La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Emission enregistrée le 18 octobre à 20h.

Invités : François Carlier Sylvain Cavalier.

 

Editorial

Comment ne pas avoir des doutes ?

60 ans, presque jour pour jour après les faits, il y en a beaucoup pour s’étonner encore. Peut-on croire que la mort spectaculaire, au grand jour, devant des milliers de personnes et captée à jamais par des photographies et des vidéogrammes de l’homme le plus puissant du monde soit due à un pauvre type, un loser de 24 ans équipé d’une arme achetée un mois plus tôt 12,78 dollars, installé au cinquième étage du dépôt de livres scolaires où il travaille comme magasinier ?

Si Lee Harvey Oswald est coupable d’un acte aussi improbable et choquant, à coup sûr on dispose de preuves et alors l’affaire est entendue.

Seulement c’est un peu gênant parce qu’il n’y a pas eu de procès. Dès le 24 novembre, le suspect meurt abattu à son tour, en public, par un patron de boite de nuit qui a des liens avec la pègre, alors que la police le transfère vers une prison.

Oswald, arrêté une heure trente après l’assassinat pour avoir tué un agent de police en pleine rue, a nié son implication et il n’a pas eu le temps d’élaborer sa défense. Notons que sa veuve le dénonce quand on l’interroge, mais 25 ans plus tard, elle le dit innocent chez Oprah Winfrey. Pour certains, cela anéantit à jamais la possibilité d’avoir accès à toute la vérité. D’aucuns songent à haute voix que le silence définitif d’Oswald est bien commode et qu’il arrange peut-être les vrais commanditaires.

Comment ne pas soupçonner qu’on nous cache des choses lorsqu’on entend des gens protester contre l’enquête de la commission Warren de 1964 où le rapport d’autopsie du président existe sous deux versions et où est défendue la thèse officielle qu’une seule et unique balle a causé 7 blessures sur deux hommes : le président Kennedy et le gouverneur Connally installé devant lui dans la voiture.

Fallait-il être un tireur d’élite pour réussir le coup en tirant 3 balles espacées de moins de 5 secondes ? Et d’ailleurs combien de coups ont été tirés ? Les témoins ne sont pas d’accord.

Des dizaines de livres ont été publiés. La thèse officielle y est étrillée. Des films sont sortis, notamment en 1991 une grosse production d’Oliver Stone avec Kevin Costner. Et on y apprend qu’il y avait forcément un deuxième tireur. Le mouvement de la tête de Kennedy vers l’arrière indiquerait un tir venant de l’avant. Or Oswald tirait depuis l’arrière.

 

 

Comment est-possible qu’un crime commis en pleine lumière à propos duquel on croule sous les documents, qui semble d’une grande simplicité si jamais Oswald a agi seul, puisse générer autant de littérature critique, et même hypercritique au point de devenir l’un des évènements historiques les plus discutés et le point de départ du complotisme moderne qui ne sera surpassé dans la ferveur des penseurs alternatifs que par l’attaque du 11 septembre 2001 ?

L’assassinat le plus célèbre de l’histoire et le mieux documenté est aussi qui provoque le plus de soupçons et d’incrédulité.

Et pourtant vous allez entendre ce soir un homme qui connait l’histoire par cœur, qui a tout lu à son sujet et qui va nous expliquer que la vérité est connue, bien établie. Les mystères sont vendeurs, les complots sont excitants, mais nous sommes censés aimer la vérité plus que le frisson de découvrir des incongruités dans les détails des faits du passé ou des coïncidences étonnantes comme par exemple le fait que nous sommes le 18 octobre 2023, et qu’aujourd’hui même Lee Harvey Oswald fête certainement son 84e anniversaire quelque part dans une ile du Triangle des Bermudes avec Elvis Presley et Mickael Jackson.

Pour dire des choses plus intelligentes je reçois ce soir François CARLIER, auteur de « L’assassinat de Kennedy expliqué -Bilan définitif, après 60 ans»

Dans le troisième segment de l’émission j’ai invité Sylvain CAVALIER, alias le Débunker des Etoiles qui connait très bien cette affaire et notamment les milieux complotistes dans lesquels elle continue de faire recette.

 

 

Emission enregistrée le 27 septembre 2023.

 

Magazine de la zététique, Ca Coule de Source est l’occasion de s’adresser aux sceptiques en trois segments

1. Une revue des publications récentes, des évènements, des dossiers en cours.

2. Un entretien avec un invité (une source !) pour traiter un sujet.

3. Des réactions aux commentaires, messages et courriers que vous nous adressez.

 

Editorial de l’Entretien

Invité : Thierry Jobard,  responsable du rayon Sciences humaines d’une grande librairie à Strasbourg. Auteur de « Contre le développement personnel » et de « Je crois donc je suis »

Cher public sceptique. Je vous aime, mais vous représentez une petite niche de gens très regardant sur la qualité de ce qu’on vous propose et prompts à reprocher les défauts, les imprécisions, les incohérences. Vous n’êtes pas un public facile. Je vous aime, mais c’est compliqué de faire carrière quand on s’adresse essentiellement à vous.

Mais vous n’êtes pas les seuls à regarder. Devant leurs écrans en ce moment une proportion inconnue de gens nous suivent tout en étant en désaccord sur une bonne partie des sujets traités, —et je suis très heureux qu’ils soient avec nous, (bienvenu !) – En désaccord, donc, et tout spécialement concernant ce qui a trait à l’ésotérisme.

Et il y a un paradoxe là-dedans, voyez-vous, c’est qu’en réalité la minorité, c’est nous !

Si vous croyez aux énergies, aux chakras, aux pouvoirs de la Lune, à la canalisation des êtres dimensionnels, aux voyage astral, au magnétisme guérisseur, à la transmission de pensée et à un milliard de petits secrets pour rester en bonne santé qui font enrager les médecins… Vous ne faites pas partie d’une minorité éveillée qui a bataillé pour trouver son chemin vers une vérité ardue, cachée, secrète. Que nenni : vous participez à un immense marché commercial de la superstition. Le mainstream c’est vous !

Ceux qui veulent lire de la science, qui s’intéressent aux connaissances établies, à la philosophie exigeante d’une approche critique du réel, ce sont eux qui ont finalement bien du mal à trouver une parole sérieuse au milieu de l’achalandage cornucopien des révélations fracassantes des médiums, guérisseurs, chamans, coachs, grands-sages, gourous, passeurs d’âme, naturopathes, psychanalystes et pseudo-archéologues.

Les grandes enseignes donnent quatre, six, dix fois plus de place aux livres sur la magie, l’occulte et l’astrologie qu’à ceux qui nous expliquent l’épigénétique, l’anthropologie et l’astronomie. Vous n’avez aucun effort à fournir pour qu’on vous refourgue de la sagesse tibétaine au kilo ou qu’on vous ravitaille en bons sentiments de la pensée positive tellement éloignée (dit-on !) de la mécanique brutale du monde du travail… sauf qu’en réalité toute cette littérature plait énormément aux patrons, aux puissants, elle leur correspond, elle est leur alibi pour garder bonne conscience, pour croire qu’ils méritent ce qui leur arrive en vertu de la loi de l’attraction ou autres narrations bien commodes.

 

La littérature de l’occulte et de l’intuition envers des dimensions plus subtiles est un opium lucratif qui renvoie tout le monde vers l’introspection, plutôt que vers la remise en question du fonctionnement de la société.

L’ésotérisme au service du commerce, du capitalisme de l’exploitation décomplexée des humains, voilà une vérité qui, sans aucun doute, dérange, qu’il est difficile de regarder en face, qui ne s’apprivoise qu’avec de grands efforts et qui évidemment est soigneusement évitée, niée, par les milliers de scribouilleurs de cette littérature parasite pour laquelle on coupe des arbres et on pollue l’air et les rivières. Et si la vérité était ailleurs, finalement ?

Les libraires sont-ils les complices ou bien les otages de cette économie de la tromperie manifeste et de la planche savonnée des dérives en tout genre ? Pour éviter de les juger trop vite, recevons l’un d’entre eux, très critique de cette gigantesque part de marché qui, d’une certaine manière, dénature sa profession.

 

 

Confluence

Petite revue des contenus sceptiques publiés le mois avant l’émission. Voici les liens et références : v

 

25 aout. Le Stratège Web.

30 août. BFMTV

  • « « THÉRAPIES DE CONVERSION »: AU CŒUR D’UN SÉMINAIRE ORGANISÉ CET ÉTÉ EN FRANCE MALGRÉ L’INTERDICTION »
  • https://www.bfmtv.com/societe/therapies-de-conversion-au-coeur-d-un-seminaire-organise-cet-ete-en-france-malgre-l-interdiction_AV-202308300120.html
  • « Ce mouvement dit évangélique est implanté en France où il prône l’abstinence et la prière. Assurant n’avoir jamais reçu de mineurs lors de ses séminaires, le mouvement se défend de pratiquer toute ‘thérapie de conversion’. Il indique ‘aider à la restauration de l’identité relationnelle et sexuelle’ des participants, ‘souvent déchirés entre leur sexualité et leur vie chrétienne' ».  Exemple typique des violences exercées par la religion.

1er septembre. La Tronche en Biais

3 septembre. France.tv « Mystifications »

3 septembre. Épique Épochè

 

— 7 septembre (Miz Poline) La mal biaisée : « Athéisme, liberté de culte et laïcité – Partie 1 : L’athéisme d’état » (+ 14 sept + 21 sept)

— 15 septembre. G Milgram

— 16 septembre. AFIS.

