La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Les ravages de la pureté & Le harcèlement des gourous

Ou : Des vertus de la mesure

 

Petit Vlog au débotté et en deux parties pour contribuer à la bonne intelligence collégiale au mieux de mes modestes facultés. Je vais vous parler des ravages de la pureté, puis des gourous et influenceurs, et de la manière de les critiquer sans les harceler. Pour commencer je voudrais énoncer quelques principes sur lesquels j’espère que nous sommes d’accord dans les grandes lignes sans qu’il soit besoin de pinailler

  1. La liberté d’expression est d’une importance cruciale.
  2. Il faut assumer les conséquences de la parole que nous émettons en public, c’est-à-dire les critiques que l’on peut recevoir en retour.
  3. La pluralité des opinions est une bonne chose.
  4. Enfermer les gens dans une case est une mauvaise idée.
  5. Condamner à perpétuité la réputation d’une personne sur la base d’un propos tenu il y a x année est une posture mesquine, dangereuse, et, souvent, autodestructrice.

 

Et sur la base de ces quelques principes, je voudrais vous proposer une réflexion parce que je vois des comportements embêtant sur les réseaux sociaux autour de la communauté sceptique et parfois à l’intérieur.

 

Je ne suis pas d’accord avec toutes les prises de position des mes estimés collègues de la communauté des promoteurs de la pensée critique. Samuel, Sylvain, Christophe, Defakator, Pauline, Romain, Richard, Henri, Nathan, Virginie, Jean-Michel, Fantine, Florian, Gérald, Olivier, Serge, Ghaïs, Sohane, Dari, François, Faustine, Alexis, Clément, Loïc, Denis. Et CETERA sont tous des gens dont je respecte le travail, pour lesquels j’ai généralement une très haute estime personnelle, et à qui il arrive de dire des choses qui me font hausser un sourcil ou soupirer bien fort.

Sur cette chaîne nous avons reçu quelque chose comme 160 invités, sans doute davantage. À chaque fois, nous essayons d’avoir une intervention qui correspondent au champ de compétence de la personne que nous invitons et de valoriser les paroles qui s’alignent sur l’état des meilleures connaissances. Je ne dis pas qu’on y arrive toujours, mais on fait des efforts constants. Vous imaginez bien que mon équipe et moi-même, nous ne sommes pas d’accord avec l’entièreté des prises de parole publiques de tous ces gens au cours de leur existence. Et vous imaginez aussi sans doute qu’on ne peut pas procéder à une enquête de moralité pour passer au crible toutes les déclaration des gens que nous recevons. J’énonce un peu des évidences, je m’en excuse, mais je constate que c’est nécessaire.

Quand quelqu’un sort une dinguerie ou se comporte mal, cela n’anéantit pas ipso facto tout son travail et l’intérêt qu’on peut accorder à ses propos. En bon bayésien que nous sommes tous, cela nous pousse à réévaluer notre niveau de confiance, et c’est très bien.

Alors on ne va pas pouvoir donner satisfaction à des extrémistes (quel que soit leur camps) qui veulent voir disparaitre des individus à cause d’une prise de position discutable (même en reconnaissant qu’elle serait discutable). Parce que si nous faisons cela, nous allons très vite finir par fréquenter uniquement un petit nombre de gens qui pensent pareils et qui en plus ont toutes les chances d’avoir intégré l’idée qu’il faut excommunier ceux qui dévient un peu, ce qui finit évidemment par éliminer tout le monde.

Notre but, mon but en tout cas, ça n’est pas de tracer une ligne entre les bons et les méchants et tirer un rideau pour ne plus voir ces derniers ; j’ai très envie, au contraire, d’écouter comment pensent les autres pour leur proposer quelques concepts et outils méthodiques que je juge utile pour moins se tromper. Donc, je vous confirme que la porte est ouverte aux extrémistes, pas pour inciter notre public à se radicaliser, mais pour inviter tout le monde à être raisonnable. Et je crois que c’est une position qui est parfaitement comprise par la majorité des créateurs de contenus qui savent que nous avons deux but principaux :

  1. Faire communauté, nous soutenir, nous entraider à penser mieux, à trouver des ressources, à nous débarrasser d’idées mal foutues. Elargir le cercle des rationalistes
  2. Résister aux influences de ce que nous combattons : notamment le dogmatisme, l’intolérance et les pseudosciences.

Ces deux objectifs impliquent de parler aussi à ceux qui ne nous ressemblent pas, de leur tendre la main en étant compréhensif avec leur vécu, leur parcours, leur ressenti, sans pour autant cacher nos désaccord. Et ça, ça peut s’apprendre en faisant le choix que je vous propose.

Quand une personne a des propos ou des comportements que vous désapprouvez :

  1. Si vous le connaissez personnellement, dites-le lui en privé. Passez un coup de téléphone, envoyez un email : expliquez votre point de vue.
    Si vous ne le connaissez pas perso ou si l’étape 1 a grillé a foiré…
  2. Exprimez vous publiquement pour critiquer ce comportement ou ces propos en étant précis sur ce qui vous dérange, en proposant des solutions, en ne parlant pas de ce que vous ne connaissez pas, par exemple les états mentaux de l’intéressé·e.
  3. Et ensuite retenez-vous de suivre cette pente délicieuse qui consiste à rabâcher vos critiques ad nauseam jusqu’à ce que la personne incriminée change assez pour que vous puissiez constater que votre pression a porté ses fruits.

Je vous donne ce conseil, parce si vous faites le choix de ce genre d’attaque :

  1. Ça a peu de chances de marcher. Documentez vous sur la réactance. Et demandez-vous si vous-même vous avez envie qu’on vous traite comme ça.
  2. Vous n’avez pas conscience du phénomène d’engagement dans lequel VOUS mettez les pieds et qui peut vous pousser à sévir dans vos critiques, à devenir de plus en plus exigeant, à vous aveugler même aux changements que la personne que vous critiquez pourrait bien avoir amorcé.
  3. Vous sacrifiez probablement de futures occasions d’échanger avec cette personne et de la faire changer d’avis sur autre chose.
  4. Vous passez sans doute pour un connard aux yeux de ceux qui ne vous prennent pas pour un héros.
  5. La polarisation n’est votre amie que si vous voulez surfer dessus à des fins personnelles. Et ça se voit.

 

On peut plus critiquer les gourous ??

Mais attention, une fois que j’ai dit cela, il faudrait éviter de voir du harcèlement partout, sinon on n’a plus qu’à fermer sa gueule et dire amen à tout le monde. On peut critiquer les influenceurs complotistes et les vendeurs de pseudoscience sans tomber dans le harcèlement. Et pour ça j’en reviens à mes 5 principes du début. Tout en respectant ces principes, on est en droit d’émettre des critiques répétées ce certains personnages, à certaines conditions :

  1. On ne pourrit pas la personne en l’insultant, en lui donnant des surnoms, en lui inventant des maladies mentales, des handicaps ou des perversions. Bref, ne soyez pas un connard, ça devrait être dans vos cordes.
  2. On se concentre sur ce que ses propos ont de faux, trompeur et dangereux. On explique pourquoi on porte cette critique répétée.
  3. On ne s’acharne pas sur une déclaration datant d’il y a dix ans, sauf si c’est pertinent par rapport ce qu’il est en train de faire maintenant.
  4. On se focalise sur l’analyse de la rhétorique, sur la manière dont ce gourou est entendu et suivi malgré ses boniments ; sur le débunkage de son bullshit en proportion de ce qu’il produit.

Le gourou qui sortirait une vidéo par semaine pour dire que tout le monde est corrompu sauf lui ou pour dégoiser des sornettes du haut de ses pseudo-diplômes tout en vendant des formations vérolées. Chaque semaine. Eh bien il mérite de recevoir une réponse, une critique, une analyse, un débunk… Chaque semaine. Je ne dis pas qu’il faut le faire, je ne dis pas que moi je le ferai, mais je soutiens que c’est justifié et que ça ne déroge pas aux 5 principes de base

 

Mais ne confondons pas les gens avec qui nous sommes en simple désaccord, avec qui nous avons une dispute ponctuelle, localisée, circonstanciée, même si elle est profonde… avec celles et ceux qui sont des leaders d’opinion et gagnent du capital symbolique en proférant des boniments, en lançant des accusations vipérines ou en se prévalant d’expertises qui leur sont étrangères au risque de conduire leur public à des décisions désastreuses. En d’autres termes il ne faut pas se tromper de cible et il faut savoir agir de façon proportionnée.

 

Donc…

Ma conclusion sur ces deux sujets : le problème de la pureté et celui de la critique des gourous, c’est que la nuance est notre alliée. Nous sommes toujours plus pertinents quand notre réaction est pondérée, équilibrée. Mais ça implique de résister à des biais cognitifs et à des conditionnements sociaux qui nous attirent vers des réactions cathartiques, lesquelles nous shootent à la dopamine et nous encouragent à saloper notre environnement social. M’est avis que ces principes peuvent nous aider à mieux choisir nos combats, à canaliser plus sagement nos ressources limitées.

Ce que je viens de vous dire est facile à dire, mais c’est bien plus difficile à faire. A vous de voir si vous pensez que ça vaut le coup. La section commentaire est là pour ça.

Acermendax

Tronche en Live n°119

Emission enregistrée le 22 février 2023

Editorial

La science et la pensée critique sont des démarches qui décapent nos idées reçues, déchirent nos illusions, bousculent nos évidences et dérangent notre zone de confort. Si c’était facile de tout savoir et de tout comprendre, si ça ne demandait pas de gros efforts contre nos intuitions, ça se saurait.

Les cultures humaines débordent de récits consolateurs qui aident à supporter les épreuves de la vie. Les sceptiques comme nous se privent de cette béquille, ils rejettent la tranquille réassurance que, au bout du compte, chacun se verra récompensé ou puni selon son dû par un cosmos attentif à ne laisser passer aucune petite injustice. Hors jeu, donc, les promesses des grandes religions et des spiritualités qui prétendent en savoir long sur l’éternité, l’harmonie, la justice cosmique et le sens profond, premier et entier de notre existence.

Il y a quelque chose de déprimant là-dedans. Et les sceptiques passent pour des gens amers, tristes, en colère auprès de certains défenseurs de l’ésotérisme et de la spiritualité surnaturelle.

