La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Invité : Clara Egger et Ismaël Benlismane, du CORTECS

Emission enregistrée à Grenoble en novembre 2015.

Nous avons profité de notre passage à Grenoble et de l’accueil chaleureux de l’équipe de Radio Campus Grenoble pour échanger une heure durant avec Clara Egger et Ismaël Benslimane, membres du CORTECS.

CORTECS = COllectif de Recherche Trans-disciplinaire Esprit Critique & Sciences.

Ce fut l’occasion de parler de la place de la pensée critique dans l’enseignement et de la difficulté d’utiliser des médias et des réseaux dont le fonctionnement même est souvent antinomique avec cette pensée critique.

Pour en savoir plus, visitez le site de CORTECS : http://cortecs.org/

 

J’hallucine !

Vous voyez le monde à travers vos sens… Ou plutôt  travers le « sens » que vous donnez à ce que reçoivent les structures de votre corps qui relient votre cerveau à son environnement. Vos perceptions sont le résultat de stimuli qui passent par le filtre de vos récepteurs sensoriels et de très nombreuses structures cérébrales capable de reconnaître un signal au milieu du bruit ambiant.

Dans sa boite crânienne, votre cerveau reconstruit le monde. Et vous vivez donc tout entier dans ce monde mental qui pourrait bien être sensiblement différent du monde « réel » si un tel mot a un sens.

Pour mieux vous en rendre compte, regardez la conférence de Vled & Mendax lors de la journée Vulgarizators 2 à Lyon en novembre 2015 !

 

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Un grand merci aux organisateurs et au staff de Vulgarizators, en particulier Yohann Thenaisie.

Les autres conférences du jour ont été données par :

Invité : Guillaume Lecointre, Professeur de Systématique au Muséum d’Histoire Naturelle.

Emission enregistrée le 12 janvier 2016.

Editorial

Celui qui se méfie des scénarios paranormaux, qui dénonce la pensée magique, qui suspecte la matière d’être capable d’expliquer par elle-même le monde dont il est témoin, qui pense que la psychologie et la sociologie donnent à voir des déterminismes cachés éclairant les mystères des légendes et des religions, celui qui pense que toute vérité est bonne à croire à condition de l’avoir fait passer au crible de la pensée méthodique, qui décline l’offre de vérité absolue des spiritualités vendues sous le sceau de la tradition ou de l’exotisme ou des deux, celui qui veut savoir pourquoi il pense savoir ce qu’il sait, et qui aimerait que les autres en fassent autant, qui rechigne à accorder à chacun le droit d’avoir raison contre les faits et s’entête à douter même de ses doutes, celui qui veut que ses  connaissances soient toujours sur la sellette afin d’être remplacées dès que s‘annonce une alternative plus vraisemblable, celui qui est agaçant parce qu’à force de ne pas prétendre avoir définitivement raison, il réussit à ne jamais avoir vraiment tort dans sa démarche, celui qui maîtrise le doute raisonnable, celui-là est familier, plus qu’il ne le voudrait, avec l’acrimonieuse accusation du crime honni contre la pensée, la salissure intellectuelle qui voudrait souvent clore les débats d’idée.

Celui-là, c’est un scientiste, mesdames et messieurs.

Le scientisme consiste à penser que la science à réponse à tout. La moindre de vos questions, vos petits embarras, vos lourdes angoisses, tournez-les vers la science et elle vous apportera des solutions.

Parmi les questions qu’on se pose, et depuis longtemps, il y a celle du sens de la vie. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Qui suis-je ? Qu’est-ce que la conscience ? A quoi sert l’univers ? Chacun peut imaginer son lot de questions métaphysiques, et le scientisme consisterait à dire que la science a les moyens d’y répondre.

Je n’ai jamais croisé ce genre de scientiste chez les sceptiques, les zététiciens, les rationalistes. Mais peut-être ces gens existent-il, peut-être faut-il apprendre à reconnaître les adeptes des sciences holistiques.

