Archive pour la catégorie : La Tronche en Biais

La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Invitée : Sophie Robert, réalisatrice de documentaires.

Emission enregistrée le 22 décembre 2015.

Editorial

 

Une approche thérapeutique peut prétendre guérir par simple imposition des mains, par le miracle de l’eau bénite, grâce à des aimants, des ventouses, des aiguilles ou la récitation d’incantations. Il y a toujours des gens pour y croire, des anecdotes personnelles, des récits, des témoignages. Quand on a la saine réaction d’être sceptique, de se souvenir qu’un témoignage n’est pas une preuve et que quantités de gens croient quantités de mensonges, on doit toutefois se garder de la facilité, celle  qui nous vient presque comme un réflexe, qui consiste à se dire “quelle bande d’idiots ! Faut-il être bête pour croire à de pareilles sornettes ?” Réflexe malheureux s’il en est, car nous sommes équipés du même cerveau que ces gens et nous commettons les mêmes types erreurs, encore et encore.

Une méthode a été inventée pour ne pas tomber constamment dans les mêmes pièges, c’est l’approche rationnelle, critique, scientifique, qui recherche des critères objectifs pour déterminer si une chose est vraie ou fausse. On l’emploie pour déterminer le rôle des gènes, l’âge des roches, la composition des matériaux, l’efficacité des procédés industriels, l’évolution du climat, ou encore pour mesurer l’effet d’un médicament, d’une thérapie, d’un soin quel qu’il soit. Dans le cas de la santé, c’est souvent très compliqué, car beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, et nous savons que les effets contextuels (souvent appelés Placebo) ont un rôle non négligeable qui permet de faire croire au patient qu’on lui a rendu service. Néanmoins des études à grande échelle, et des méta-études sur des milliers de cas et sur des dizaines d’années existent et nous donnent à voir si un type de thérapie, y compris des psychothérapies, a de meilleurs résultats qu’un autre.

En termes de résultats, la littérature scientifique est claire et nette, la psychanalyse n’est pas un bon choix. Elle n’aide pas les gens qui vont mal, et si elle aide les autres, c’est surtout à soulager un compte en banque trop garni.

Il faudrait donc commencer par bien distinguer la psychanalyse des autres approches psychologiques, car la psychothérapie n’a pas été inventée par Freud, et il existe une pratique thérapeutique non psychanalytique et fondée sur les travaux de la science. Il n’y a guère qu’en France (et en Argentine) que le public continue de confondre psychologie, psychiatrie et psychanalyse… Et la faute en incombe en partie aux médias.

Pourquoi voit-on partout à la télévision, dans les journaux et les magazines des “experts” d’obédience psychanalytique, et rarement des chercheurs ou des cliniciens qui n’émargent pas à ces croyances ?

J’ai dit croyance, et cela fera grincer des dents, mais c’est pourtant l’exact libellé que doit revêtir l’adhésion au complexe d’Œdipe, à la catharsis ou au refoulement qui ne sont rien de moins que des dogmes dans lesquels on doit professer sa croyance pour pouvoir rejoindre telle ou telle école de pensée psychanalytique. Dit comme cela, c’est terrible, on dirait presque que la psychanalyse fonctionne comme une secte. On comprend aisément tous ceux qui trouvent cette idée choquante et qui la rejettent en bloc, mais ce n’est pas ce que nous allons faire ce soir. Nous allons essayer de regarder les choses en face.

Bien sûr, le genre de critique que l’on vient de formuler suscite souvent comme réponse la suspicion d’une volonté de nuisance envers ce qui demeure un courant de pensée très présent dans le monde médical français. Il faut assurément de la nuance, de la mesure, du recul afin d’avoir sur la question un avis dépassionné et objectif. C’est pourquoi il est indispensable de se pencher sur la manière dont les psychanalystes répondent aux critiques. Car la manière dont des professionnels répondent aux critiques sur leur profession est un excellent indicateur de la qualité de leur démarche scientifique et épistémologique. Les psychanalystes défendent-ils la psychanalyse sur le terrain de la science, des idées et des faits ?

Pour en discuter nous invitons une personne qui connait très bien le mode de défense des psychanalyste puisqu’elle a été en procès contre certains d’entre eux suite à son film “Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme.” j’ai nommé Sophier Robert.

 

Scénariste, documentariste, réalisatrice et productrice de films, documentaires, clips et programmes pédagogiques et scientifiques, Sophie Robert met en image des sujets liés aux sciences humaines.

Plan de l’émission

 

  • 1. C’est quoi la psychanalyse ? 
  • 2. Comment distinguer le bon psychanalyste du mauvais psychanalyste ? (la réponse aux critiques)
  • 3. La psychanalyse est-elle une dérive sectaire ?

 

Les limites de l’entendement

Poursuivons notre exploration des limites de l’entendement. Vous avez désormais que l’usage du doute raisonnable ne doit pas être confondu avec le doute hyperbolique et nihiliste. Vous savez que nous sommes tous en recherche de cohérence et éprouvons une désagréable dissonance cognitive quand ce que nous pensons vrai est contredit, et vous savez également que nous sommes des champions de la création de narrations qui permettent de maintenir l’illusion d’être rationnel alors même que certaines décisions sont purement irrationnelles.

