La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Dans l’arsenal des gros raccourcis bien pratiques auxquels notre cerveau a recours pour se faire rapidement une idée sur une situation, c’est-à-dire plus vite que la vitesse de la pensée, c’est-à-dire à la vitesse des préjugés, on trouve une erreur particulièrement courante et dramatique : celle qui nous pousse à surestimer les causes intrinsèques, internes aux individus devant les causes extrinsèques, contextuelles.
L’erreur fondamentale d’attribution  n’est pas sans rappeler l’essentialisme dont nous avons déjà parlé, et elle est bien pratique pour façonner des petites narrations ad hoc que nous avons traité dans la vidéo sur la rationalisation. On voit bien que tous ces biais s’interpénètrent, se renforcent l’un l’autre et nous tendent des pièges redoutables et invisibles.

A cause d’eux, nous aboutissons en toute bonne foi à des jugements injustes qui perpétuent des inégalités et des violences dont, en réalité, la plupart d’entre nous conviendraient sans doute qu’il faut les combattre.

Invité : Nathan Uyttendaele (Créateur de La Statistique Expliquée à mon Chat)

Enregistré mercredi 19 juin 2018. Amphithéâtre Déléage de la Fac de lettres. En Partenariat avec l’Université de Lorraine et Science & you.

Editorial

Des mystères nous entourent, de l’intérieur des particules élémentaires jusqu’au bord potentiels de l’univers, nous baignons dans une réalité qui n’est pas spécialement intéressée par notre avis sur la valeur du nombre pi ou la masse de l’électron. Nous nous retrouvons dans un monde sans mode d’emploi, novices à chaque étape de notre vie, incertains de ce que pensent les autres, de quoi demain sera fait, de la stabilité géopolitique et du retour de bâton de la biodiversité et du climat. L’incertitude est partout et elle nous angoisse.

Heureusement, nous ne sommes pas complètement ignorant. On a compris quelques petits trucs sur la manière qu’à la matière d’interagir avec elle-même, sur la dissipation de l’énergie, sur la mécanique, la biologie, la psychologie et même la sociologie… Il reste du travail, mais soyons encouragés par les brillantes réussites de la science. C’est grâce à la science que nous avons percé l’un des plus déroutants mystères de tous les temps : celui de la tartine.

Nous savons tous, nous l’avons vu : la tartine tombe toujours du côté du beurre — ou de la confiture ou de la pâte à tartiner à l’huile de palme qui tue les orangs-outangs. La tartine, toujours, tombe du mauvais côté. Par quel mystérieux hasard la tartine sait-elle comment elle doit s’y prendre pour gâcher notre petit déjeuner ? Eh bien désormais cette grande question est résolue. La tartine qui tombe de la table de la cuisine est attirée par le sol selon un certain vecteur d’accélération, elle bascule dans le « vide » avec un mouvement angulaire initial. Son poids n’est pas uniformément réparti, la densité du beurre ou de la confiture dépassant celle de la mie de pain. La taille de la tartine est corrélée à la taille de l’humain qui prend son petit déjeuner. Mais c’est également le cas de la table. Le rapport entre la longueur de la tartine et la hauteur depuis laquelle elle chute n’est pas dû… au hasard. La taille de l’humain est par ailleurs liée à la force d’attraction qui précipite la tartine vers son destin.

Il suffirait que nous tartinions moins, ou bien sur du pain plus dense, des tartines beaucoup plus longue ou au contraire bien plus courtes, en déjeunant sur une table basse, pour que les drames cessent. Cette solution nous est offerte par la puissance explicative de la science, mesdames et messieurs.

Cet exemple nous montre combien un phénomène même trivial se trouve déterminé par des facteurs qui entretiennent entre eux des relations. Ce sont ces relations qui permettent d’établir des règles, des lois, mais tout cela se cache derrière le bruit de fond du hasard produit par tous les autres facteurs que nous ne savons pas isoler. Un bruit de fond souvent trop dense pour qu’on y voie quoi que ce soit.

Il faut beaucoup d’efforts, d’imagination, de rigueur pour trouver des méthodes fiables d’isoler dans le bruit les petits signaux qui peuvent nous en dire plus… « La science c’est un jeu dont la règle du jeu consiste à trouver quelle est la règle du jeu ». La formule est de François Cavanna, et elle résume bien la démarche et en particulier le rôle d’une petite famille de scientifiques qui s‘attachent à traquer les corrélations et d’abattre à mains nues celles qui ne sont qu’illusoires. Ce sont des brutes. Ce sont, bien sûr, vous l’aurez compris : les statisticiens.

Un spécimen de cette catégorie farouche de savant nous a rejoints ce soir. Vous connaissez sa voix, car il est le maître d’Albert, le félidé de la chaine « La statistique expliquée à mon chat » et il vient nous parler des joies, des douleurs et du rôle de plus en plus central de la statistique dans la conduite de la recherche scientifique. Bonsoir Nathan Uyttendaele.

