La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Enregistré le 21 décembre 2016

 

Editorial

À vous aussi, on a sûrement raconté l’histoire de cet homme opulent, à la barbe fleurie et au rire débonnaire, cet homme du pôle Nord altruiste comme nul autre, qui passe toute l’année à confectionner les jouets qu’il distribue lui-même à tous les enfants sages du monde. Avec une célérité inexplicable, sur un traineau volant tiré par des rennes, ce personnage visite les maisons, se glisse dans les cheminées et dépose les cadeaux à la faveur de la nuit.

Veuillez, s’il vous plait, éloigner les enfants de votre poste. Il ne nous appartient pas de briser le charme innocent des fausses croyances que vous leur avez inculquées afin d’éprouver égoïstement la nostalgie d’une illusion perdue sur la magie de ce monde. Nous ne jugerons pas la facilité avec laquelle vous leur mentez – pour leur bien dirons-nous – et les habituez à croire des histoires farfelues. Vous êtes par ailleurs fortement encouragés à prendre ces déclarations au second degré.

Mesdames et messieurs, beaucoup ont cru à cette histoire de Père Noël. Les membres de notre équipe ont cru à cette histoire !

Mais désormais, et bien malgré eux, ils n’y croient plus. Ils ont abandonné cette croyance, non pas après avoir reçu une preuve de la non existence des rennes volants ou une image satellite de la Laponie démontrant l’absence de chaumière peuplée d’elfes. On sait aujourd’hui, grâce à des calculs savants, que la distribution des cadeaux par un seul et même personnage au cours d’une seule nuit nécessiterait que le traineau se déplace à une vitesse approchant celle de la lumière avec des frottements contre l’air et des accélérations qui réduiraient en purée d’atomes n’importe quel homme opulent à la barbe fleurie, tout débonnaire fut-il. Aucun d’entre nous n’a obtenu les preuves irréfutables que les cadeaux déposés sous le sapin, étrangement semblables à ceux contemplés dans le catalogue du supermarché trois semaines plus tôt, n’avaient pas pour origine un atelier d’elfes juché au milieu du cercle arctique. Nous avons cessé de croire pour diverses raisons, bien souvent parce que nos parents nous y ont autorisés, en nous révélant la vérité.

Sauf s’ils nous ont menti bien sûr. Et comme on sait que les parents peuvent mentir à leur progéniture, alors on n’est plus sûr de rien. Et nous voilà bien embêtés. Comment savoir ce qu’il est raisonnable d’accepter pour vrai. Doit-on croire seulement ce que nous voyons, tel Saint Thomas ? Est-ce raisonnable d’évoquer Saint Thomas si on ne l’a pas vu ? Les rat-taupe nus existent-ils si je n’en ai jamais croisé en vrai ? Le Moyen-âge a-t-il vraiment eu lieu ? Mystère et boule de gomme. Si ça se trouve on ne saura jamais.

Et de fait, la certitude absolue ne fait pas partie de ce que nous sommes autorisés à attendre raisonnablement. Il nous reste donc à faire de notre mieux avec ce dont nous disposons, à juger prudemment de la véracité des idées qu’on nous propose. Et ce qui est valable pour l’existence du Père Noël l’est également pour un tas d’autres personnages historiques dont on ne nous a jamais dit qu’ils pouvaient ne jamais avoir existé… et dont on a donc toujours cru que l’existence était certaine.

Et pour parler de ces sujets sensibles, je reçois Mendax… parce que personne d’autre n’a eu envie de se mouiller dans cet épisode de Noël.

Regarder l’émission.

Quelques réflexions supplémentaires sur Le Père Noël et la thèse du Jésus mythique dans un article à consulter ici.

Enregistré le 16 novembre 2016
Invités : Jidé (Cardiologue de la chaîne Ascl&pios) Pauline (Ingénieur agronome, Dr en immunologie, sa chaîne : Un peu pointu) et Ronan (vaccinologue).

