Archive pour la catégorie : La Tronche en Biais

La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Enregistré le 13 juin 2017 à la salle d’honneur de la bibliothèque de la faculté de Droit de Nancy.

 

Texte de présentation lu par Acermendax avant le débat.

Bienvenue à tous pour cette soirée débat durant laquelle nos deux débatteurs vont d’abord présenter leurs positions respectives puis échanger réponses et critiques sur ces positions avant que nous prenions les questions du public.

 

Je vous les présente tout de suite, par ordre alphabétique.

  • Yves Farge est physicien, membre de l’académie des technologies.
  • Pierre-Henri Gouyon est biologiste et chercheur au Muséum d’histoire naturelle

Ce débat est rendu possible grâce à l’Université de Lorraine, à l’événement Science & You et la participation du Festival du Film de Chercheur et de l’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique.

 

Avant de laisser la parole aux deux débatteurs de ce soir, je vais me permettre d’introduire la problématique.

Le thème de la soirée est le principe de précaution ; s’oppose-t-il au progrès ou bien est-il lui même un progrès ? Faut-il mettre en avant la précaution dans les télécommunications, les médicaments, l’agro-alimentaire par exemple ? Et je propose de démarrer avec un sondage :

Qui parmi-vous aime jouer avec sa vie, prendre des risques inconsidérés et courir droit vers le danger ? Levez la main.

 

Visiblement la majorité d’entre nous a une inclination spontanée vers la prudence. Il est probable que nous soyons en majorité les descendants d’ancêtres qui évitaient de se jeter du haut de la première falaise venue. Pour être un bon reproducteur, il faut rester en vie un certain temps. Mais la prudence n’est pas exactement la précaution. Ce n’est pas non plus exactement la prévention, et il faut sans doute commencer par faire ce petit distinguo avant que le débat n’ait lieu.

Mais juste avant cela je vous propose de poser deux autres concepts qui seront utiles dans le débat : le danger et le risque. À priori cela sonne un peu pareil, alors qu’en fait c’est très différent.

  • Un danger est une source potentielle de dommage, de préjudice ou d’effet nocif à l’égard d’une chose ou d’une personne
  • Un risque, c’est la combinaison de la probabilité d’occurrence d’un dommage et de la gravité de ce dommage.

Donc une chose très dangereuse peut représenter en réalité un faible risque. Par exemple un requin affamé c’est très dangereux, mais vous courez peu de risque d’être attaqué en vous baignant à La Baule. A l’inverse une piqûre de moustique ca ne semble pas bien dangereux, mais si vous êtes un Homo sapiens cela accroît considérablement votre risque d‘attraper des maladies mortelles. Et de fait dans le monde des humains, les piqûres de moustiques ont plus de conséquences que les morsures de requin.

L’autre nuance à considérer d’emblée, celle qui existe entre prudence, prévention et précaution.

  • La prudence concerne les dangers. On est prudent devant un gros chien parce que c’est dangereux, ou quand on monte à une échelle.
  • La prévention concerne les risques avérés, les risques connus. On parle de prévention routière et on comprend très bien ce que cela veut dire : réduire les occurrences des accidents et réduire la gravité des accidents qui se produisent malgré tout
  • La précaution, selon le principe qui désormais est dans notre constitution, concerne les risques potentiels, non avérés. Les activités humaines ont des effets sur notre environnement dont on ne peut pas mesurer toutes les conséquences. Mais parfois on peut considérer qu’il existe un risque d’effet néfaste grave sans qu’on sache l’évaluer. Le principe de précaution, d’une certaine manière, c’est une tentative de gérer l’imprévisible, ou en tout cas l’incertitude.

Le principe tel qu’il existe a pour but de nous éviter à tous, dans le futur, ainsi qu’à nos successeurs de regretter amèrement les choix que nous faisons aujourd’hui. Ce n’est pas un principe d’inaction, mais au contraire un principe d’action pour mesurer les risques et développer des alternatives ou des moyens de le réduire.

  • Mais comment on fait ?
  • Comment gère-t-on rationnellement l’incertitude des risques ?
  • Comment prend-t-on des décisions quand les dangers sont incertains ?
  • Le principe de précaution est-il utile ? Est-il bien employé ? Est-il compris ?
  • Moi-même lui ai-je rendu justice dans cette introduction ?