Cinquième épisode.

Il est temps de contempler l’aisance avec laquelle nous sommes capable de nous aveugler nous même. Les biais de confirmation sont probablement le type de biais le plus répandu, le plus multiforme, celui qu’on retrouve dans tous les types de croyance, chez les personnes de bonne ou de mauvaise foi, chez les ignorants comme les savants.
Le biais de confirmation, c’est notre tendance à être infiniment plus sensibles aux éléments qui confortent ce que l’on pense savoir qu’à ceux qui nous indiquent qu’on pourrait bien se tromper.

Testez un peu votre propre propension aux biais de confirmation avec quelques expériences, et partagez autour de vous auprès de vos contacts les plus touchés. Oui, on peut les aider !

Pour soutenir la poursuite de notre projet, visitez notre page Tipeee : https://www.tipeee.com/la-tronche-en-biais

 

 

Pour votre santé cognitive, consommez 5 pages zététiciennes par jour
— L’article du Dictionnaire des Sceptiques du Québec sur les biais de confirmation : http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/confirmbias.html
— Et sur Charlatan.info : http://www.charlatans.info/biais-confirmation.php
— Un blog sceptique intéressant : https://latheierecosmique.wordpress.com
— Welcome to the Skeptic Magazine (UK) http://www.skeptic.org.uk/
— Et pour trouver d’autres liens intéressant, visitez la page de la « Galaxie sceptique francophone » http://laelith.fr/Zet/Galaxie-Sceptique-Francophone/


Musique d’intro : Berlioz, extrait de la symphonie fantastique (le songe d’une nuit de sabbat).

Editorial

 

« Une croyance n’est pas une idée que l’esprit possède, c’est une idée qui possède l’esprit. » Robert Oxton Bolt

 

Fascination.

La pensée conspirationniste est fascinante, ce n’est pas un hasard. Elle a intérêt à fasciner pour attirer des individus qui vont ensuite la propager. La pensée conspirationniste, comme tous les mèmes, fonctionne à la manière d’un virus. C’est une entité capable de se répliquer et de muter. Les réplicateurs les plus aptes à infecter de nouveaux cerveaux et à les transformer en incubateurs désireux de les propager sont ceux que l’on va retrouver un peu partout : les gagnants de la course darwinienne des idées.

Être fascinant c’est bien la moindre des choses quand on est un mème efficace et rapide comme le sont les idées conspirationnistes. Mais ça n’est pas suffisant pour garantir un fort degré d’infectiosité. Il faut aussi être capable d’affaiblir les défenses du cerveau dans lequel on va s’implanter. Et il se passe exactement cela : quand une idée conspirationniste s’installe dans un cerveau, même à l’état de toute petite colonie, très discrète, l’individu devient beaucoup plus sensible à de nouvelles infections par des variants de cette idée. Les multiples souches de la pensée conspirationniste œuvrent en synergie. Celui qui croit à l’origine extraterrestre des ovni est plus disposé à croire aux illuminatis et au danger des OGM… et vice-versa. On a même démontré qu’il y avait une corrélation positive dans la croyance en des théories mutuellement contradictoire ; la logique n’a qu’à bien se tenir, la pensée conspirationniste ose tout.

Si les idées conspirationnistes étaient toutes de nature différente, si elles ne partageaient pas une grande partie de leur patrimoine mémétique, leur taux de pénétration serait bien plus faible. Mais la grande force de la pensée conspi se déploie une fois qu’elle est en place, d’une manière tout à fait saisissante.

Insubmersible.

La pensée conspirationniste se caractérise par ce qui est parfois comparé à un insubmersible canard de bain : la Méthode Hypercritique, la pratique d’un doute hyperbolique tourné vers toutes les explications alternatives mais jamais contre elle-même. Elle possède des défenses hors du commun qui la rendent presque inexpugnable. Une fois dans un cerveau, elle est capable de transformer les idées critiques en ingrédient de sa propre confirmation. C’est une pensée irréfutable, qui contient sa propre contradiction : tout élément qui démontre l’absence de conspiration… est la preuve que la conspiration est encore plus sophistiquée que prévue !

Alors bien sûr il ne faut pas oublier les subtilités ; la pensée conspirationniste se présente sous diverses couleurs et parfums, et tous ne sont pas aussi nocifs, agressifs et clivants. Il y a toute une constellation entre le « tous-pourris », « Big Pharma veut nous tuer » et le complot judéo-maçonnique-reptilien… Sans compter qu’en en plus les vrais complots existent !
« Complotiste » est devenu une insulte dégainée un peu rapidement et sans nuance quand les gens se montrent sceptiques. Tentons d’échapper à cet amalgame et ne confondons pas le scepticisme avec le conspirationnisme, car ce serait faire le jeu de la pensée conspirationniste qui a tout intérêt à semer le trouble dans nos défenses, à mimer le ‘vrai’ scepticisme, celui qui est utile, salutaire… et qui est en définitive le seul vrai remède connu comme cette infection mentale.