— 16 septembre. Chronique de Carta Academica

— 17 septembre. Le Chat Sceptique

— 19 septembre. Nouvelle chaîne « Vilain défaut » spécialisée dans la paléontologie

 

— 26 septembre. Ordre National des Infirmiers.

  • Matinale de l’Ordre #25 – « Dérives sectaires et thérapeutiques : les détecter et les prévenir »
  • https://www.youtube.com/watch?v=SfvPvSXEEgs
  • Avec – Pierre de Bremond d’Ars, Président de No Fake Med & Hugues Gascan, Président  du Groupe d’Etude du Phénomène Sectaire (GéPS).  « les infirmier doivent lutter contre le charlatanisme »

Emission enregistrée le 21 aout 2023.

 

Magazine de la zététique, Ca Coule de Source est l’occasion de s’adresser aux sceptiques en trois segments

1. Une revue des publications récentes, des évènements, des dossiers en cours.

2. Un entretien avec un invité (une source !) pour traiter un sujet.

3. Des réactions aux commentaires, messages et courriers que vous nous adressez.

 

Editorial de la Partie 2

« Dans l’inconnu : la grotte aux ossements » est un documentaire sorti sur Netflix en juillet dernier. Il raconte la découverte par l’équipe du paléoanthropologue américain Lee Berger de l’Université du Witwatersrand dans les Grottes de Rising Star (Grottes de l’étoile montante) en Afrique du Sud.

En 2013 on découvre dans le réseau de ces grottes des ossements anciens appartenant à la lignée humaine, mais étranges. En 2015 la nouvelle tombe, c’est une nouvelle espèce : Homo naledi est un organisme de la classe des Mammifères, de l’Ordre des Primate, de la Famille des Hominidés, de la Sous-famille des Homininés, de la tribu des Hominini et de la sous-Tribu des Hominina : exactement comme Homo sapiens. Il s’agit d’un cousin qui présente des traits dit archaïques, notamment une petite taille et un petit cerveau, mais aussi des caractères considérés comme moderne dans la forme de ses mains et de ses pieds. Homo naledi vivait il y a entre 335 et 236.000 ans, c’est-à-dire du temps de la jeunesse de Michel Drucker, et on ne s’attendait pas à voir un Homo avec ces caractères-là durant cette période.

Lee Berger est un scientifique reconnu, mais un peu spécial, qui aime bien court-circuiter le temps scientifique en communiquant dans les grands médias pour faire connaître ses découvertes. Et c’est bien pour ça que le documentaire de Netflix est intéressant et un peu embarrassant car on y voit dévoilée des hypothèses, des spéculations, des opinions alors même que les travaux scientifiques qui ont trait à ces déclarations viennent tout juste d’être publié en préprint, c’est-à-dire n’ont pas pu être traité par le crible de la critique par les chercheurs du domaine.

Et les découvertes en question sont renversantes. Lee Berger prétend que ces hommes préhistoriques plutôt assez différents de nous enterraient leurs morts. Pour lui, la chambre de Dinaledi dont nous parlerons est un cimetière. Pour se rendre dans cette chambre très profonde, les naledi devaient maitriser le feu et Lee Berger affirme avoir identifié des foyers dans la chambre. Enfin, et c’est encore plus étonnant, des marques régulières sur les parois sont interprétées par Lee Berger comme des gravures intentionnelles, symboliques, de la main d’Homo naledi. Et même plus précisément ces gravures sont faites à l’aide d’outils comme celui que l’on a retrouvé dans la main d’un squelette reposant dans la chambre, preuve que quelqu’un a disposé le corps d’une manière rituelle. Et la boucle est bouclée : tous les éléments sont liés et racontent une histoire qui va changer l’histoire de, la lignée humaine.

Si c’est vrai.

En effet cela fait reculer de plus de 100 000 ans l’existence de rituels funéraire dans la lignée humaine. C’est une théorie qui fera date si elle est vraie. Et qui fait déjà la une même si elle fausse , et c’est un peu le problème dont nous allons discuter ce soir avec le paléontologue et vulgarisateur Julien BENOIT que vous connaissez pour son excellente chaine Entracte Science.

 

 

Confluence

Petite revue des contenus sceptiques publiés le mois avant l’émission

 

— 5 juillet. Yaacov l’Apostat « L’enfer dans le Judaïsme (ou comment traumatiser un enfant) »

21 juillet. Sur la chaine des Rec de Toulouse.

— 28 juillet. Survolté. Vidéo Strikée par David Lefrançois. Avec courrier d’avocat contre la chaine qui a publié une analyse du parcours bizarre du personnages et un débunkage de ses prétentions à être un chercheur en neurosciences.

https://www.youtube.com/watch?v=DU5TzwHtATo&ab_channel=survolt%C3%A9

— 3 Aout. Fantine et Hippocrate. « Un nouveau vaccin contre la bronchiolite ? FantineFlash#19 »

  • Elle met en évidence la communication autour de ce vaccin. Et surtout elle pointe le problème de sommes d’argent empochées par des médecins qui font la réclame du produit et dont on se demande s’ils en parlerait autant en, ne recevant pas d’agent du laboratoire.
  • Le 12 aout. Fantine et Hippocrate. « Trafiquants de Santé : Les visiteurs médicaux – Episode 3 » -> Le gros problème des influences commerciales dans le monde de la santé.

11 aout. Bonne nouvelle ! Dossier de l’Express sur : « Esotérisme : un essor inquiétant »

— 14 aout. Le Microsophe. « Le scepticisme avant les sceptiques »

— 15 aout. Un article sur le site de l’AFIS.

— 15 Aout. La TeB « Le sexe n’est pas ce que vous croyez »

https://www.youtube.com/watch?v=YzDggc7s69Y

Avec ce petit bilan posté avant-hier : « Dans les dernières vidéos de la TeB, ce n’est pas le débunkage de certaines « expertes » qui gène le plus et génère le plus de commentaires débordant d’agressivité, d’incompréhension, d’inculture et d’obscurantisme. C’est la vidéo sur le sexe biologique qui a fait perdre des abonnés à la chaine.

Quelques chiffre 140k vues pour le débunkage. 50k pour la vidéo d’épistémologie sur le sexe. 95,8% d’avis positif sur la première.  87,8% sur la deuxième (la différence peut paraitre faible, mais la très grande majorité des vidéos dépasse les 95%). Enfin 1900 commentaires pour le debunkage. C’est beaucoup. Mais 2700 pour la vidéo sur le sexe biologique. Et pourtant il était question d’un texte d’épistémologie de la biologie, revenant sur les fondamentaux évolutionnaires du phénomène de la sexuation et évitant les considérations morales, sociales, politiques pour essayer de mettre les gens d’accord sur le fait que la biologie n’offre pas de réponse facile, et sans doute pas de réponse du tout à l’identité de genre telle qu’elle se vit chez les humains actuels.

Il s’agit d’une vidéo s’appuyant sur la science pour montrer que nous avons tendance à mal comprendre les tenants et aboutissants d’une notion pourtant aussi familière et banale que le sexe. Il s’agit d’une vidéo invitant à douter d’avoir les bonnes réponses. Il s’agit d’une vidéo invitant à exercer son esprit critique. Je ne me lamente pas de ce résultat. C’est comme ça. J’essaie d’en tirer des leçons sur ce que doit être la ligne éditoriale afin de respecter ce qui est le but depuis le début : être utile. »

— 18 aout. France Inter « Sous le soleil de Platon »

Emission enregistrée le 19 septembre 2023.

Invités :

  • Christian Page est un journaliste, auteur, chroniqueur, scénariste et animateur canadien spécialisé dans les enquêtes de phénomènes inexpliqués et autres mystères.
  • Francine Cordier et Patrice Seray, auteurs d’ouvrages sceptiques sur le phénomène OVNI, enquêteurs pour le GEIPAN.

 

 

 

Editorial

Ça fera bientôt 80 ans qu’on entend parler d’ovni, ces phénomènes étranges, généralement traités avec un sourire en coin, marginalisés… et en même temps portés à l’écran dans des blockbusters et sujet d’innombrables livres, documentaires et enquêtes plus ou moins sérieuses.

  • Un petit mot de vocabulaire pour se mettre d’accord. Le terme d’ovni (Objet Volant Non identifié) étant porteur de beaucoup de clichés a été écarté en faveur de PAN (Phénomène aérospatial Non Expliqué), et en anglais la même chose se produit. En lieu et place d’UFO, on parle désormais de UAP (Unidentified Aerial Phenomena). Ces acronymes vous seront utiles si vous voulez vous tenir à jour.

L’émission de ce soir existe en raison d’une audition réalisée devant le congrès des Etats-Unis d’Amérique très relayée dans la presse où il est question des secrets que le gouvernement américain entretient vis-à-vis du phénomène ovni. Parmi les 3 témoins entendus ce jour-là, tout le monde a retenu la parole renversante de David Grusch qui a été saluée par les tenants-croyants de l’hypothèse exotique, les gens qui défendent l’origine extraterrestre des ovnis-PAN.

