La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Invité : Laurent Cordonier
Enregistré le mercredi 13 février 2019 dans le théâtre du Saulcy, Espace Bernard-Marie Koltès, Metz

Editorial

Bonjour à tous, chers amis et curieux ; chers sceptiques et rageux, mais qu’est-ce qu’une émission de vulgarisation de la zététique peut bien avoir à dire sur le racisme ? N’est-ce pas un sujet politique où s’affrontent des postures partisanes et où chacun se voit intimé l’ordre de prendre parti ? Est-ce notre rôle de prendre parti ?

Toutes les personnes présentes ici ce soir sont (à priori) des êtres humains, et nous sommes tous humains sans avoir eu à apprendre ce que c’est qu’un être humain. Personne ne peut vous apprendre à être vous, pas plus qu’un potamochère n’apprend à être un potamochère (les requêtes Google pour « potamochère » n’ont pas sponsorisé cette émission).

Nous sommes humains sans avoir appris à l’être, nous existons sans être spécialistes en métaphysique, nous respirons même dans la plus totale ignorance de ce qui se passe dans nos poumons et nos cellules. Tout cela se fait sans que personne ne se soit concerté. Nous avons en nous, ou quelque part entre nous, le programme pour faire un humain, et ce programme a une histoire. Personne ici n’existe en l’absence de relations sociales : avec nos parents, notre cercle de connaissance, nos pairs, nos collègues, nos clients, et cetera. Nul ne devient humain seul dans son coin.

D’un côté nous sommes des êtres sociaux et acculturés : mais de l’autre nous naissons avec le potentiel d’apprendre. Nous avons tous, et dans toutes les cultures, des intuitions sur la manière dont fonctionne le monde, c’est ce qu’on appelle des « théories naïves », et ce sont des approximations tout à fait remarquables ; elles nous permettent d’anticiper les conséquences de nos actes et de ceux d’autrui avec une efficacité qui nous rend parfois un peu trop sûrs de la qualité de nos prédictions.

Si vous parlez français, il est probable qu’on vous ait appris le français, mais en revanche personne ne vous a appris à savoir apprendre à parler français. D’ailleurs la langue française est née avant qu’on bâtisse des écoles : les enfants apprennent en grande partie tout seul (ce qui n’est pas une façon de dire que les profs ne servent à rien, cette profession est juste cruciale pour éviter les catastrophes tapies dans l’ombre. Et tout le monde sait qu’ajouter des drapeaux dans les salles de classe ne va pas les aider beaucoup). Personne n’a décidé de la forme de la grammaire française ou des autres langues humaines. Pourtant ces grammaires existent. Dès lors peut-on les qualifier de « naturelles » ? Vous savez la prudence que nous recommandons dans l’utilisation de ce mot. Mais utilisons-le là où il a du sens.

Nous sommes tous le résultat, l’aboutissement temporaire, de l’histoire d’une lignée de primates qui ont été sélectionnés pour leurs caractères avantageux. Dans certaines lignées c’est la vitesse, la force ou la capacité à supporter des températures extrêmes ou à lutter contre les parasites. Chez nous ce fut notamment la cohésion sociale, l’entraide, la bonne intelligence, la culture. La nature a fait de nous des êtres sociaux et nous n’avons pas réellement le choix d’être autre chose que ce que nous sommes.

On peut s’en réjouir ou s’en désoler. On a bien le droit. Mais ce n’est pas ce que nous ferons ce soir.

Ce soir nous allons nous demander comment on peut essayer de bien décrire, de bien comprendre le fonctionnement de l’être humain, avec ses spécificités, sans en faire un être complètement à part de la nature, car cela nous priverait d’explications tout à fait valables sur nos comportements, nos préférences, nos choix, nos problèmes et leurs éventuelles solutions.

Nous allons questionner les disciplines qui tentent de donner une lecture sensée à ce que font les humains. Sociologie, anthropologie et sciences cognitives sont-elles en concurrence, en porte-à-faux, en contradiction ? Y a-t-il une guerre entre ces disciplines ? Est-ce que j’exagère délibérément dans le but de faire du sensationnalisme et de vous inciter à cliquer et partager ?

Laurent Cordonier est sociologue, il est l’auteur de « La nature du social » qui traite exactement du sujet de ce soir, et il va nous éclairer sur ce que son approche peut apporter à notre effort collectif de mieux nous comprendre.

Enregistré le 12 janvier 2019

Petit édito

Pourquoi cette conversation, pourquoi cet échange ? De quel droit osons-nous aborder un thème comme « métaphysique et zététique » avec un jeune vidéaste spécialisé dans le gaming ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

Petite remise en contexte : Il y a quelques jours je suis taggué sur twitter pour attirer mon attention sur le tweet un peu bizarre de Sardoche que je vais vous lire et qui sera le premier sujet de notre entretien sceptique

« Il existe deux types de sciences : – Celles qui concernent des énergies/informations mesurables par des outils inanimés – Celles qui concernent des énergies/informations non mesurables par des outils inanimés.

