. Une nouvelle enquête interne a été demandée par l’Assistance Publique des hôpitaux de Marseille[21] ; et vous comme moi sommes condamnés à attendre que cette enquête arrive à son terme pour porter un jugement définitif.

 

 

 

10. Bruce Toussaint déclare que tous les essais ont démontré que l’Hydroxychloroquine n’était pas efficace ce qui explique que Raoult soit accusé de fraude.

 

Aberkane — « Bruce Toussaint déclare que tous les essais ont démontré que l’HCQ n’était pas efficace […] Toussaint ment, car il ne pouvait ignorer que l’on était déjà, à l’heure où il parle, à 303 études scientifiques

On ne sait pas à quel moment Bruce Toussaint est censé avoir dit ça. On n’a pas de source. S’il l’a dit, c’est pas bien parce que ce n’est pas vrai. Mais si monsieur Aberkane pense à l’interview de Raoult sur BFMTV d’avril 2021[22], voici ce qui est dit par Bruce toussaint (à 1’30) : « Vous savez aussi qu’il y a des études qui disent que l’hydroxychloroquine est inefficace. »

 

Voilà. Il y a des études qui ne vont pas dans le sens de Didier Raoult. Rien que ça apparemment, c’est insupportable. D’ailleurs  Raoult lui-même a une parade à toute épreuve : les études qui le contredisent sont faites par des gens corrompus. Toutes. Partout dans le monde. «

Didier Raoult — « Non, non, non, non, toutes les études, toutes les études, toutes les études… toutes, on a fait les analyses extrêmement précises de ça. Toutes les études qui montrent que ça marche pas sont liées avec des gens qui ont des conflits d’intérêts avec Gilead. Cent pourcents. »

Cette phrase magique s’appuie sur une publication de Didier Raoult et de son chargé de communication Yanis Roussel où les deux auteurs concluent à une corrélation de 1 (!) entre l’attitude hostile à l’hydroxychloroquine et une affiliation pécuniaire envers Gilead. Les auteurs ont refusé les demandes des chercheurs qui vouilaioen connaître le détail de leurs calculs et méthodes. Un article sorti en octobre 2021  démolit complètement ce papier dont la seule fonction est de permettre à Didier Raoult de refuser la confrontation avec les études scientifiques afin de demeurer certain de d’être jamais contredit

 

Ceci étant posé, vous avez le droit de penser que l’hypothèse 1 « des milliers de chercheurs dans le monde entier sont corrompus pour s’attaquer à une molécule et personne n’ose le dire » est plus crédible que l’hypothsèe 2 : « Une équipe de Marseille a du mal à admettre qu’elle a mal travaillé. » C’est votre droit. On a le droit de penser des idioties.

 

11. Addendum

 

Cette vidéo dure une heure et je n’ai pas pu traiter tout ce qui l’aurait mérité. La densité et le flux de bullshit produits par Idriss Aberkane sont tels qu’il faudrait être en permanence sur son dos pour espérer débunker chaque ineptie. Il se trouve que nous avons mieux à faire de nos vies vous et moi. Cependant dans l’avenir proche attendez vous à plusieurs choses.

  • Les rageux vont venir pourrir la section commentaire de cette vidéo. Merci de leur réserver un accueil débordant d’amour et de patience. Je ne suis pas ironique ; nous énerver en réaction aux trolls c’est leur donner le control de nos émotions, c’est nous mettre au service de leur soif de  pagaille. Répondez avec des arguments et des sources, une fois, mais ne vous lancez pas dans des débats. Ne vous énervez pas.
  • Idriss Aberkane va continuer à dire des dingueries ; je ne vois aucun signe d’amélioration. Ne laissez pas ses mensonges sans réaction. Là aussi, répondez avec des sources solides, bien identifiées, sans vous énerver. Ne le harcelez pas.
  • Un comité d’éthique universitaire, saisi pour plagiat sur l’une des thèses de monsieur Aberkane, va statuer. Bientôt, j’espère.
  • La justice suisse va continuer son travail. Elle enquête sur des malversations financières de monsieur Aberkane. Quelle surprise.
  • Enfin, selon une source (du genre de celles qu’on ne divulgue pas), la justice française s’intéresse aussi à la fiscalité divergente qui entoure les activités de monsieur Aberkane.

 

Attendez-vous, disais-je à découvrir toutes les facettes DU grand talent d’Idriss Aberkane : l’absence de scrupule.

 

 

12. Conclusion & avis aux indécis

 

Je fais l’impasse sur le reste de la vidéo, il est à l’avenant, un étalage de mauvaise foi, de cherry picking, d’écran de fumée et d’inversion accusatoire. Tout cette vidéo de défense de Didier Raoult par monsieur Aberkane me rappelle une phrase de Friedrich Nietzsche : «La façon la plus perfide de nuire à une cause, c’est de la défendre, intentionnellement avec de mauvaises raisons. »

Et si Idriss Aberkane était un agent double payé par une puissance étrangère pour pourrir les débats, pour semer la confusion, pour nous abêtir collectivement. Je n’affirme rien, évidemment… Emettre des hypothèses dans le vent pour semer le trouble, le soupçon et empoisonner toute réflexion ne fait pas partie des méthodes plébiscitées sur ces pages. Mais avouez que c’est au moins aussi crédible que tout ce à quoi nous avons dû répondre tout au long de cette vidéo.

 

Si vous en êtes là de votre lecture, il y a des chances que vous soyez plus convaincus par ce que je dis que par les propos de monsieur Aberkane. Les autres, en majorité n’ont pas la patience d’écouter le camp d’en face. Mais si vous hésitez encore, laissez-moi vous dire que ce n’est pas une preuve de bêtise d’être séduit par les propos d’Idriss Aberkane. Il ne parle pas à votre intelligence ou à votre stupidité, il parle à votre colère, à votre indignation devant les erreurs du gouvernement, (elles sont réelles), devant sa brutalité (les manifestants d’avant la pandémie en savent quelque chose), devant l’arrogance de Macron (authentique !), devant les justifications parfois lapidaires des restrictions de liberté, devant un manque de démocratie qui ne date pas d’hier.

Votre colère, votre dégout ne sont pas injustifiés. Je les connais, je les partage. Mais cette disposition d’esprit, si elle est abordée avec les mots consolateurs d’un manipulateur habile vous rend sensible à tout semblant d’argumentaire qui démolirait cent pourcent des décisions du gouvernement, tout ce qui ressemble à une autorité, toutes les informations, en fait, qui se mettent en travers de notre désir commun de mettre toute cette histoire derrière nous pour pouvoir être à nouveau libre.

Je ne crois pas que monsieur Aberkane plaise uniquement à des gens idiots. Raoult n’est pas idiot, et Aberkane lui plait beaucoup. Mais vous comprenez bien que ça n’a rien à voir avec la qualité du personnage ou la rigueur de son argumentaire. C’est parce que monsieur Aberkane a choisi un camp dans lequel il pouvait être quelqu’un. Je ferais plus de vue si j’adoptais sa ligne polémique. Mais j’ai pour faiblesse d’être attaché à mon intégrité

 

Faire ses propres recherche, c’est bien plus compliqué qu’il n’y parait. Admettre qu’on a accordé du crédit à un imposteur, c’est douloureux. Changer d’avis publiquement, dans notre société, ça demande du courage. C’est bien plus confortable d’avoir raison dès le départ… même quand on a tort. Mais la vraie sagesse, c’est de commencer par douter, comme ça quand le temps nous permet d’avoir un avis, on peut le partager sereinement.

 

Prenez le temps de vous faire un avis, n’hésitez pas à suspendre votre jugement. Mais dans tous les cas, faisons tous attention aux idées que nous acceptions de mettre dans notre tête.

 

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Acermenda

 

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Notes

[1] https://scilogs.fr/raisonetpsychologie/baratin-a-francaise/

[2] https://www.arretsurimages.net/articles/pressions-sur-des-blogueurs-qui-critiquent-idriss-aberkane

[3] https://idrissaberkane.org/les-mensonges-du-blogueur-daoust/

[4] https://factandfurious.com/fact-checking/les-18-erreurs-didriss-aberkane?fbclid=IwAR1AqBMvhLgpT3lX_L3qxrFpsTyJaklmU5XDhskFqrLrbnEbfhBoK9yNIKs

[5] https://www.isac.world/news-and-publications/official-isac-statement

[6] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7779282/

[7] https://zenodo.org/record/3725560#.YfVKLOrMIuV Dahly et al. (2020)  Statistical review of ​Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial

[8] https://www.youtube.com/watch?v=qG4i7XebOH4&ab_channel=BFMTV

[9] https://www.youtube.com/watch?v=BvwnuO2Eg0A&ab_channel=NicolasBonneel

 

[10] https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/detecteur-rumeurs/2021/05/26/17-affirmations-douteuses-didier-raoult

[11] https://www.youtube.com/watch?v=-p92CwIHgIA&ab_channel=Mediapart

[12] https://theconversation.com/einstein-vaut-il-la-moitie-du-dr-raoult-pour-en-finir-avec-lindice-h-141169

[13] Vidéo intitulée « Chloroquine : pourquoi les Chinois se tromperaient-ils ? » : https://www.youtube.com/watch?v=mJl2nPHAo2g&feature=youtu.be&fbclid=IwAR0KUeyFspGiZXlgYHnTy9QX09wkTMiXpIHVwQRVcZ7HAR9BXI0t7klfzQo&ab_channel=IHUM%C3%A9diterran%C3%A9e-Infection.

[14] Raoult est roi de l’autocitation, et de la signature de complaisance : il ne lit pas les artiucles que d’autres écrivent et sur lesquels il met son nom. La preuve dès qu’un papier est visé pour fraude sa défense est “je l’ai pas lu”.

→ «Je n’ai pas chapeauté ce papier et je n’ai même pas lu la dernière version.» source : https://www.liberation.fr/checknews/2020/09/22/didier-raoult-a-t-il-vraiment-signe-3-500-publications-internationales-dans-sa-carriere_1800096/

[15] https://www.lepoint.fr/sante/exclusif-coronavirus-plusieurs-cas-mortels-d-usage-de-la-chloroquine-en-france-30-03-2020-2369285_40.php

Par exemple : au moins 58 morts selon l’ARS Nouvelle Aquitaine https://twitter.com/ARS_NAquit/status/1244319668896182272

[16] « As mentioned on the label, VapoRub should only be applied to the chest and throat to relieve a cough, and on muscles and joints for aches and pains. It shouldn’t be used under or in the nose, in the mouth, or ingested. An oil base product can get into the lungs if used improperly »

https://www.lefigaro.fr/conso/apres-les-declarations-de-didier-raoult-vicks-deconseille-l-application-de-sa-pommade-vaporub-sous-le-nez-20210805

[17] https://www.youtube.com/watch?v=xgE5MLF4EJg&ab_channel=IHUM%C3%A9diterran%C3%A9e-Infection

[18] https://www.youtube.com/watch?v=nGPaQsh_rVM « COVID19  Quelles leçons doit-on tirer de l’épidémie ? »

[19] https://www.liberation.fr/societe/sante/hydroxychloroquine-si-on-mavait-prevenu-du-tarif-de-lhospitalisation-je-ny-serais-meme-pas-alle-20210310_YCN2NUE7ENC7DJWETRQN55EVIY/

[20] https://www.mediapart.fr/journal/france/191121/les-equipes-de-didier-raoult-denoncent-les-falsifications-de-leur-patron-sur-l-hydroxychloroquine?onglet=full

[21] https://www.leparisien.fr/societe/sante/didier-raoult-accuse-davoir-falsifie-des-resultats-de-tests-pour-ses-travaux-lhopital-ouvre-une-enquete-interne-19-11-2021-XPFMQ52W75C67CYHNOHYL7TEBY.php

[22] en avril 2021, dans une interview de Didier Raoult

 

Comment s’est passée la rétractation de l’une des études les plus citées au monde sur la pandémie ?

52eme Chandelle dans les Ténèbres de l’éditeur Book-e-book créé par Henri Broch.