Tronche de Fake #3

Depuis 50 ans des figures géométriques sont retrouvées dans les champs de céréales. On entend dire que ces agroglyphes seraient des messages d’intelligences non humaines, peut-être extraterrestres, et les spéculations vont bon train. Mais ceux qui prétendent détenir la vérité sur ces Crop Circles savent-ils de quoi ils parlent ? Ont-ils pris soin de tester la solidité de leurs hypothèses ? Et si on tentait une expérience pour vérifier cela ?


Ah, et pour la philosophie de la démarche, lire ce message aux exoticiens.


Cette vidéo fait partie d’un projet collectif avec des collègues vidéastes qui publient leurs propres vidéos aujourd’hui-même !

Vous pouvez donc regarder la nôtre, mettre un pouce, partager puis filer regarder le travail des copains :

A voir sur Defakator

A voir sur Hygiène Mentale

A voir sur Un Monde Riant

A voir sur Astronogeek

 

 

Invités :  Amélie Vialet, paléoanthropologue — Bernard Godelle, biologiste de l’évolution.

Enregistré le 8 août 2018 au Musée préhistorique de Tautavel.

Pour sourcer et vérifier les propos avancés dans cette vidéo : https://captainfact.io/videos/gmXa

Editorial

Si vous nous écoutez, c’est selon toute vraisemblance que vous êtes un Homo sapiens. Vous n’y êtes d’ailleurs pour rien, pas plus que dans le génie de Victor Hugo ou la victoire de l’équipe de France de foot. Vous êtes un humain ou une humaine parce que vos parents en étaient eux aussi.

Il y a sur Terre une seule et unique espèce humaine. On n’en a pas toujours été sûr. Fut un temps où l’on se questionnait sur l’humanité des peuples jugés non civilisés. Dans certaines cultures, le mot humain ne désignait que les membres de ladite culture. Il nous a fallu du temps pour apprendre, comprendre et admettre que les noirs d’Afrique, les jaunes d’Asie, et tous les autres autour de nous étaient beaucoup moins différents qu’on avait pu le croire. Toutes les populations humaines sont interfécondes. Toutes ont une histoire que l’on peut retracer, qui commence en Afrique, dans une région où les habitants actuels présentent la variabilité génétique la plus importante au monde : ils sont les héritiers de la population ancestrale, quand tous les autres sont les descendants de ceux qui ont migré.

Car l’humain est un grand voyageur, il s’est installé un peu partout, sur des territoires qui n’étaient pas les siens, sur une Terre sans frontière qui n’a pas de raison de se sentir en sa possession, dans des paysages qui étaient là avant nous, et même avant ceux qui étaient là avant nous. Parce que la science avance, on n’a jamais su autant de choses sur l’histoire de notre espèce, et en 2018 plus que jamais, personne ne peut ignorer –personne ne devrait oublier– que hors d’Afrique, tous les humains sont des migrants.

Certains ont peut-être besoin qu’on leur explique à quel point c’est vrai. Les américains d’origine européenne devraient savoir que d’autres humains étaient là avant que leurs ancêtres s’installent et, grosso modo, exterminent les « américains de souche » du nord au sud. On n’a jamais revu une immigration aussi dévastatrice. Mais les européens savent moins qu’eux-mêmes occupent un territoire jadis foulé par des… par des humains différents : les prénéandertaliens puis les néandertaliens appartiennent au genre Homo et à ce titre ce sont des humains, même s’il s’agit d’humains tels que vous et moi n’en avons jamais vu.

Néandertal est le véritable premier européen. Blanc. (1% d’entre eux étaient roux). Les Cro Magnon qui s’installent en Europe, il y a quarante mille ans, aurait été noir et nous, les Homo sapiens blancs, nous n’existerions que depuis moins de 10 000 ans. Nous sommes les descendants des hommes noirs qui ont remplacé la population européenne initiale. Le Grand Remplacement est donc une histoire ancienne, et on devrait se détendre.

Il reste que si nous savons aujourd’hui que notre prochain est tout aussi humain que nous, nous continuons à nous estimer différent des grands singes, nous percevons une sorte de fossé entre eux et nous. Sur combien de centaine de milliers d’années peut-on remonter le temps avant de croiser un ancêtre direct que nous aurions du mal à reconnaître pleinement humain ? Où commence l’humanité ? Quels critères permettent de la délimiter ?

Pour ce numéro spécial enregistré en direct du musée de préhistoire de Tautavel, nous allons fouiller cette question avec deux experts, Amélie Vialet, paléoanthropologue, et Bernard Godelle, biologiste de l’évolution.