Il semble que pour beaucoup de gens, c’est plus dur de vivre en admettant que nous sommes le résultat d’une longue séquences d’événements hautement improbables. On peut légitimement estimer qu’il est insuffisant d’être un primate bipède presque raisonnable, traversé d’émotions et d’états mentaux pas toujours en adéquation avec le réel, destiné à respirer quelques décennies puis à rejoindre le néant pour le reste de ce que l’univers a de temps en réserve. Avoir le néant pour destination et l’oubli, irrémédiable, pour lointain héritage, c’est pas terrible.

Et il faut comprendre que cela puisse paraitre monstrueux à beaucoup de nos complanétaire : notre posture sceptique, philosophiquement matérialiste, est minoritaire chez l’espèce humaine.

Mais elle est courante chez les grands penseurs, et elle nous susurre des conseils qu’il n’est pas si difficile de comprendre et d’accepter : Carpe Diem, notamment. Cueillons aujourd’hui les fruits de la vie.

J’ajoute que l’optimisme doit être notre compagnon de route, sans quoi le cynisme imposera ses aboiements dans nos conversations. Je sais bien que la situation est grave, que l’avenir est incertain, que des catastrophes nous guettent ; mais on ne les repoussera pas en s’empêchant de vivre, et elle ne viendront pas plus vite si l’on s’accorde le droit de dire à nos enfants qu’ils méritent une belle vie et trouveront des solutions aux problèmes que nous ont légué ceux qui, avant nous, ont dû se farcir une existence pas toute rose non plus et n’ont pas assez souvent fait les bons choix, de notre point de vue.

Ce soir, nous vous proposons une parenthèse de pensée positive.

Alors attention, il n’est pas question ici de la pensée positive chère au développement personnel matinée de pensée magique : « quand on veut on peut », « il faut trouver en soi les ressources d’avancer », « vive la résilience ! » et autres discours qui empêchent d’envisager les vraies réponses structurelles pour y substituer le culte de l’effort personnel. Et évidemment je ne défends pas l’idée que nos pensées ont un effet direct sur le monde, qu’il faut nier les problèmes pour vibrer à des fréquences harmonieuses, qu’il faut sourire comme un idiot jusqu’à ce que les choses s’améliorent d’elles-mêmes. Je parle simplement d’optimisme, parce que je pense que nous en avons besoin.

Il va falloir beaucoup travailler, râler et se battre pour passer les épreuves qui nous attendent, mais je vais oser paraphraser notre ami Molière : « Il faut râler et se battre pour vivre et non pas vivre pour se battre et râler. » et je vous propose qu’on s’amuse un peu ce soir en attendant la mort avec quelques jeux imaginés par d’indécrottables rationalistes. Je voudrais que nous soyons un peu heureux d’être qui nous sommes, que nous montrions de temps en temps la facette créative, ludique, hédoniste de notre personnalité, car je crois que cela nous aidera à garder l’envie d’agir.

La Tronche est à VOUS #7

Emission enregistrée le 16 février 2023

Editorial

Ce soir La Tronche est à VOUS. Vous pouvez trouver en description le lien vers le salon Discord ou un Tutoriel vous explique comment demander la parole au sujet des pseudosciences dans le monde du travail. Venez nous parler de votre expérience sur le sujet afin de donner de la voix à ce problème. Mais venez aussi si vous avez des compétences juridiques et des solutions à proposer à ceux qui doivent subir les assauts de ces discours trompeurs.

 

Le travail est l’univers de l’efficience, de la rationalisation des coûts, de la maximisation des effets, de la sagesse dans les investissements, de la gestion rigoureuse de toutes les ressources. Ou n’est-ce qu’une illusion entretenue par commodité ? On peut se le demander au vu du succès des innombrables coachs vendant toujours plus de techniques qui appellent à de nouvelles formations, à de nouvelles dépenses, à une dépendance toujours accrue envers des gourous du bien-être, du bien-fonctionner, du bien-paraître, avec leurs conseils de « bon sens » enrobés de phrases puissantes et positives, faciles à digérer, déclinables à l’infini, et très compatibles avec l’idéologie en place qui rend l’individu seul responsable de son sort, de ses difficultés, de ses échecs. Les pseudosciences sont au service du système ; elles s’alignent toujours avec les préjugés du patron qui devrait au contraire vouloir être challengé dans ses représentations, ses choix, ses stratégies, afin de traquer ses éventuelles faiblesses et améliorer ses résultats.

Recrutement – gestion du personnel – animation d’équipe – gestion des conflits — développement personnel — santé au travail : les pseudosciences vendent aux entreprises de fausses solutions à de vraies problématiques.

 

La mode managériale du recours à des discours lénifiants, personnels, tournés vers le dépassement de soi, la recherche de ressources internes, la remise en question des rigidités individuelles en vue d’accroitre l’adaptabilité de la masse salariale aux impératifs de la vie moderne n’est pas un hasard. Elle participe d’une culture d’entreprise où l’on cherche à se défausser sur le salarié de la responsabilité de ce qui lui arrive, de ses ressentis et de ses réactions. De cette manière, on apprend à chacun à gérer le stress au lieu de réfléchir collectivement à la gestion du stress et aux solutions à envisager qui pourraient impliquer de réviser certaines évidences sur l’organisation du travail.

Cette focalisation sur la trajectoire personnelle, cet amour de la décontextualisation pour essentialiser le parcours de chacun, a le grand avantage de retirer au chef la responsabilité du mal vivre de ses employés, mais il n’y a aucune garantie qu’il s’agisse d’un pari gagnant pour lui. Les managers sont comme tout le monde, sujets à des croyances qu’ils ne mettent pas volontiers à l’épreuve. Et il se pourrait que toute cette mode envahissante soit génératrice de perte d’efficacité, de rendement, d’intelligence à l’échelle de l’économie entière sans que personne ne soit en mesure de s’en rendre compte, puisque personne n’est motivé à en mesurer l’impact. D’un simple point de vue égoïste les managers devraient avoir envie de s’assurer que toutes ces pratiques ne coûtent pas un pognon de dingue pour rien, et d’un pont de vue plus humaniste, on souhaiterait que l’épanouissement individuel ne soit pas une variable d’ajustement des gestionnaires, ni confiée à des mercenaires du slogan publicitaire armés de l’attirail du diplômé en marketing qu’on a dressé à exploiter la moindre faille de jugement de sa clientèle.

 

Les pseudosciences dans le travail, c’est bien sûr l’interminable farandole des fausses médecines puisque la santé concerne tout le monde et que la santé au travail est une question fondamentale. Mais c’est aussi l’entrisme d’une forme de pensée magique, de spiritualité dans certains rapports à la nature, et on le voit à travers la biodynamie, très attrayante dans le monde viticole depuis quelques années. Mais c’est encore la question des experts en justice. En France, des psychanalystes continuent de venir déverser des propos déconnectés du corpus scientifique dans les prétoires. C’est la présence de pseudo-experts auprès des élus qui peuvent tomber dans de vraies arnaques comme la célèbre affaire des avions renifleurs. À tous les échelons, les discours pseudo-scientifiques parasitent l’activité humaine. Et malheur à ceux qui le feraient remarquer, car rien n’est plus simple que de reprocher à celui qui détecte la magouille d’être vecteur de mauvaises énergies, de valider par son refus le diagnostic qu’il s’agit d’un mauvais élément, d’un employés mal aligné, rétif aux efforts de l’équipe qui veut s’améliorer.

Si des patrons nous écoutent ce soir, ils devraient prendre conscience qu’installer un climat d’unanimité autour de leurs décisions est une stratégie qui garanti que les mauvais choix auront des conséquences bien plus grave qu’ils auraient pu éviter.

La Tronche est à VOUS.

 

Emission enregistrée à la Cité des Sciences et de l’Industrie le 10 janvier 2023.

Invitées :

  • Maud Gouy (Commissaire de l’exposition Cancers)
  • Laurence Caunézil (Commissaire de l’exposition Cancers)
  • Claude-Agnès Reynaud. Immunologiste. Directrice de recherche Emérite de l’Hôpital Necker. Présidente du Conseil Scientifique national de La Ligue contre le Cancer.
  • Caroline Robert. Dr en médecine, chercheuse à l’Inserm, cheffe du service de dermatologie de l’Institut Gustave Roussy.

 

EDITORIAL

L’univers est composé de matière et d’énergie que l’humain a classé en deux catégories : les choses qui donnent le cancer, et les choses dont on n’a pas encore montré qu’elles donnent le cancer mais dont on devrait se méfier quand même.

On a souvent l’impression que tout donne le cancer. L’amiante, le benzène, le tabac, l’alcool, le soleil, la charcuterie, les boissons chaudes, le sexe et le plutonium. On peut parfaitement vivre sans plutonium. On peut vivre en se privant de la plupart des substances dont on a montré qu’elles augmentaient fortement les risques d’avoir un cancer. On peut aussi s’organiser pour éviter tous les facteurs de risque, et avoir un cancer quand même, puisque la génétique donne aussi le cancer, la vilaine.

Nous sommes cernés.

Nous sommes des organismes pluricellulaires et à cause de ça, on ne peut pas se débarrasser à 100% du risque d’avoir un cancer. Même le Rat-Taupe nu peut avoir le cancer. Celles et ceux d’entre nous qui vivront vieux en accumulant les décennies finiront presque tous par avoir un ou plusieurs cancers. Ils ne seront pas forcément graves, on aura le temps de mourir d’autre chose, mais ils seront là.

Alors je me pose la question : une maladie a ce point omniprésente à laquelle nous n’avons presque aucune chance d’échapper à moins de nous transformer en amibe unicellulaire (et je vois bien les efforts en ce sens de certains commentateurs, que je salue malgré tout), une maladie dont les risques s’accroissent à chaque fois qu’on fait un truc qui nous plait comme manger un barbecue…  Faut-il en avoir peur absolument tout le temps, en faire l’urgence totale et permanente, ou au contraire arrêter de s’inquiéter, puisque de toute façon personne ne quittera cette planète en vie ?

Bien sûr la réponse est sans doute quelque part entre les deux. Il faut avoir peur du cancer pour rester en éveil, pour éviter les risques inutiles, pour suivre quelques consignes de prévention et accepter les mesures de dépistage. Ca nous économisera bien des soucis. Mais il ne faut sans doute pas paniquer constamment, s’empêcher de vivre, dramatiser absolument tous les diagnostics, stigmatiser la maladie et donc un peu aussi les malades. Il faudrait équilibrer notre peur de ce mal, car comme le disait ce cher Beaumarchais « Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur. »

Les cancers nous concernent tous, ils sont la première cause de mortalité en France. Tous les jours on dénombre environ 1000 nouveaux cas dans le pays. Mais avoir un cancer, ça ne veut pas dire qu’on va en mourir, et désormais ça ne signifie plus forcément qu’on va devoir subir un traitement invasif et douloureux. Désormais on survit au cancer, on entre en rémission et on peut même dire qu’on en guérit. Le taux de survie à 5 ans de certains cancers est désormais très élevé : 88% pour le cancer du sein chez la femme, 98% pour le cancer de la prostate chez l’homme, ou encore 93% pour le cancer de la thyroïde. Environ la moitié des malades peuvent continuer leur activité professionnelle pendant leur traitement. Autant dire que tout ça a beaucoup changé depuis l’époque pas si lointaine où la médecine ne pouvait pas faire grand chose pour les malades.