 

Editorial

Prenez un être humain en bonne santé et contre qui vous n’avez aucun grief. Injectez-lui dans les veines une préparation pharmaceutique contenant des morceaux de pathogènes et des produits chimiques toxiques à haute dose qui vont affoler son corps et le forcer à se défendre.
Mais qui a bien pu pondre une idée pareille ? N’est-ce pas absurde au plus haut point que d’injecter des choses comme ça à des gens qui ne sont pas malades ; et dès le berceau ? Il faut bien que certains y trouvent leur intérêt !

On peut difficilement imaginer une pratique plus contre-intuitive, plus dérangeante que celle-là. Personne n’a envie de jouer avec la santé de ses proches, en particulier de ses enfants. Il est tout à fait normal pour un parent d’être attentif et prudent vis-a-vis des soins que son enfant reçoit. Et on entend des affaires de scandale, des histoires glaçantes liées à la cupidité des industriels qui méprisent les risques qu’ils font courir à tout le monde. Et on a peur.

On a peur car on ne veut pas que la santé soit un marché financier comme un autre, que l’argent règne partout et que, finalement, la vie et la mort soient une question de prix. On a peur car on sait qu’en tant que pays, nous, Français nous consommons trop de médicaments. Et si le mot trop a du sens alors on devrait en consommer moins, à commencer par ceux qu’on nous donne alors que nous ne sommes même pas malades ! On a peur car il est difficile de comprendre la balance bénéfice / risque qui va dépendre de beaucoup de paramètres et qui détermine le choix des professionnels de la santé dans les conseils qu’ils nous donnent.

Et puis on a peur car on nous dit d’avoir peur. On nous dit que les vaccins causent l’autisme ou la sclérose en plaque ; et ça fait la une des journaux. On oublie facilement que ces résultats ont été réfutés, notamment parce que ça ne se retrouve pas à la une des journaux ! On a peur parce que notre confiance dans la médecine s’est érodée, parce que notre vision de la science est désenchantée. L’an 2000 est passé, et nos vies sont toujours au moins un peu merdiques. Ça ne ressemble pas au futur qu’on nous avait décrit. On se sent un peu trahi.

Tout ça pour dire que le scepticisme vis-a-vis des vaccins est compréhensible. Se demander si un médicament est vraiment utile, s’il est vraiment sûr, ce n’est pas insensé. Les parents inquiets ne le sont pas sans raison même si elles sont mauvaises. Et puis vous avez les antivax, et c’est une autre catégorie. Ceux-là ne doutent pas, ils sont sûrs de leur combat, de leur idéologie. Et leur prosélytisme agressif prêche un anathème définitif : les vaccins sont une invention dangereuse

Et pourtant les faits leur donnent tort, constamment. Les vaccins ont sauvé des millions de vie, ont épargné à d’autres les séquelles d’affections graves. Nous serions moins nombreux ce soir dans cette émission sans les vaccins sur lesquels nous allons tenter de dire des choses vraies, intéressantes et utiles avec trois invités, professionnels de la santé qui déclarent n’avoir aucun conflit d‘intérêt avec l’industrie médicale.

Regarder l’émission.

Invité : Didier Pachoud.

Président du GEMPPI.

Emission enregistrée à Nancy le 2 novembre 2016.

Editorial

Nul ne voudrait être décrit comme une personne sectaire. Le mot « secte » fait peur ou fait rire, il a rejoint tout entier le registre de l’injure et de l’imprécation. Le sectaire, c’est toujours l’autre, celui qui refuse de changer d’avis, celui qui refuse d’être d’accord avec moi. Le sectaire, c’est toujours le méchant de l’histoire.

Sauf que les sectes, ça existe, et donc ça n’arrive pas qu’aux autres. Derrière les caricatures rassurantes où le grotesque des gourous et la stupidité des adorateurs nous permettent de nous convaincre, chacun de nous, que jamais nous ne tomberions dans un piège aussi grossier, il y a une réalité toute simple : les gens qui tombent dans des sectes ne savent pas qu’elles tombent dans des sectes.