Mais déjà tentons de comprendre ce qu’est une théorie du complot, quels facteurs nous rendent plus susceptibles d’en être la proie et par quelle mécanique ces théories naissent et se répandent. Et pour cela nous recevons Anthony Lantian qui vient de soutenir sa thèse de psychologie sociale sur les théories du complot.

Editorial

« Personne ne comprend la Mécanique Quantique » disait Richard Feynman.


Bien souvent, tout ce que les gens savent ou croient savoir de la Quantique c’est que personne n’y comprend rien, que c’est contre-intuitif, étrange, exotique et mystérieux. La théorie atteint l’âge vénérale de 100 ans, et pourtant elle reste empreinte de mystère, comme si elle ne concernait pas le vrai monde de tous les jours, mais une arrière cuisine de l’univers, une sous-dimension, des coulisses incertaines que seule une science quasi-alchimique permet d’entrevoir à travers des brumes d’energie libre.

La réalité est en fait plus proche de ce qu’en disait Niels Bohr aux débuts de cette discipline.

« Ceux qui ne sont pas choqués quand ils rencontrent pour la première fois la théorie quantique ne l’ont probablement pas comprise »,

Alors oui, disons-le, les résultats de la physique quantique nous montrent un monde microscopique qui ne ressemble pas à celui des objets macroscopiques, les gros objets, ceux que nous voyons à l’oeil nu. Mais ça n’a rien de sorcier. Rien n’oblige la nature a se comporter comme Homo sapiens l’attend d’elle, et chaque fois que la science comprend quelque chose de nouveau, c’est en mettant de côté notre vision des choses intuitive et erronnée. Alors la physique quantique, c’est comme le reste, comme la théorie de l’évolution, celle des germes, ou encore la relativité : ça change la manière dont on voit le monde. Evidemment que ça change notre manière de voir le monde ! C’est à ça que ça sert !

Or il existe un “art d’accomoder le quantique à toutes les sauces” pour reprendre la formule de Richard Monvoisin (procurez-vous son ouvrage “Quantox”) et d’exploiter l’aura de mystère de cette branche de la physique pour défendre des thèses farfelues.

Dans un vertigineux exercice de l’analogie à outrance, des individus comme Deepak Chopra dressent ce constat : leur thèse fondée sur le pouvoir de la conscience sur la matière est étrange, bizarre et contre-intuitive, or la physique quantique semble étrange, bizarre et contre-intuitive, il faut donc que les deux soient liées !

Ta gueule, c’est quantique ?

Tentons de dissoudre le malentendu sur lequel d’aucuns construisent de lucratives entreprises de manipulation des personnes. Et pour y parvenir, nous avons avec nous un expert tout à la fois de la physique quantique et de la communication des sciences. Le professeur Julien Bobroff de l’Université Paris Sud est chercheur au Laboratoire de Physique des Solides à Orsay. Et il dirige l’équipe de recherche qui communique via le site www.vulgarisation.fr

Editorial

Un surdoué est un enfant précoce ou “à haut potentiel” ou bien encore un adulte dont les capacités intellectuelles dépassent la norme. Une fois qu’on a dit ça, on est bien avancé, car il nous reste à définir “précoce”, “haut potentiel” et ce qui permet de dire que l’intellect de quelqu’un dépasse la norme.

Bien sûr il existe le quotient intellectuel, le QI qui évalue la position de l’individu dans l’échelle de l’intellect entre le génie absolu et le crétin fini. Outil important, le QI, mais qui nous semble souvent mal adapté, réducteur, et peut-être peu fidèle à la réalité complexe de ce qu’est l’intelligence. En tout cas on l’entend souvent dire.

Le philosophe du 20ème siècle Michel Colucci a dit : “L’intelligence on croit toujours en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’on juge”. Et de fait il existe ce qu’on appelle l’Effet Dunning-Kruger qui se manifeste en ce que les gens qui manquent d’une compétence dans un domaine, par exemple l’intelligence, manquent précisément de la compétence qu’il leur faudrait avoir pour savoir qu’ils sont incompétents. Le penseur John Cleese à traduit cela en “Quand vous êtes vraiment vraiment stupide, vous êtes trop stupide pour savoir à quel point vous êtes stupide.”

On pourrait donc se demander à quel point il faut être surdoué pour se rendre compte qu’on est surdoué, parce que le problème c’est que que l’effet Dunning-Kruger marche aussi pour les gens très compétents, mais dans l’autre sens : les gens très compétents ont une bonne idée de l’étendue de leur ignorance et donc ils ont tendance à sous-estimer leur compétence.