Tout Internet a bruissé de hourras réjouis : l’Amérique enfin reconnaissait publiquement que la Terre est visitée depuis les années 1930 par des êtres venus de quelque part dans l’espace, à des années-lumière de distance, capables de prouesses technologiques bien au-delà de nos capacités et qui, régulièrement, se crachent dans le désert ou se montrent à la population dans des conditions où, depuis toutes ces années, seules des images floues peuvent être capturées. Vous reconnaissez dans ma voix quelque chose comme un doute, du sarcasme même, de la distance critique en tout cas, voire de l’incrédulité. « Ces satanés zététiciens, ce sont des croyants en l’inexistence des ET, alors évidemment aucune preuve ne les convaincra » se disent des gens devant leur écran.

Pourtant la vérité est que les zététiciens acceptent sans problème, me semble-t-il, l’hypothèse d’une vie extraterrestre et même la probabilité qu’une civilisation avancée existe quelque part en ce moment. Mais pour ce qui est des visites la récolte des indices est mince. Votre esprit critique vous susurre déjà certaines choses : si on avait la preuve de tout ça, vous en entendriez parler partout et dans tous les pays. Les gouvernements et les chercheurs du monde entier réagiraient au dévoilement de ce secret qui implique nécessairement des dizaines de milliers de personnes depuis 80 ans. L’allégation semble assez extraordinaire pour qu’on soit exigeant sur la démonstration.

Comme pour la plupart des sujets, la grande majorité des gens n’est pas experte et délègue à d’autres la tâche d’enquêter et d’avoir un avis solide. Une bonne raison de croire à la visite d’extra-terrestres, ce serait que des gens très sérieux et compétents nous expliquent qu’ils sont convaincus par cette hypothèse. Et nous savons plus ou moins qui seraient ces gens compétents et convaincant : des astronomes, des spécialistes de l’aérospatial, des militaires experts du secret défense, des hauts fonctionnaires chargés de collecter, entreposer les objets découverts, les chercheurs contactés pour analyser les phénomènes, des diplomates impliqués dans les tractations entre les Etats autour de ces questions stratégiques. Il y a des gens qui peuvent convaincre même les rétifs zététiciens, et il faudrait voir si l’audition du 23 juillet devant le congrès américain change la donne ou si nous avons affaire à un énième charivari orchestré pour accréditer des croyances au travers d’une mise en scène permettant de croire à l’autorité d’une parole par ailleurs fragile.

Analysons tout cela avec nos invités

1. Le narratif autour de l’audition

2. Le contenu de l’audition

3. Les origines de cette audition

 

Tronche en Live 124

Enregistrée le 12 septembre 2023

 

Invités

  • Arnaud Gallais, Cofondateur du collectif Prévenir et Protéger et du mouvement Moov’Enfants
  • Murielle THIBIERGE-BATUDE, Présidente de #IWAS (Association investie dans la gestion des risques et de la défense des enfants)

 

Editorial

 

La pédocriminalité : les violences sexuelles exercés sur les enfants, parfois très très jeunes. Difficile de trouver un sujet plus odieux, plus choquant. Ces violences concernent une personne sur 10 en France. Environ 2 ou 3 enfants par classe. Plus de 6 millions de français.

Et pourtant on en parle peu et on en parle mal parce que c’est tabou, parce que c’est compliqué, c’est délicat. Faut-il croire tout ce que raconte un enfant ? On a vu l’horreur des procès d’Outreau, et notamment la confusion totale sur ce que valent les témoignages. Faut-il croire qu’il existe des rituels pédosatanistes orchestrés par les élites mondiales qui violent les enfants, et qui les tuent pour boire l’adrénochrome que contiendrait leur sang ? Ces histoires sont tellement énormes, absurdes et choquantes qu’elles occupent une place considérable là où déjà le sujet est marginalisé.

La pédocriminalité active en nous de fortes émotions, donc c’est un sujet qui va capter l’attention du public, et l’intérêt de ceux qui ont quelque chose à vendre, ne serait-ce que l’idée qu’ils se font d’eux même en grands justiciers.

Pédophile est devenu une insulte, voire un argument pour disqualifier un ennemi, pour salir autrui, pour se présenter comme plus moral que l’adversaire, mais sans égard pour les victimes parce que ceux qui sont prompt à accuser les autres de pédocriminalité n’ont pas l’air très intéressés par le sujet en réalité.

Celles et ceux qui travaillent à aider les victimes, à récolter les témoignages, à guérir les traumatismes, à prévenir les crimes, à juger les coupables, à soigner ceux qui peuvent l’être, à convaincre les décideurs de faire évoluer les lois et les moyens par lesquels nous protégeons les enfants ne passent pas leur temps à hurler au complot : ils travaillent. Et ils travaillent notamment à franchir les obstacles culturels, systémiques, politiques qui retardent les prises de conscience et les mesures qui pourraient éviter des drames.

Quelle réalité trouve-t-on quand on évite de se laisser éblouir par les histoires de grands réseaux de trafics d’enfants ? C’est quoi le phénomène de la pédocriminalité ? Qui sont les coupables, comme s’organisent-t-ils et comment les démaque-t-on ? Quels sont les travaux en cours pour réduire le nombre des victimes ? Quels efforts sont attendus ? Et que pouvons-nous faire, individuellement ?

Je n’ai pas les réponses, mais j’ai des invités.

Sources citées par Murielle Thibierge-Batude

  1. ORGANISED SEXUAL ABUSE de Michael SALTER, aucune traduction depuis dix an ce qui fait partie de l’anti-épistémologie 2013
  2. Pedophilia, Hebephilia and Sexual Offending Against Children: The Berlin Dissexuality Treatment Programme Bedit de Klaus M. Beier 2021
  3. LE SOI HANTÉ de Onno van der Hart (Auteur), Ellert R S Nijenhuis (Auteur), Kathy Steele (Auteur), Erik de Soir (Préface), François Mousnier-Lompré (Traduction), Hélène Dellucci (Traduction) – (THE HAUNTED SELF pour ceux qui aiment lire dans la langue d’origine) 2014
Emission enregistrée le 4 juillet 2023

Invitées

  • Eva FEIGERLOVA, endocrinologue
  • Claire-Cécile MICHON, Psychologue

 

Editorial

 

Les maladies et les handicaps invisibles sont tout autour de nous. Dans des proportions que vous n’imaginez sans doute pas.

En France, 12 millions de personnes sont en situation de handicap. 80% sont des handicaps invisibles. 9,6 millions de français sont touchés par des troubles cognitifs, de la mémoire, de l’attention, du sommeil, des douleurs ou de la fatigue chronique, des troubles du cœur, des sphincters, des maladies endocriniennes ou des altération sensorielles (notamment visuelles et auditives), et j’en oublie.

Si la personne concernée n’en parle pas, vous ne le savez pas. Les effets de ces handicaps invisibles existent. Ils sont détectables. Mais si on ne les identifie pas, ils peuvent être confondus avec de la mauvaise volonté, un mauvais caractère, un trait psychologique négatif qui peut causer des conflits. Les handicaps visibles suscitent une forme d’empathie (qui n’est pas toujours souhaitée par les concernés d’ailleurs) les autres subissent davantage de jugements.

Invisibles à leur manière, car mal connues, les maladies rares portent un nom qui sonne comme une double peine puisque cette rareté concerne 4,5% de la population. A peu près autant que les roux.

On dénombre 7000 maladies rares. Elles sont souvent d’origine génétique, frappent pour moitié des enfants de moins de 5 ans dont 10% meurent très jeune. Cela plonge évidemment les familles dans une situation dramatique qui se double d’une incompréhension des contours de la maladie qui rend très difficile d’en parler.

 

Et c’est en partie parce que nous n’en parlons pas que certaines maladies et certains handicaps demeurent invisibles. Invisibles pour le grand public pour lequel le mot handicap renvoie souvent vers l’idée du fauteuil roulant et rien d’autre. Invisibles pour l’entourage des concernés qui n’a pas toujours conscience de l’étendue des empêchements provoqués. Invisibles aussi pour les personnes concernées qui peuvent tarder à détecter leurs problèmes, à les accepter, à demander un traitement. Mais encore invisibles pour la médecine qui ne sait pas tout diagnostiquer, qui ne sait pas tout prendre en charge, qui inflige parfois une violence institutionnelle en ne sachant pas voir ce que vit le patient.

 

Les maladies et handicaps invisibles posent un dilemme. Il est difficile de faire connaître, de mieux comprendre ce qui ne se voit pas, de faire évoluer le regard que nous portons sur les malades que nous ne reconnaissons pas ! Et dans le même temps, on ne peut pas exiger des malades qu’ils révèlent leur état à tout le monde. Il faut amener le grand public à s’intéresser de lui-même à ces questions, à devenir plus attentif, plus sensible aux signes qui accompagnent ces conditions, plus apte à réagir de la bonne manière.

Si nous comprenons mieux les handicaps et les maladies invisibles, nous traiterons mieux les gens —dans tous les sens du terme— nous porterons moins de jugement, ou un peu moins vite, et cela pourrait nous aider à éviter des erreurs dans d’autres domaines de la vie.

Et pour mieux comprendre, nous serons aidés par le Dr Eva FEIGERLOVA, endocrinologue et par le Dr Claire-Cécile MICHON, Psychologue

 

Cette émission a été préparée avec le soutien de Guillaume Giraud du réseau Cardiogen qui va se joindre à nous quelques minutes pour nous parler de son travail au sein de ce réseau.

 

Parenthèse

« Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (ou MICI) regroupent la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH). Toutes deux se caractérisent par une inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif, due à une dérégulation du système immunitaire intestinal. Cette inflammation incontrôlée est responsable de lésions tissulaires et de la chronicité de la maladie. Son origine semble résulter de la combinaison complexe de facteurs environnementaux, associés à une susceptibilité génétique du patient et à la réactivité particulière de son système immunitaire.