 

Nous sommes en direct depuis la Cité des Sciences et de l’Industrie, à Paris, au sein même de l’exposition CANCERS, et ce soir nous allons discuter avec les commissaires de cette exposition : Maud Gouy et Laurence Caunézil, mais aussi avec deux chercheuses du domaine : l’immunologiste Claude-Agnès Reynaud et la dermatologue Caroline Robert.

Merci à elles d’être présentes avec nous, et merci à Universcience pour ce partenariat, notamment à Aurore Wils, Camille Corsia et Sadek qui nous ont aidés à préparer l’émission.

 

A voir également, l’émission sur l’apport de la biologie de l’évolution au traitement des cancers avec Frédéric THOMAS

Mais aussi notre émission sur les thérapies alternatives autour des cancers avec le cancérologue Simon SCHRAUB.

Netflix a fait un carton avec la série titrée en anglais « Ancient Apocalypse » et en français « à l’aube de notre histoire » (un titre mollasson, les traducteurs sont mauvais ou un peu gênés par ce qu’on leur demande de faire). Cette série de 8 épisodes met en vedette le narrateur Graham Hancock. Ce succès n’a rien d’étonnant, les livres du monsieur se vendent à des millions d’exemplaires : il raconte des choses intéressantes.

La thèse tient en deux phrases : Notre espèce est amnésique, nos livres d’histoire ignorent complètement une ancienne civilisation de bâtisseurs, anéantie par un cataclysme naturel il y a 12800 ans. Cette ancienne culture peut être retrouvée dans le monde entier sur des sites très anciens qui font référence à des mythes communs que les archéologues ne sont pas foutus de lire correctement parce qu’ils ne veulent pas accepter la vérité découverte par quelques théoriciens marginaux dont Graham Hancock.[1]

Intéressant, non ? Mais tout ce qui est intéressant n’est pas forcément vrai. Ni inoffensif.

 

Je vais vous divulgâcher l’affaire. Graham Hancock raconte des balivernes, et c’est un homme en colère de ne pas être pris au sérieux par les experts. Il choisit les faits qui l’arrangent, ignore complètement le contexte, les explications déjà fournies, les travaux actuels des experts, les incohérences entre les éléments qu’il rassemble, il amasse une pile de cerises et vend tout ça en répétant ad nauseam que les archéologues se trompent. Il s’agit d’une sorte de trafic de contrefaçon de la préhistoire qui jongle avec le mystère, les effets de dévoilement et un sentiment anti-intellectuel qui aime prendre les universitaires pour des idiots pantouflards aux idées archaïques ou bien des corrompus.

Episode 1 « Ca fait de moi l’ennemi numéro 1 des archéologues.»  « L’archéologie n’adhère pas aux nouvelles preuves »

Quand on fait un travail sérieux, on n’a pas besoin de chercher à discréditer les experts : on expose sa démonstration et on attend les critiques.

Nous avons ici rassemblés tous les ingrédients d’une fiction potentiellement sympathique, mais sans le talent et le travail d’un auteur qui pourrait en faire de la bonne fiction. Alors on nous vend tout ça avec une étiquette de science alternative. Et ce qui aurait pu être de la bonne fiction devient de la désinformation. Avec la complicité d’un géant comme Netflix pour financer tout ça et l’injecter dans tous les foyers du monde.

 

De quel droit il critique, lui ?

Je n’ai aucun intérêt personnel à attaquer ce programme, ni aucun ressentiment envers M Hancock.  Quand je croise un programme qui dit des conneries, j’ai envie de dénoncer ces conneries dans l’espoir d’entendre moins de conneries. Je suis certain que vous pouvez comprendre cette motivation.

Quand on critique les récits alternatifs des bonimenteurs sur l’histoire ou sur la science, on se heurte généralement à deux contre-attaques

— La première : Tu n’es pas un expert. Tu n’es pas allé sur place. Ce n’est pas ton domaine Tu n’y connais rien. Tais toi.

— La deuxième, adressée à de véritables experts est : Tu es payé par le gouvernement, ou bien par une grande entreprise, ou bien tu veux vendre tes propre livres : et donc tu as des intérêts à protéger et tu t’attaques à tout ce qui met en danger la version officielle. Alors tais-toi !

On croise toujours. Toujours. L’une de ces deux attaques, voire les deux. Or si vous êtes capable de défendre une seule et même idée avec ces deux contre-attaque, alors vous avez un problème avec la logique et vous ne cherchez pas à savoir ce qui est vrai mais à défendre ce qui vous plait. Il se trouve que la plupart des humains fonctionnent comme ça : l’expertise du camp d’en face nous semble toujours suspecte, beaucoup moins solide que l’expertise du camp des idées que l’on pense vraies. Mais en face ils pensent pareil, alors cet argument n’a en réalité aucune portée, aucune chance de convaincre l’autre ; il ne sert pas à ça. Il est simplement le reflet de notre croyance. Et donc, je suggère de nous en méfier.

Graham Hancock commence son spectacle en insistant sur le fait qu’il n’est pas un chercheur, qu’il est journaliste. Par conséquent, je n’ai pas besoin d’être un expert ou un chercheur, pour réaliser une analyse sur la manière dont il construit son histoire.

« Si la théorie est vraie elle chamboule tout»

–> Oui. Bien sûr. Comme vous le savez déjà : « si c’est vrai, c’est très grave ! » nous disent les complotistes et beaucoup de pseudo-savants détenteurs d’une vérité alternative. Mais avant de dire que c’est grave, que c’est important, que ça chamboule tout, on doit prouver que c’est vrai.

 

Comment faire ?

Selon toute vraisemblance, vous n’êtes pas un expert en archéologie. Devant un programme qui prétend dévoiler la vérité méconnue sur le lointain passé, je suis comme vous : je n’ai pas les connaissances suffisantes pour détecter à coup sûr ce qui est vrai et ce qui est faux dans la plupart des faits qui vont être présentés. Mais, vous comme moi, nous sommes capables de nous poser des questions et de repérer des incohérences. Quand on n’est pas historien et qu’on n’a qu’une faible connaissance de l’état de la science sur une époque ou un site, on n’est pas réduit à gober ce qu’on entend ou à tout rejeter en bloc. On peut malgré tout évaluer la crédibilité de ce qu’on entend. Mais ça demande quelques efforts et de ne pas se fier à ses seules impressions, sentiments et intuitions.

Source pour reconnaitre un DOCUMENTEUR.

Parcourons le récit

Episode 1

La série démarre à en Indonésie, à Gunung Padang, un site daté du 5e au 2e siècle avant notre ère, notamment grâce à des poteries, mais vieux de 8000 ans pour d’autres. Soit. Mais Graham Hancock veut affirmer que le site date de 24.000 ans. Et qu’il s’agit d’une pyramide. Et que les spécialistes ignorent tout de la civilisation qui l’a construite, qu’ils le vivent mal et préfèrent donc ne pas y croire. A l’appui de ce récit la série nous fournit de très belles prise de vue aérienne faits avec un de drone et des images de synthèse qui reconstituent la pyramide ancienne. Elle est là, devant nos yeux. C’est donc que c’est vrai. Personne ne s’amuserait à dessiner de telles images qui seraient purement nées de son imagination ! Sauf que c’est exactement ce qui se passe.

Sur place le géologue Danny Hillman Natawidjaja adhère à la version de la civilisation perdue, prétend qu’il existe trois chambres secrètes à l’intérieur de ce qu’il appelle une pyramide. Sauf qu’il est la risée du métier pour qui la colline est une colline. C’est exactement ce qui se passe avec l’histoire des « pyramides de Bosnie » défendue par Semir Osmanagic pour des raisons idéologiques nationalistes. Pour cet entrepreneur, la colline de Visoko est la plus grande pyramide du monde : il dirige sur le site des fouilles qui construisent les ruines qu’il prétend découvrir. Et de la même manière le politique s’en mêle, avec le président de l’Indonésie qui approuve les récits de pseudo-histoire qui flattent les idéaux nationalistes.

 

Pour les archéologues, le site de Gunung Padang est remarquable, il s’agit du plus grand site mégalithique du sud-est asiatique, mais ils rappellent qu’en archéologie on découvre d’abord la culture, on estime l’âge des artefacts, on étudie les cultures avoisinantes, les références, les influences, et ensuite seulement on peut établir la place historique de la construction. Dans la méthode de Graham Hancock, on trouve des choses, on les date au carbone 14 et on invente une culture qui en serait à l’origine[2]. De cette manière, Hancock valide l’idée d’une pyramide vieille de plus de dix mille ans parce que cela l’arrange. Et c’est comme ça, l’affaire est réglée.

Pour cette série Netflix, les primitifs de cette région ne peuvent pas avoir soulevé toutes les lourdes pierres au sommet de la colline, il faut donc que d’anciens sages leur aient appris comment faire en les civilisant. Et s’il ne reste rien de ces anciens sages, c’est parce que leur civilisation a disparu sans laisser de trace. Et s’il ne reste aucune trace c’est parce que le Déluge a tout effacé. Et on est certain que le Déluge a eu lieu puisque beaucoup de cultures dans le monde ont des récits d’inondations catastrophiques qui ne peuvent avoir pour origine qu’un même cataclysme mondial.

Ceci n’est pas une théorie scientifique, c’est un brouillon de script pour un film de Roland Emmerich. Ce n’est pas une démonstration, c’est une monstration : « Regardez là c’est bizarre hein. Et ici comme c’est trop étrange. Personne n’a d’explication, donc j’ai raison ! »

 

Episode 2

Ensuite Graham Hancock se balade devant la caméra au Mexique. La grande pyramide de Cholula existe. Mais ce n’est pas suffisant pour Graham Hancock qui nous dit qu’elle a été construite par des bâtisseurs anciens ayant reçu l’enseignement d’un sage venu de la mer. Le procédé est identique à celui du 1er épisode. Pas question que les autochtones aient pu faire ça tout seul.  Il faut lire dans la statuaire qu’un mystérieux sage est venu de la mer pour enseigner la civilisation à ces gens.