Dossier de presse

Le terme « pyramidologie » fait référence aux diverses spéculations sur les pyramides (construction, fonction etc.) élaborées par les « pyramidologues ». Ceux-ci émettent des hypothèses sensationnelles et séduisantes pour un public avide d’histoires fabuleuses. « La tradition pyramidologique n’est initialement pas une démarche purement anti-scientifique mais d’autres manières de raconter le temps profond », rappelle Thomas C. Durand. Mais ce sont ses dérives que dénonce l’auteur. Selon lui, le phénomène a pris une ampleur préoccupante, balayant des décennies de travaux de recherches scientifiques. Soucieux de remettre les pendules à l’heure, Thomas C. Durand explore ces récits alternatifs à travers les siècles, apporte son analyse, déconstruit des histoires certes fantastiques mais bien trop pseudoscientifiques pour son esprit critique. Au lecteur d’en tirer des leçons sur la manière dont les croyances se forgent et se transmettent…

Pour qui : le lecteur curieux de découvrir cet incroyable milieu de la pyramidologie, sans être érudit en archéologie, en histoire ou en architecture.

À propos de l’auteur : Thomas C. Durand est auteur de plusieurs ouvrages sur la science et l’esprit critique, romancier et dramaturge, animateur de la chaine Youtube La Tronche en biais, cofondateur et directeur de l’Association pour la science et la transmission de l’esprit critique et docteur en biologie végétale.

Ce livre est en grande partie le fruit d’un travail réalisé sur ce blog et sur La Tronche en Biais. Et il a été rendu possible par le soutien du public tout au long de ces cinq dernières années. Je remercie Jean-Pierre Adam d’avoir accepté d’en rédiger la préface.

Pour acheter le livre, vous pouvez utiliser ce lien.

Que vaut la parole scientifique après le capharnaüm du covid19 où les experts nous ont donné le spectacle d’un chaos épistémique ? La confiance dans les élites est au plus mal, pourquoi les scientifiques feraient-ils exception ?

Le charlatanisme naturel, la pseudo-médecine douce, les approches énergétiques, quantiques, karmiques ou spirituelles de la santé, tout ce petit bazar s’organise pour vous proposer un portail où chacun trouvera la narration qui lui plait et des soins (sans efficacité sauf que « pour moi ça marche ») facturés à fond la caisse par des pseudo-thérapeutes formés à exploiter vos croyances dans les limites de la légalité. Ou presque.

#MedoucineGate

La santé est une chose importante. Nous en avons besoin pour passer du temps avec les gens que nous aimons. Pardon pour la banalité de ce que je vais dire : nous tenons à la santé de nos parents, à celle de nos enfants. Si nous sommes assez altruistes, nous tenons à la santé de tout le monde et dans ce cas nous comprenons tout l’intérêt de la vaccination. Bref, nous sommes demandeurs de solutions qui prolongent notre bonne santé, qui éloignent la maladie. Rien ne rappelle plus la maladie qu’un hôpital ou un docteur, alors il n’est pas foncièrement idiot de chercher ailleurs, des alternatives, des trucs et astuces, des cheat codes. Et quand on croise les promesses bien troussées de thérapeutes chill, stylés, dont le vocabulaire apaisant nous susurre que des produits simples et naturels chassent le cancer aussi efficacement que Saint Louis guérissait les écrouelles, une partie de nous veut y croire.

Thérapies quantiques — Analyse transgénérationnelle — Bioénergie — Iridologie — Décodage biologique — Fleurs de Bach — Hypnose régressive quantique —Etc.

Ce serait tellement bien d’oublier les médicaments hors de prix et dont les effets secondaires nous tabassent. Si seulement on pouvait dire adieu aux grosses industries qui brassent des mégatonnes de produits chimiques et ont pour but le profit avant la santé des gens. Ce serait tellement beau un monde où la nature fournirait directement les remèdes, comme si tout était prévu dans le cosmos pour nous rendre service. Comme si les fruits existaient pour notre appétit, les fleurs pour le plaisir qu’elles nous procurent, les animaux pour la viande, la graisse ou le cuir que nous en tirons…

Il n’est pas besoin d’être à ce point égocentré et naïf pour adhérer aux pratiques de soin non conventionnelles ; des millions de gens veulent s’y fier et ce ne sont pas des baba cool décérébrés. S’ils s’y fient, c’est parce qu’on leur donne des raisons de le faire, notamment sur le site Médoucine, plaque tournante de la mise en relation entre clients et pseudo-thérapeutes.

 

 

Mathieu Repiquet a publié sur ce blog son travail d’enquête

  1. Médoucine : fakemed et désinformation médicale
  2. Sur Médoucine, des praticiens aux méthodes fantaisistes
  3. Julien Allaire et l’arnaque iridologique
  4. Médoucine et les avis de faux clients : une pseudothérapeute quantique prise la main dans le sac
  5. Marianne Kardasz et le charlatanisme quantique
  6. Médoucine et les faux psys
  7. Médoucine et les faux remèdes contre les allergies
  8. Médoucine et l’exercice illégal de la médecine

 

Vous verrez qu’au delà des pratiques magiques, folkloriques, souvent un peu ridicules, on trouve des infractions graves, systématiques, lucratives, au code de la santé publique.

https://youtu.be/_oBIRf3UAUg

Enregistrée le 11 septembre 2021. En direct depuis Nancy.

Cette année le 11 septembre appartient à la zététique. Toute la nuit ! Pour cette rentrée 2021, L’équipe de l’ASTEC a le plaisir d’accueillir à Nancy un joli panel de créateurs de contenus et de chercheurs liés au monde de la zététique. La situation sanitaire ne nous autorise pas à faire tout cela en présence du public, mais vous êtes là quand même car rien ne vous arrête ! Ce soir une équipe technique de qualité supérieure va nous permettre d’enregistrer Un Tronche en Live, sept Table Rondes et un Burger Quizz ! Un programme jamais vu en France avec une vingtaine d’invités.


1 — TenL#104 « Les théories du 11 septembre »

Editorial

Savez-vous ce qui s’est passé à New York le 11 septembre 2001, il y a 20 ans aujourd’hui ?

En ce qui me concerne, je me souviens avoir croisé des informations à propos d’un attentat, que j’ai vu des images impliquant des avions de ligne. J’ai suivi la couverture médiatique de l’évènement. J’ai entendu des experts retracer les conclusions de l’enquête. J’ai assisté à des déclarations officielles qui désignaient Al Qaïda et Oussama Ben Laden comment étant coupables de cette attaque. Et j’ai vu aussi apparaître des discours dits « sceptiques » (le mot est gênant), des analyses alternatives selon lesquelles la version la mieux admise sur les origines de l’attaque, le mode opératoire, la façon dont les tours se sont écroulées, bref tout ce qui correspondrait à une version officielle serait en fait archi faux, un récit de façade destiné à… à quoi d’ailleurs ? En tout cas on nous mentirait, c’est sûr, si l’on croit sur parole ceux qui le disent.

Bref, tout ça, c’est ce à quoi j’ai eu accès, puisque je n’étais ni dans les avions ni dans les tours, ni même à New York. J’étais à Orléans ce mardi-là.

  • Est-ce que je sais, moi, en détail ce qu’il s’est passé ? Non.
  • Ai-je des compétences en aviation pour évaluer la faisabilité des manœuvres effectuées par les appareils au World Trade Center et au Pentagone ? Non plus.
  • Ai-je des notions d’architecture me permettant d’avoir une opinion indépendante et solide sur la chute des deux tours principales et de la tour numéro 7 ? Pas le moins du monde.
  • Ce que je sais des réseaux terroristes internationaux me permet-il de comprendre les enjeux stratégiques de l’attaque ? Suis-je en mesure de savoir si les services secrets américains auraient dû prévoir cette attaque et étaient en mesure de l’empêcher ? Pas vraiment.
  • Ai-je confiance dans le gouvernement américain pour nous dire absolument tout ? Vous rigolez ?

À bien y regarder, je ne sais pas grand chose. Livré à moi-même, il serait sage que je suspende mon jugement, que je me retienne de me croire assez sagace pour savoir mieux que les autres ce qu’il s’est passé. Pour me faire un avis, il va falloir que j’accepte de faire confiance à une source d’information, je vais devoir évaluer la crédibilité des diverses paroles afin de ne pas courir le risque de croire des bêtises, juste parce que j’aurais eu la malchance de tomber dessus en premier ou de les entendre dans la bouche d’un ami ou d’une personne qui me semble honnête.

Et si vous réfléchissez un peu, vous allez probablement conclure qu’il en va de même pour vous. Vous êtes bien obligé de faire un choix quant au canal que vous allez privilégier pour édifier votre opinion. La parole des gouvernements, les commissions d’enquête, la vérification des journalistes, l’analyse des experts, ou bien l’instinct de Grocervo2001 sur le forum OnNouCacheTout.com, les soupçons du virologue Jean-Marie Bigard qui par exemple, a l’air de savoir que c’est un missile qui a frappé le pentagone, puisqu’il l’a lu chez Meyssan. S’il l’affirme publiquement, on est en droit de se dire que ce n’est pas pour rien. Seulement les théories alternatives sont multiples, et si vous en croyez une, en toute logique, il faut écarter celles qui ne sont pas compatibles : comment fait-on ce tri ?

Comment savez-vous que la version à laquelle vous croyez est plus proche de la vérité que les autres ? Ceux qui crient le plus fort qu’ils ont forcément raison semblent avoir la certitude chevillée au corps, mais vous savez bien que ce n’est pas une preuve. Les croyants les plus extrémistes ne sont pas les plus crédibles. Et la vérité ne s’impose pas par sa simple vertu intrinsèque, car le vrai n’est pas toujours croyable.

Au final, vous êtes seul face à vous-même et vous seriez bien inspiré de vous demander : Mon opinion vaut-elle quelque chose ? Pourquoi crois-je ce que je crois ? Ai-je bien fait attention avant de mettre des idées dans ma tête ?

Vingt ans de réflexion, cela ressemble à un délai raisonnable pour faire le tri, pour comparer la fiabilité des hypothèses en présence, pour vérifier, recouper, contextualiser et tenter de se faire un avis serein. Mais est-ce possible avec l’attaque du 11 septembre ?


2 — « Zététique et Recherche »

La Zététique a plusieurs définitions selon à qui vous la demanderez. L’art du doute cultivé par ceux qui s’en réclament relève du scepticisme scientifique et c’est un terrain où des amoureux de la science, amateurs ou professionnels, interrogent les certitudes, les théories populaires, les légendes, rumeurs et croyances. C’est aussi une manière de promouvoir l’esprit critique. Et puis à côté il y a le monde de la recherche avec ses impératifs, ses exigences, sa complexité, parfois son inaccessibilité. Quel est l’état de la relation entre Zététique et Recherche ?

  • Jean-Michel Abrassart, docteur en psychologie, créateur du podcast Scepticisme scientifique et auteur de Zack et Zoé, zététiciens en herbe.
  • Virginie Bagneux, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’université de Caen-Normandie et membre de l’observatoire Zététique
  • Gérald Bronner, Professeur de sociologie à l’Université Paris Descartes
  • Alexis Seydoux, historien et archéologue, doctorant en histoire et spécialiste des mondes anciens et médiévaux..

Message de Francis*

Pour démarrer les tables rondes je vous lierai des messages que m’a envoyé Francis notre ami tenant-croyant qui, depuis des années maintenant, est absolument certain que la zététique est une pure inversion des valeurs. Tout ce que nous disons être vrai est faux, et vice versa, et ce que nous estimons incertain et bien évident totalement assuré.

« Vous les zététiciens !

Vous vous prétendez les gardiens de la raison, les propriétaires de la science. On voit bien d’où vous tirez une telle arrogance, ça se lit sur votre visage, ça se devine dans vos corps de lâche. Tout ce qui vous intéresse c’est ce qui est prouvé dans des études en double aveugle inventées par l’industrie pour discréditer la sagesse populaire. Vous prétendez faire de la science, mais la vraie science, elle ne peut pas venir des labos, elle est forcément indépendante, elle est défendue par des héros qui n’ont pas peur de risquer leur réputation en disant des vérités que le pouvoir en place veut garder secrètes.

Les vrais savants, c’était Newton et Galilée, et on les as brûlés parce qu’ils avaient raison. Sauf peut-être Newton, je sais pas si on l’a brûlé ou juste tué en lui balançant des pommes. Mais peu importe !

80% des études sont fausses, c’est le patron de Nature qui l’a dit ![1]

Et Didier Raoult a bien démontré que les méthodologistes étaient là juste pour emmerder les vrais découvreurs ! Ca veut dire que vous ne servez à rien, vous voulez juste que votre petite caste continue de parasiter la société.

