La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Je propose un défi amical aux croyants.

Beaucoup utilisent la notion de libre arbitre comme la justification aux horreurs qui remplissent le monde. Les humains seraient capables de faire le mal parce que Dieu les aime, et qu’il les veut libre de s’adonner à toutes les crapuleries et massacres imaginables, libres de se haïr en son nom, et libres de se damner eux-mêmes. Soit.

Mais jamais personne n’a réussi à définir le libre arbitre puis à démontrer son existence, alors voici l’énoncé de mon défi, il tient en une simple phrase : Veuillez, s’il vous plait, donner un jugement moral que vous portez, sincèrement, sur le monde tout en sachant que Dieu a un jugement différent du vôtre.

Bien sûr, vous aurez compris que je m’appuie sur la prémisse voulant que le libre arbitre implique nécessairement la possibilité d’un désaccord moral avec Dieu, et que la démonstration d’un tel désaccord serait le meilleur moyen d’apporter un peu de validité au concept de libre arbitre, sans quoi son utilisation n’est que pure et stérile rhétorique.

 

Une virgule dans l’histoire des idées

Mon défi sur l’alignement divin s’inscrit dans une longue tradition de questionnements philosophiques et théologiques sur le libre arbitre, la moralité et la relation entre les jugements humains et divins.

Ces questions ont été profondément débattues par des philosophes comme Saint Augustin, Thomas d’Aquin, Jean Calvin et John Locke, qui ont exploré la tension entre la souveraineté divine et la liberté humaine. Leibniz, dans ses Essais de Théodicée, a tenté de concilier la bonté de Dieu avec l’existence du mal. Friedrich Nietzsche et David Hume, chacun a sa manière, ont soutenu que les jugements moraux sont basés sur des sentiments subjectifs plutôt que sur des principes universels. Les existentialistes — Jean-Paul Sartre et Albert Camus en tête — ont proposé que dans un monde absurde ou indifférent, l’humain devait accepter sa condamnation à être libre et responsable de son sens moral.

Ma proposition peut être vue comme une reformulation du dilemme d’Euthyphron posé par Platon, où Socrate interrogeait déjà si « le pieux est aimé des dieux parce qu’il est pieux, ou est-il pieux parce qu’il est aimé des dieux ». Ce que j’appelle « l’externalisation des compétences morales » rejoint cette interrogation millénaire sur l’autonomie des valeurs morales par rapport aux prescriptions divines.

En critiquant la façon dont les croyants délèguent leur jugement moral à une autorité divine tout en prétendant exercer leur libre arbitre, je rejoins la critique kantienne de l’hétéronomie morale. Kant avait souligné l’importance de l’autonomie morale – la capacité à déterminer soi-même les principes moraux par la raison – par opposition à l’hétéronomie où les principes moraux sont reçus d’une autorité externe. Ma question s’inscrit aussi dans la lignée de la critique feuerbachienne, qui voyait dans les attributs divins une projection des qualités humaines. Ludwig Feuerbach soutenait que nous créons Dieu à notre image, puis oublions que nous sommes les créateurs de cette projection.

Égrener les noms de cent mille autre penseurs pourrait apporter une forme d’autorité, de poids académique, à ma proposition, ou simplement donner des gages que l’auteur connait un peu ses classiques et a acquis le droit d’émettre une opinion. C’est l’occupation favorite de maints ‘philosophes’ ; je ne saurai me mesurer à ce genre de talent, je ne m’étendrai donc pas davantage.

Je choisis la forme du « défi » non par attitude martiale mais pour donner au lecteur une impulsion à sa réflexion sur un sujet où 25 siècles de philosophie ne nous ont pas été d’un secours aussi franc qu’on aurait pu l’espérer, et parce que cela me semble tout à fait cohérent avec le message de l’autonomie du jugement qui est le mien derrière cette initiative.

 

Comment répondre ?

Les croyants semblent incapables de répondre à ce problème qui montre que Dieu est une forme d’externalisation des compétences morales, une marionnette ventriloque permettant d’octroyer une autorité supérieure aux jugements que nous ne savons pas justifier. Au lieu de chercher à raisonner sur nos jugements pour trouver des raisons objectives de leur valeur, ou éventuellement en changer, nous court-circuitons le processus de validation d’une éthique responsable et digne de la raison, pour nous rassurer nous, et ceux qui pensent comme nous.

Face à ce défi, le non croyant que je suis peut très facilement relever des paroles prêtées à Dieu dans les écritures avec lesquelles je suis en désaccord total : Les génocides, je suis contre, et je pense que Dieu a tort d’en exiger à plusieurs reprises dans les textes. Sur les mutilations sexuelles des enfants, l’esclavage, l’assujétissement des femmes qui doivent obéir, qui valent moins que les hommes ou l’idée de châtiments éternels… je suis en désaccord moral avec Dieu.

Le croyant, s’il est d’accord avec moi, s’il porte les mêmes jugements sur les exemples que j’ai listés, va toujours préférer remettre en question la manière d’interpréter le texte de sorte à lui faire dire une chose qui sera acceptable pour lui, plutôt que la version littérale, transparente et parfaitement compréhensible des écritures. Le croyant a des jugements moraux, mais il ne les assume qu’à travers un texte qu’il maltraite jusqu’à ce qu’il puisse lui faire dire quelque chose qui valide ses idées.

À cause de cela, il n’existe pas de degré de liberté entre les jugements du croyant sur le bien et le mal et les jugements de Dieu. Ces mêmes croyants passent pourtant leur temps à affirmer qu’ils ont un libre arbitre, que Dieu leur a donné, que c’est la chose la plus précieuse du monde et que c’est pour ça que des millions enfants crèvent de maladies parasitaires.

Cet argumentaire est un délire auquel il faudrait mettre un terme. Peut-être le défi de l‘alignement divin pourra-t-il servir à cela. Je vous laisse partager l’idée et donner votre avis.

Mais restons tous bien calmes et courtois puisque Dieu n’existe pas jusqu’à preuve du contraire.

Acermendax

Lectures conseillées :

Emission enregistrée en direct le 22 avril 2025.

Invités : Patrick LAURENTI & Didier CASANE

Editorial

La nature est fascinante, et on peut s’émerveiller à l’infini de l’exquise délicatesse du vol des libellules, du ballet incroyable du trafic intracellulaire, de la majestueuse masse des séquoia, de la structure en double hélice du quasi cristal non périodique le long duquel peut se lire un code qui orchestre la vie elle-même, partout sur terre. S’il y a UNE molécule championne du monde de swag, c’est l’ADN. Le charisme biochimique incarné.