 

Episode 3

« Tout ce que les archéologues disent sur l’histoire de Malte est faux »[3]. Derechef le même message : les peuple connus par les historiens sont trop primitifs pour être les bâtisseurs des temples qu’on trouve sur l’ile. Et ces temples sont plus vieux qu’on ne le dit. Sur quoi tout cela repose-t-il ? Regardez bien : sur rien. Ce que Hancock ne dit pas c’es que les travaux de datation de ces sites anciens sont multiples et convergents[4].

Pour prouver sa « théorie », Hancock décide de croire que des dents de Neandertal ont été retrouvé sur l’ile, dans la grotte de Ghar Dalam. La littérature scientifique penche plutôt pour des dents d’homme modernes , mais en fait peu importe, parce que posez-vous la question : la présence de Neandertal sur Malte a-t-elle quelque chose à voir avec l’existence d’une civilisation ancienne perdue ? Hancock est-il en train de dire que cette civilisation perdu était celle d’Hommes de Neandertal ?

 

Episode 4

On s’en va aux Bahamas pour s’étonner de la présence de ce qui ressemble à un mur ou à une chaussée immergée à faible profondeur. Ce serait une construction humaine ! Et ce serait fantastique.. En réalité les géologues ont la réponse. Ce qu’on appelle la Route de Bimini est d’origine naturelle[5]. Ces grès de plage sont le résultat d’un phénomène de sédimentation. D’ailleurs, on ne trouve aucun artefact, aucun outil, ni trace d’outil, que ce soit sur la « route » ou sur les iles voisines ou alentour. Zéro bâtiment monumental. Aucune trace de civilisation. Comment Graham Hancock explique-t-il cela ? Eh bien il ne le fait pas, il n’en dit pas un mot.

Mais plus grave, toute l’opération de monstration est dézinguée par Hancock lui-même  qui déclare à la 19e minute :

« Je m’en fiche que la Route de Bimini soit naturelle ou faite par l’homme, ce que je dis c’est que c’est putain de bizarre qu’elle apparaisse sur une veille carte. »

Il fait alors référence à la carte de Piri Reissur laquelle beaucoup de bêtises ont été écrites. On prétend qu’elle montrerait l’Antarctique libéré des glaces, donc à une époque trrrèès reculée. Balivernes. La carte de Piri Reis n’est pas si étrange qu’on voudrait le croire ; à ce sujet, vous pouvez lire l’article Wikipédia[6] et consulter ses nombreuses sources.

On voit ici clairement à l’œuvre la pensée motivée de l’auteur. Il choisit des éléments éparses, les interprète à sa sauce, les relie entre eux, c’est un travail d’imagination digne d’un scénariste, je respecte ça. Mais le faire passer pour une enquête sérieuse pouvant donner des leçons aux archéologues et historiens ? Vraiment, Netflix ?

 

Episode 5

L’épisode de Gobekli Tepe est intéressant parce que la rhétorique  y est clairement défectueuse. On peut le repérer sans avoir de connaissance et sans chercher à vérifier les faits tels qu’ils sont présentés.

On nous explique que la plus grande chambre de Gobekli Tepe est aussi la plus ancienne, et ce serait la preuve qu’il n’y a pas eu de coup d’essai, donc qu’il s’agit d’une œuvre permise par une science venue d’ailleurs. Et cela valide le récit déjà présenté auparavant de la culture supérieure détruite mais transmise via quelques survivants. Mais voilà qu’un peu plus tard on nous révèle que le site contient une vingtaine d’autres enceintes repérées sous le sol mais non explorées et donc non datées. Evidemment, on est en droit de se demander si elles ne pourraient pas être plus anciennes et donc avoir préparé la construction de la grande chambre, ce qui démolit l’argument précédent. Avoir laissé passer une telle auto-contradiction est très révélateur : c’est typiquement le genre d’indice qui doit immédiatement rendre suspicieux.

 

Episode 6

Je ne vais m’attarder que sur certains points parce que maintenant vous avez compris la méthode employée. Graham Hancock va visiter le site du tumulus du Grand Serpent dans l’Etat de l’Ohio, mais il n’est pas autorisé à y installer son équipe de tournage alors il fait un caca nerveux sur le parking et crie à la censure, comme si le filmer en train de crapahuter sur le site, comme on le voit faire en mode carte postale dans les autres épisodes, était indispensable à son message. La censure consiste à empêcher un auteur de partager ses idées, ses travaux. Pour Hancock, qui parle sur Netflix à des millions de gens, la censure c’est lui dire : non, vous ne pouvez pas emmener votre équipe de tournage sur ce site amérindien pour dire devant une caméra que tous ceux qui travaillent ici mentent au public.

Le grand Tumulus du serpent est digne d’intérêt. Il n’est pas construit n’importe comment mais présente un alignement avec le ciel. En soi c’est banal. Même nos maisons sont construites en tenant compte de l’ensoleillement. Mais Hancock nous réserve une surprise

« On le date de [telle époque] mais c’est sûrement une reconstruction, car le Serpent est connu pour changer de peau. »

La méthode de Hancock se révèle dans toute sa splendeur : le vertige des analogies, la magie des symboles, l’imagination débridée. Graham Hancock voudrait ce ce site date de l’époque du cataclysme dont il veut nous montrer l’existence, alors il décide que cette construction n’a de sens que si on suppose qu’elle a été faite il y  a douze mille ans. Bien sûr, tel un astrologue, il trouvera des alignements pertinents à l’époque voulue, et estimera que ça prouve qu’il a raison. Et peu importe ce qu’en pensent les experts du site. De toute façon ce sont de vilains censeurs.

 

Episode 7

Je vais résumer cet épisode à une citation de Graham Hancock.

« Ne vous fiez pas aux experts. Faites vos propres recherches. »

Cela n’empêche pas notre homme de convoquer des gens qu’il présente comme des experts pour valider son propos. Il faut visiblement se fier aux experts qui sont d’accord avec lui, ou qui au minimum opinent devant une caméra, même si après coup, ils regrettent qu’on ait instrumentalisé leur parole. Comme c’est le cas de l’archéologue maltaise Katya Stroud, qui explique être en désaccord avec le contenu du programme et que sa parole a été dénaturée, tronquée et citée hors contexte. Bref, l’experte choisie par Graham Hancock nous dit que le programme est malhonnête[10]. C’est probablement la pire critique qu’un documentaire puisse recevoir.

 

Episode 8

À la fin de cette série, on nous résume l’histoire. Une comète a frappé la terre, a provoqué une période hivernale catastrophique qui correspond au Dryas récent, une époque géologique déjà décrite par les paléontologues. Et cet événement a détruit une grande civilisation dont les survivants sont allé transmettre leur savoir aux pauvres sauvages du reste du monde. Cette histoire, c’est celle de l’Atlantide telle qu’Ignatus Donnelly nous la raconte en 1882[7]. Graham Hancock ne fait que reprendre cette légende qui servait à dénier les réalisations des peuples natifs du continent Américain. Les anciens sites d’Amérique venaient forcément d’un autre peuple, supérieur, blanc. Je vais y revenir.

 

Habile Marketing

La série de Hancock est habile. Elle va plaire à beaucoup de gens qui ont des idées très différentes, parce que si vous regardez bien, le tour de force narratif de ce programme est le suivant : il ne dit RIEN sur la civilisation ancienne dont il prétend nous révéler l’existence !

À quoi ressemblaient ces humains ? Quelle langue parlaient-ils ? Quel niveau de technicité, de technologie possédaient-ils ? Sur leur couleur, leur culture, leur ethnie…  Pas un mot. Et ça c’est formidable. Si vous voulez croire à une race supérieure oubliée, ça marche. Si vous voulez croire à une visite extraterrestre, aux Elohims un à n’importe quel mythe antédiluvien, c’est open bar. Et le titre Ancient Apocalypse nous rappelle Ancient Aliens (« Alien theory » pour le titre anglophone destiné aux marché français), un programme complètement débile qui en est à sa 18e saison. Je connais des chercheurs qui aimeraient avoir le budget de ces producteurs pour faire de la vraie science ou des programmes qui informent et éduquent au lieu d’hypnotiser.

Hancock ne prend pas le risque de déstabiliser son public. Il ne contredit aucune des thèses farfelues des pseudo-historiens. Il se contente de taper sur la position du monde académique. Il n’appelle même plus Atlantide l’ancienne civilisation de son récit (alors que de là que tout part !). Il est donc plébiscité par tout un tas de gens dont les croyances sont incompatibles mais ont un point commun : le rejet de l’état des connaissances scientifiques sur la base d’un sentiment personnel d’une vérité plus grande, plus impérieuse. Le principal pour eux, c’est d’avoir un programme grand public qui semble aller dans leur sens.

Graham Hancock était moins habile dans le passé. Dans les premières éditions de ces livres, avant 1995, l’ancienne civilisation dont il parle tout le temps était… blanche[8]. Le peuple ancien, l’origine de la civilisation, ce sont des blancs. Il fallait des blancs pour apprendre aux sauvages du monde comment construire des temples, faire des mathématiques ou de l’agriculture. Et en réalité c’est ça la grande différence d’avec l’histoire réelle : la place des blancs.  Mais Hancock ne le dit plus parce que le public qui y croit déjà n’a pas besoin qu’on le lui rappelle explicitement, il le comprend. Et, bien sûr, il aurait plus de mal à passer sur Netflix s’il versait ouvertement dans le suprémacisme.

Cette théorie est suprémaciste car elle a permis aux colons banc de considérer que les autochtones n’avaient rien accompli par eux-mêmes et n’avaient construit aucun des grands tumulus américains. Sur cette base, on a nié leur droit sur les territoires qu’ils occupaient. On ne peut pas passer sous silence la tradition raciste qui accompagne ces récits depuis près de cents cinquante ans. Cela fait partie des motivations de ceux qui y participent et c’est clairement la couleur idéologique des réseaux qui en font la promotion.

 

Que disent les experts ?

5.1—  Lettre de la Society for American Archaeology[9] ,

Le président de la SAA, forte de 5500 membres, a envoyé un courrier aux dirigeants de Netflix.

« La série dénigre les archéologues et leur profession sur la base d’affirmation fausses et de désinformation. (…) Nous avons trois problèmes principaux avec « Ancient Apocalypse »:

(1) — l’hôte de la série rabaisse violemment les archéologues et la pratique de l’archéologie avec une rhétorique agressive, cherchant délibérément à nuire à nos membres et à notre profession aux yeux du public.