Les victimes de ces mouvements ne sont pas plus bêtes ou moins instruites que les autres. Croire le contraire nous arrangerait bien, cela nous donnerait le sentiment que ce qui se produit dans le monde n’arrive pas sans raison. L’exercice de la pensée critique nous force à nous débarrasser de ce genre de préjugé.

Une secte, c’est dangereux, parce que ça ne ressemble pas à une secte. Les méchants manipulateurs, ils sont certes manipulateurs et ils sont sans doute méchants, mais quand ils le sont, eh bien c’est parce qu’ils le sont qu’on leur accorderait le bon Dieu sans confession. Ceux qui ont l’air d’être des aigrefins, des pervers et des filous, ceux-là sont bien moins efficaces dans leurs méfaits. Ce sont les autres, les plus séduisants, les plus affables qui peuvent faire de grands dégâts.

Quand on dit secte, on pense à gourou et on pense sans doute à Raël et à son cortège d’élucubrations soucoupiste et de messages venus des étoiles. On se dit qu’il faut y aller, quand même, pour avaler des histoires pareilles. Il ne nous vient pas forcément à l’esprit que la porte d’entrée dans des mouvements sectaire n’est pas toujours frappée du sceau du paranormal, du spirituel ou de l’irrationnel, en tout cas au premier abord.

À côté du saugrenu et du loufoque, les sectes qui réussissent sont celles qui font croire qu’elles peuvent aider les individus à aller mieux, à se débarrasser d’un mal-être, d’une angoisse, elles répondent à des besoins qui n’ont rien de ridicule !

Le bien-être, les médecines douces, la pseudo-diététique et toutes les pratiques liées au ressenti de la personne dans son corps et dans sa vie… sont un nid de propos creux mais rassurants, de pratiques et de soins inefficaces mais engageants, et on est souvent bien loin de la magie, des esprits ou des discours religieux, car les sectes s’habillent désormais de scientificité. À travers l’usage d’un jargon impressionnant, une usurpation des codes de la communication scientifique et un recyclage des concepts habituels autour de l’antagonisme entre un monde externe brutal, agressif et l’environnement du groupe jugé épanouissant et protecteur, les sectes d’aujourd’hui passent parfois inaperçues. Mais leurs conséquences sont réelles, et parfois irréparables.

La plus célèbre affiche sa stratégie dans son nom même : la scientologie. Et on entre en scientologie comme on entre en thérapie, pour se débarrasser de ce qui nous aliène, des mauvaises influences, et s’émanciper sur un chemin de vérité. Ironie des ironies, les victimes courent tout droit vers les dangers qu’elles veulent fuir.

Nous recevons ce soir Didier Pachoud du GEMPPI, le Groupe d’Etude sur les Mouvements de Pensée en vue de la Protection des Individus, pour comprendre mieux la mécanique des sectes, les vrais dangers, les solutions qui existent actuellement, pour qu’il nous aide à nous débarrasser des idées reçues sur ces sujets.

Nous intervenons en conférence à diverses occasions. Et c’est toujours un plaisir de travailler en public ! Toutes n’ont pas été enregistrées, mais voici de quoi vous donner un aperçu.

Néocast 2015

La première représentation de Vled & Mendax s’est faite en 2015 lors de la Néocast. C’était l’occasion de faire quelques expériences visuelles avec le public et de se rendre compte que notre cerveau n’a pas accès à grand chose de son environnement.

Geekopolis 2015

Intitulée Le Côté Obscur du Cerveau », pour répondre au thème du salon, cette présentation reprend le décalage entre réalité et perception déjà présenté ci-dessus.

 

Convention Nota Bene 2015 : Le Scepticisme dans l’Histoire.

Intervention d’Acermendax dans l’enceinte de la forteresse de Montbazon pour évoquer la longue et épineuse histoire du scepticisme, cette pensée qui dissous les certitudes sur son passage.