Enregistré le 7 juin 2017 au Musée Aquarium de Nancy.

Invité : Samuel Nowakowski

Editorial

Les humanités, c’est le nom donné à ce qui correspondait, durant l’Antiquité, à nos études secondaires. Plus récemment cela désigne les enseignements de grec et de latin. C’est un peu élitiste, ça sonne un peu vétuste, on se demande bien à quoi ça sert d’apprendre des quo vadis, des carpe diem, des acta est fabula ou encore des rosa, rosam rosae…

Et pourtant il y a un but derrière tout cela, c’est de s’approprier l’histoire des mots afin de les comprendre. Beaucoup de nos concepts les plus importants ne sont accessibles que via des mots : la liberté, le bonheur, la paix… la vérité ! Pour penser les concepts, il faut des mots bien fichus, efficaces, porteurs de sens.

Faire ses humanités, c’est donc s’inscrire dans l’histoire des mots, des représentations, c’est acquérir le pouvoir de forger de nouveaux mots qui soient compréhensibles, acceptés, partagés, et qui puissent contribuer à faire évoluer la manière dont ceux qui parlent avec ces mots vont agir dans le monde.

Tout cela peut paraître grandiloquent, et pourtant nous constatons tous qu’une transition s’est opérée ces dernières années. Il y a de nouveaux mots : le web, l’email, les communautés virtuelles, les podcasts… des mots qu’il faut apprivoiser pour comprendre ce qu’il se passe autour de nous ; des mots qui ne viennent pas de nulle part, qui ne se forgent pas par hasard, et dont le succès mérite bien qu’on s’y penche.

Notre siècle offre aux humanités un relooking, un update, ou disons-le en français un rafraîchissement, une mise à jour. Et nous allons parler ce soir des Humanités numériques, et de l’Humanisme qui l’accompagne, c’est-à-dire le constant effort de mettre l’humain au cœur des décisions et des processus.

La révolution numérique, que rien n’arrêtera désormais, nous oblige à penser en temps réel aux conséquences de nos choix, à ce que nos usages nous autorisent, à ce que nos habitudes nous interdisent, ou vice-versa.

Les prochaines années ne peuvent pas être envisagées, anticipées, organisées par des humains illettrés, imperméables aux concepts qui ont envahi nos vies professionnelles et intimes. Nous avons plutôt intérêt à ce que celles et ceux qui légifèreront demain comprennent la portée des mots qui font les lois. Nous avons besoin de citoyens éclairés, capables de dépasser la fixité fonctionnelle, ce biais cognitif qui nous enferme dans des usages quand nous oublions que les limites à la manière dont nous utilisons nos outils sont avant tout dans nos têtes, dans nos schémas mentaux.

Pour plus d’émancipation et d’épanouissement des individus, des chercheurs travaillent sur l’évolution de nos usages sur Internet, en particulier en contexte d’apprentissage ; et c’est justement le domaine de recherche de notre invité, Samuel Nowakowski, professeur d’informatique à l’Université de Lorraine et à l’école nationale supérieure des mines de Nancy.

 

Enregistré le 24 mai 2017 – Invité : Olivier Simard-Casanova

 

Editorial

Comment fait-on mesdames et messieurs ? Quand dix experts disent « hue » alors que vingt autres disent « dia » (ça vient de l’expression « à hue et à dia », c’est du vieux français pour dire à droite et à gauche dans un attelage, donc c’est de la culture). Comment fait-on, je vous le demande ?

Faut-il réduire les dépenses pour que l’économie aille mieux, comme on gère un ménage ? Où est-ce qu’un Etat se gère à renforts de grands projets qui boostent l’économie ? Et pourquoi pas un mixte des deux ? Il faut bien se décider parce que la santé de notre société, notre confort de vie, et la paix elle-même qui garantit nos libertés, tout cela dépend en grande partie de l’équilibre de notre économie.