Les deux domaines sont parfaitement complémentaires : A∩B=∅ / A∪B=Ω Il est impossible de quantifier ou mesurer un des éléments d’un domaine en utilisant l’autre. La « méthode scientifique » est propre au premier ensemble et ne validé l’appartenance qu’à ce dernier.

Mon point de vue est juste de dire que si vous réfutez ce qui n’est pas validé par la méthode scientifique, vous réfutez donc toujours par la méthode scientifique qu’il puisse exister des énergies non quantifiables par nos outils inanimés.

Hors il existe des dixaines de situations, notamment dans le quantique mais aussi dans la composition de notre univers qui ne peuvent s’expliquer que par l’existence d’énergies non quantifiables / mesurables.

Pour autant ce raisonnement ne valide pas la plupart des sciences « occultes ». Mais elles ne peuvent se faire réfuter par la méthode scientifique aussi simplement.

Je continuerai de croire à des éléments de ces deux ensembles pour ma part et j’espère que vous ouvrirez votre esprit à l’un ou l’autre des ensembles si vous y êtes opposés car ils sont complémentaires. »

J’ai échangé avec lui pour avoir quelques explications, car le jeune homme est suivi par plus de 125k personnes sur twitter, et que l’on sait bien qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités… On en veut pour preuve la vidéo de Squeezie qui racontait dernièrement des salades sur les pyramides et a envoyé ses millions de jeunes abonnés vers des narrations qui sont promues par des gens dont les bonnes œuvres sont dans le collimateur des institutions luttant contre les dérives sectaires.

Très vite Sardoche me propose que nous échangions de vive voix, il estime se faire mal comprendre et n’être pas jugé comme il le mérite. Proposition acceptée, ce qui nous amène ici et maintenant, voire même ici et en replay.

Le but d’un entretien comme celui-ci n’est pas de terrasser son ennemi, mais de le comprendre. S’il se dévoile comme un parfait crétin, c’est dommage pour tout le monde, c’est un peu stérile, mais avec un peu de chance on peut s’aviser qu’il y avait plus à comprendre qu’on ne l’avait soupçonné, et on en retire quelque chose, et notamment un peu plus de prudence dans nos jugements.

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Au cours de l’échange, j’évoque des travaux de recherche sur les conséquences de l’humour.
Voici les travaux en question :


Invité : Evelyne Heyer
Enregistré le mardi 15 janvier 2019 à l’amphithéâtre de la Présidence, Cours Léopold, Nancy.

Editorial

Bonjour à tous, chers amis et curieux ; chers sceptiques et rageux, mais qu’est-ce qu’une émission de vulgarisation de la zététique peut bien avoir à dire sur le racisme ? N’est-ce pas un sujet politique où s’affrontent des postures partisanes et où chacun se voit intimé l’ordre de prendre parti ? Est-ce notre rôle de prendre parti ?

Bien sûr, nous avons nos idées, et nous n’avons pas honte de le dire. Mais l’émission de ce soir n’a pas pour but de proclamer ce qui est bien ou ce qui est mal, de vous délivrer la bonne parole sur ce qui doit ou ne doit pas être fait (même si parfois, en filigrane, se distingue notre avis sur la question). Nous pouvons aborder la question du racisme avec l’œil détaché, clinique, méthodique d’une approche scientifique qui n’a pas vocation à prescrire les comportements et choix politiques mais à décrire les phénomènes et à prédire les conséquences des options qui s’offrent à la société.

Pour pouvoir faire cela, il faut accepter une prémisse audacieuse au regard de la dynamique des échanges de noms d’oiseaux sur les réseaux sociaux. Cette prémisse c’est que, dans un contexte scientifique, « raciste » ne peut pas être une insulte. Nous utiliserons ce soir le mot « raciste » pour décrire des idées, des comportements, des réactions, des phénomènes sociaux, mais sauf maladresse de langage (l’erreur est humaine), nous ne qualifierons pas de raciste les individus, car c’est trop souvent tomber dans le piège de l’escalade dans une discorde où il devient impossible d‘adopter le point de vue de l’autre ; l’autre devient alors un ennemi qu’on ne peut convaincre et qu’il faudra abattre, faire taire, par d’autres moyens. Permettez qu’on suggère des alternatives moins belliqueuses de mettre les gens d’accord.