Moralité il faut se mettre d’accord sur des critères objectifs pour déterminer qui est surdoué et qui ne l’est pas. Il faut adopter une approche méthodique, une approche scientifique. Comment reconnait-on un surdoué ? Suffit-il d’être hyperactif et inadapté à l’école pour automatiquement appartenir à cette petite catégorie ? Ou bien au contraire est-ce un état discret qui ne se remarque que dans certaines conditions particulières ? A-t-on une idée du nombre de surdoués ? Pour tenter répondre à cela, il faut s’appuyer avec discernement sur ce que la science dit et être attentif à tout ce qu’elle ne dit pas et aux questions qu’elle laisse en suspens.

Nous allons voir que l’image d’Epinal du surdoué véhiculée au travers de notre culture est quelque peu déconnectée de la réalité du terrain. Et nous allons aussi évoquer la difficulté d’une bonne démarche scientifique sur ces questions.

Et pour cela nous recevons le docteur Nicolas Gauvrit qui est enseignant en mathématiques et chercheur en psychologie à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, au sein du laboratoire pluridisciplinaire “CHART” (cognition humaine et artificielle). Il est l’auteur d’un blog sur le site de Pour La Science (“psychologie et raison”), d’une dizaine de livres de diffusion scientifique, et il co-anime le podcast “scepticisme scientifique” avec Jean-Michel Abrassart et Jérémy Royaux.

J’ajoute qu’il a sorti l’an dernier un livre intitulé “Les surdoués ordinaires“ aux Presses Universitaires de France.

Editorial

Certitude absolue contre incertitude absolue… la seule chose dont je soie sûr c’est que je doute, disait Descartes. Les Sceptiques depuis l’Antiquité, nous répètent qu’il faut renoncer à l’idée chimérique de la certitude absolue sur quoi que ce soit et se contenter de l’explication la plus vraisemblable… tout en reconnaissant son caractère fragile car incomplet.

Heisenberg et la physique quantique ajoutent au doute l’indétermination, comme si la nature elle-même hésitait. C’est une image, une métaphore, mais parfois la matière n’a pas l’air bien certaine de ce qu’elle doit faire et si elle va oui ou non respecter le principe de causalité par exemple.

La science a pour travail de nous expliquer comment tout cela fonctionne, comment la matière interagit avec elle-même, comment apparait l’Univers, comment se forment les atomes, comment est émise la première lumière, puis comment il est possible que tout cela forme une planète où une chimie complexe soumise à la sélection naturelle des réplicateurs aboutisse à des organismes qui finissent par nous ressembler. Le problème dans tout ça c’est que nous n’avons pas la certitude que la science soit vraiment capable de tout nous expliquer, de tout savoir.

Qui est Gödel ?

On a compris depuis Galilée que la science, pour parler le langage de la nature, n’a pas d’autre choix que d’utiliser la mathématique. Seulement voilà, qu’est-ce qui nous prouve que cela fonctionne vraiment ? Ceux qui pensent non seulement que la science n’a pas réponse à tout mais qu’en plus elle se trompe dans les réponses qu’elle nous fournit ont souvent à la bouche le nom de Kurt Gödel, le mathématicien qui, en 1931, brise le rêve de ses collègues qui voulaient obtenir la complétude du système d’axiomes des mathématiques. Gödel au contraire démontre leur incomplétude. Son théorème dit qu’il existe des propositions vraies qui sont indémontrables à l’intérieur d’un système d’axiomes.

Quatre vingt ans plus tard, ceux qui défendent la médecine quantique, l’homéopathie, le voyage astral ou la radiesthésie croient pouvoir répondre aux critiques rationnelles en invoquant Gödel : pour eux la science est juste incapable d’ouvrir les yeux sur la réalité, leur théorie personnelle est vraie, mais indémontrable par la science comme Gödel l’a expliqué.

La vérité, c’est qu’il s’agit d’un travestissement du travail de Gödel qui n’a pas vocation a être exporté en dehors du langage mathématique. Et c’est ce que nous allons tenter de vous expliquer avec notre invité, Nico Tupe, qui est un intervenant régulier de Podcast Science, l’excellente émission de vulgarisation que vous pouvez écouter tous les mardis, ou en replay. Nico est docteur en mathématiques et dirigeant d’une start-up dans la technologie des éoliennes.

Bonjour Nico Tupe !

Sur un sujet similaire, voir l’emission PodcastScience : http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/06/28/les-theoremes-dincompletude-de-godel/

La Tronche était présente à Videocity.

Une grande foire, du bruit, un salon aux couleurs de fanta et de quelques autres marques, de la musique forte, des stands commerciaux, un duplex Fun Radio, des dizaines d’agents de sécurité aux gabarits impressionnants, pas de doute c’est une convention qui brasse beaucoup d’argent et attire des foules (souvent jeunes).