Mais il faut se méfier de l’illusion de profondeur explicative qui nous affecte tous. Cette illusion est frappante : sur le fonctionnement des choses qui nous entourent nous pensons tous savoir un peu plus de choses que nous n’en connaissons réellement. Par exemple, savez-vous comment fonctionne une bicyclette ? Si oui, mettez cette vidéo en pause (sauf si vous êtes en direct où alors vous en savez moins sur Youtube que ce que vous croyez). Mettez cette vidéo en pause et dessinez sans aide extérieure une bicyclette vue de profil en faisant apparaitre les mécanismes qui la font avancer. On vous attend. Juste quelques instants. Voilà. Comme pour la plupart des gens, votre dessin n’est pas très exact, cette bicyclette ne fonctionnera pas.

Eh bien c’est la même chose avec l’économie, ayons l’humilité de le reconnaître.

L’économie c’est un peu plus compliqué que la gestion d’un ménage ou d’une entreprise. Des facteurs géopolitiques, de guerre économique, d’idéologie, d’écologie de sociologie, de psychologie entrent en jeu, et notre « bon sens » est une piètre source de connaissance sur des sujets aussi vastes.

C’est pourquoi nous avons besoin que des femmes et des hommes se mettent d’accord sur la manière de décrire le fonctionnement de l’économie afin de poser d’abord des diagnostics qui fassent consensus. Si nous ne sommes pas d’accord sur la situation de départ comment pourrions-nous prendre des décisions collectives pour améliorer cette mystérieuse situation ?

Une démarche méthodique ayant pour but de modéliser un phénomène objectivable… eh bien c’est de la science. On devrait donc pouvoir conclure que l’étude de l’économie peut être rangée dans la catégorie des sciences. Mais pour s’en assurer, il faudrait savoir ce qu’on entend par « étude de l’économie » et même par « économie ». Il faudrait que les méthodes aient un volet empirique, que les hypothèses soient réfutables, etc.

L’économie telle qu’on la voit dans les médias, telle qu’on la brandit en politique, telle qu’on l’enseigne dans les écoles de commerce ou ailleurs, est-elle la même chose que ce qu’on pratique dans les laboratoires de recherche ?

Nous allons nous poser ces questions et quelques autres ce soir avec notre invité : Olivier Simard-Casanova, doctorant en économie et auteur du blog The Signal (anciennement Passeur d’Eco).

 

La chanson de la Tronche en Biais

Une tentative d’exprimer en musique la posture sceptique qui nous semble vitale pour éviter de persister dans l’erreur. Musique de Vled Tapas. Paroles d’Acermendax.

Nous avons récidivé avec cette autre chanson : « l’esprit ouvert »

Le monde est complexe
Mon pauvre cortex
Silencieux Sysiphe
Frêle et combattif
Veut tout savoir
Ne veut plus croire
Encombrant espoir

Partout sur la Terre
D’effarants mystères
L’ignorance est grande
Et je me demande
Si ma ferveur
Était un leurre
Suis-je dans l’erreur ?

Que dissimule l’effet placebo,
L’inconscient psychanalytique ?
Comment fonctionne la mémoire de l’eau ?
Ta gueule, c’est quantique !

Des dogmes pavent ma route
Pourtant j’ai comme un doute.

Me voici largué
Comment distinguer
Une juste hypothèse
D’une autre fadaise ?
Cela réclame
la fine lame
Du rasoir d’Ockham

Pour construire les plus grandes pyramides
Sans les annales akashiques
Faut-il de la famille en Atlantide ?
Ta gueule c’est quantique !

Des dogmes pavent ma route
Pourtant j’ai comme un doute.

Nul n’échappe aux paréidolies
Aux mirages des lois des séries
Aux pentes naturelles de l’esprit

Des dogmes pavent ma route
Pourtant j’ai comme un doute
Si elle n’est pas réfutable
Une idée n’est qu’une fable

Enregistré le 3 mai 2017 – Invité : Usul.

 

Editorial

Qui parle encore de vérité de nos jours ?