Débunkez donc ça, les zététiciens ! »

_______________________________
* Francis n’existe pas. Il s’agit d’une caricature à peine forcée du rageux / hater lambda qu’on rencontre sur nos pages Internet


[1] non c’est John Ioannidis, prof de médecine à Stanford https://sciencepost.fr/selon-une-etude-la-plupart-des-etudes-sont-fausses/


3 — « Zététique & Santé »

Le domaine de la santé est un territoire envahi par les croyances, les pseudo-thérapies, les pseudo experts, les gourous et autres dérives, y compris chez certains professionnels. Quel est l’apport de la zététique à cet égard ?

  • Fantine, interne en médecine générale, vulgarisatrice santé sur Fantine & Hippocrate et contributrice Fact&Furious
  • Léo Druart, kinésithérapeute de formation, enseignant en formation initiale de kinésithérapie à Grenoble, et doctorant sur l’utilisation de l’effet placebo dans le soin.
  • Francois Morel alias Doc Primum de la chaine Primum non nocere, chirurgien vulgarisateur et membre du collectif fakemed
  •  Mathieu Repiquet, alias Epistemethikos sur les réseaux. Etudiant. Blogueur vulgarisateur et enquêteur qui publie sur La Menace Théoriste et Médiapart Blog. Membre du Collectif NoFakemed.

Message de Francis

Je vous livre le message de Francis, mon ami conspi.

« Vous, les zététiciens ! 

Vous êtes toujours du coté de la science officielle, vous prenez tous ceux qui n’ont pas une blouse blanche pour des imbéciles, vous roulez pour Big Pharma et vous ne comprenez rien aux remèdes naturels. Vous croyez au chimique, aux médicaments, alors que l’important c’est d’avoir une bonne hygiène de vie, de manger des légumes, de rire, de parler aux arbres et d’écouter son corps.

Qu’est-ce que vous avez contre les légumes et la rigolade ?

Vous les zététiciens vous faites confiance à des médecins qui sont des professionnels de la maladie, alors qu’il faudrait écouter les professionnels du bien être. Pourquoi on ferait confiance à des gens qui gagnent de l’argent quand les autres sont malade ; forcément ils ont intérêt à ce qu’on soit tous plus malades tout le temps pour devenir plus riches, c’est évident que tout le monde ferait n’importe quoi pour être plus riche, non ? Alors ne racontez pas de salade, hein, les zététiciens ! Mangez-en plutôt !

Débunkez-moi ça si vous pouvez. »


4 — « Zététique et Histoire »

L’histoire est l’objet de la convoitise d’aigrefins qui veulent réécrire hier pour se donner un beau rôle dans le présent. Alibi idéologique, écrin narratif, justification ad hoc, le passé regorge de trésors pour qui veut inventer un fil d’Ariane vers des origines évocatrices à un discours qui serait bien plat s’il ne datait que d’aujourd’hui. Hélas les belles histoires des pilleurs font florès et en face les sceptiques font rapidement figure de trouble-fêtes.

  • Faustine Boulay. Doctorante en Histoire de l’art et Egyptologie, Université de Liège, Diplômée de l’Ecole du Louvre
  • Emilie Briand Conservatrice du patrimoine Archéologie en formation d’application à l’Inp (Institut National du Patrimoine) et à l’Inet (Institut National des Études Territoriales)
  • Alexis Seydoux : historien et archéologue, doctorant en histoire et spécialiste des mondes anciens et médiévaux.

Message de Francis

 « Vous les Zététiciens !

Vous n’avez aucune curiosité, vous vous contentez de croire les livres de propagande écrit par des fonctionnaires aux ordres. Aux ordres du pognon.

L’histoire est écrite par les vainqueurs, au cas où vous ne sauriez pas. Et les vainqueurs ne sont pas forcément gentils ; ils mentent et font passer leurs mensonges pour la vérité. Ensuite des petits professeurs, des gratte papier, des ronds de cuir font carrière en brodant autour de ces mensonges et camouflent la vérité. Tous ceux qui tentent de faire un travail honnête, de remettre en question la doxa, la pensée unique sont détruits, renvoyés, rabaissés, traités de fous.

Ça fait longtemps que ça dure. Mais la vérité s’impose toujours à la fin ! Les gens le savent. Désormais vous ne pouvez plus faire taire tout le monde, nous sommes trop, nombreux à avoir compris votre petit manège. Il y a des gens honnêtes qui produisent des films où on voit — vous entendez ça ? –, on voit que les théories officielles ne tiennent pas la route, que nos questions sont pertinentes et que tout un pan de l’histoire du monde est complètement occulté.

Mais ça vous dérange, alors vous allez essayer de me débunker ; bon courage ! »


5 — « Zététique et militantisme »

Les slogans utilisés par les militants sont souvent des raccourcis qui allument nos alertes anti sophisme. La pensée motivée qui part de sa conclusion pour convaincre les autres n’est pas une approche très raisonnable des problèmes.

Pour ces raisons et d’autres (différences de culture des luttes sociales, des concepts associés, etc.) le monde de la zététique est souvent en délicatesse avec le monde du militantisme et se voit parfois intimé l’ordre de ne pas s’occuper de la bonne manière de militer. Seulement voilà, si nous sommes des militants de la pensée critique, avec nos priorités locales, alors le sujet devient pertinent et « la bonne manière de militer » devient un sujet de la zététique. Car on peut douter que le militant choisisse forcément la bonne manière de défendre ses idées.

  • Miz Pauline de la chaîne Youtube La Mal Biaisée. Professeure en collège, vulgarisatrice et militante féministe.
  • Christophe Michel, Vidéaste de la chaine Hygiène Mentale. Expert en rien en particulier
  • Mister Sam, « Vulgarisateur de l’esprit critique, des sciences, de la zététique et du super pouvoir de moins se gourrer. Ex-conspirationiste. Pro-moindre mal. Cinéaste belge

Message de Francis

« Vous les zététiciens !

Vous voulez que tout le monde pense comme vous. Vous nous lobotomisez en prétendant parler au nom de la scionce.

Et il n’est pas question de se laisser influencer, jamais je ne serai une gauchiasse d’extrême droite vendue à Macron. Qui vous paie d’abord, hein ?

Votre propagande athée du lobby LGBT, on n’en veut pas. Pourquoi vous critiquez pas plutôt ceux que moi j’aime pas ? C’est cool quand vous faites ça : là ça me plait bien, vous faites du bon taf. Mais sinon ça m’énerve !

Eh tien par exemple, pourquoi vous vous en prenez à telle religion et pas seulement aux autres ? Ca se prétend neutre et parfaitement objectif, et en fait on vous prend à ignorer complètement des sujets important, les sujets dont moi je suis obsédé et dont je viens vous parler dans le chat à chaque fois, et à chaque fois, vous me censurez parce que la vérité c’est que vous ne supportez pas… » Et la suite est une succession d’injures ; Parfois Francis perd son sang-froid…


6 — « Zététique et émerveillement »

Les sceptiques critiquent tous : les histoires de fantôme, de triangle des Bermudes, de magnétisme, de médiums, de magie, de civilisation englouties et de rêves d’énergie libre. Les sceptiques ont la réputation de ne pas savoir rêver, d’être des matérialistes bas du front, toujours dans le mental, allergiques aux émotions, loin de leur ressentis, bref les agents promoteurs d’un monde déshumanisé, mécanique, méthodique peut-être, mais invivable surement. Sommes nous les ennemis de la poésie, de la beauté et de la spiritualité ?

  • Clément Freze, mentaliste
  • Nathan Uyttendaele, statisticien et professeur dans les universités belges, il explique aussi la statistique à ses chats sur YouTube depuis 2016.
  • Faustine Boulay, Doctorante en Histoire de l’art et Egyptologie, Université de Liège, Diplômée de l’Ecole du Louvre.

Message de Francis

« Vous les zététiciens !

Vous salissez tout. Vous ne supportez pas qu’existent des choses que vous ne comprenez pas. Vous voulez tout ranger dans des boites, bien étiqueté, sans que rien déborde. Vous êtes des matrixés qui ne se rendent pas compte que la nature est parfaite et qu’on la bousille à coup de pétrodollars pour bétonner les plages et piller les écosystèmes. Vous marchez sur mes rêves !

Votre âme est morte, vous l’avez tuée en vous réfugiant dans le mental, vous êtes carrément hémisphère droite. Ou gauche… Euh, le mauvais en tout cas ! Celui qui vous coupe de la beauté du monde et vous force à tout mépriser, à tout rejeter, à tout juger, alors que nous on sait ce que c’est que l’amour. Ouais l’amour et le respect des humains qui ont envie d’être libre et heureux et de pas se faire juger en permanence par des fils de pute.

Je suis vulgaire, mais je dis les choses telles qu’elles sont. C’est de l’authenticité ; ferme bien ta gueule.

Vraiment vous salissez tout, vous êtes pas capables de respecter la liberté de conscience des êtres autour de vous, vous la ramenez constamment (ça c’est un peu vrai quand même) et vous voulez nous forcer à voir le monde comme vous. Mais y a des gens qui sont plus heureux avec leur version du monde dans les yeux.

Alors essayez donc de débunker ça ! »


7 — Le Burger Quizz

Un QuizZet concocté par Clément Freze selon la recette originale mais avec de vrais morceaux de pseudo-sciences et complotismes en tous genre. Enregistré à 2h30 !

Avec la participation de : Doc Primum, Mister Sam, Miz Pauline et Nathan Uyttendaele. Mais aussi (gardez ça pour vous, c’est une surprise) Faustine Boulay et le Debunker des Etoiles.


8 — « Zététique et fiction »

 Les balivernes contre lesquelles les Zet s’érigent ont pour point commun de constituer de belles histoires. LRDP a des airs de Stargate, Hold Up nous parle de vastes conspirations, les pseudo-thérapeutes évoquent les énergies, notre corps de lumière, d’autres ne jurent que par l’énergie libre, les illuminatis, les visites extraterrestres. Il y a sans doute quelque chose à comprendre dans le succès de ces histoires.

Message de Francis

« Les premiers pas de l’homme sur la Lune, c’est tourné en studio. Par Stanley Kubrik. Par contre, Indiana Jones est un document historique (comme Galaxy Quest) mais ça vous dépasse, vous les zététiciens ! Vous êtes une bande de geeks biberonnés à Tolkien ou Starwars et vous ne vous rendez pas compte que tout ça sert à camoufler le réel. Vous êtes les complices de ceux qui veulent nous faire croire qu’on est juste des singes idiots, qu’on doit avoir peur des virus, qu’on est juste un corps destiné à mourir alors qu’en fait la vérité est ailleurs.

Vous ne voulez pas voir que nous sommes des vibrations, des énergies, et qu’on peut dépasser 1,5 millions de bovis. Les mangas et les histoires de sorcellerie à la Harry Potter, c’est pour noircir notre âme, pour nous polluer et nous aliéner à la nature divine de nôtre âme. Vous ne comprenez rien ! Vous êtes coincés dans le mental, lobotomisés par Disney et Hollywood. Vous pouvez toujours essayer de dunker ça mais vous ne me ferez pas changer d’avis, bande de… (ensuite c sont des insultes). »

  • Thomas C Durand, auteur de fantasy.
  • Samuel Buisseret, cinéaste belge
  • Loki Jackal, vidéaste web et illustrateur
  • Luca Bobenrieth, illustrateur, webdesigner

9 — « Zététique et paranormal »

Les débuts de la Zététique, avec Henri Broch, avaient un côté X-Files : l’exploration rationnelle du paranormal. Était-ce seulement une mode ? Est-ce la « vraie » zététique ? Le rapport des sceptiques au paranormal est-il seulement un prétexte à parler de méthode ?

Message de Francis

« Vous les zététiciens !

Vous êtes des croyants, en fait. Vous croyez dans l’inexistence des choses qui vous dérangent. Vous vous jetez sur tous ceux qui osent regarder un peu plus loin parce que vous avez peur. Et vous avez bien raison, parce que vous allez payer tôt ou tard cette arrogance. L’alliance galactique a envoyé des émissaires et les Enfants de cristal sauront les reconnaître. Nous commençons déjà à développer nos perceptions extrasensorielles ; c’est pour ça qu’on sait que vous êtes des minables : on sait lire en vous.

