Archive pour la catégorie : La Tronche en Biais

La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Editorial

Les abeilles ne sont pas des insectes tout à fait comme les autres. Nous éprouvons à leur égard un peu plus de respect qu’envers les mouches, les guêpes ou les sauterelles. Avouons-le. C’est que nos civilisations ont commencé à les domestiquer il y a quelques millénaires ; ça crée des liens. Cette sympathie particulière que nous inspire l’abeille, associée à son poids dans l’économie, en fait un sujet politique et médiatique : on en parle beaucoup. Et comme toutes les choses dont on parle beaucoup dans les média, on entend beaucoup d’âneries.

On ne saurait mieux exprimer l’intensité approximative de notre relation à cet animal qu’en citant l’incontournable phrase attribuée à Albert Einstein (ce que les biographes du physicien nous conseillent de ne pas croire) :

« Si les abeilles disparaissent de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ».

Einstein ? Non.

Un peu dramatique, cette citation nous rappelle que les abeilles ne font pas que nous fournir du miel ou de la cire, mais qu’elles jouent un rôle important dans la pollinisation de nombreuses espèces que nous cultivons pour nous nourrir. En leur absence, les choses seraient un peu compliquées.

Or il semble bien que leur destin ne soit pas au beau fixe : on entend partout que la mortalité des ruches bat des records, on parle d’un syndrome d’effondrement des colonies, on s’inquiète des conséquences de tout cela, mais aussi de ce que cela révèle peut-être de l’état de notre environnement. L’abeille serait un indicateur que nous avons sur la nature un impact grave qui met en danger des équilibres fragiles, ce qui nous plonge dans l’incertitude sur l’état des écosystèmes dans un futur proche.

Cette inquiétude, il ne faut pas la mettre au service des discours de récupération et de panique généralisée, mais l’employer pour se poser des questions urgentes : que savons-nous vraiment des dynamiques de population des abeilles ? Que savons-nous vraiment sur les facteurs qui influencent ces populations ? De l’importance du syndrome d’effondrement, et de ses causes ? Et qu’ignorons-nous à propos de tout cela qu’il faudrait instamment étudier ?

De par son importance écologique, économique, culturelle, symbolique, l’abeille est un sujet qui ne nous laisse pas indifférent, mais son cas ne doit pas nous cacher le reste du paysage, et nous évoquerons les autres populations d’insectes, car de ce côté-là aussi l’inquiétude est réelle et les données issues du terrain sont probablement plus alarmantes encore.

Pour ce Tronche en Live , nous recevons un ingénieur agronome, apiculteur, spécialiste des pesticides pour essayer de nous poser les bonnes questions. Merci d’accueillir André Fougeroux.

Invité : Clément Freze, Mentaliste.

Editorial

Nous n’avons pas toutes les réponses. Le monde est peuplé de phénomènes auxquels nous ne comprenons pas tout. Il faut donc être prudent et garder l’esprit ouvert à la réfutation de nos idées. Parmi ces idées, il y a la croyance dans le paranormal, les facultés de l’esprit, et de manière générale les capacités de ce qu’on appellera les médiums. Nous ne manquons pas de personnes qui prétendent pouvoir lire dans l’esprit des autres, dans leur avenir, dans leur passé, ou bien disent entendre la voix des défunts.

Le médium, par définition, se veut un intermédiaire. À l’interface entre le monde banal et celui des esprits, les médiums se font les interprètes de ce qui est censé échapper aux autres. Mais peut-on avoir confiance ? Nous savons que le monde contient des menteurs, des escrocs, des aigrefins, des faussaires, des mythomanes, des fous ou des farceurs. Il faudrait pouvoir les distinguer de ceux qui possèdent réellement des facultés paranormales.

Si ces pouvoirs existent, nous avons tous intérêt à les reconnaître, à les cultiver, à honorer ceux dont les talents extraordinaires peuvent nous permettre d’appendre des tas de choses et de réaliser des prouesses. Et on pourrait s’attendre à ce que cela change notre quotidien.

À quoi pouvons-nous nous attendre dans un monde  où il y aurait de « vrais » médiums ?