En tant que TeB, mais aussi en tant que membres de la Vidéothèque d’Alexandrie (VA) nous avons hésité à participer à cet événement. D’abord il faut savoir qu’un premier projet de la convention comptait comme participants des vidéastes que nous connaissons et respectons, mais qu’ils ont finalement pris leur distance avec l’événement pour des raisons qui leur appartiennent, et sont peut-être en rapport avec la coloration résolument mercantile et business de la convention. Certains d’entre nous (dans la VA) pensaient qu’il ne fallait pas cautionner cette approche de Youtube et des vidéos, cette vision très industrie-télévisuelle. Et ils avaient sans doute raison. Ils considéraient aussi que le public capté par ce genre de show ne serait pas très réceptif à nos programmes, et que ce serait un déplacement inutile. Là-dessus ils avaient sans doute un peu tort.

D’autres pensaient que malgré tout il fallait être présent, que l’on devait au public d’aller à sa rencontre là où il se trouvait. La politique de la chaise vide nous semblait pire que tout ; c’était laisser toute la place à d’autres vidéastes avec le risque qu’ils soient moins attachés à la rigueur, à la pédagogie, au respect que l’on doit avoir du public. La VA a donc pris la décision de participer à la Videocity Paris 2015…

Comment s’est-on retrouvés là ?

La Vidéothèque d’Alexandrie a proposé aux organisateurs des interventions de différents vidéastes volontaires pour l’exercice, la nôtre a notamment été retenue : 30 minutes sur la théorie de l’esprit (on avait au départ proposé quelque chose sur les illusions d’optique, mais comme on a ignoré pendant longtemps si on aurait un écran, je me suis rabattu sur un autre sujet). Les vidéastes avec un fort nombre d’abonnés avaient droit à des petits stands, des cabines de dédicace où ils s’engageaient à assurer un certain nombre d’heures de présence. Les Très Gros (Norman, Cyprien, Squezzie, etc) eux, n’étaient accessibles que derrière des barrières en métal franchissables à l’aide d’un pass qu’il fallait gagner à la loterie, pass valable pour une seule personne. Notre contrat à nous (oui, il y a eu contrat*) spécifiait seulement notre intervention dans la salle de conférence le samedi et le dimanche.

Nous avions donc peu d’occasions de rencontrer le public, un public essentiellement adolescent et hystérique, prompt à courir et hurler au moindre mouvement de foule, l’oreille aux aguets à la simple mention de Norman, Cyprien… ou Sulivan (dont nous avons appris l’existence au travers des vagissements puerpéraux qui faisaient trembler les murs du carré VIP). Mais il s’est passé quelque chose que nous n’avions pas réellement prévu. Les parents du public cible sus-cité étaient venus avec lui, et ils se sont intéressés au pôle EDUCATION [allez comprendre le nom de cette partie du salon où les vidéastes en dédicace font de l’histoire, de la philo… mais aussi des top et du divertissement quand ce n’est pas du plagiat de wikipédia. Indépendamment de la qualité du travail de nombre d’entre eux, ils étaient souvent eux-mêmes surpris d’être étiquetés « éducation », m’enfin…]. Et ces parents ont découvert une partie de Youtube qu’ils ne connaissaient pas. Et certains sont venus voir nos conférences, et finalement le travail des vidéastes culturel les a intéressés, voire, je cite « réconciliés » avec Youtube.

Le Business.

Alors, bon nous n’étions pas exactement là en tant qu’ambassadeurs de l’entreprise Youtube, mais d’une certaine manière nous avons le sentiment d’avoir joué notre rôle à petite échelle pendant que sur la grande scène se multipliaient les interventions des gros Youtubeurs dans une ambiance M6 des plus bling bling. Je précise d’ailleurs que le Youtube Beauté / Humour / Muscu / Cuisine etc. est tout à fait en droit d’exister et d’avoir ses programmes phare, de drainer des millions de vues et d’enrichir le paysage. Les vidéastes dans leurs démarches personnelles ne nous posent aucun problème collectif (même si individuellement on pourrait sans doute leur adresser des reproches). Là n’est pas le problème, là n’est pas la cause de l’étrange parfum qui émane de cette convention.

Les organisateurs d’un événement à plusieurs centaines de milliers d’euros ont fait le choix de starifier, notamment, un vidéaste de 14 ans adulé par des centaines de milliers de jeunes gens qui hurlent son nom à 20kHz et lui jettent des tas d’objets dans le but d’entrer en contact avec lui, un vidéaste qui, souvent, n’a rien à dire dans ses vidéos, ce qui fait qu’il finit par devenir le seul et unique produit qu’il a à « vendre ». Voilà un choix qui suscite l’étonnement, qui interroge le sens des responsabilités de ceux qui tirent leurs profits de tels événements. Est-ce une convention culturelle, ou est-ce une foire où tout peut se vendre ?

Un autre Youtube

Nos interventions dans le coin conférence avec Nota Bene, Pilote, Calie des Topovaures et Castor Mother ont été l’occasion de présenter la démarche de la VA : proposer du contenu de qualité et se donner les moyens de distinguer le bon grain de l’ivraie, créer entre le public et les vidéastes une confiance dynamique, jamais figée, toujours remise en question, toujours critique. Nous avons rencontré beaucoup d’assentiment dans l’auditoire ; il semblerait que tout le monde soit d’accord avec nous… Sauf que tout le monde ne s’est pas intéressé à nos conférences, l’échantillon est un peu biaisé.

la TeB à Videocity 2015

Avec nos figurines créées par la start-up Digitage !