Et vous en avez en vous, cher spectateur. Cet ADN il est au cœur de toutes vos cellules (on ne pinaillera pas avec les globules rouges ce soir), et il vous est propre. Aucun autre organisme n’a exactement la même séquence que vous. Et ça aussi c’est stylé, parce que l’hémoglobine de ces fichus globules rouges est la même chez tous les humains et chez la plupart des animaux, et c’est la même chose pour nos protéines ou nos phospholipides : des molécules génériques, des briques de Lego qu’on retrouve ailleurs, chez le platane ou la bactérie qui donne la gastro – mais votre ADN, il est à vous.

Et il est formidable. Il a une double hélice absolument remarquable, des zones promotrices tout à fait sexy, des centromères que j’ose à peine décrire. C’est fantastique toute cette perfection. C’est magnifique ce programme sans faille qui vous permet d’être vous ! Vous êtes beaux !

Peut-être me suis-je laissé emporter par mon enthousiasme et le fantasme finalement assez banal d’une nature parfaite, où tout s’organise pour le mieux dans une harmonie de chaque instant, parce qu’une telle image ne fonctionne pas très bien avec celle d’un ADN poubelle, de noyaux cellulaires remplis ras la gueule de plus de 95% de séquences inutiles que nous répliquons bêtement des milliards et des milliards de fois au cours de notre vie, et que nous transmettons, bardés de mutations supplémentaires, à la génération suivante qui va devoir faire avec ce gaspillage complètement dingue et ainsi de suite… Comment fait-on, quand des chercheurs nous disent que c’est un tel bordel au niveau de chacune de nos cellules, pour garder confiance en soi, conserver une bonne image de nous-mêmes et retrouver la joie naïve d’être transi d’émotion par un bourgeon qui s’ouvre sous la rosée alors que lui-même est farci de séquences copiées dans tous les sens et d’une quantité phénoménale d’activité cellulaire au service d’un ADN parasite, qui ne sert à rien, comme un doctorat de sciences de gestion de Paris Saclay.

On a appelé Junk DNA, (ou ADN poubelle) la très grande majorité de notre matériel nucléique, quand on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas lui attribuer de fonction. C’est bien sûr une lecture subjective des choses, et un vocable porteur d’un jugement : on a l’impression que les chercheurs ont été déçus. Ils espéraient mieux de leur ADN. À tel point que pour certains, on aurait tort de fustiger ainsi ces pauvres séquences, car en fait elles pourraient servir à quelque chose. Après tout la nature, en général se débarrasse de ce qui n’est pas utile à la survie, comme un doctorat de sciences de gestion de Paris Saclay.

Alors ce soir je vais faire comme vous vous, je vais essayer de comprendre si je dois être fier de chacune de mes petites bases azotées ou si je dois me montrer adulte et embrasser l’imperfection manifeste de ce qui naguère me semblait si pur et ineffable. Et pour nous aider, deux spécialistes, deux chercheurs :

Patrick LAURENTI — Généticien. Maître de conférences à l’Université Paris Cité, chercheur au Laboratoire Interdisciplinaire des Énergies de Demain.

Et Didier CASANE— Spécialiste de la génomique évolutive, de la génétique des populations et de l’évolution des systèmes sensoriels. Professeur à l’Université Paris Cité, et membre du laboratoire Evolution, Génomes, Comportement, Ecologie … à Paris-Saclay.


Emission enregistrée le 13 avril 2025 – Aux Rencontres de l’Esprit Critique de Toulouse

 

Éditorial

 

L’heure est-elle grave ? Je ne veux pas sombrer dans le catastrophisme, mais je me sens contraint de vous proposer un éditorial un peu chargé ce soir. Car je veux poser une question préoccupante : sommes-nous en train d’assister à l’effondrement silencieux d’une civilisation fondée sur la connaissance ?

Un effondrement ne prend pas toujours la forme d’un cataclysme soudain. Il peut se produire lentement, insidieusement, lorsque la pensée libre est méthodique­ment affaiblie, quand les fondements intellectuels d’une société sont minés de l’intérieur, souvent sous couvert de bon sens populiste ou de prétendue efficacité économique.

Ce que l’on voit aujourd’hui, ce sont des puissants qui redoublent d’ingéniosité pour diviser les sociétés, pour désigner des ennemis de l’intérieur, de commodes boucs émissaires à la colère des peuples : minorités, migrants, chercheurs, journalistes, enseignants, tous soupçonnés de saboter la « grandeur » d’un pays, de trahir les valeurs traditionnelles, ou de corrompre les esprits… ou de manger nos chiens et nos chats.

Les intellectuels, et parmi eux les chercheurs et universitaires, ont les outils pour contrer cela. Ils sont formés pour enquêter, pour éclairer le réel, pour dissiper les brumes de la manipulation. C’est leur rôle dans une démocratie saine, de détecter et de dénoncer les discours trompeurs qui touchent leur domaine de compétence. Mais cela suppose du courage, et je ne suis pas certain que le courage figure explicitement dans les fiches de poste. Un oubli à réparer peut-être. Dans un monde où les grandes plateformes d’information appartiennent aux puissances économiques, où la parole critique est assimilée à de l’élitisme, et où l’anti-intellectualisme fait recette, les universitaires deviennent des cibles.

En 2025, le régime Trump franchit un nouveau seuil de violence symbolique et matérielle contre le monde académique. En qualifiant publiquement les professeurs « d’ennemis du peuple », en orchestrant des coupes budgétaires massives dans les universités publiques, en encourageant des projets de lois interdisant l’enseignement de certaines thématiques (climat, genre, racisme systémique), il ne se contente pas de gouverner : il construit un régime de suspicion et d’intimidation intellectuelle. Des chercheurs sont menacés pour avoir publié des travaux jugés « anti-américains ». Certains étudiants étrangers sont arrêtés ou expulsés. Des mots comme equity, climate change, ou structural racism disparaissent des documents officiels. Certains établissements obéissent, par peur ou par opportunisme.

Et pourquoi tant de haine ? Parce que la science n’est pas seulement une usine à brevets ou à innovations technologiques. C’est une méthode. Une culture. Un espace de doute structuré, d’hypothèses vérifiables, de débat public éclairé. Une démocratie a besoin de science non pas uniquement pour produire, mais pour penser librement.