Il faut être bien téméraire pour prétendre la détenir. Les philosophes et les scientifiques ont abandonné l’illusion de connaître le monde tel qu’il est. Nous avons appris que notre perception du monde est pro-active. Nous ne voyons que ce que nous cherchons, ce que nous sommes habitués à voir, ce que nous nous donnons les moyens de voir, et guère plus que ce que nous sommes en mesure de comprendre. Nous n’avons accès qu’à une représentation du réel, imparfaite et donc forcément un peu fausse.

Dans le monde politique on a moins de pudeurs, et on nous promet la vérité, quitte à la dépeindre à l’aide de faits-alternatifs, à l’éclairer sous un angle exclusivement idéologique, à instrumentaliser l’ignorance de nos semblables pour leur faire croire à des solutions recyclées, packagées, marketées et calibrées à l’aune des urnes électorales.

La zététique, c’est-à-dire l’art du doute, n’a pas pour seul usage de confondre les gourous et les escrocs, de débunker les médecines frauduleuses et les informations frelatées. Elle est d’abord un moyen d’examiner ce que nous croyons être vrai, et les raisons pour lesquelles nous tenons cette opinion. Que ce soit en matière de religion, de philosophie, de morale ou de politique, partout où nous n’avons pas facilement accès à des preuves déterminantes que X est vrai ou que Y est faux, dans tous ces domaines, faute de mieux, nous devons douter, c’est-à-dire cultiver un doute raisonnable et méthodique.

La zététique est donc un outil que l’on aurait tort de ne pas employer pour douter à bon escient des diagnostics et des remèdes proposés par le personnel politique censé servir l’intérêt général. Cela ne fera pas de nous des politologues, des experts en commerce extérieur, en géopolitique, en régulation des marchés ou en droit international, mais cela peut contribuer à dissuader ceux qui veulent être élus d’employer des artifices rhétoriques déloyaux. Ce serait déjà pas mal.

Ce rapport du monde politique à la vérité, aux faits, aux interprétations sera le sujet de notre émission de ce soir avec Usul. Avec lui nous nous demanderons notamment si la politique peut être une science. Mais avant de lui donner la parole, disons un mot sur le concept de neutralité.

Eh oui, la neutralité a été invoquée à plusieurs reprises dès l’annonce de cette émission il y a plusieurs jours. Usul ne cache pas la latéralisation prononcée de son analyse sur le monde. Il assume la couleur idéologique des valeurs les plus précieuses à ses yeux. Tout le monde n’est pas d’accord avec ses opinons, il le sait et il le vit bien, ou bien il aura l’occasion de démentir cette information dans un instant. Sa présence ici a suscité des questionnements. La Tronche en Biais ne serait pas neutre et impartiale en lui donnant la parole.

Car il faudrait apparemment que nous soyons « neutres » afin d’être fiables. Il faudrait gommer totalement nos opinions personnelles quand nous traitons un sujet en lien avec la société, et d’une certaine manière atteindre une sorte d’objectivité ataraxique qui validerait nos propos.

 

Cela semble discutable, aussi nous en doutons. D’une part parce que d’une certaine manière tout est politique, toute prise de parole publique s’inscrit dans un contexte et a de possibles répercussions sur nos représentations respectives. Et puis surtout parce que nous sommes tous biaisés, nous avons tous un point de vue, et il serait dangereux de vouloir le nier en affectant une « neutralité » qui n’est qu’un moyen de faire passer son point de vue pour la normalité.

Rappelons au passage que quand un fort agresse un faible, le neutre se rend complice du fort. La neutralité n’est donc pas une vertu en soi, et elle est souvent une imposture. Parfois, dans un débat, l’une des deux parties a tort, complètement et simplement tort. Parfois même les deux parties ont tort ! —suivez mon regard—  On se demande au nom de quoi l’on devrait nécessairement adopter une neutralité, au milieu, sous prétexte que le débat est de nature politique.

Bien sûr, il ne faut pas se montrer partial, injuste, motivé par le seul désir de valider nos idées, cela s’appelle faire preuve d’honnêteté. Et nous défendons l’honnêteté d’un propos qui assume se fonder sur des valeurs. Aussi, mesdames et messieurs, nous ne sommes sans doute pas neutres dans notre approche, pas plus que quiconque, mais cela ne peut pas être bien grave car nous sommes sceptiques.

