Ca Coule de Source, magazine de Zététique, s’organise en 3 Segments.
— Confluences : Une revue des publications récentes des sphères sceptiques et zététique
—En direct de la source : Un entretien avec un invité (une source !) pour traiter un sujet.
— Résurgences : Réflexions sur les évènements, mise à jour des dossiers en cours. Réactions aux commentaires, messages et courriers que vous nous adressez.
1. Confluences
Les publications de la Zétosphère durant les mois de aout et septembre 2022.
–> N’hésitez pas à m’envoyer des liens vers les publications de qualité que vous croisez : vidéo, billets de blog, thread twitter…
NB : Ghaïs prépare une grande vidéo très sourcée sur le soulevé de charge avec dos rond. Jje vous rappelle que je suis sans avis sur le sujet, car incompétent. Et donc, dans ce cas je me fie à ceux qui ont la meilleure méthode. La meilleure méthode ne pouvant pas être, « Moi je vends beaucoup de livres, les autres c’est des cons ».
Documentaire équilibré sur les aspects intéressants et les dérives de la psychologie positive… Jusqu’à des pratiques bullshit qui ont pour « vertu » de justifier le système capitaliste.
Sur le sujet, voir le livre de Thierry Jobard « Contre le développement personnel »
Vincent s’est payé le petit monde du coaching de coach, c’est à dire des arnaqueurs qui arnaque des gens qui ont une certaine tendresse à l’idée d’arnaquer les autres.
Un travail quantitatif d’analyse des rapports de communautés antagonistes sur Twitter. La vidéo pose la question de la négativité agressive employée sur les réseaux
Ma réflexion –> Si votre stratégie agressive ne porte pas ses fruits, avez-vous raison de continuer quand même. Oui, peut-être si vous êtes face à des ennemis idéologiques, à des gens qui vous semblent dangereux et dont il faut détruire la parole. Non dans les autres cas.
Sur TikTok
— Mr Sam sur TikTok : Le Paradoxe du médecin.
— Contradico (Appel à la sagesse populaire)
— La Tronche en Biais !
2. En direct de la source
Le Dr Jérôme Barrière est oncologue au Pôle Santé Saint-Jean de Cagnes-sur-Mer.
Il a pris la parole durant la pandémie au sujet de la vaccination des malades du cancer.
Quand la covid19 est arrivée en 2020, quand on a commencé à s’inquiéter, à porter des masques, à compter les morts. Une partie de la population était encore plus inquiète que toutes les autres : celles et ceux qui souffrent de longues maladies, et tout spécialement les malades du cancer (qui sont environ 3,8 millions en France aujourd’hui) dont les traitements sont lourds (chimiothérapie, immunothérapie), fatigants et bien souvent impactant pour le système immunitaire, ce qui rendait le covid franchement effrayant.
La question de la vaccination de cette population fragile était donc un sujet grave… Et bien sûr de la désinformation s’est abattue très vite pour distiller l’idée que les malades devaient absolument éviter le vaccin car il était plus dangereux que la maladie.
Pire que cela, désormais, les non-malades sont concerné par la rumeur puisqu’on nous annonce carrément que les vaccins anticovid… donnent le cancer.
C’est la conclusion d’un article de recherche publié en juin 2022 dans une revue scientifique à comité de lecture : « Food and Chemical Toxicology« , un journal à l’impact factor de 5,57, classé » dans le premier quartile en toxicologie, c’est à dire que dans cette spécialité il est jugé « meilleur » que 75% des autres journaux.
Il s’agit donc du type même de publication que nous, zététiciens, nous considérons comme faisant partie de ce qu’il y a de plus fiable au monde pour se faire un avis sur un sujet donné. Un document a priori fiable nous dit que les vaccins donnent le cancer.
Nous sommes dans la situation où c’est notre devoir de rester attentifs aux effets secondaires des vaccins (parce qu’il y en a) afin de réévaluer constamment la balance bénéfice/risque pour décider des recommandations en santé publique. Et là, évidemment, échapper au covid pour attraper un cancer, je ne suis pas d’accord. Et sans doute que vous non plus. Ça mérite qu’on sache si cette publication dit vrai !
Notre invité a justement travaillé et écrit sur ce sujet, le cancer c’est sa spécialité. Docteur Barrière, vous voulez qu’on rétracte cette publication, c’est à dire que la communauté scientifique lui retire toute validité, l’écarte du corpus des connaissances fiables. Pourquoi ? Est-ce que vous fautes ça dès qu’une étude conclut un truc qui vous dérange ? Etes-vous payé par quelqu’un qui a intérêt à cacher des preuves ?
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2022/09/2022.09-Miniature-Coule-de-Source-Ep02.png6571197Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2022-09-29 10:28:572022-09-29 11:05:25Ca Coule de Source 2 (28/09/2022) La Rétractation des Etudes Pourries
En novembre dernier, je publiais une vidéo où je faisais l’analyse d’un support de cours transmis par un ou une étudiante qui tenait à garder l’anonymat, par peur de représailles — J’insiste : par peur de représailles. Cette personne tenait malgré tout à critiquer le cours d’homéopathie obligatoire qui lui semblait ne pas avoir sa place à l’université, en 5e semestre de licence. Elle avait raison, le cours est une honte. C’est une immense publicité pour les vertus magiques et les croyances de l’industrie homéopathique. Ce n’est par un travail de professeur d’université, c’est une réunion Tupperware.
Le but de ma vidéo, où j’ai pris soin de ne pas nommer l’enseignant, était d’alerter la faculté de pharmacie de Nancy dont j’estimais qu’elle verrait l’intérêt de réexaminer ce cours et de proposer mieux à ses étudiants. J’ai eu tort.
Mon objectif était d’attirer assez l’attention pour qu’un cours qui est là, depuis des années dans des conditions qui me semblent anormales, puisse être remis en question pour le bénéfice des étudiants et de la réputation de la Faculté. Bien sûr, je savais que je risquais de me faire des inimitiés à l’Université, alors même que j’ai un intérêt personnel à entretenir de bonnes relations avec cette institution, mais j’ai pensé qu’envoyer un simple courrier n’aurait servi à rien et qu’il valait mieux utiliser le poids et la renommée de cette chaîne YouTube pour faire changer les choses. [Les derniers développements valident mon jugement de l’époque, vous verrez que l’Université n’est actuellement pas disposée à tolérer la critique.]
Et donc, comme je vous le disais, j’ai une mauvaise nouvelle. Tellement mauvaise que j’ai demandé par deux canaux à l’Université de Lorraine de me donner quelques explication sur deux décisions prises en haut lieux, et que j’ai contacté le référent à l’intégrité scientifique de l’Université le 9 septembre. Si vous voulez voir à quoi ressemble une séance de cet enseignement obligatoire, je vous recommande le visionnage des deux vidéos précédentes ou je passe en revue le support de cours, puis un extrait du cours déposé sur l’Environnement Numérique de Travail. Autrement dit j’ai la capture vidéo des propos que je critique, ce qui permet d’être certain que je ne les déforme pas.
Un seul exemple.
Je donnerai ici un seul exemple de ce que je trouve problématique, en dehors de l’absence totale de science, de méthodologie, de perspective temporelle (ne disons même pas historique), de concepts notamment liés au placebo (un vrai sujet qui mérite des heures de cours !), c’est l’étude de cas donné en fin se séance.
Aux étudiants, on explique quoi répondre à une Maman qui vient dans une pharmacie pour son enfant de 8 ans, Arthur. Depuis 24h, le petit a le nez qui coule, il fait des cauchemars et a… 40°C de fièvre. La bonne réponse, soit-dit entre nous, est « Madame, emmenez votre fils voire un médecin, et en attendant, voici un antipyrétique pour faire baisser la fièvre. » La réponse de madame la professeure Dominique LAURAIN-MATTAR est toute différente. En substance la voici : « Donnez-lui Oscillococcinum jusqu’à disparition des symptômes. Accompagné de Belladona 9CH (contre la rhinorrhée, la congestion tympanique, les cauchemars) et de Allium cepa 9CH contre la rhinorrhée.»
Madame la professeure ne fournit aucune source scientifique concernant l’efficacité de ces remèdes. Elle ne le pourrait pas d’ailleurs, puisque ça n’existe pas. En revanche, laisser sans vrai traitement Arthur qui souffre de fortes fièvres depuis plus de 24h, c’est dangereux, et je suppose que, comme moi, vous n’avez pas envie d’être reçu par un pharmacien qui suivrait ces conseils. Je suis très choqué par ce cours d’un point de vue scientifique et d’un point de vue éthique. Mais je suis ouvert à toute explication qui montrerait que j’ai tort d’émettre cette critique. J’ai déjà dit que je partagerai tout droit de réponse qui serait demandé par l’enseignante ou par la faculté.