Ce qui se passe en Amérique ne restera pas en Amérique. L’histoire nous enseigne que les croisades idéologiques ont des effets systémiques. Et nous commençons déjà à entendre des échos chez nous : dans certains cercles politiques européens, on relaie des discours appelant à « désidéologiser » l’université, à « décoloniser la science », ou à revoir l’utilité des sciences humaines. Sous des mots polis, l’étau se resserre doucement. Les efforts de censure, les attaques contre l’autonomie des savoirs, la volonté de contrôle politique de la production scientifique ne sont plus marginaux. Ils ne viennent pas que des extrêmes. Ils sont portés parfois par des gouvernements modérés qui cherchent à plaire à une base électorale sensible à la rhétorique anti-intello. Nous vivons peut-être le moment où il faudra choisir : défendre la science comme un bien commun, ou la laisser être confisquée, réduite à un instrument de production, d’endoctrinement ou de récriture du réel.

Bon… J’espère sincèrement que les intervenants de ce soir —chercheurs, chercheuses, conférenciers et conférencières engagés— m’expliqueront que j’exagère, que je dramatise, que je cède au pessimisme. Peut-être. J’aimerais qu’ils me disent que j’ai tort et qu’ils débunkent complètement cet éditorial tourmenté. Mais surtout je porterai à leur attention et à leur sagacité une série de questions qui n’appellent pas nécessairement des réponses définitives, mais qui peuvent nourrir une vigilance collective. Car si l’on s’endort sur ces questions, il pourrait être bientôt trop tard pour les poser.

Je pose immédiatement la première : Faut-il s’inquiéter, nous ici en Europe, de la manière dont le régime Trump traite les université et le monde de la recherche ?

Participants : des chercheurs et chercheuses invités du REC, et notamment Florence SEDES, Pauline DELAHAYE, Pascal MARCHAND et François-Marie BRÉON

 

 


Emission enregistrée le 25 mars 2025 – Médiathèque de l’ARTEM

 

Editorial

Les universités n’ont pas toujours existé. Si elles sont là, c’est parce qu’on a choisi de créer des espaces dédiés à la transmission et à la production des savoirs. Pas simplement des lieux d’apprentissage, mais des institutions où l’on pourrait chercher, douter, confronter des idées, produire des connaissances et les mettre à l’épreuve du réel. Et l’université moderne s’est construite autour d’un principe central, nécessaire à ses missions : la liberté académique.

En théorie, cela signifie que les chercheurs doivent pouvoir mener librement leurs travaux et exprimer leurs expertises sans crainte de censure politique ou de pression idéologique. Cette indépendance est cruciale, car la science avance en interrogeant le monde sans souci de plaire aux pouvoirs en place. Pourtant, cette autonomie est sans cesse mise à l’épreuve. Car l’université n’est pas un monastère isolé du reste de la société. Elle est traversée par des enjeux politiques, économiques et sociaux qui en font un lieu de tensions permanentes. Et pour comprendre tout cela, il faut connaître un peu l’histoire de ces lieux.

L’université reçoit des critiques qui méritent d’être entendues. Certains regrettent son éloignement des réalités concrètes : elle ressemble à une tour d’ivoire, un bastion de l’idéalisme où des chercheurs s’amuseraient à décortiquer le monde sans jamais y mettre les pieds. Mais, on lui reproche aussi d’être trop perméable aux influences extérieures : lobbies industriels, intérêts politiques, mouvements militants. L’université est peut-être tout à la fois coupée du réel et trop influencée par lui ? Ça ne serait pas de chance.

L’université est le principal lieu de la production des savoirs. C’est ici que s’élaborent les connaissances scientifiques qui, demain, façonneront nos vies : santé, climat, intelligence artificielle, sciences sociales… Les décisions politiques et économiques les plus importantes s’appuient (ou devraient s’appuyer) sur les travaux menés dans ces institutions. Il est donc paradoxal qu’on puisse la considérer comme un simple « îlot » détaché des préoccupations du quotidien.

Mais la liberté académique a un prix : elle dérange. Que ce soit sur le climat, la santé, l’histoire, la sociologie, la recherche scientifique vient souvent bousculer des croyances établies et des intérêts puissants. D’où la tentation, pour certains, de l’influencer, de la censurer, ou de la discréditer.

Alors, quelle université voulons-nous ? Un lieu soumis aux pressions économiques et politiques, ou un espace où l’on peut chercher, critiquer et innover librement ? Une université affaiblie, c’est une démocratie affaiblie. Et pour défendre l’université, il faut d’abord la connaître, comprendre un peu ses rouages, ses atouts et ses angles morts.

Pour nous en parler ce soir, deux enseignants chercheurs de l’université de Lorraine, qui sera donc citée en exemple au cours de l’émission

Laurent ROLLET – Professeur d’Histoire des sciences

Julien LAPOINTE — Professeur d’Histoire du droit

 

 

 


Soirée de clôture du Printemps de l’esprit critique en collaboration avec Universcience

Enregistrée le 3 avril 2025 à la Cité des sciences et de l’industrie.

 

La vidéo du direct est disponible ici.

Première table ronde – « Alimentation et bullshits »

Editorial

L’alimentation est bien sûr une nécessité biologique, mais c’est aussi une identité, un plaisir, une culture, un business… et un champ de bataille ! Un vrai brouillard de guerre, où des milliers de vendeurs, d’entrepreneurs, d’influenceurs et de gourous rivalisent d’imagination pour capter notre attention, mais surtout notre pognon, car notre rapport à la nourriture est complexe et parfois complexé

On nous abreuve de conseils sortis de nulle part, de théories abracadabrantes, de légendes urbaines sur les aliments qui donnent le cancer, l’autisme ou qui abaissent le taux vibratoire de votre corps astral. Vous ne le saviez pas ? Eh bien maintenant, vous voilà inquiets. Et ça tombe bien : juste après la panique, on vous propose une solution miracle, à base de jus pressé à froid, d’ondes quantiques et de chlorophylle en gélules (99,90€ seulement !).