  • Les mediums devraient être capables de compléter, sous la dictée, l’œuvre inachevée de grands artistes disparus. Et nous pourrions découvrir des inédits de Flaubert, Tolkien ou Freddy Mercury.
  • Les grands artistes du passé pourraient authentifier sans peine les œuvres dont la paternité reste douteuse, et enrichir considérablement nos connaissances sur l’histoire de l’art.
  • Les historiens pourraient revivre en détail le quotidien de nos ancêtres en interrogeant des esprits ou bien les vies antérieures de ceux qui jadis ont connu le temps des pharaons. Ils en tireraient des informations vérifiables que l’on ne saurait obtenir sans ces capacités. Quel progrès dans la recherche en histoire !
  • Les personnes assassinées trouveraient des interlocuteurs idéaux pour révéler leur calvaire. Aucun tueur en série ne pourrait sévir bien longtemps. Jack l’Eventreur serait démasqué aujourd’hui, preuve à l’appui. Et la police embaucherait des voyants désireux d’apporter leur aide.
  • Les jeux d’argent, la loterie, seraient une activité périmée, car les voyants trouveraient à chaque fois le bon numéro et pourraient en faire profiter des œuvres de charité.
  • Les cracs boursiers seraient anticipés par les équipes de consulting paranormal des grandes entreprises.
  • Les défunts nous apporteraient des informations de valeur, des détails sur des relations gardées secrètes, l’emplacement de documents confidentiels, d’innombrables détails inconnus et vérifiables.

Si l’on n’observe pas toutes ces prouesses désirables et profitables à tous, il doit y avoir une raison. La réponse facile est « On nous cache tout, on veut pas qu’on sache » de type conspirationniste, mais il y a probablement une meilleure explication. Même dans l’hypothèse où les facultés médiumniques existent, la plupart de ceux qui disent en avoir disent peut-être des sornettes. Et alors il est crucial de ne pas se laisser avoir.

Un remède peut être la question que posent tous les sceptiques : «  Quelle raison me donnez-vous de vous croire plutôt que de penser que vous vous trompez ou que vous essayez de me tromper ? »

Et pour en parler, je reçois un trompeur professionnel, un manipulateur revendiqué, un menteur honnête, le mentaliste Clément Freze.

Les questions idiotes existent : celles qui présupposent des absurdités ou tiennent pour acquis ce qui est douteux.
Néanmoins, elles peuvent nous apprendre des choses, et en particulier nous révéler combien un sujet s’avère plus complexe qu’on avait pu le croire.
Car oui, les questions idiotes n’ont pas forcément des réponses simples, et elles nous mettent au défi de les prendre au sérieux et de savoir y répondre de manière satisfaisante.
C’est justement le rôle du vulgarisateur d’appréhender ces questions, d’en faire son matériau de travail.


NB : c’est précisément en prenant au sérieux des questions à priori idiotes que j’ai écrit « L’Evolution, ça marche ! »

Rien n’est plus puissant qu’une histoire.

Ceux qui aiment les sciences et veulent les faire aimer ont-il un autre choix que de raconter une histoire, la plus intéressante possible ? Cela ne veut pas dire qu’il faille se laisser aller aux facilités habituelles de la #SuccessStory dont les codes narratifs véhiculent des stéréotypes là où nous voudrions justement nous débarrasser des idées reçues pour questionner la fabrique du savoir.

Editorial

Internet n’est pas tombé du ciel. C’est un objet technologique et social très complexe.

Il nous donne accès à l’information et à la liberté d’expression comme à aucune autre génération dans toute l’histoire. Nous sommes tous à quelques clics de la plupart des connaissances universitaires de pointe. Et à quelques clics également des millions de contenus de propagande, de réinformation, de communication calibrée pour nous plaire ou nous radicaliser. C’est donc aussi un lieu de pouvoir.

Dans nos usages, nous votons en quelque sorte avec nos clics ; un peu comme les fourmis laissent derrière elle des traces de phéromones qui établissent quelles routes seront principalement empruntées par toute la colonie, nos choix de navigation co-construisent l’architecture dans laquelle les informations circulent et parviennent jusqu’à nous et nos voisins.

Depuis les débuts de l’ère numérique nous vivons sous le régime de la neutralité du Net dans lequel tous les bits d’information se valent et sont traités de la même manière par les serveurs. Tel est l’héritage laissé par ceux qui inventèrent les prémisses d’Internet il y a soixante ans.