 

Videocity 2015

Grand salon du « Youtube-Game », Videocity c’est les vidéastes du Net sous l’angle de Youtube et sous le prisme des gens de la Télé. Autant dire que nous n’étions pas vraiment dans notre monde. Néanmoins, aller à la rencontre du public là où il est fait entièrement partie du travail.

 

La Conjuration Open Source #1 – Le Créationnisme

La veille de Vulgarizators, nous avons voulu organiser une petite rencontre avec des collègues sceptiques / zététiciens. Et avec ces gens les choses s’énchaînent très vite. En quelques échanges sur skype, nous sommes passés d’une discussion derrière un verre à un format vidéo enregistré en public. Organisé un peu à l’arrache, ce format nous donne envie de reproduire l’expérience… un de ces jours.

Vulgarizators 2015

Une soirée parfaite, à l’ENS de Lyon avec une belle brochette de collègues talentueux. Notre meilleure prestation de l’année !

 

« Le doute et l’erreur en sciences »

Notre première visite de Nice était un événement : la rencontre avec le papa de la zététique française, Henri Broch. Une jolie table ronde dans un bel amphithéâtre presque plein. Des choses comme ça, on veut en faire tout le temps.

 

Le Moyen-âge a-t-il réellement existé ?»

Convention Nota Bene. Le Moyen-Âge a-t-il existé (le Récentisme) ? 23 juillet 2016 à Montbazon lors du weekend des abonnés de Nota Bene

 

Invités : Stéphane Debove.

Président du Café des Sciences et auteur de la chaîne La Main Baladeuse et du blog Homo fabulus.

Emission enregistrée le 12 juillet 2016.

Editorial

Chers auditeurs, chers abonnés vous êtes des gens bien. La plupart d’entre vous n’ont jamais tué personne, ni même sérieusement songé à le faire. Vous n’avez sans doute jamais tué ni maltraité aucun mammifère de votre vie. L’image d’un être humain qui souffre, ou l’histoire d’un être torturé vous inspire tristesse, dégoût ou colère. Vous êtes des êtres moraux.

Vous êtes des animaux plus moraux que les autres en plus. Vous êtes plus sensibles aux injustices que nos amies les bêtes. Votre empathie est aussi plus prononcée. Ça veut dire qu’Homo sapiens n’est pas condamné à être une espèce d’enfoirés qui bouffent la planète. Bonne nouvelle, non ?

Non seulement vous êtes moraux, mais en plus, votre moralité est une chose extrêmement importante pour vous. Chacun d’entre vous s’estime sûrement plus moral que la moyenne. C’est scientifiquement prouvé. On a même prouvé que les détenus des prisons américaines s’estiment eux-mêmes plus moraux que la moyenne. C’est dire ! A croire qu’il nous est quasiment impossible de ne pas nous considérer nous-mêmes comme de bonnes références en matière de bien et de mal. Essayez donc chez vous, pour voir, s’il vous est facile de vous débarrasser de votre jugement moral pour accepter celui d’autrui. Vous trouverez sans doute la tâche bien plus dure que celle consistant à abandonner votre avis sur tout un tas d’autres choses. Comment cela se fait-il ?

Pourquoi notre sens de la morale nous est-il à ce point chevillé au corps ? Et puis pourquoi la morale déteint-elle sur tout ? Pourquoi la moindre polémique scientifique, politique, le moindre désaccord de voisinage retentit-il, invariablement, d’allégations d’ordre moral ? Les Homo sapiens mettent de la morale partout, constamment ils jugent du bien et du mal, et se placent toujours dans la première catégorie. Quand appel à l’autorité il y a, que ce soit la majorité, la tradition, Dieu ou la Nature, c’est toujours une autorité morale, et la morale de cette autorité est toujours parfaitement alignée avec celle de l’individu qui parle. Comment se fait-ce ?