Et cette posture nous permet d’éviter de croire ce qui n’est pas prouvé, et de réclamer de bonnes raisons d’accepter ce qu’on nous dit. La neutralité n’est pas utile quand on sait douter.

Mais demeure la question de la vérité que nous aborderons ce soir. Le vrai, le réel, et le politique. Usul, vous avez deux heures !

Enregistré le 19 avril 2017 – Invité Oriane Piquer-Louis

 

Editorial

Vous êtes sur Internet, un environnement inventé par des chercheurs hippies shootés au LSD qui voulaient pouvoir s’échanger des fichiers librement. Le monde serait différent si l’origine de l’Internet était autre. Car l‘architecture du net, son fonctionnement, ses protocoles, découlent directement des idéaux et des objectifs de ces hippies des campus américains.

Nous avons hérité d’un réseau qui s’auto-alimente et s’organise autour des échanges et de l’idée qu’il n’existe pas de point central, pas de racine. C’est le principe d’un réseau, un ensemble de nœuds connectés les uns aux autres, sans point d’origine, sans repère supérieur prééminent. Cette structure horizontale garantit la fluidité des échanges et l’égalité des internautes devant l’accès à l’information et à l’expression.

Car c’est là que réside la révolution apportée par Internet. Nous sommes désormais tous des sources potentielles d’information, et plus seulement des destinataires. Nous sommes en mesure de publier une image, un article, une œuvre, une réflexion, un témoignage qui sera disponible pour la totalité des membres du réseau (plus ou moins). Mais pour que votre contribution ait une chance d’atteindre un public, pour éviter que des annonceurs contre écus sonnants et trébuchants acquièrent le droit de monopoliser l’accès aux lecteurs, d’obtenir un Internet à deux vitesses afin de promouvoir encore plus leurs contenus, leurs produits, leurs marchés, nous avons besoin de ce qu’on appelle la neutralité du net.

Consultons Wikipédia, au sujet de laquelle il est sans doute bon de rappeler qu’elle est l’encyclopédie la plus fiable à ce jour (cela ne veut pas dire qu’elle est parfaite, mais si un article vous semble contenir des erreurs, vous avez le droit de râle mais aussi celui de râler ET de contribuer à améliorer son contenu). Bref, consultons Wikipédia qui a u article sur la neutralité du net

« principe devant garantir l’égalité de traitement de tous les flux de données sur Internet. Ce principe exclut par exemple toute discrimination à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau.»

De par le monde, les puissants habitués à une organisation verticale de la société dans laquelle ils ont le contrôle de l’accès à une parole publique ont réagi à l’expansion de cet espace décentralisé sans hiérarchie en l’appelant une « zone de non-droit », en utilisant une rhétorique de la peur, en cherchant à réguler à toute force un phénomène dont la liberté et la croissance rapide les a pris de cours. On en arrive à se demander si nos élus comprennent quoi que ce soit à Internet et sont bien inspirés, bien informés, et bien compétents quand ils légifèrent à ce sujet.

Mais nous-mêmes dans la Tronche en Bais ne comprenons sans doute pas tout non plus, et c’est pourquoi nous chercherons ce soir à en comprendre un peu plus avec vous en recevant Oriane Piquer-Louis, informaticienne, chercheuse, membre de la Quadrature du Net et surtout Vice-Présidente de la FFDN.

 

Enregistré le 5 avril 2017 – Invité Eric Maillot

 

Editorial

Quarante-deux est la réponse. Je vous renvoie vers l’œuvre de Douglas Adams pour en avoir le cœur net. Une réponse brève pour illustrer que le gros du travail est souvent de trouver quelle question a du sens et quelle autre n’est que perte de temps.

L’humain se pose des quantités de questions existentielles. Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi mourons-nous ? Pourquoi souffrons-nous ? Pourquoi est-ce toujours la fille d’attente d’à côté qui avance plus vite ? Et ces questions sont parfois pertinentes.

Sommes-nous seuls dans l’Univers ? En voilà une bonne question. Ya-t-il d’autres formes de vie ? A quoi ressemblent-elles si elles existent ? A quoi nous attendre si nous les rencontrons ? Les extraterrestres sont-ils déjà parmi-nous ?