Je n’ai pas eu de réponse dont je puisse vous livrer lecture. Et pourtant il y a eu une réponse, à la rentrée de septembre. Le plus simple est que je vous lise le courrier que j’ai envoyé à Monsieur le Référent Intégrité le 9 septembre.
Je vous écris pour vous faire part de ce qui, à mon sens, est un sérieux problème d’intégrité scientifique dans l’enseignement dispensé dans la Faculté de pharmacie de Vandoeuvre-les-Nancy, mais aussi dans la manière dont l’Université de Lorraine gère la critique en son sein.
Je suis co-fondateur et directeur de la rédaction de l’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit critique (ASTEC). Depuis 2016, j’y exerce le métier de vulgarisateur scientifique, conférencier et formateur à l’esprit critique. Depuis six ans, j’interviens environ deux fois par an avec un module de l’École doctorale « Esprit critique et zététique » prévu pour 12 à 22 étudiants. Ce module reçoit un accueil très positif de la part des dizaines de doctorants ayant fait le choix de le suivre. Les évaluations sont disponibles auprès de l’Ecole Doctorale.
J’anime une émission de vulgarisation, La Tronche en Biais, qui a reçu le prix Diderot de l’AMCSTI en 2016. L’Université de Lorraine est un partenaire récurrent de nos émissions en direct durant lesquelles nous recevons en public des chercheurs et chercheuses pour discuter avec eux de thèmes sciences-société, afin d’inciter le public à questionner les concepts dont il dispose pour comprendre et agir. Nous avons d’excellentes relations avec le service Culture Scientifique qui nous aide beaucoup dans ce travail.
Le 15 novembre 2021, j’ai publié une vidéo[1] critiquant un enseignement prodigué à la Faculté de pharmacie de Vandœuvre-lès-Nancy suite au signalement d’un·e étudiant·e qui désire garder l’anonymat. Cet enseignement d’homéopathie de troisième année (semestre 5) ne lui semblait pas à sa place dans une formation universitaire.
J’ai analysé les documents mis à ma disposition pour évaluer la conformité de ce cours avec les connaissances scientifiques sur l’homéopathie. J’ai publié en vidéo une revue du support de cours et proposé plusieurs critiques à partir de constats d’inadéquation scientifique et pédagogique de cet enseignement, tel qu’actuellement administré. J’ai pris soin de ne pas nommer l’enseignante et de ne pas centrer mes critiques sur sa personne. Toutefois, j’ai suggéré que la Faculté devait prendre la mesure du problème constaté et rectifier le tir, par exemple en confiant cet enseignement – dont je ne conteste pas l’importance – à un enseignant-chercheur plus apte à restituer les éléments scientifiques disponibles sur cette question controversée.
Je sais que cette vidéo a suscité beaucoup de discussions au sein de la Faculté, et notamment une recherche de la source des « fuites », mais je n’ai reçu aucune réponse de l’établissement.
Le 18 novembre 2021 j’envoyais un mail à la direction de la faculté à l’attention du Doyen Raphaël DUVAL.
En voici le verbatim.
À ce courrier, je n’ai reçu aucune réponse.
L’ASTEC a décidé de laisser du temps à l’administration pour gérer cette situation. Je n’ai entamé aucune démarche ni produit aucun contenu en rapport avec cette affaire, ni jamais, bien entendu, attenté à la réputation de l’Université, de la faculté de pharmacie, ou de son doyen. J’ai appris en février qu’un rapport du Collégium Santé auquel je ne suis pas censé avoir accès me citait nommément. On m’a fourni un extrait du rapport validé le 7 janvier.
Le 21 février 2022, j’ai alors écrit un deuxième email, toujours à l’adresse [email protected]
Ce courrier est également resté sans réponse. C’est la seconde et dernière fois que j’ai essayé d’entrer en contact avec le Doyen DUVAL. Le 30 mars, je faisais le compte rendu de ces développements sur ma chaîne. Et je m’en suis tenu là. Derechef, avec l’ASTEC, nous avons estimé qu’il fallait laisser du temps à l’Université pour évaluer la meilleure conduite à tenir.
Mes critiques sur le cours de Madame la professeure LAURAIN-MATTAR ont fait respectivement 198 000 et 123 000 vues en date du 1er septembre 2022. Elles n’ont donc rien de confidentiel. J’ai pourtant été invité lors des URPS Pharmaciens d’avril 2022 à venir parler d’esprit critique devant cette profession, à Paris, ce qui me semble indiquer que mes propos ne dérogeaient pas aux principes rappelés par les Académies de Médecine et de Pharmacie quant à l’homéopathie et à la manière dont on attend qu’elle soit traitée en milieu universitaire[4].
Aujourd’hui, les conséquences de cette histoire sont les suivantes :
Madame LAURAIN-MATTAR continue de professer le même enseignement à cette rentrée 2022. Notamment : UE Obligatoire PAH « Phythothérapie, Aromathérapie et Homéopathie » du DFA-SP2 OFF, pour DIPLÔME DE FORMATION APPROFONDIE EN SCIENCES PHARMACEUTIQUES 2ÈME ANNÉE, filière OFFICINE.
Le service Culture Scientifique m’annonce avant-hier qu’il devait cesser toute collaboration avec l’ASTEC, et ne pas communiquer sur notre prochain événement programmé le 13 septembre avec la venue à Nancy du généticien Thomas HEAMS. Aucune explication n’a accompagné cette rupture.
L’École Doctorale m’annonce hier que le module « Esprit critique et zététique » devait disparaître après de nombreuses années d’activité. La formation programmée les 22 et 29 novembre est annulée. Sans explication.
Je ne dispose pas de traces écrites de ces décisions.
Ces fins de collaboration ne sont pas directement imputées aux critiques transmises à la Faculté de pharmacie, sur lesquelles je n’ai jamais obtenu de réponses directes. Toutefois, je me permets de voir un lien entre ces situations, du fait de leur synchronisme et de l’absence systématique de justifications. Dès lors, j’en conclus que la Faculté de pharmacie et l’Université de Lorraine ont choisi de protéger un enseignement actuellement administré de manière pseudo-scientifique sans prendre la peine d’accepter le dialogue que j’avais pourtant engagé en toute cordialité, sans argumenter, sans faire preuve de la moindre autocritique. L’Université de Lorraine, qui se fait fort de nourrir le dialogue entre sciences et société, et qui vient d’obtenir le label « Science Avec et Pour la Société », me semble se compromettre dans ses manières d’agir.
Dans le même temps et « pour apaiser des tensions internes » d’après ce qui m’a été expliqué, il a été décidé non seulement de s’en prendre à la personne ayant émis ces critiques, mais de faire disparaître le seul module dédié à l’esprit critique au niveau de la formation doctorale et d’empêcher que se tiennent dans les locaux universitaires des évènements de culture scientifique qui intéressent nos 280 000 abonnés, dont une portion importante sont étudiants ou personnels de l’Université de Lorraine.
Cher Monsieur H, je me permets de poser clairement mes attentes suite à cette affaire.
Je ne réclame ni excuse ni démission, mais une déclaration officielle de l’Université où elle expliquerait ses décisions et ce qui les justifie.
Elle peut décider de :
Défendre coûte que coûte un professeur qui promeut une industrie pseudo-scientifique au lieu d’enseigner la science.
Supprimer le module « Esprit critique et zététique » proposé aux doctorants et dont les évaluations anonymes sont irréprochables.
Cesser toute collaboration avec une association loi 1901 de promotion des sciences et de l’esprit critique dont le sérieux est reconnu dans le monde académique, qui a donné plus de 100 conférences partout en France et reçu 150 scientifiques dans des émissions de vulgarisation dont la qualité n’est pas remise en cause.
L’Université peut aussi décider de revenir sur ces décisions et de cultiver la relation très importante que notre association a noué avec ses chercheurs, ses personnels et ses étudiants.
Il me semble que ces considérations émargent au champ de l’intégrité scientifique de la Faculté de Pharmacie et de l’Université toute entière s’il s’avère, comme je le crains, qu’on est en train de punir une association de promotion de l’esprit critique pour avoir fait son travail proprement et courageusement.