Pourquoi agissons-nous ainsi si naturellement ? Pourquoi, si le darwinisme est vrai, ne sommes-nous pas des individus égoïstes luttant à chaque instant contre tous afin d’obtenir domination, contrôle des ressources, et meilleur succès reproductif ? Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans l‘histoire de notre espèce pour que nous ayons ces comportements bizarrement altruistes, ce sens de l’équité hypersensible, ce dégoût pour l’injustice et cet élan d’entraide devant quelqu’un qui souffre ou se trouve en danger ?

Quelle est l’origine de notre moralité ? Une question que nous poserons à notre invité, Stéphane Debove, docteur en psychologie dont la thèse portait justement sur le sujet.

 

Notre équipe a pu avoir accès aux locaux et au temps disponible de plusieurs chercheurs de l’Infrastructure Climeri-France, c’était sur le campus de l’université Pierre & Marie Curie. Nous voulions savoir comment travaillent les climatologues, comment ils construisent puis testent leurs modèles et ce qu’ils ont à répondre aux climatosceptiques (qu’on devrait sans doute appeler des climato-négationistes puisqu’ils nient les résultats d’un consensus scientifique).

Le résultat de cette opportunité, c’est une vidéo réalisée dans le cadre de la Fête de la Science qu’accompagnent les 3 entretiens complets, afin que vous ayez accès aux propos entiers des chercheurs plutôt qu’aux seuls morceaux choisis pour la réalisation du film.

La Terre, le climat et Homo sapiens

Les trois entretiens complets

 

 

 

Pour aller plus loin…

La chaîne Youtube du Réveilleur se penche sur le sujet du réchauffement climatique.

 

Un jugement moral qui ne dit pas son nom.

Proche parent de l’essentialisme, l’appel à la nature consiste à convoquer la nature pour justifier un jugement moral que l’on ne sait pas trop comment justifier autrement (c’est-à-dire rationnellement). L’appel à la nature peut bien sûr servir à expliquer des jugements tout à faits respectables, voire juste : l’eau de source est assurément une boisson saine, qui n’offre pas les désagrément d’autres breuvages sucrés ou alcoolisés… Mais on sait bien que les sophismes servent parfois à défendre des idées justes, ce qui ne rend pas les idées fausses, mais ne rend pas le sophisme correct.

Septième épisode.

Argument omniprésent et terriblement tentant, l’appel à la nature est à bannir des débats d’idée pour la simple raison que personne n’a le monopole de la « Nature » ni aucune définition vraiment opérationnelle ; c’est un mot fourre-tout, véritable auberge espagnole où chacun trouve ce qu’il y apporte. Chers amis, cessons d’invoquer la nature pour débattre du bien et du mal, trouvons d’autres manière d’évaluer les mérites des idées des uns et des autres.

 

Pour soutenir la poursuite de notre projet, visitez notre page Tipeee : https://www.tipeee.com/la-tronche-en-biais

 

 

 

Pour votre santé cognitive, consommez 5 pages zététiciennes par jour

 

Invités : Montezuma de la chaîne Linguisticae.

Emission enregistrée le 28 juin 2016.

Editorial

Comme vous le savez tous, les mots ont un sens. Et non seulement ils ont un sens, mais en plus ils ont une histoire. Le françois d’aujourd’hui n’a pas grand chose à voir avec la langue de nos aieux du moyen age. Aux oreilles d’un latin de l’Antiquité il ressembleroit à un sabir grossier. Notre langue n’est qu’un latin abâtardis qui ferait probablement honte aux anciens, et ils diraient « Bou diou mais tout se perd de nos jours ! ».

Et notre bon français continue de changer, tout comme les autres langues vivantes, et il serait vain de chercher à s’y opposer parce que c’est comme ça que ça marche. Les langues humaines sont dites “naturelles” (entre guillemets) parce que personne ne s’est levé un matin pour inventer le mot matin ou décider de l’accord du participe présent. Les choses se sont faitess à travers l’usage des populations. Les langues évoluent… Beaucoup proviennent de langues ancestrales qui ont divergés, se sont isolées, ont parfois échangé des mots, des tournures, ont perdu du vocabulaire tandis qu’un nouveau était créé. Bref, tout ça est assez darwinien.

