La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Le bénéfice du Doute #6

Invités : Patrick Baranger & Jade Herbert — Enregistré le 20 juin 2019

Editorial

Permettez que j’ouvre avec une citation de Coluche « L’intelligence est la chose la mieux répartie chez les hommes parce, quoiqu’on en soit pourvu, on a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’on juge ». De la même manière je ne connais personne qui estime manquer de rationalité ou d’esprit critique. Cela devrait tous nous alerter.

Nous vivons une époque formidable. L’accès à Internet est quasi universel, nous sommes tous à trois clics de connaissances innombrables, de lieux d’échange qui peuvent transformer nos vies, nous apprendre à régler nos problèmes, à partager les remèdes contre les duperies et les mystifications. Les grandes œuvres d’art et leur remises en contexte ; les documents historiques jusque dans leurs moindres détails ; les connaissances scientifiques, dans toutes les langues ou presque.

Mais nous ne les consommons pas. Nous sommes collectivement apathiques devant ce prodige de notre civilisation. Nous préférons regarder des conneries, si possible les mêmes conneries que tout le monde, pour ne pas risquer de se sentir largué. La connerie à la mode a sur nous plus d’attrait que l’explication ardue d’un mystère scientifique ou l’enquête fastidieuse sur un scandale d’état.

Soit on trouve ça parfaitement normal et stylé, soit on comprend que la pensée critique n’est pas la chose la mieux répartie au monde.

Parce que si les gens préfèrent les conneries aux grandes œuvres d’art, aux connaissances, aux débats philosophiques, ce n’est pas par hasard bien sûr, mais parce que nul n’est totalement libre de penser ce qu’il veut.

Il est facile de dire que l’on est libre de penser ce que l’on veut, de le proclamer et d’y croire, mais la condition humaine s’y oppose de toutes les forces des influences que nous subissons pour le meilleur et pour le pire.

L’espace dans lequel nous nous autorisons à penser est cerné de murs invisibles qui font croire aux plus imprudents qu’ils ont pleinement choisi de penser ce qu’ils pensent. Les autres se posent d’avantage de questions métacognitives ; ils réfléchissent sur leurs réflexions, et c’est cette activité, sans doute qu’on peut appeler la pensée critique.

Ce serait formidable de pouvoir amener tout le monde à développer une telle attitude et les talents qui vont avec. Peut-on enseigner la pensée critique ? Si oui comment ? Si non : que faire ?

Evidemment l’école a un rôle central, mais il y a de la vie hors des écoles, et il existe une éducation populaire dont l’un des buts est d’aider les citoyens à se méfier des jugements hâtifs, des stéréotypes, des évidences et des vérités absolues.

La semaine prochaine Les Petits Débrouillards font leur université d’été à Nancy, et ce sera l’occasion pour le public de venir échanger avec les membres sur leur action, et notamment sur la possibilité oui ou non, de devenir plus critique, mieux critique, puisque le titre de l’événement est « Science, esprit et pensée critiques »

Pour en parler je reçois deux invités qui connaissent bien les petits débrouillards, le monde de l’enseignement et de l’éducation populaire.

Jade Hebert, Patrick Baranger, qui êtes-vous ?

Enregistré le 28 juin 2019 à l’ENS de Lyon.

Invités :

● Samuel Morin, chercheur, directeur du Centre d’Etudes de la Neige.
● Lionel Scotto d’Apollonia, sociologue et épistémologue.
● Marie Dégremont, docteur en science politique, spécialiste des questions de transition énergétique.

Editorial

Nous connaissons le principe de l’effet de serre depuis environ 150 ans. Depuis plus de 60 ans, nous savons que le climat mondial change de manière brutale, et on suspecte que les modifications atmosphériques dues à l’activité humaine y soient liées. Depuis 1995 la chose est prouvée. Cela fait 24 ans que nous voyons sortir, année après années, des études qui confirment les causes anthropiques d’un changement climatique aux conséquences potentiellement dramatiques pour beaucoup de monde.

Quand je dis « nous » je parle des membres de notre espèce dont le métier est de chercher à savoir ce qui se passe avec notre climat, notre atmosphère et tous les systèmes en interaction. Leur métier est de savoir, d’avoir une idée de l’étendue de ce qui n’est pas su, et de transmettre tout ça au public pour que la société puisse faire des choix éclairés.

Mais il y a comme un truc qui cloche, du sable dans les rouages, de la boue dans les yeux, une gonade dans le potage parce qu’on a beau produire de la connaissance, c’est comme si on ne voulait rien savoir.