Dans l’attente d’une réponse de votre part, je me tiens à votre disposition pour toute information complémentaire.
Bien cordialement, »
Je vous recommande voir la deuxième vidéo dans laquelle je diffuse des extraits vidéos de Madame la professeure LAURAIN-MATTAR en train de professer. Diffusion rendue nécessaire par l’accusation lancée contre moi par monsieur le Doyen. S’il ne m’avait pas traité de menteur, notamment en disant à un journaliste, qui me l’a confié par téléphone, que le cour critiqué « n’existe pas », je n’aurais pas eu besoin de prouver le contraire.
L’Université refuse de répondre
Depuis ce courrier du 9 septembre, je n’ai toujours reçu aucune réponse à ma demande d’explication via le service culture scientifique sur la fin des collaborations, et via l’école doctorale pour la suppression du module d’enseignement. Plusieurs enseignants que j’ai avertis ont demandé des explications, notamment à l’école doctorale et n’ont reçu… aucune réponse. Je pense que, quel soit votre avis sur le fond, vous serez sans doute d’accord pour dire qu’il est anormal que cette institution publique refuse de répondre à la simple question de : pourquoi prenez-vous ces décisions ?
Vous savez sans doute que je ne suis pas médium, je ne suis donc pas en mesure de vous dire quelles sont les intentions et les raisonnements des instances dirigeantes de l’Université. Si je m’y aventurais, je pourrais me rendre coupable de diffamation. Dieu m’en garde. Ce que je peux faire c’est constater, avec vous, l’étonnant synchronisme entre ma critique et ce qui ressemble à une sanction, mais aussi le silence absolu de l’institution qui pourrait très bien choisir de nous expliquer les raisons de ses décisions si elles étaient défendables. J’en conclus que ces décision ne sont pas aisément défendables sur le plan de l’éthique universitaire et j’attends que l’Université joue son rôle en revenant sur ces dernières. Elle est dans son rôle en nous permettant de continuer à travailler avec ses services et avec l’immense majorité des personnels qui sont sur notre ligne, celle de la défense de la science, et en permettant que continue d’exister le module d’esprit critique qui me semble (hélas peut-être) très utile aux doctorants.
Dans l’état actuel des choses, l’ASTEC, notre minuscule association, n’a pas vocation ni aucunement les moyens de se battre contre l’Université, mais vous, cher lecteur, si vous étudiez dans cette université ou encore mieux si vous y enseignez, vous pouvez demander des comptes, vous pouvez questionner ces décisions, vous pouvez exercer de la pression pour que l’on nous explique si vraiment la pseudoscience doit être défendue contre les critiques au sein même de l’Université de Lorraine.
Aux étudiants en pharmacie j’adorerais proposer un cours gratuit (et facultatif !) sur la véritable histoire de l’homéopathie, ses principes, ses méthodes, sur pourquoi on y croit, et sur ce qu’on peut en faire aujourd’hui que l’on sait qu’elle n’a strictement aucun effet spécifique, mais qu’on serait bien sot de négliger les effets contextuels. Sauf que, je ne dispose d’aucun amphithéâtre et que je crois n’être plus le bienvenu sur le campus en ce moment. Je lance donc un appel pour faire exister un tel cours à toutes celles et tous ceux qui ont envie que le monde universitaire soit un lieu où l’on respecte la science et où l’on cultive l’esprit critique.
Si u tel soutien ne se manifeste pas, l’ASTEC et moi-même, qui avons choisi de ne pas détourner le regard devant la présence d’une pseudoscience au sein d’une institution que nous aimons et fréquentons depuis des années, nous aurons sacrifié cette relation au nom de nos principes, nous aurons toujours notre honneur. (Tant mieux !). Mais nous aurons aussi beaucoup perdu.
Cela va sans dire : que personne n’aille insulter ou harceler qui que ce soit à cause de cette affaire, vous ne rendriez service à personne.
Et maintenant ?
Pour conclure je veux croire que tout ça est un immense malentendu de la part de décisionnaires qui ont crus être attaqués, qui ont pensé devoir se défendre et qui, un peu paniqués, ont mal jugé la situation car, évidemment ils sont eux aussi attachés à la libre pensée, à la liberté d’expression, au débat et à la libre critique. Disons qu’ils ont choisi une étrange façon de défendre ces principes en l’occurrence, mais bien sûr je suis certain qu’ils voudront rectifier le tir et ont à cœur que leurs étudiants, non seulement reçoivent des cours de science, mais soient en plus capables d’être exigeants sur la qualité de ces cours. Je ne peux pas imaginer qu’ils n’aient pas à cœur que plus aucun étudiant, jamais, n’aille se confier à un YouTuber par peur des représailles s’il osait émettre des critiques en interne.
Par conséquent, je m’attends à ce que tout rentre dans l’ordre et à pouvoir passer plus de temps à parler du travail des chercheurs de l’université que des doutes que m’inspirent les décisions des administrateurs.
Merci d’avance à celles et ceux qui voudront nous aider à régler cette situation. Et aussi à tous ceux qui nous soutiennent en finançant le travail que nous réalisons.
Comme toujours, faites attention aux idées que vous acceptez de mettre dans votre tête.
Invitée : Christine Dugoin-Clément (Chercheuse associée à la chaire « risques » du Laboratoire de Recherche IAE de Paris-Sorbonne Business School)
EDITORIAL
C’est la guerre. Nous enregistrons cette émission, aujourd’hui le 13 juillet 2022, dans le contexte du conflit ukrainien. Nous sommes loin de la ligne de front, et pourtant nous assistons à un conflit jusque chez nous où ce qui se joue, c’est l’opinion publique, et éventuellement la confusion et le chaos du clash entre les points de vue sur le sujet.
Quels sont les faits ?
En février 2022 la Russie a déclenché une opération militaire spéciale dans le but de libérer la population civile des exactions d’un régime nazi qui sévit en Ukraine depuis des années et opprime la minorité russophone. Cette situation inacceptable a été encouragée par l’OTAN qui souhaite étendre son influence jusqu’aux frontières russes en dépit des accords passés, raison pour laquelle l’occident est le vrai responsable de la crise en cours. D’ailleurs la population locale accueille les libérateurs russes en héros et souhaite acquérir la nationalité russe.
Vous avez le droit de croire tout ceci ou de préférer une autre version.
Celle d’une invasion brutale frappant des objectifs civils comme militaires de la part d’un régime autoritaire où la contradiction est punie de prison, ou le mot guerre est interdit, où une milice privée est engagée par le pouvoir et perpétue des crimes de guerre qui n’ont aucune importance puisque seule compte la version officielle fondée sur une réécriture de l’histoire où l’Ukraine n’est pas un vrai pays mais une invention des ennemis de l’Union Soviétique, une fiction occidentale destinée à voler à la Russie son territoire.
C’est fort différent. L’une de ces deux versions est forcément fausse. Et la ‘vérité vraie’ est peut-être ailleurs, sous une forme plus nuancée, plus complexe, plus difficile d’accès.
Sur nos réseaux et jusque dans le chat ce soir et dans les commentaires sous cette vidéo se joue une autre forme d’antagonisme. Des internautes s’écharpent et s’insultent en se dressant sur leurs certitudes, parmi lesquelles la principale est que le camp d’en face est un ramassis d’imbécile biberonnés de fausses informations. Le désinformé, c’est l’autre.
L’humain le plus intelligent ne peut atteindre que les conclusions éclairées par les informations dont il dispose. Si vous êtes mal informé, vous aurez beau raisonner le mieux du monde, vous n’arriverez pas à poser un verdict correct. Si vous êtes sage, vous suspendrez votre jugement, c’est l’attitude sceptique. Mais parfois il faut juger, il faut s’engager, il faut agir. Quand c’est la guerre, notre incapacité à juger peut devenir une arme dans les mains de ceux qui sèment la confusion. Or nous n’avons pas envie d’être les complices des menteurs, des manipulateurs, des agresseurs.
La célèbre phrase de Rudyard Kipling dit que «La première victime d’une guerre, c’est la vérité ». Il y a des morts dans ce conflit, des vies détruites parce que des forces armées ont été mise en branle suite à des discours qui méprisent la vérité ; il a fallu lui régler son sort avant de sortir les armes.
Les guerres modernes s’emmitouflent de propagande, se saoulent de Fake News et se répandent sous la forme de récits qui titillent nos émotions, exploitent nos penchants, flattent nos préjugés. Nous sommes sous influence, mais nous voulons résister.