Nous allons nous poser la question de ce que la science, telle que pratiquée dans le monde académique de nos jours, dit sur ses propres limites. Nous verrons qu’elle ne prétend pas répondre à la question du sens de la vie, et pourtant certains semblent le croire. Elle ne dit rien sur l’existence de Dieu, et pourtant là-encore des scientistes nous disent le contraire.

Pour cette rentrée 2016, nous recevons un scientifique pour lui demander d’éclaircir un peu la notion du scientisme, et celle du positivisme, pour retrouver ensemble les contours du périmètre d’action de la science, et décrypter la position relativiste qui lui dispute sa place unique dans le paysage de la connaissance. Cet invité, c’est Guillaume Lecointre, systématicien et professeur au Muséum d’Histoire Naturelle.

 

 

Invité : Jaques Grimault, Pyramidologue, informateur du film La Révélation des Pyramides.

Emission enregistrée le 05 février 2016.

Editorial

Ce soir nous allons parler méthode. Comment évaluer la vraisemblance d’une proposition ? Comment étayer une hypothèse et prouver une théorie ? Nous allons en discuter avec la personne qui se présente comme l’auteur des travaux derrière La Révélation des Pyramides.

Alors, on va spoiler un petit peu, et vous présenter ce qu’on trouve dans ce film très brièvement, vous pourrez ensuite vous faire votre idée en le regardant si ce n’est déjà fait.

Le point de départ c’est l’idée que la pyramide de Khéops n’est pas ce qu’on croit qu’elle est. Ce ne serait pas un tombeau, et pas celui de Chéops. En effet sa conception serait trop « parfaite », avec une précision par endroit, je cite : « au tiers de millimètre », un alignement hyper précis avec les points cardinaux, et cetera, et cetera. Les dimensions mêmes de la pyramide indiqueraient que ses bâtisseurs connaissaient l’unité de longueur de notre système métrique, inventé peu après la révolution française et de 0,22 mm trop court par rapport à sa définition en relation avec la longueur du méridien. Et cette valeur du mètre, connue on ne sait comment, et cachée dans la pyramide, permettrait de déduire de ses dimensions tout un tas de choses étonnantes, et notamment la vitesse de la lumière. Cela implique que ces bâtisseurs connaissaient cette vitesse, et là évidemment on est très loin de ce que les archéologues et les égyptologues nous disent.

Mais il y a plus. Vingt sites archéologiques seraient alignés le long d’un équateur penché passant par la pyramide et le centre de l’ile de Pâques. Et ces sites auraient tous en commun un certain nombre de caractères qui permettraient de déduire qu’ils ont été conçus par une seule et même civilisation qui ne connaissait pas la clef de voûte…

Pourquoi cet alignement ? Parce que le pôle nord défini par cet équateur penché à 30° se trouverait, je cite le documentaire « précisément au point d’oscillation du pôle magnétique terrestre »[1], je m’empresse de dire que et j’ignore ce que peut bien être un « point d’oscillation du pôle magnétique terrestre ». Et par conséquent on nous dit que ces édifices ont pour but de nous avertir d’un futur basculement des pôles magnétiques terrestres qui s’accompagnerait de, je cite encore mle documentaire «La destruction par le feu des anciens textes.» C’est-à-dire l’apocalypse.

Avant de donner la parole à Jacques Grimault qui va défendre cette thèse et éventuellement corriger tout infidélité qu’on aurait pu commettre à son endroit, récapitulons ce que tout cela veut dire.

Si c’est vrai alors : une civilisation très ancienne dont nous n’avons aucune trace a construit ou bien a guidé la construction des Pyramides et d’autres sites archéologiques importants partout dans le monde sur une période d’au moins trois mille ans (mais sans se faire repérer) à l’aide d’une technologie inconnue et incroyablement puissante et précise, mais discrète. Pourquoi ? Afin de cacher dans un message mathématique leur connaissance en Cyclologie (les cycles cosmiques) qui annonce que bientôt les pôles géomagnétiques vont s’inverser ce qui va provoquer des catastrophes dans le monde entier (ce qui n’est pas raccord avec ce que l’on sait des précédentes inversions des pôles et de l’histoire de la vie sur notre planète). Mais ces anciens bâtisseurs, malheureusement ont été incapables de laisser un message compréhensible par les scientifiques, et notre avenir repose désormais entre les mains de celui qui a su déchiffrer ce message et qui sait comment sauver l’humanité… Mais qui ne l’a pas révélé après toutes ces années, et promet de le faire dans des films.