Dire qu’untel est raciste, et qu’à ce titre il faut éviter tout contact, se garder de la souillure d’un échange, est-ce que ce n’est pas s’enfermer dans une logique essentialiste dans laquelle les individus appartiennent pour toujours à un camp ? Il est bien possible que cet essentialisme soit plus proche du racisme que de l’antiracisme. Il est bien possible que l’essentialisme soit l’un des thèmes de notre émission. La pensée essentialiste, celle qui range les gens dans des boites, qui leur assigne des qualités intrinsèques, leur attribue des intentions préétablies, c’est la substance même du racisme. Bien sûr, il y a d’autres dimensions, historiques, culturelles, et vous pensez bien que nous n’avons pas la prétention de couvrir complètement le sujet en deux petites heures.

Les chercheurs et les férus de zététique savent qu’on ne peut pas ranger les gens dans des catégories et espérer être dans le vrai très longtemps. Il n’existe pas d’un côté le groupe des personnes rationnelles et en face les irrationnels, ici les gentils, là les méchants. Ce qui nous distingue, ce sont nos idées, nos approches et la méthode que nous mobilisons pour évaluer nos représentations.

Le racisme est une question qui divise, un thème politique majeur, un fait de société, un concept invoqué dans toutes sortes de circonstances, et comme tous les mots utilisés à tous bouts de champs, victime de son succès, sa définition devient parfois un peu floue, et ce flou autorise doubles discours quiproquos et manipulations. Avant de pouvoir réellement parler de la place du racisme dans notre société, des réponses qu’il convient d’y apporter, des abus de toute sorte qui lui sont liés, il faut nous mettre d’accord sur ce dont nous parlons, et pour cela nous tourner vers les connaissances établies sur le sujet.

Nous recevons la commissaire scientifique de l’exposition 2017 du Musée de l’Homme « Nous et les autres : Des préjugés au racisme », une biologiste spécialisée en anthropologie génétique, lauréate du prix Diderot 2017. Elle connait beaucoup mieux le sujet que vous et nous, nous sommes heureux d’accueillir Evelyne Heyer.

Editorial

Chers compagnons humains, en cette fin 2018, nous nous apprêtons à honorer la coutume de retrouvailles familiales enjouées, d’excès de nourriture injustifiables, de gaspillages record et de la dose d’hypocrisie qu’il faut à chacun pour trouver tout cela formidable. Ceux d’entre nous qui éprouvent un réel plaisir à s’adonner à la fièvre acheteuse ainsi qu’aux traditionnelles libations sont bien chanceux, et je tiens à les saluer sans trace de cynisme : ils sont plus adaptés que les autres au monde actuel. Tant qu’il dure.

Bien sûr, la férocité de notre zététique habitude à tout questionner, à déloger les squelettes dans les placards, à douter des évidences,nous conduit à érafler le clinquant de ces injonctions au bonheur saisonnier,et si vous ne voulez rien d’autre que passer un Joyeux Noël bien mérité, cet éditorial vous semblera démarrer bien fâcheusement. Alors soyons positifs.

Les fêtes de fin d’année sont l’occasion de multiples engueulades recuites, de rengaines idiotes, de rancunes mal digérées et d’une incapacité générale à éviter les sujets qui fâchent. Cette année encore le tonton raciste, la grand-mère homophobe, le cousin facho ou la belle-sœur écolo-bobo prosélyte vont nous gaver entre les huîtres et le foie gras. Il est même bien possible que nous soyons nous-mêmes coupables de remettre sur le tapis la manière dont nous pensons avoir rabattu le caquet de notre voisin de table.

De l’apéro au dessert, ça va jaser. Ça va s’accuser de ne rien comprendre, ça va se moquer du mauvais français ou de l’inculture de l’autre. Ça va appeler à témoins des gens qui s’en foutent. Ça va casser les pieds de tout le monde, faire pleurer les enfants et gâcher la fête. Et puis ça ne voudra pas en démordre en plus, il faudra que ça ait le dernier mot. Ça croira débattre alors que ça ne fera que pérorer, comme l’an dernier… Alors qu’au fond on n’avait pas besoin de régler ce problème-là ce soir ; on aurait pu faire une partie de jeu de société ou se rappeler de bons vieux souvenirs, faire de la musique ou raconter des histoires drôles. Parce qu’en plus, bien souvent, celui qu’on agonit à cause qu’il ne veut pas comprendre qu’on a raison, on l’aime bien. C’est parce qu’on l’aime bien qu’on veut le convaincre. Et c’est sans doute pareil de son côté. Il est possible qu’on soit un petit peu cons, en fait.

On devrait commencer par se dire qu’on s’aime bien, qu’on est content de se voir, et si vraiment on veut ramener le vieux désaccord d’il y a un an, on devrait commencer par écouter le résumé que l’autre veut en faire.Ben oui, parce qu’en fait on n’a pas vécu la même scène de la même manière, et si on croit pouvoir la reprendre là où on l’a laissée, le problème c’est quel’autre il a toutes les chances d’avoir un autre contexte en tête. Il suffirait de s’écouter, de se rappeler qu’on a peut-être au moins un petit peu tort, quel’autre peut avoir au moins un tout petit peu raison, et qu’on a besoin de rester amis les uns avec les autres pour que ces petites engueulades aient la moindre utilité.