Faut-il croire que les ovnis sont la manifestation de la présence de tels étrangers ? De très nombreuses personnes en sont convaincues. Les tenants de l’hypothèse exotique comme on les appelle ne sont pas juste des fous en plein délire. Ils ont des arguments, ils ont des raisons de défendre ce point de vue. Toutefois on n’a jamais vu de preuve de la réalité de ce phénomène exogène. A chaque fois qu’un cas est résolu, qu’un mystère est dissipé, l’explication est toujours terrestre, prosaïque, et presque banale. Il y a donc de bonnes raisons de ne pas croire aux visites des extraterrestres.

Ce soir nous ne trancherons pas mais nous essaierons de comprendre comment on peut être u Ufologue tenant ou un ufologue sceptique avec notre invité qui a passé du temps des deux côtés du spectre. Eric Maillot, auteur du livre « les ovnis du CNES » nous rejoindra pour évoquer son parcours et quelques cas exemplaires d’ufologie.

Mais avant cela, nous allons nous intéresser à des questions préalables, au calme, entre nous. Nous allons parler de la vie dans l’univers. Car avant d’être visités par nos voisins, encore faut-il que ces voisins existent, et on doit donc poser la question de la vraisemblance de l’existence d’une vie ailleurs que chez nous.

https://www.youtube.com/edit?o=U&video_id=mcJ9AQbvKMA

 

Enregistré le 15  mars 2017 – Invités Sylar (de Sylartichot) & Samuel Buisseret (Fake?)

 

Editorial

Youtube a 12 ans et quelques millions de vidéos. Nous regardons collectivement plus d’un milliard d’heures de vidéo sur ce site chaque jour. On y trouve des discours, des sketchs, des court-métrages, des chats, des morceaux de film, de série, de journaux et des chats. On y trouve des histoires, des témoignages des documentaires, et parmi ceux-là plus d’heures de vidéo que vous ne pourrez en vivre concernent des phénomènes paranormaux.

Combien d’ovnis captés par des appareils à la focale défectueuse ou truqués par photomontage, combien d’esprits frappeurs, d’exorcismes, de démonstrations de télékinésie, de transes, de communication avec l’au-delà, de cités perdues, de tables tournantes et de créatures bizarres ?

Eh bien beaucoup ! Tant et tant qu’on devrait dans le lot trouver de quoi prouver définitivement ce que l’on classe aujourd’hui au rang des croyances. Tant de chasses aux fantômes ont rapporté des images déroutantes ; c’est bien qu’il y avait là-bas quelque chose à trouver, il suffit d’y retourner, de chercher avec méthode, et alors on élucidera des mystères. Mais les mystères qu’on nous vante et qu’on nous vend s’évertuent à perdurer, et la croyance devient un entêtement.

Depuis douze ans, sur Youtube, nous avons accès à plus d’images qu’aucun de nous ne pourra en voir dans son existence, mais les grandes croyances liées au paranormal demeurent improuvées. Cela n’empêche pas qu’on entende dite le contraire tous les jours. Ceci est prouvé ! nous dit-on sur les forums, sur les réseaux, dans les commentaires.  Et la preuve en question, bien souvent est un lien vers une vidéo mal fichue. Il est à craindre, mesdames et messieurs, que Youtube soit un médiocre outil pour prouver la réalité de quoi que ce soit.

Se pose donc la question de ce que le public attend, de ce qu’il pense pouvoir appendre sur le monde à travers Youtube. A vrai dire la question se pose aussi au sujet de la télévision, laquelle nous donne tous les jours des raisons de la débrancher. Mais il ne vous aura pas échappé sur nous sommes sur le web et plus précisément sur Youtube. La charité bien ordonnée dirige donc tout naturellement notre questionnement sur ce média-là.

Et nous recevons Sylar dont la chaîne Sylartichot s’intéresse aux phénomènes étranges, aux mystères. Mais pas n’importe comment. C’est avec Sylar, que nous avons réalisé la vidéo « Esprit critique es-tu là ? » sur la manière de tester ce que nous croyons pouvoir interpréter lors d’une séance de spiritisme. Avec lui nous parlerons de la place du paranormal sur Youtube, de la manière dont il est traité, du public qui s’y intéresse, et du problème de la véracité, de l’honnêteté de ceux qui nous montrent des images estampillées véridiques, mais qu’entoure un fumet de soupçons.