Face à ce déferlement d’absurdités, difficile de savoir ce qui est vrai, ce qui relève du marketing, ce qui est purement idéologique, et ce qui est carrément sectaire. Nous sommes tous exposés à des myriades de contenus essentialistes, qui découpent l’univers culinaire en deux catégories hermétiques et simplistes :

  1. Les aliments miracles : l’ail contre le cancer, le citron qui « régule le pH du corps » (spoiler : non), la spiruline qui soigne tout, y compris la vieillesse, mais aussi l’huile de coco, les baies de Goji, le curcuma, l’aloe vera ou les graines de chia…
  2. Les aliments poisons : le gluten, le lait, le sucre, le café, les tomates (oui, oui, il y a des anti-tomates !), et bien sûr les OGM, qui ont provoqué environ zéro mutation génétique incontrôlée à ce jour.

Bref, tout est soit élixir de jouvence, soit toxine à éviter sous peine de mort imminente dans une abjecte agonie. C’est simpliste, anxiogène, c’est essentiellement bidon, mais ça marche. Et le problème dépasse les simples allégations trompeuses.

La nourriture, ce n’est pas juste un apport calorique, c’est aussi une manière de structurer nos comportements. Dans un pays où la gastronomie est un pilier culturel, contrôler ce que les gens mangent, ce qu’ils désirent, ce qu’ils s’interdisent, c’est une arme redoutable. Les mécanismes d’emprise mentale passent souvent par une mise sous tutelle alimentaire. Le jeûne, par exemple, est utilisé –de façon consciente ou non– pour affaiblir les individus et les rendre plus réceptifs à certaines doctrines. Et au-delà des cas extrêmes de manipulation, la pression sociale autour de l’alimentation touche tout le monde.

Et la conséquence, cela peut-être : l’orthorexie. Si ce mot ne vous dit rien, il désigne une obsession pathologique pour la nourriture saine, où l’on passe plus de temps à classer les aliments en purs et impurs qu’à réellement en profiter. Résultat ? Isolement social, anxiété, et souvent carences. Mais sans aller jusque-là, nous sommes tous influencés par des discours biaisés, car l’alimentation est un enjeu majeur : économique, culturel, politique, et bien sûr de santé publique.

Je me rends bien compte que cet éditorial est lui-même anxiogène, qu’il évoque des menaces, des manipulations, et je ne voudrais pas vous amener à croire qu’il faudrait paniquer et voir des menteurs et des escrocs partout. En réalité, nous avons les moyens de distinguer le bullshit de l’info fiable, d’identifier les arguments douteux, et de reconnaître les stratégies rhétoriques des vendeurs de rêve… Ce soir, nous décortiquerons les recettes de « détoxication » de l’information alimentaire. Cela nous aidera, je l’espère, à identifier le bullshit et les discours pseudo-scientifiques. Et pour faire mijoter tout cela, je vous présente notre panel de ce soir ! ️

  • Mathilde TOUVIER : Directrice de l’Équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle (CRESS-EREN, Inserm, Inrae, Cnam, Université Sorbonne Paris Nord, Université Paris Cité) – Nutriscore
  • Thibault FIOLET : Epidémiologiste à l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments)[1] – Blogueur, vulgarisateur.
  • Lydiane NABEC : Professeure de Sciences de Gestion et du Management Université Paris-Saclay, laboratoire de recherche Réseaux, Innovation, Territoires et Mondialisation (RITM)

 

[1] *The views expressed here are exclusively personal, and do not necessarily reflect EFSA’s views, positions or policies.

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Le quiz

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Deuxième table ronde – « Un œil dans l’assiette : comment évoluent nos représentations »

Editorial

Nous avons tendance à voir notre époque comme une évidence, un état figé, un équilibre naturel qui aurait toujours existé et qui perdurera. C’est ce que l’on appelle le présentisme cognitif : une difficulté à percevoir les transformations passées et à imaginer les bouleversements futurs. L’alimentation ne fait pas exception. Nos choix alimentaires, nos normes diététiques, nos plaisirs culinaires nous semblent aller de soi, alors qu’ils sont en réalité le fruit d’un enchevêtrement d’évolutions historiques, économiques et culturelles.

Ce que nous mangeons aujourd’hui est le produit de découvertes géographiques, de révolutions industrielles, de l’essor du froid domestique, de l’intensification agricole et de la globalisation des marchés. Nos supermarchés regorgent d’aliments qui ont parcouru la planète avant d’atterrir dans nos paniers. La publicité et le marketing façonnent nos désirs, en orientant nos habitudes d’achat, souvent à notre insu. Et les normes sanitaires, elles aussi, se sont radicalement transformées sous l’effet de crises alimentaires et d’une réglementation de plus en plus stricte.

Il y a un siècle, l’idée de boire du lait d’amande ou d’avoine aurait semblé plus farfelue que les voitures volantes promises pour 2015. L’allaitement maternel, jadis incontournable, a connu un déclin avec l’essor des laits infantiles avant d’être remis en avant par des campagnes prônant ses bienfaits. De même, la viande, autrefois synonyme de prospérité, est aujourd’hui remise en cause pour des raisons de santé et d’impact climatique, tandis que le gaspillage alimentaire, longtemps ignoré, est devenu un enjeu éthique et politique.

À l’inverse, certains piliers de l’alimentation sont maintenant perçus comme problématiques : le pain et les céréales voient leur statut d’aliments de base contesté par les régimes sans gluten ou paléo, le sucre est diabolisé, et l’ultra-transformation suscite une méfiance croissante, bien que son rôle dans l’accessibilité alimentaire soit indéniable.

Nous de plus en plus assaillis de discours contradictoires ; de multiples acteurs entrent en jeu : industries agroalimentaires, pouvoirs publics, ONG, associations de consommateurs, et bien sûr, une foule d’influenceurs et de pseudo-experts qui se disputent notre attention… et notre confiance. Tous ces acteurs ont joué et continuent de jouer un rôle dans notre manière d’appréhender une tranche de jambon, une laitue ou une barre chocolatée.

Nos perceptions et nos valeurs évoluent en fonction des avancées scientifiques, des crises sanitaires, des choix politiques et des sensibilités sociales. Comprendre cette dynamique, c’est reprendre la main sur nos choix et mieux saisir les débats qui animent notre époque.

Pour mieux comprendre l’évolution de notre regard sur ce que l’on nous propose de mettre dans nos assiettes, et des jugements que nous émettons sur nos habitudes ou sur les discours normatifs du bien manger, nous bénéficierons des lumières de 3 spécialistes.