Invité : Sébastian Diéguez

Enregistré mardi 4 juillet 2018. Musée aquarium de Nancy

 

Editorial

 

Personne n’aime les menteurs ! Les menteurs trichent, ils disent des choses fausses et notre seule chance de connaître la vérité est de les soupçonner, de les accuser. Ils nous obligent à gober ou bien à nous rebeller ; ils violent toutes les formes de convention du langage, et c’est scandaleux. Mais il en va autrement des bullshiteurs, des baratineurs, des faux experts, des imposteurs au moins un peu habiles, dont les discours ne sont pas tout à fait du mensonge tout en étant catégoriquement distincts de la vérité.

Si nous tolérons autant les bullshiteurs dans les publicités, sur les plateaux télé, dans les formations professionnelles, et sur Youtube, parmi mille autres lieux et circonstances, c’est parce qu’il n’est pas bien difficile de ne pas être dupe. Quand on voit clair dans le jeu d’un charlatan, on est parfois tenté de rire de la crédulité des gogos qui boivent ses paroles. A l’inverse du menteur qui ne peut être percé à jour que par une enquête ou une connaissance fine d’un sujet, le baratineur se reconnait à sa posture, à sa rhétorique, et à cause de cela nous avons tendance à estimer qu’il doit son succès à la bêtise des autres.

Détecter les balivernes que d’aucuns acceptent de croire a quelque chose de gratifiant, et le baratineur que nous ne croyons pas flatte notre intelligence. C’est peut-être pour cela que, collectivement, nous le traitons bien moins sévèrement qu’un menteur. Qui croit un bullshiteur n’est-il pas à moitié coupable lui-même d’avoir manqué de jugeote ?

Tous les baratins n’ont pas le même succès, et la crédulité a ses modes. Anatole France avait annoncé que l’auréole d’autorité qui accompagne la science produirait des « crédulités scientifiques », et nous voyons des gourous s’emparer du vocabulaire de la science pour « faire comme si » leur baratin méritait d’être appelé théorie, d’être comparé à la relativité d’Einstein, comme si leur sort rappelait le cas de Galilée, harcelé par l’Eglise, comme si l’aspect bizarre et impénétrable de la mécanique quantique, par simple analogie, validait la bizarrerie et l’apparente complexité de leurs propres concepts.

Les gourous, imposteurs et charlatans ont décidément la vie facile car ils n’ont pas besoin d‘inventer des concepts bien compliqués, il leur suffit de dire des choses que des gens ont envie de croire dans un emballage mercatique qui associe leur nom à une sorte de marque. Les jus de fruits sont bons pour la santé : achetez mon extracteur de jus et vous guérirez du cancer. Nous sommes des célébrités d’une intelligence comparable à celle d’Einstein : achetez nos livres sur le « visage de Dieu ». Je suis un génie hyperdoctoré et si vous achetez mon livre, vous serez comme moi, plus intelligent. Et cetera.

 

Cette indulgence face au bullshit accompagne une asymétrie désormais bien connue. Formulée par le programmeur Alberto Brandolini en 2013 « La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des idioties est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire. »

Or, qui est assez motivé pour dépenser temps et énergie à la réfutation d’idées auxquelles personne n’aurait dû accorder crédit pour commencer ? Qui serait assez crétin pour se lancer dans une course perdue d’avance sur des sujets souvent ridicules ? Qui serait assez maso et fou ? Hmm. Et bien nous ne sommes pas seuls, et nous pouvons le prouver en recevant le chercheur en neurosciences Sebastian Dieguez !

Nota Bene : environ 7 minutes sont manquantes à la fin de la partie 2. Mais nous les avons récupérées et vous pouvez les voir en cliquant ici ou bien sur la fiche qui apparaitra en haut à droite de l’écran dans la vidéo principale de l’émission.

Invité : Jean-Philippe UZAN

Enregistré mardi 5 juin 2018. Amphithéâtre de la Présidence, 34 cours Léopold, Nancy.

Editorial

Au commencement, tout était plus simple. L’humain était dans un état d’ignorance quasi- totale. Le jour succédait à la nuit, le sol était fermement installé sous ses pieds, les saisons allaient et venaient… Et c’était à peu près tout ce qu’on pouvait dire du monde. L’univers était un endroit dangereux. On y mourait jeune et sans rien comprendre aux causes de notre présence. C’était probablement très frustrant.

Mais l’humain est plein de ressources, et il y a une chose dans laquelle il excelle, c’est l’imagination. Imaginer permet de trouver des solutions nouvelles aux problèmes. Imaginer donne accès à des ressources non exploitées, à des stratégies de survie plus élaborée. C’est le superpouvoir de la lignée humaine. Nous imaginons tout le temps : on rêvasse, on fait des projets, on lit des romans, des BD, on va au cinéma, on raconte des blagues, on mythonne on procrastine, on écrit des éditoriaux… Nous racontons des histoires aux autres et à nous-mêmes, et une bonne partie de ce que nous racontons et de ce que nous acceptons de croire est imaginaire.