Les MICI évoluent par poussées inflammatoires, de durée et de fréquence extrêmement variables selon les patients, qui alternent avec des phases de rémission. Elles se distinguent par la localisation et la nature de l’inflammation dans le tube digestif, les complications, les facteurs de risque, les symptômes, ou encore les réponses aux traitements. » (Source Inserm)

On pourrait ajouter la colite microscopique.

Les symptômes principaux sont des diarrhées chroniques, avec sang et glaires, et douleurs abdominales souvent très importantes. Les diarrhées peuvent être vraiment TRES invalidantes avec des selles parfois plusieurs dizaines de fois par jour. Les douleurs ne sont pas toujours calmées par les antalgiques classiques. Bref : on ne sait pas encore bien soigner ces maladies. Elles sont invisibles. Et assez mal connues.

Pour en savoir plus, voici quelques liens.

Enregistré au Musée Aquarium de Nancy le 30 mai 2023.
Invité : Mathieu Colin, Dr en Sciences des religions.

 

Editorial

 

Satan est une réalité pour certains humains qui font de lui une créature déchue, en rébellion contre Dieu, un grand comploteur (c’est le sens de l’un de ses noms : « epiboulos ») qui divise l’humanité, sème la guerre, le chaos, et la haine.

Depuis que la figure de Satan rôde dans le paysage culturel et spirituel, elle exerce une action, une influence… Sur ceux qui y croient. Et sur ceux qui ont peur de ceux qui y croient. Le diable est l’invité des sabbats des sorcières, et l’on sait l’appétit des brasiers allumés par les autorités religieuses et alimentés par les délations enfiévrées d’un peuple superstitieux. Après les sorcières vint la vague des possessions monastiques ; Satan a comme des lubies passagères.

On racontait des histoires de cérémonies magiques, orgiaques ou criminelles ; mais faut-il y croire ? Quels sont les faits établis ?

Quelle infâme époque, pensons nous, que ces âges sombres où nous avions peur du diable. Mais en 2023 on retrouve ces croyances, prises en sérieux, notamment sur l’antenne de CNEWS. Elles irriguent encore des récits épouvantés de messe noire, de caves remplies de pauvres petits enfants qu’on sacrifie et dont on nourrit une élite vampirique, nécrophage et bien sûr pédophile, comme en témoignent des forums de discussion dévolus aux narrations les plus débridées autour de QAnon et du Pizzagate. Les dénonciations du pédosatanisme se propagent, vous en verrez dans les commentaires.

Et puisqu’il n’y a pas de fumée sans feu, pensons nous, puisque tout ça ne peut pas être juste le fruit de l’imagination, on se demande qui sont les satanistes, adorateurs du démon, âmes damnées au service du malin ? Et où sont-ils ? Dans nos villes, dans nos campagnes ?

« La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas » nous disait un certain Charles Baudelaire. Mais si, en réalité, sauf le respect dû au poète, la plus belle ruse de Satan était d’exercer du pouvoir sans avoir besoin d’exister. Voilà de la nuisance élevée à un niveau d’efficacité diabolique.

Sauf que le satanisme ne consiste par à croire que Satan est méchant, et tout est là. Les satanistes existent. Ils ont pignon sur rue avec des organisations comme L’Eglise de Satan ou le Temple Satanique, et ils professent, en général, tenez vous bien : la tolérance, le respect des individus et la liberté de pensée.

Ça ne coïncide pas très bien avec l’image d’Epinal des atrocités bestiales et sanguinaires. Le satanisme n’est probablement pas ce que vous croyez. Alors vérifions ensemble ce qu’il en est réellement avec notre invité tout droit venu du Québec, docteur en Sciences des religions dont le titre de la thèse annonce la couleur : « In Satan We Trust : le Temple Satanique entre mouvement social et religion ».

Merci d’accueillir monsieur Mathieu Colin

Voir aussi :

Ne vous laissez pas influencer par la thématique donnée dans le titre. On ne va pas faire du drama. On ne va pas faire de politique. On va faire de la zététique : l’art du doute méthodique.

 

Voilà ce qui se passe. Une frange de l’Internet, plutôt remontée contre les LGBT et les sciences humaines qui se penchent sur les questions d’oppression et de domination me tombe dessus depuis des semaines avec agressivité et moquerie en disant que je fais honte à la zététique à ne pas savoir reconnaître un garçon d’une fille. Si c’est vrai, c’est grave.

Comme d’habitude tout ça est régurgité par tout un tas d’ahuris qui glissent ce nouvel élément de langage dans leurs attaques, et ressortent des accusations d’être trop politisé. Naguère une petite bande disait « la zététique c’est de droite », donc pas bien, et aujourd’hui une grosse clique dit « la zététique c’est trop woke », donc pas bien.

Dalibor de la chaine Psyhodelik a encore sorti toute une série de vidéos pour dire à quel point il était un meilleur zététicien que moi. Et ça semble convaincre des gens puisque ce conflit a fait perdre plus de mille abonnés à la TeB, une première en huit ans et demi. Ceci étant j’ai vu qu’il était à la mode de dire « la zététique me déçois, je me désabonne » tout en ayant un compte abonné et partageant le pire de la complosphère ce qui suscite en moi… le doute.

 

Face à tout ça il y a plusieurs réactions possibles

  1. Batailler pied à pied, répondre à chaque attaque, à chaque homme de paille, à chaque commentaire. Consacrer mon temps à essayer de convaincre tout le monde. Faire un burn out. Et mourir
  2. Dire à tous ces cons d’aller se faire cuire le cul et les ignorer.
  3. Ignorer tous ces cons sans même leur dire d’aller se faire cuire le cul.
  4. Rester calme, ne pas réagir, et continuer d’essayer de faire avancer la compréhension des gens, notamment sur la question du genre comme je m’y emploie sur Twitter avec mon compte personnel en jouant les Socrate du dimanche avec plus ou moins de talent.
  5. Tout plaquer. Fermer la chaîne et vivre de l’immense fortune accumulée grâce tout mon travail, mes héritages et les chèques des grands industriels qui nous téléguident.
  6. J’ai choisi l’option 6 : Essayer de tirer quelque chose d’utile de tout ça en donnant des explications contextuelles sur l’origine des propos qu’on me reproche, en apportant des éléments qui vous permettront peut-être de mieux comprendre ce que la science dit de ces questions, et en défendant ma manière de concevoir la zététique et de la pratiquer.

 

Soyons méthodiques. Soyons zététique.

Je précise que je suis loin d’être expert de la question du genre, et que je ne suis pas militant sur cette thématique. Cette vidéo n’a pas pour but de décréter une vérité sur le sujet mais d’élaguer un peu les herbes folles qui mettent la pagaille. Si je parle de ce sujet, c’est parce que je suis très étonné du niveau de certitude de ceux qui veulent imposer leur avis. Je pense qu’on y gagnerait tous en appliquant le précepte suivant : juger moins pour comprendre mieux.

Allons-y

1. Le contexte

Le 8 juillet 2019 je réagis au tweet de la revue Psychologies qui partageait la veille l’avis d’une psychanalyste[1].

La psychanalyse, on en a un peu marre. Quasiment le monde entier s’en est débarrassé, mais en France on continue d’aimer cette pseudoscience criminelle qui s’affiche dans tous nos médias. C’est une honte, mais c’est pas le sujet.

Cette psychanalyste répond à la question de Lucie, 6 ans « Je veux devenir un garçon. Pourquoi n’est-ce pas possible ?»

La réponse est « Tu ne peux pas devenir un garçon, Lucie. »

Tout part de là. J’ai remis en question la réponse de cette psychanalyste, (et je vais l’analyser pour vous dans un instant) et je me suis coltiné des tas de gens très intelligents qui m’ont sorti leur cours de biologie du collège pour me montrer que je suis complètement crétin et téléguidé par de l’idéologie. Et depuis cet épisode, essentiellement, je me contente de demander sur Twitter à ceux qui ne veulent pas que Lucie puisse devenir un garçon de me donner la définition sur laquelle ils s’appuient pour énoncer une telle interdiction.

J’espère que ça vous parait aussi important qu’à moi que celles et ceux qui veulent interdire l’usage d’un mot à quelqu’un soient capables d’en définir précisément les contours. Dans cette situation, moi je n’impose rien à personne, je me contente de douter de la réponse de la psychanalyste et de  la certitude de tous ceux qui, apparemment, savent mieux qui est Lucie que Lucie elle-même. Ce que j’apporte c’est du doute. Vous avez le droit de ne pas aimer, mais vous aurez du mal à expliquer que ce n’est pas de la zététique.

 

Revenons à la réponse de la psychanalyste

« Tu ne peux pas devenir un garçon, Lucie, parce que tu es née, comme ta mère, dans un corps de fille. De même que ton frère est né, comme ton père, dans un corps de garçon. Et ça on ne va pas le changer. »

Ca veut dire quoi « naître dans un corps de fille ? » Je suis né avec mon corps, mais si on me disait que je suis né dans un corps de garçon, ça voudrait dire que je suis une chose, une entité, qui est placée à l’intérieur d’un corps. C’est une conception dualiste. Ce n’est pas parcimonieux. L’approche la plus raisonnable, la plus rationnelle, la plus zététique est aussi la plus matérialiste, elle consiste à dire que, jusqu’à preuve du contraire, je suis mon corps et pas une chose qui habite mon corps, et si on veut être plus précis, je suis la conscience que mon cerveau, en relation avec mes autres organes, produit à chaque instant.