Les preuves du paranormal sont partout. Il y a des milliards de témoignages, mais vous préférez vous fier à des études mal foutues qui servent à nous maintenir dans la troisième densité afin d’empêcher l’évolution de la Terre. Mais on n’évite pas l’inévitable. Bon courage pour débunker tout ça ! »

  • Jean-Michel Abrassart, docteur en psychologie, créateur du podcast Scepticisme scientifique et auteur de Zack et Zoé, zététiciens en herbe..
  • Francine Cordier, Enquêtrice sur le phénomène ovni.
  • Christophe Michel, vidéaste de la chaine Hygiène Mentale. Expert en rien en particulier
  • G Milgram, Vidéaste sceptique de la chaîne du même nom.
  • Patrice Seray, Enquêteur sur le phénomène ovni.

Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS est spécialisé dans la thématique de la délinquance et de la violence sociale. Il n’a pas de connaissance particulière en épidémiologie, en immunologie, en infectiologie, en virologie, en pharmacologie, en démographie, en médecine, en gestion de crise sanitaire, mais depuis mars 2020 il écrit beaucoup sur la crise du covid, il a même créé dans l’unité qui l’emploie un programme (temporaire) de recherche intitulé : « Covid-19 : enquêtes dans le champ médical et controverses dans le débat public ». Ce qui est étonnant c’est que le sociologue du CNRS Laurent Mucchielli, mieux que la vaste majorité des experts, sait, lui, que la chloroquine fonctionne contre le covid, que l’ivermectine fonctionne contre le covid, que le confinement ne fonctionne pas contre le covid, et même qu’il faut absolument arrêter la vaccination car c’est trop dangereux.

Etonnant, non ?


Pour rédiger cet article, je me suis inspiré de travaux d'analyse et de débunkage cités tout au long du texte, notamment celui de BigPragma.

Contexte

Il faut du temps pour que les scientifiques s’organisent, récoltent des données, analysent leurs résultats, les soumettent à la critique sévère de leurs confrères, publient leurs travaux puis comparent les publications et établissent des « vérités de science » c’est-à-dire un état des connaissances relativement consensuel, un socle à partir duquel on peut prendre des décisions mais qui reste soumis au questionnement et à la critique des chercheurs.

L’édification des connaissances scientifiques est un processus complexe dont nous avons parlé dans une émission avec le professeur Didier Gourier et une autre avec le professeur Marc-André Selosse.

Quand une pandémie nous tombe dessus, tout ce processus est évidemment sous forte pression, et la production des savoirs se fait sous la lumière vive de l’attention médiatique : nous voulons des réponses, vite, nous voulons des réponses sûres, nous nous énervons dès qu’un résultat qui semblait admis est finalement réfuté, on a l’impression que plus personne ne sait rien, que plus personne n’est vraiment fiable, et qu’on doit s’en remettre à son instinct, à ses tripes, à ses ressentis. Quand on fait ça, la seule chose certaine, c’est que nos préjugés ont le vent en poupe et qu’on se met à écouter encore plus que d’habitude ceux qui nous disent ce qu’on a envie d’entendre.

Si celui qui dit ce que j’ai envie d’entendre a un titre académique, s’il est chercheur au CNRS ou professeur dans un Institut hospitalier, ça me fera un argument de plus pour défendre ma croyance dans ce qu’il dit et que j’ai envie de croire. En réalité, ce n’est pas parce qu’il a un titre académique que je le crois, sinon je devrais croire tous les autres, bien plus nombreux qui disent le contraire, avec tout un tas d’études à l’appui. Non, je le crois parce que cet expert là me fait me sentir bien ; ça me fait plaisir que quelqu’un d’important, d’intelligent, pense comme moi.

Il peut avoir tous les défauts du monde, ce n’est pas grave, je vais m’identifier à ses qualités, et ces qualités me servent à me dire que je les possède aussi.

Le problème c’est que des chercheurs qui disent n’importe quoi, il y en a. Si vous croyez un truc complètement foutraque, vous finirez par trouver un docteur en ceci ou en cela qui pense à peu près comme vous et qui a du vocabulaire pour habiller cette sottise de formules attrayantes. Bien sûr les chercheurs aux fraises sont minoritaires, marginaux, et on les reconnait souvent à leur fâcheuse tendance à parler avec beaucoup de suffisance de sujets qui ne relèvent pas de leur spécialité. Didier Raoult, par exemple, a balayé les conclusions du GIEC sur le dérèglement climatique au nom de sa très grande connaissance de la science (l’argument était « Moi, je regarde les photos satellites ») . On n’a pas entendu, je crois, des climatologues donner des leçons de virologie sur YouTube ou à la télé, et je les en remercie.

Version vidéo

Laurent Mucchielli, Rassuriste.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler de Laurent Mucchielli, un sociologue au CNRS dont la carrière jusqu’en 2020 semble en tout point respectable pour autant que je puisse en juger. Je précise (c’est hélas utile) que la sociologie est une discipline scientifique sérieuse et importante.

Mais depuis le début de la crise sanitaire, il a pris la parole et le contre-pied de la position des experts en santé publique, en épidémiologie, en médecine. Alors bien sûr, il y a quelques scientifiques et médecins qui sont d’accord avec lui, en particulier la sphère raoultienne puisque c’est en venant en soutien à Didier Raoult qu’il entame la trajectoire dont nous allons parler, dans un billet publié sur Médiapart le 29 mars 2020 : « Derrière la polémique Raoult, médiocrité médiatique et intérêts pharmaceutiques » où il se prononçait pour la chloroquine car :

« Nous sommes dans une situation de médecine d’urgence. Il faut trouver des parades mêmes imparfaites tout de suite, pas dans 3 mois quand tout sera fini. » 

A l’époque Yann Kindo et Odile Fillod avaient apporté des réponses aux premières dérives du sociologue.

Depuis cette saillie clairvoyante, Laurent Mucchielli n’a pas varié ; il était et demeure rassuriste : pour lui cette épidémie est beaucoup moins grave qu’on ne le dit. Les faits non plus n’ont pas varié, ils lui ont systématiquement donné tort. Il n’y a pas à s’en réjouir, car on aurait préféré que tout ça se termine vite, mais on ne va pas nier le réel pour épargner l’amour propre d’un autodidacte de l’épidémiologie, fut-il sociologue au CNRS.

Il a depuis publié des dizaines de billets pro-Raoult, pro-chloroquine, anti-politique gouvernementale — et ça je ne vais pas le discuter, je ne compte pas parler de politique. Un chercheur a le droit de dire que Macron et son équipe font n’importe quoi, je vais rester focalisé sur la science et la rhétorique autour d’elle. En décembre 2020, Laurent Mucchielli fait l’apologie du documentaire « Mal traités » qui déploie une logique conspirationniste pour expliquer que les vrais remèdes sont mis sous le tapis par les gouvernements pour plaire aux intérêts financiers des groupes pharmaceutiques, causant en toute conscience des centaines de milliers de morts (source). On notera que les communications du CNRS sur l’information scientifique fiable sont beaucoup moins relayés sur Twitter que les prises de position de Laurent Mucchielli.

https://twitter.com/DavidHajage/status/1337432864841981952?s=20

Laurent Mucchielli a signé des tribunes avec d’autres rassuristes abonnés des médias : Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana, Christian Perronne, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude, bref une collection de figures d’autorité qui ont passé leur temps à se tromper sur la gravité de l’épidémie et à mentir sur les données de la science concernant les vaccins et les traitements. Je dis mentir car j’ai du mal à les soupçonner d’être si obstinément ignorants. Mais, en toute rigueur, je ne sais pas s’ils mentent ou s’ils ont perdu contact avec le réel. Je vous rappelle qu’on a vu la plupart d’entre eux dans le documenteur conspirationniste Hold Up, dont je vous ai parlé l’an dernier. Ces tribunes dénoncent la communication anxiogène du gouvernement, nient la deuxième vague et s’opposent au deuxième confinement (source). Et déjà, vous imaginez qu’il sera difficile à ces gens d’admettre des preuves qui montreraient que le confinement est efficace (nous y reviendrons), parce que cela reviendrait à admettre avoir milité contre une mesure qui a sauvé des vies*.

* Le coût social du confinement est une réalité cruelle, les arguments politiques pour s’y opposer existent, mais ici je suis bien précis et je me concentre sur les éléments permettant d’estimer son impact sanitaire, et les sources sont fournies plus bas.

Laurent Mucchielli a été de ceux qui citaient la Suède pour dire combien ce pays où l’on ne confinait pas n’avait pas à déplorer plus de victimes, alors que la mortalité y était supérieure et la stratégie anti confinement si néfaste que le roi de Suède a fini par s’excuser publiquement devant son peuple le 17 décembre.

Laurent Mucchielli n’a eu de cesse de nier la deuxième vague dans ses billets de blog et en interview dans le journal l’Express en octobre 2020 ou dans Arrêt sur Image en novembre 2020. Il a constamment nié l’existence d’une deuxième vague qui a pourtant fait plus de morts que la première (source). Cela aurait dû lui mettre la puce à l’oreille ; ses collègues du CNRS lui ont peut-être dit « Laurent, on pense que tu as assez déconné, laisse faire ceux qui savent, t’as pas fait médecine. Tu vas faire passer tous les sociologues pour des tocards. Laurent, s’il te plait. »

En tout cas Axel Kahn, à l’époque, s’était exprimé, et puisqu’il n’est plus là pour réagir, je me permets de rappeler ses mots :

« Ces abrutis prétendent défendre les autres malades, tous ceux qui ont pâti du confinement en raison de retards de soins ou de diagnostic (…). Mais si leur discours conduit à affaiblir l’adhésion de la population aux gestes barrières, il y aura un nouveau confinement et ce sont justement ces malades qui en souffriront. »

Source

Je veux bien admettre qu’il est facile de blâmer rétrospectivement ceux qui se sont trompés. Même si dès le mois de septembre 2020 ceux qui annonçaient la deuxième vague le faisaient avec des données et des projections sérieuses, les faits auraient pu leur donner tort. Il arrive que les chercheurs aboutissent tous à une conclusion que la réalité dément, mais cela ne veut pas dire que ceux qui les contredisent ont forcément bien travaillé, car je vous rappelle qu’une montre arrêtée donne l’heure exacte deux fois par jours et que parmi mille médiums, certains vont tomber juste sur la prochaine catastrophe par pur hasard.

Le vrai problème ici, le cœur du problème, c’est que je n’ai pas trouvé de trace d’une déclaration de Laurent Mucchielli admettant avoir eu tort au sujet de la deuxième vague. Et cela, malheureusement est le signe qu’il a délaissé le terrain de la science pour être dans un combat dans lequel aucune concession n’est accordée, où l’important c’est de dire qu’on a raison, à tout prix. Je ne peux pas accorder ma confiance à une personne qui adopte une telle attitude. Et vous ne devriez pas non plus.

14 octobre 2020. Mucchielli chez Raoult

« Mais que viens-je faire dans cette galère ? » – Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS », conférence à l’IHU-M tel est le titre de la vidéo YouTube de cet évènement.

[

Ayant bien entamé sa dérive vers une position d’opposition à l’état des connaissances scientifiques en train de s’ériger, Laurent Mucchielli est devenu l’allié assumé de Didier Raoult qui revendique lui-même d’être « un renégat de la science ».

A developper

En février 2021 : un peu de diffamation.

Laurent Mucchielli publie un article en anglais  » How is built the “legitimate information” on the Covid crisis » en indiquant ses coordonnées de chercheur au CNRS. Mais cet article n’est pas un travail de recherche publié dans une revue à comité de lecture, c’est juste un billet de blog qui se retrouve hébergé sur le site de l’IHU méditerranée parce que son contenu arrange bien Didier Raoult. La rhétorique de Mucchielli est la même que celle de Raoult : affirmer que ses contradicteurs son corrompus, ou en tout cas payés avec un argent douteux. Pour notre sociologue du CNRS :

« l’OMS et ses partenaires ont recruté des influenceurs ou des relais d’opinion pour s’assurer la maîtrise des réseaux sociaux et de YouTube, leader mondial de la vidéo en ligne (plus de deux milliards d’utilisateurs mensuels en 2020) et détenue par Google ».

