Tronche en Live #101 – Enregistré le 26 mai 2021 à l’Espace Fondation EDF.
Invités : Laurent BIGOT – Virginie SASSOON – Filipe VILAS-BOAS
Editorial
Nous vivons une époque formidable où le numérique a fait tomber les murs qui nous séparent des connaissances, des œuvres d’arts, et même les uns des autres. Nous avons accès à plus de choses que nous ne pouvons en contempler, à plus d’informations que nous ne pouvons en consommer, à plus d’idées que nous ne pouvons en penser, mais aussi à plus d’escroqueries et de manipulations que nous ne pouvons le soupçonner.
C’est dans ce contexte que les fake news sont devenues une inquiétude, et peut-être une menace pour les démocraties. Une fake news, qu’en français on nous propose d’appeler une infox, ce n’est pas simplement une fausse information, c’est une information fausse ou délibérément biaisée construite, rédigée dans le but de tromper. L’intention est de favoriser un parti politique, d’entacher la réputation d‘un concurrent ou d’une personnalité qu’on déteste, ou encore de nier des conclusions scientifiques. Des dizaines d‘exemples vous viennent à l’esprit sans qu’il soit besoin de les nommer.
Le succès des infox dépend de leur capacité à devenir virales, à susciter les émotions qui nous amènent à les partager, à croire leur contenu, à en chercher davantage. Leur influence réelle est difficile à évaluer, mais retenons que nous, humains, avons tendance à surestimer la crédulité de nos semblables et à sous-estimer la nôtre. Pour chacun d’entre nous ce sont les autres qui posent problème, qui croient n‘importe quoi et partagent des bêtises. Notre autocomplaisance fait partie de l’équation et conduit des gens par ailleurs intelligents à se mettre parfois au service d’informations vérolées.
En d’autres termes, nous sommes tous susceptibles de devenir, de temps en temps, les complices de la désinformation, ce qui signifie sans doute que chercher des coupables à punir est une stratégie un peu courte qui risque surtout de nous dresser les uns contre les autres.
Rien dans l’histoire de la lignée humaine n’a préparé les membres de notre espèce à se retrouver plusieurs heures par jour, tout seuls, devant un écran où se déversent des informations en concurrence les unes avec les autres pour capter notre attention, coloniser notre mémoire, téléguider nos envies, parasiter nos valeurs. Nous sommes perfusés en permanence d’injonctions, de rappels, de stimulations, de modèles, de désir, de dégoût, d’histoires ironiques, édifiantes, révoltantes dont nous devenons les vecteurs. Il n’y a pas de fake news sans quelqu’un pour les colporter.
C’est peut-être cela l’ingrédient explosif de notre époque formidable : la solitude dans laquelle nous ingérons plus que nous ne sommes capables de digérer. En tout cas je vais poser la question à nos trois invités ce soir, en direct de l’exposition « FAKE NEWS Art, fiction, mensonge » organisée par la Fondation Groupe EDF dans son espace culturel.
Notre rapport à l’information, à la manière dont elle est fabriquée, diffusée, contredite ou confirmée, discutable ou certaine est ici questionné par le travail de divers artistes. Et nous verrons en quoi l’art peut s’avérer utile pour prendre conscience des dimensions cachées de notre consommation effrénée d’informations.
Bienvenue dans le numéro 101 de La Tronche en Live.
Centième émission enregistrée le 12 mai 2021 avec 4 invités surprises (voir les liens en fin d’article).
Editorial
Ça va peut-être vous surprendre, surtout si vous connaissez la zététique seulement de loin, en surface, à travers ce qu’on en dit ça et là : l’exercice du scepticisme m’a rendu plus tolérant, plus indulgent envers mes congénères humains. Et cela parce que je réalise de plus en plus qu’on est tous à peu près incapables de comprendre quoi que ce soit à ce qu’est la vie, y compris les wannabe coachs et gourous qui thésaurisent pourtant sur des prétentions contraires.
On démarre notre existence au milieu d’inconnus qui parlent une langue qu’on est obligés d’apprendre sans le moindre dictionnaire, qui nous donnent un nom qu’on ne choisit pas et qui nous traitent comme si c’était parfaitement normal et justifié.
On doit intégrer des codes sociaux parfois absurdes, des traditions dont les anciens font mine de connaitre la logique, des tabous sur lesquels la moindre réflexion est sanctionnée, des croyances plus ou moins confortables dont on a un mal de chien à se défaire… Bon an, mal an on réussit par miracle à devenir amis avec des gens tout aussi paumés que nous et à maintenir des relations pacifiques, voire de qualité avec des organismes qui peuplent notre quotidien. Nous subissons les effets parfaitement scandaleux d’hormones que nous n’avons pas demandées, nous passons malgré nous un temps considérable à nous inquiéter de ce que les autres pensent de nous sans jamais avoir les moyens de déterminer ce qui est vrai.