Et pour se faire il sera utile de comprendre ce que sont les guerres hybrides, les guerres cognitives quelles stratégies d’influence sont à l’œuvre et comment les démocraties sont censées se distinguer des régimes autoritaires en respectant des règles qui leur défendent d’employer les techniques de guerre de l’information sur leur propre peuple.
Notre invitée, Christine Dugoin-Clément est Chercheuse associée à la chaire « risques » du Laboratoire de Recherche IAE (Institut d’Administration des Entreprises) de Paris-Sorbonne Business School. Ella a écrit « Influence et manipulations – Des conflits armés modernes aux guerres économiques » et « L’Ukraine : entre déchirements et recompositions ».
L’humain est un animal d’une déconcertante banalité. Entendez par là que comme toutes les autres espèces, il est très spécial. Il perçoit le monde comme aucune espèce ne le fait. Il éprouve des états internes en partie incommunicables. Il a une image de lui-même différente de ce que perçoit un observateur externe. C’est difficile de se figurer ce que vit, ce que ressent réellement un humain, à moins d’être dans sa peau. Et encore.
Et les autres animaux alors ? Eh bien ce sont pas des humains comme les autres. Et pourtant, nous avons bel et bien tendance à les regarder de la sorte, à leur attribuer des intentions, des pensées, des désirs qui correspondent à ce que nous sommes capables d’éprouver nous-mêmes. Comment pourrions-nous faire autrement ? Nous avons un cerveau d’humain adapté à lire dans le monde des signaux qui sont utiles à notre survie, et notamment en comprenant nos congénères. Nous avons l’habitude de parler aux animaux dans notre langage, mais un peu plus lentement et un peu plus fort, comme des touristes un peu idiots qui espèrent se faire comprendre des autochtones. Et nous nous complaisons dans cette idée : « Il ne leur manque que la parole ». « Regardez, il sait qu’on parle de lui !! » Nous projetons sur la vie mentale des animaux des quantités de choses qui ne viennent que de nous.
Se débarrasser de ces fantasmes, c’est le rôle de l’éthologie, la science du comportement animal. Et pour citer les cours du professeur Robert Sapolsky de Stanford « l’éthologie consiste à interroger l’animal dans sa propre langue, à faire comprendre ce qui a du sens pour lui pour éventuellement saisir la manière dont il traite l’information et comment il pense ». C’est la seule manière de nous débarrasser de l’anthropomorphisme, cette tendance que nous avons à donner des attributs humains à ce qui n’est pas humain. Cela pose bien sur la question de sa voir ce qui est véritablement et irréductiblement humain chez l’humain, la question du propre de l’homme sans cesse ressassée.
On trouve de l’altruisme chez les autres animaux ; on y trouve aussi des meurtres prémédités. la culture n’est pas notre apanage, ni l’outil. Le rire se retrouve chez le rat. Et l’humour, peut-être, chez les grands singes. Le mensonge résiste encore ; c’est peut-être notre singularité. Mais pour dire cela, il faudrait être sûr de ce que cela veut dire et disposer des moyens de le détecter. Par exemple, chez les corneilles. Le langage en tout cas se retrouve dans la nature sous bien des formes. Chez les oiseaux, mais pas seulement. l’une des dimensions les plus fascinantes de ces langages, c’est le rôle qu’y jouent les émotions, ces signaux que l’animal émet sans toujours pouvoir les contrôler, ces manifestations d’une vie mentale qui reste à ce jour, pour nous, une boite noire.
C’est pour parler de ces émotions et du langage des animaux que nous recevons Pauline Delahaye, Dr en science du langage, spécialiste en zoosémiotique et autrice du livre « Des signes pour le dire » aux Presses universitaires de Rennes. Bonjour Pauline
Qu’est-ce que le bien ? Qu’est-ce que le mal ? À de telles questions, on dit souvent que la science est impuissante à répondre : ce n’est pas son rôle. La réponse est toujours subjective, elle dépend de votre culture, de l’époque où vous vivez, de votre éducation, de mille paramètres de votre environnement. Sur ce qui est bien ou mal, nous constatons des désaccords irréductibles à travers le monde mais également à petite échelle, à la maison, au travail : une impossibilité de mettre tout le monde d’accord. Et puisqu’un consensus semble tout à fait exclus, comment imaginer que la science puisse se mêler à cette affaire ?
Tout cela est si évident que nous n’avons aucune raison de faire une émission qui poserait la question ridicule des bases biologiques de la morale… Sauf que nous le faisons quand même, parce que les évidences méritent qu’on les questionne.
Evidemment, nous ne trouverons jamais le gène de l’altruisme, la protéine de l’égalité, le neurone de la fraternité ou la glande de l’allergie à l’hypocrisie. Aucun programme de recherche un tant soit peu sérieux n’envisage un tel réductionnisme. Mais vous devez quand même avoir conscience que pour éprouver un jugement moral sur une situation, il vous faut un cerveau, avec ses neurones, ses neurotransmetteurs, ses glycoprotéines, ses domaines développés sous l’influence de gènes, d’une biochimie complexe, de contraintes structurales, d’un héritage biologique. Il faut un cerveau pour être moral, et le cerveau est un organe produit par la nature au fil du temps à travers les méandres de l’évolution selon des modalités qui ne sont pas totalement mystérieuses. Et cela amène des chercheurs à enquêter sur l’existence d’une sorte de grammaire morale qui pourrait être universelle.
En effet, des travaux effectués sur diverses populations ont mis en évidence des constantes dans les jugements des humains qu’ils soient étudiants en fac de psycho, membre de sociétés de chasseur-cueilleur, ou bambins pas encore doués de la parole. Il y a en nous une propension à réagir d’une manière prévisible à des situations de nature morale. Et on retrouve une partie de ces réactions dans le monde animal, nous avions évoqué cela dans La Tronche en Live numéro 31 du mois d’aout 2016 avec Stéphane Debove.
Depuis lors, Stéphane a écrit un livre remarquable « Pourquoi notre cerveau a inventé le bien et le mal ? » qui a reçu le Grand Prix du Livre sur le Cerveau 2022 remis par la Revue Neurologique, et il continue son travail de vulgarisation sur sa chaîne Homo fabulous, où il s’est donné pour mission de désamorcer les très nombreuses incompréhensions que suscite le sujet de ce soir.
Dans certaines sphères, il est très mal vu de « naturaliser » un phénomène aussi hautement intégré dans les processus culturels que la moralité. On se demande si ce n’est pas une manière d’imposer une vérité morale en instrumentalisant la science. Du reste on peut légitimement se demander si l’on dispose seulement d’une définition de la morale qui autoriserait à tirer la moindre conclusion. N’est-ce pas une façon de dépouiller les individus de leur libre arbitre en prétendant savoir mieux que chacun d’entre nous les vraies raisons de nos jugements et de nos raisonnements moraux ? N’est-ce pas ouvrir la porte aux pires manipulations ? N’est-ce pas profondément immoral ?
Les sceptiques ont parfois la dent dure dans leur critique des théories infondées. L’âpreté du ton, des airs de condescendance, de jugement permanent, voilà quelques petites choses qui sont reprochées aux gens de notre sphère, il faut intégrer cette critique et voir comment s’améliorer.
Parce que le problème est que nous pouvons donner l’impression que l’on condamne les tenants-croyants à rester dans la croyance parce qu’on jugerait qu’il faut être très bête pour croire de telles fadaises. J’aimerais ne plus lire ce genre de commentaire, même si je comprends que ce qu’on exprime dans ces cas-là c’est de l’incompréhension devant des croyances qui nous semblent impossibles, irrationnelles et folles. Ne laissons pas cette incompréhension se transformer en un jugement définitif des personnes.
Beaucoup de sceptiques sont passés par la croyance ; ils ont parfois défendu activement des idées qui leur semblent aujourd’hui fausses. Il faut donc que nous soyons très ouverts à la possibilité que les croyants d’aujourd’hui sont des sceptiques de demain, des hommes et des femmes qui seront bien placés pour savoir comment on peut parler aux croyants pour les aider à se poser des questions et à se débarrasser des idées qui souvent ne sont pas seulement fausses, mais qui sont aussi dangereuses, au moins parce qu’elles savonnent la pente de la crédulité vers d’autres croyances qui font de même et mènent, in fine, à la pensée extrême.