Chers amis, si vous aimez râler, débattre, vous chicaner,pinailler et contredire, vous avez besoin de gens qui vous aiment assez pour jouer le même jeu que vous sans foutre en l’air toute la préparation que la fête a réclamé. Un peu de respect pour celle et ceux qui ont passé 6 heures dans la cuisine. Aimez-vous les uns les autres, bordel de merde !

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Ci-dessous la vidéo de notre émission décontractée spécial noël, avec un invité mystérieusement secret.

On y parle d’un outil proposé par Acermendax : la « Triade Zététique », des productions de la TeB, du fonctionnement de l’ASTEC, de notre futur, et nous lisons quelques commentaires particulièrement gentils… ou méchants. Bonnes fêtes de fin d’année à tous !

L’adaptation papier de la Tronche en Biais sort en librairie le 9 janvier 2019.

Le titre est au diapason de celui de la chaîne, mais croyez bien que j’ai dû batailler pour l’imposer, car bien sûr, il ne fait pas tout à fait sérieux au premier abord. Avec l’ouvrage de Francis Martin « Sous la forêt », ce livre inaugure la création d’une nouvelle maison d’édition : HumenSciences. Il est l’occasion pour moi de revenir sur des textes dont la version vidéo date de 2014 pour les plus anciens. En 4 ans de travail sur la chaîne, j’ai pu affiner mon regard sur les concepts que nous cherchons à faire connaître, et j’ai donc revu et corrigé les premiers épisodes de la chaîne.

 

 

Sur la demande de mon éditrice, Olivia Recasens, j’ai conservé la forme du dialogue entre les personnages de Vled et Mendax. Les plus attentifs d’entre vous reconnaîtront également dans certains chapitre une réécriture d’articles de ce blog, comme les Mystères de la Synchronicité ou le Réflexe correcteur.

Le format papier n’est pas totalement comparable au format vidéo, et cet exercice d’adaptation m’a permis de constater que des phrases qui fonctionnent à l’oral passent moins bien dans un livre. Les répétitions, notamment, qui peuvent être habitées par le comédien dans la vidéo, ne sont pas du meilleur effet sur papier, et j’ai dû travailler là-dessus avec les conseils de mon éditrice.

J’ose croire que ce livre est un bel objet qui permet d’avancer à son rythme au milieu des idées fondatrices de la zététique et de glaner quelques références en bas de page. Il couvre ce que j’appelle l’Arc 1 de la Tronche en biais : 10 épisodes où les concepts sont apportés les uns après les autres dans un ordre qui ne doit rien au hasard, pour aboutir à un cas d’école où ils sont mis en pratique dans l’épisode 10, encore inédit à ce jour mais qui devrait être tourné en janvier. Il y sera question de sexe, de genre et de biais cognitifs, et vous devinez bien qu’il va bousculer les représentations de pas mal de monde sur ces questions qui clivent beaucoup plus qu’elles ne devraient si l’on prenait la peine d’écouter réellement ce que disent ceux qui pensent différemment.

 

Les premiers acquéreurs du livre pourront lire ce long chapitre avant la publication de la vidéo correspondante. Vos avis m’intéressent et me permettront peut-être de modifier le script in extremis avant le tournage…

L’Arc 2 est déjà en préparation, pour aller plus loin dans l’exercice du doute et la déconstruction des schémas de pensée qui nous conditionnent à notre insu. Etant entendu que déconstruction ne signifie ni jugement, ni destruction, ni rejet, mais simplement l’analyse la plus objective possible de notre propre fonctionnement.

 

 

Invité : Elisabeth Feytit

Enregistré le mercredi 5 décembre 2018 à la MJC Pichon, Nancy.

 

Editorial

 

On éprouve une grande satisfaction à croire ce qu’on désire être vrai, et rien d’autre. Il n’y a pas de plus grande sensation de liberté que de définir pour soi-même ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, et l’on se sent tout à fait en droit de dire à autrui qu’il peut bien croire ce qu’il veut de son côté. Est-ce que ce n’est pas le summum de l’ouverture d’esprit de ne jamais contredire quiconque, de laisser chacun à sa propre vérité ?

Le New Age est le boss final de la croyance : l’égrégore absolument relativiste de tout ce qui est cru, ou a été cru un jour, la soupe ultime où l’on peut toujours recycler une vieille lubie, pourvu qu’on accepte d’abdiquer de notre droit à la critique. Il offre l’avantage d’étancher toute forme de soif de croyance, de noyer les frontières entre les religions, d’offrir un cadre ou personne n’aurait tort et qui permettrait de mettre fin à tous les conflits liés à ces croyances car chacun détiendrait une parcelle de vérité.