À un moment donné, on nous demande d’infliger ça à d’autres personnes : il faut faire des enfants. Et alors là c’est pire que jamais, on n’a aucune idée de ce qui va se passer, de ce qui va tourner mal ou bien, et on doit essayer de rendre ces petits êtres autonomes dans un monde où les humains font semblant d’avoir compris comment ça marche tout en s’empressant de croire ceux qui leur donnent l’impression d’en savoir un peu plus qu’eux.
On tombe malade, parfois parce qu’on avale n’importe quoi, mais parfois juste la faute à pas de chance. On vieillit. À la fin on meurt. Pour toujours. Nous aurons duré quelques milliers de jour après 13 milliards d’années d’absence et avant une éternité de néant. (Jusqu’à preuve du contraire)
Reconnaissons que tout cela est insatisfaisant. Il me semble normal et légitime —il est même peut-être sain— de se rebiffer à l’idée qu’on puisse se résumer à si peu de chose.
Les sceptiques que nous sommes n’ont pas accès au réconfort des grands histoires consolatrices : les religions, le surnaturel permettent de s’imaginer exister au-delà de notre vie précaire, momentanée et occupée en bonne partie par un processus de dégradation. Cela ne veut pas dire qu’on doive accepter que tout ça n’a aucun sens !
Il faut se méfier de la dichotomie à la truelle scandée par certains défenseurs du paranormal : ou bien croire à la transcendance ou bien croire au Hasard, à l’Absurdité, au Néant. Pardon, mais c’est plus subtil. Nous ne sommes pas obligés d’avoir les mêmes réponses à nos questions existentielles pour donner du sens à nos existences, un sens réel, un sens opérant puisqu’il nous accompagne tant que nous sommes là. Nous ne sommes même pas obligés d’avoir des réponses pour que nos questions elles-mêmes proposent du sens.
J’en veux pour preuve ces quelques alternatives auxquelles je vous invite à réfléchir.
Ou bien la vie continue après la mort… Et c’est stupéfiant ! Ou bien la vie s’arrête définitivement quand le corps cesse de fonctionner… Et c’est stupéfiant.
Ou bien l’univers existe pour une raison, en prévision d’un projet, et c’est renversant ! Où bien toute cette immensité n’est que le résultat d’une succession d’interactions de particules livrées à elles-mêmes. Et c’est renversant !
Ou bien il existe d’autres civilisations dans l’Univers, et c’est prodigieux ! Ou bien nous sommes seuls dans l’Univers… et c’est prodigieux !
Même sans réponse, même sans hypothèse imprudente reposant sur nos ignorances, nous sommes en mesure de nous émerveiller du simple fait d’être en mesure de nous émerveiller. Notre émerveillement ne vaut pas mieux que celui du voisin juste parce que c’est le nôtre, et le sien a une valeur en soi que le scepticisme ne consiste pas à nier, à railler, à rabaisser.
Ceux qui affirment détenir une vérité qu’ils veulent imposer ou partager avec les autres méritent qu’on soulève devant eux les doutes que leur parole nous inspire, mais personne n’a pour mission de sonder les consciences et d’y faire le ménage.
Je pense que l’indulgence envers les humains, envers soi-même, est une bonne manière d’occuper son temps sur Terre. Et la pensée critique peut aider.
Pratiquer le scepticisme, ça ne consiste pas à salir les croyances des autres, à harceler les croyants, à interférer avec leur liberté de conscience, mais à réaliser que nous valons presque tous mieux que les idées qui occupent notre tête, et qu’en en prenant conscience on peut plus facilement se débarrasser des mauvaises et cultiver les bonnes. Le chantier numéro 1 du sceptique, c’est son propre esprit. Nous sommes tous en travaux.
Ayant compris cela, je m’efforce d’agir en conséquence et d’être un meilleur ambassadeur du scepticisme. Cela veut dire ne pas se jeter à brûle-pourpoint sur tous les énoncés qui passent, ne pas s’indigner par réflexe de toutes les idées dérangeantes, mais se demander si la parole que l’on veut émettre est judicieuse, pertinente et a une chance de produire un effet désirable. Nos ressources étant limitées, chaque minute gaspillée à polémiquer sur un sujet où nous n’avons aucune chance de faire évoluer les choses est une opportunité perdue d’œuvrer à obtenir les changements que nous voulons voir dans le monde.