Nous avons tous des croyances. Elles sont plus ou moins justifiées, plus ou moins alignées avec les connaissances communes, plus ou moins vraies, plus ou moins importantes pour nous. Et nous n’en avons pas toujours conscience. Je vous renvoie vers la série d’entretien réalisés à Toulouse lors des Rencontres de l’Esprit Critique où les confrères sceptiques répondent à la question « quelle croyance un peu extrême avez-vous eu ? ». Et il se trouve que répondre à cette question n’est pas si facile.
Je vais me permettre de donner ma réponse personnelle ici même. Et Vled pourra en faire autant.
À titre personnel, je n’ai pas vécu d’abandon de croyance ou de déconversion parce que je ne suis pas du genre à défendre beaucoup de certitudes. Ca m’arrive bien sûr, je l’ai fait ici même sur cette chaîne plus d’une fois mais dans un périmètre assez limité. Les certitudes que je dépends publiquement, à ce jour, ne sont pas réfutées, et le temps nous aidera à voir ce qu’il se passera si jamais cela arrivait : serai-je capable de changer publiquement d’avis sur un sujet important. Je pense que oui, mais c’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon. Je n’ai donc pas de belle histoire de déconversion à vous raconter. Et ça m’ennuie un peu. Parce qu’avec une telle histoire je pourrai vous donner une sorte de gage, un élément permettant de dire : Acermendax est capable de se remettre en question, de changer d’avis, d’admettre qu’il a eu tort. Ce serait très utile.
Alors, bien sûr mes opinons évoluent avec le temps, comme tout le monde, mais n’ayant jamais vécu d’épisode ou ce que je pense aujourd’hui est radicalement différent de ce que je croyais hier, je vis dans un sentiment illusoire d’être toujours exactement la même personne que lorsque j’étais adolescent ; mes changement d’opinion sont doux, diffus, progressifs et in fine invisible, alors que la déconversion est une discontinuité visible.
La discontinuité n’est pas nécessaire pour changer d’avis. Il y a sans doute des tas de gens qui croient des choses et qui se rendent compte, des années plus tard, qu’ils n’y croient plus,, sans pouvoir établir à quel moment ça a changé. C’est probablement arrivé à beaucoup d’entre vous mais je m’attends à ce que ce genre de chose ne soit pas abordé ce soir, en vertu de ce principe de discontinuité sans laquelle il est difficile de statuer sur un changement de croyance. C’est pourquoi j’ai voulu en parler : l’évolution insensible de notre vision du monde est rarement évoquée, nous pourrions bien sous-estimer le phénomène. J’ai tendance à croire qu’il est au contraire omniprésent… mais qu’il concerne surtout des croyances avec peu d’enjeux identitaire, qui cristallisent peu d’antagonisme dans la société ou notre entourage. Mais cette analyse que je vous livre n’est finalement que mon opinion d’aujourd’hui, sensiblement similaire à mes convictions sur le sujet depuis longtemps… mais peut-être aussi sensiblement différentes sans que je m’en aperçoive, peut-être en évolution au moment où je vous parle, et bien divergentes des idées que j’aurai sur la question dans dix ans. Pour le savoir, rendez-vous en 2032.
Mais d’ici là la Tronche est à VOUS
Les neuf témoignages de l’émission
1 — « Lafayette »
« Je suis né dans une famille de scientologues.
Mon père était toxicomane, et a guéri dans un centre de désintoxication scientologue. Il y rencontra ma mère, bénévole là-bas. Mon père y a trouvé la spiritualité qu’il cherchait et ma mère fut également convaincue suite à cette guérison radicale. J’ai passé presque toutes ma vie à pratiquer la Scientologie à travers des cours, de l’audition et du bénévolat. Cela me prenait généralement 1 journée par semaine. C’était un sujet que je tenais pour tabou, je n’en parlais à personne. J’avais peur des réactions, connaissant la réputation de la Scientologie. Ma déconversion : Suite à une mise à jour de certains documents en Sciento, on m’a fait reprendre un bout de formation (toujours payant bien entendu). A la deuxième « mise à jour » j’ai eu le sentiment de me faire pigeonner. Plus tard, ma copine, curieuse et ouverte d’esprit, à testé un cours. Peu convaincue, elle a posé des questions qui ont planté une petite graine de doute dans mon esprit. Il se trouve que les parents de ma copine se sont lancés dans des croyances de type Chamanisme. Ouverts d’esprit, nous comparons et discutons de nos spiritualités.
Comment toutes ces croyances pouvaient-elles être vraies en même temps ? Sur les conseils d’une amie, nous découvrons la chaine de la TeB avec l’interview de Grégoire Perra qui trouve un fort écho en moi. Puis la série sur l’homéopathie qui m’a fait prendre conscience de l’importance de l’esprit sceptique. Enthousiasmé par cette manière de réfléchir, j’en parle à ma famille. Et je découvert qu’ils sont très butés et fermés à toute remise en question sur certains sujets. Je comprends petit à petit que c’est la logique intellectuelle même de la Sciento qui inhibe le scepticisme. La goute d’eau qui a fait débordé le vase c’est l’arrivé du Covid, l’élection de Trump, qui ont fait ressortir les penchants les plus complotistes et stupides de nombre de mes connaissances scientologues. »
2 — Claire
«Je peux m’exprimer sur le sujet de la déconversion religieuse : j’ai été élevée dans la religion catholique et j’ai été très pratiquante durant ma vie de jeune adulte. J’ai même rencontré mon mari sur un site de rencontre chrétien. Il y a environ 2 ans mon mari, très cartésien, s’est déconverti presque du jour au lendemain. J’ai suivi peu à peu mais le processus est extrêmement couteux et difficile pour moi, je trouve que se déconvertir passé la trentaine demande un effort énorme et je ne suis pas certaine d’y être gagnante. Je peux m’exprimer sur ces aspects-là.»
3 — Florian
« J’ai étudié puis pratiqué pendant 8 ans. Aujourd’hui deconverti depuis maintenant 3 ans des médecines alternatives, je voudrais parler de mon vécu durant mes études, mes années en cabinet ainsi que ma deconversion jusqu’à mon changement de carrière. Des discours anti scientifiques au charlatanisme, en passant par des prises de paroles dangereuses et complotistes, je veux éclairer les gens qui nous écoutent sur cette thérapie manuelle qui se fait passer comme scientifique et logique, mais aussi l’impossibilité de pouvoir émettre une parole critique, et comment ce système a complètement verrouillé cet aspect de moi durant des années. Je veux également revenir sur ma déconversion, comme il fut difficile d’en parler, de l’avouer, ainsi que de l’impact psychologique sur moi et mes proches, ainsi que du soutien extraordinaire de la communauté zet. J’ai récemment écrit un témoignage de 7 pages pour mettre tout cela par écrit et le partager sur une page sceptique, mais je pense qu’il est temps que je prenne la parole pour dire tout cela publiquement.»
4 — SisterOfSIn
« J’ai passé une vingtaine d’année dans le protestantisme évangélique, dans lequel je suis née et que j’ai vécu sous un angle particulièrement rigoriste, mon père êtant pasteur. Je suis arrivée à fuir le dogme non sans mal, car ça a impliqué pour moi la perte totale de contact avec ma famille, pour tomber pendant un temps sous l’influence de Thierry Casas Novas. Ce dernier a heureusement eu une place seulement temporaire dans ma vie, mais là encore non sans mal : orthorexie, perte de cheveux, évidemment adhésion au discours complotiste anti-médecine. Et j’en suis finalement sortie grâce à l’influence de la Tronche en Biais. »
5 — Esteban
« J’ai grandi dans une famille de Témoins de Jéhovah et je suis devenu un membre actif par la suite. Jusqu’à mes 20 ans j’étais actif à Paris en tant que Témoins de Jéhovah.
La TeB et (notamment le documentaire “les lois de l’attraction mentale”) m’a aidé à arrêter de reléguer les interrogations que j’avais et à vraiment me les poser.
J’ai quitté les Témoins de Jéhovah il y a 3 ans. »
6 — Quentin
« Salut! Quentin, 30 ans.
Je sombre dans la pensée complotiste très tôt, vers 2007-2008, d’abord par le 11/9. La chose s’aggrave quand en 2009-2010 je deviens membre actif d’égalité et réconciliation, mouvement d’Alain Soral. J’y fais mes classes paranoïaques pendant quelques temps, en goutant sans surprise au complot judéo-maçonnique, au révisionnisme historique Faurissonien et autres. Puis je continue sur la lancée de « quête de sens » en m’intéressant alors à « la spiritualité », d’abord par les courants orientalistes à la René Guénon.