(2) — Netflix présente le programme comme une « docu-série », un genre qui implique que son contenu est fondé sur des faits, alors que l’émission est basée sur de fausses affirmations sur les archéologues et l’archéologie.

(3) — la « théorie » présentée est depuis longtemps associée aux idéologies racistes et suprématistes blanches, elle traite injustement les peuples autochtones ; et encourage les extrémistes. »

Sur la charge idéologique de ce programme : « The assertions Hancock makes have a history of promoting dangerous racist thinking. His claim for an advanced, global civilization that existed during the Ice Age and was destroyed by comets is not new. This theory has been presented, debated, and refuted for at least 140 years. It dates to the publication of Atlantis: The Antediluvian World (1882) and Ragnarok: The Age of Ice and Gravel (1883) by Minnesota congressman Ignatius Donnelly. This theory steals credit for Indigenous accomplishments from Indigenous peoples and reinforces white supremacy. From Donnelly to Hancock, proponents of this theory have suggested that white survivors of this advanced civilization were responsible for the cultural heritage of Indigenous peoples in the Americas and around the world. However, the narratives on which claims of “white saviors” are based have been demonstrated to be ones modified by Spanish conquistadors and colonial authorities for their own benefit. These were subsequently used to promote violent white supremacy. Hancock’s narrative emboldens extreme voices that misrepresent archaeological knowledge in order to spread false historical narratives that are overtly misogynistic, chauvinistic, racist, and anti-Semitic »

 

 

Que vaut cette histoire ?

Graham Hancock n’aime pas la science. Il n’apporte aucune démonstration scientifique. Et c’est logique. Il est féru de métaphysique, et il déroule un récit qui ne s’appuie que sur une collection d’interprétations personnelles de quelques sites anciens et une sorte de vérité intérieure. Hancock est le prédicateur d’une religion New Age héritée de la théosophie, qui n’essaie jamais de peser le pour et le contre dans les faits allégués mais choisit constamment où se trouve la vérité en dénigrant les « soi-disant experts » qui ne pensent pas comme lui. Il faudrait le croire parce qu’il est marginal, parce qu’il défend une version de l’historie non admise par les experts. Le processus de victimisation appelé Syndrome de Galilée est à l’œuvre : je suis seul à dire ce que je dis, on me contredit. C’est parce que la vérité fait peur. Rappelons nous que lorsqu’un homme isolé contredit tous les experts du monde, c’est plutôt en soi un excellent indice qu’il a clairement tort.

Dans une conférence TED de 2013, Graham Hancock explique que pendant 24 ans il a été presque en permanence défoncé au cannabis[11], ce qui l’a beaucoup aidé dans son travail d’auteur. Il a arrêté le cannabis quand il a commencé l’ayahuasca. Je ne dis pas que ce programme est le résultat d’un délire de drogué, mais… à la vérité je me demande ce qui empêcherait de le dire. La manière dont l’auteur traite son cerveau et les moyens par lesquels il s’approche de la vérité nous renseignent sur la confiance qu’on peut accorder à ses hypothèses.

« L’ancienne apocalypse pourrait se répéter»

 

Je finirai avec un jugement personnel. On a le droit d’émettre un jugement sur ce qu’on vient d’analyser aussi longuement, cela ne veut pas dire que l’on délivre une vérité définitive. Selon moi, un tel programme ne peut pas aider les spectateurs à évaluer correctement leur niveau de confiance envers les sources les plus fiables. Graham Hancock et Netflix nous apprennent à nous méfier de la science et à nous réfugier dans les bras des baratineurs. Cela ne peut pas avoir des conséquences heureuses pour l’humanité. On ne devrait jamais faciliter la production et la diffusion de tels contenus. Ils font du mal. Où sont les productions Netflix qui aideraient le public à ne pas se faire avoir pas de tels fantasmes ?

 

Boite à outil

Notre meilleur moyen d’éviter de croire n’importe quoi, c’est le questionnement. Voici les questions que je propose de se poser lorsqu’on est face à un contenu de ce type.

 

  1. L’auteur est-il un spécialiste du sujet ?
    1. [On peut être un amateur éclairé et avoir des propos de haute qualité. Mais l’avantage d’être un spécialiste qui publie des travaux scientifique c’est qu’on a la preuve que d’autres experts estiment le travail valable. ]
  2. L’auteur donne-t-il les sources de ses propos pour que l’on puisse aller vérifier les faits et la manière dont ils sont compris par les experts des domaines concernés ?
  3. L’auteur donne-t-il un avis personnel ou fait-il appel aux connaissances établies ?
  4. Le récit a-t-il une résonance idéologique ?
  5. Que disent les experts de ce travail ?
  6. Assiste-t-on à une démonstration ou à un scénario s’appuyant sur des éléments disparates ?
  7. Le récit est-il totalement cohérent ? Le choix des éléments et événements utilisés pour faire la démonstration est-il justifié ?
  8. L’interprétation des fait laisse-t-elle de la place aux hypothèses alternatives ? Explique-on pourquoi ces alternatives ne sont pas convaincantes ?
  9. La méthode permettant de mettre à l’épreuve le récit proposé est-elle soulignée, mise en avant ou au contraire disqualifiée ?
  10. L’auteur a-t-il un intérêt personnel (pécuniaire, idéologique, symbolique) à faire croire à son histoire ?
    1. Hancock a une longue et lucrative carrière d’auteur d’histoire alternative derrière lui, et il tient à promouvoir une certaine spiritualité.

Je finirai avec le conseil donné par l’archéologue John Hoopes [12] à ceux qui veulent se renseigner sur les sites anciens

« Curieusement – et je sais que les journalistes pourraient se hérisser à ce que je dis – Wikipédia est la meilleure source. Il est maintenu par des nerds, et les parges liées à l’archéologie sont maintenu par des nerds en archéologie. Les articles à ce sujet sont bons ! J’ai le sentiment qu’ils s’amélioreront encore grâce à cette série, car les gens voudront s’assurer que les informations soient là pour les téléspectateurs qui feraient des vérifications. »

 

Acermendax

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Références

[1] Il expose sa théorie à 30 min de l’épisode 1.

[2] Source : https://www.smh.com.au/world/digging-for-the-truth-at-controversial-megalithic-site-20130726-2qphb.html

[3] https://timesofmalta.com/articles/view/maltese-archaeologists-push-back-netflix-show-s-temple-claims.995910?fbclid=IwAR0HJS0S8s9TyU2Wu1o3e82yioF-GuzezEB-OvB9wu3DWei4mhaLpoMGrgw

[4] https://ahotcupofjoe.net/2022/11/graham-hancocks-ancient-apocalypse-a-review-of-episodes-three-and-four/

[5] https://actugeologique.fr/2022/12/pas-de-vestige-de-latlantide-pres-des-iles-de-bimini/?fbclid=IwAR2v15twJSQFVoFXrcDxZTFF6j09LI2kromP4yc1r9JcjdD30P5QimFXMro

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_de_Piri_Reis

[7] https://www.jasoncolavito.com/ragnarok-the-age-of-fire-and-gravel.html

[8] https://boingboing.net/2022/11/27/archaeologists-reveal-the-white-supremacist-nonsense-behind-netflixs-ancient-apocalypse.html

[9] http://www.saa.org/quick-nav/saa-media-room/saa-news/2022/12/01/saa-sends-letter-to-netflix-concerning-ancient-apocalypse-series

[10] https://actugeologique.fr/2022/12/pas-de-vestige-de-latlantide-pres-des-iles-de-bimini/?fbclid=IwAR2v15twJSQFVoFXrcDxZTFF6j09LI2kromP4yc1r9JcjdD30P5QimFXMro

[11] https://www.youtube.com/watch?v=Y0c5nIvJH7w

[12] Source : https://slate.com/culture/2022/11/ancient-apocalypse-graham-hancock-netflix-theory-explained.html?fbclid=IwAR3FosO7Gf3XjQc-fkw-FnZ-Z02F3KLsQb-c2aIFNKe0tyixsX78POQYTeA

 

Ressources

— Le site d’IRNA.

Une critique en Français de Ancient Apocalypse, publiée ce matin dans Le Devoir (Montréal) par un collègue, directeur du département d’anthropologie de l’Université de Montréal.

The Ancient Absurdities of Ancient Apocalypse [Slate].

Critique par des archéologues français [20 minutes]

Article sur la préhistoire de Malte. Et sur la Route de Bimini.

Pour The Guardian, il s’agit du programme le plus dangereux de Netflix.

— « Netflix’s ‘Ancient Apocalypse’ is more fiction than fact, say experts »

Enregistré à l’amphithéâtre Déléage le 12 décembre 2022.
Invité : Thomas Andrillon, chercheur à l’Inserm

 

 

Editorial

C’est bizarre cette histoire de sommeil. Il faudrait que tous les êtres humains passent entre six et neuf heures par jour allongés, silencieux, inertes, comme inconscients. Un tiers de notre vie se passe sans que nous soyons là, notre corps à la merci de son environnement. C’est obligatoire : si l’on vous prive de sommeil, vous mourez. Et c’est un peu absurde à première vue, parce cette omniprésence du sommeil, cet état de conscience diminuée, éteinte, absente, on la retrouve partout dans le monde animal. Il existe une forme de sommeil chez tous les animaux, de la marmotte à la mouche en passant par le dauphin qui est capable de faire dormir la moitié de son cerveau, puis l’autre moitié, parce que sinon il se noierait…

Certains animaux dorment par toutes petites périodes, mais ils dorment, ils se retrouvent dans un état particulier qui correspond au sommeil. Je suis comme vous, je trouve ça étonnant, je l’ai appris en préparant l’émission.

Autrement dit, le sommeil est universel. Et on devrait s’en étonner.

Le fait que nous ayons un besoin vital d’interrompre le fil de notre conscience, de notre rapport au monde ne va pas de soi. On pourrait imaginer le grand avantage que représenterait la capacité à être toujours en alerte, toujours capable de repérer une proie ou de détecter un danger ; un avantage qui devrait, en quelques dizaines de générations, favoriser grandement les lignées qui ne dorment pas, par rapport à celles qui sont obligées de le faire. Pour rendre compte des faits observés, il semble logique que le sommeil ait une fonction, qu’il représente en lui même un avantage plus grand que l’inconvénient d’interrompre sa vigilance sur le monde autour de nous.

Pourquoi les animaux, et notamment les humains dorment-ils ? En voilà une bonne question, et j’espère que nous aurons des pistes ce soir.