Et pourtant, il y a aussi une part de construction, de réglementation dans les langues. On se fixe des règles communes pour pouvoir se comprendre, et heureusement parce que c’est un petit peu à ça que ça sert.

Nos langues actuelles sont donc à la fois le résultat de l’évolution non dirigée de ce caractère vital pour l’humain qu’est sa capacité à communiquer des idées complexes, mais aussi de l’action des communautés humaines sur leur propre langage. C’est un phénomène de culture et de nature, ce qui est une belle occasion pour se rendre compte que ces deux notions ne sont pas réellement antinomiques.

En tant que processus naturel et humain, les langues sont donc des objets de science que l’on peut étudier, décrire, expliquer à travers des disciplines qui exigent méthode et rigueur. La linguistique est une science. Cela veut dire, au cas ou en aurait douté, qu’on ne peut pas dire n’importe quoi sur le langage du moment que ça nous plait ou que cela semble faire avoir du sens ou de la logique. Le bon sens n’est pas un outil très performant pour la compréhension des phénomènes complexes si on ne lui adjoint pas de la pensée méthodique.

Et ce soir nous allons nous intéresser à l’aspect darwinien -ou non- des langues humaines avec Montezuma dont vous connaissez peut-etre le travail de vidéaste vulgarisateur…

Invité : Clément Charpentier.

Emission enregistrée le 14 juin 2016.

Editorial

« Pas de panique ! »

Douglas Adams en fait le message le plus important de son Guide du Voyageur Galactique. La Panique, c’est la peur sourde, la terreur totale et incompréhensible inspirée par le dieu Pan, le dieu des mystères. La panique est contagieuse, la panique est galopante, et la panique éteint complètement notre esprit critique, elle règle notre cerveau en mode “survie” et l’empêche d’élaborer la moindre pensée réflexive.

Alors, bien sûr, les dangers existent, et la panique peut avoir gardé en vie nos ancêtres quand leurs cousins un peu plus nonchalants passaient l’arme à gauche. Mais une réaction intuitive de cette sorte, si elle fut peut-être adaptée au mode de vie tribal qui a perduré pendant quelques centaines de siècles, n’est pas très efficace dans le monde moderne où des situations complexes réclament de notre part des réponses au moins un peu structurées.

La Panique Morale est une réaction de ce genre, que l’humain manifeste face à des pratiques, à des comportements “déviants” qui le mettent mal à l’aise et qui remettent en cause l’ordre des choses, sa jolie et délicate vision du monde. Puisqu’il se sent attaqué, il faut bien qu’il y ait un agresseur, un coupable, et l’humain raffole de l’idée du bouc émissaire, du coupable désigné contre lequel déchaîner sa frustration et son angoisse.

Il n’est pas nécessaire que l’humain se sente réellement menacé, qu’il éprouve de la peur. Il suffit qu’il soit offensé, outragé, dégoûté par quelque chose. Il suffit qu’il éprouve le besoin de faire disparaître ce qui le dérange.

Comme souvent on n’a pas besoin que quiconque soit à la manœuvre. Le phénomène suit la loi des boules de neige et s’auto-entretient. Il n’est pas nécessaire que quelqu’un ait provoqué la panique, que qui que ce soit l’ait désirée. Mais ceci étant, bien sûr, il est des situations où il est bien pratique d’éteindre l’esprit critique des individus, des situations où des humains en position de pouvoir vont chercher à attiser la haine des étrangers, l’indignation contre les casseurs, la suspicion contre les grandes industries, etc. pour que l’attention des gens soient obnubilée loin des affaires qu’on souhaite garder discrètes. Les manipulations de ce genre existent, c’est indéniable, mais pour mesurer leur efficacité il faudrait toutes les repérer, ce qui pose un petit problème d’échantillonnage.