Mais où en sommes-nous aujourd’hui ? Les Fake News pullulent, les croyances les plus extrêmes exploitent les failles d’algorithmes élaborés pour maximiser la consommation de contenus, la confiance dans les élites est en berne, la population est pessimiste, on se méfie de tout ce qui ressemble à une parole officielle, il y a de toute évidence une crise de notre rapport à la vérité. Et cette crise s’exprime, se vit, et peut-être se déploie sur Internet.

Comme vous j’aimerais comprendre ce qui nous arrive, et j’aimerais que le plus grand nombre puisse s’aviser des pièges et des éventuelles solutions qui permettent de les éviter. Parmi ces solutions : sortir des GAFAM. Ce sera le sous-texte de cette émission avec Elzen qui est secrétaire de la Fédération des Fournisseurs d’Accès Internet Associatifs, et qui est aussi un administrateur de l’instance PeerTube nommée Skeptikon.

Qui contrôle Internet est une question qu’il m’a lui-même soufflée en me rappelant que, pour être indestructible, les concepteurs d’Internet devaient le rendre incontrôlable. La surenchère des contrôles que cherchent aujourd’hui à exercer les puissants peut-elle aboutir à la destruction du Net ?

Bonjour Elzen

Enregistré le 11 septembre 2019 à la MJC Pichon, Nancy.

Invité : Yves Hansmann. Chef du service des Maladies infectieuses du CHU de  Strasbourg. Il est également l’auteur d’un livre : « La maladie de lyme, au-delà de la polémique »

Editorial

Être en bonne santé, ça s’explique mal, ça se passe de diagnostic, ça se constate. Personne ne se rend chez un médecin en exigeant qu’on lui explique comment il se fait qu’il se sente si bien. Celui qui est en bonne santé, en général, ne se pose pas de question, il en profite pour penser à autre chose. Et tant mieux. Quand on est malade, c’est une autre histoire. On veut savoir ce qui nous arrive. On veut le nom de l’agent pathogène ou du gène ou du facteur environnemental qui nous cause des ennuis. Si en plus on nous désigne un coupable à attaquer en justice, on se sent justifié à porter plainte. La maladie exige des explications ! C’est un état anormal, insupportable, et on ne se contentera pas d’un « ben c’est comme ça, c’est la vie, déso. » Et heureusement.

La pratique de la médecine consiste notamment à identifier la cause d’une maladie. Si vous avez un rhume passager, on peut se contenter d’apaiser les symptômes avec du paracétamol ; on parle alors de traitement symptomatique. Mais si votre problème de douleurs est lié à la présence d’une tumeur, vous n‘avez pas envie qu’on vous soigne avec des antalgiques, il faut s’attaquer à la cause de votre maladie. Dans le cas des maladies infectieuses : hépatite, sida, légionellose, grippe, choléra, rage, etc. nos médecins ont appris à lier spécifiquement des symptômes à un agent et à utiliser les traitements qui savent le cibler de manière efficace… quand c’est possible. Le médecin qui ne sait pas identifier de manière fiable la cause de votre maladie aura du mal à vous soigner, même s’il est sincère et bien gentil.

Nous tenons à notre santé et à celle de nos proches, nous voulons une médecine efficace, à l’écoute, fiable, rassurante. Et bien souvent, grâce aux progrès phénoménaux de la recherche médicale, nous sommes pris en charge, nous sommes soignés et nous avons la chance de survivre à des affections qui nous auraient emportés il y a une génération ou deux. Mais il y a aussi des affections qui résistent aux diagnostics. Certaines personnes ne reçoivent pas du monde médical des réponses à leurs souffrances. Elles ne se sentent pas entendues, respectées, soignées, et elles endurent une errance médicale à la recherche d’un spécialiste qui enfin leur dira le nom du mal qui les frappe. Et parfois ce diagnostic, obtenu de haute lutte, porte le nom de « Maladie de Lyme chronique ».

Nous verrons ce soir que la maladie de Lyme est une vraie maladie, c’est une infection par une bactérie nommé Borrelia. La forme dite « chronique » en revanche est à ce jour loin d’être reconnue comme une entité nosologique, c’est-à-dire une maladie clairement définie, un diagnostic fiable. On dira volontiers que les gens malades s’en fichent un peu du moment qu’on les soigne, mais là est tout le problème : comment savoir qu’on vous soigne correctement si on ne sait pas montrer de manière fiable de quoi vous souffrez ?