La climatologie, ça existe, ça produit des modèles, ça fait des prédictions. Et ça tombe juste, puisque les modèles successifs se ressemblent et coïncident avec les données récoltées. Depuis la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, rédigée en 1992, nous avons eu 24 Conférences des Partis (on se souvient de la COP21 de Paris en 2015), le GIEC en sera bientôt à son sixième rapport, on entend parler de bien des tractations pour lutter contre le changement climatique, mais on se demande si du concret existe, quelque part.

En dépit de tous ces travaux, le grand public reste plutôt inculte, le monde journalistique n’est pas toujours plus brillant, et les décisions politiques prises au nom de nous tous pourraient bien n’être que très peu inspirée des conséquences qu’il faudrait pourtant tirer de ces connaissances.

Pour parler de ces questions, il faut commencer par comprendre, au moins dans les grandes lignes, ce que c’est que le climat, et quel est le travail des climatologues. Nous entamerons cela avec Samuel Morin, qui est directeur du Centre d’Etudes de la Neige, et donc climatologue. Il sera l’un des co-auteur du prochain rapport du GIEC, on pourra donc aussi évoquer avec lui comment travaille le Groupe Intergouvernemental d’Etude du Climat.

Quand on donne la parole à un climatologue, on voit surgir des commentaire et des critiques, le plus souvent émanant de personnes ignorantes, mais parfois de personnalités scientifiques qui estiment qu’on a tout faux et qui n’hésitent pas à nier les résultat d’un consensus scientifique sur lequel s’accordent plus de 99% des études (Le chiffre était de 97% il y a quelques temps, mais vous voyez ça avance[1]). Ces gens s‘estiment climato-réalistes, on les appelle improprement climato-sceptiques, peut-on dire que ce sont des climato-négationnistes ? Qui sont-ils et que disent-ils ? Nous en parlerons avec le sociologue et épistémologue Lionel Scotto d’Apollonia qui les connaît bien.

Pour la troisième et dernière partie, nous allons poser ce qui est sans LA question la plus importante, une fois qu’on s’est mis d’accord sur ce que dit la science.

Nous savons que l’activité humaine, depuis deux siècles, modifie l’atmosphère. Les rejets de gaz à effet de serre continuent d’augmenter malgré tout. On se trouve dans une situation où notre voiture se dirige vers un mur ; on me voit approcher, et nous continuons d’appuyer sur l’accélérateur. Pourquoi ? Pourquoi, si ce danger est la plus grande menace au monde, ne voyons-nous pas des décisions urgentes à tous les niveaux de la société ? Pourquoi, finalement, continuons-nous sur notre lancée sans réellement remettre en cause notre fonctionnement collectif ? C’est une question politique, qu’éclairera pour nous Marie Dégremont, docteur en science politique, spécialiste des questions de transition énergétique.

Merci à tous les trois d’avoir accepté notre invitation



[1] Those 3% of scientific papers that deny climate change? A review found them all flawed (2017) — Lien.

Le Bénéfice du Doute #5. Enregistré chez RCN le 23 mai 2019.

Invité : Mehdi Moussaïd.

Editorial

« La foule est la mère des tyrans. » disait Denys d’Halicarnasse un siècle avant notre ère. « La foule est la bête élémentaire, dont l’instinct est partout, la pensée nulle part. » jugeait André Suarès plus récemment.

On n’aime pas la foule. On la juge facilement vulgaire, manipulable, terriblement inintéressante. La foule ne contient finalement que des gens qui ne sont rien, ceux qui ne savent pas se distinguer par leurs qualités ou leurs efforts. Les artistes ne sont pas tendre avec elle, à l’image de Malarmé : « Cette foule hagarde ! Elle annonce : Nous sommes la triste opacité de nos spectres futurs. » et l’on voit que la foule, d’une certaine manière, nous renvoie à notre insignifiance personnelle. Comment ose-t-elle ? C’est odieux pour ceux d’entre nous qui chérissons notre individualité.

Nous voudrions que le monde soit dirigé par des esprits éclairés, par les meilleurs d’entre nous, par les plus méritants, et l’antithèse de cet idéal, c’est le chaos qui ne manquerait pas de survenir —nous le sentons bien— si on laissait aux incultes, aux profanes, au tout-venant, aux manifestants le pouvoir de décider ce que la société doit faire.