Parallèlement, j’erre un peu professionnellement, en validant une licence d’histoire, avant, en 2015, de « reprendre des études » en suivant une formation de naturopathie de 2015 à 2017. A cette école je touche à toutes les dérives pseudo scientifiques possibles, radiesthésie, kinésiologie, iridologie. Mais surtout, j’y rencontre un catholique intégriste, qui voit vite en moi le potentiel de conversion. Je me convertis alors au catholicisme « intégral » en 2017-2018, jusqu’à l’extrême puisque le parcours se conclut chez les sédévacantistes, secte parmi les sectes catholiques traditionnalistes… Messe dans des granges ou des salles d’hotel, fun times.
Malgré tout je doute souvent, et ce doute d’abord me conduit à critiquer ma pratique de naturopathe … et à me lancer dans le concours de 1ere année de médecine en 2018, à 26 ans. Concours que je réussis, et qui m’a sauvé l’existence, puisque ça a été le déclic de sortie des croyances. D’abord, j’abandonne mes dogmes « hygiénistes » en comprenant que la santé c’est plus compliqué que ce que je pensais, et, la fréquentation des cercles scientifiques ainsi que de bons contenus sceptiques aidant, hé bien tout le château de carte de croyance finit par se fissurer. L’explosion finale de l’édifice déjà bien affaibli a lieu avec le début du Covid, en 2020. Je m’éloigne de la pratique catholique en 2020, et je m’assume déconverti auprès de la famille dans la foulée.
7 — Saba
« Je suis née dans une famille de confession musulmane. Depuis l’enfance j’essayais de me soumettre à tous les interdits qu’impose cette religion : pas de viande non halal, pas de porc, pas d’alcool… mais aussi, interdiction de fréquenter des membres du sexe opposé, et donc pas de relations amoureuses, encore moins avec des non-musulmans, interdiction de dessiner des êtres vivants — ce qui a été douloureux, car je rêvais d’une carrière dans un domaine artistique. Je croyais en l’existence des djinns (ou démons), au pouvoir de la sorcellerie, j’ai vécu des expériences d’exorcisme, que ce soit sur moi ou sur des personnes de mon entourage, je croyais aussi aux rêves prémonitoires. Quand j’outrepassais l’un des interdits cités plus haut (comme le dessin) j’en ressentais une grande culpabilité et une frayeur de ce qui m’attendait dans l’au-delà. Aussi, j’ai porté le voile pendant six ans, du lycée jusqu’en janvier de cette année. Je me souviens de la date exacte quand j’ai commencé à le porter : c’était le lundi qui a suivi les attentats du Bataclan. Depuis quelques temps, je suivais des chaînes youtube d’esprit critique, je m’ouvrais de plus en plus à la critique de ma religion. Je posais des questions peu dogmatiques à ma mère, ce qui me valait des disputes avec elle, j’ai essayé de calmer le jeu pour ne pas être en froid avec elle, mais dans le fond, ces questions sans réponses satisfaisantes de la part de la religion me troublaient et me poussaient à creuser davantage sur mes doutes. J’avais lu en parallèle des livres qui ont remis en question ma vision du monde comme Sapiens de Harari, Manières d’être vivant de Baptiste Morizot, et je m’intéressais de plus en plus aux livres de Richard Dawkins et à ses arguments. Le coup de grâce fut le live de la TeB avec le concordiste musulman, où beaucoup de points critiques ont été soulevés. Cette vidéo m’a orientée vers la chaîne de Majid Oukacha, qui n’a fait que de me conforter dans ce que je doutais. »
8 — Erendis
J’ai proposé mon témoignage sur 1) astrologie (avec thème astral et tout) / caractère selon les prénoms… dans mon adolescence (quand on se cherche), déconvertie seule par une prise de conscience personnelle
2) Radiesthésie ; déconvertie seule par une prise de conscience personnelle
3) Homéopathie car soignée très jeune « par homéopathie après essai de médecine conventionnelle », déconvertie par constat qu’en pratique, « ça ou rien… ça à l’air pareil » + la Tronche en Biais
4) L’avion sur le Pentagone car pas de trace de l’avion et apparence de prouesse de vol pour y parvenir, déconvertie par le Debunker des Etoiles
Les croyances autour de l’astro et des prénoms m’a possiblement aidé à découvrir qui j’étais durant l’adolescence.»
9 — Guru Djoz
«Je suis de confession juive et mon compagnon s’est converti. On a été très investit dans la religion et les communautés juives. J’ai vécu une déconversion de ma croyance religieuse mais aussi de mes croyances sur la santé (Thierry casanovas, etc…) ma mère est décédé d un cancer pour lequel nous avions fait le choix de tenter des méthodes naturelles etc….J ai étudié la médecine chinoise. Et je vois les choses totalement différemment aujourd’hui. Donc de multiples déconversions en fait. »
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2022/05/2022.05-06-Tronche-est-a-vous-DECONVERTIS.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2022-05-26 09:27:592022-05-26 09:27:59La parole aux déconvertis [La Tronche est à VOUS #6]
Peut-on être plusieurs dans sa tête ? Les personnes qui ont de multiples personnalités, qui peuvent passer de l’une à l’autre, toutes très différentes, parfois très nombreuses, on en croise dans la fiction qui n’est jamais avare d’effets spectaculaires et de situations médicales très propices à la narration d’histoires palpitantes mais peu fidèles à la réalité des conditions et des traitements appropriés. La fiction, bien sûr, a tous les droits. Un film comme Split de Night Shyamalan, qui verse allègrement dans le fantastique, n’a pas la prétention de nous décrire un syndrome psychiatrique, mais de nous faire vivre une aventure étonnante au cinéma.
Le problème, lorsqu’on veut savoir ce que sont les maladies mentales, comment elles se manifestent, quels effets elles ont sur la vie des gens, c’est que nous n’avons pas tous la « chance » d’avoir autour de nous des personnes vivant avec tous les troubles psychiatriques du monde, ou plus exactement —ces conditions étant en bonne partie invisibles— on en côtoie, mais sans le savoir, et nous avons pour quasiment seule fenêtre sur les maladies mentales ce que la fiction en dit.
Il serait un peu indélicat de demander à tous les concernés par les troubles mentaux de bien vouloir se signaler afin qu’on prenne conscience de leur présence, qu’on s’avise qu’ils ne ressemblent pas tant que ça aux images que l’on s’en fait et qu’on se débarrasse au moins un peu des stéréotypes porteurs de psychophobie. On n’aide pas les minorités invisibles en forçant les individus à se montrer.
Le Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) qu’on appelait autrefois trouble de la personnalité multiple est une affection psychiatrique méconnue du grand public… Et peut-être même des professionnels de la santé mentale eux-mêmes.
Si nous en parlons ici, sur une chaîne dédiée à l’esprit critique, c’est parce que ce trouble fait l’objet de beaucoup d’attention via les chaines TikTok, Instagram ou YouTube de personnes, essentiellement des jeunes femmes, qui se disent concernées et se mettent en scène sous l’identité de leurs diverses alters afin de raconter leur vie, de raconter leur maladie, leurs traumas et sans doute bien d’autres choses, je ne connais pas assez ces contenus pour vous les décrire.
Face à ce phénomène relativement récent, je dois confesser ma perplexité. Je ne suis pas en mesure de savoir si ces troubles sont authentiques, ni de quantifier le danger potentiel que représenteraient des simulations exerçant sur le public assez d’influence pour causer une forme de contagion. J’éprouve une sorte d’incrédulité personnelle que je dois absolument éviter de confondre avec une bonne raison d’affirmer que les concerné·e·s mentent, sont mythomane, inventent tout, car il est bien possible que ce trouble me semble baroque à cause de préjugés de ma part, d’une certaine conformité à des idées sur la structure de la psyché. À ce stade, ce que je dois faire c’est garder l’esprit ouvert.
L’un des problèmes avec le TDI c’est qu’il est encore aujourd’hui controversé : nous ne sommes pas en présence d’un consensus scientifique permettant de dire définitivement que la multiplicité de l’identité est nécessairement le résultat de traumatismes, car certains spécialistes estiment que c’est l’approche thérapeutique ou l’influence des médias qui produisent cette impression et induisent les symptômes du TDI. Ce n’est pas sur un plateau de télé ou dans un programme sur YouTube qu’on résout une controverse scientifique, on ne va donc pas débattre de la réalité du TDI ce soir, mais on va essayer de comprendre le point de vue d’une personne qu’on m’a chaudement recommandée lors du Congrès de l’Encéphale, l’évènement français avec la plus grande densité de psychiatre au mètre carré.