Au sortir de notre conférence-spectacle sur la théorie de l’esprit, une jeune fille d’une quinzaine d’années s’est approchée, elle avait une question, elle semblait intéressée par tout ce qui se passait autour d’elle. (le dialogue suivant n’est pas garanti verbatim, mais il est quand même simili).

« Bonjour, vous savez si EnjoyPhoenix va venir ?

— J’ai l’air de savoir qui est Enjoy-Phénix ? (dans ma tête je l’écrivais comme ça)

— Elle est belle et elle est blonde.

— Ah d’accord. J’aurais dû la reconnaitre alors. »

S’ensuit une phrase que je n’ai pas retenue, je prends congé de la demoiselle pour ranger mes affaires, mais je prends soin tout de même de lui conseiller :

« Attention quand même, avec les masques à la cannelle : ça brûle.

— Hein ? »

Tout n’est pas perdu.

Ne nous moquons pas du mauvais goût des enfants et des ados, le nôtre (le mien en tout cas) ne valait pas mieux. Faisons-leur confiance, ils sont capables de développer leur sens critique, mais ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas les y aider, et tout adulte un peu responsable devrait le vouloir, car jamais aucune société au cours de l’histoire n’a eu à souffrir de l’excès d’esprit critique de ses membres ; l’inverse n’est pas vrai.

Alors disons-le, nous y retournerons si on nous y invite, par respect pour le public et par conviction pour les valeurs qui animent notre démarche. Mais surtout, surtout, nous répondrons présent à la convention Néocast 2016 qui se déroulera, on le sait depuis quelques heures, les 30 avril et 1er mai à Strasbourg.

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* Contrat reçu quelques jours avant la convention, qui mentionne un certain nombre de choses, et a fait de nous, l’espace de deux jours des salariés de Videocity. À notre totale surprise, nous avons donc touché de l’argent pour être présents, ce qui correspond finalement à la logique et à la mentalité de l’organisation très business de ce weekend « culturel ».

L’épreuve.

Mettons notre esprit critique à l’épreuve du paradoxe des paradoxes, le symbole même de l’indécidable, le fameux dilemme de l’œuf et de la poule. Une poule vient nécessairement d’un œuf. Et un œuf est forcément pondu par une poule. Dès lors comment tout cela a-t-il pu commencer ? Comment ce cercle sans fin ni début a-t-il été initié ?

Eh bien sachez d’abord qu’une réponse existe !

Dans l’Antiquité, un certain Aristote a un avis bien arrêté sur la question. Démocrite, avant lui, avait déjà quelques lumières sur l’évolution du vivant, mais cette idée va être anéantie pour longtemps, car Aristote est fixiste : les espèces sont éternelles ; les chiens ne font pas des chats, et une poule ne sort pas d’autre chose que d’un œuf de poule.

Dans ces conditions, Aristote s’estime autorisé à conclure que la raison d’être de ce duo œuf-poule est nécessairement le plus accompli des deux, le meilleur : la cause finale (car Aristote est finaliste). La maison n’existe pas pour qu’il y ait des briques, mais les briques existent pour qu’il y ait une maison. Aristote pense qu’avant même qu’il y ait une maison ou une brique, il y avait l’essence de la maison qui seule permet l’existence des briques. Eh oui, Aristote est essentialiste.

La Poule étant la raison d’être de l’œuf (qui n’est qu’une poule en puissance), Aristote tient sa réponse : c’est la Poule qui existe avant l’œuf. Problème résolu.

Si la réponse ne vous satisfait pas, tant mieux car une observation attentive du vivant nous montre justement que celui-ci n’est ni fixiste, ni essentialiste ni finaliste. Aristote n’avait pas nos connaissances actuelles pour s’aviser de son erreur.

Une démarche rationnelle portant sur une question d`œuf et de poule est une démarche d’ordre biologique. Et en biologie, il y a deux manières de voir ce problème : ou bien à l’échelle de l’évolution du vivant, ou bien à celle de l’espèce de la poule.

1 — Réponse évolutionnaire.

L’espèce Gallus gallus domesticus, de la famille des Phasianidés est l’oiseau dont la population mondiale est la plus importante avec plus de 52 milliards d’individus. Comme tous les oiseaux, ils sont apparentés aux dinosaures, et les formes fossiles les plus anciennes de l’ordre des Galliformes datent de la fin du Crétacé, c’est-à-dire d’il y a 85 Millions d’années. Pour les besoins de la démonstration nous prendrons une définition très large de ce qu’est une poule, et nous daterons la plus ancienne d’entre elles a -85 Millions d’années. Tout ancêtre plus ancien était donc autre chose qu’une poule

Et qu’en est-il de l’œuf ? Au sens large, les œufs sont presque aussi anciens que les organismes pluricellulaires. Dans le langage courant, toutefois il est synonyme de l’œuf amniotique des oiseaux, reptiles et monotrèmes : celui que recouvre une coquille dure. Celui-ci fait son apparition sur Terre il y  a quelque-chose comme 340 Millions d’années.