Même Terry Pratchett, le génial auteur des Annales du Disque Monde y va de son attaque : « Le degré d’intelligence de cette entité qu’on appelle une foule est inversement proportionnel au nombre d’individus qui la composent. » dit-il dans « Va-t-en Guerre »

Madame Michu n’est pas loin de la juger pire que l’anarchie cette Ochlocratie : « Gouvernement par la foule, la multitude, la populace ». Là où la démocratie serait l’organisation d’un choix rationnel parmi plusieurs projets politiques que le peuple sanctionne avant de concéder à être gouverné, le pouvoir exercé par la foule ne peut offrir que démagogie, emportements, jugements hâtifs et libération des pulsions les plus basses. C’est le despotisme de la cohue.  En somme il faudrait être pervers pour aimer la foule.

Mais Madame Michu, ET vous qui m’écoutez, ET moi-même, nous sommes la foule des autres. Que sommes-nous sinon des éléments d’un grand tout, constamment en interaction les uns avec les autres et souvent moins libre qu’on se plait à le croire ?

Car c’est l’une des questions fondamentale : les êtres humains existent-t-ils pleinement de par eux-mêmes ou seulement dans la dynamique qu’ils créent ensemble ? Cette multitude si détestée ne nous est-elle pas nécessaire ? Les foules sont-elles capables d’une forme d’intelligence qui surpasserait celle de l’humain moyen ?  Selon la formule du psychologue social Jonathan Haidt l’humain serait à 90% chimpanzé et à 10% abeille. Si c’est vrai la foule est en nous.

Et alors nous avons besoin que des chercheurs se penchent sur cette entité pour nous aider à comprendre qui nous sommes. Alors je pose la question à mon invité Mehdi Moussaïd : qui sommes-nous ?

Editorial

Le Bénéfice du Doute. Premier épisode.

Répondre à la question… et même la poser, cela réclame de savoir ce que c’est que l’intelligence, et le défi est considérable parce qu’il n’existe pas encore une définition compréhensible qui mette d’accord tous les spécialistes. Mais il faut aussi savoir ce qu’est une plante… et en fait ce n’est pas si simple que ça en a l’air.

Nous autres primates, mammifères, tétrapodes, métazoaires, opisthocontes que nous sommes, jetons souvent un œil hautain sur le reste du vivant. Il y a les espèces supérieures, celles qui nous ressemblent, et puis il y a le petit peuple de la planète, ceux qui ne sont rien… Quant au végétal, on a parfois le sentiment qu’il fait juste partie du décor. Nous vivons au milieu d’êtres vivants que la plupart d’entre nous ne connaissons qu’en surface. Si vous voulez mesurer à quel point vous ne connaissez pas les plantes, je vous propose un petit défi : essayez de dessiner le cycle de reproduction d’un arbre. Pour un humain, vous devriez vous en sortir sans trop de difficulté, faisons-le ensemble dans les grandes lignes : deux gamètes se rencontrent pour donner une cellule-œuf qui se divise et produit un embryon, puis un bébé humain qui grandit et produit à son tour des gamètes, (ou bien mâle ou bien femelle) ;  l’un de ces gamètes va rencontrer celui émis par un autre humain (de sexe opposé) et le cycle repart avec l’événement de fécondation. Chez les plantes, ou chez les champignons, c’est différent, et même bizarre d’une certaine manière. Les aliens de la science-fiction ne sont finalement pas si exotiques que ça si nous les comparons au châtaignier ou à la glycine. L’étrange nous entoure.

Mais revenons à l’intelligence de ces plantes. Qu’en est-il ?

Doit-on admettre que nous sommes passés à côté de cette intelligence, ou faut-il voir dans cette quête une autre forme de mépris, celui qui nous pousse à anthropomorphiser ce à quoi nous désirons nous intéresser ? Faut-il que les plantes soient intelligentes, un peu comme nous finalement, pour qu’on les respecte ? Pour qu’elles soient dignes qu’on leur consacre notre attention ?

Vous imaginez bien que je n’ai pas les réponses à ces questions, et dans cette émission nous allons recevoir des gens qui en savent bien plus que moi afin de nous mettre d’accord sur les idées fausses à écarter, sur les connaissances établies qu’il faudrait reconnaître et sur ce qui appartient au domaine incertain et flou du doute raisonnable.