Source

Et, sans trembler des genoux, il annonce que l’OMS finance Le Nguyên Hoang (de la chaîne Science4All) et Thibault Fiolet (de la chaîne Quoidansmonassiette) ou encore le média « Osons Causer ». Aucune source n’est fournie pour justifier cette dénonciation. Et cela n’est pas surprenant puisqu’il Il s’agit d’une fausse information. Six mois plus tard, cette infox est toujours dans le texte qu’on peut lire sur le site de l’IHU de Marseille. Et c’est quand même surréaliste : L’information fausse selon laquelle des vidéastes seraient payés par l’OMS pour adhérer à une ligne éditoriale officielle est signée par Laurent Mucchielli et cautionnée par l’Institut de Didier Raoult.

Mars 2021 : Exercice de négation

Est publié un document intitulé « L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France » co-signé par Laurent Mucchielli, Laurent Toubiana, Pierre Chaillot et Jacques Bouaud.

Est-ce une étude, un travail de recherche, autrement dit une authentique publication scientifique ?

Sur ce document, les auteurs indiquent leurs affiliations académiques, exactement comme pour un article scientifique. Les non connaisseurs sont condamnés à croire qu’ils ont sous les yeux un authentique article de recherche. Seulement voilà, je cite :

« Contacté aujourd’hui par Conspiracy Watch, l’Inserm nous indique que l’étude (…) « n’est pas publiée dans un journal scientifique soumis à une évaluation par les pairs. Elle n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’une communication de l’Inserm » . L’Insem ajoute : « Les prises de position de L. Toubiana ne sont donc en aucun cas celles de l’Inserm. Nous tenons à rappeler que notre Institut porte des messages s’appuyant sur des faits scientifiques rigoureusement établis et sur des données transparentes et solides […]. »

Source

Pierre Chaillot est présenté comme chercheur à l’Insee, or l’Institut assure au journal Le Monde n’être « associé en aucune façon à cette étude » et affirme que « la mention de l’affiliation de son auteur à l’Insee est à la fois erronée et trompeuse ».

Ce papier, c’est donc juste quatre messieurs qui se mettent d’accord pour signer un texte, et là s’arrête la valeur scientifique dudit texte.

Ce billet livre-t-il un compte rendu honnête des connaissances disponibles ?

Les conclusions de ces messieurs, présentes dès le titre : « L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France » (source ; plus rassuriste que ça tu meurs) sont, et c’est bien malheureux, contredites par des publications très officielles de l’INSEE qui savent tenir compte de toutes les variables démographiques, puisque c’est leur spécialité, et qui nous expliquent que la mortalité en 2020 a connu une augmentation « très supérieure à celle observée lors des épisodes grippaux et caniculaires sévères des années précédentes ». La surmortalité due au covid 19, c’est du jamais vu depuis 1950 ! (source INSEE).

Pour justifier leur point de vue, les auteurs partent du scénario de l’épidémiologiste Neil Ferguson, de l’Imperial College à Londres qui estimait que l’épidémie ferait en France de 300 000 à 500 000 victimes si on conservait l’hypothèse d’une mortalité très élevée et d’une absence de mesures radicales de préventions (plus d’info). Ils constatent que les victimes sont moins nombreuses et en concluent que les pouvoirs publics ont surréagi en tenant compte de projections fantaisistes. Ce faisant, ces messieurs négligent ce qui n’est pas un détail, à savoir que ce scénario du pire a été proposé pour motiver et justifier des mesures sanitaires qui ont été prises. Vous avez peut-être souvenir, notamment, de deux périodes de confinement qui ont joué un rôle dans la réduction du nombre de victimes du virus.

Seulement voilà ! Ce que je viens de vous dire ne fera ni chaud ni froid à Laurent Mucchielli et ses co-auteurs puisque ces messieurs répètent à tout le monde que les confinements n’ont jamais eu d’effet bénéfique. Naturellement, il n’est pas question pour moi de vous demander de me croire sur parole. Je vous propose de faire ce qu’un non spécialiste comme moi fait dans ces cas-là : aller sur Google Scholar (ou, puisqu’il appartient au vilain Google, sur PubMed) et taper des mots clefs « covid lockdown » et efficacy, ou effective, ou effectiveness, ou ineffective… et de regarder dans les articles publiés dans des revues à comité de lecture si les auteurs sont d’accord avec Laurent Mucchielli ou pas.

Articles concluant à l’efficacité des confinements :

  • Alfano, V., & Ercolano, S. (2020). The Efficacy of Lockdown Against COVID-19: A Cross-Country Panel Analysis. Applied health economics and health policy18(4), 509–517. https://doi.org/10.1007/s40258-020-00596-3
  • Bruno Mégarbane, Fanchon Bourasset, and Jean-Michel Scherrmann, Journal of General Internal Medicine, mars 2021  » Is Lockdown Effective in Limiting SARS-CoV-2 Epidemic Progression?—a Cross-Country Comparative Evaluation Using Epidemiokinetic Tools »
  • Samer Kharroubi and Fatima Saleh (2020) Are Lockdown Measures Effective Against COVID-19? Frontiers in Public Health 8:549692.
  • George W. Warren, Ragnar Lofstedt & Jamie K. Wardman (2021) COVID-19: the winter lockdown strategy in five European nations, Journal of Risk Research, 24:3-4, 267-293, DOI: 10.1080/13669877.2021.1891802
  • Marco Vinceti, Tommaso Filippini, Kenneth J. Rothman, Fabrizio Ferrari, Alessia Goffi, Giuseppe Maffeis, Nicola Orsini. (2020) Lockdown timing and efficacy in controlling COVID-19 using mobile phone tracking, E Clinical Medicine.
  • Johanna, N., Citrawijaya, H., & Wangge, G. (2020). Mass screening vs lockdown vs combination of both to control COVID-19: A systematic review. Journal of public health research9(4), 2011. https://doi.org/10.4081/jphr.2020.2011
  • Moris Dimitrios, Schizas Dimitrios. (2020) Lockdown During COVID-19: The Greek Success. In Vivo, 34 (3 suppl) 1695-1699; DOI: https://doi.org/10.21873/invivo.11963
  • Wung Lik Ng, (2020) To lockdown? When to peak? Will there be an end? A macroeconomic analysis on COVID-19 epidemic in the United States, Journal of Macroeconomics, Volume 6..
  • Medeiros de Figueiredo A, Daponte Codina A, Moreira Marculino Figueiredo DC, Saez M & Cabrera León A. Impact of lockdown on COVID-19 incidence and mortality in China: an interrupted time series study. [Preprint]. Bull World Health Organ. E-pub: 6 April 2020. doi: http://dx.doi.org/10.2471/BLT.20.256701

Articles concluant à l’inefficacité des confinements :

  • Bendavid E., Oh C., Bhattacharya J, Ioannidis J.P.A. (2021) Assessing mandatory stay-at-home and business closure effects on the spread of COVID-19. European Journal of Clinial Investigation. (Cette étude remet en question le bénéfice des mesures les plus restrictives, mais elle est fragilisée par des critiques sévères.)

Il n’y a pas de raison de croire que la copie non relue d’un sociologue du CNRS soit plus pertinente que les conclusions des études publiées par les démographes de l’INSEE, et des travaux publiés dans la littérature scientifique. Mais Laurent Mucchielli semble convaincu du contraire, puisqu’il va persister à nier les conclusions des experts.

Pour compléter je veux signaler qu’en Mai 2021 l’Institute for Health Metrics Evaluation de l’université de Washington déclare que l’impact mondial de la pandémie est très sous-estimé. Il n’y aurait pas 4 millions de morts, mais plutôt entre 7 et 13 millions (source). Il faudra du temps pour qu’un bilan fasse consensus, mais de toute évidence le chiffre de 4 millions représente un strict minimum. Désolé pour Laurent Mucchielli et ses co-auteurs , mais le covid 19 a un impact qu’on ne peut pas qualifier de « relativement faible » sur la mortalité en France et dans le monde.

Trajectoire complotiste

Après cela, Laurent Mucchielli s’associe toujours davantage à la sphère de la réinformation, et on assiste à une radicalisation vers le conspirationnisme comme on l’a vu avec Jean-Dominique Michel avec qui il partage d’ailleurs l’affiche dans le Conseil Scientifique Indépendant de Réinfo Covid, un site 100% antivax qui participait à la fameuse manif de Nancy dont je vous ai parlé.

Jean Dominique Michel qui a été l’un des participants les plus enthousiaste du documenteur Hold Up à propos duquel Mucchielli dit en novembre 2020 :

« Le documentaire « Hold-Up. Retour sur un chaos » qui défraye actuellement la chronique relève-t-il du complotisme ? La réponse est oui. (…) « Hold-Up » est bien une narration de type complotiste, qui manipule l’intelligence et surtout les émotions de son auditeur à l’aide de techniques audio-visuelles bien connues car certaines sont hélas d’usage courant dans les documentaires fabriqués pour la télévision.»

source

Vous voyez que les fréquentations de notre sociologue du CNRS commencent à ressembler à celle de n’importe quel conspirationniste chevronné. D’ailleurs, il a désormais sa fiche sur le site Conspiracy Watch.

Le 20 juillet — « La vaccination à l’épreuve des faits. 1ere partie : les chiffres de l’épidémie ».

Laurent Mucchielli publie ce billet à l’endroit habituel, le Club de Médiapart où les billets de blog peuvent si facilement passer pour des articles du journal…

Ce texte est d’abord un pamphlet anti-Macron et cela ne me pose aucun problème qu’un universitaire exprime son rejet de la politique ou de la personne du président. Si ça se trouve je suis d’accord avec lui. Mais j’apprécie quand les universitaires évitent la rhétorique complotiste qui accuse le pouvoir exécutif de vouloir, je cite, « effrayer la population avec la circulation d’un nouveau « variant delta » semblant pourtant assez inoffensif ».

Laurent Mucchielli accuse Emmanuel Macron de mentir, je vais me contenter de douter de la jugeote de Laurent Mucchielli, qui peut-être s’est mis à croire que l’épidémiologie était son domaine de compétence.

— Le variant delta est-il inoffensif ? Hélas

  1. Sa grande vitesse de diffusion à l’échelle mondiale prend de court à la fois les campagnes de vaccination et la recherche qui continue d’un traitement curatif. Ce variant serait moins inquiétant s’il était moins contagieux.
  2. Son taux de réplication dans l’organisme (plus de 1000 fois supérieur à l’alpha), nous met face à un risque accru de production de nouveaux variants, et là aussi ça n’a rien d’inoffensif.
  3. Les vaccins disponibles sont moins efficaces contre ce variant delta, et cela est un problème sérieux compte tenu des deux points précédents.

Dire que le variant delta est inoffensif, c’est être les deux pieds dans le rassurisme. Or, depuis le début de la crise, les rassuristes ont toujours eu tort. Heureusement les vaccins restent efficaces pour éviter les covid sévères et cela explique que le nombre de morts ne soit pas reparti à la hausse.

Le billet aligne ensuite des graphiques, beaucoup de graphiques, plus que vous n’avez envie d’en lire (23 graphiques). Et d’en tirer l’analyse suivante :

« Sans qu’il soit besoin de procéder à de longs et compliqués calculs, l’examen de ces quelques données statistiques de base (la vaccination, les cas positifs, la mortalité) suffit à montrer que la réalité de la dynamique des épidémies suscitées par les différents variants du Sars-Cov-2 n’a pas grand-chose à voir avec les discours politico-médiatiques vantant le miracle vaccinal. »

Ce regard en surplomb sur les données est opéré sans réelle analyse, sans aucune contextualisation, sans étude des caractéristiques démographiques des populations effectivement vaccinées, ni des populations retrouvées dans les services de réanimation, bref c’est du travail d’amateur. (Je ne prétends pas que j’aurais fait mieux, mais on n’a pas besoin d’être chirurgien pour s’apercevoir quand une opération est franchement ratée)

Dans une étude de mars 2021, l’Institut national d’études démographiques (INED) rapporte une nette augmentation du nombre de décès, et un bilan « accablant » de 68 000 décès liés au Covid-19 en 2020, « en dépit des mesures prises pour freiner la propagation du virus » (source).


Dans sa conclusion, Laurent Mucchielli ose prétendre que la vaccination ne protège pas contre la contamination et qu’elle est moins souhaitable que l’immunité post-infection qu’il appelle « naturelle ». C’est exactement la croyance qui a causé la mort de l’avocat antivax Leslie Lawrenson le 2 juillet. À l’appui de cette deuxième assertion, il cite des données venues d’Israël où tout le monde n’est pas convaincu selon la source fournie par Mucchielli lui-même. À ce jour cette affirmation est indécidable, aucun expert n’a une réponse ferme (Laurent Mucchielli est vraiment trop fort), et on a des raisons de ne pas s’y fier compte tenu de la plus grande variabilité des réponses immunitaires liées aux infections par rapport à celles qui suivent une vaccination (source). Bien sûr, les variants ayant la particularité de varier, il est possible qu’une souche virale finisse par avoir ces caractères.