Et voici le temps de donner la parole à notre invité, Jacques Grimault, qui se présente lui-même en tant qu’ingénieur en communication touristique et hôtelière. Jacques Grimault, bonsoir

Est-ce qu’on a oublié quelque chose ?

[1] LRDP : «Mon informateur attira mon attention sur le pôle nord qui lui correspondrait si ce cercle était l’équateur, et coïncidence, ce point se trouvait précisément au point d’oscillation du pôle magnétique terrestre, qui était, ce que j’ignorais, différent de notre pôle nord.»

 

 

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Avant de regarder l’émission, vous aurez peut-être envie de savoir où vous mettez les pieds, en consultant :

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A voir aussi : la version graphique de l’entretien réalisée par Livemapping.fr :

http://livemapping.fr/map.php?id=TEB_05_02_2016&mappeur1=tim&filter1=png&PHPSESSID=sllmgespeo7u99oj55ip45too4

Invitée : Sophie Robert, réalisatrice de documentaires.

Emission enregistrée le 22 décembre 2015.

Editorial

 

Une approche thérapeutique peut prétendre guérir par simple imposition des mains, par le miracle de l’eau bénite, grâce à des aimants, des ventouses, des aiguilles ou la récitation d’incantations. Il y a toujours des gens pour y croire, des anecdotes personnelles, des récits, des témoignages. Quand on a la saine réaction d’être sceptique, de se souvenir qu’un témoignage n’est pas une preuve et que quantités de gens croient quantités de mensonges, on doit toutefois se garder de la facilité, celle  qui nous vient presque comme un réflexe, qui consiste à se dire “quelle bande d’idiots ! Faut-il être bête pour croire à de pareilles sornettes ?” Réflexe malheureux s’il en est, car nous sommes équipés du même cerveau que ces gens et nous commettons les mêmes types erreurs, encore et encore.

Une méthode a été inventée pour ne pas tomber constamment dans les mêmes pièges, c’est l’approche rationnelle, critique, scientifique, qui recherche des critères objectifs pour déterminer si une chose est vraie ou fausse. On l’emploie pour déterminer le rôle des gènes, l’âge des roches, la composition des matériaux, l’efficacité des procédés industriels, l’évolution du climat, ou encore pour mesurer l’effet d’un médicament, d’une thérapie, d’un soin quel qu’il soit. Dans le cas de la santé, c’est souvent très compliqué, car beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte, et nous savons que les effets contextuels (souvent appelés Placebo) ont un rôle non négligeable qui permet de faire croire au patient qu’on lui a rendu service. Néanmoins des études à grande échelle, et des méta-études sur des milliers de cas et sur des dizaines d’années existent et nous donnent à voir si un type de thérapie, y compris des psychothérapies, a de meilleurs résultats qu’un autre.

En termes de résultats, la littérature scientifique est claire et nette, la psychanalyse n’est pas un bon choix. Elle n’aide pas les gens qui vont mal, et si elle aide les autres, c’est surtout à soulager un compte en banque trop garni.

Il faudrait donc commencer par bien distinguer la psychanalyse des autres approches psychologiques, car la psychothérapie n’a pas été inventée par Freud, et il existe une pratique thérapeutique non psychanalytique et fondée sur les travaux de la science. Il n’y a guère qu’en France (et en Argentine) que le public continue de confondre psychologie, psychiatrie et psychanalyse… Et la faute en incombe en partie aux médias.

Pourquoi voit-on partout à la télévision, dans les journaux et les magazines des “experts” d’obédience psychanalytique, et rarement des chercheurs ou des cliniciens qui n’émargent pas à ces croyances ?