Pour ce premier épisode du Bénéfice du Doute, nous avons pour parrain un chercheur éminent. Francis Martin a reçu les lauriers de la recherche agronomique de l’INRA pour ses travaux pionniers sur la symbiose entre les arbres et les champignons. Les arbres n’existeraient pas en l’absence de leurs partenaires mycéliens. Cette symbiose, elle est omniprésente autour de nous, et pourtant elle est discrète à nos yeux. Ce phénomène, il en parle dans un livre qui vient de sortir « Sous la forêt » aux éditions HumenSciences.

Avec Francis Martin, aujourd’hui nous allons essayer de savoir si nous nous posons les bonnes questions sur les arbres et sur les plantes en général. Bonjour Francis Martin.


Enregistré au GEC, cours Léopold, à Nancy.

Invités: Pierre Rigaux, (naturaliste, membre de l’ASPAS).

Editorial

Un billet de réponse aux nombreuses réactions négatives suscitées par l’émission sera très bientôt mis en ligne.

Des hommes et des femmes qui tuent des animaux pour le sport, c’est évidemment discutable, et nous viennent d’abord à l’esprit des réflexions éthiques sur la souffrance animale et sur la justification de tuer quand on pourrait très bien s’en passer.

Aborder cette question, c’est s’assurer l’explosion des injures gratuites dans les commentaires. (Allez vérifier !) Parce que presque tout le monde a un avis sur la chasse et estime que les avis différents sont la marque d’une déficience mentale.

Faut-il accorder au moindre mulot des droits équivalents à ceux d’un humain ?  Peut-on farcir de plomb la tête d’une biche comme on cueille une cerise ? D’un extrême à l’autre, en passant par le milieu, les débats d’ordre moral sont très importants, très compliqués, et parfaitement impossibles si l’on n’est pas capable AVANT de se mettre d’accord sur les faits à partir desquels on peut émettre un jugement, construire un argumentaire, et accepter de faire évoluer son opinion.

Nous voulons ici apporter des éclaircissements, décrypter un contexte, décortiquer la complexité d’une question qui a de multiples couches et de nombreux angles d’approche. Par conséquent cette émission ne sera pas un débat pour ou contre la chasse. Nous ne sommes pas là pour dresser le procès des chasseurs ou des écolos. Un écologiste peut très bien être pragmatique et rigoureux — être radical ne signifie pas être extrémiste ; en parallèle un chasseur peut très bien être altruiste, respectueux de l’environnement, attaché à la défense des espèces sauvages, amoureux de la nature. Ceux qui sont absolument convaincu du contraire ont peu de chance d’être utile à une conversation intelligente. Mais nous ne sommes pas en mesure de sonder les cœurs et d’établir qui sont les mieux intentionnés entre les pro- et les anti-chasse. Il serait vain de jouer au concours de gentillesse.

Pour savoir si la chasse doit se poursuivre ou pas, il faut répondre à un certain nombre de questions, mais il faut aussi abandonner les postures reposant sur des sophismes.

Dénoncer la chasse au nom de la souffrance animale n’est valable que si l’on en fait autant avec toutes les activités humaines (et elles ne sont pas rares) qui ont des conséquences aussi graves.

Du côté des défenseurs, on dit que la chasse est une pratique culturelle et millénaire, qu’à ce titre elle mériterait le respect. On retrouve le même argument chez les pro-corridas. C’est un mauvais argument, parce que l’histoire humaine est remplie de traditions, de pratiques culturelles qui nous semblent aujourd’hui odieuses pour d’excellentes raisons. L’appel à la tradition est même en soi une catégorie de sophisme. Ce pseudo-argument n’a de valeur que pour ceux qui sont déjà convaincus, cessons de l’utiliser.

Pour tenter d’aller au-delà des sophismes et des antagonismes stériles, nous avons choisi ce soir de nous limiter au terrain de la mesure scientifique des effets de la chasse sur les écosystèmes. Avant de délivrer des diplômes de supériorité morale aux uns ou aux autres, il faut commencer par être factuel et établir un état des lieux, et pour ce faire, rien n’est plus logique que de se tourner vers un spécialiste des écosystèmes. Cela s’appelle un écologue, et notre invité de ce soir est aussi membre de l’ASPAS, Association de Protection des Animaux Sauvages (et nous questionnerons cette affiliation et ses éventuels biais). Pour mieux comprendre les enjeux écologiques de la chasse, merci d’accueillir Pierre Rigaux.

Enregistré à la Bibliothèque Stanislas de Nancy le 24 avril 2019

Invités : Jean-Baptiste Mouret et Yannick Parmentier

Editorial

Les pauvres humains que nous sommes croisons tous les jours la bêtise naturelle de nos semblables. Les plus chanceux d’entre nous fréquentent aussi l’intelligence, l’art, la sensibilité, l’altruisme, la bonté et on se demande si une machine serait capable de reproduire ces choses-là.