Mais est-ce bien aussi positif que ça ? Permettez qu’on suggère qu’il s’agisse peut-être du summum de la fermeture d’esprit que de s’opposer à toute confrontation d’idées, de refuser de mettre à l’épreuve ses croyances, de faire des démonstrations, de respecter la logique, de produire des efforts pour tester avec rigueur ce que nous croyons. Est-ce que ce n’est pas de la fermeture d’esprit de jeter un voile pudique sur les désaccords et les incohérences ?

Préférer ses anecdotes personnelles plutôt que des études contrôlées, se fier à ses intuitions plutôt qu’à une vérification méthodique des faits, croire au karma au risque de justifier les injustices que doivent subir les plus défavorisés, ce n’est pas de l’ouverture d’esprit. Boire les paroles d’un gourou parce qu’il nous dit des choses qui correspondent exactement à ce que nous voulons entendre, ce n’est pas de l’ouverture d’esprit.

Il n’y a pas de gourou en science, pas au sens de maître à penser qui serait source d’enseignement et de sagesse. L’autorité du savant n’existe qu’à travers son respect pour la démarche rationnelle de recherche systématique de l’erreur, elle émane du contexte dans lequel il accepte de soumettre ses énoncés à l’examen collectif des chercheurs.

Mais c’est tellement mieux de se réfugier dans l’idée que nos pensées positives peuvent rendre le monde meilleur sans avoir à agir, à militer, à voter, à s’investir physiquement. C’est tellement plus satisfaisant, la croyance à la carte dans tel ou tel concept ésotérique qui nous rappelle la pureté de notre âme et la frivolité des événements terrestres puisque l’important se situe dans la cinquième dimension, dans un niveau vibratoire supérieur, là où nos énergies peuvent libérer leur plein potentiel. C’est tellement bien qu’on peut comprendre l’attrait de ces croyances, et comme il est tentant d’imaginer être un enfant indigo, ou bien parent d’un enfant de cristal. On peut s’en convaincre en toute bonne foi ; la sincérité n’a jamais empêché les erreurs.

Jessica Schab a cru aux illuminatis, aux forces de l’ombre et à la Loi d’Attraction. Elle a cru qu’elle était La première enfant de cristal à s’incarner sur Terre pour pour sauver l’humanité de son enfermement dans la matrice et pour l’aider à réaliser son potentiel. Des dizaines et des dizaines de milliers de gens y ont cru aussi, et elle est devenue leur gourou. Mais un jour elle a dû faire face à ses propres questionnements et elle a choisi de ne plus croire et de le dire. C’est ce dont il est question dans le film « Ex-Gourou » que prépare notre invitée, la productrice et réalisatrice Elisabeth Feytit.

Invité : Grégoire Perra

Enregistré le mercredi 14 novembre 2018 au Muséum Aquarium de Nancy.

 

Editorial

Il ne faut pas voir des sectes partout. Le mot secte est d’ailleurs problématique, car il est difficile de définir ce qu’est réellement une secte. Il faut de toute façon se méfier des étiquettes qui ne sont jamais le complet reflet de la réalité.

Alors pour se faire un avis au-delà des préjugés et de l’affectif, il faut s’attacher aux faits, s’intéresser à l’historique d’une doctrine, à son fondateur, à son bagage idéologique, à son épistémologie, à ses réseaux, à son évolution et à la manière dont elle réagit aux critiques. Cela, cher spectateurs, vous pourrez le voir dans les commentaires de cette vidéo ou sur les pages qui critiqueront cette émission consacrée à l’anthroposophie.

Vous l’ignorez peut-être, mais il y a beaucoup d’anthroposophes. Aucun d’entre eux ne pense appartenir à une secte : la secte, c’est toujours chez les autres. Mais… Ils ont leur maître à penser, Rudolf Steiner, mort en 1925, dont la prose prophétique et absconse réunie en 354 volumes subit une exégèse constante pour lui donner du sens dans le monde contemporain. Ils ont leurs rites, leur attachement au paranormal, aux énergies, à l’astrologie et à un certain regard sur la nature qui peut sonner comme de l’écologie, qui ressemble à un discours solidaire, écoresponsable, porteur de valeurs très positives. Il est à peu près normal de commencer par éprouver de la sympathie pour les idées que les anthroposophes affichent sur leurs têtes de gondoles, comme Pierre Rabhi par exemple. Ils adoptent tous les codes des gentils rebelles en résistance contre le méchant empire. On a envie d’être d’accord avec eux, de croire qu’ils ont des solutions pour nous rendre la vie plus belle.