Selon ce point de vue, qui peut se discuter, mais qui est le plus zététique que je connaisse, vous n’êtes pas né dans un corps de fille ou de garçon vous êtes avec votre corps, le vôtre, qu’on va ensuite ranger dans une catégorie pour plein de raisons plus ou moins bonnes.

Retour à la psychanalyse :

« Parce qu’on ne peut pas revenir en arrière et renaître dans un corps différent. Cela fait partie des limites que la vie nous impose. Elles peuvent nous mettre en colère parce que nous aimerions n’en avoir aucune et pouvoir réaliser tous nos désirs et accomplir tous nos rêves. Devenir fille si on est garçon ou garçon si on est fille. Ou même être (pourquoi pas ?) les deux à la fois. Et en plus, voler comme les oiseaux et nager comme les poissons. On aimerait bien mais ce n’est pas possible. »

Hypothèse : Et si le cerveau de Lucie produisait une conscience qui se reconnait comme plus proche des attributs associés traditionnellement aux garçons qu’à ceux associés traditionnellement aux filles ? Et si l’identité de genre était une question biologique, physiologique, biochimique… ? Je n’en sais rien. C’est une hypothèse qu’il faudrait tester avant de l’écarter.

Je vous rappelle qu’il existe des résultats indiquant que de tels facteurs biologiques sont impliqués dans l’orientation sexuelle. On n’est pas hétéro ou homo par choix ou parce qu’on a été influencé par une mère castratrice comme les charlatans de la psychanalyse l’ont soutenu et le soutiennent peut-être encore. On est hétéro ou homo parce que quelque chose dans l’histoire de la construction de notre cerveau nous amène à exprimer telle ou telle attirance, ou aucune. Et nous avons appris, lentement, à nous débarrasser des comparaisons insultantes qui rapprochaient l’homosexualité de la bestialité ou de la pédophilie. On a compris que c’était indigne de faire ces comparaisons.

Mais pas chez les psychanalystes où la question de Lucie sur son genre est reléguée au niveau du rêve de voler comme un oiseau.

____________

[Parenthèse. Je suis désolé, je sens que je suis obligé de mettre les points sur les i, pour éviter les mouvements de panique : je ne suis pas en train de dire qu’il faut faire de la chirurgie ou des traitements hormonaux à la petite Lucie, 6 ans. Je ne sais pas quelle est la bonne manière de l’écouter et de l’accompagner pour qu’elle vive sa vie au mieux. Je répète : je ne sais pas ce qu’il faut faire, je laisse ça aux gens dont c’est le métier et qui sont à jour de ce qu’en dit la science. Mais je suis très étonné par le nombre de gens qui sachent, y compris une psychanalyste qui rend un verdict définitif sans jamais avoir rencontré la personne en question.]

 

La psychanalyste poursuit :

« On a donc le choix : continuer à réclamer ce que l’on n’a pas ou accepter de vivre avec ce que l’on a et qui n’est peut-être pas si nul que ça. »

Le problème c’est qu’il me semble très maladroit et violent de dire que Lucie veut ce qu’elle n’a pas, quand en réalité Lucie exprime qu’elle est autre chose que ce qu’on lui dit qu’elle est. Notre psychanalyste fait comme si « Être autre chose que ce qu’on me dit que je suis » était équivalent à « ne pas avoir ce que je désire ». Vous vous rendez compte du niveau d’absence d’écoute de cette psychanalyste ?

« Pourquoi voudrais-tu tellement être un garçon, Lucie ?»

Ca c’est bien. Il faut en effet poser la question et ne pas supposer qu’on sait déjà qu’il s’agit d’un caprice.

Il faudrait surtout demander à Lucie ce que ça veut dire pour elle de « devenir un garçon ». Si jamais elle répond qu’elle veut des chromosomes XY ou bien qu’elle veut avoir des testicules qui produisent des spermatozoïdes, alors on pourra lui répondre que c’est impossible, en effet. Mais si jamais « devenir un garçon » ça veut dire autre chose pour elle, ce qui est probable, alors nous devrions sans doute revoir la réponse.

« La vie de ton frère te semble mieux que la tienne ? C’est possible mais il faudrait savoir pourquoi. Son corps et son sexe te semblent mieux que les tiens ? C’est ce que pensent beaucoup de filles, mais elles se trompent. Car si leur sexe n’est pas aussi apparent que celui des garçons, elles ont en revanche à l’intérieur de leur corps des organes qui leur permettront plus tard d’avoir des bébés dans leur ventre. »  Etc.

Alors, bien sûr, je pense qu’il est sage de commencer par rassurer l’enfant, de lui expliquer comment fonctionne son corps, d’écarter les idées reçues, les fausses hiérarchies et les mauvaises raisons de vouloir s’identifier à tel ou tel groupe. Mais le problème c’est que, moi, je ne connais pas Lucie. Pas plus que vous. Et madame la psychanalyste non plus. On ne sait pas comment cette jeune personne se sent. On ne sait rien des raisons de son questionnement, de sa biologie, de sa psychologie et de son environnement. Et parce qu’on ne sait rien de tout ça, il est rationnel de se retenir d’affirmer ce qu’elle doit être ou ce qu’elle ne peut pas être.

Voilà quelle est ma position sur ce sujet qui a donné lieu à beaucoup d’attaques et de moqueries quand des gens s’amusent à aller pêcher ce que j’ai dit en 2019 pour créer du drama en 2023.

 

 

2. Quelques éclaircissement sur le sexe et le genre

Pour éviter —au moins un peu— que des tas de commentaires me fassent dire ce que je n’ai pas dit, et croiser un peu moins de caricatures stupides, je suis obligé de parler du fond. Je vais essayer d’être clair, concis et prudent.

Le mot sexe, en biologie, désigne plusieurs choses.

Fondamentalement chez les animaux et les plantes au moins, le sexe désigne la fonction de reproduction dans un processus anisogamique. Les corps qui produisent de grands gamètes sont des femelles. Les corps qui produisent de petits gamètes sont les mâles. C’est binaire. C’est facile.

[En réalité c’est pas si facile que ça parce qu’on pourrait discourir sur les espèces hermaphrodites et les cas de changement de sexe au cours de la vie comme chez les poissons clown, qui montrent que la nature se moque éperdument de notre envie que tout soit rangé dans des boîtes. Donc, binaire et facile »… mollo.]

C’est binaire. C’est facile. Mais ça concerne uniquement nos cellules sexuelles. Corrigez moi si je me trompe, mais vous n’avez pas connaissance de la taille des gamètes des gens autour de vous. Certains humains n’en produisent pas. Ce n’est donc jamais ce critère que vous utilisez pour dire monsieur ou madame.

Continuons avec le mot sexe. En biologie, on peut s’intéresser au déterminisme génétique. Nous possédons normalement une paire de chromosomes sexuels : XX ou XY où se trouvent des gènes responsables de la mise en place des organes de la reproduction et des caractères sexuels secondaires : stature, musculature, répartition des tissus adipeux, largeur du bassin —autrement dit la silhouette— pilosité, voix.

Mais là il y a des exceptions avec des gens qui sont XXY ou XYY, ou juste X, ou encore avec une translocation du gène SRY[2]. Et cela aboutit à des corps qui présentent des caractères sexuels primaires et parfois secondaires qu’un regard extérieur assignera facilement à homme ou femme, mais qui sont destinés à être stérile. Il existe des humains XX que vous classeriez sans hésitation chez les hommes et des humains XY que vous classeriez sans hésitation chez les femmes.

On peut ajouter la question du rôle des hormones dans le développement du fœtus puis de l’enfant avec des personnes qui possèdent le gène SRY responsable de la masculinisation du corps, mais dont les récepteurs à la testostérone ne fonctionnent pas. Ils auront un corps que vous classerez, et moi aussi, dans la catégorie femme. Et puis il y a le taux d’hormone qui peut varier et aboutir à des caractères très sexualisés… ou très peu.

Evidemment, dans la majorité des cas on retrouvera bien les chromosomes XX chez des personnes identifiées comme femmes et des XY chez les personnes identifiées comme hommes. Mais là encore, corrigez moi si je me trompe, vous n’avez pas accès aux chromosomes des gens. Moi non plus. Ce n’est donc pas ce critère qu’utilisent tous ceux et toutes celles qui savent apparemment mieux que moi ce qu’est un garçon ou ce qu’est une fille.

 

La présence des organes sexuels est LE critère utilisé pour enregistrer les nouveaux né dans la case garçon ou la case fille. Ca fonctionne dans l’écrasante majorité des cas. Mais il y a des personnes intersexuées, et leur cas ne peut pas toujours se résoudre avec un coup de bistouri. Cela prouve que ce critère est imparfait, qu’il faut être prudent. Mais de toute façon, corrigez-moi si je me trompe : vous n’avez pas accès au contenu du caleçon ou de la culotte des gens quand vous les appelez monsieur ou madame. Ca veut donc dire que les organes sexuels ne sont pas le moyen par lequel vous les distinguez.