Quand nous parlons d’intelligence artificielle, les profanes (comme moi) s’imaginent une intelligence comparable à celle des humains. C’est d’ailleurs l’objet du fameux Test de Turing : on pourra considérer être en présence d’une IA le jour où, au cours d’une interaction banale, nous ne saurons plus faire la différence entre l’humain et la machine. On parle donc d’une intelligence liée au langage, à la résolution de problèmes, capable d’humour et de compassion. Mais tout cela repose sur une foultitude de présupposés concernant ce que nous acceptons d’appeler « intelligence ». Il n’est pas garanti que nous disposions d’une définition de l’intelligence qui nous permette de nous poser correctement toutes ces questions.

L’émergence de l’intelligence artificielle sera peut-être à l’origine d’une nouvelle théorie de l’intelligence comme dans le passé des inventions ont débouché sur de nouvelles théories et disciplines (la thermodynamique, l’aéronautique, l’optique…)

En tout cas, nous ne pouvons pas échapper au progrès. La loi de Moore prévoit un accroissement continu de la puissance de traitement des microprocesseurs. Nos invités sauront nous dire si cette loi est toujours aussi robuste. Si elle l’est, alors la puissance des ordinateurs qui nous dépassent déjà aux échecs, au jeu de go et dans la plupart des tâches nécessitant de traiter de grandes quantités de données, va continuer d’augmenter et, peut-être, atteindre un seuil critique.

Cet événement, ce moment où la machine créée par l’humain le dépasse, s’émancipe de l’intelligence humaine et devient capable de s’améliorer elle-même, c’est la Singularité et elle a été imaginée dans de nombreuses œuvres de science-fiction… souvent sous un angle dystopique.

Skynet n’est pas encore des nôtres, mais Google est déjà un géant qui s’invite dans nos salons. Nos véhicules sont bardés d’électronique. Bientôt les voitures se conduiront toutes seules, nos téléphones sont déjà smarts, les maisons sont connectées. On sent bien que tout s’accélère. Et si les collapsologues nous laissent un peu de temps, nous verront sans doute la technologie produire ce que nous ne savons pas encore imaginer.

Nous sommes coincés, tous ensemble, en 2019, plus précisément le 24 avril, pour encore quelques courtes heures, et nous sommes bien incapables de voir d’ici à quoi ressemble 2050 ou 2083. Mais avant de nous lancer dans des spéculations hasardeuses ou de pédantes prospectives, nous pouvons déjà tenter de comprendre ce qui se passe vraiment aujourd’hui. Cette intelligence artificielle dont tout le monde parle, à quoi ressemble-t-elle ? Est-elle vraiment intelligente ? Evolue-t-elle vraiment vers la singularité ? Les experts du domaine savent-ils ce qu’ils font ?

Eh bien nous allons le leur demander, puisque nous avons avec nous ce soir deux chercheurs du LORIA (Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications) dont les travaux gravitent autour des questions les plus concrètes concernant les IA.

Merci de recevoir Jean-Baptiste Mouret et Yannick Parmentier.


NB : Un gros ennui technique affecte la qualité de l’image de la vidéo. Pour un confort idéal (et ne pas avoir la fin de l’émission tronquée) lancez la lecture en tache de fond sans regarder la vidéo. Nos excuses pour ces désagréments.


Le Bénéfice du Doute #4. Enregistré chez RCN le 24 avril.

Invités

  • Dr Guillaume CONROY – Médecin Hépato-Gastro-Entérologue au Service Expert de Lutte contre les Hépatites Virales (SELVH) du CHR Metz Mercy
  • Carmen HADEY – Vice-présidente SOS Hépatites Alsace Lorraine / Administratrice SOS Hépatites Fédération
  • Pr Marc DEBOUVERIE – Chef de service de Neurologie au CHRU de Nancy / Vice-Doyen de la Faculté de Médecine de Nancy / Fondateur du LORSEP (Réseau consacré aux personnes atteintes de Sclérose en plaque & maladies neuro-dégénératives)

Editorial

Je vous préviens, ce que j’ai à vous dire n’est pas très agréable.

L’hépatite B tue au moins 1350 personnes par an en France. Le virus, 50 à 100 fois plus infectieux que le VIH peut résister presque une semaine en dehors de l’organisme. À cause de cela 30% des infections ont une cause à ce jour inconnue.