  • Mathilde TOUVIER : directrice de recherche à l’INSERM (Nutriscore)
  • France ARBOIX-CALAS, Maitre de Conférences, Docteur en Biologie-Santé à l’Université de Montpellier
  • Philippe CARDON : Maître de conférences en sociologie université Lille 3, Centre de recherche individus-épreuves-société – et chercheur associé à l’unité Alimentation et sciences sociales de l’INRA

 

 

À travers le monde, une majorité d’individus adhère à une forme de croyance en Dieu. Vous savez bien que tous n’ont pas fait ce choix librement. Dans certaines régions, l’athéisme est perçu comme une menace à l’ordre public, entraînant des sanctions sévères. Même dans des sociétés où la religion n’est pas dominante, des familles et des environnements continuent d’imposer un dogmatisme qui peut nuire au développement intellectuel des enfants.

Dans nos sociétés pacifiées, nous avons tendance à traiter la question de Dieu avec une indolence presque obstinée, alors qu’elle est corrélée à de nombreuses problématiques sociales et intellectuelles. La communauté antivax, par exemple, entretient des liens profonds avec des courants religieux ; de la même manière, les pratiques de soin non conventionnelles et les gourous de la santé ciblent en priorité les publics déjà prédisposés à croire en l’existence d’une vérité cachée qui attend d’être révélée. Il est frappant de constater que les adeptes du platisme sont systématiquement religieux et que, plus largement, le complotisme trouve un terreau fertile dans des visions du monde façonnées par des croyances surnaturelles.

Cela ne signifie pas que toute religiosité conduit à ces dérives, mais que l’adhésion à une pensée magique peut rendre plus vulnérable à ces narrations trompeuses. Plus encore, lorsqu’une radicalisation est nourrie par une croyance religieuse, elle s’avère souvent plus intense, plus difficile à déconstruire et plus lourde de conséquences. Ce constat devrait nous interpeller. Car tant que nous continuerons à valoriser l’idée que la foi—c’est-à-dire le fait de croire sans preuve—est une vertu en soi, nous favoriserons des dérives évitables. La complaisance à l’égard de ce paradigme a un coût : elle alimente des discours irrationnels qui peuvent, à terme, fragiliser nos démocraties déjà éprouvées par la montée de la désinformation et des extrémismes.

Voilà pourquoi la question de l’existence de Dieu demeure d’une actualité brûlante, même si en France, nous avons parfois l’impression d’avoir dépassé ce débat. La séparation des églises et de l’État a certes relégué la spiritualité à la sphère personnelle, mais il serait naïf de croire que l’influence des religions se limite aux foyers. Elle déborde sur l’espace public et pèse sur les choix de société, notamment en matière de droits individuels.

L’endoctrinement confessionnel des enfants est évidemment une forme de maltraitance dont nous tardons à nous débarrasser, mais le problème perdure tout au long de la vie. Les adultes, en particulier ceux confrontés à des échecs personnels, peuvent facilement être attirés par des idéologies radicales. Cette vulnérabilité est amplifiée par une culture qui valorise la foi et accorde une légitimité à des textes religieux, même lorsque ceux-ci contiennent des appels à la violence théocratique. Les réseaux sociaux, comme TikTok, regorgent de prédicateurs qui, par des récits fallacieux et des arguments trompeurs, cherchent à séduire un public en quête de sens. Ces figures s’appuient sur une pseudo-autorité intellectuelle, souvent ancrée dans des traditions qui ont historiquement servi les puissants et légitimé des discours de haine.

Bien que la majorité des croyants soient des individus pacifiques et bienveillants, certains, influencés par des croyances qui possèdent leur esprit, s’efforcent de prouver la véracité de leur foi. Ils produisent une multitude de livres, de vidéos et de discours, tandis que les non-croyants, souvent moins motivés à défendre leur ‘non-croyance’, laissent le champ libre à ces narrations. Le résultat est que ceux qui s’interrogent sur Dieu et les religions sont exposés quasi exclusivement à des contenus confessionnels qui présentent une vision biaisée de la foi. Ces arguments, bien que souvent défectueux, peuvent sembler convaincants en raison de l’absence de contre-arguments solides.

C’est dans cet esprit que je souhaite contribuer à la culture du débat sur l’existence de Dieu. J’ai élaboré 20 arguments que je considère suffisamment robustes pour inciter à la réflexion. Cette réflexion, évidemment, doit passer par le doute et l’examen critique. Le terme « preuve » est fréquemment utilisé par les apologètes et les prédicateurs, mais je vous invite à découvrir comment j’en fais un usage plus mesuré. J’espère que ces 20 arguments publiés sur YouTube, TikTok et Instagram susciteront votre curiosité et que vous aurez envie de les partager autour de vous.

Une série de ‘shorts’

« Voila pourquoi Dieu n’existe pas » vous propose 20 épisodes très courts dans les prochaines semaines :

  1. Pas de bonne définition
  2. L’existence du mal
  3. Les mauvaises réponse au problème du mal
  4. Dieu ne sert à rien
  5. Zéro preuve empirique
  6. La cause incausée : une absurdité
  7. La complexité inutile
  8. Le libre arbitre exclut Dieu
  9. L’immoralité des textes religieux
  10. Les miracles sont embarrassants
  11. La prière plaide contre Dieu
  12. L’enfer c’est la mort de Dieu
  13. Le paradis est un contre son camp
  14. Le bien et le mal avec ou sans Dieu
  15. La moralité = fruit de l’évolution
  16. Guerres & Religions
  17. La disparité des religions
  18. Dieu se cache ?
  19. La logique est plus forte que Dieu
  20. Le pari de l’athée

 

Et la conclusion de la série :

 

Émission enregistrée le 28 janvier 2025.

 Invités

  • Samuel Nowakowsky –  Enseignant-chercheur en informatique. Laboratoire lorrain d’informatique et ses applications.
  • Maximilien LANNA –  Professeur de droit public —titulaire de la Chaire Régulation des plateformes numériques et souveraineté.

 

EDITORIAL

 Pour le meilleur et pour le pire, nous sommes entrées dans l’air des intelligences artificielles — Le mot n’est d’ailleurs pas forcément le bon, même s’il s’est imposé, je vous renvoie vers la passionnante émission enregistrée avec Charbel Segerie et Amaury Lorin, du Centre français pour la Sécurité de l’IA et intitulé « Et si les IA prenaient le contrôle ». Tronche en Live 142.

Comme beaucoup de gens, peut-être n’avez-vous pas très envie de vous intéresser aux IA et à leurs concepteurs, mais les concepteurs et les IA, elles vont penser à vous. Et dans leur projet il y a l’idée de penser pour vous, à votre place, mais pas forcément aux mieux de vos intérêts, parce que ce n’est pas vous qui vous possédez les codes ni les clefs des nouvelles machines pensantes.