Mais cet amour pour les histoires participe sans doute à ce besoin que nous avons de connaître l’origine des choses, et leur avenir. L’une des plus grandes entreprises de notre espèce a été de percer sa bulle d’ignorance pour se doter des moyens d’obtenir sur l’univers des réponses qui ne se résument pas à de jolies histoires, mais qui nous informent sur la réalité de ce dont nous ne pouvons pas être les témoins directs.

Et après deux mille siècles d’existence, que de progrès pour notre espèce dans les cent dernières années. Nous avons appris l’âge de l’univers, ou plus exactement le temps qui sépare le présent du moment appelé Big Bang. Nous avons appris la mesure de l’Univers… ou plus exactement la taille ineffable de l’univers observable, ce qui laisse dans l’ombre l’univers inobservable (une idée déconcertante s’il en est). Nous savons comment ont été fabriqués les atomes qui nous composent, nous savons même que les atomes peuvent être brisés, qu’ils contiennent d’autres choses encore plus élémentaires. Nous savons le destin qui attend le Soleil et la Terre, la course folle de la galaxie d’Andromède dans notre direction. Nous avons des images des plus anciens rayonnements émis dans le cosmos et des images de synthèse pour nous raconter la formation du système solaire.

Et plus nous en savons, plus nous avons de questions sans réponse. La frustration nous accompagne toujours.

Par chez nous, au moins, épargnés que nous sommes par les guerres et la famine, nous vivons bien plus vieux qu’autrefois, en meilleure santé, dans un plus grand confort, en relative sécurité, bien nourris, et bien mieux éduqués qu’à n’importe quelle période de l’Histoire. Et pourtant, ironiquement, l’univers n’a jamais été plus hostile à notre existence à long terme. L’endroit est absolument cauchemardesque : astéroïdes, supernovae, extinctions de masse, trous noirs, collisions de galaxies, éclatement du soleil, et disparition de la vie telle que nous la connaissons… le futur lointain nous destine à l’annihilation, et l’univers, dans un sens, est encore plus dangereux qu’il pouvait le sembler à nos ancêtres.

En réponse au désarroi qu’évoque ce destin obscur, certains humains veulent croire que la connaissance trouve sa récompense en elle-même. Pour citer Edgar Poe : « Ce n’est pas dans la science qu’est le bonheur, mais dans l’acquisition de la science. » Ils consacrent leur temps à mettre à l’épreuve ce que nous croyons savoir, à imaginer d’autres phénomènes, d’autres explications qui nous donneraient une image plus juste, plus précise, de l’histoire du cosmos.

Parmi ces gens, on trouve les cosmologistes. Et nous avons l’un de ces êtres étonnants avec nous ce soir en la personne de Jean-Philippe Uzan.

Invité : Etienne KLEIN

Enregistré mercredi 9 mai 2018. Salle Raugraff, Nancy

Editorial

Nous, impénitents curieux qui voudrions tout savoir, dans notre élan archi obstiné à tout comprendre, mesurons l’immensité de notre ignorance aux idées que nous avons sans pouvoir les sourcer, mais aussi à la fragilité des sources, à leur turbidité, aux incertitudes de leurs contours. Car de source, il est toujours question dans le périlleux exercice de la compréhension du monde. En latin source se dit« Origo » et d’un seul coup vous comprenez que cet éditorial est bien celui qui était prévu pour cette émission et pas un malencontreux mélange dans mes fiches !

L’origine de nos connaissances est forcément en question lorsqu’on s’aventure à enquêter sur l’origine des choses. L’ironie ne peut vous échapper, j’en suis sûr, que nous soyons tous ici de ces choses qui peuplent l’univers et s’avisent du mystère fort épais, au moins pour les plus béotiens d’entre nous, que représentent nos origines communes et particulières.

« Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans état j’ère ? LOL, MDR » : le scientifique c’est l’univers qui s’observe lui-même et se questionne avec plus ou moins de succès.

Nous baignons aujourd’hui dans des explications, des récits des origines, des cosmogonies, une culture scientifique, et dans ce Zeitgeist, nous partageons des évidences comme celle de s’interroger sur l’histoire de la Terre, sur l’âge du Soleil, sur le moment où l’humain s’est détaché du reste des animaux, et sur ce truc appelé Big Bang qui semble être le top départ de l’expansion de l’univers. Il nous faut un début puisqu’on ne saurait supporter l’étreinte de l’éternité.