Les enfants peuvent donc l’attraper facilement, surtout au sein de la famille. Or plus de la moitié des enfants infectés en bas âge développent une forme chronique de l’infection. À l’âge adulte cette forme chronique se transforme dans 20 à 30% des cas en cirrhose ou en cancer du foie. Il est raisonnable d’avoir peur de l’hépatite B et de chercher à en protéger les enfants, même très petits. Heureusement il existe un vaccin efficace contre cette maladie.

Nous parlerons d’hépatite avec le Dr Guillaume CONROY – Médecin Hépato-Gastro-Entérologue au Service Expert de Lutte contre les Hépatites Virales (SELVH) de l’hôpital de Metz.

Je continue avec des choses effrayantes. Il existe une rumeur depuis les années 1990 selon laquelle le vaccin contre l’hépatite B donnerait la sclérose en plaque. Et ça c’est moche, parce que la sclérose en plaque n’est pas plus aguichante. C’est une maladie auto-immune qui conduit à une inflammation et une dégénérescence des nerfs. La maladie est grave et il n’existe pas de traitement curatif. En 2013 elle tuait 20 000 personnes dans le monde. Nous parlerons de cette maladie et de l’origine de cette rumeur qui fait un lien entre vaccin et SEP avec le Professeur Marc DEBOUVERIE – Chef de service de Neurologie au CHRU de Nancy / Vice-Doyen de la Faculté de Médecine de Nancy / Fondateur du LORSEP (Réseau consacré aux personnes atteintes de Sclérose en plaque & maladies neuro-dégénératives).

La lutte contre les hépatites virales passe par une bonne prévention, par une bonne information du public sur les risques, la manière de les éviter ou de les réduire, et notamment sur la pertinence de choisir la vaccination quand la balance bénéfice / risque est clairement établie. Et pour en parler nous aurons au téléphone tout à l’heure Carmen HADEY – Vice-présidente de SOS Hépatites Alsace Lorraine.

Alors voilà : la France bat les records mondiaux de méfiance envers les vaccins pour des raisons liées à l’histoire malheureuse de scandales sanitaires graves (le sang contaminé, le distilbène, l’hormone de croissance et le lien avec la maladie de Creutzfeldt-Jakob, la dépakine, le médiator…). On ne peut pas blâmer les gens d’avoir des doutes. Les autorités de santé ne paraissent plus aussi fiables, les parents hésitent à faire injecter à des enfants en bonne santé des produits qui sortent des laboratoires de grands groupes internationaux, l’obligation vaccinale est vécue comme une atteinte aux libertés… Bref, dans ce contexte on peut comprendre que les gens soient perdus et aient besoin d’une information claire venant d’une source fiable et transparente.

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé, l’hésitation vaccinale fait partie des 10 plus grandes menaces pour la santé humaine à l’échelle globale. À cela il n’y a pas de réponse facile, et il semble raisonnable de prendre le temps de questionner des spécialistes et de les écouter.

C’est pourquoi je vous remercie beaucoup d’avoir accepté notre invitation.

Juste avant de commencer, j’ajoute une précision : notre émission est totalement indépendante. Nous choisissons librement les sujets et les invités. Nous fonctionnons au sein de l’ASTEC une association loi 1901 à but non lucratif sans aucun lien d’aucune sorte avec les entreprises pharmaceutiques ou de la santé.

Maintenant, parlons de ce qui menace le plus notre santé : les maladies ou les vaccins ?

Le bénéfice du Doute #3 — Enregistrement 21 mars chez RCN.

Invité : Renaud Evrard

Editorial

Chaque jour se produisent des évènements improbables défiant tous les pronostics. L’extraordinaire existe, c’est normal. C’est même l’inverse qui serait bien étonnant. Les humains qui nous entourent sont nombreux et ils vivent une quantité invraisemblable d’évènements à chaque seconde. Dans un tel effectif nous pouvons trouver à coup sûr d’innombrables coïncidences, et si nous en restons là, piégés par les pentes naturelles de l’esprit, nous pouvons avoir envie de conclure un peu vite à la réalité de phénomènes étranges qui échapperaient depuis toujours à la sagacité des savants, à la curiosité des chercheurs.