Loki Jackal, notre Loki a nous, sera partie prenant de la discussion, car il connait bien le sujet lui aussi. Et dans la troisième partie, nous aurons un invité supplémentaire, j’ai nommé Samuel Buisseret.
Nous ne sommes pas à l’abri de passer une bonne soirée, et nous accueillons tout de suite Sylar.

 

Enregistré le 13  mars 2017 – Invité  Laurent Gouyneau Freeman.

 

Editorial

On trouve tout, absolument tout sur Internet. La masse de l’atome de molybdène[1], la date de naissance de Céline Dion, l’aire de répartition du genre Drosera, le texte du Traité de Rome, le traitement secret contre le cancer à base de jus de légumes, les preuves de la vie après la mort, l’autopsie d’un alien, des photos floues du yéti, les miracles du Coran, et tous les complots que vous pouvez concevoir, plus d’autres encore qui dépassent votre imagination.

La quantité de données à notre disposition excède de très loin ce que chacun d’entre nous est physiquement capable de lire. À cela s’ajoutent la barrière de la langue et celle de la technicité, car nous ne sommes pas tous en mesure de comprendre les mêmes choses. Devant cette marée d’informations de qualité diverse, nous devons donc faire des choix et laisser de côté la grande majorité des textes, des podcasts et des vidéos qui sont publiés tous les jours.

Comment nous faisons ce choix va déterminer à quelles idées nous nous exposons, et donc la manière dont nous nous représentons le monde. Ceux qui font le choix de s’exposer à des informations fausses ne savent sans doute pas qu’elles sont fausses. Et puisqu’ils ne savent pas qu’elles sont fausses, ils vont les utiliser pour se construire une représentation du monde qui a toutes les chances d’être biaisée et très éloignée de la réalité.

Pour qui est dans une démarche de recherche vers plus de compréhension du monde, la question du choix des informations auxquelles se fier est primordiale.

Si vous consultez un site nommé Stop Mensonges, c’est que vous pensez qu’une partie de ce qui circule dans les médias est non seulement faux, mais encore mensonger. Des informations sont diffusées dans l’intention délibérée de vous induire en erreur. Et c’est bien possible, mais en toute rigueur ce soupçon doit s’appliquer à Stop Mensonges lui-même et il faut donc trouver un moyen d’évaluer la confiance que l’on peut accorder à cette source comme aux autres.

Pour en parler nous recevons Laurent Freeman, le webmaster de StopMensonges.

[1] La réponse est 95,95.

***

Première partie sur La Tronche en Biais.

 

Deuxième partie de l’entretien

Script de l’épisode

Introduction

Vled dans la Bibliothèque Stanislas.

La science nous éclaire sur le fonctionnement du monde, sur la matière qui le compose. C’est l’approche naturaliste : expliquer la nature par les manifestations même de la nature plutôt que par des concepts imaginaires ou des scénarios attrayants.

En science, on emploie une méthodologie matérialiste. Rien à voir avec une idéologie, ce matérialisme méthodologique forme un cadre à l’intérieur duquel nous savons que nous pouvons produire une connaissance valide, solide, vérifiable.

Et justement, la démarche comporte toujours un volet empirique : on se donne les moyens de tester les hypothèses par l’expérimentation.

C’est un travail ardu, complexe, qui requière beaucoup de temps et d’efforts. Et les résultats ne sont jamais garantis. Alors on peut se poser la question. Est-ce suffisant ? N’y a-t-il rien d’autre à découvrir ?

Et par exemple on pourrait bien se tromper complètement sur la nature des phénomènes lié à l’esprit, lié aux esprits.

Le spiritisme est une doctrine et une pratique tournée vers le monde des esprits. Il existerait des entités immatérielles avec lesquelles l’humain pourrait interagir, dialoguer. Une telle hypothèse est passionnante. Si elle est exacte, il faut que le monde le sache.

Mais comment savoir ?