Seulement l’anthroposophie contrôle des écoles, des banques, des usines de fabrication de produits homéopathiques, elle est à l’origine de la biodynamie, elle caresse l’espoir d’un moteur éthérique activé par la pensée humaine, et par bien des aspects, quand on y regarde mieux, elle ressemble sans doute moins aux rebelles qu’à l’Empire.

Rudolf Steiner, c’est la confusion constante entre science et spiritualité, un mélange des genres qui ne produit jamais aucune connaissance mais encourage à penser que les autres, tous les autres sont fermés d’esprit. Il n’y a qu’à citer un extrait de son opus 13  « La science de l’occulte » : « Les procédés d’initiation font évoluer l’homme depuis la forme normale de la conscience diurne jusqu’à une activité psychique où il dispose d’organes spéciaux pour ses perceptions spirituelles ».

Nous avons un adage en zététique : l’alternative est féconde.

Oui, nous voulons manger des aliments sains produits dans le respect de l’environnement et des personnes qui travaillent. Oui, nous voulons un système éducatif tourné vers les besoins de l’enfant pour garantir son épanouissement à son propre rythme, et ne pas formater, et donc mutiler, son potentiel. Oui, nous voulons des banques éthiques qui investissent d’abord dans les projets utiles à la société plutôt que dans ce qui est rentable à court terme. Mais devons-nous pour cela de toute force avaler le galimatias vibratoire, le baragouin karmique, l’amphigourique cosmogonie délirante du cacographe Steiner ? Devons-nous accepter que les médias et certains ministères tentent de banaliser un mouvement qui a vocation à tout anthropophiser ?

Car sachez qu’on peut tout anthropophiser : les esprits, bien sûr, mais aussi les portes, le béton, les fenêtres, et les canalisations ; l’épistémologie, la médecine et la politique. L’anthroposophie est une vision globale, un intégrisme ésotérique qui s’empare en priorité des esprits jeunes, comme ce fut le cas pour notre invité qui a connu le mouvement de l’intérieur et pourra nous en expliquer le fonctionnement. Bonsoir Grégoire Perra.

 

 


Pour aller plus loin.

La Tronche en Biais a 4 ans aujourd’hui.

 

J’ai enregistré le petit Vlog tout moche ci-dessous à l’insu de mes camarades afin de vous dire un petit nombre de choses. Et d’abord MERCI.

Je vous fais un petit historique pour que tout le monde soit à jour.

 

Au départ le célèbre Vled Tapas était connu pour sa chaîne traitant de musique, et en particulier de la musique dans les jeux vidéos. Amoureux, comme moi, des concepts de la zététique, il m’a convaincu d’en faire une chaîne. C’était la Tronche en Biais ! Et ce qui n’était qu’un petit projet pour partager ce que Vled et moi pensions de la zététique, de l’esprit critique, et des raisons pour lesquelles il est important d’adopter une démarche rationnelle est devenu une grosse chaîne encadrée par une association que font vivre des bénévoles que vous ne voyez pas à l’écran.

 

Ce quatrième anniversaire est l’occasion pour moi de leur adresser publiquement un message d’amour. J’espère qu’ils me pardonneront.

Il y a d’abord eu Loki Jackal, le réalisateur de nos vidéos canon. Sans son talent de créateur graphique, de monteur, de réalisateur, nos premières vidéos auraient peut-être fait un flop. Et la Tronche en Biais a donc démarré sous la forme d’un trio. Vous n’avez jamais vu la vraie première vidéo de la TeB : nous avons détruit ce prototype pour confier la réalisation à Loki.

Nous avons fonctionné comme ça pendant deux ans, et assez vite nous avons imaginé que le format du live serait intéressant, et finalement la Tronche en Live est devenue notre programme principal, en tout cas le plus régulier, celui qui nous permet d’aborder le plus de thèmes, puisque la connaissance de fond, ce sont nos invités qui la fournissent. Je suis particulièrement fier de la qualité de nos invités et d’apprendre moi-même autant de choses dans le processus de création de ces émissions en direct. Et je suis reconnaissant envers tous ceux qui nous ont fait assez confiance pour venir passer une soirée à parler en direct sur l’antenne d’une chaîne qui s’appelle la Tronche en Biais.

La Tronche en Live a beaucoup évolué quand Guillaume a rejoint notre équipe. C’est lui qui a apporté de la rationalité dans la gestion de nos projets, qui a déployé des talents inouïs dans l’organisation et l’amélioration de la qualité des lives. Avec lui, et avec une petite poignée d’amis, nous avons fondé l’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique. Et cette petite équipe s’est étoffée lentement pour répondre au besoin des projets que nous essayons de mener à bien.

