La Tronche était présente à Videocity.
Une grande foire, du bruit, un salon aux couleurs de fanta et de quelques autres marques, de la musique forte, des stands commerciaux, un duplex Fun Radio, des dizaines d’agents de sécurité aux gabarits impressionnants, pas de doute c’est une convention qui brasse beaucoup d’argent et attire des foules (souvent jeunes).
En tant que TeB, mais aussi en tant que membres de la Vidéothèque d’Alexandrie (VA) nous avons hésité à participer à cet événement. D’abord il faut savoir qu’un premier projet de la convention comptait comme participants des vidéastes que nous connaissons et respectons, mais qu’ils ont finalement pris leur distance avec l’événement pour des raisons qui leur appartiennent, et sont peut-être en rapport avec la coloration résolument mercantile et business de la convention. Certains d’entre nous (dans la VA) pensaient qu’il ne fallait pas cautionner cette approche de Youtube et des vidéos, cette vision très industrie-télévisuelle. Et ils avaient sans doute raison. Ils considéraient aussi que le public capté par ce genre de show ne serait pas très réceptif à nos programmes, et que ce serait un déplacement inutile. Là-dessus ils avaient sans doute un peu tort.
D’autres pensaient que malgré tout il fallait être présent, que l’on devait au public d’aller à sa rencontre là où il se trouvait. La politique de la chaise vide nous semblait pire que tout ; c’était laisser toute la place à d’autres vidéastes avec le risque qu’ils soient moins attachés à la rigueur, à la pédagogie, au respect que l’on doit avoir du public. La VA a donc pris la décision de participer à la Videocity Paris 2015…
Comment s’est-on retrouvés là ?
La Vidéothèque d’Alexandrie a proposé aux organisateurs des interventions de différents vidéastes volontaires pour l’exercice, la nôtre a notamment été retenue : 30 minutes sur la théorie de l’esprit (on avait au départ proposé quelque chose sur les illusions d’optique, mais comme on a ignoré pendant longtemps si on aurait un écran, je me suis rabattu sur un autre sujet). Les vidéastes avec un fort nombre d’abonnés avaient droit à des petits stands, des cabines de dédicace où ils s’engageaient à assurer un certain nombre d’heures de présence. Les Très Gros (Norman, Cyprien, Squezzie, etc) eux, n’étaient accessibles que derrière des barrières en métal franchissables à l’aide d’un pass qu’il fallait gagner à la loterie, pass valable pour une seule personne. Notre contrat à nous (oui, il y a eu contrat*) spécifiait seulement notre intervention dans la salle de conférence le samedi et le dimanche.
Nous avions donc peu d’occasions de rencontrer le public, un public essentiellement adolescent et hystérique, prompt à courir et hurler au moindre mouvement de foule, l’oreille aux aguets à la simple mention de Norman, Cyprien… ou Sulivan (dont nous avons appris l’existence au travers des vagissements puerpéraux qui faisaient trembler les murs du carré VIP). Mais il s’est passé quelque chose que nous n’avions pas réellement prévu. Les parents du public cible sus-cité étaient venus avec lui, et ils se sont intéressés au pôle EDUCATION [allez comprendre le nom de cette partie du salon où les vidéastes en dédicace font de l’histoire, de la philo… mais aussi des top et du divertissement quand ce n’est pas du plagiat de wikipédia. Indépendamment de la qualité du travail de nombre d’entre eux, ils étaient souvent eux-mêmes surpris d’être étiquetés « éducation », m’enfin…]. Et ces parents ont découvert une partie de Youtube qu’ils ne connaissaient pas. Et certains sont venus voir nos conférences, et finalement le travail des vidéastes culturel les a intéressés, voire, je cite « réconciliés » avec Youtube.
Le Business.