En cela nous sommes les fruits de notre époque, perpétuellement au contact de concepts qui n’ont pas toujours existé, et qui, eux-mêmes, ont une ou des origines. Il ne va peut-être pas de soi de s’interroger sur le commencement du monde. Ou peut-être que si, mais pas forcément avec nos modalités actuelles.

Nous apprenons sans cesse des détails, parfois renversants, sur l’origine des atomes qui nous composent, ou des forces physiques qui nous gardent en forme tout en autorisant les réactions chimiques sans lesquelles ma jolie prose ne cajolerait pas vos doux tympans. Et parce que nous désirons persévérer dans ces recherches, enjôlés par le chant solaire béni de la connaissance, nous devons admettre que le passé à de l’avenir. Demain, nous saurons sur hier des choses que nous ignorons en ce jour. On aura d’ailleurs du mal à se représenter ce que cela peut bien faire d’être aussi ignorant que nous le sommes maintenant. D’un autre côté, les découvertes de demain prennent peut-être leur origine en ce moment même…

Vous aurez compris qu’on ne peut pas ne pas mêler la philosophie à de tels questionnements sur le sens même que l’on peut donner à notre soif de connaissance sur l’origine de ce que l’on découvre. Par un heureux hasard nous avons avec nous un homme qui n’est pas le plus banal des théoriciens puisqu’il mêle les compétences de physicien et de philosophe, mais aussi d’amoureux des belles lettres dans l’ordre ou dans le désordre, lui qui sait nous dire à propos de l’origine de l’univers, qu’au cœur de la question, je cite : «un vide noir grésille »— ceci n’est la seule anagramme de cet éditorial de qualité supérieure.

Nous sommes heureux de vous accueillir pour un Tronche en Live dédié à la question des origines et à la manière dont les sciences s’en emparent avec Monsieur Etienne Klein.

 

 

Enregistré au Festival de Géopolitique de Grenoble le 17 mars 2018

Editorial par Thibault Renard

 

S’il ne saurait en être l’inventeur, Donald Trump et son élection semblent constituer le marqueur d’une entrée dans l’ère de la « post vérité ». Quelle pensée critique face à ce « néo-obscurantisme » ? Où en est la communauté sceptique américaine ?

La notion de « néo-obscurantisme » n’a pas surgit avec Donald Trump. Il s’agit même d’une idée plutôt ancienne. Pour Pierre Bourdieu, « L’obscurantisme est revenu mais cette fois, nous avons affaire à des gens qui se recommandent de la raison. Face à cela, on ne peut pas se taire. »[1] Le néo-obscurantisme renvoie selon les auteurs à des réalités parfois différentes, mais la mutation et l’intégration de la science elle-même dans le discours revient régulièrement. En science-fiction par exemple pour Asimov, le « néo-obscurantisme » doit ses succès à la facilité d’adhérer à une vision du monde toute faite et sécurisante, dogmatique, n’autorisant pas de déviation, et surtout qui « vous évite la pénible nécessité de penser ». Ce simplisme s’oppose à l’esprit scientifique, qui doit être ouvert et attentif à la nouveauté, prêt à remettre en cause son acquis, à le revoir et le modifier, pour l’avancement de la connaissance.[2]

Dans le débat public actuel, les termes sont plutôt utilisés pour désigner des personnes qui seraient réfractaires au « progrès » (OGM, principe de précaution, etc.)[3]. Pour Jean-Michel Blanquer, futur Ministre de l’Education « on ne peut rester à l’écart des progrès de la science et ne pas chercher à bénéficier de ses apports. Ce serait du néo-obscurantisme. Je m’inquiète quand j’entends certains se rapprocher de ce néo-obscurantisme, souvent parce que la démarche scientifique a pu invalider certains de leurs postulats. »

Tous font néanmoins donc le constat d’une profonde mutation. Si les formes et la finalité diffèrent, la pierre angulaire semble l’être le rejet de l’approche scientifique, rejet non pas fondé (au premier abord) sur un dogme auquel il faudrait croire à tout prix, mais sur un discours qui sème le doute plutôt que chercher la conviction, mise sur la confiance plutôt que la compétence, joue les émotions contre la raison, la simplicité contre la complexité, etc.  Plus qu’un renouveau du dogme, le néo-obscurantisme semble se caractériser par un « contre-discours », à l’œuvre aujourd’hui sur les réseaux sociaux.

La « post-vérité » («Post-truth») est un peu plus récente puisque son utilisation date du milieu des années 2000. Mais à l’issue du Brexit et de la victoire de Donald Trump, elle est choisie comme mot de l’année 2016 par l’Oxford Dictionary (et entre en 2017 dans le Petit Larousse et le Robert illustré), où il s’agit «des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles».