Comment tester cette hypothèse et passer du statut de croyance à celui de connaissance ? Nous avons été contacté par le vidéaste Sylar afin de l’accompagner sur le terrain et d’exercer un regard critique sur une séance de spiritisme proposée par une jeune femme nommée Farah. J’ai envoyé ma meilleure équipe pour réaliser cette mission.

Acermendax et Loki Jackal se sont déplacés en personne dans des contrées éloignées pour vous rapporter les images qui vont suivre.

Les protocoles utiles.

  1. Test en aveugle (1)
    • Utiliser des cartons où figurent les lettres et chiffres plutôt q’une planche oui ja.
    • Une fois le contact établi, retourner et mélanger les cartons. Numéroter leur verso.
    • Hypothèse testée : l’esprit peut répondre même quand les participants ne voient pas les lettres.
  2. Test en aveugle (2)
    • Bander les yeux des participants un par un. Attendre d’obtenir au moins une réponse avant de bander les yeux du suivant.
    • Hypothèse testée : un seul participant est responsable des réponses. Quand il est aveugle, les réponses perdent leur pertinence.
  3. Information externe
    • Jeter 4 dés dans une boite ouverte sans que personne n’en voit les résultats.
    • Demander à l’esprit de lire les dés.
    • Hypothèse testée : une entité peut avoir accès à des informations que ne possèdent pas les participants.
  4. Le contact du verre.
    • Découper deux feuilles de papier aux dimensions de la surface du verre où les participants posent leurs doigts.
    • Frotter les feuilles avec du savon. Placer les deux feuilles en contact avec leurs faces savonnées. Déposer ce sandwich sur le verre.
    • Hypothèse testée : le verre se déplace seul, les doigts des participants ne font que suivre. (si tel est le cas, alors la feuille de papier du dessus sera en retard sur le mouvement du verre)

Conclusion

L’approche rationnelle de la séance à laquelle vous avez assisté nous a permis de réaliser plusieurs choses. D’abord nous avons pu dialoguer avec une personne qui croit dans l’existence des esprits. Nous avons pu nous mettre d’accord sur un moyen de tester cette croyance. Nous avons mis en place un protocole, validé par tous. Nous avons analysé les faits observables par chacun. Enfin, nous avons pu aboutir une conclusion commune.

Tout cela s’est déroulé avec cordialité, avec respect et avec méthode.

Nous n’avons pas prouvé que notre hôte était malhonnête et cherchait à nous manipuler. L’inverse non plus n’a pas été prouvé. Laissons donc cette question de côté. Nous n’avons pas prouvé que le spiritisme permet réellement de dialoguer avec un esprit… mais nous n’avons pas non plus prouvé le contraire. Nous n’avons pas prouvé l’inexistence des esprits.

En effet on peut imaginer mille hypothèses nouvelles pour rendre compatible notre expérience avec l’existence des esprits. C’est sans fin et c’est épistémique injuste : il est parfois difficile de prouver l’existence d’un phénomène, mais il est souvent impossible de prouver son inexistence.

En conséquence, si les esprits n’existent pas, tout continuera exactement comme aujourd’hui, avec les mêmes allégations, la même absence de preuve. S’ils existent, en revanche, on devrait s’attendre à des découvertes qui ne viennent pas. Chacun est libre d’en tirer ses conclusions personnelles.

 

Une chose a été prouvée au cours de cette expérience ; c’est qu’il est possible aux gens de bonne volonté de se mettre d’accord sur la manière de tester des hypothèses, même quand elles sortent du cadre des objets de la science classique.

Si on propose l’existence d’une entité capable d’interagir avec l’être humain, alors cette interaction est testable, et elle entre dans le champ d’action de la méthode scientifique. Mais avant d’échafauder des thèses, des scénarios et de savantes explications sur les manifestations du paranormal, faisons preuve d’humilité et vérifions que des explications prosaïques ne suffisent pas à rendre compte des faits.

Pour juger avec prudence et méthode, suivons le conseil de scepticisme de Fontenelle : « Assurons-nous bien du fait avant de nous inquiéter de la cause »

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En complément : la vidéo de Sylar réalisée sur cette même expérience.