Coraline Hingray, médecin psychiatre, Praticienne hospitalière au CPN, responsable du centre Psychotrauma de Nancy est sans doute la meilleure spécialiste française des traumas psychologiques et du diagnostic et de la prise en charge des TDI.
Elle va nous aider à comprendre les concepts sur lesquels repose ce trouble et à évacuer les idées les plus fausses.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2022/05/2022.05-Miniature-TenL111_mini.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2022-05-05 08:24:452022-05-05 08:24:45Peut-on être plusieurs dans sa tête ? [TENL#111]
Sur les RS on se trouve parfois en butte à l’opiniâtreté d’encombrants spécimens qui tiennent à obtenir que vous changiez publiquement d’avis, que vous retiriez un contenu, que vous vous excusiez. Souvent ils se trouvent ses alliés dans la même catégorie de radicalisés ou dans une catégorie annexe mais qui vous est hostile pour d’autres raisons (alliance de circonstance).
NB : le harceleur n’est pas juste un contradicteur, un commentateur un peu remonté, un collègue qui pose une critique, c’est une personne qui revient à la charge pendant des semaines, mois ou années parce que vous n’avez pas le droit de ne pas être d’accord avec elle. L’agressivité et la répétition sont des critères importants.
Mais la répétition on la mesure du côté de la victime. Si vous êtes le 250e à me dire que je suis un bègue au corps de lâche et que j’ai le physique de mes idées, même si c’est votre premier message du type, vous participez à un phénomène collectif (Dogpiling), et d’ailleurs vous le savez. C’est pour ça qu’un tribunal peut vous condamner.
« Le fait de harceler autrui par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. » [Code pénal – Article 222-33-2]
Le harcèlement prend diverses formes. D’abord les simples insultes. Répétées. Mais aussi les menaces. Voilées ou explicites. Le harceleur vous rabaisse, il s’en prend à votre nom à votre physique, à vos origines, votre situation sociale, votre entourage, vos addictions réelles ou supposées, votre sexualité, etc. Le harcèlement dont je veux vous parler est moins flagrant car il prend l’apparence d’une opposition purement intellectuelle. Il veut se faire passer pour un débat d’idées.
J’ai une mauvaise nouvelle. Je peux vous « démontrer » que vous avez tort et que votre harceleur a raison avec cette petite feuille de route du cyberharcèlement militant. Naturellement, la militance n’est pas en cause, c’est la toxicité de certains individus qui est ici le problème.
Regardons pourquoi le harceleur a forcément raison. Pourquoi vous n’avez aucune chance.
Le harceleur a raison. [ça arrive parfois ! C’est une question à se poser] Il croit que cela justifie son comportement (Ne faites pas ça chez vous!).
Vous ignorez le harceleur. C’est la preuve que vous n’avez rien à répondre.
Vous répondez au harceleur, mais sans être convaincu. C’est la preuve que vous êtes fermé à la critique.
Vous bloquez le harceleur. C’est la preuve que vous vous radicalisez.
Vous répondez au harceleur, et vous avez un nombre d’abonnés bien plus grand que le sien (c’est logique, il ne s’attaque souvent à vous que parce que vous avez de l’influence). C’est la preuve que vous le jetez en pâture à vos abonnés.
Vous répondez en utilisant un compte secondaire ou perso, en tout cas un média avec moins de visibilité. C’est la preuve que vous cherchez à étouffer l’affaire.
Vous dénoncez le harcèlement. C’est la preuve que vous vous victimisez pour invisibiliser le vrai sujet qui tient très à cœur au harceleur.
Vous précisez que les sujets évoqués par le harceleur sont importants mais que ce comportement est contre-productif. C’est la preuve de votre insupportable arrogance à croire que vous pouvez dire aux autres comment défendre leur cause. Vous êtes coupable d’un odieux et irréparable : #TuDessersTaCause.
Vous évitez le sujet pour avoir la paix. C’est la preuve que vous n’avez aucune valeur, que vous ne servez à rien, que vous vous désintéresser des vrais problèmes.
Vous décidez de traiter le sujet qui tient à cœur à votre harceleur. Du mieux possible, en consultant les meilleurs experts. C’est la preuve que vous croyez pouvoir traiter des choses qui ne vous concernent pas, que vous prenez la place de ceux qui savent, que vous êtes un oppresseur.
Si en fait vous êtes concerné par le sujet de société en cause et résistez malgré tout à la position du harceleur. C’est la preuve que vous êtes un token, un simple pion inféodé à un système dont il est la victime et le complice, car le harceleur est seul apte à parler pour les concernés, qu’il en soit un ou pas. (ceci est arrivé au collègue Penseur Sauvage)
Vous tentez d’expliquer la mécanique du harcèlement perpétré par ceux qui ont échoué à vous convaincre malgré leur agressivité. C’est la preuve que vous êtes l’ennemi des militants (c’est le harceleur et sa bande qui parlent, pas *les* militants).
Vous faites une vidéo pour décortiquer l’implacable tourbillon du harcèlement où vous n’avez aucune chance d’avoir raison. C’est la preuve que vous êtes tellement fragile qu’au lieu de travailler vous faites du drama.
Etc.
Le harceleur ne peut pas accepter un narratif où il est un harceleur bête et méchant, il choisira donc toujours une interprétation qui lui donne le beau rôle, qui confirme ses convictions, qui cajole son amour-propre et vous n’êtes qu’un instrument de son récit personnel. Le harceleur ne s’intéresse pas à vous, il ne s’intéresse qu’à lui, vous êtes un outil dans le scénario de cette facette de sa vie. Il vous reste à espérer que les autres parties de son existence sont assez intéressantes pour qu’il se lasse de son rôle de héros numérique. Quand le harceleur a une vie de merde, vous êtes foutu.
Je souhaite donc à tous les harceleurs du monde d’avoir une vie riche bien remplie et heureuse. Ça pourrait bien aider leurs victimes.
Nuance
Finissons avec une note d’autocritique nécessaire. La position du harceleur est irréfutable ; pour lui, le méchant c’est vous. Mais attention, parce que vous et moi nous avons un cerveau similaire. Si nous commençons à considérer qu’une personne est un harceleur alors nous aurons toujours un narratif disponible pour le confirmer. Cette situation est un peu moins grave parce que le scénario s’arrête quand on bloque la personne en question, on risque moins de faire souffrir autrui. Mais le danger c’est de prendre l’habitude de considérer toutes les critiques comme des agressions. C’est un piège très tentant dans lequel on tombe en douceur, sans en avoir conscience.
Bref, comme d’habitude le réel est infiniment complexe et le doute est salvateur.
Mais nous n’avons pas à négocier notre santé mentale contre les priorités de la militance d’autrui.Leur colère ne leur donne pas raison. Et quand bien même ils auraient raison, s’ils ne prennent pas en compte le fait que nous ne réagissons pas seulement avec notre intellect mais aussi avec toute la gamme des émotions humaines, ils sont irrationnels, leur approche est vouée à l’échec et leur attitude est au mieux inutile.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2022/04/2022.05-Miniature-Vlog-Harceleur.png490866Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2022-04-30 17:58:152022-05-02 14:39:36Le harceleur a toujours raison
Dans les 52 minutes de la nouvelle justification d’Idriss Aberkane (la dernière, a-t-il promis), il y a beaucoup de mensonges. Je ne peux pas tout traiter. Vous trouverez sur twitter et captain fact et d’autres réseaux le travail d’analyse et de rectification réalisé par des tas de gens compétents.
Ma méthode de travail consiste à vous montrer, en vidéo, sur la Tronche en Biais, un extrait ou une capture d’écran qui vous permet de constater ce qui a été dit, sans avoir à vous fier à mon interprétation. Et ensuite j’explique pourquoi ça me pose problème. Monsieur Aberkane ne fait pas cela, et il me prête parfois des propos que je n’ai pas tenus sans qu’on puisse savoir si c’est délibéré ou par erreur. Il ne donne pas à son public les moyens de savoir s’il s’attaque à des propos réels ou à une version fantasmée. J’irai même jusqu’à dire qu’il ne se donne pas à lui-même les moyens de le savoir, ce qui est très très baroque.
Ici, on est plus méthodique.