J’ai dit croyance, et cela fera grincer des dents, mais c’est pourtant l’exact libellé que doit revêtir l’adhésion au complexe d’Œdipe, à la catharsis ou au refoulement qui ne sont rien de moins que des dogmes dans lesquels on doit professer sa croyance pour pouvoir rejoindre telle ou telle école de pensée psychanalytique. Dit comme cela, c’est terrible, on dirait presque que la psychanalyse fonctionne comme une secte. On comprend aisément tous ceux qui trouvent cette idée choquante et qui la rejettent en bloc, mais ce n’est pas ce que nous allons faire ce soir. Nous allons essayer de regarder les choses en face.

Bien sûr, le genre de critique que l’on vient de formuler suscite souvent comme réponse la suspicion d’une volonté de nuisance envers ce qui demeure un courant de pensée très présent dans le monde médical français. Il faut assurément de la nuance, de la mesure, du recul afin d’avoir sur la question un avis dépassionné et objectif. C’est pourquoi il est indispensable de se pencher sur la manière dont les psychanalystes répondent aux critiques. Car la manière dont des professionnels répondent aux critiques sur leur profession est un excellent indicateur de la qualité de leur démarche scientifique et épistémologique. Les psychanalystes défendent-ils la psychanalyse sur le terrain de la science, des idées et des faits ?

Pour en discuter nous invitons une personne qui connait très bien le mode de défense des psychanalyste puisqu’elle a été en procès contre certains d’entre eux suite à son film “Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme.” j’ai nommé Sophier Robert.

 

Scénariste, documentariste, réalisatrice et productrice de films, documentaires, clips et programmes pédagogiques et scientifiques, Sophie Robert met en image des sujets liés aux sciences humaines.

Plan de l’émission

 

  • 1. C’est quoi la psychanalyse ? 
  • 2. Comment distinguer le bon psychanalyste du mauvais psychanalyste ? (la réponse aux critiques)
  • 3. La psychanalyse est-elle une dérive sectaire ?

 

Les limites de l’entendement

Poursuivons notre exploration des limites de l’entendement. Vous avez désormais que l’usage du doute raisonnable ne doit pas être confondu avec le doute hyperbolique et nihiliste. Vous savez que nous sommes tous en recherche de cohérence et éprouvons une désagréable dissonance cognitive quand ce que nous pensons vrai est contredit, et vous savez également que nous sommes des champions de la création de narrations qui permettent de maintenir l’illusion d’être rationnel alors même que certaines décisions sont purement irrationnelles.

Cinquième épisode.

Il est temps de contempler l’aisance avec laquelle nous sommes capable de nous aveugler nous même. Les biais de confirmation sont probablement le type de biais le plus répandu, le plus multiforme, celui qu’on retrouve dans tous les types de croyance, chez les personnes de bonne ou de mauvaise foi, chez les ignorants comme les savants.
Le biais de confirmation, c’est notre tendance à être infiniment plus sensibles aux éléments qui confortent ce que l’on pense savoir qu’à ceux qui nous indiquent qu’on pourrait bien se tromper.

Testez un peu votre propre propension aux biais de confirmation avec quelques expériences, et partagez autour de vous auprès de vos contacts les plus touchés. Oui, on peut les aider !

Pour soutenir la poursuite de notre projet, visitez notre page Tipeee : https://www.tipeee.com/la-tronche-en-biais

 

 

Pour votre santé cognitive, consommez 5 pages zététiciennes par jour
— L’article du Dictionnaire des Sceptiques du Québec sur les biais de confirmation : http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/confirmbias.html
— Et sur Charlatan.info : http://www.charlatans.info/biais-confirmation.php
— Un blog sceptique intéressant : https://latheierecosmique.wordpress.com
— Welcome to the Skeptic Magazine (UK) http://www.skeptic.org.uk/
— Et pour trouver d’autres liens intéressant, visitez la page de la « Galaxie sceptique francophone » http://laelith.fr/Zet/Galaxie-Sceptique-Francophone/


Musique d’intro : Berlioz, extrait de la symphonie fantastique (le songe d’une nuit de sabbat).

Editorial

 

« Une croyance n’est pas une idée que l’esprit possède, c’est une idée qui possède l’esprit. » Robert Oxton Bolt

 

Fascination.