Avec l’élection de Donald Trump s’ouvrirait donc l’ère de la « Post vérité ». L’élection de Donald Trump marquée par les fake news, les « faits alternatifs », le discours complotiste contre les médias et le système… semble en effet marquer aux Etats-Unis la victoire d’un néo-obscurantisme entrainant et fédérant dans son sillage les communautés conspirationnistes, climato-sceptiques, créationnistes… Cependant, Donald Trump n’est l’instigateur d’aucune de ces initiatives ou communautés, qui existaient bien avant lui.

Il faut malgré tout reconnaître que 2016 a marqué un tournant : la rencontre entre une volonté et des moyens politiques (Trump, ainsi que la cyberstratégie de la Russie), un contre-discours mûri au fil du temps et dirigé contre l’esprit critique et scientifique, ainsi qu’un nouveau média : les médias sociaux.

Face à ce contre-discours, cette disproportion de moyens, cette prime à l’émotion et l’immédiateté, la pensée critique et la démarche scientifique doivent-elles à leur tour se renouveler et inventer un « néo-scepticisme » ? Quelle attitude adopter sur ce nouveau champ de bataille que sont les réseaux sociaux ? Quelle est la situation actuelle de la communauté sceptique américaine ?

Ces questions seront abordées à travers une table ronde mettant en avant des vulgarisateurs européens et francophones de la pensée critique et de l’esprit sceptique présents sur le web, et particulièrement les médias sociaux :

  • Christophe Michel (France), de la chaine Youtube « Hygiène mentale »
  • Thomas Durand & Vled Tapas (France), de la chaine Youtube « La Tronche en Biais »
  • Jean-Michel Abrassart (Belgique), du balado-podcast « Scepticisme scientifique »
  • Ariane Beldi (Suisse), du site internet « Simplement correct ».

[1] Emission  «Fin de siècle», du 31 janvier 1999.

2 « Le message d’Isaac Asimov », Jean-Pierre Thomas, Sciences et Pseudo Sciences n° 198, juillet-août 1992

3 « La France, malade du néo-obscurantisme », Irène Inchauspé, L’Opinon, 17 Février 2014

Dans le précédent épisode, nous avons présenté des expériences classiques en psychologie sociale soulignant les facteurs qui augmentent le conformisme face à une autorité ou à un code social. L’expérience de Milgram montre qu’une personne lambda peut infliger des chocs électriques potentiellement mortels quand un contexte bien précis est mis en place. Cette expérience et ses variantes indiquent aussi que la moindre faille dans l’autorité détruit en grande partie l’influence que nous subissons. Le conformisme n’est jamais absolu ; il faut une source reconnue d’autorité et une unanimité de cette autorité pour obtenir une obéissance déraisonnable.

L’expérience de Asch sur les traits de différentes longueurs établit que face à une erreur unanime, nombre d’entre nous se conforment à cette erreur pourtant manifeste. Mais cette expérience et ses variantes mettent en évidence deux postures : certains se trompent de bonne foi, sous l’influence inconsciente exercée par le groupe ; d’autres font consciemment le choix de suivre l’avis du groupe malgré un avis personnel différent. Cette diversité est au cœur de notre fonctionnement individuel et collectif : c’est la diversité de nos réactions face aux influences et aux autorités qui permet le plus souvent qu’un débat ait lieu. Car dès l’instant qu’existe un environnement diversifié dans lequel l’unanimité est défiée, on peut s’attendre à une forte réduction du conformisme conscient ou inconscient.

Assurer la diversité de l’offre cognitive, s’ouvrir soi-même aux alternatives, et donc renoncer à toute posture dogmatique apparait comme la réponse la plus efficace à notre légitime crainte d’être influencés jusqu’à la manipulation.

Cela peut paraitre paradoxal : il faut s’ouvrir pour être en sécurité.

Les débats de l’arène politique et sociale jouent ce rôle. Bien sûr, ce n’est pas une panacée : on retrouve des camps dans lesquels des postures rigides sont érigées en modèles indéboulonnables, en autorités dont il ne faut pas douter. Les effets pervers de l’influence peuvent y être très puissants, même si le reste de la société offre une variété de discours et d’avis. Cet enfermement transforme la moindre confrontation d’idées en une bataille rangée où la parole adverse est vécue comme une agression. De peur d’être influencés par la parole d’un groupe identifié comme ennemi, nous discréditons d’emblée toute idée émise par lui, nous éliminons l’alternative, et en réalité nous maximisons nos risques d’être manipulés par les autorités du groupe auquel nous nous identifions. Car, rappelons cette évidence, les influences les plus puissantes sont celles qu’exercent les individus et les groupes auxquels nous nous fions. On n’est jamais trahi que par les siens.

Sur Youtube, les vidéastes ayant une audience importante sont appelés « influenceurs ». L’influence est d’autant plus grande que le visage du vidéaste apparaît à l’écran, qu’il inspire la sympathie, que le public peut s’identifier à lui et se conformer à ses choix et préférences.