L’ASTEC, c’est donc Vled Tapas, Acermendax, Loki Jackal et Guillaume Cervantes (il a renoncé à son pseudo, c’est idiot), mais aussi d’autres gens… Lionel, notre président, est un érudit de l’informatique et d’Internet ; il est prévu qu’il partage ses connaissances et ses analyses sous un format vidéo, il faudra juste qu’on l’encourage très fort !! Patrice Seray et Francine Cordier ont une longue expérience du monde de l’ufologie et du travail d’enquête à partir de témoignages liés aux ovnis. Le très talentueux Luca Bobenrieth se charge de la communication visuelle de nos projets (l’évolution des logos, des habillages, tout ça…). Gabriel est en charge du son des vidéos, lequel nous a longtemps posé problème, il nous fallait un pro aux manettes. Lise est la cadreuse des émissions Live, elle prend aussi de super photos. Luca, Gabriel et Lise sont chargés de la communication de l’association.

Je ne vais pas vous dévoiler toute la cuisine de l’asso, ce n’est pas le sujet, mais nous avons aussi dans l’équipe : Charlotte, Loïc, Florian, et Bunker D, le blogueur sceptique. Chacun apporte ses compétences et son esprit critique à notre travail commun au degré d’implication qu’il souhaite.

 

C’est ce qui nous permet de faire avancer de front plusieurs projets : les épisodes scénarisés, les documentaires, les livres, les interviews, les formations à l’esprit critique [Si vous cherchez une formation stimulante pour vos étudiants, vos collègues ou vos employés, l’ASTEC peut sans doute vous aider…] et même un jeu de société. Bref, en, quatre ans, nous avons fait du chemin, nous avons rencontré des gens formidables, participé à des tables rondes, des conventions à des projets divers et variés, été invités un peu partout en France, en Belgique et en Suisse… parce que nous faisons des vidéos sur Internet et qu’un certain nombre de gens aiment assez notre travail pour le partager, nous soutenir et nous critiquer.

 

Nous ne sommes pas toujours d’accord sur tout dans l’équipe, et on se frite un peu de temps à autres, ce qui est très stimulant et fait partie du contrat moral d’un projet comme le nôtre. Mais nous partageons ensemble des valeurs et cela nous donne assez de cohésion pour travailler chacun à son rythme sur nos projets communs. Des projets qui peuvent avoir un effet sur la société, nous l’espérons, si vous, nos plus de cent mille abonnés faites le gros du travail : celui d’utiliser quotidiennement les outils de la pensée critique que nous tâchons de décrire le mieux possible pour les rendre toujours plus faciles à utiliser dans le cadre de nos interactions avec les idées fausses, les discours séducteurs, les impostures, les pseudo-sciences et les dogmatismes.

 

Merci à ceux d‘entre-vous  qui commentent les vidéos sur la chaîne, qui mettent un pouce bleu, qui les partagent sur leurs réseaux, qui en parlent autour d’eux, qui donnent un euros ou deux à l’ASTEC, qui défendent une bonne pratique de la zététique laquelle n’est ni arrogante, ni vindicative. Merci à ceux qui nous envoient les articles et les ressources de qualité que nous pourrions partager avec tout le monde.

Quant aux rageux, aux obsédés de la pureté idéologique, aux relativistes absolus, aux miliciens clavicoles qui se cherchent des ennemis, évidemment je ne dis pas merci, mais je tiens à acter votre existence et votre pouvoir de nuisance. Il est réel. Vous impactez réellement le moral et la motivation des gens sur lesquels vous déversez vos commentaires, parce que ce sont des êtres humains, comme vous, peut-être de meilleurs êtres humains que vous du reste, car s’acharner à insulter ou à condamner sans comprendre ne fait pas de vous des gens bien.

Votre influence sur nous est toutefois limitée par la cohésion de notre équipe sans laquelle nous aurions peut-être tout arrêté… et par les témoignages nombreux que nous recevons de celles et ceux pour qui notre chaine, et plus généralement la zététique bienveillante pratiquée par beaucoup de confrères a eu un impact fort sur leur vie. Je tiens personnellement à remercier encore une fois chacun de ceux qui nous ont écrit pour nous livrer un petite tranche de leur vie dans laquelle la zététique a eu son importance, parfois une très grosse importance. Et pour finir je vous invite à nous écrire à nous, mais aussi aux collègues qui font le même travail, si jamais ce que nous faisons vous a aidé, vous a touché, a changé quelque chose dans votre vie ou dans celle de vos amis.

Parce qu’au final c’est la seule chose qui puisse vraiment donner du sens à tout ce que nous faisons depuis 4 ans.

Dès lors la question est : on continue  ?

 

 

 

Invités : Astronogeek, Defakator, un Monde Riant, Francine Cordier, Patrice Seray + Feat. Christophe Michel de Hygiène Mentale

Enregistré le mercredi 10 octobre 2018 au GEC de Nancy.