La pensée conspirationniste est fascinante, ce n’est pas un hasard. Elle a intérêt à fasciner pour attirer des individus qui vont ensuite la propager. La pensée conspirationniste, comme tous les mèmes, fonctionne à la manière d’un virus. C’est une entité capable de se répliquer et de muter. Les réplicateurs les plus aptes à infecter de nouveaux cerveaux et à les transformer en incubateurs désireux de les propager sont ceux que l’on va retrouver un peu partout : les gagnants de la course darwinienne des idées.

Être fascinant c’est bien la moindre des choses quand on est un mème efficace et rapide comme le sont les idées conspirationnistes. Mais ça n’est pas suffisant pour garantir un fort degré d’infectiosité. Il faut aussi être capable d’affaiblir les défenses du cerveau dans lequel on va s’implanter. Et il se passe exactement cela : quand une idée conspirationniste s’installe dans un cerveau, même à l’état de toute petite colonie, très discrète, l’individu devient beaucoup plus sensible à de nouvelles infections par des variants de cette idée. Les multiples souches de la pensée conspirationniste œuvrent en synergie. Celui qui croit à l’origine extraterrestre des ovni est plus disposé à croire aux illuminatis et au danger des OGM… et vice-versa. On a même démontré qu’il y avait une corrélation positive dans la croyance en des théories mutuellement contradictoire ; la logique n’a qu’à bien se tenir, la pensée conspirationniste ose tout.

Si les idées conspirationnistes étaient toutes de nature différente, si elles ne partageaient pas une grande partie de leur patrimoine mémétique, leur taux de pénétration serait bien plus faible. Mais la grande force de la pensée conspi se déploie une fois qu’elle est en place, d’une manière tout à fait saisissante.

Insubmersible.

La pensée conspirationniste se caractérise par ce qui est parfois comparé à un insubmersible canard de bain : la Méthode Hypercritique, la pratique d’un doute hyperbolique tourné vers toutes les explications alternatives mais jamais contre elle-même. Elle possède des défenses hors du commun qui la rendent presque inexpugnable. Une fois dans un cerveau, elle est capable de transformer les idées critiques en ingrédient de sa propre confirmation. C’est une pensée irréfutable, qui contient sa propre contradiction : tout élément qui démontre l’absence de conspiration… est la preuve que la conspiration est encore plus sophistiquée que prévue !

Alors bien sûr il ne faut pas oublier les subtilités ; la pensée conspirationniste se présente sous diverses couleurs et parfums, et tous ne sont pas aussi nocifs, agressifs et clivants. Il y a toute une constellation entre le « tous-pourris », « Big Pharma veut nous tuer » et le complot judéo-maçonnique-reptilien… Sans compter qu’en en plus les vrais complots existent !
« Complotiste » est devenu une insulte dégainée un peu rapidement et sans nuance quand les gens se montrent sceptiques. Tentons d’échapper à cet amalgame et ne confondons pas le scepticisme avec le conspirationnisme, car ce serait faire le jeu de la pensée conspirationniste qui a tout intérêt à semer le trouble dans nos défenses, à mimer le ‘vrai’ scepticisme, celui qui est utile, salutaire… et qui est en définitive le seul vrai remède connu comme cette infection mentale.

Mais déjà tentons de comprendre ce qu’est une théorie du complot, quels facteurs nous rendent plus susceptibles d’en être la proie et par quelle mécanique ces théories naissent et se répandent. Et pour cela nous recevons Anthony Lantian qui vient de soutenir sa thèse de psychologie sociale sur les théories du complot.

Editorial

« Personne ne comprend la Mécanique Quantique » disait Richard Feynman.


Bien souvent, tout ce que les gens savent ou croient savoir de la Quantique c’est que personne n’y comprend rien, que c’est contre-intuitif, étrange, exotique et mystérieux. La théorie atteint l’âge vénérale de 100 ans, et pourtant elle reste empreinte de mystère, comme si elle ne concernait pas le vrai monde de tous les jours, mais une arrière cuisine de l’univers, une sous-dimension, des coulisses incertaines que seule une science quasi-alchimique permet d’entrevoir à travers des brumes d’energie libre.