Il est facile de se laisser séduire par tous les services que les IA du marché nous rendent déjà. Gratuitement. Nous sommes en train de nous faire domestiquer, acclimater à cet utilisation très pratique, mais qui ne nous offre aucune garantie sur la manière dont ces services nous seront vendus bientôt.

Le confort d’avoir un copilote automatisé pour de nombreuses tâches aura-t-il un prix raisonnable ?

Il faut sans doute être au moins un peu inquiet sur de nombreux chapitres : l’environnement, la géopolitique, la spéculation, la création de fake news en masse, les ondes de chocs sur l’économie et l’emploi, la surveillance de masse… Nous allons ce soir nous focaliser sur celui des données personnelles.

Elles concernent nos habitudes de consommation, nos opinions, nos différentes identités et les choses qui n’appartiennent qu’à notre intimité, et par exemple les informations qui touchent à notre santé et qui pourraient puissamment intéresser les industriels du médicament ou les assurances et mutuelles, et qui sait d’autre ?

Le traitement à haut débit de nos traces numériques est déjà en cours, et il a déjà participé à une « fabrique du consentement ». Aujourd’hui les plateformes sont des systèmes qui collectent, recommandent et articulent les informations que nous recevons sans que nous ayons le moindre mot à dire, et la fragmentation d’internet pourrait nous conduire à cesser de vivre tous dans le même monde et à nous voir dispersés dans des réalités parallèles abreuvés de narratifs savamment conçus pour notre segment démographique et pour le profit de ceux qui passeront commande de notre vote ou de notre pouvoir d’achat

Alors oui, le sujet est grave. Mais nous allons quand même essayer de passer une bonne soirée à apprendre des choses pour mieux nous préparer grâce aux lumières de nos invités.

 

Emission enregistrée le 15 janvier 2025

Invitée : Annabelle Kremer-Lecointre

 

Editorial

Je suis obligé d’utiliser des mots dans cet éditorial. Et vous en entendrez d’autre tout au long de cette émission. Il y aura des figures de style, des comparaisons, des analogies, des blagues, des approximations, des références plus ou moins pertinentes dans un échange qui se veut pourtant chargé de sens, méthodique, fidèle aux données de la science et fiable. Le défi est de taille, et j’ai bien peur d’échouer quant à moi sur le seul critère de l’exactitude sémantique, mais ne partez pas tout de suite, car il y aura sans doute beaucoup à apprendre de mon échec grâce à mon invitée, Annabelle Kremer-Lecointre, co-autrice avec Monsieur Guillaume Lecointre du livre intitulé « Démystifier le vivant – 36 métaphores à ne plus utiliser ».

Quand nous parlons du vivant, nous utilisons un vocabulaire qui projette sur lui des conceptions qui n’appartiennent qu’à nous. Nous disons que « la nature fait bien les choses », que les plantes sont « intelligentes », ou que la vie fait des « progrès ».  En l’affublant de nos codes, de nos valeurs, de nos préjugés, nous dénaturons le monde biologique. Et c’est ironique puisque rien ne nous semble plus naturelle que l’image culturellement construite que nous nous faisons de la Nature et de la Vie avec des majuscules…

Les mots que nous employons pour parler de la nature, et plus spécifiquement du vivant représentent un danger potentiel que nous ne regardons pas en face.

 

Le premier danger est épistémologique : en plaquant nos représentations humaines sur le vivant, nous nous privons d’une compréhension authentique des mécanismes biologiques. Comment comprendre véritablement la symbiose entre les arbres et les champignons si nous persistons à parler de « communication » ou « d’entraide », des concepts profondément humains qui masquent la réalité des interactions biochimiques ? Cette incompréhension se traduit souvent par des décisions de gestion environnementale inadaptées, basées sur des métaphores plutôt que sur la science.

Plus insidieux encore est le risque de la « naturalisation » de nos préférences culturelles. Le darwinisme social – ou plus précisément le spencérisme – en est l’exemple le plus frappant : en prétendant que la « loi du plus fort » est inscrite dans la nature, certains ont justifié des inégalités sociales, des discriminations, et des violences. D’autres dérives idéologiques trouveront un terreau fertile dans notre tendance à voir la nature à travers le prisme de nos constructions sociales.

Mais le piège le plus subtil est peut-être celui qui touche à notre propre identité. En nous imaginant séparés du reste du vivant, nous cultivons l’illusion d’une possible autonomie totale. Les fantasmes de colonisation spatiale en sont l’expression ultime : l’idée que l’humanité pourrait s’extraire de la biosphère qui l’a vue naître pour recommencer ailleurs, laissant derrière elle une vieille Terre épuisée. Cette vision découle directement de notre incapacité linguistique à nous penser comme partie intégrante du tissu du vivant.

 

L’enjeu, vous le voyez, n’est pas simplement académique ; en nettoyant notre langage des facilités qui nous emprisonnent, nous nous donnons une chance de regarder le vivant tel qu’il est, et non tel que nos mots nous le font voir. C’est aussi un acte de libération, et c’est un acte de respect, et d’humilité envers la nature, qui ne nous a rien demandé ! C’est un acte de reconnaissance que la biosphère ne se réduit pas à ce que vous croyons avoir compris et à ce qui nous arrange de voir ou de laisser dans l’ombre.

 

Nous nous cachons depuis longtemps derrière des métaphores pour justifier la manière dont nous traitons le vivant autour de nous, et le livre d’Anabelle et Guillaume vient nous dire qu’il est un peu temps d’abandonner ces enfantillages.

 

Alors que s’achève 2024, peut-être est-il temps d’une une mise à jour dûment sourcée sur le COVID-19 concernant son origine, l’efficacité des vaccins et leur sûreté.

 

  1. Origine du virus

La question de l’origine du SARS-CoV-2 reste un sujet de débat. Les deux principales hypothèses sont une transmission zoonotique (d’un animal à l’homme) et une fuite de laboratoire. Une étude récente soutient l’idée que le virus provient d’animaux infectés vendus sur le marché de Huanan à Wuhan, en Chine, et non d’une fuite de laboratoire, affirmant qu’il y a peu de chances que cette dernière hypothèse soit correcte[1]. Des agences de renseignement américaines continuent d’explorer la possibilité d’une fuite, bien que cette théorie soit considérée comme minoritaire au sein de la communauté scientifique.