Quand nous sommes à l’écran, sur La Tronche en Biais, nos personnages portent une blouse blanche. Vous savez pourquoi, nous l’avons expliqué dès le premier épisode : la blouse blanche est devenue le costume de la « scientificité », un artifice de communication employé pour augmenter le crédit que vous accordez à notre parole. Mais le principal bénéfice n’est pas là ; plus vous associerez la blouse blanche aux concepts de zététique et d’esprit critique, plus vous activerez votre vigilance épistémique devant des personnes ainsi vêtues dans le but de mieux vous convaincre. En tout cas, c’est le pari que nous voulons tenter.

 

Avec presque cent mille abonnés, notre chaîne rentre sans doute dans la catégorie des influenceurs, mais d’autres chaînes sont beaucoup plus efficaces dans le domaine : elles décrochent des contrats.

Quand des entreprises viennent investir dans votre programme afin de s’assurer que votre public sera exposé à leur marque, quand des vidéos monétisées sont mises en avant par la plateforme vidéo pour maximiser le temps de visionnage et d’exposition aux messages publicitaires, alors on est en présence d’un système qui exploite sciemment la manière dont le cerveau humain évalue la fiabilité d’une parole, la qualité d’une information ou d’un produit.

À cet égard La Tronche en Biais est une sorte d’échec. Nos vidéos ne sont pas monétisées (choix volontaire de notre part) et peu d’entreprises désirent placer leur produits dans nos programmes. Cela pour une très bonne raison : nos vidéos ne sont pas calibrées pour provoquer un acte d’achat, mais au contraire pour activer votre vigilance épistémique, un terme que l’on doit à Dan Sperber[1].

 

 

La vigilance épistémique est cette faculté que nous avons de traiter une information avant de l’intégrer à notre représentation du monde. Nous commençons notre vie avec une très faible vigilance épistémique, de manière à pouvoir croire ce que nous disent les adultes qui nous élèvent ; ainsi nous apprenons plus vite. Il y a en effet plus de bénéfices que de risques à croire ce que nous disent nos parents et nos enseignants. Cela ne veut pas dire que les enfants sont incapables d’évaluer la compétence et la fiabilité des adultes. Ils le peuvent et cette compétence s’accroît avec l’âge : nous devenons moins naïfs[2]. Notre expérience personnelle façonne la manière dont nous choisissons d’accorder ou non notre confiance à telle ou telle source d’information.

 

Les vrais problèmes commencent sur les sujets où nous n’avons qu’une compréhension partielle des énoncés et où nous devons, ou bien mobiliser beaucoup d’efforts pour compléter notre compréhension, ou bien jauger de la crédibilité de l’énoncé par la confiance que nous accordons à la compétence de la source. Notre vigilance épistémique s’endort un peu quand nous sommes en terrain de confiance, et ainsi nous partageons autour de nous des informations qui ne nous semblent vraies que pour la raison parfois discutable qu’elles viennent d’une source que nous aimons bien. Ainsi tombons-nous parfois dans le piège des canulars[3].

Dans ces conditions, il nous faut maximiser le second aspect de la vigilance épistémique, celui qui nous permet de traiter le contenu des énoncés. Ce traitement n’est efficace qu’au prix d’un investissement de temps et d’énergie dans l’acquisition de connaissances, et nous ne disposons pas toujours des ressources nécessaires.

Nous aimons le confort d’une pensée facile, perfusée par des sources sympathiques, alimentée en informations confirmant nos idées préalables, protégée contre les discours alternatifs par une bulle de filtre, dispensée des efforts et de la prudence qu’il faut déployer quand on s’aventure à penser hors du terrain balisé de la pensée de groupe. Mais nous savons bien, au fond, que ce confort est un piège.

 

La vigilance épistémique que nous espérons stimuler chez le lecteur comme chez ceux qui suivent notre chaine — y compris en arborant une blouse — réduit les bénéfices que les influenceurs peuvent attendre d’une manipulation du public, et augmente au contraire les chances que des informations de mauvaise qualité ou destinées à tromper entachent leur réputation, entament leur crédibilité et in fine réduisent leur pouvoir de nuisance.

Alors, bien sûr, je vous dis tout cela en espérant que vous accepterez d’adhérer à mon propos. Je vous demande d’accepter l’influence que j’espère exercer en vous livrant ce message. Et on peut estimer que c’est une posture quelque peu paradoxale. À vous maintenant d’évaluer la valeur du contenu de ce propos.