L’auteur veut voir dans la réduction de la mortalité et des formes sévères une preuve de la saisonnalité de l’épidémie, un argument qu’il utilisait, de concert avec Raoult, pour nier la deuxième vague, mais qu’il ne trouve pas à justifier. Sa seconde hypothèse est que le virus est devenu moins dangereux et qu’il faudrait donc laisser circuler le variant delta dans une stratégie de concurrence des variants défendue par Christian Vélot, qu’il cite, et dont j’ai eu l’occasion de vous dire qu’en réalité ça ne tient pas très bien la route, et que, surtout, c’est démenti par des travaux tout récents.

Il y a quelque chose d’indécent quand même à négliger comme il le fait, que 10 à 15% des infectés souffrent de covid long et risquent de garder des séquelles, choses dont la vaccination les protège à 95%, même avec le variant delta. Cette information devrait avoir du poids, mais elle est absente de sa rhétorique antivax.

Le 30 juillet — « La vaccination covid à l’épreuve des faits. Deuxième partie : une mortalité inédite. »

C’est cet article qui a été la goutte de trop. Il a d’ailleurs été débunké, par exemple ici ou sans que les auteurs n’acceptent de prendre la mesure du problème. Le scandale a poussé Médiapart a retirer ce texte du Club quelque jours plus tard, nous y reviendrons.

Ce texte est co-signé par des membres du « conseil scientifique indépendant » de Reinfo covid, le site fondé par le « gourou antivax » Louis Fouché.

Liste des auteurs : Laurent MUCCHIELLI (sociologue, directeur de recherche au CNRS), Hélène BANOUN (pharmacien biologiste, PhD, ancienne chargée de recherches à l’INSERM), Emmanuelle DARLES (maîtresse de conférences en informatique à Aix-Marseille Université*), Éric MENAT (docteur en médecine, médecin généraliste), Vincent PAVAN (maître de conférences en mathématique à Aix-Marseille Université) & Amine UMLIL (pharmacien des hôpitaux, praticien hospitalier, unité de « pharmacovigilance/CTIAP (centre territorial d’information indépendante et d’avis pharmaceutiques)/Coordination des vigilances sanitaires »

* Emmanuelle Darles est enseignant-chercheur à l’Université de Poitiers, mais le texte ci-dessus est un verbatim venu du site de France Soir. Ils ont pu commettre une erreur.

Quand on est devant un tel document, signé par des gens qui affichent des affiliations académiques, il faut se poser plusieurs questions.

1. Est-ce un article scientifique ?

Non, nous avons affaire à un billet de blog, et Laurent Mucchielli devrait éviter de le présenter comme un « article », parce que le directeur de recherche au CNRS qu’il est ne peut pas ne pas savoir que cela induit le public en erreur : ce n’est pas un article de recherche, et ce n’est même pas un article journalistique.

2. Qui sont les auteurs ?

Passons les en revue. Aucun d’entre eux n’est épidémiologiste, virologue ou infectiologue. Le seul médecin est un homéopathe. Deux auteurs sont pharmaciens, les autres n’ont aucune formation liée à la santé..

Hélène Banoun est une pharmacienne à la retraie qui n’a pas publié dans des revues scientifiques depuis 1988 (à l’exception d’un papier en 2021 sur l’évolution du virus publié dans une revue de … néphrologie). Elle est surtout une personnalité connue pour son intense activité au sein du mouvement antivax français. Elle n’est ni chercheuse ni affiliée à aucun laboratoire. Ce n’est pas le profil de co-auteur que je voudrais avoir avec moi sur un papier qui traite d’une épidémie.

Emmanuelle Darles, est chercheuse en informatique à l’Université Aix Marseille, avec une toute petite liste de publications assez peu citées.  Avec Vincent Pavan elle a publié un papier qui conclut que « létalité du vaccin est 200 fois plus grande que celle du Covid-19 » relayé partout dans la complosphère mais jugé « bidon » par n’importe qui d’autre (Cf LCI).

Vincent PAVAN est maître de conférence en mathématiques à l’Université d’Aix Marseille. C’est un militant anti-masque : « ça ne protège pas du virus, c’est un symbole de soumission politique. Le porter, ce serait m’imposer une narration à laquelle je ne crois pas ». Sur HAL il publie ce qui relève plus de la gueulante que de l’article scientifique : «Dénoncer la fausse science épidémiologique : réquisitoire contre l’article « Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France » : 17 chercheurs de 10 instituts ne comprennent ni les probabilités ni les mathématiques et inventent  » l’équation générale de la vérité  » qu’ils résolvent en  » double aveugle  » avant d’en maquiller piteusement la présentation et de se suicider sur la théorie du R0 ».
En septembre 2020, il propose à ses étudiants de retirer leurs masques s’ils le souhaitent, après avoir enlevé le sien (source). Moins de la moitié s’exécutent. À ceux que cela rend mal à l’aise, il propose de rentrer chez eux en promettant de ne pas les sanctionner. L’université a réagi en douceur, en proposant que monsieur Pavan fasse ses cours à distance ; il a refusé. Ses cours ont alors été reportés. Lui estime qu’ils ont été supprimés. L’université a fini par le suspendre, son cas n’est pas encore définitivement statué.

« Il juge que son statut d’enseignant-chercheur lui permet de refuser le port du masque et met en avant le principe qui assure aux universitaires une “totale indépendance dans l’organisation des enseignements à condition de faire preuve de tolérance et d’objectivité”. »

Source : Journal Mars Actu

Je ne suis pas certain que le droit de violer une règle sanitaire relève de la liberté académique. Là encore, ce n’est pas le profil de co-auteur que je voudrais avoir avec moi pour publier un travail sérieux sur la pandémie. [Ajouter un lie vers le pdf « la (non) fiabilité de Vincent Pavan, par Bill Pumpkin]

Eric Ménat est un médecin homéopathe (source) épinglé pour charlatannerie par le site Psiram. Psiram, si vous ne connaissez pas, est un outil formidable pour lutter contre les charlatans et les pseudo-thérapeutes, trop souvent en lien avec des dérives sectaires. Quand vous avez une fiche Psiram à votre nom, vous n’êtes pas quelqu’un avec qui je voudrais co-signer un article.

Amine Umlil, pharmacien, a déjà milité contre le Gardasil, le vaccin contre le papillomavirus qui protège contre le cancer du col de l’utérus et qui sauve environ 660 vies par an en France (source). Amine Umlil dirige le Centre territorial d’information indépendante et d’avis pharmaceutiques de Cholet, dont il est apparemment l’unique membre, et se plaint de sa hiérarchie du centre hospitalier de Cholet qu’il n’a pas réussi à faire condamner pour harcèlement. Sur son blog et à l’antenne de Sud Radio, il est l’auteur d’une désinformation selon laquelle les vaccins ne protègent pas des formes graves du covid (source).

Tout ces gens ont pour point commun de ne partager et colporter QUE des informations hostiles à la vaccination, sans nuance, sans distance, et parfois sans vérifier que le contenu est simplement… vrai. Voilà l’équipe dont s’est entouré Laurent Mucchielli, authentique sociologue du CNRS, pour contredire ce qu’il appelle la doxa, c’est-à-dire la parole des véritables spécialistes en démographie, en immunologie et en épidémiologie.

3. Un mot sur la forme.

J’emprunte ce petit bout d’analyse à un billet publié par Citizen4Science.

«Un bon tiers du propos n’aborde pas directement le sujet, mais a pour but d’influencer le lecteur de prime abord… L’article est donc émaillé de nombreuses injonctions, de nombreuses phrases d’auto validation, et de satisfecit ; le tout agrémenté de l’argument habituel des complotistes : “les médias mainstream sont corrompus et incompétents” En fait quand le package est complet : Méfiance ! »

4. Le contenu est-il factuellement vrai ?

L’article commence par une affirmation choc

« Dans le précédent épisode de notre mini-série sur la vaccination, nous avions montré que les données épidémiologiques les plus facilement disponibles à l’échelle mondiale suffisent à prouver que la vaccination ne protège pas de la contamination et de la transmission du Sars-Cov-2, en particulier de l’actuel variant Delta (ou indien), ce qui contredit massivement les déclarations répétées des représentants du pouvoir exécutif français relatives à la « protection vaccinale ». Aux États-Unis, le directeur du NIAID, Antony Fauci, vient du reste de le reconnaître publiquement, recommandant même le port du masque en intérieur par les personnes vaccinées »

Source : l’article désormais publié sur… France Soir

Le problème c’est que tout ceci n’est pas raccord avec la réalité. Le Dr Fauci sur MSNBC, explique le 28 juillet que le variant Delta change la donne. Il rappelle qu’une personne vaccinée n’est jamais protégée à 100% et qu’avec les variants précédents une personne vaccinée qui était infectée malgré tout avait une charge viral nasopharyngée beaucoup moins forte qu’un non-vacciné, ce qui la rendait moins contagieuse. Ce n’est plus vrai avec le variant delta, et ce variant est justement celui qui est en train de se diffuser partout, ce qui justifie que tout le monde, les vaccinés comme les autres, porte un masque en intérieur en présence de public. Fauci ne remet pas en cause l’utilité d’être vacciné, et il faut croire que nos auteurs comprennent mal l’anglais ou considèrent qu’ils ont le droit de tordre la réalité.

La torsion de la réalité est aussi palpable dans cet autre extrait :

«En Israël, un des pays où la population est la plus vaccinée au monde, les autorités viennent ainsi de décider de fermer les frontières du pays aux touristes vaccinés, indiquant non seulement que la vaccination ne protège pas de la contamination et de la transmission, mais également que la majorité des personnes hospitalisées pour des formes graves sont désormais des personnes vaccinées.»

Je ne vais pas mâcher mes mots, ici nous avons affaire à de la manipulation. Si c’était un vrai article scientifique, ce serait de la fraude.

Israël n’a pas « fermé ses frontières aux touristes vaccinés » comme on nous le dit. La réalité c’est que le pays avait pris la décision d’ouvrir ses frontières… qui étaient fermées à tout le monde… de les ouvrir seulement aux touristes vaccinés. Et finalement cette ouverture a été reportée (avec quelques exceptions pour certains touristes vaccinés). Les faits sont donc : Israël a reporté l’ouverture prévue de ses frontières aux touristes vaccinés et n’envisage pas de les ouvrir aux non-vaccinés (source). Mais on ne peut pas comprendre les faits tels qu’ils sont lorsqu’on lit le texte de ces gens. Ils se sont mis à 5 pour rédiger une phrase parfaitement trompeuse ; peuvent-ils être assez stupides et incompétents pour l’avoir fait involontairement ?

Dans cet extrait décidément très riche ils affirment que « la majorité des personnes hospitalisées pour des formes graves sont désormais des personnes vaccinées. » S’ils nous précisent cela c’est qu’on est censé faire quelque chose de cette information. Et là ils ont l’intelligence de ne pas nous souffler la réponse, qui reste suggérée. On est prié de comprendre que la vaccination ne protège pas contre les formes graves.

On va devoir rectifier tout ça : 40% des hospitalisés sont vaccinés (source). Et déjà : pourquoi nos 5 auteurs nous disent-ils qu’ils sont une majorité ? 40% ce n’est pas la majorité.

Pour savoir si ce chiffre de 40% parmi les hospitalisés est élevé ou pas, il faut connaître la proportion des vaccinés dans la population générale. 87% des plus de 20 ans sont vaccinés dans le pays avec un vaccin dont l’efficacité est estimée à 90%. Nous allons faire une petite opération parfaitement à la portée d’un docteur en mathématique et même d’un homéopathe.

Considérons que 90% des vaccinés sont protégés contre les formes sévères, il reste donc 10% des 87%, c’est à dire 8,7% de vaccinés qui peuvent faire un covid. À coté d’eux, nous avons les 13% de non-vaccinés. Faisons la somme 8,7+13= 21,7. Or 8,7 représente 40,09% de 21,7.

Cela veut dire que si les vaccins sont bel et bien efficaces à 90% on s’attend à obtenir 40% de malades hospitalisés alors que vaccinés. Ces chiffres, quand on les comprend, nous disent que la prémisse de l’efficacité forte du vaccin est parfaitement validée par ce qu’on observe sur le terrain.