 

  1. Efficacité des vaccins

Les vaccins contre la COVID-19 ont montré une efficacité significative dans la réduction des cas graves et des décès. Des études estiment que les vaccins ont sauvé des millions de vies à travers le monde en prévenant les hospitalisations et les complications graves. En termes de protection, les taux varient selon le type de vaccin et les variants du virus, mais globalement, ils offrent une protection robuste contre les formes sévères de la maladie[2].

 

  1. Sûreté des vaccins

Les vaccins COVID-19 ont été soumis à des essais cliniques rigoureux avant leur autorisation, et des millions de personnes ont été vaccinées sans effets indésirables graves généralisés. Bien que certains effets secondaires aient été rapportés, ils sont généralement bénins et temporaires. Les agences sanitaires continuent de surveiller la sécurité des vaccins pour détecter tout effet indésirable rare[3]. Les histoires de « turbo cancer » ou de jeunes qui meurent massivement de problèmes cardiaques ne reposent sur aucune donnée réelle[4].

 

Les dernières informations sur la vaccination contre la COVID-19 chez les femmes enceintes soulignent que les vaccins à ARNm, comme ceux de Pfizer et Moderna, sont sûrs et efficaces. Les données accumulées montrent qu’il n’y a pas d’augmentation des risques de complications telles que les malformations congénitales, les naissances prématurées ou les fausses couches. Les effets indésirables chez les femmes enceintes après vaccination sont similaires à ceux observés dans la population générale[5].

Les recommandations actuelles des autorités sanitaires, comme l’OMS et le CDC, encouragent la vaccination des femmes enceintes, en particulier celles présentant des comorbidités ou un risque accru de complications liées à la COVID-19.

 

Surveillance continue

Bien que le nombre de signalements d’effets indésirables puisse sembler élevé, il est important de le mettre en perspective par rapport au nombre total de vaccinations effectuées et à la nature majoritairement bénigne des effets rapportés. Les systèmes de pharmacovigilance enregistrent tous les décès survenus après la vaccination, qu’ils soient directement liés ou non au vaccin.

Les autorités sanitaires continuent de surveiller les effets indésirables et d’évaluer les données en temps réel. Les évaluations montrent que les bénéfices des vaccins en termes de prévention des maladies graves liées à la COVID-19 l’emportent largement sur les risques potentiels associés aux effets secondaires[6].

 

Addendum

« Et la transmission alors ! Le vaccin ne la réduit pas, sales menteur ! Même Pfizer le dit ! »

Plusieurs études de 2022 ont souligné que bien que les vaccins ARN contre le covid soient très efficaces pour prévenir les formes graves de la maladie, leur efficacité pour réduire la transmission a diminué avec l’émergence de variants comme Omicron. Les données indiquent que la vaccination réduit la transmission, mais pas autant que prévu initialement, surtout après quelques mois suivant la vaccination. Les voici :

  • Lachâtre M, Launay O. Vaccination COVID-19 : technologies vaccinales, efficacité en vie réelle et spécificités [COVID-19 vaccination : Vaccine technologies, effectiveness and specificities]. Médecine et Maladies Infectieuses Formation. 2022 Sep;1(3):129–35. French. doi: 10.1016/j.mmifmc.2022.07.001. Epub 2022 Jul 6. PMCID: PMC9257089.
  • Eyre DW, Taylor D, Purver M, Chapman D, Fowler T, Pouwels KB, Walker AS, Peto TEA. Effect of Covid-19 Vaccination on Transmission of Alpha and Delta Variants. N Engl J Med. 2022 Feb 24;386(8):744-756. doi: 10.1056/NEJMoa2116597. Epub 2022 Jan 5. PMID: 34986294; PMCID: PMC8757571.
  • Prunas O, Warren JL, Crawford FW, Gazit S, Patalon T, Weinberger DM, Pitzer VE. Vaccination with BNT162b2 reduces transmission of SARS-CoV-2 to household contacts in Israel. Science. 2022 Mar 11;375(6585):1151-1154. doi: 10.1126/science.abl4292. Epub 2022 Jan 27. PMID: 35084937; PMCID: PMC9261115.

 

 

Mea culpa ?

Du côté de la zététique, et en tout cas de mon travail, je ne connais pas de raison de retirer des propos anciens ou de ne pas assumer la prudence avec laquelle j’ai critiqué les propos déraisonnables qui affirmaient beaucoup, agressivement, désignaient des méchants et promettaient des procès Nuremberg 2.0. L’examen de conscience de mon travail sur le covid19 me laisse serein.

Charge à ceux qui assènent que la zététique a eu tout faux de travailler un peu à sortir de leurs vitupérations haineuses et à agir avec un peu de méthode, de raison et de science. Chiche ?

 

Bonne année !

Acermendax

 

[1]     https://www.cnrs.fr/fr/presse/covid-19-identification-des-especes-animales-lorigine-possible-de-la-pandemie

Alexander Crits-Christoph, Joshua I. Levy, Jonathan E. Pekar, Stephen A. Goldstein, Reema Singh, Zach Hensel, Karthik Gangavarapu, Matthew B. Rogers, Niema Moshiri, Robert F. Garry, Edward C. Holmes, Marion P. G. Koopmans, Philippe Lemey, Thomas P. Peacock, Saskia Popescu, Andrew Rambaut, David L. Robertson, Marc A. Suchard, Joel O. Wertheim, Angela L. Rasmussen, Kristian G. Andersen, Michael Worobey et Florence Débarre.(2024) Genetic tracing of market wildlife and viruses at the epicenter of the COVID-19 pandemic Author list and affiliations. Cell.

[2] Link-Gelles R, Levy ME, Natarajan K, et al. Estimation of COVID-19 mRNA Vaccine Effectiveness and COVID-19 Illness and Severity by Vaccination Status During Omicron BA.4 and BA.5 Sublineage Periods. JAMA Netw Open. 2023;6(3):e232598. doi:10.1001/jamanetworkopen.2023.2598

[3] https://ansm.sante.fr/actualites/pronostic-a-18-mois-des-cas-de-myocardite-attribuables-a-la-vaccination-arnm-contre-le-covid-19-le-jama-publie-les-resultats-dune-etude-de-pharmaco-epidemiologie-realisee-par-epi-phare

Hause, Anne & Baggs, James & Marquez, Paige & Myers, Tanya & Su, John & Blanc, Phillip & Baumblatt, Jane & Woo, Emily & Gee, Julianne & Shimabukuro, Tom & Shay, David. (2022). Safety Monitoring of COVID-19 Vaccine Booster Doses Among Adults — United States, September 22, 2021–February 6, 2022. MMWR. Morbidity and Mortality Weekly Report. 71. 10.15585/mmwr.mm7107e1.