Puisque nous n’avons pas réponse à tout, on ne peut pas exclure du champ des possibles les manifestations dont témoignent celles et ceux qui parlent d’extra-terrestres, de hantises, de capacités extra-sensoriels, de causalités atypiques et de toutes les bizarreries qui peuplent la fiction, la mythologie et le folklore. Personne n’a vocation, je l’espère, à empêcher quiconque de rêver, d’imaginer, de supputer ou de croire. Mais qu’en est-il du savoir ?

Ceux qui ont envie d’aller un peu plus loin que le simple sentiment de vérité qu’on éprouve quand on a vécu soi-même une expérience extraordinaire et inexplicable ne trouvent le plus souvent à se tourner que vers des groupes de gens convaincus par les hypothèses les plus étranges et fantasques, des gens parfois très motivés à continuer de croire que ces choses sont inexplicables et donc prompts à ne surtout pas consulter les travaux qui pourraient les détromper. Il ne suffit pas d’avoir vécu une expérience bizarre pour être un expert du paranormal et de l’étrange, cela nécessite une méthode d’investigation et une bonne connaissance des travaux qui ont été faits auparavant (la méthode aidant à faire le tri entre les travaux sérieux et les délires).

La psychologie anomalistique est justement la discipline qui s’intéresse à l’étude des témoignages de celles et ceux qui ont vécu des expériences en décalage avec l’idée que tout un chacun se fait du fonctionnement du monde, et qui se propose d’expliquer l’origine psychologique de certains d’entre eux, pour mieux souligner les phénomènes qui resteraient sans explication, et donc potentiellement paranormaux, surnaturels, préternaturels ou en tout cas anormaux et donc intrigants.

Les travaux dans ce domaine ne sont pas toujours faciles à mener compte tenu de la méfiance de certains tenants vis-à-vis de la méthode scientifique, de la nature élusive des phénomènes allégués, et d’un légitime scepticisme, voire d’une franche hostilité du monde académique envers les sujets farfelus qui pourraient bien être la marotte d’un chercheur zinzin dilapidant des financements scientifiques déjà raréfiés.

Mais il y a quand même des curieux qui choisissent de se pencher sur tous ces témoignages pour comprendre leur origine et travaillent en parapsychologie, en psychologie anomalistique, en clinique des expériences exceptionnelles. C’est le cas de Renaud Evrard, enseignant chercheur en psychologie à l’université de Lorraine.

Invitée : Anne PERRIN.
Tronche en Live #72 enregistré le 20 mars 2019 au GEC de Nancy.

Editorial

Le spectre des rayonnements électromagnétique n’est pas une entité paranormale, c’est la gamme de fréquence des ondes électromagnétiques qui circulent un peu partout dans l’univers. Les humains possèdent un organe spécifiquement adapté à la réception et à l’utilisation d’une toute petite partie de ces rayonnements : c’est l’œil. Cet organe particulièrement fragile possède des pigments, des molécules capables d’interagir avec certains rayonnements dont la longueur d’onde est comprise entre 450 et 750 nanomètres.

Autour de cette gamme de fréquences, on est dans l’invisible, avec d’un côté les infrarouges dont nous pouvons ressentir la chaleur, et les radiofréquences très faibles en énergie qui traversent l’air en interagissant très peu avec la matière. De l’autre côté les ultraviolets traversent la peau, peuvent causer des brûlures, et notre espèce possède un système de défense : le bronzage. On peut citer les rayons X ou les rayons gamma, très destructeurs pour l’ADN.

En clair, certains rayonnements représentent un danger pour la santé, c’est établi, c’est bien connu. La plus dangereuse source de rayonnement connue s’affiche au grand jour, c’est le soleil.

Notre siècle est celui du wifi, du téléphone sans fil, de la connexion permanente aux réseaux à travers la réception et l’émission d’information sous forme de trains d’ondes électromagnétiques. Toutes ces choses invisibles qui nous traversent peuvent susciter l’inquiétude, et un devoir de vigilance incombe à ceux qui veulent les utiliser et nous exposent tous aux conséquences potentielles de cette technologie.

Mais toutes les ondes électromagnétiques n’ont pas les propriétés physiques qui leur permettraient d’interagir avec ce qui compose un organisme vivant. Bien souvent la seule interaction possible est un couplage thermique : ça chauffe. Le micro-onde chauffe, nos téléphones chauffent nos oreilles (même si en réalité c’est surtout une chaleur qui se dégage de la batterie). Cette chaleur n’est pas toujours sans conséquence, mais peut-elle être plus dangereuse que n’importe quelle autre chaleur ?