Rendez-vous compte de ce qui se passe dans ce texte ! Une information qui confirme que les vaccins sont efficaces est utilisée dans une phrase qui nous incite à penser le contraire. On est face à de la manipulation. Je n’ai pas d’explication sur ce qui peut pousser un sociologue du CNRS a commettre une chose pareille. Cherche-t-il à exister, à être au centre de l’attention, à se sentir utile, à endosser le rôle héroïque du résistant, ou bien est-il sincèrement aveugle à la torsion qu’il imprime aux faits qu’il utilise pour raconter sa version de l’histoire ? Je ne sais pas si nous avons à affaire à des gredins ou à des gens dont la rationalité est gravement atteinte.


Petite parenthèse. En France le 30 juillet une étude de la Direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques montre que 85% des patients hospitalisés à l’échelle du pays sont non-vaccinés (source). Le 5 août, à l’hôpital Nord de Marseille, 99% des patients en réanimation ne sont pas vaccinés (source). Cela va à l’encontre du narratif de Laurent Mucchielli et de ses amis.


Chasse aux sorcières ?

On n’a pas besoin d’aller plus loin pour comprendre que ce papier est un monument de désinformation. Mais le pire est à venir puisque ce billet de blog a pour objectif de faire passer l’idée que les vaccins tuent afin de demander l’arrêt immédiat de la campagne de vaccination.

Et ainsi les auteurs développent longuement une litanie de signalements de la pharmacovigilance et concluent qu’en France, en 6 mois, les vaccins sont la cause de 15 000 évènements indésirables graves, qu’ils ont entrainé 1800 hospitalisations, plus de 2800 mises en jeu du pronostic vital et près de 1 000 morts. Leur phraséologie s’orne alors d’un discret « potentiellement liés à la vaccination anticovid ». Et le mot potentiellement ne permet pas à un lecteur qui ne serait pas méfiant, de comprendre autre chose que : « les vaccins tuent, on le sait, on a la preuve, on vous a fourni les chiffres ! » d’autant que aussitôt après les auteurs ajoutent les 1500 morts britanniques « que les déclarations lient à l’injection du vaccin », « les 448 décès rapportés comme liés à la vaccination » aux Pays bas et d’autres chiffres alarmants en Europe et aux Etats-Unis

Et le problème c’est que ces chiffres, qu’ils n’ont pas inventés, ne sont pas des chiffres qui nous informent sur le nombre de décès causés par les vaccins. Ce sont des chiffres qui indiquent le nombre de signalements reçus concernant une personne décédée dans les jours qui suivent une injection, quelle que soit la cause de la mort. Et peut-être savez-vous qu’en France, chaque jour en moyenne, hors période de pandémie, 1500 personnes meurent, ce qui justifie qu’on n’attribue pas au vaccin toutes les morts qui suivent une injection parce qu’alors on commet une confusion très basique qu’on ne pardonne pas à un chercheur, du CNRS ou d’ailleurs : celle de prendre une corrélation pour une causalité (illustration).

Selon les auteurs la présomption d’imputabilité de ces décès aux vaccins est « considérablement renforcée lorsque les décès surviennent très rapidement après la vaccination, ce qui est le cas comme on le verra avec les données américaines (la très grande majorité des décès déclarés sont survenus dans les 48h) ».

Mais nous avons encore un problème. Je cite Jean-François Cliche du journal québécois Le Soleil : « [Mucchielli] cite à cet égard un site web anonyme, openVAERS.com, maintenu par des gens qui disent avoir subi des «blessures vaccinales» — ce qui suggère un fort risque de biais anti-vaccin. Le site en question présente des chiffres de la santé publique américaine (CDC), et on y voit un graphique montrant le nombre de décès en fonction du nombre de jours suivant la vaccination. Sur les quelque 8800 décès répertoriés, un peu moins de 3500 (ou 40%) sont survenus dans les 48 heures, ce qui est déjà assez différent de la «très grande majorité» dont parle M. Mucchielli.» Le journaliste ajoute que le jeu de données de ce site est incomplet, et que lorsqu’on regarde l’ensemble des données de la pharmacovigilance le pourcentage de décès survenus dans les 48 premières heures n’est plus que de 29 %.

Vous n’avez sans doute pas besoin que je vous dise que 29%, ce n’est pas la majorité.

Le billet de blog de Laurent Mucchielli en arrive à sa conclusion

« Cette mortalité vaccinale (qui n’est que la pointe émergée de l’iceberg des effets indésirables graves) est donc inédite, elle est particulièrement grave et sa dissimulation l’est plus encore. Soyons clair : dissimuler d’une façon ou d’une autre un tel danger est tout simplement criminel vis-à-vis de la population »

Je reformule : on nous explique que cette mortalité est facile à détecter. La preuve : les auteurs ont trouvé les chiffres et les montrent dans ce papier, et par conséquent si personne d’autre n’en parle c’est que quelqu’un a décidé que cela devait être gardé secret ; c’est un crime contre la population. Si les lecteurs de ce papier sont convaincus par cela, je vous laisse imaginer les actions qu’ils sont motivés à entreprendre pour dénoncer des crimes, les punir, voire empêcher qu’ils se perpétuent encore. Ce billet n’est pas simplement mauvais, biaisé et trompeur, il est carrément dangereux. Dans le contexte tendu d’un rejet des mesures sanitaires et d’un gouvernement qui a montré depuis ses débuts qu’il préférait brutaliser le peuple plutôt que de négocier, quelle conséquence pourrait bien avoir d’ajouter dans la marmite une fake news scientifique estampillée du package CNRS–Inserm–Université Aix Marseille qui nous annonce que toutes les autorités scientifiques nous cachent la vérité sur les milliers de morts causées par la vaccination ?

Il m’est avis que c’est le genre de texte qui sert d’alibi à des passages à l’acte contre ceux que les auteurs appellent les « complices de cette nouvelle mortalité vaccinale qui semble inédite dans l’histoire de la médecine moderne.»

C’est peut-être pour ça que Médiapart, qui héberge les 90 billets de blog de Laurent Mucchielli a décidé que ça allait un petit peu trop loin.

Le 4 août — Médiapart supprime le dernier article

Je cite la rédaction de Médiapart :

« Pour arriver à leur conclusion « d’une mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne » provoquée par la vaccination de masse face au Covid-19, [les auteurs] additionnent tous les effets indésirables déclarés après une vaccination alors même que le lien entre ces effets et le vaccin n’est pas toujours formellement établi.

Or cette démonstration fausse et trompeuse est mise au service d’un appel solennel à suspendre la vaccination contre le coronavirus, avec la double autorité que lui confère le statut de directeur de recherche au CNRS de son auteur et la publication de son texte sur Mediapart dont même ses critiques reconnaissent le sérieux informatif. Le relayant sur les réseaux sociaux, Laurent Mucchielli le présente comme un « article » , tandis que l’extrême-droite le relaie comme une publication de Mediapart, faisant semblant d’ignorer la distinction, explicite pourtant, entre notre Journal et son Club. »

Source

C’est une bonne chose que Médiapart n’ait pas continué à regarder ailleurs pendant que son site était utilisé pour désinformer le public. Mais c’est dommage d’avoir attendu un tel summum d’intoxication, viral qui plus est. On ne compte plus, sur Twitter ou ailleurs, les messages qui reprennent le papier de Laurent Mucchielli & Cie en s’extasiant qu’un chercheur du CNRS valide leur croyance selon laquelle les vaccins sont plus dangereux que l’épidémie.

Oui, que les vaccins soient plus dangereux que l’épidémie, c’est apparemment ce que croit Laurent Mucchielli qui a retweeté le jour même du retrait de son billet de blog un message de France Soir qui relaie la parole du Dr Charles Hoffes, un médecin de famille canadien et dont le contenu est « Ces substances appelées vaccins sont plus dangereuses que le covid. Ils provoquent plus d’accidents ». Je vous rappelle que nous parlons d’une épidémie qui a déjà fait entre 4 et 13 millions de morts et je ne sais combien de malades qui garderont des séquelles.

Je signale en passant que le Dr Charles Hoffe affirme aussi que 62% des vaccinés ont des dommages permanents dans le corps, et vous voyez bien que je ne peux pas prendre le temps de débunker cette bêtise là, ce texte étant déjà bien trop long. Je vous renvoie vers le travail d’information de l’AFP.

On voit que Laurent Mucchielli est désormais le vecteur de désinformations antivax farfelues, il a achevé son voyage dans la sphère du complotisme. Il est partagé par le site ultraconspi et facho Profession gendarme.

Le 2 aout — Sur France Soir

Entre la publication de son chef d’oeuvre et sa dépublication, Le 2 aout Laurent Mucchielli est allé sur France Soir professer à propos de « L’inquiétant déclin du journalisme » et je pense que la plupart des sociologues du CNRS auraient beaucoup à redire sur le choix d’aller tenir une telle critique dans le média le plus conspirationniste, le plus biaisé le moins fiable et le plus éloigné de ce qu’est censé être le journalisme, puisque Xavier Azalbert, qui a racheté le Journal France soir en 2014, en a viré tous les journalistes en 2019, le transformant en un blog à la gloire de ses idées personnelles.

Disons-le clairement : s’associer avec France Soir, de la part d’un chercheur qui a fréquenté les médias, est un choix lourd de sens. C’est une sorte de coming out complotiste.

 « Je souris quand je vois régulièrement sur Twitter des gens qui se moquent de France soir en disant que vous reprochant de n’être qu’un blog mais enfin Libération c’est quasiment plus que ça aussi. » (Mucchielli chez France Soir, 18 min)

Laurent Mucchielli vit très mal d’être devenu la cible des fact-checkers qui pointent régulièrement ses erreurs ou mensonges :

« Des jeunes journalistes qui ne viennent pas des rubriques scientifiques, médicales, qui n’y connaissent rien du tout en réalité, vont en l’espace de quelques semaines se mettre à s’improviser commentateurs et experts de telle ou telle question scientifique ou sanitaire alors que sur le fond ils n’y connaissent absolument rien (…) et qui se retrouvent dans ces nouvelles rubriques dites de fact-checking. » (Mucchielli chez France Soir , 15min20)

« Il y a des gens qui ne sont absolument pas compétents et qui, loin d’avoir un minimum d’humilité et de prudence, au contraire, se permettent à tort et à travers de prétendre dire le vrai du faux sur toutes les questions. C’est un simulacre ! » (Mucchielli chez France Soir, 20min30)

Le 5 aout – Une posture pro-ivermectine pseudo-scientifique

Laurent Mucchielli partage une étude de mauvaise qualité qui prétend prouver l’efficacité de l’ivermectine contre le covid. Pourquoi de mauvaise qualité ? Parce que dans les sources de cet article on trouve des méta analyses qui tiennent compte de l’étude la plus vaste sur l’ivercemectine, celle de Elgazzar et al qui a pour particularité d’être une authentique fraude, reconnue comme telle, et supprimée par le journal (j’en ai parlé ici). C’est l’équivalent de l’étude Merha que Raoult et consort appellent abusivement le plus grand scandale scientifique de tous les temps. Au minimum les pro-Raoult devraient avoir assez d’amour propre pour se montrer regardant avec ce genre de détail.

Les méta-analyses qui tiennent compte de l’étude Elgazzar pour tirer des conclusions sont forcément biaisées et ne devraient pas être partagées par un chercheur, surtout pas s’il veut pouvoir accompagner le partage d’une phrase aussi définitive que « Encore une revue de la littérature scientifique qui montre que l’ivermectine est le médicament le plus efficace contre la covid. » Je suis désolé, j’aimerais moi aussi qu’un traitement efficace soit démontré, mais à ce jour affirmer une telle chose relève du registre de la croyance religieuse et pas de celui de la science.

Le 23 juillet, Laurent Mucchielli exprimait déjà une lecture conspirationniste du dossier en affirmant que les intérêts des industriels fabricant les vaccins étaient la raison du rejet de l’ivermectine par les experts. Quand il dit cela, monsieur Mucchielli accuse les professionnels de la médecine et de la pharmacologie de mentir, d’être corrompus, de faire passer l’appât du gain avant la santé publique. Tout le monde est pourri sauf lui, quoi, en somme.