Alors, bon nous n’étions pas exactement là en tant qu’ambassadeurs de l’entreprise Youtube, mais d’une certaine manière nous avons le sentiment d’avoir joué notre rôle à petite échelle pendant que sur la grande scène se multipliaient les interventions des gros Youtubeurs dans une ambiance M6 des plus bling bling. Je précise d’ailleurs que le Youtube Beauté / Humour / Muscu / Cuisine etc. est tout à fait en droit d’exister et d’avoir ses programmes phare, de drainer des millions de vues et d’enrichir le paysage. Les vidéastes dans leurs démarches personnelles ne nous posent aucun problème collectif (même si individuellement on pourrait sans doute leur adresser des reproches). Là n’est pas le problème, là n’est pas la cause de l’étrange parfum qui émane de cette convention.
Les organisateurs d’un événement à plusieurs centaines de milliers d’euros ont fait le choix de starifier, notamment, un vidéaste de 14 ans adulé par des centaines de milliers de jeunes gens qui hurlent son nom à 20kHz et lui jettent des tas d’objets dans le but d’entrer en contact avec lui, un vidéaste qui, souvent, n’a rien à dire dans ses vidéos, ce qui fait qu’il finit par devenir le seul et unique produit qu’il a à « vendre ». Voilà un choix qui suscite l’étonnement, qui interroge le sens des responsabilités de ceux qui tirent leurs profits de tels événements. Est-ce une convention culturelle, ou est-ce une foire où tout peut se vendre ?
Un autre Youtube
Nos interventions dans le coin conférence avec Nota Bene, Pilote, Calie des Topovaures et Castor Mother ont été l’occasion de présenter la démarche de la VA : proposer du contenu de qualité et se donner les moyens de distinguer le bon grain de l’ivraie, créer entre le public et les vidéastes une confiance dynamique, jamais figée, toujours remise en question, toujours critique. Nous avons rencontré beaucoup d’assentiment dans l’auditoire ; il semblerait que tout le monde soit d’accord avec nous… Sauf que tout le monde ne s’est pas intéressé à nos conférences, l’échantillon est un peu biaisé.
Au sortir de notre conférence-spectacle sur la théorie de l’esprit, une jeune fille d’une quinzaine d’années s’est approchée, elle avait une question, elle semblait intéressée par tout ce qui se passait autour d’elle. (le dialogue suivant n’est pas garanti verbatim, mais il est quand même simili).
« Bonjour, vous savez si EnjoyPhoenix va venir ?
— J’ai l’air de savoir qui est Enjoy-Phénix ? (dans ma tête je l’écrivais comme ça)
— Elle est belle et elle est blonde.
— Ah d’accord. J’aurais dû la reconnaitre alors. »
S’ensuit une phrase que je n’ai pas retenue, je prends congé de la demoiselle pour ranger mes affaires, mais je prends soin tout de même de lui conseiller :
« Attention quand même, avec les masques à la cannelle : ça brûle.
— Hein ? »
Tout n’est pas perdu.
Ne nous moquons pas du mauvais goût des enfants et des ados, le nôtre (le mien en tout cas) ne valait pas mieux. Faisons-leur confiance, ils sont capables de développer leur sens critique, mais ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas les y aider, et tout adulte un peu responsable devrait le vouloir, car jamais aucune société au cours de l’histoire n’a eu à souffrir de l’excès d’esprit critique de ses membres ; l’inverse n’est pas vrai.
Alors disons-le, nous y retournerons si on nous y invite, par respect pour le public et par conviction pour les valeurs qui animent notre démarche. Mais surtout, surtout, nous répondrons présent à la convention Néocast 2016 qui se déroulera, on le sait depuis quelques heures, les 30 avril et 1er mai à Strasbourg.
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* Contrat reçu quelques jours avant la convention, qui mentionne un certain nombre de choses, et a fait de nous, l’espace de deux jours des salariés de Videocity. À notre totale surprise, nous avons donc touché de l’argent pour être présents, ce qui correspond finalement à la logique et à la mentalité de l’organisation très business de ce weekend « culturel ».