Dans la vie de tous les jours, dans le champ social on classe les gens chez les hommes ou chez les femmes non pas en vertu de leurs gamètes, de leurs chromosomes ou de leurs partie génitales mais en vertu de la présence des caractères sexuels secondaires : silhouette, pilosité, voix. Ces caractères sont fortement corrélés à la présence des gamètes, des chromosomes et des organes sexuels, c’est bien pour ça qu’ils marchent : ce sont des signaux  efficaces. Et quand il arrive que ces signaux soient ambigus : on ne sait pas si on est face à un monsieur ou à une madame, les gens normaux  vont poser la question, et si la personne vous dit qu’elle est un monsieur, alors vous allez l’appeler monsieur. In fine le vrai critère c’est ce que les gens déclarent sur eux-mêmes.

Je ne dis pas que c’est suffisant et que ça règle tous les problèmes, je dis que dans la vie de tous les jours, c’est ça le vrai critère que nous utilisons, et alors il faudrait peut-être se demander pourquoi ?

Dans le dictionnaire on nous dit que l’homme c’est « le mâle de l’espèce humaine ». Or, ce qui définit un mâle, ce ne sont pas ses poils ou la tessiture de sa voix, ou son prénom, mais sa fonction dans la reproduction. Ce qui définit une femelle, ce n’est pas qu’elle soit coquette, porte des jupes et un sac à main, mais qu’elle produise des ovules. Et donc il existe des mots pour aider à distinguer ce qui relève de la fonction biologique de reproduction du rôle social codé, stéréotypé, étroitement lié au sexe mais non confondu avec lui. Un rôle social par lequel les individus se placent eux-mêmes en fonction de leur ressenti dans une case ou dans un autre, ou bien, transgression suprême considèrent que les cases sont imaginaires, construites par la société, et qu’on peut les refuser. Et ça, en gros c’est ce qu’on appelle le genre.

Et c’est l’ensemble des paramètres qui constituent le genre que nous utilisons vous et moi tous les jours pour savoir si on appelle une personne madame ou monsieur. L’usage faisant loi en linguistique, il me semble que si vous voulez absolument une définition à homme et femme, c’est du côté du genre que vous devriez creuser et pas du côté de la biologie. Et c’est un biologiste qui vous le dit.

À cause de cela, je suis étonné par la confiance totale en leur propre jugement qu’expriment les gens qui affirment détenir le véritable sens des mots homme et femmes mais ne savent pas dire pourquoi, sur quel critère, ils peuvent interdire à une personne trans de s’identifier au genre qui ne correspond pas au sexe enregistré à sa naissance. Je pense que ça manque de prudence, d’humilité et que ça revient à vouloir essentialiser, biologiser l’ensemble des attributs traditionnellement associés à tel ou tel sexe.

Je parle de tout cela de manière plus approfondie dans le chapitre 23 de Quand est-ce qu’on biaise, sorti il y a 4 ans. Et je pense être dans mon rôle quand je souligne la présence agressive de ces certitudes encombrantes parce que, justement, pour moi, c’est ça la zététique.

 

 

3. « Ma » zététique

La zététique ce n’est pas la science. En science on produit des connaissances. En zététique on se demande « pourquoi est-ce que je crois ce que je crois ? » et en première analyse on s’intéresse à ce que la science peut en dire.

Le zététicien, il va rendre compte de ce que la science dit ou ne dit pas sur un sujet et met à l’épreuve de la logique et de la dialectique les théories ou les discours qui revendiquent d’énoncer une vérité. Ca peut finir en débunkage, en entretien épistémique, en analyse, peu importe, à chaque fois on se demande s’il existe de bonnes raisons de soutenir une thèse.

Y a-t-il eu un miracle à Fatima en 1913 ? L’homéopathie est-elle efficace ? Peut-on se fier à Didier Raoult ? Les Pyramides d’Egypte sont-elles des centrales électriques ? La zététique aide à trouver la réponse. Dans les cas susnommé la réponse est non.

Mais ça ce sont les sujets faciles. Ce que l’art du doute permet de faire quand on est vraiment bien entraîné (par exemple après 8 ans de pratique quotidienne) c’est se pencher sur les concepts avec lesquels on pense. L’esprit critique ça sert à décider ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire. Et pour ça il faut secouer un peu les fondations, pour voir si ça tient. La zététique, ça casse pas des briques, mais ça aide à casser les concepts.

Nous passons notre temps à percevoir le monde, à le décrire, à l’expliquer, à le prévoir à l’aide de concepts qui sont des créations de l’esprit et qui ne coïncident pas exactement avec le réel. C’est un peu dur à avaler, mais le plus grand service que la zététique peut rendre c’est sans doute de faire admettre cette grande vexation, ça nous rendra plus humbles.

Nous ne disposons pas d’une définition parfaite, étanche, complète et consensuelle du vivant. Et pourtant la biologie fait des prouesses. Le mot espèce est une convention de langage qui date d’avant la théorie de l’évolution et qui est inapplicable dans de très nombreuses situations. Ca j’en parle dans l’Ironie de l’évolution, lisez-le j’aime ce livre. Les concepts omniprésents sans bonne définition abondent : émotion, jeu, intelligence, infini, liberté, temps… Si vous vous penchez sur ces notions pour en délimiter sérieusement les contours, vous ne serez pas déçus du voyage.

La zététique peut servir à nous rappeler qu’il est bon de douter que les mots soient le fidèle reflet du réel, qu’il est bon de nous souvenir que les sciences évoluent, que nos connaissances se périment et que nos certitudes actuelles ne sont pas forcément de meilleure qualité que celles des humains d’il y a mille ans, et que nous serions bien ridicules de nous imaginer détenir une connexion privilégiée avec la vérité.

Quand on pratique cette zététique là, on a des scrupules à tracer des frontières et à dire aux autres qu’ils doivent les respecter parce qu’elles sont réelles, qu’elles le droit de les contraindre. Face à ça, on se met à demander des raisons de croire aux définitions utilisées pour interdire ou pour obliger les gens.

4. La politique n’est pas ce que vous croyez.

Y a-t-il une dérive politique de la zététique ? C’est bien de se poser la question. C’est bien d’être attentif à l’exploitation idéologique des outils. Mais attention, parce que l’influence politique n’est pas forcément là où vous la voyez.

Relayer presque tous les jours des paniques morales de l’extrême droite, tourner en ridicule le combat contre le sexisme, dénoncer les abus de la frange ultragauchiste des ZEM, mais taper tranquillement la discussion avec Conversano et donner de la visibilité au cercle cobalt promoteur d’une science raciste, ça n’est pas apolitique juste parce que le mec qui fait tout ça prétend que c’est apolitique.

Spoiler : c’est de la politique, même quand ça énonce des choses qui vous semblent être des évidences qui devraient s’imposer à tout le monde.

Il y a autre chose qui est politique, c’est l’injonction irritée qu’on nous adresse de ne pas traiter certains sujets, de ne pas relayer l’état des connaissances en sciences humaines sous prétexte qu’elles seraient politisées, mais en réalité parce que ce qu’elles disent contredit certaines évidences confortables.

Vous devriez le savoir, je l’ai déjà dit, la science n’a pas pour rôle de nous dire des choses agréables. Elle est primordiale justement parce qu’elle est le moyen par lequel nous corrigeons nos idées fausses. Si c’était facile de porter un jugement sur le fonctionnement du monde, nous n’aurions pas besoin des sciences. Dans la sphère sceptique on sait se moquer des platistes qui se bouchent les oreilles, mais je suis désolé de vous dire que face aux études sur le genre je vois un paquet de gens pas idiots dont l’attitude n’a rien à envier aux platistes.

Est-ce que la science c’est politique ?

Eh bien non, mais dans un certain sens… oui. Les sciences se construisent au contact du reste de la société, il y a donc une dimension politique dans le recrutement des chercheurs, dans le financement des laboratoires et des travaux, dans la reconnaissance sociale, médiatique des résultats, dans les politiques de transfert des connaissances vers le public, dans l’utilisation ou non des connaissances dans l’éducation et dans les décisions démocratiques.

La plupart du temps c’est invisible, inodore, incolore, indolore. Mais parfois les résultats de la science gratouillent là où ça dérange. On a connu ça avec l’héliocentrisme. Ca a été et ça continue un peu d’être le cas des sciences de l’évolution qui contredisent les évidences des créationnistes et mettent en porte-à-faux l’ensemble des religions. Sur la Tronche en Biais on en parle, c’est même l’origine de mon propre engagement. L’évolution, et la manière dont elle dérange notre manière de voir le monde c’est mon sujet préféré. Allez dire à ceux qui voient comment ça contrarie leur vision du monde que ça n’est pas politique. C’est avant tout scientifique, mais c’est aussi politique, ne serait-ce que parce que la connaissance scientifique réfute certains discours normatifs, dogmatiques et obscurantistes.

Et s’il y a une chose que mon travail sur les conséquences de la théorie de l’évolution m’a appris c’est que les étiquettes que nous posons sur les objets de la nature, et en particulier les êtres vivants, sont fatalement erronées. Nous créons des catégories pour ranger les êtres c’est frénétique, on ne sait pas faire autrement pour essayer de comprendre comment tout ça fonctionne. Alors évidemment la question des catégories homme-femme est dans la mire, c’est forcément un sujet qui se retrouve dans le périmètre des choses que je vais être amené à traiter. Et évidemment ça va déranger les certitudes de certaines personnes. Si ça vous dérange vous, comprenez bien que ça n’est pas mon but et retenez-vous, au moins dans un premier temps, de sauter sur l’idée que je le fais par idéologie pro-ceci ou anti-cela, que j’ai été matrixé, que j’ai perdu toutes mes facultés d’analyse. Être bousculé, irrité, agacé par la zététique vous savez bien que ça fait partie du processus.