Radicalisation en cours…

9 aout, publication de « La dangerosité des nouveaux vaccins anti-covid est un fait historique » par la même équipe : Mucchielli, Banoun, Darles, Menat, Pavan et Ulmile.

Dans ce billet, les auteurs persistent et signent ; échaudés par la suppression de leur article par Médiapart, ils parlent de censure. Et c’est peut-être en effet de la censure qui s’est produite, en tout cas une régulation de la parole sur un média journalistique. Mais il ne faudrait pas faire semblant de s’étonner : on attend d’un média qu’il opère des choix sur ce qui relève de l’information ou de l’intox, c’est même la moindre des choses qu’on fasse obstacle à la publication d’informations fausses ou trompeuses. Evidemment, la situation est beaucoup plus salée quand vous êtes l’auteur de la fake news, le travail journalistique vous semble alors injuste, aux ordres d’une sorte de vérité officielle.

Les auteurs expliquent le rejet de leur parole par la dissonance cognitive de celles et ceux qui se sont exprimés en faveur de la vaccination : « Ils y voient une remise en cause insupportable de l’idéologie qu’ils ont adoptée », et si cette hypothèse est à garder à l’esprit, car il faut être prudent, je me permets de signaler qu’elle est on ne peut plus valable pour Mucchielli et Cie, tant la virulence de leur propos est propice à les enfermer eux-mêmes dans un narratif étanche au doute, à la remise en question, ou à la simple correction de leurs idées. S’ils cherchent des signes de dissonance cognitive, ils n’ont pas à franchir le pas de leur porte.

Laurent Mucchielli se plaint que « les influenceurs se déchainent », mais que peut-on dire de lui sinon qu’il a adopté la posture d’un influenceur du web ? Sur la crise, publie-t-il le moindre travail scientifique ou se déchaîne-t-il au travers d’un militantisme antivax ? C’est bien douloureux pour lui, j’en conviens, mais la réponse de l’écosystème numérique n’a rien de mystérieux : à un influenceur de la complosphère dont la parole virale déborde complètement les moyens de régulation, de contrôle, et même de réfutation en des délais utiles de la part du monde scientifique, répondent d’autres influenceurs du Net. J’en suis un. C’était parfaitement prévisible, tout comme l’était la deuxième vague de l’épidémie, mais là encore Laurent Mucchielli a manqué de sagacité si l’on en juge par sa surprise et sa posture de victime :

« ils ont ensuite harcelé sur Twitter l’institution (le CNRS) du premier signataire de cet article, espérant ainsi lui nuire de façon personnelle et directe.»

Les influenceurs ont rendu service au CNRS en lui donnant l’occasion de se distancier d’une parole anti-scientifique, chose qu’une telle institution fait toujours trop tard, trop frileusement, aux dépends de sa propre crédibilité.

Plus bas, Laurent Mucchielli dans un satisfecit égomaniaque revendique que ses écrits sont la cause pour laquelle la Direction générale de la santé a publié un appel à « maintenir un suivi des échecs vaccinaux » (mais si ça se trouve le maintien de cette vigilance se serait fait de toute façon), et avance que c’est grâce à lui que la revue Prescrire : « a mis à jour « de façon anticipée » sa fiche relative aux « effets indésirables connus mi-2021 des vaccins covid-19 à ARN messager », reconnaissant notamment des complications cardiaques graves jugées toutefois « très rares ». » (et on voit dont que Prescrire rechignerait finalement à accepter la saine influence de Mucchielli). De tels liens de causalité mériteraient d’être démontrés plutôt qu’assénés sur un ton héroïque. Mais, justement, c’est tout le problème de la démarche de Laurent Mucchielli depuis le début : son mépris pour la démonstration des liens de causalité auxquels il veut croire et qu’il veut imposer à tout le monde. Il faut injecter un peu plus de scepticisme là-dedans si l’on veut tenir un propos scientifiquement défendable.

Les auteurs rejettent les critiques faites à leur texte précédent qui commettait l’erreur fondamentale de confondre « décès signalés après un vaccin » avec « décès causés par un vaccin » au prétexte qu’il serait impossible d’arriver à une telle preuve (Pourquoi ?!), mais tout en affirmant que la prudence de ceux qui n’embrassent pas leur conclusion, « c’est un peu comme si on voulait contester l’existence d’un homicide au motif que l’on n’a pas encore trouvé le coupable. » Et il faut donc constater qu’ils retombent dans l’exacte même erreur, car dans cette métaphore le problème est ailleurs : en réalité on a des personnes décédées, nulle preuve qu’il s’agit d’homicides, mais Laurent Mucchielli claironne qu’il a déjà le coupable et que les autorités le cachent. Je m’attends à ce que les experts de la pensée conspirationniste se penchent sur la logique de ces propos.

« Concernant la « mortalité attendue », l’argument utilisé par nos savants critiques nous paraît tout aussi rhétorique. Il consiste à dire au fond qu’il est normal que des gens meurent à tout âge, vaccinés ou pas, et donc qu’il n’y a pas lieu de s’interroger plus avant sur les décès. »

J’espère que personne n’a dit qu’il n’y avait pas lieu de s’interroger plus avant sur les décès. Je dirais même que j’en suis convaincu, car si tel était le cas Laurent Mucchielli ne perdait pas l’occasion de glisser une citation. Pour ne pas accuser injustement Laurent Mucchielli de commettre un malhonnête homme de paille, je lui ai demandé des références qui auraient dû se trouver dans le texte. Pour l’heure : pas de réponse.

Le texte du 9 aout a une forte composante politique, mon analyse est que c’est une motivation politique qui anime ce travail grimé en une contribution scientifique qui prend fait et cause contre la méthode :

«Ceci n’est pas sans rappeler la controverse sur l’hydroxychloroquine où la discussion méthodologique des doctus cum libro (« Comment, vous n’avez pas randomisé en double aveugle ? mais ça ne vaut rien alors ! ») servait à éviter d’avoir à aller voir sur le terrain (médical) si ce traitement précoce permettait ou non de réduire le nombre et/ou la sévérité des maladies.»

Laurent Mucchielli est de toute évidence un croyant de la chloroquine tout comme il est un croyant dans le danger des vaccins. Tristement, le sociologue du CNRS est désormais radicalisé dans une logique et une rhétorique conspirationnistes. Je ne suis pas en mesure de donner un avis sur la qualité scientifique de son travail de sociologue avant la crise, mais je crois que la question se pose. A-t-il toujours eu une démarche pseudo-scientifique consistant à faire mentir les chiffres, à tout faire passer derrière son idéologie ? Ou bien a-t-il changé ? Les deux hypothèses nous rappellent qu’un scientifique, même médaille de bronze du CNRS, peut devenir une source de désinformation, et cela pose la question des dégâts que l’autorité dont jouit un savant qui dérape peut causer à une époque où les billets de blog ont parfois plus de pouvoir sur l’opinion que les véritables articles de recherche.

Cela pose la question de ce que peut s’autoriser à dire publiquement un scientifique qui jouit d’une écoute et d’une crédibilité qui ne devrait être indexée qu’à son activité dans son champ de compétence.

Le CNRS, en tout cas, s’est clairement désolidarisé des propos de Laurent Mucchielli sur la crise sanitaire, mais nous verrons que la position du centre de recherche est quelque peu contradictoire à ce jour.

La liberté académique s’accompagne d’une responsabilité académique.

Les universitaires doivent jouir d’une liberté d’expression intacte, ils sont une population d’experts dont la parole est cruciale en démocratie pour résister aux arbitraires du pouvoir.

Je suis un farouche défenseur de la liberté académique quand elle est menacée par des tentatives d’influence, voire de prise de contrôle de champs disciplinaires par le politique comme on en a eu un aperçu en février avec l’actuelle ministre de la recherche qui voulait qu’une autorité administrative se substitue au processus de véridiction scientifique par les pairs concernant une dérive que d’aucuns qualifient d’islamo-gauchiste dans les laboratoires. Si une telle « dérive » existe, c’est aux chercheurs de la décrire et de juger de sa pertinence où du problème qu’elle pose. Je le répète, je juge la liberté académique fondamentale, mais elle n’autorise pas un ethnologue qui disserterait dans son journal intime sur les équations de la théorie des cordes à prétendre faire de la science, non plus qu’une microbiologiste ne pourrait légitimement faire valoir son indice H quand elle s’exprime contre le consensus scientifique au sujet de la 19e dynastie des pharaons.

Il n’est pas question que le CNRS flique ses chercheurs, qu’il traque leurs prises de position, qu’il leur impose une idéologie. Et c’est bien parce que le CNRS ne fait rien de tout ça qu’on est obligé de signaler à ce très grand centre de recherche quand, de toute évidence, un chercheur part en vrille et prend de manière renouvelée des positions publiques qui engagent son statut de chercheur et qui remettent en question, pardon de le dire, la pertinence de la gouvernance des projets de recherche, voire des recrutements.

Parce qu’il faut rappeler que Laurent Mucchielli n’écrit pas ses billets de désinformation sur des heures de loisir. Il ne fréquente pas l’homme d’affaire Xavier Azalbert, patron de France Soir, par hobby. Il a inscrit son analyse de la crise sanitaire dans le programme de recherche de l’unité où il travaille.

On retrouve l’ensemble de ses billets de blog sur la page d’accueil de son laboratoire, mais aussi sur HAL, une plateforme dont la vocation est de publier des « articles scientifiques de niveau recherche », pas des billets de blog ou le discours à l’IHU d’un chercheur s’exprimant en dehors du champ de ses compétences. En s’auto-citant en permanence ainsi par l’intermédiaire de son blog, Laurent Mucchielli spamme cet espace de l’Unité Mixte de Recherche et invisibilise ses collègues qui ont de vraies prises de paroles étayées par leurs recherches dans des médias indépendants.

Le site du laboratoire CNRS dirigé par Laurent Mucchielli contient une page entièrement consacrée à la compilation des prises de position du sociologue sur le covid19. L’ensemble est présenté comme « une enquête », que la coordinatrice scientifique de l’équipe met à jour régulièrement.

Toutes ses productions discutables sont financées sur les deniers publics par le poste de directeur de recherche qu’il occupe et qui exige de lui certains devoirs comme spécifié dans la charte de déontologie du CNRS.

Je n’aurais pas de grief envers Laurent Mucchielli si son activité concernant la crise sanitaire s’exerçait dans les règles de l’art. Je ne suis bien sûr pas opposé à ce qu’un regard de sociologue soit posé dès maintenant sur l’épidémie, la parole publique, l’autoritarisme, la confusion médiatique, le rôle des sites de réinformations et mille autres aspects qu’un spécialiste de cette science saurait aborder de manière pertinente et utile. Nous avons besoin d’une sociologie qui remue nos représentations. Simplement, son travail devrait passer d’abord par le canal de la publication dans les journaux spécialisés, comme tout le monde. Il devrait produire des contributions à la conversation scientifique, même en ayant une positon controversée. Et le CNRS a le devoir de veiller à ce que ce soit bien le cas, sans quoi n’importe quel chercheur, dès qu’il est fonctionnaire titulaire, pourrait faire et dire absolument tout ce qui lui chante tout en continuant à jouir se son statut et de l’autorité qu’il confère.

Que faire ?

Je ne sais pas ce que peut faire ou ce que doit faire le CNRS. Je sais ce qu’à titre personnel je voudrais voir arriver au contrat d’un chercheur qui utilise son titre, son laboratoire, son temps de travail et les outils de publications du CNRS pour propager une désinformation potentiellement mortelle en pleine pandémie. J’ai un avis là-dessus, mais je doute qu’il soit assez pertinent pour mériter que je l’expose. Comment une telle situation peut-elle se régler en vertu des statuts particuliers des enseignants-chercheurs ? C’est une question de droit, et n’étant pas juriste je vais éviter de faire une Mucchielli et de décréter ce que devraient conclure les experts. Mais j’avoue que j’aimerais entendre l’avis d’experts sur la manière dont il convient, pour un centre de recherche, de gérer le cas d’un chercheur payé par l’argent public… et qui s’emploie à désinformer le public sur des questions qui touchent à la survie des gens.

Notre société vit en déficit de confiance depuis trop longtemps, et une telle dette finit par se payer bien trop cher. Nous n’avons pas les moyens de dilapider le crédit de la parole scientifique alors que les défis du monde moderne rendent nécessaire la présence de cette parole à tous les stades depuis la détection des problèmes jusqu’à l’élaboration des solutions.

Acermendax