Facile à dire, je sais. J’ai gaspillé moi-même bien des minutes, et mêmes heures. Et je risque de récidiver. Mais l’indulgence dont je parle s’étend à mon cas particulier. Puisque je ne vaux pas mieux que les autres, j’ai le droit de me pardonner et de continuer à m’accorder de la valeur quand bien même j’échoue à être véritablement à la hauteur de mes principes. Il faut éviter la complaisance envers soi-même et ceux qui partagent nos idées, bien sûr mais il faut aussi, je le crois, se méfier de l’aspiration à incarner le scepticisme. Le vrai.
Je pense et je voudrais qu’on en discute ce soir, qu’il est possible d’être un sceptique, un zététicien un militant du rationalisme et de la méthode scientifique tout en ayant une vie sympa, tout en étant pas un sale con insupportable tout juste bon à blesser ceux qui croient un peu trop fort des choses un peu trop discutables.
On ne va pas se focaliser sur l’incessant débat de la bienveillance versus l’attaque frontale des croyances nocives, sur l‘efficience de notre action, mais plutôt sur la manière que nous avons de le vivre. Cette émission s’adresse donc tout particulièrement aux sceptiques, mais elle peut permettre aux autres de nous connaître un peu mieux, de nous comprendre et peut-être de constater que nous n’avons pas vocation à être leurs ennemis.
Dans cette centième édition de La Tronche en Live, nous allons parler de ce qui nous motive à prendre la parole en tant que sceptiques, à produire des contenus, à défendre des positions, des principes, une démarche, alors qu’on aurait peut-être des existences plus simples si on ne faisait rien de tout ça.
Nous recevons 4 invités mystères, membres de la communauté sceptiques pour échanger avec eux sur ce qu’on fait là. C’est quoi le sens de la vie en zététique ?
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2021/05/TenL100_mini.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2021-05-15 11:07:122021-05-15 11:07:13Le sens de la vie ! (Tronche en Live #100)
Invités : Gabriel GALICE (GIPRI) Quentin CENSIER (chaine Sur le Champ)
Editorial
Un monde où chacun vivrait en paix et en harmonie, voilà ce que les candidates aux concours de beauté désirent, ce qui est finalement assez consensuel. On pourrait même dire que la paix ne fait pas débat. Sauf que rien ne serait plus faux.
Il faudrait commencer par nous mettre d’accord sur ce qu’est la paix. En France, en particulier, malgré la « guerre contre le covid » le pays est en paix, et pourtant il déploie ses armées à travers le monde. La France est constamment en guerre, et les français ne le voient pas. Est-ce curieux, est-ce anormal, est-ce illégal ?
Il faudrait ensuite savoir si la guerre économique est compatible avec la paix, si la diplomatie est toujours pacifique, et je vais évidemment, comme tout le monde, citer Carl von Clausewitz : « La guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens. »
Dès lors, est-ce que la politique c’est la guerre ? Est-ce que tous les coups sont permis ?
Et maintenant je cite Rudyard Kipling « La première victime d’une guerre, c’est toujours la vérité », et cela sera le cœur de notre discussion : comment savoir qu’on sait de quoi l’on parle quand on parle de la guerre ou de la paix ?
Existe-t-il des disciplines scientifiques, des expertises spécialisées dans la description des mécanismes qui conduisent les conflits vers la violence armée, ou au contraire qui peuvent établir les scénarios à suivre pour la désescalade et la coopération ? En d’autres termes y a-t-il un moyen de tester la fiabilité des travaux qui sont produits en polémologie (l’étude de la guetre) et en irénolgie (l’étude de la paix)
Nous n’avons qu’une heure pour tenter d’évacuer un maximum de flou autour de ces questions. Nous allons évidemment échouer à tout expliquer, à tout comprendre, mais j’espère que nous aurons les idées plus claires après avoir entendu sur le sujet
— Quentin Censier, polytechnicien, animateur de la chaîne « Sur la champ » qui s’intéresse à « La tactique et la stratégie militaires ».
— Gabriel Galice, Economiste et politologue, Président du GIPRI (Geneva International Peace Research Institute).
Références bibliographiques de Gabriel Galice
Baud (Jacques), Gouverner par les Fake-News – Conflits internationaux : 30 ans d’infox utilisées par les pays occidentaux, Max Milo, 2020 La guerre de l’information est au cœur des conflits, amplifiée par les nouvelles technologies de contrôle de l’opinion. Ancien colonel de l’armée suisse affecté au renseignement, Baud, en dépit d’une élucubration autoréférencée de Wikipédia, ne saurait décemment être traité de « complotiste ». Ce professionnel aguerri cite ses sources et se montre catésien au possible, quitte à déplaire.