C’est donc clair et net : les œufs ont existé bien avant que n’apparaissent les poules. Mais c’est une explication qui ne parle pas spécifiquement des œufs de poule. Et on est en droit de demander une réponse plus précise : qui est apparu en premier entre la poule et l’œuf de poule ?

2 — Réponse génétique.

Pour comprendre l’évolution, on travaille essentiellement au niveau des populations, mais pour résoudre le paradoxe, nous allons artificiellement nous focaliser sur les individus. C’est à l’intérieur des individus, et plus spécialement dans leurs cellules sexuelles que se produisent les mutations héréditaires qui sont la matière première de l’évolution.

Les mutations qui vont caractériser la génération N se produisent dans les cellules sexuelles de la génération N-1. Concrètement, cela veut dire que la poule adulte est le même organisme que l’embryon présent dans l’œuf. La poule et l’œuf dont elle provient sont un seul et même individu. En revanche on change de génération entre l’organisme et la cellule sexuelle qui va donner l’œuf, et donc le tout premier individu correspondant aux critères qui distinguent la poule de la non-poule a été un œuf de poule pondu par une non-poule. L’œuf est donc bien venu en premier, dans tous les cas de figure.

3 — Les concepts flous et le paradoxe du « tas »

Naturellement, notre petite démonstration ne doit pas vous laisser penser qu’il ait pu y avoir une première poule, pas plus qu’il n’y a eu une première baleine, un premier acacia ou un premier champignon. Rappelons-le, c’est à l’échelle des populations que s’isolent les lignées qui forment ce que nous appelons des espèces. Le passage d’une espèce mère à une espèce fille se fait au travers d’un réseau étroit de croisements génétiques entre les générations. La distance génétique augmente entre l’espèce ancestrale et l’espèce fille ou bien entre deux espèces sœurs, et finalement cette distance interdit les croisements, et isole donc les lignées sans qu’on puisse établir un moment précis de spéciation.

Depuis l’antiquité on connait le paradoxe sorite. Si à un grain de sable vous ajoutez un deuxième grain, vous n’avez pas un tas de sable. Et en ajoutant un grain à un non-tas vous n’obtenez pas un tas. Par conséquent il est impossible de former un tas de sable en empilant des grains de sable un à un, même des milliards de fois. C’est évidemment faux, et l’erreur réside dans le concept de tas, un « concept flou » : nous savons reconnaître un tas de sable mais nous ignorons comment définir ce qu’est un tas afin de le distinguer d’un non-tas.

Conclusion

Nous avons notre réponse, mais le paradoxe demeure pour des raisons qui ne sont pas biologiques. Le paradoxe de l’œuf et la poule, tout comme celui du tas, nous met face aux limites du langage et des concepts que nous utilisons pour comprendre le monde. Comme l’écrit Wittgenstein : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. »

Le paradoxe est en réalité de nature sémantique : les mots poule et œuf constituent des outils conceptuels, des représentations du réel, et ils sont donc subtilement différents des véritables objets qu’on trouve dans la nature. Dans la nature les œufs de poule sont tous un peu différents les uns des autres, et les poules également, et il n’existe pas réellement d’ensemble homogène qu’on puisse appeler « les poules » ou « les œufs de poule », car ils sont tous le produit d’un processus historique, d’une multitude de combinaisons et d’accumulations de modifications génétiques sans qu’il soit possible de définir ce que serait une mutation qui ferait qu’un œuf pondu par une poule serait d’une espèce différente.

Les catégories des objets de la nature nous apparaissent fixes, et c’est une illusion. Notons que Diderot, déjà, avait bien compris la dimension temporelle du problème :

« Si la question de l’œuf sur la poule ou de la poule sur l’œuf vous embarrasse, c’est que vous supposez que les animaux ont été originairement ce qu’ils sont à présent. Quelle folie ! » (Le Rêve de d’Alembert – 1769)

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Pour aller plus loin :

http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?post%2F2013%2F04%2F04%2FHave-Fun-With-Eggs un article sur les œufs.

Merci à Pierre Kerner pour ses remarques et commentaires sur la première version du script de cet épisode.

Editorial

Ainsi que l’a écrit Daniel Dennett, faire de la science, c’est faire des erreurs en public.

L’erreur est féconde. C’est en corrigeant nos erreurs que l’on accède à des connaissances nouvelles, et il faut parfois se tromper pour constater qu’on ignore une chose qu’il reste à découvrir. L’acquisition d‘un savoir-faire passe également par un processus heuristique qui consiste à répéter les essais, à commettre des erreurs jusqu’à trouver le moyen de ne plus en faire.