Dans le paysage de ces dernières années, on trouve sans peine des exemples de la panique morale et de sa version pugnace et organisée : la croisade morale. C’est la Manif Pour Tous, c’est le soupçon permanent contre les jeux vidéos ou les jeux de rôle, c’est la guerre contre la drogue définie par principe comme la seule stratégie possible ; c’est aussi une composante de mouvements d’opinion contre les OGM, le nucléaire, une certaine forme de progrès. Et bien sûr la logique de la Panique Morale est parente incestueuse des théories du complot qui n’existent que par l’aversion qu’elles savent susciter envers leur bouc émissaire particulier.

Nous allons regarder d’un peu plus près ce que ces concepts peuvent nous apprendre sur notre manière de réagir individuellement et collectivement aux idées, aux comportements, aux propositions qui chagrinent notre vision du monde. Et pour cela nous recevons Clément Charpentier : mathématicien, informaticien et gesticuleur de conférence.

 

Références

Invités : Pouhiou de la chaîne Pouhiou, et membre de Framasoft.

Emission enregistrée le 31 mai 2016.

Editorial

Du bout d’un clic de souris ou d’un effleurement d’écran tactile ; au bureau, à la maison ou dans la rue, vous avez accès à l’Internet. À travers des écrans qui vous suivent partout, vous pouvez consulter quasiment tout ce que l’humanité actuelle sait de son présent, de son passé, de la nature, de l’univers et de la connaissance elle-même. Si nos ancêtres apprenaient que nous utilisons ces formidables moyens de communication pour partager des images de chaton, des chaines de mail ou des photos de nos parties intimes, leur incompréhension serait bien grande et ils auraient quelque motif à regimber devant notre facilité à juger primitives et frustres les générations qui nous on précédés.

Mais qu’il s’agisse de chercher un restaurant, un magasin, un artisan, de régler les démarches administratives, de vous documenter sur l’actualité, sur votre région, de rester en contact avec vos proches, même distants, de vous exprimer sur vos passions, vos créations, vos opinions, d’échanger, de débattre, de préparer un voyage ou d’en partager les photos, désormais tout cela se passe en ligne. Une partie toujours plus importante de notre vie est numérique, elle circule dans le cloud. Et si vous êtes, comme nous, relativement ignorants de la manière dont fonctionnent les logiciels, les sites, les serveurs, vous avez probablement du mal à savoir où ces informations transitent, qui peut y avoir accès, et à quelle fin on pourrait vouloir les archiver gratuitement pour vous.

“Quand c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit !” dit-on souvent.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’histoire d’Internet, et pourquoi il est devenu le lieu de l’exercice de beaucoup de nos libertés individuelles. Nous nous cantonnerons à la question de la valeur que nous attachons à ces libertés.

Aucun individu n’est le client de Facebook ou de Google. Ils ne vous vendent rien. Le fonctionnement de ces géants du numérique est similaire à celui des chaines de télévision ; vous êtes leur cheptail. Ils vendent à des annonceurs du temps de cerveau disponible. Ils récoltent vos données personnelles afin de faciliter le ciblage des messages publicitaires. Vous devenez plus faciles à manipuler. Les mêmes outils peuvent être utilisées dans le monde politique afin de vous rendre plus sensible à tel ou tel candidat. Doit-on l’accepter ?

Pour le moment les opérateurs ont l’obligation de traiter tous les paquets de données de la même manière, mais certains voudraient d’un Internet à deux vitesses où l’argent déciderait de l’accessibilité des pages. Les riches pourraient refaçonner votre paysage numérique dans un sens qui favorise leur enrichissement. Ce qui les en empêche, c’est le principe de la neutralité du net. Pour combien de temps ?

Pour bien comprendre la fragilité des libertés dont nous jouissons dans le prolongement numérique de nos existences, nous recevons un membre de l’équipe de Framasoft. Avec lui nous allons essayer de comprendre ce qu’est un logiciel libre, ce que le modèle libriste apporte à la fois en termes de liberté et de sécurité (si souvent antinomiques) et quels sont les choix que chacun d’entre nous peut faire pour aller dans le bon sens.