L’inconfort que provoque l’approche zététique de la question, c’est le signe que cette approche remet en cause certaines manières de catégoriser les êtres humaines, et ça c’est politique. C’est politique, mais c’est aussi scientifique, et c’est résolument zététique.

Sur la question du genre il y a plein de gens qui disent des conneries de tous les côtés, on a du dogmatisme et de l’extrémisme, de la mauvaise foi, des gens qui ne s’écoutent pas, vous allez devoir vous faire votre avis tout seul. Et si ça vous semble compliqué, vous pouvez aussi suspendre votre avis. Vous pouvez écouter, questionner et ne pas prendre parti. Il me semble sage d’attendre d’avoir de bonnes raisons de tenir une opinion.

 

De mon côté, avec l’équipe de l’ASTEC, je vais continuer de débunker des idées reçues, de vulgariser des travaux scientifiques, de tenter de contribuer à vous aider à questionner les certitudes, les dogmatisme, les automatismes et les mauvais argumentaires qui cherchent à faire passer le camp d’en face pour un ramassis d’abruti.

Franchement, vous avez cru, vous, à cette idée que je serais incapable de distinguer une fille d’un garçon ? Vous avez vu la quantité d’énergie qu’il faut déployer pour réagir à un récit aussi bête ? J’ai l’impression que ces sujets là, désormais, il va falloir qu’on en parle parce que vraiment on entend beaucoup, beaucoup trop de conneries.

 

Des bisous

 

Acermendax

 

[1] Affaire relayée par le Cercle Cobalt

[2] http://acces.ens-lyon.fr/biotic/procreat/determin/html/chromy.htm

Tronche en Live n°121

Emission enregistrée le 22 avril 2023 lors des REC de Toulouse

Editorial

 

Date Stellaire 20.23.04-point-23- Labège, Système Haute-Garonne, Tronche en Live numéro 121.

Apprendre à douter pour mieux distinguer les connaissances des croyances, pour ne pas accorder sa confiance à ceux qui ne le méritent pas, pour faire des choix plus éclairés, ce n’est pas un projet spécialement moderne, on pourrait même considérer que c’est tout simplement de la philosophie : l’amour et la recherche de la sagesse. Il y a un an, ici même dans un format identique, je demandais à nos invités si la zététique n’était pas en train de réinventer l’eau tiède et de refaire ce que d’autres avaient fait mieux dans le passé ou faisaient mieux aujourd’hui à côté sans qu’on les voie. Et c’est une question que nous devons continuer de nous poser, sinon nous ne faisons plus de zététique.
Mais la question du jour est celle du passage de relai. Comment pouvons-nous donner envie de nous rejoindre à celles et ceux qui partagent nos convictions sur l’importance de la raison et de l’esprit critique, mais qui pour le moment gardent ça pour eux ? Comment faire évoluer le mouvement pour qu’il réponde aux problématiques actuelles et à venir ? Sans quoi il sera bon à ranger sur une étagère à côté d’innombrables autres initiatives un peu vieillottes. Quel bilan d’étape pouvons-nous dresser pour mieux progresser vers nos objectifs ? Et puis d’abord avons-nous les mêmes objectifs ? Et si tel n’est pas le cas, à quel point est-ce grave ? Ferons-nous de bons ancêtres et prédécesseurs pour les futurs penseurs critiques du 24 e siècle et au-delà.

En toute humilité, faisons un peu notre auto-examen avec Henri Broch, Richard Monvoisin, Hadrien Schmitt, Fantine et Miz Poline.

 

Il y a des combats qu’on ne peut pas remporter.

Vous m’avez vu me confronter à des discours faux et trompeurs à de maintes reprises. Je pense qu’il faut être frontal et factuel en face des balivernes, j’en reparlerai dans un prochain vlog sur le débunkage. On a raison de rappeler la vérité ou les doutes légitimes face à des discours qui se répandent et qui revendiquent d’être la voix de la raison, de la science, d’être la lumière au bout du tunnel. Et puis il y a un autre type de discours nuisible beaucoup plus difficile à combattre parce qu’il ne dit rien, il n’est que vomissure.

Un certain Dalibor officie sur YouTube et sur Twitter où le milliardaire Elon Musk a permis son retour après bannissement, comme une grosse pelletée de comptes vecteurs de haine et de fausses informations. Sa chaîne s’appelle Psyhodelik. Sa ligne éditoriale, c’est le drama, le scandale, l’outrance, ce qu’il faut bien distinguer de la satire, de la caricature qui sont des formes d’expression. Dalibor ne fait pas de satire parce qu’il n’a rien à dire. Son accomplissement est d’engranger les vues par centaines de milliers en proposant à un public accoutumé à son prodigue achalandage des heures de lecture laborieuse de messages glanés dans les confins de Twitter et du web agrémentés de rires gras et de commentaires vaseux d’un type qui ne comprend à ce qu’il raconte et organise finalement une sorte de diner de con solitaire, offrande réjouie au voyeurisme ambiant, s’injectant de la panique morale en intraveineuse devant sa webcam.

Dalibor tourne tout en ridicule, mais un ridicule offensé, c’est un clown indigné qui dénonce les vrais dossiers, le vraies menaces contre la démocratie. Au gosier vorace du scandalovore nécrophile tout est caviar, chaque réaction à ses hommes de paille, à ses erreurs ou bêtises devient l’objet d’une nouvelle vidéo où Dalibor n’a guère peur de se contredire puisqu’il ne dit presque rien. Il monte en épingle des paniques, des conflits, génère du harcèlement et s’en sort toujours bien puisqu’il assume n’être là que pour le drama, pour boire les larmes des rageux.

 

Quand Dalibor faisait des gorges chaudes sur ma confrontation avec Idriss Aberkane, je me suis bien gardé d’accepter ses invitations ou de partager ses contenus. Je l’ai tagué une fois sur Twitter, le 28 avril 2022, en réaction à un message ou Idriss Aberkane nous mettait dans le même panier.

C’est notre première et avant-dernière interaction publique. Et figurez-vous que des gens me l’ont beaucoup reproché et me le reprochent encore, car à les en croire par ce petit tag je validais l’ensemble de son œuvre. Je pense que c’est parfaitement débile et l’illustration que trop souvent on s’abaisse au niveau de ses ennemis. Je citerai ce conseil de George Carlin:

« Ne jamais se disputer avec un idiot. Il te ramènerait à son niveau et ensuite te battrait avec l’expérience. »

Sur la séquence Aberkane, Dalibor a pris un malin plaisir à défoncer l’hyperdoctor, mais il ne fallait pas croire pour autant qu’on était face à un travail d’enquête ou d’analyse. On était dans du drama, du grotesque, de la diarrhée construite à partir du travail des autres.

Alors quand plus tard Dalibor, humant le fumet fétide de la calomnie s’est jeté sur la chasse aux pédophiles que des arriérés de Twitter ont voulu lancer sur nous à cause d’un visuel vieux de 7 ans sur notre boutique en ligne qu’ils prennent ou font semblant de prendre pour un message sexuel, la surprise n’a pas été totale.

Dalibor n’était pas notre ami. D’ailleurs il n’est pas le vôtre. Il est traitre à toutes les causes, il ne défend rien d’autre que son droit à la moquerie. Et son petit numéro pour faire monter la sauce des accusations répugnantes s’est soldé par des dizaines et des centaines de messages insultants sur la Tronche en Biais et ma personne. A l’époque j’ai réagi avec un tweet. Un seul. Il en a fait une vidéo dans laquelle il donne des leçons de zététique. J’aurais mieux fait de me taire.

Un mois plus tard il récidive.  Récemment, le compte Twitter de Fantine a été suspendu suite à des signalement massifs d’une conversation où elle défend (mal) l’éducation sexuelle aux jeunes enfants. Elle a sorti une vidéo pour parler du fond : de l’éducation sexuelle, et revenir sur ses tweets très maladroits qui méritaient d’être supprimé. Entre temps j’ai demandé à Twitter de faire attention à l’instrumentalisation des signalements utilisée pour faire bannir des vulgarisateurs des sciences qui dérangent la complosphère. Voici mon tweet.

 

Je n’y défends pas le contenu du propos de Fantine, notamment parce qu’on n’a plus accès à la conversation de Fantine avec un prosélyte religieux opposé à l’éducation sexuelle, et que sans contexte, je ne peux rien défendre. Si on rétablissait le compte, on pourrait avoir accès à ce contexte et porter un jugement. Bref je demande de la prudence à Twitter.

Dans les heures qui suivent Dalibor sort une nouvelle vidéo. Il relaie goulument les pires commentaires accusatoires, qui le font bien rigoler. Et il se permet même de manifester son assentiment, comme après celui-ci « « Si si il [Acermendax]  l’est [pédophile]. Déjà vendre des vêtement de BB avec « j’aime la TeB » dessus faut déjà pas être trop malin, mais bon de la à protéger des pédophiles, il a fait fort encore une fois cet enfoiré.» que Dalibor ponctue d’un « ouaip ». Telle est l’intention derrière cette vidéo : Dalibor valide le narratif de la Tronche en Biais  qui protège des pédophiles, c’est insinué dans sont titre.

Sauf que c’est faux, c’est un narratif dégueulasse qui provoque une nouvelle vague de commentaires haineux et insultants, et va aller infuser dans la complosphère où les rumeurs de ce genre sont à leur aise pour produire des monstres. Cette fois-ci je ne réagis pas avec un tweet public, puisque mon but n’est pas d’alimenter le business du monsieur. Je lui écris en privé.