Mais au delà de cette question un brin philosophique qui interroge l’origine du sommeil et des rêves, nous nous attarderons sur les questions plus concrètes des troubles du sommeil. Des gens qui dorment mal, pas assez ou bien en restant fatigués quand même, nous en connaissons tous, cela affecte leur qualité de vie. Il sera intéressant de regarder quels progrès ont été faits dernièrement sur ce front.

Et puis enfin, nous discuterons des rêves, parce qu’il s’il y a quelque chose de mystérieux dans le sommeil c’est quand même bien cette production de l’esprit, ces images, ces scènes parfois très vivides, très marquantes, que notre cerveau produit sans qu’on lui demande et sans stimulation, un état qui a très longtemps inspiré beaucoup de croyance et qui continue à exciter l’imagination.

On ne va pas vous laisser comme ça, avec toutes ces questions brûlantes, nous allons avoir avec nous un chercheur du Paris Brain Institute, de l’Inserm, un biologiste spécialisé dans l’étude du sommeil qui a écrit sur les ondes cérébrales, l’imagerie, les marqueurs neuronaux, la mémoire acoustiques, la vigilance durant le sommeil et cetera.

Nous accueillons Thomas Andrillon.

Ce billet s’adresse en particulier à celles et ceux qui partagent des contenus complotistes, qui y croient plus ou moins et conspuent toute la sphère sceptique qui est à leurs yeux, ou bien corrompue ou bien une bande d’idiots utiles du pouvoir. Si ça ne vous dérange pas, je vais vous appeler complotistes.

 

Petite parenthèse le complotisme ce n’est pas un mot qu’on balance à la tête de quelqu’un qu’on n’aime pas, c’est un concept précis, utilisé par les chercheurs et qui désigne une forme de rhétorique ou de raisonnement où l’on pose comme prémisse l’existence d’un complot ; on en est sûr, on n’en doute pas. Et déploie ensuite tout un argumentaire qui finit par confirmer cette certitude dont il n’était de toute façon pas question de douter. C’est pour ça que l’expression théorie du complot est embêtante : en réalité il n’y a pas de théorie, il a une croyance.

 

Seconde parenthèse. Les complots existent. Et tous les complots découverts, dénoncés et punis à travers l’histoire n’ont jamais été prouvés par des complotistes. Soit ils ont été éventés par les comploteurs eux-mêmes parce qu’un secret c’est dur à garder, soit ils ont été mis au jour par des gens qui enquêtent, qui prouvent, qui travaillent avant de dire qu’ils savent.

 

La dernière fois que je me suis adressé à vous, chers complotistes, plus spécialement aux antivax parmi vous, pour dire à quel point je vous trouve cons, j’ai reçu beaucoup d’insultes en commentaire. J’en ai tiré une leçon : vous écoutez quand on vous parle, au moins un peu frontalement. Et déjà je vous en félicite, sincèrement. Écouter ce que pensent ceux qui nous critiquent est crucial. Ça ne veut pas dire qu’on va tomber d’accord, mais au moins on est ouverts.

 

Aujourd’hui je voudrais vous expliquer comment on vous voit, depuis ici. Je peux avoir tort dans ma perception, mais ma perception, je la connais et je ne peux pas me tromper quand je décris ce que vous m’inspirez. Attention, vous pourriez être surpris.

 

  • Quand vous prenez la parole, vous voulez exprimer votre individualité. Vous vous dressez contre un monde injuste et brutal dans lequel vous ne recevez pas ce que vous pensez mériter. Vous vous investissez d’une sorte de mission.
  • Vous souhaitez vous connecter avec des gens qui pensent comme vous, qui cherchent une autre réalité que ce qu’on nous sert dans les grands médias.
  • Vous vous méfiez de ceux qui ont l’air de défendre des vérités verticales, qui s’expriment avec des formules toutes faites, qui prétendent avoir raison parce qu’ils représentent une autorité.
  • Vous avez tendance à détester un peu vite les gens qui vous contredisent, à croire sans prudence les histoires négatives qui les concernent, à traiter le camp d’en face comme s’ils étaient tous interchangeable, tous coupables, tous malhonnêtes.

 

Voilà quatre choses que m’inspirent les complotistes. Ces quatre jugements, vous devriez les recevoir sans vous sentir insultés parce que je pense exactement la même chose des sceptiques et zététiciens (relisez pour voir !). Ces quatre caractéristiques, je les retrouve chez les complotistes comme chez les sceptiques militants. Cela veut-il dire que ces deux groupes font la même chose ? Non.

 

L’un des traits les plus problématiques de notre espèce, c’est le tribalisme, la pensée de groupe. C’est la rançon de notre sens étroit de la coopération en petite équipe, ce qui est le secret de notre réussite évolutionnaire en tant d’humains. Dans un millénaire où nous devons collaborer par millions, sans mise à jour de notre cerveau, évidemment on se retrouve face à gros chantier.

 

Chers complotistes, je ne vous connais pas, mais je pense que vous valez mieux que le conneries que vous partagez, que vous dites, et que vous pensez peut-être ; comme je sais que les sceptiques valent mieux qu’ils donnent d’eux, parce qu’ils ne sont pas toujours à la hauteur (moi non plus) des principes émancipateurs qu’ils défendent.

Chers complotistes, vous êtes en bonne partie semblables aux sceptiques, nous avons des qualités et des défauts communs. Il nous manque certainement des qualités, de la culture, du courage, du vécu, de la mise en pratique… Mais il vous manque à coup sur de la métacognition, de la méthode, de la logique. Si on s’écoutait ça se passerait mieux. Mais on ne s’écoute pas. On ne s’écoute pas parce que nous voyons l’autre comme un ennemi. Je considère que le voir comme un con est un peu moins grave, mais ça ne résout rien.

 

Chers complotistes. Vous êtes en colère. Une partie de cette colère est légitime ; une autre est cultivée par des gens qui existent à travers vous. Vous êtes dégoûtés par l’état du monde, par la concentration des pouvoirs, par la brutalité du gouvernement. Moi aussi.

Mais le problème du complotisme c’est que votre mouvement informe incite à croire tous les récits ulcérants agités par des personnages qui font profession de surfer sur votre indignation pour se payer une carrière politique. Le complotisme colporte toutes les Fake news qui s’attaquent au pouvoir dans l’espoir que ça va lézarder le système, mais en réalité ça n’aboutit qu’à créer de la confusion alors que nous avons tous besoin de savoir distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux pour pouvoir nous débarrasser des menteurs et des hypocrites.

« Moi j’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. »

 

Je n’ai rien de personnel contre vous. Et en réalité vous non plus, parce qu’on ne se connait pas, et parce que vous n’êtes statistiquement pas aussi cons que les antivax sur lesquels je m’énervais la dernière fois et  qui vociféraient des horreurs en bas de chez moi. Le problème, c’est que vous vous sentez insultés dès qu’on vous dit que vous êtes complotiste. Et, du reste, certains utilisent ce mot comme une insulte ; nous seront peut-être d’accord pour dire que ceux là se comportent comme des cons.

 

Le complotisme existe, c’est une mauvais manière de raisonner, de militer, d’affirmer savoir ce qu’on ne sait pas,  de déshumaniser l’adversaire et de donner du pouvoir à des manipulateurs un peu tarés qui croient au satanisme ou à des pervers qui ne croient qu’à leurs propres ambitions. Les leaders du complotismes n’ont aucune solution. Ils n’en cherchent pas : ils tirent profit du merdier qu’ils entretiennent, ils ont un intérêt personnel à vous voir en colère, dégoutés, révulsés par les histoires fausses qu’ils agitent sous votre nez.

Des scénarios qui circulent dans la complosphère, on peut presque toujours dire : « Si c’est vrai, c’est très grave ». Et quand on n’est pas con, on veut d’abord vérifier si c’est vrai avant de hurler partout que c’est très grave.

Le nazisme, par exemple, est une idéologie complotiste. Sauf que ce qui était vraiment grave c’était la haine générée par les scénarios complètement fous des propagandistes. Si une histoire absolument révoltante de complot meurtrier impliquant des milliers de scientifiques, techniciens, ingénieurs et fonctionnaires œuvrant à dépeupler la planète vous prend aux tripes et vous donne envie de tout casser parce que c’est pas possible de vivre dans un monde pareil… Rappelez vous que, peut-être, en effet, c’est « pas possible », qu’on a vu dans l’histoire des manipulations de masse qui exploitent la colère, et de cette mise en garde attribuée à Voltaire : « Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités ».

 

Chers complotistes, enfin, je tiens à vous dire que votre cerveau est très probablement en parfait état de marche, que vous disposez d’un accès internet pour vérifier les infos que vous recevez et que le complotisme n’est pas votre identité, vous avez le droit de changer d’avis. On a du côté des sceptiques pas mal de gens qui ont cru à ce que vous croyez.

Chers sceptiques, vous savez le bien que je pense de vous. Attention à notre propre tribalisme, à la tentation d’une pureté militante qui nous pousserait à rabaisser les autres. Essayons de nous rappeler ce que nous avons en commun et que si la bienveillance est importante pour parler aux tenants-croyants de théories farfelues, elle ne devient pas subitement une option superflue quand on discute entre nous.

Enregistré le 25 octobre 2022

Ca Coule de Source, magazine de Zététique s’organise en 3 Segments.

Confluences : Une revue des publications récentes des sphères sceptiques et zététique

En direct de la source : Un entretien avec un invité (une source !) pour traiter un sujet.

Résurgences : Réflexions sur les actualités autour des sujets traités dans la zétosphère.

 

Jean-Baptiste Cesbron est l’avocat de l’UNADFI, l’Union Nationale des Association de défense des Familles et de l’Individu, une structure qui se bat pour défendre les victimes de dérives sectaires et, parfois, traîne les gourous devant les tribunaux. Jean-Baptiste Cesbron poursuit notamment Thierry Casasnovas, mais aussi Cyrille Adam, le gourou surnommé Loup Blanc, accusé de viol.

En quoi consiste son travail ? Que peut-il nous dire des affaires en cours ?

 

 

1. Confluences

 

Les publications de la Zétosphère depuis le 28 septembre.

 

  • 19 aout. AFIS «Peut-on encore breveter le génome humain ? » Conférence de Dominique Stoppa-Lyonnet. Cheffe du service de génétique de l’Institut Curie, professeure de génétique médicale à l’Université de Paris

Publications des éditions Book-e-book :

  • Appelez-moi mètre de Michel Dursapt
  • Mesurer l’Univers de Jean-Louis Heudier

 

 

  • Skeptics in the Pub – Valais.
  • Avec une série de vidéos liée à l’anthroposophie
  • 2 septembre. Eurythmie – Occulte Magie
  • 9 septembre. « Être ou ne pas être en biodynamie avec Patrick Baudouin »
  • 30 septembre. « La Biodynamie – Occulte Agriculture | Part. 1 » avec Cyril Gambari.