Aujourd’hui, on voit des gens recevoir des traitements à haute dose d’antibiotiques pendant des mois pour traiter une infection qui n’a rien de certain. Les Lyme doctors prétendent parfois que l’environnement électromagnétique aggrave la maladie, que le Lyme chronique cause la maladie d’Alzheimer, ou même l’autisme, et veulent traiter ces personnes… avec de hautes doses d’antibiotiques[1] ou des produits contenant de la javel. Bref, il y a un joli bordel autour de la maladie de Lyme et il faudrait commencer par établir clairement ce qui est connu et ce qu’il reste à comprendre à son sujet.

C’est notre but ce soir de contribuer à éclaircir ces choses, et nous n’avons pas de meilleur moyen que de nous tourner vers des experts capables de nous dire l’état des connaissances scientifiques plutôt que leur sentiment personnel. Nous recevons donc ce soir un spécialiste des maladies infectieuses, et en particulier des borrélioses, l’autre nom de la maladie de Lyme. Merci à Yves Hansmann d’avoir accepté notre invitation.



[1] https://debatbiomed.science.blog/2019/07/29/antibiotiques-pour-lautisme-recapitulatif-dun-scandale/

Le Bénéfice du Doute #7

Invités : Francine Cordier et Patrice Seray

Editorial

Si l’on pense à la présence, quelque part dans l’incommensurable immensité de l’univers,  d’autres formes de vie que la nôtre, d’autres formes d’intelligences, d’autre civilisations, on se retrouve face à l’alternative suivante : ou bien il y a quelqu’un d’autre, qui regarde les étoiles, se pose les mêmes questions que nous et rêve peut-être de nous rencontrer, et c’est complètement renversant. Ou bien, à l’inverse nous sommes seuls. Rien que nous dans tout ce vide. Et c’est complètement renversant.

Chaque hypothèse nous promet le vertige en réponse, et il n’y a rien de trivial à se passionner pour les ramifications de leurs présupposés et de leurs conséquences.

Sur Terre nous avons divers catégories de personnes. Beaucoup de gens sont plus préoccupés par des problèmes plus immédiats, n’y accordent guère d’intérêt, d’autres jurent d’un complot mondial pour cacher une vérité qu’ils connaissent on ne sait comment. D’autres scandent leurs certitudes que toutes ces histoires sont ridicules et ne méritent que dérision. Et puis il y a une catégorie, peut-être pas si rare, qui se questionne, qui doute, qui se dit pourquoi pas, et voudrait bien disposer d’informations fiables et d’une méthode pour y voir plus clair.

Alors disons-le, oui les ovnis sont un sujet qu’on peut aborder avec sérieux, en respectant scrupuleusement les personnes qui y croient comme celles qui n’y croient pas. Je me permets un petit rappel en forme de conseil de prudence sur le mot ovni (Objet Volant Non Identifié) qui nous allume dans la tête des images, des présupposés, des stéréotypes qui influencent notre manière de penser et de percevoir.

De fait, si je pointe le ciel en disant « Oh, un ovni », ceux qui suivront mon regard prépareront leur cerveau à reconnaître un objet qui vole (et volontiers, même, un vaisseau spatial). Et rien que ça peut conduire à réellement voir quelque chose que sinon nous n’aurions pas « vu ». On préfère souvent parler de Phénomène Aérospatial Non Expliqué (PANE) au lieu d’ovni, car ce que les gens observent dans le ciel, ce ne sont pas toujours des objets qui volent ; il peut s’agir d’astres comme la Lune, de nuages, de reflets, d’effets d’optiques étranges mais naturels, et diverses choses dont nous parlerons au cours de l’émission. Tout ce cortège d’images mentales qui viennent avec le mot ovni nous montre que notre regard n’est pas neutre. Il ne peut pas l’être, et le langage appuie souvent là où ça fait mal. Or c’est bien par le langage que nous avons accès aux ovnis, car la plupart d’entre nous n’en avons pas vu. Nous n’avons pas de photographie claire, d’enregistrement univoque, de morceau d’épave contenant des technologies non-humaines…

L’idée que nous nous faisons des ovnis est forgée par la manière dont nous en entendons parler. La matière première des chasseurs d’ovni, ce sont les témoignages humains. C’est d’ailleurs le grand point commun entre cette thématique et les autres sujets liés au paranormal, raison pour laquelle il faut s’intéresser aux méthodes d’analyse des témoignages.