La réalité est en fait plus proche de ce qu’en disait Niels Bohr aux débuts de cette discipline.

« Ceux qui ne sont pas choqués quand ils rencontrent pour la première fois la théorie quantique ne l’ont probablement pas comprise »,

Alors oui, disons-le, les résultats de la physique quantique nous montrent un monde microscopique qui ne ressemble pas à celui des objets macroscopiques, les gros objets, ceux que nous voyons à l’oeil nu. Mais ça n’a rien de sorcier. Rien n’oblige la nature a se comporter comme Homo sapiens l’attend d’elle, et chaque fois que la science comprend quelque chose de nouveau, c’est en mettant de côté notre vision des choses intuitive et erronnée. Alors la physique quantique, c’est comme le reste, comme la théorie de l’évolution, celle des germes, ou encore la relativité : ça change la manière dont on voit le monde. Evidemment que ça change notre manière de voir le monde ! C’est à ça que ça sert !

Or il existe un “art d’accomoder le quantique à toutes les sauces” pour reprendre la formule de Richard Monvoisin (procurez-vous son ouvrage “Quantox”) et d’exploiter l’aura de mystère de cette branche de la physique pour défendre des thèses farfelues.

Dans un vertigineux exercice de l’analogie à outrance, des individus comme Deepak Chopra dressent ce constat : leur thèse fondée sur le pouvoir de la conscience sur la matière est étrange, bizarre et contre-intuitive, or la physique quantique semble étrange, bizarre et contre-intuitive, il faut donc que les deux soient liées !

Ta gueule, c’est quantique ?

Tentons de dissoudre le malentendu sur lequel d’aucuns construisent de lucratives entreprises de manipulation des personnes. Et pour y parvenir, nous avons avec nous un expert tout à la fois de la physique quantique et de la communication des sciences. Le professeur Julien Bobroff de l’Université Paris Sud est chercheur au Laboratoire de Physique des Solides à Orsay. Et il dirige l’équipe de recherche qui communique via le site www.vulgarisation.fr

Editorial

Un surdoué est un enfant précoce ou “à haut potentiel” ou bien encore un adulte dont les capacités intellectuelles dépassent la norme. Une fois qu’on a dit ça, on est bien avancé, car il nous reste à définir “précoce”, “haut potentiel” et ce qui permet de dire que l’intellect de quelqu’un dépasse la norme.

Bien sûr il existe le quotient intellectuel, le QI qui évalue la position de l’individu dans l’échelle de l’intellect entre le génie absolu et le crétin fini. Outil important, le QI, mais qui nous semble souvent mal adapté, réducteur, et peut-être peu fidèle à la réalité complexe de ce qu’est l’intelligence. En tout cas on l’entend souvent dire.

Le philosophe du 20ème siècle Michel Colucci a dit : “L’intelligence on croit toujours en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’on juge”. Et de fait il existe ce qu’on appelle l’Effet Dunning-Kruger qui se manifeste en ce que les gens qui manquent d’une compétence dans un domaine, par exemple l’intelligence, manquent précisément de la compétence qu’il leur faudrait avoir pour savoir qu’ils sont incompétents. Le penseur John Cleese à traduit cela en “Quand vous êtes vraiment vraiment stupide, vous êtes trop stupide pour savoir à quel point vous êtes stupide.”

On pourrait donc se demander à quel point il faut être surdoué pour se rendre compte qu’on est surdoué, parce que le problème c’est que que l’effet Dunning-Kruger marche aussi pour les gens très compétents, mais dans l’autre sens : les gens très compétents ont une bonne idée de l’étendue de leur ignorance et donc ils ont tendance à sous-estimer leur compétence.

Moralité il faut se mettre d’accord sur des critères objectifs pour déterminer qui est surdoué et qui ne l’est pas. Il faut adopter une approche méthodique, une approche scientifique. Comment reconnait-on un surdoué ? Suffit-il d’être hyperactif et inadapté à l’école pour automatiquement appartenir à cette petite catégorie ? Ou bien au contraire est-ce un état discret qui ne se remarque que dans certaines conditions particulières ? A-t-on une idée du nombre de surdoués ? Pour tenter répondre à cela, il faut s’appuyer avec discernement sur ce que la science dit et être attentif à tout ce qu’elle ne dit pas et aux questions qu’elle laisse en suspens.