 

Il existe une chaine Skeptics in the Pub – Paris

  • https://www.youtube.com/channel/UCBY3RIZLexjFTBcF6OXTGbA/videos
  • Encouragement aux autres associations.

 

  • 7 septembre. Un Irréductible Athée. «Les feux de l’envers » questionne la moralité du texte biblique dans l’épisode de Sodome et Gomorrhe

 

 

 

  • 12 octobre. La TeB « Fanatisme religieux sur CNews »

 

 

 

2. En direct de la source

 

Jean-Baptiste CESBRON — Avocat de l’UNADFI

 

Editorial

« L’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNADFI) est une association française fondée en 1982, reconnue d’utilité publique en 1996. Elle a pour but de prévenir les agissements des groupes, mouvements et organisations à caractère sectaire ainsi que de défendre et d’assister les familles et l’individu victimes de groupes, mouvements ou organisations à caractère sectaire, quelles que soient leur appellation, leur forme et leurs modalités d’action, portant atteinte aux Droits de l’Homme et aux libertés fondamentales définis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Elle regroupe et coordonne les Associations de défense des familles et de l’individu (ADFI). » (Source : Wikipédia)

Les actions de cette association concernent historiquement l’église de l’unification (la secte Moon), l’Eglise de Scientologie, la Famille (ex-Enfants de Dieu), l’Association pour la conscience de Krishna, la Méditation transcendantale[1], les Ecoles Steiner,

Depuis quarante ans ce travail a suivi les modes des dérives sectaires qui aujourd’hui ont très souvent une connotation santé – bien être, et notre invité de ce soir, avocat de l’UNADFI est en charge d’une action en justice contre Thierry Casasnovas que l’on connait bien sur cette chaîne, pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie, mais aussi contre Cyrille Adam, alias Loup Blanc, gourou chaman accusé par au moins 6 adeptes de viol, agression sexuelle et abus de faiblesse.

 

3. Résurgence

— Y a-t-il des cours d’homéopathie et de pseudosciences à l’université ?

Bonne nouvelle ; la question est désormais surveillée de près par la présidence de l’université de Lorraine. Je n’affirme pas qu’il n’y a plus de problème, mais j’ai constaté que ça devrait aller dans le bon sens.

Les relations entre l’ASTEC et l’université redeviennent normales et nous serons accueillis sur le campus le 12 décembre pour la Tronche en live sur les sciences du sommeil. Mon module Zététique et esprit critique reprendra en janvier pour les doctorants de l’université.

Mais j’ai reçu plusieurs email d’étudiants de Cannes par exemple, ou de Nanterre qui me signalent des enseignements qui n’ont peut-être pas leur place à l’université. Je vais prendre le temps de bien lire les courriers qui m’ont été envoyés et de contacter les facultés concernées pour voir ce qu’il en est. Je vous ferai un compte rendu de cette démarche. J’espère que ce sera pour vous dire que les choses se passent bien.

 

 

 

La quintuple plainte internationale du toutologue baratineur poids lourd Idriss Aberkane n’est toujours pas arrivée. Il est possible que l’incapacité du susnommé à orthographier un nom aussi exotique que Durand avec un d soit en cause. Mais il est possible également qu’il ait juste mythonné. Je vois bien d’ici qu’une telle éventualité ne vous surprendrait pas

 

— Une plainte qui a abouti c’est celle contre Didier Raoult. Lonni Besançon a porté plainte pour diffamation publique contre le professeur marseillais qui l’accusait gravement je cite « Il y a un autre qui écrit des trucs, qui a même proposé d’envoyer une voiture suicide sur l’IHU, il s’appelle Lonni Besançon, mais qui c’est ces gens ? C’est quoi, ils recrutent ça dans les hôpitaux psychiatriques ? ».[2]

Soutien à Lonni qui fait un superbe travail contre la mauvaise science

 

— Est-ce que l’ordre des médecins, c’est de la merde ?

Le 22 octobre le blog complotiste France Soir sort un article triomphant «Victoire complète pour le Pr Perronne devant la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins »[3].

Au moment où il sort, le billet parle d’un verdict qui n’a pas encore été prononcé, et donc il faut être prudent : France Soir s’y connait en Fake news. Mais l’info est confirmée sur France Info

 

Dans cette affaire pour une fois le Conseil National de l’Ordre des Médecins a fait quelque chose. Je dis bravo à cette institution catatonique qui n’est d’ordinaire émue par aucune des alertes données sur la diffusion de pseudo-médecines par les praticiens, qui sert essentiellement, on en jurerait, à défendre une corporation où des privilégiés en poste, élus par leurs pairs veillent à ce que personne ne remette en cause leur tranquillité. Le tribalisme de l’ordre des médecins s’exprime dans les punitions infligées au titre de non-confraternité comme on a pu le voir en 2018 lors des débat houleux autour du déremboursement de l’homéopathie.

Un médecin n’a pas le droit d’en critiquer un autre publiquement. Et quand l’un d’entre eux déblatère sur un plateau télé, eh bien on ne peut pas dire qu’il fait de la désinformation, qu’il embrouille le public, qu’il contrevient à la méthode scientifique, et qu’il est pour tout dire un médecin dangereux. Ca n’est pas autorisé, quand on est médecin.

 

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins poursuivait monsieur Christian Perronne pour diffusion de fausses informations de santé en vertu de l’article 13 du code de la santé publique «Lorsque le médecin participe à une action d’information du public à caractère éducatif, scientifique ou sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il ne fait état que de données confirmées, fait preuve de prudence et a le souci des répercussions de ses propos auprès du public. »

 

Monsieur Perronne a pendant des mois multiplié les prises de parole azimutées dans tous les médias français : il prétend que l’hydroxychloroquine et l’ivermectine sont efficaces contre le covid. Or c’est faux nous dit la littérature scientifique ; elles ne sont pas plus efficaces que le remdesivir par exemple. Selon M Perronne, non seulement les vaccins ne protègent pas, mais ils ne méritent pas d’être appelés vaccins et pire que tout, ils font plus de morts que la maladie. En 2021, Christian Perronne dit à la télévision que les vaccins ont causé plus de 20 000 morts en Europe.

Les médecins laisseraient « crever les malades », dit-il ; et la plupart sont corrompus par l’argent qu’ils touchent en déclarant un patient atteint de la covid19. Je ne vais pas vous faire la liste de toutes les dingueries proférées. Mais rappelons que dans le même temps M Perronne a publié deux livres complotistes qui font de lui un homme plus riche que la plupart des médecins.

 

Extrait de la conclusion de la chambre disciplinaire de Première instance (CDPI)

« Le Dr Perronne, spécialiste internationalement reconnu comme un expert dans le domaine de l’infectiologie, était le mieux à même de comprendre les enjeux de santé publique. S’il s’est exprimé dans la presse sur l’action du gouvernement et sur l’industrie pharmaceutique, ainsi qu’il était légitime à le faire et en avait même l’obligation dans ce domaine qui relevait de sa compétence, il s’est borné à porter publiquement, mais sans invectives, une voix discordante sur un sujet d’intérêt général ».

Et là on est surpris parce que si Christian Perronne a été un chercheur reconnu sur le VIH il y a plus de vingt ans, il n’a jamais eu une stature internationale et il est clairement disqualifié en tant qu’expert en infectiologie (c’est l’avis de la SPILF[4] par exemple) depuis ses prises de position délirantes sur la maladie de Lyme. On connaissait les dérives de Perronne avant la pandémie, il était même rabaissé par Didier Raoult en 2016 qui le qualifiait de « confrère qui a pris une position de leader du Lyme, sans bagage scientifique spécifique dans ce domaine, autre que ses croyances et le support de ses disciples »

Voir notre émission de septembre 2019. TenL#79 «Maladie de Lyme : le diagnostic & la rumeur »

–> La chambre disciplinaire fait carrément l’éloge de la compétence de Christian Perrone, et cela va avoir du mal à passer puisque nous parlons d’un homme qui accuse tout le monde de corruption tout en niant les résultats de la science, qui est soutenu par les mouvements antivax, et qui s’affiche dans les milieux conspirationnistes et désormais auprès de l’extrême droite. On est loin du chercheur, du médecin stoïque et méthodique, qui donne un avis scientifique.

L’ordre des Médecins a annoncé qu’il ferait appel… Si la réunion de décembre vote en ce sens.

 

Dans le même temps, la chambre disciplinaire a puni le docteur Nathan Peiffer Smadja pour quatorze tweets où il critiquait vertement le Dr Perronne. Il reçoit un avertissement pour non-confraternité.

 

Voici comment la complosphère a réagi.

Nous avons reçu des dizaines de commentaires triomphants pour nous dire que Perronne avait raison, puisqu’il est soutenu par la chambre disciplinaire. Puisqu’il est blanchi (en attendant l’appel) c’est la preuve qu’on avait tort et qu’il avait raison. Et Nathan Peiffer-Smadja n’est qu’un petit arriviste chercheur d’attention qui a été remis à sa place.

Ayant accès à des univers parallèles je peux vous livrer la réaction de la complosphère à un verdict différent. Si la DCPI avait condanmé Christian Perronne et relaxé Nathan Peiffer-Smadja, nos complotistes adorés auraient hurlé que cela prouve qu’un système aux ordres au pognon veut faire taire un courageux lanceur d’alerte et récompense un jeune médecin débutant d’avoir été au service des mensonges de Big Pharma.

C’est le grand avantage du complotisme : tous les événements leur donnent forcément raison.

 

 

— Autre affaire liée à la médecine.

Médoucine et la pratique illégale de la médecine qui ne dérange absolument pas sa patronne Solange Arnaud, est apparue dans l’émission Quotidien de TF1 et on a eu droit à une séquence de grand malaise quand madame Arnaud a refusé de reconnaitre sa voix dans une captation du webinaire quand elle dit « il faut détruire les preuves » . Finalement, elle admet que c’est elle. OK, mais qu’il faut remettre ça dans son contexte papati.

Je rappelle que l’on parle dans ce wébinaire de complicité d’exercice illégal de la médecine.