Je vais m’arrêter sur un petit nombre d’allégations parmi beaucoup et je finirai avec un « scoop », une information nouvelle qui va vous aider à évaluer la distance séparant la réalité des faits de la légende aberkanienne. Nous n’aurons pas des infos de ce genre à chaque fois. Il faudra veiller à lui donner son juste poids !
« Pierre Collet est linguiste »
Pierre Collet a une licence en linguistique, mais le reste de sa carrière est entièrement situé dans le domaine de l’informatique. On attend d’un membre de jury de thèse qu’il soit expert d’un domaine exploré par la thèse. Une licence en linguistique ne confère pas un statut d’expert pour être dans un jury. C’est un anomalie.
« P. Collet a dirigé plein de thèses en littérature. »
Ca c’est faux. Pierre Collet est intervenu dans une seule autre thèse en littérature. Et c’est une thèse où il était question d’Internet, ce qui permet d’expliquer la présence d’un informaticien (source).
Pourtant monsieur Aberkane veut que nous pensions que monsieur Collet intervient régulièrement dans des thèses de littérature. J’en conclus qu’il juge nécessaire de mentir pour justifier la participation de Pierre Collet à son jury de thèse. Et s’il estime nécessaire de mentir pour justifier une chose avérée, cela veut dire qu’il pense qu’elle est injustifiable avec la seule vérité. Dont acte.
Les autres thésards sont interchangeables
Déjà, nous avons vu que ce qui est interchangeable chez monsieur Aberkane, ce sont les sujets de thèse et/ou les membres des jury. Je pense qu’il faut montrer un peu plus de respect à des gens qui se lancent dans la recherche sans compter leurs heures et sans garantie de débouché à la fin.
Je ne vais pas débunker cette histoire absurde de thésard interchangeables, je vais me contenter de saluer les nombreux docteurs et maîtres de conférence qui doivent savoir qu’ils sont tous interchangeables, que c’est leur directeur de thèse qui a tout décidé et qu’un autre doctorant aurait produit les mêmes données qu’eux. Je glisse, au cas où ça vous intéresse, que mon sujet de thèse, qui ne vaut pas mieux que les autres, c’est moi qui l’ai proposé, négocié, rédigé en co-tutelle entre un laboratoire français et un laboratoire luxembourgeois. Je salue chaleureusement tous ceux que j’ai croisés pendant ces quatre années entre Orléans et Belvaux. Vous me manquez ; je vous aime. Même si je dois vous avouer que je m’épanouis mieux dans mon métier actuel.
« Le doctorat [d’I Aberkane] de l’université de Strasbourg n’est pas une thèse »
Je n’ai dit ça à aucun moment. C’est vraiment gênant. C’est là qu’un peu de méthode de sa part nous aiderait à savoir quelle phrase il interprète de cette manière. Là, on ne sait pas.
Le M2 de l’ENS
Idriss Aberkane, lisant ses notes explique que j’aurai dit qu’il n’aurait pas de « M2 en systems biology ». Or le diplôme existe et il a été publié, je n’ai donc rien dit de tel. En revanche je dis qu’il n’a aps de M2 de l’ENS puisque ce M2 a été obtenu à Paris Diderot.
Or, regardez son CV actuel. C’est à dire la version 2022, déjà bien corrigée par rapport à la légendaire version de 2016. Et vous voyez une section Ecole Normale Supérieure. Dedans : une ligne M2. Cette ligne n’a rien à faire là et monsieur Aberkane l’admets puisqu’il répond ainsi
« Idriss Aberkane revendique un master 2 de l’ENS » : Non j’ai jamais dit ça nulle part.»
En conséquence, Monsieur Aberkane détient zéro diplôme de l’ENS. Et des tas de gens très brillants sont dans ce cas. Ca n’est pas grave du tout, il ne faut pas pleurer. Mais il ne faut pas non plus faire un CV avec des lignes qui disent le contraire.
J’en profite pour passer directement à Stanford. Monsieur Aberkane dit qu’il a évidemment publié le travail réalisé là bas. Quand on cherche, on trouve en effet une publication. Un poème. On a le droit d’aimer, tout en se disant qu’on est loin des neurosciences de la diplomatie du management de l’économie de la connaissance.
S’il a publié des travaux de recherche effectués à Stanford, il doit avoir pour co-auteur des chercheurs de Stanford. S’il nous fournit cela, alors on pourra le croire. Ce n’est pas à nous de prouver l’inexistence de son travail.
CAMBRIGDE !
Dans sa vidéo, Monsieur Aberkane, répète que ceux qui le critiquent et en particulier moi (je suis nommé une bonne quarantaine de fois au moins) mentent, qu’ils sont motivés par l’argent ou la haine, mais sans apporter rien de plus que sa parole qui est justement remise en question. Je note d’ailleurs qu’il n’atteste plus rien sur l’honneur. Ayant encore le mien, je peux attester que ce qui va suivre est parfaitement authentique.
Un étudiant de Cambridge qui souhaite garder l’anonymat m’a proposé son aide pour contacter le professeur Brian Moore. Je vous rappelle que monsieur Aberkane a écrit sur son CV et a dit publiquement à plusieurs reprises qu’il avait été invité là bas par ce professeur, que son travail était jugé assez important pour qu’on le rémunère, qu’il a été co-auteur final d’un article avec monsieur Moore. Ce concept de co-auteur final m’avait interpellé en 2016 et m’avait permis de voir qu’en réalité ce ‘n”tait pas un article mais une communication dans un congrès par poster, ce qui est pas mal du tout mais qui ne correspond pas, dans les sciences du vivant à une véritable publication revue par les pairs.
Voici la réponse de Brian Moore
Traduction « Idriss a travaillé un court moment dans mon laboratoire en tant que bénévole non payé. Son travail a servi de base à l’abstract (résumé scientifique) d’un papier présenté à un séminaire de l’Acoustical Society of America. Ce travail n’a aps donné lieu à un véritable article scientifique. le travail en MEG n’a pas été fait avec moi. Il peut avoir été fait dans le laboratoire du prof. Lorraine Tyler. »
Nous avons également contacté Lorraine Tyler, avec qui Idriss Aberkane aurait pu faire de la recherche lors de son deuxième passage en 2009. Et nous avons sa réponse.
Traduction « Idriss était dans mon laboratoire. Pour autant que je m’en souvienne, ce fut une visite très brève. J’ai bien peur de n’avoir aucun souvenir de la recherche qu’il a pu faire, ce qui pourrait bien vouloir dire quelque chose. Les éventuelles traces de tout cela sont dans mon laboratoire om je ne travaille pas actuellement. Je me souviens qu’il était « visitor ». Si je trouve quoi que ce soit de concret, je vous le ferai savoir. »
Conclusion
Ces informations me semblent suffisante pour établir qu’Idriss Aberkane raconte des sornettes monumentales. Dans le même temps, il accuse tout le monde de mentir, bien entendu, parce qu’admettre son baratin, ce serait renoncer à la raison même de son succès auprès de son public, et de ses revenus : il est génial, brillant, polymath, hyperdocteur.
Maintenant vous devez décider à qui vous accordez votre confiance ; personne ne peut le faire à votre place. Mais rappelez-vous que si vous avez l’impression que les humains sont vraiment des moutons qui croient n’importe quoi, il faut accepter de se souvenir que vous aussi vous êtes un humain, que tout le monde peut se tromper, que nous pouvons tous nous faire avoir par un beau parleur. Ils existent depuis la nuit des temps, et maintenant ils sont sur LinkedIn, YouTube, Twitter.
Je vous invite à douter de tout ce que je viens de dire, cela vous motivera à aller vérifier par vous même.
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Epilogue
Le 25 février, Idriss Aberkane réagit sur Twitter de cette manière.
Ce qui suscite quelques questions :
En faisant cela Idriss Aberkane apporte sa validation personnelle à l’authenticité des mails de Brian Moore diffusés ci-dessus. Une authenticité que j’aurais par ailleurs été dans l’incapacité de prouver à tous ceux qui auraient choisi de m’accuser de les avoir inventés. Le manque d’intelligence d’une telle réaction est assez inespéré. Depuis le 25 février, Idriss Aberkane s’est récyclé en expert de géopolitique et fait des lives très suivis où il « analyse » la crise ukrainienne avec la même pseudo-autorité qui a accompagné ses élucubrations sur la pandémie. Désormais, il fera son beurre sur la guerre, une situation où la désinformatione st encore plus nocive que lors d’une épidémie
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