Editorial

Des choses bizarres se produisent de temps en temps. Tous les jours des évènements improbables ont lieu. Chaque fois qu’une personne gagne à la loterie alors qu’elle avait neuf cent mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf chances sur un million de ne pas gagner, l’improbable s’est produit. Chaque fois que, par coïncidence, votre cousine Jessica vous téléphone au moment pile où vous ne pensez pas à elle, une synchronicité n’a pas lieu… Et personne ne le remarque.

Des choses totalement renversantes se produisent en ce moment même. Des baleines et des oiseaux migrent sur des milliers de kilomètres sans GPS, sans cartographie, sans même toujours savoir où ils vont. Les abeilles construisent des alvéoles hexagonales sans jamais apprendre la géométrie à l’école. Je ne vous parlerai même pas des termitières et de leurs systèmes de thermorégulation. Les planètes se déplacent presque toutes dans le même plan et si nous les ramenions à la taille d’une boule de billard, elles seraient plus lisses que nos boules de billard.

Le microplancton produit la majeure partie de l’oxygène de notre atmosphère ; ce qui était au départ un poison métabolique a jadis transformé les paysages, oxydé les roches, et décidé que certaines lignées animales allaient coloniser le monde pendant que d’autres allaient s’éteindre. Un battement d’aile de papillon à Sarraltrof peut provoquer la pluie plutôt que le beau temps deux semaines plus tard dans le Wiltshire.

Des causes modestes peuvent avoir des effets importants. Les simples particularités de la matière produisent des phénomènes complexes et imprévisibles. Le hasard produit parfois des régularités. Le monde est infiniment complexe, notre ignorance est colossale.

Mais nous savons comment est apparu le Crop Circle de Sarraltroff. Savoir cela nous permet de raisonner en terrain solide. Grâce à cette connaissance, on peut tester la fiabilité des experts, la validité de leurs méthodes, la réalité de leur capacité à percevoir des énergies à partir desquelles ils prétendent avoir accès à des connaissances qui échapperaient aux sceptiques. Le simple fait de savoir la véritable origine de cet agroglyphe éclaire soudain tous les discours qui y font référence et nous renseigne sur la confiance que l’on peut accorder aux différentes personnes qui vont en parler.

 

Ce que nous avons constaté, c‘est le vif désir de conclure à une origine non humaine, de conclure au sens du message qui serait ainsi transmis, de conclure sur l’identité des auteurs, de conclure sur la qualité des « énergies » ressenties. Et toutes ces conclusions définitives ont en commun de s’appuyer sur l’ignorance de ce que nous, nous savions, mais aussi sur une incroyable quantité d’autres ignorances sur les fameuses énergies, sur les Êtres à l’origine du message, sur ce qu’il se passe quand on écrase du blé avec une planche, sur le nombre de pures coïncidences mathématiques que l’on peut trouver dans un dessin simplement construit avec des cercles, sur le nombre de mouches mortes qu’on trouve dans un champ normal, sur le fonctionnement du cerveau de celui qui veut croire à l’intervention d’une entité mystérieuse.

« Le mystère est un habit commode pour l’absurdité » a dit John Adams.

Si la science est la recherche systématique de l’erreur, le Crop Circle de Sarraltroff a peut-être mis en évidence une erreur récurrente et fatale dans la logique de ceux qui veulent voir dans les Crop Circles et dans les ovnis la manifestation d’une intelligence non humaine. C’est l’erreur qui consiste à fonder son raisonnement sur des choses que l’on ignore, sur des hypothèses spéculatives qui ne recouvrent pas l’ensemble des possibles. C’est l’appel à l’ignorance souvent couplé à un retournement de la charge de la preuve où ce serait à l’autre de prouver qu’on se trompe.

Nous sommes ce soir en compagnie de la petite équipe du Crop Circle de Sarraltrof, et il semble bien que ce projet a montré que certains experts se trompent. Sauf erreur de ma part.

Bienvenue dans La Tronche en Live.

 

Dans l’arsenal des gros raccourcis bien pratiques auxquels notre cerveau a recours pour se faire rapidement une idée sur une situation, c’est-à-dire plus vite que la vitesse de la pensée, c’est-à-dire à la vitesse des préjugés, on trouve une erreur particulièrement courante et dramatique : celle qui nous pousse à surestimer les causes intrinsèques, internes aux individus devant les causes extrinsèques, contextuelles.
L’erreur fondamentale d’attribution  n’est pas sans rappeler l’essentialisme dont nous avons déjà parlé, et elle est bien pratique pour façonner des petites narrations ad hoc que nous avons traité dans la vidéo sur la rationalisation. On voit bien que tous ces biais s’interpénètrent, se renforcent l’un l’autre et nous tendent des pièges redoutables et invisibles.

A cause d’eux, nous aboutissons en toute bonne foi à des jugements injustes qui perpétuent des inégalités et des violences dont, en réalité, la plupart d’entre nous conviendraient sans doute qu’il faut les combattre.