Yasuhara J, Masuda K, Aikawa T, Shirasu T, Takagi H, Lee S, Kuno T. Myopericarditis After COVID-19 mRNA Vaccination Among Adolescents and Young Adults: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Pediatr. 2023 Jan 1;177(1):42-52. doi: 10.1001/jamapediatrics.2022.4768. PMID: 36469338; PMCID: PMC9856920. Cette méta-analyse évalue les cas de myocardite et de péricardite après vaccination par ARNm, tout en soulignant que les bénéfices de la vaccination l’emportent sur les risques.

[4] K. Faksova, D. Walsh, Y. Jiang, J. Griffin, A. Phillips, A. Gentile, J.C. Kwong, K. Macartney, M. Naus, Z. Grange, S. Escolano, G. Sepulveda, A. Shetty, A. Pillsbury, C. Sullivan, Z. Naveed, N.Z. Janjua, N. Giglio, J. Perälä, S. Nasreen, H. Gidding, P. Hovi, T. Vo, F. Cui, L. Deng, L. Cullen, M. Artama, H. Lu, H.J. Clothier, K. Batty, J. Paynter, H. Petousis-Harris, J. Buttery, S. Black, A. Hviid. (2024) COVID-19 vaccines and adverse events of special interest: A multinational Global Vaccine Data Network (GVDN) cohort study of 99 million vaccinated individuals,

Vaccine, Volume 42, Issue 9. https://doi.org/10.1016/j.vaccine.2024.01.100.

[5] Ciapponi, A., Berrueta, M., Parker, E. P. K., Bardach, A., Mazzoni, A., Anderson, S. A., Argento, F. J., Ballivian, J., Bok, K., Comandé, D., Goucher, E., Kampmann, B., Munoz, F. M., Rodriguez Cairoli, F., Santa María, V., Stergachis, A. S., Voss, G., Xiong, X., Zamora, N., Zaraa, S., & Buekens, P. M. (2024). Safety and Effectiveness of COVID-19 Vaccines During Pregnancy: A Systematic Review and Meta-Analysis. BMJ.

[6] Effets indésirables des vaccins et dernières évolutions des connaissances scientifiques sur la covid-19 – Rapports d’office parlementaire – Rapport n° 651 (2023-2024), déposé le 30 mai 2024. https://www.senat.fr/rap/r23-651/r23-651_mono.html

Émission enregistrée le 17 décembre.
Invité : Jean-Loïc Le Quellec

Éditorial

La science se trompe, un peu tout le temps. Et c’est là toute sa force, puisqu’elle se corrige. Elle hésite, elle tâtonne, et parfois elle change de paradigme.

Vous connaissez la ville de Troie (non, pas Troyes dans l’aube mais Ilium en Turquie). Pendant des siècles, la cité décrite par Homère dans L’Iliade était considérée comme un pur mythe, une légende grecque sans fondement. Jusqu’à ce qu’Heinrich Schliemann, archéologue amateur mais obstiné, découvre en 1870 les ruines de ce qui pourrait bien être la véritable Troie. La science s’était trompée en rejetant trop vite un récit ancien, mais elle a fini par corriger son erreur. Pensons à la civilisation minoenne en Crète, révélée au début du XXe siècle par Arthur Evans alors qu’on ne connaissait d’elle que des récits mythologiques sur le roi Minos et son labyrinthe. Ou encore les Scythes, ces nomades longtemps jugés « primitifs » par Hérodote, mais dont les tombes gelées de Sibérie ont révélé une culture d’une richesse insoupçonnée : bijoux d’or finement travaillés, textiles somptueux et tatouages complexes. Même la préhistoire, ce temps lointain où l’Homme taillait la pierre, nous a surpris : les fresques rupestres de Chauvet ou Lascaux prouvent que nos ancêtres n’étaient pas seulement des survivants brutaux, mais aussi des artistes d’une sensibilité extraordinaire.

Ces exemples nous rappellent combien nous aimons découvrir ce que nous pensions perdu. Il y a une magie irrésistible dans l’idée qu’une civilisation avancée, oubliée depuis des millénaires, puisse ressurgir du sable ou des profondeurs de la mer. Qui n’a jamais rêvé de l’Atlantide, engloutie par les flots, ou des mystérieuses cités d’El Dorado, enfoncées dans la jungle ? Cet appétit est bien légitime puisque notre histoire est une aventure inachevée, et que des pans entiers du passés restent méconnus.

C’est sur ce désir profond de découverte que jouent des séries comme « Ancient Apocalypse » (traduit « À l’aube de notre histoire ». Dans sa première saison, Graham Hancock, journaliste et écrivain, a captivé des millions de spectateurs en suggérant qu’une civilisation perdue, d’une sophistication incroyable, aurait existé bien avant les premières sociétés humaines connues. Son argument ? Des structures anciennes comme les pyramides de Gizeh ou les mégalithes de Göbekli Tepe seraient les vestiges de peuples disparus, victimes d’un cataclysme oublié. La science, selon lui, refuse d’ouvrir les yeux, et l’archéologie académique lui voue une haine tenace car il faudrait préserver les théories actuelles coûte que coûte.

À travers des séries comme celle-là, nous assistons à la naissance d’une mythologie contemporaine, où des récits alternatifs du passé s’enracinent dans notre imaginaire collectif. Ces nouvelles « légendes » répondent à des besoins profondément humains : donner du sens à un monde complexe, combler les lacunes de nos connaissances et raviver la fascination pour l’inconnu. Ces récits alternatifs fonctionnent comme des systèmes interprétatifs autonomes, échappant délibérément aux validations scientifiques classiques. Ils opèrent selon une logique propre, où chaque réfutation devient une preuve supplémentaire du complot. Là où les mythes anciens étaient enracinés dans des croyances religieuses, les récits contemporains se parent d’un vernis pseudo-scientifique puisque c’est désormais le mode par lequel se fait le récit des origines du monde.

Pour nous dévoiler la structure de la mythologie contemporaine qui se construit sous nos yeux, je reçois Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue, préhistorien et spécialiste des mythes, auteur de divers ouvrages dont le très mordant « Des Martiens au Sahara »