Je suis fatigué, je suis affecté par l’instrumentalisation de la pédocriminalité dans le but de salir ma réputation par des tas de gens qui ne font strictement rien contre cette criminalité, voire parasitent les efforts de ceux qui agissent (voir à cette fin mon entretien avec le président de l’association les Enfants d’Argus). Alors je lui écris un message sec, sans trace de charité parce que ça suffit. Et je lui précise que ce message est strictement privé parce que je sais qu’il aura très envie de l’utiliser pour son business.

Et là, non seulement il me fait la morale, en justifiant les insultes que je reçois, mais il ajoute une phrase que je ne vous livrerai pas ici pour ne pas violer ses droits mais qui montre bien qu’il n’a aucune espèce d’intérêt pour la lutte contre la pédocriminalité.

Une demi heure plus tard, il partage cet échange sur son Twitter. En prenant soin de caviarder mon message pour retirer ce qu’il ne veut pas que son public voit. Et notamment

« J’ai demandé à Twitter de revoir le bannissement d’un compte de vulgarisation. Sans m’exprimer sur le tweet en question. Un enfant de 6 ans comprendrait la nuance. Vous ne relatez pas des faits, vous n’avez d’ailleurs pas fait le moindre travail de vérification auprès des intéressés. Vous alimentez un narratif « La teb est pédo » pour des raisons qui peuvent être multiples, plus ou moins crapuleuses, mais qui n’ont rien à voir avec l’information du public.

Cet échange est naturellement privé et je vous défends d’en faire mention. (…) »

 

Alors comment réagir ? Comment bien réagir ?

On ne peut pas. On est foutus.

Ce monsieur a mis mon nom et mon visage sur plusieurs de ses miniatures, et il fait profit de lire à son public les réponses faites à ses productions, en ahanant, en butant sur les mots nouveau qu’il ne fait même pas mine d’essayer de comprendre. (Avoir un dictionnaire à portée de main pendant ses enregistrements ne lui a pas traversé l’esprit). Puis il passe à un autre scandale et peut ainsi sortir 4 vidéos dans la journée. Psychodelik c’est 5680 vidéos au moment ou j’enregistre. 116 millions de vues. Et pas un gramme d’éthique.

Il restait la possibilité d’échanger en privé. Mais il ne respecte pas ça non plus. On est coincés.

Alors, bien sur, je vous entends d’ici. Il faut se montrer digne, rester au-dessus de tout ça, être « rationnel » et ne pas tomber dans la confrontation. Ne pas montrer d’affect, rester stoïque, froid, posé, inhumain. Mais le problème c’est que la plupart des gens que je connais, zététiciens ou pas, sont des humains. Et moi je voudrais qu’on se mettre d’accord pour ne pas être inhumains les uns avec les autres. Donc je vous le dis tout net : ne me demandez d’être inhumain ou surhumain dans mes réactions. Même si ça part d’un bon sentiment, vous ne faites pas ça. Vous oubliez.

 

La vidéo que vous regardez existe parce que je suis dégoûté, parce que je suis blessé par des propos qui visent ma personne, ma réputation, celle de mon asso et de ceux qui la font tourner. Personne n’est assez bête pour ne pas voir que ce sont des accusations vides qui servent à créer un narratif et une rumeur qu’on ressassera pendant des années dans le but de discréditer ma parole et de défendre tous les arnaqueurs, manipulateurs, gourous, salopards que mon travail dérange beaucoup. Cette vidéo existe, mais elle n’est pas la solution. Parce qu’on est foutus, quoi qu’on fasse !

 

Je pourrais essayer de vous démontrer que Dalibor n’est pas seulement un imbécile mais qu’il est malhonnête, mais à quoi bon ?

Je pourrais vous dire que ce monsieur fait une interminable série de vidéo sur les athlètes trans sans jamais rien comprendre. Il reçoit Ghaïs au 14e épisode, lequel lui explique ses erreurs. Mais il continue à sortir encore 6 vidéos sur le même sujet en disant encore de la merde. Mais on s’en fout, c’est rigolo, on peut se moquer de ceux qui n’entrent pas dans les cases stérotypées et ça fait du bien.

Je pourrais rappeler  que Dalibor adore se moquer des trans, qu’il adore s’offusquer de tout ce qui touche à la sexualité des autres. Qu’il adore évoquer la terrible menace des woke dans des vidéos où il dresse un portrait imaginaire des courants progressistes. Mais s’en fout : c’est rigolo de se moquer de tous ces cons.

Je pourrais essayer de signaler qu’on ne compte plus les gens dont il a provoqué le harcèlement. Mais apparemment on s’en fout aussi parce que sinon peut plus rien dire.

 

Je pourrais illustrer sa « méthode de travail » qui consiste à choisir un tweet obscur, vu 42 fois, liké deux fois, sur une invitation à boycotter un jeu à cause des positions de JK Rowling (ne me demandez pas mon avis ça n’est pas le sujet) et à en faire une affaire digne d’alerter sa communauté de 30k abonnés sur Twitter. On chercherait en vain un début de réflexion, d’apport de quoi que ce soit au débat. Il bave comme un boomer sur le premier truc qu’il croise et qui l’énerve, et on s’en fout parce qu’on est tout un peu boomer quelque part.

Je pourrais plaider sur le fait que Dalibor se fout complètement que ce qu’il dit soit vrai ou faux, que ça blesse des gens, pourvu qu’il puisse générer du clic en manipulant son public. Mais vous trouveriez que j’abuse en proférant de telles accusations,  alors heureusement ce n’est pas moi qui le dit, c’est lui !

 

Dalibor nous regarde dans les yeux en diffusant un extrait qui fait tenir à un monsieur nommé Wissam un propos raciste. Ca énerve beaucoup Dalibor qui prend un grosse voix menaçante, presque à la gitane. Mais en réalité, dans le contexte, Wissam dit l’inverse. On s’en fout aussi je suppose. C’est pas grave, Dalibor c’est juste un clown sympa.

 

Et c’est en substance  ce que Monsieur Sam et Ghaïs de Geek’n’Fit sont allés lui dire il y a quelques semaines. Au lieu de le mettre face aux conséquences de ce qu’il dit, des rumeurs qu’il répand, des accusations qu’il diffuse, des harcèlements qu’il encourage ; ils sont allés taper la causette en mode la zététique c’est sympa, tu fais partie du clan, il faut que ton public nous rejoigne. Et je pense que cette stratégie ne peut pas marcher, parce que Dalibor ne représente rien ni personne, il ne défend pas de valeur, il ne promeut aucun message.

Psyhodelik, c’est un néant famélique, un trou, un Hanouna du pauvre. Et j’aurais bien aimé qu’il se tienne loin de la zététique et se contente de gloser sur les influenceurs qui couchent avec qui il faudrait pas.

Pour la zététique un type pareil c’est un gros problème. On peut opposer une analyse critique , un argumentaire à des antivax, à des complotistes, à des extrémistes. C’est souvent très compliqué parce qu’ils ne jouent pas le jeu et cherchent toujours à détruire l’adversaire plutôt qu’à réfléchir avec lui, mais au moins il y a un contenu, il y a des assertions, il y a des propos qu’on peut comparer entre eux ou à la réalité ; il y a un tant soi peu de fond parce qu’il y a une revendication à dire quelque chose de vrai. La zététique est apte à répondre à ça. Mais là, avec Daliobor on n’a rien, juste un tube digestif qui produit au kilomètre de l’offense rigolarde réactionnaire, quasiment de l’anti-pensée, de la bêtise sous cellophane… En toute transparence si j’ose dire. Puisqu’il assume faire de la merde, on se retrouve bien embêtés quand il faut y mettre les doigts.

 

Ca va peut-etre vous surprendre, mais je sais reconnaître quelques mérites aux gens que je combats. Idriss Aberkane est un imposteur académique, mais il a un talent d’orateur, il a du vocabulaire il aurait fait un super vendeur, il sait captiver une salle. Frédéric Delavier pense avec ses pieds, mais quand il dessine avec ses mains, c’est impressionnant. Annie Lobé a sans doute des problèmes personnels qui la poussent à s’attaquer aux gens un peu violemment, mais je crois qu’elle est sincère dans son combat ; elle pense défendre les gens contre les méchantes ondes. A cause de ça j’ai pour ces gens plus de respect que pour Dalibor qui n’est de plus qu’un parasite numérique. Il est l’archétype du parasite numérique. Et je n’ai pas de remède contre ça. On ne peut pas se battre contre ce genre de chose.

Dalibor a gagné.

Dalibor a notamment gagné une ou deux plaintes dont je vais discuter avec mon avocat. Je vais également me rapprocher de toutes celles et tous ceux qui seraient en train de monter un dossier pour faire de même. Parce que la justice ne se rend pas sur Internet. Et parce que la vérité n’intéresse pas Dalibor, ceci sera ma seule déclaration sur ce sujet.

 

Et sur le dossier de la pédocriminalité, pour ceux que ça intéresse vraiment, sachez que d’autres entretiens sont prévus pour essayer d’informer mieux le public sur les faits, sur la prévention, et sur la justice.

Evidemment, n’allez pas insulter Dalibor. N’allez pas regarder la vidéo qu’il fera en réaction à celle-ci. Ne participez pas à la dynamique désastreuse dans laquelle ce sont toujours les plus vicieux qui gagnent.

Acermendax