Nos deux invités d’aujourd’hui sont très spéciaux, un peu comme des agents enquêtant sur l’étrange. Cela fait des décennies qu’ils sillonnent les forums, les vieilles revues, mais aussi le terrain, et la parole des témoins.

Amateurs éclairés mais aussi spécialistes érudits de la culture ovni et de ses réseaux, je vous présente Francine Cordier et Patrice Seray.

Les sceptiques et rationalistes sont souvent accusés d’avoir un esprit étroit, d’être « trop cartésiens », sous-entendu peu ouvert aux émotions, aux étrangetés, aux hypothèses alternatives, à l’imaginaire. Rien n’est moins vrai. En plus, des fois, on est même des artistes !

Pour fêter les 150.000 abonnés, nous vous offrons cette chanson écrite par Acermendax, arrangée par Vled et avec un clip réalisé par Loki Jackal.

Peut-être vous souvenez-vous de la précédente chanson de notre équipe : « J’ai comme un doute »

J’ai, je crois, un esprit ouvert.
Je peux tout croire si cela m’est prouvé.
Mais il faut quand même satisfaire
Une logique élémentaire
Pour ne pas se laisser berner.

Je peux croire au paranormal,
Tant de témoins ne sauraient mentir.
Mais se tromper c’est banal
Pour le modeste animal
Qui supporte mal de mourir.

Si tu tiens à ta conclusion
Alors je veux la partager.
Je ne suis pas débile profond,
Tu dois pouvoir m’expliquer.
Si c’est toi qui as raison
C’est ta responsabilité.

Je peux croire en la naturopathie
Consommons moins de médicaments.
Mais perso je tiens à la vie
Et à celle de mes amis
Sans preuve : dis-moi, on fait comment ?

Pont

Je peux croire que la Terre est plate
Aux énergies qui parcourent les chakras.
Mais permets que, comme Socrate,
J’ose, question délicate
Demander comment tu sais tout ça.

Je peux croire, pourquoi pas, en Dieu
C’est si sérieux un être suprême
Qu’on doit trouver une preuve ou deux
Qu’on est bien sûr que ce qu’il veut
C’est la circoncision et le baptême.

Si tu tiens à ta conclusion
Alors je veux la partager.
Je ne suis pas débile profond,
Tu dois pouvoir m’expliquer.
Si c’est toi qui as raison
C’est ta responsabilité.

Si tu tiens à la vérité
Avec un peu d’humilité
On doit pouvoir s’en approcher

Avec les croyances à la mode
Faire preuve d’un peu de méthode
Aucune colère, pas de haine
C’est juste une question d’hygiène.

Qu’on réfute mes certitudes
Qu’on questionne mes habitudes
J’accepte tous les démentis
À mon ouverture d’esprit.

Tronche en Live 77

Invité : Monsieur Phi. Enregistré le 23 juillet 2019.

Editorial

La philosophie, amour de la sagesse, questionnement de la condition humaine, vaste champ de réflexion dont les contours sont flous et le centre nulle part, cette chose que l’on rencontre en terminale dans les lycées français ou au détour de la lecture d’un bout de Platon ou d’Aristote, on se demande finalement ce que c’est, et quel est son statut vis-à-vis des sciences.

Philosopher c’est apprendre à mourir selon Montaigne. Entendez-par : là accepter la finitude de l’humain.

« Apprendre à mourir! Et pourquoi donc? On y réussit très bien la première fois! » rétorquait avec raison le poète Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, ce qui pose la question de l’utilité de cette vieille habitude, du statut de ceux qu’on nomme les « philosophes »… Et vous savez la tristesse qui nous envahit quand on demande autour de nous des noms de philosophes contemporains et que l’on récolte des patronymes télévicoles et médiagéniques, éditolâtres & plumophores pour ne pas dire Idiocrates et opiniopathes.

Pourtant des philosophes, des vrais, il y en a, des gens qui pensent, qui remettent en cause certaines évidences et montrent que ce qui va de soi est en fait questionnable, et peut être exploré avec les outils de la pensée méthodique. Les philosophes sont peut-être les éclaireurs de la science, et aussi les sémaphores des questions éthiques autour de la production et de l’utilisation de connaissances.

Connaissons-nous cette philosophie-là ? La trouvons-nous dans les programmes scolaires ? Nous est-elle aussi utile qu’elle peut l’être ?