Nous pensons que notre travail peut porter ses fruits en vous inspirant une certaine dose de confiance, mais surtout en vous aidant à muscler votre vigilance épistémique, y compris envers nos propres contenus. Viser la rationalité, c’est vivre tous les jours comme si c’était le premier avril en sachant que les infos qui nous plaisent, nous étonnent, nous choquent pourraient bien être fausses ou ambiguës. La manière la plus prudente de trier les informations est de ne pas se focaliser sur l’identité de la source, mais sur la méthode qui a permis de produire cette information. Ce qui doit faire autorité, c’est la démarche. La pensée de groupe, même si ce groupe est étiqueté « zététique », est l’ennemie de la pensée critique. Faites-nous confiance là-dessus !

 

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[1] Dan Sperber, Fabrice Clement, Christophe Heintz, Olivier Mascaro, Hugo Mercier, Gloria Origgi And Deirdre Wilson, 2010. Epistemic Vigilance. Mind & Language, Vol. 25, pp. 359–393. http://www.dan.sperber.fr/wp-content/uploads/Epistemic-Vigilance-published.pdf

[2] cf le livre « The enigma of reason » par Hugo Mercier et Dan Sperber. Harvard University Press, 2017.

[3] http://journals.openedition.org/terrain/15187 Radu Umbres, 2013. Chasse au dahu et vigilance épistémique

Invité : Didier Gourier

Enregistré le mercredi 11 avril 2018 à la Faculté des Sciences et Technologie, Vandoeuvre-les-Nancy.

Editorial

 

Nos congénères et nous-mêmes sommes des machines à croire très performantes. On peut croire tout dès l’instant qu’on pense tenir une preuve. Mais souvent cela fonctionne dans l’autre sens : nous nous sentons autorisés à appeler « preuve » tout ce qui vient confirmer ce qu’on pensait déjà. Ceux qui pensent que la Terre est plate ont plein de vidéos YouTube à partager où des gens diversement compétents font des démonstrations étonnantes, notamment par leur choix délibéré d’ignorer de nombreux faits qui ne collent pas avec leur vision des choses. Ceux qui croient à tel ou tel complot peuvent multiplier les sources et les arguments et constituer un mille-feuilles argumentatif où la quantité produira une illusion de qualité.

Ceux qui veulent croire que l’homéopathie fonctionne plus qu’un placébo pensent avoir des preuves et ils pourront même citer des articles de recherche, des professionnels de la santé pour être d’accord avec eux et pour évoquer une sorte de « magie » à l’œuvre dans les pratiques thérapeutiques non-conventionnelle.

Evidemment ceux qui croient ces choses estiment avoir raison, sinon ils changeraient d’avis. Ceux qui changent d’avis estiment d’ailleurs être plus dans le vrai après ce changement d’avis. Conclusion : on pense toujours avoir raison à l’instant T où on se le demande (sauf quand on doute). C’est pourquoi il est important de savoir chercher des éléments de preuves qui ne dépendent pas de nous et de notre envie d’avoir raison à l’instant T. C’est pourquoi en zététique on demande des sources aux allégations sur les pouvoir de l’esprit, les manifestations paranormales, l’apparition de PANE (l’autre manière de nommer les ovnis).

Les antivax, par exemple. Si on leur demande des preuves de leurs accusations multiples et variées sur les dangers des vaccins, ils donnent volontiers des liens vers des vidéos où une mère de famille ou bien un médecin lambda (volontiers homéopathe et chaman) raconte une suite d’anecdote, énonce des faits étonnants (qu’il s’agirait de vérifier) ou dénonce un complot de Big Pharma. Parfois c’est un blog qui leur semble pouvoir convaincre le monde entier. Généralement ce sont des anecdotes personnelles.

Nos congénères semblent ne pas bien faire la différence entre un commentaire sur le forum doctissimo et PNAS, Trends in molecular medicine ou Annual Review of Genetics. Ils ne savent tout simplement pas reconnaître un véritable article scientifique découlant d’un travail de recherche validé par un processus de relecture critique par des professionnels. Et ce n’est pas totalement leur faute : quelqu’un leur a-t-il jamais expliqué de quoi il retourne ?

La publication scientifique, l’article de recherche, la revue, la méta-analyse, autant d’objets qui ne sont familiers qu’à ceux dont le métier est ou a été la science. Mais même les professionnels ne se penchent pas toujours avec assez d’attention sur les forces du processus de validation des connaissances produites… ou sur ses lacunes. Car il ne suffit pas de brandir la dernière publication en date pour détenir la vérité définitive sur un sujet. On connait les écueils de la course à la publication, de la spéculation, des échecs de réplication des résultats et même, parfois de la fraude. L’élaboration du consensus scientifique réclame du temps, et donc de la patience. Et donc de la prudence quant à ce qu’on doit juger prouvé ou douteux.

Tentons ce soir de nous initier aux grandes lignes du fonctionnement et des éventuels dysfonctionnements de la science contemporaine à travers l’objet de la publication scientifique avec le chercheur Didier Gourier.