L’erreur est féconde car elle nous signale que quelque-chose cloche, que nous avons négligé un détail, mal posé une question, mal modélisé le monde autour de nous. Modéliser le monde, c’est justement le rôle de la science, qu’elle réalise en mettant au point des théories. Une théorie est un ensemble de concepts capables de rendre compte du fonctionnement du monde. Comme il ne faut jamais confondre la carte et le territoire, les scientifiques savent que leurs représentations sont toujours un tout petit peu différentes du monde réel, leurs théories sont donc toujours au moins un petit peu fausses : il reste toujours un plus à découvrir, un plus de nuances à expliquer. Par conséquent les scientifiques ont toujours un peu tort, mais certains plus que d’autres, et souvent beaucoup moins que s’ils n’employaient pas la méthode scientifique.

Car c’est tout l’intérêt de la science, sa spécificité, son super-pouvoir : la recherche systématique de l’erreur qui en fait une activité laborieuse, exigente, difficile, mais en définitive compréhensible par tout le monde.

Cela étant dit, nous avons tous un problème : nous n’aimons pas avoir tort. Il nous est souvent  désagréable de reconnaître que nous nous sommes trompés, ou que nous avons été trompés. Et si dans un débat d’idée il s’avère que vous êtes celui des deux qui a tort, il y a un risque que vous ne l’envisagiez pas sereinement, que vous n’acceptiez pas les arguments de votre interlocuteur, que vous vous sentiez agressé et donc que vous deveniez agressif ; et ce risque est d’autant plus grand que le sujet en question vous est cher, qu’il est déterminant pour votre vision du monde.

Et ainsi vous risquez d’avoir tort et de vous entêter dans l’erreur sans le savoir, peut-etre parce que vous n’aurez pas saisi l’importance de l’erreur, peut-être que vous pensez que changer d’avis est une marque de faiblesse, peut-etre parce que vous ignorez que les grands savants, avant de faire leurs découvertes, étaient eux aussi ignorants ou dans l’erreur.

Pour tenter de vous éviter cela, ou encore pour aider ceux d’entre vous qui ont raison à le faire comprendre à leurs interlocuteurs sans les braquer, nous allons parler de la gestion de l’erreur, de son rôle, de la manière de la chercher, de la reconnaître, de la faire accepter. Et pour cela nous accueillons Pierre Kerner, Biologiste en génétique évolutive du développement, Maître de Conférence à l’Université Paris VII. Pierre est aussi connu sous le pseudo de Taupo qu’il a pris en démarrant son Blog de Vulgarisation Scientifique en 2009, Strange Stuff and Funky Things (SSAFT pour les intimes). Il a ensuite rejoint la communauté et association de blogueurs scientifiques francophones du Café des Sciences dont il est aujourd’hui le Vice Président. Il est aussi le fondateur de deux plateformes d’agrégations de contenu scientifique: l’une d’illustration qui s’appelle Strip Science, et l’autre de vidéos qui s’appelle… Vidéosciences.

 

Pour aller plus loin, reportez-vous au dossier écrit par Pierre Kerner, avec tout plein de références et de liens. Ca se passe ici.

Editorial

Internet est-il un média comme un autre ? On est tenté de dire Non. L’internaute, après tout, est acteur de sa navigation, il peut aller vers les informations, intégrer des communautés, et même communiquer lui-même, ouvrir un blog ou une chaine Youtube. Il peut devenir vidéaste, créateur de contenu, être à la source des informations que d’autres vont rechercher, commenter et partager.

La technologie du web a démocratisé un peu plus la culture et aboli les frontières entre le spectateur et le créateur de programme. Ou bien est-ce seulement une illusion ?

Depuis quelques mois on assiste à un boum du côté des vidéastes dit « culturels », les chaînes proposant des analyses d’œuvre ou de la vulgarisation scientifique se multiplient. Youtube compte désormais des chaines sur le cinéma, la bande dessinée, la peinture, la musique, la littérature, l’histoire, l’économie, le droit, la biologie, la psychologie, l’astronomie et toujours plus de sujets traités de manière classique ou originale, pointue ou simplifiée.

Cela pose la question du statut de ces nouvelles références que représentent les vidéastes qui jouissent d’une large audience. Et nous allons explorer cette question avec notre invité de ce soir qui est le créateur d’une des meilleures chaines de vulgarisation francophones, comme son nom ne l’indique pas : Dirty Biology.

Nous allons d’abord voir ce que peut nous apprendre l’histoire de sa chaîne, depuis ses débuts il y a un an et demi jusqu’à aujourd’hui et ses deux cent mille abonnés. Comment s’est construit ce succès ? Quelle est la place de la relation avec le public dans la gestion d’un tel projet ? YouTube est-il un média horizontal ? (ça ne veut pas dire qu’il faille coucher, désolé) Nous parlerons également du rôle de la « communauté » des vidéastes culturels au sens large et plus spécialement de vulgarisation dans ce qui est un écosystème en pleine expansion dont il est difficile de prédire jusqu’où il va se développer.

Sans plus attendre, accueillons Léo Grasset de Dirty Biology.

 

Quelques références

Livres :
  • Le coup de la Girafe, Léo Grasset.