Pour répondre à cela, il faut comprendre comment un champ électromagnétique peut affecter une biomolécule, et l’altérer suffisamment pour avoir un impact sur son fonctionnement dans la cellule. Il faut aussi comprendre quand un tel effet ne peut pas se produire parce que la nature du champ ou son intensité ne le permettent pas.

Indépendamment de ce que la science nous explique, certains contextes favorisent des narrations où nous attribuons sans preuve à tel élément de notre environnement la raison d’un problème. Le niveau d’adhésion des gens à ces narrations n’est pas vraiment corrélé à leur vraisemblance, comme chacun peut le voir avec le succès des Fake News. Souvent la peur y joue un rôle fondamental. Et les ondes invisibles sortant de ces appareils fabriqués par de grands industriels, omniprésents dans notre environnement font un formidable élément scénaristique pour nous angoisser, et cette angoisse peut elle-même produire les symptômes d’une intoxication fantasmée[1]. Dès lors comment savoir ?

Nous entendons trop d’allégations sur les dangers des ondes pour qu’elles soient toutes vraies (dans le cas contraire nous serions tous en train de mourir d’un cancer du téléphone), mais on ne peut pas s’empêcher de suspecter qu’il n’y a pas de fumée sans feu, c’est bien normal.

Pour y voir clair, nous recevons une spécialiste de la question. Elle a étudié les effets biologiques des champs électromagEM pendant des années, elle est experte sur les questions mêlant risque, science et société. Elle va répondre à nos plus pressantes questions. Bonsoir Anne Perrin.



[1] https://www.pourlascience.fr/theme/lumiere/quand-la-peur-des-ondes-rend-malade-13440.php

Le bénéfice du Doute #2

Pierre Onfroy est notre invité sur le plateau de RCN

Les artistes sont des menteurs honnêtes. Ils nous racontent des fictions, évoquent des souvenirs factices, simulent des émotions dont certaines deviennent véridiques dans notre propre esprit. Ils court-circuitent nos perceptions et manipulent nos pensées.

Et nous en redemandons, trop heureux d’y croire : c’est la suspension consentie de l’incrédulité. Un contrat tacite nous lie. On va faire « comme si » ; comme si c’était vrai, comme si les enjeux étaient réels, comme si l’Hiver commençait pour de vrai en Westeros, comme si la bombe nucléaire que doit désamorcer le héros était vraiment sur le point d’exploser.

Les spectacles de magie ne fonctionnent pas différemment. Nous acceptons le récit de l’artiste, et de croire (ou de faire semblant de croire) que l’impossible se produit sous nos yeux. Le temps du spectacle, nous mettons de côté notre scepticisme quotidien, celui dont nous sommes tous dotés (car les gens qui croient absolument tout, c’est rare), nous savons que d’une manière ou d’une autre, on va nous mentir. On a même payé notre place ! Mais ce mensonge est honnête. C’est d’ailleurs le titre de la biographie du magicien et grand Sceptique James Randi : « Un menteur honnête ».

Le mentalisme, à la mode depuis quelques années, brouille un peu tout ça. Dans un spectacle classique, vous savez que le magicien ne se téléporte pas à l’autre bout de la pièce, et ne comptez pas sur moi pour vous divulgâcher la fin du film « Le prestige » qu’il faut aller voir s’il vous plait. Nous savons tous que l’assistante, dans la boîte n’est pas réellement coupée en deux. La fascinante illusion que nous observons se trouve dans des contours relativement identifiés. Mais où est le mensonge dans le mentalisme ?

Si le mentaliste devine la carte à laquelle je pense en m’expliquant avoir utilisé les micro-expressions de mon visage, en analysant mes réactions à certains mots, mon langage corporel et quelque autre approche empruntant au registre des explications rationnelles, je peux m’en trouver d’autant plus frappé, d’autant plus enclin à apprécier le show qu’il se dépouille des codes habituels de la magie, mais ne suis-je pas manipulé au-delà de mes attentes et influencé au-delà des limites du spectacle.

C’est bien possible puisqu’une étude récente montre qu’assister à un spectacle de mentalisme a tendance à augmenter la croyance dans les pseudo-sciences.

Dès lors, le contrat est-il violé ? Peut-on être un mentaliste honnête ? Sommes-nous manipulés, influencés au-delà de ce qui est acceptable ? Pour en parler, je reçois un mentaliste qui aura sans doute sur cette question une opinion nuancée. Charge à nous de ne croire que les choses vraies qui seront prononcées dans cet échange avec Pierre Onfroy.