 

La revue « En quête de Sens » et l’interview d’Acermendax[5]

 

— Invité par le CNRS

Mendax était à La Rochelle les 13 et 14 octobre pour Les Prospectives de l’INEE (Institut écologie et environnement) du CNRS : deux journées de réflexions, de conférences tables rondes et ateliers où des chercheurs du CNRS et quelques gens de l’extérieur viennent réfléchir aux concepts autour de leur discipline : environnement et évolution.

Il a été question de savoir définir le vivant ou la biodiversité. j’ai assisté à la session « Sexe, genre, espèce et évolution ». On a parlé de la place du chercheur dans la société : doit-il s’investir politiquement puisqu’il est mieux renseigné sur les enjeux ou rester le plus neutre possible pour protéger sa légitimité. Quels modes d’actions a-t-il en dehors de la production des savoirs, quelles options pour leur co-construction, quelle stratégie pour la vulgarisation. C’était très intéressant, je vous ferai un petit compte rendu en vidéo quand j’aurai un après midi libre.

 

— STIM à Poitiers.

Vled était à Poitiers pour le sixième séminaire de STIM (science, technique, ingénierie ,mathématique), organisé par une association de sourds du même nom dont la vocation est de crée un signaire (comprenez, un dictionnaire de signes) pour parler de science. En effet, l’arsenal de la langue des signes françaises est hélas trop pauvre pour parler de science, et ce groupe de jeunes motivés s’est fait une mission de régler ce problème. Au programme, j’ai assisté à trois conférences signées passionnantes ainsi que des ateliers de création de signe, avec des débats très enrichissants. Il me tarde déjà de savoir où et quand aura lieu le septième séminaire !

 

— La psychanalyse sur France Inter.

Mendax découvre aujourd’hui que tous les dimanches France Inter propose une émission complètement azimutée ou un certain docteur Juan-David Nasio ânonne des inepties symboliques pour le plus grand plaisir d’un public qui croit avoir à faire à de la connaissance.

Une critique a été émise à la médiatrice de France Inter qui répond le 30 septembre  que « la science n’est pas un critère d’évaluation de la qualité d’un propos » (puis elle vante la série En thérapie dont le « succès incroyable » est bien la preuve qu’il faut donner plus de place à la psychanalyse sur les antennes.

 

Prochain rendez-vous : 10 novembre Institut Pascal, Université Paris-Saclay. PARIS. Conférence : « La Science des Balivernes »

 

 

 

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[1]  Qui est une marque déposée de relaxation et de développement personnel.

[2] https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/didier-raoult-mis-en-examen-pour-diffamation-publique_2181535.html?fbclid=IwAR3m275ERK1QgmhChhIo0nO-TdZ9TQ0iXbj_zX2lCeNs6pzr9w3HiaLZNXk

[3] https://www.francesoir.fr/sante/pr-perronne-remporte-l-ensemble-de-ses-procedures-devant-la-chambre-disciplinaire-il-avait-l

[4] Société de pathologie infectieuse de langue française

[5] https://fr.calameo.com/read/00681184131cea7d5162d?fbclid=IwAR2WcVWzGQ6n7GAcTFWDBrLzd1KJ4A6rS8d6btn2eVdaG4NykIjp9UyU3Os

Enregistré le 19 octobre 2022 au Muséum Aquarium de Nancy

Invités

  • Hervé MARTINI, médecin et addictologue, secrétaire général de Addictions France
  • Yaël PANOT, directeur d’établissement médico-social et de service de prévention.

EDITORIAL

Ici c’est la France. Le pays des fromages, de la blanquette de veau, de la bouillabaisse, du bœuf bourguignon, du Baba au rhum, de l’Armagnac, du Pastis, de la Suze, du Châteauneuf du pape, du Sauvignon, et du Champagne !

Ici on sait vivre. Et un petit miracle est à l’œuvre : le French Paradox. Nous vivons vieux malgré une forte consommation de graisses animales, et ce en vertu des propriétés protectrices du vin que nous buvons en quantité. 

Quelle belle histoire, quelle formidable ironie ! Comme il est bon d’être français. 

Je suis désolé, j’ai le devoir de vous dire, et nous développerons cela au cours de l’émission : ce French Paradox n’existe pas. Il s’agissait de la conclusion hâtive d’une étude isolée et mal fichue. Mais ça faisait du bien d’y croire, n’est-ce pas ?

L’industrie de l’alcool, en France, c’est un chiffre d’affaires de 28 milliards d’euros avec une fiscalité complaisante qui traite le vin comme si ce n’était pas tout à fait de l’alcool, mais rapporte quand même un peu plus de 4 milliards d’euros à l’État. Et tout cela emploie 600 000 personnes. Autant vous dire que nous allons avoir de nouveaux ennemis dès demain. Merci de vous abonner pour compenser. L’alcool, chez nous c’est 45.000 morts évitables par an. C’est un coût social de 118 milliards d’euros par an. Je tiens ces chiffres du dossier dédié à la question dans le dernier numéro de Science & Pseudo-sciences (heureuse coïncidence).

L’alcool est la première cause de cancer du sein, la première cause d’hospitalisation. Mais c’est aussi et surtout un compagnon de fête, de célébration, des grandes étapes de la vie. Parce que l’alcool c’est chouette. Si on le consomme avec modération.

À consommer avec modération.

Cette petite phrase que nous connaissons tous n’est pas, comme je l’ai cru moi-même, règlementaire. Elle s’est installée, comme un refrain, au point de supplanter le vrai message imposé par la loi : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé ». S’agit-il d’un coup de maître des communicants des grands lobbys de la boisson qui fait rigoler avant de faire mourir, ou bien d’un simple choix discutable du CSA, difficile à dire.

En tout cas ce petit message est bien plus confortable pour tout le monde, car il ne dit pas que la substance est dangereuse, mais que la consommer avec modération est une chose souhaitable. Et cela s’appuie sur l’idée qu’un verre de vin par jour, une petite dose, c’est bon pour la santé. Sauf que le French Paradox est une idée fausse.

Quand on vous conseille de consommer avec modération, on vous conseille de consommer. Or les études les plus récentes le disent les effets néfastes sur la santé arrivent dès le premier verre. Personne ne vous conseille de consommer de l’acrylamide avec modération. Cette substance cancérogène, mutagène et reprotoxique, on vous conseille de ne pas la consommer.

« L’alcool est à consommer avec modération » est peut-être le message publicitaire le plus retors de la société actuelle, la manipulation de masse la plus cynique. Et cela est rendu possible à cause de la relation bien particulière que notre beau pays entretient avec l’alcool.

Et pour en parler mieux que je ne saurais le faire, nous recevons Hervé MARTINI et Yaël PANOT.

 

Lettre de rupture au paradigme

Cher programme génétique, je dois prendre la plume pour faire avancer notre histoire. Oh, je t’aime, tu le sais. Nous avons passé bien des années ensemble. Tu m’as séduit sur les bancs de l’école, notamment parce que tu offrais une image intelligible de la vie. Avec toi, je me sentais plus fort, en terrain sûr, comme avec un livre rempli des secrets de l’univers qu’il suffirait d’apprendre patiemment à lire pour n’avoir jamais plus de mauvaises nouvelles. Tu sais bien comment, enfant, j’adorais parcourir les vieilles encyclopédies, simplement heureux d’être au contact des connaissances qu’elles renfermaient.

Et puis l’ADN, mon cher Programme !

L’ADN avait son langage, et j’avais le sentiment que cela me rapprochait du vrai, qu’il s’agissait d’une connaissance objective, inscrite dans nos cellules par la nature elle-même. Sans intermédiaire. Sans clergé ou académie pour décider ex cathedra de ce qu’il était convenable de dire ou de savoir. Tu m’as aidé à me passionner pour le vivant et à m’accrocher à cette idée d’un code universel, d’une forme ultime de simplicité quand dans mes études j’ai dû faire face aux concepts que les généticiens inventaient pour rendre compte de ce qui, finalement, n’était pas si simple.

Tu m’as menti. Un peu. Mais j’étais pour ainsi dire consentant. Comme tout le monde, je fréquente plus facilement les idées qui flattent mes attentes. Et puis ta molécule-totem, notre ADN bien aimé a fait des merveilles. Sur certaines maladies génétiques, tu as obtenu des résultats formidables, on avait peut-être raison de te croire. Ceux dont la vie a changé grâce à toi n’ont aucune envie d’être ingrats. Mais, tu comprends, même les idées brillantes sont parfois temporaires. Le progrès de la connaissance n’est possible que si nous restons ouverts d’esprit.

Et je me rends compte que j’attendais trop de toi. Je ne peux pas te demander l’impossible, cher programme. J’aurais dû voir plus tôt que quelque chose clochait. Dans cette histoire, le problème, c’est moi. Mais si !

Tout de même, j’avais tiqué, quand on m’a appris ton « dogme central ».  Oui c’est comme ça qu’on l’appelait dans les classes et dans les laboratoires : l’idée fondamentale d’une correspondance parfaite, d’une continuité simple entre la séquence des acides nucléiques de l’ADN et celles des acides aminés des protéines, ce qui rendait chaque fonction biochimique prédictible à partir de la séquence génétique et entretenait la métaphore de la technologie appliquée sur les systèmes vivants, le rêve de pouvoir un jour reconstituer virtuellement un organisme tout entier à partir de sa séquence.

C’était un peu orgueilleux de se croire au seuil du grand décryptage, de la dernière étape vers la compréhension du vivant. Et dans mon attachement à toi, c’est peut-être à l’ombre de cet orgueil qui je m’agrippe. Parce que j’ai peur d’être bien seul si je te laisse partir. Mais il le faut. Pour respecter notre histoire, les bons moments, les vraies découvertes, les avancées, nous n’avons pas le droit de chercher à la retenir indéfiniment dans le présent.

Aujourd’hui je vais tenter de tourner la page, mais sans te tourner le dos. Je veux qu’on revisite ensemble notre histoire et qu’on se rassure sur le fait que demain nous aurons des mots de remplacement pour décrire ce qui se passe dans la matière vivante, comment elle s’organise, comment elle se perpétue en transmettant quelque chose, peut-être de l’information, peut-être des structures ou des lois encore à découvrir.

Ce n’est pas un Adieu, cher Programme. Restons en contact s’il te plait.

 

Et pour aller au-delà de l’émotion qui vous étreint certainement autant que moi je vous demande d’accueillir notre invité. Il est généticien, enseignant-chercheur à AgroPariTech, il a contribué à documenter l’hétérogénéité et l’imprévisibilité des fonctionnements cellulaires. Il est l’auteur du livre Infravies. C’est aussi un romancier nommé au Goncourt du premier roman pour « Cent seize chinois et quelques ». Thomas HEAMS.