Nous allons voir que l’image d’Epinal du surdoué véhiculée au travers de notre culture est quelque peu déconnectée de la réalité du terrain. Et nous allons aussi évoquer la difficulté d’une bonne démarche scientifique sur ces questions.

Et pour cela nous recevons le docteur Nicolas Gauvrit qui est enseignant en mathématiques et chercheur en psychologie à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, au sein du laboratoire pluridisciplinaire “CHART” (cognition humaine et artificielle). Il est l’auteur d’un blog sur le site de Pour La Science (“psychologie et raison”), d’une dizaine de livres de diffusion scientifique, et il co-anime le podcast “scepticisme scientifique” avec Jean-Michel Abrassart et Jérémy Royaux.

J’ajoute qu’il a sorti l’an dernier un livre intitulé “Les surdoués ordinaires“ aux Presses Universitaires de France.

Editorial

Certitude absolue contre incertitude absolue… la seule chose dont je soie sûr c’est que je doute, disait Descartes. Les Sceptiques depuis l’Antiquité, nous répètent qu’il faut renoncer à l’idée chimérique de la certitude absolue sur quoi que ce soit et se contenter de l’explication la plus vraisemblable… tout en reconnaissant son caractère fragile car incomplet.

Heisenberg et la physique quantique ajoutent au doute l’indétermination, comme si la nature elle-même hésitait. C’est une image, une métaphore, mais parfois la matière n’a pas l’air bien certaine de ce qu’elle doit faire et si elle va oui ou non respecter le principe de causalité par exemple.

La science a pour travail de nous expliquer comment tout cela fonctionne, comment la matière interagit avec elle-même, comment apparait l’Univers, comment se forment les atomes, comment est émise la première lumière, puis comment il est possible que tout cela forme une planète où une chimie complexe soumise à la sélection naturelle des réplicateurs aboutisse à des organismes qui finissent par nous ressembler. Le problème dans tout ça c’est que nous n’avons pas la certitude que la science soit vraiment capable de tout nous expliquer, de tout savoir.

Qui est Gödel ?

On a compris depuis Galilée que la science, pour parler le langage de la nature, n’a pas d’autre choix que d’utiliser la mathématique. Seulement voilà, qu’est-ce qui nous prouve que cela fonctionne vraiment ? Ceux qui pensent non seulement que la science n’a pas réponse à tout mais qu’en plus elle se trompe dans les réponses qu’elle nous fournit ont souvent à la bouche le nom de Kurt Gödel, le mathématicien qui, en 1931, brise le rêve de ses collègues qui voulaient obtenir la complétude du système d’axiomes des mathématiques. Gödel au contraire démontre leur incomplétude. Son théorème dit qu’il existe des propositions vraies qui sont indémontrables à l’intérieur d’un système d’axiomes.

Quatre vingt ans plus tard, ceux qui défendent la médecine quantique, l’homéopathie, le voyage astral ou la radiesthésie croient pouvoir répondre aux critiques rationnelles en invoquant Gödel : pour eux la science est juste incapable d’ouvrir les yeux sur la réalité, leur théorie personnelle est vraie, mais indémontrable par la science comme Gödel l’a expliqué.

La vérité, c’est qu’il s’agit d’un travestissement du travail de Gödel qui n’a pas vocation a être exporté en dehors du langage mathématique. Et c’est ce que nous allons tenter de vous expliquer avec notre invité, Nico Tupe, qui est un intervenant régulier de Podcast Science, l’excellente émission de vulgarisation que vous pouvez écouter tous les mardis, ou en replay. Nico est docteur en mathématiques et dirigeant d’une start-up dans la technologie des éoliennes.

Bonjour Nico Tupe !

Sur un sujet similaire, voir l’emission PodcastScience : http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/06/28/les-theoremes-dincompletude-de-godel/