Dans la sphère zététique, des rationalistes et sceptiques, et plus généralement dans le monde de la science, il y a comme une méfiance à l’égard de la philosophie. Snobe et virulente, toute vêtue de d’une impénétrable métaphysique, la philosophie disqualifie le statut de « vérité » à toutes nos connaissances les mieux établies. Et si l’intention est bonne, on souhaiterait parfois que la forme fut plus conviviale, car notre scepticisme méthodique nous avait conduits à la même prudence.

À quoi nous sert la philosophie ? Quelle idée nous faisons-nous des philosophes ? Est-ce une discipline littéraire qui a toute sa place au milieu des facultés de lettres et de sciences humaines ? Est-ce une discipline homogène ? Peut-on en parler sans immanquablement formuler une succession de questions ?

Vous pensez bien que nous n’avons pas le début de l’ombre de réponses solides, et c’est pour ça que nous recevons Monsieur Phi avec qui nous allons débroussailler quelques idées reçues et interroger les relations complexe qu’entretiennent le rationalisme (la zététique) et la philosophie.

Consulter la chaîne de Monsieur Phi.

Le bénéfice du Doute #6

Invités : Patrick Baranger & Jade Herbert — Enregistré le 20 juin 2019

Editorial

Permettez que j’ouvre avec une citation de Coluche « L’intelligence est la chose la mieux répartie chez les hommes parce, quoiqu’on en soit pourvu, on a toujours l’impression d’en avoir assez, vu que c’est avec ça qu’on juge ». De la même manière je ne connais personne qui estime manquer de rationalité ou d’esprit critique. Cela devrait tous nous alerter.

Nous vivons une époque formidable. L’accès à Internet est quasi universel, nous sommes tous à trois clics de connaissances innombrables, de lieux d’échange qui peuvent transformer nos vies, nous apprendre à régler nos problèmes, à partager les remèdes contre les duperies et les mystifications. Les grandes œuvres d’art et leur remises en contexte ; les documents historiques jusque dans leurs moindres détails ; les connaissances scientifiques, dans toutes les langues ou presque.

Mais nous ne les consommons pas. Nous sommes collectivement apathiques devant ce prodige de notre civilisation. Nous préférons regarder des conneries, si possible les mêmes conneries que tout le monde, pour ne pas risquer de se sentir largué. La connerie à la mode a sur nous plus d’attrait que l’explication ardue d’un mystère scientifique ou l’enquête fastidieuse sur un scandale d’état.

Soit on trouve ça parfaitement normal et stylé, soit on comprend que la pensée critique n’est pas la chose la mieux répartie au monde.

Parce que si les gens préfèrent les conneries aux grandes œuvres d’art, aux connaissances, aux débats philosophiques, ce n’est pas par hasard bien sûr, mais parce que nul n’est totalement libre de penser ce qu’il veut.

Il est facile de dire que l’on est libre de penser ce que l’on veut, de le proclamer et d’y croire, mais la condition humaine s’y oppose de toutes les forces des influences que nous subissons pour le meilleur et pour le pire.

L’espace dans lequel nous nous autorisons à penser est cerné de murs invisibles qui font croire aux plus imprudents qu’ils ont pleinement choisi de penser ce qu’ils pensent. Les autres se posent d’avantage de questions métacognitives ; ils réfléchissent sur leurs réflexions, et c’est cette activité, sans doute qu’on peut appeler la pensée critique.

Ce serait formidable de pouvoir amener tout le monde à développer une telle attitude et les talents qui vont avec. Peut-on enseigner la pensée critique ? Si oui comment ? Si non : que faire ?

Evidemment l’école a un rôle central, mais il y a de la vie hors des écoles, et il existe une éducation populaire dont l’un des buts est d’aider les citoyens à se méfier des jugements hâtifs, des stéréotypes, des évidences et des vérités absolues.

La semaine prochaine Les Petits Débrouillards font leur université d’été à Nancy, et ce sera l’occasion pour le public de venir échanger avec les membres sur leur action, et notamment sur la possibilité oui ou non, de devenir plus critique, mieux critique, puisque le titre de l’événement est « Science, esprit et pensée critiques »

Pour en parler je reçois deux invités qui connaissent bien les petits débrouillards, le monde de l’enseignement et de l’éducation populaire.

Jade Hebert, Patrick Baranger, qui êtes-vous ?