Benasayag (Miguel) et del Rey (Angélique), Eloge du Conflit, La Découverte, 2007. Une phrase explique qu’un institut de recherches pour la paix comme le GIPRI s’intéresse à ce travail : « Critiquer la guerre à partir de positions objectives et non idéalistes. Voilà ce que nous devons tenter si nous voulons l’appréhender comme l’une des formes multiples et contradictoires du conflit, plutôt que comme pur affrontement. » (p.56)
Brauman (Rony), Guerres humanitaires ? Mensonges et INTOX, textuel, 2018 L’ancien Président de Médecins Sans Frontières se démarque des « French Doctors » adeptes du prétendu « droit d’ingérence ». Il revient sur les fausses raisons invoquées pour entreprendre des « guerres justes ». « Il n’y a pas de guerre juste, il n’y a que de faux prophètes. »
Galtung (Johan), Peace by Peaceful Means, PRIO – SAGE, 1996 Ancien mathématicien devenu fondateur du PRIO (Oslo) et de l’irénologie européenne, Galtung, citoyen norvégien né en 1930, est le « Clausewitz de la paix ». Ses contributions majeures sont la mise en lumière des violence invisibles (structurelle, culturelle), la distinction entre « paix négative » et « paix positive », une vision d’ensemble (économique, politique, culturelle) des alternatives aux modèles actuels de domination. Right Livelihood (prix Nobel alternatif) en 1987.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2021/03/17_Miniature_BdD__1920x1080.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2021-04-18 23:06:052021-04-18 23:06:06Les sciences de la Guerre & de la Paix
Invités : Clément, Fiona et Antoine du collectif «l ‘Extracteur »
Editorial
Ce soir nous allons parler, longuement, d’un homme qui s’est fait un nom dans le milieu de la santé dite « naturelle », des discours alternatifs sur l’alimentation, un homme qui a publié des centaines d’heures de vidéo où il prodigue des conseils de santé, et rencontre un succès considérable puisque sa chaine compte plus de 530k abonnés. Nous allons parler de l’homme, de son parcours, de son discours parce qu’on ne peut pas faire autrement.
Le premier argument de Thierry Casasnovas, c’est lui-même. Ce qui rend son discours digne d’intérêt, ce qui lui donne un semblant de pertinence, c’est la légende personnelle qui y est associée. C’est l’histoire d’un mec, un boulanger, qui filait un mauvais coton, qui faisait de mauvais choix, qui avait une mauvaise hygiène, dont la santé se dégradait de manière funeste. Et puis tout d’un coup, il découvre des principes de santé qu’il applique, et il échappe à la mort. Son nouveau régime lui sauve la vie et lui ouvre les portes d’une profonde connaissance sur le corps humain qu’il partage avec tout le monde, en prenant le risque d’être poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Mais ce risque, il le prend pour son public, pour l’informer, car ce public est malheureusement à la merci d’une médecine officielle qui est juste bonne à inventer des maladies pour nous vendre des médicaments dangereux qui nous gardent malades et donc rentables pour l’industrie.
Le produit que vend Thierry Casasnovas, c’est sa légende personnelle, et la chance qu’il offre à ceux qui l’écoutent de se vivre plus en acteurs de leur santé qu’en usagers de la médecine. Il y a dans les centaines d’heures de vidéo et dans les formations de Thierry Casasnovas des centaines d’erreurs, d’approximation, de contresens, de mensonges, d’inventions et de conseils totalement irresponsables qui peuvent nuire gravement à la santé des gens qui l’écoutent. Mais débunker chaque affirmation fausse, expliquer pourquoi tel conseil n’est pas valide, montrer que telle référence est vérolée, que telle information est trompeuse… cela réclame un temps plus important que celui qu’il faut à Casasnovas pour sortir de nouvelles vidéos à un rythme effréné.
Si l’on veut apporter du doute, de la réflexion de la distance, de la prudence, de la sagesse dans la démarche de celles et ceux qui trouvent les propos de Casasnovas pertinents, on n’a pas le choix : il faut se pencher sur cette légende personnelle, sur le récit qu’il fait de son parcours. Il faut montrer ce qu’on trouve quand on cherche qui il est vraiment, et quelle est la véritable chronologie de ses rapports à l’alimentation.
Dans l’évaluation des informations que nous croisons tous les jours, savoir identifier les points fort et les points faibles des sources que l’on consulte est une étape primordiale. Vous verrez ce soir que les raisons de se méfier de Thierry Casasnovas sont bien plus nombreuses que celles de se fier à lui.
Une fois ce constat établi, on peut espérer que les gens soient motivés pour vérifier un peu plus ce qu’il raconte avant de partager ou d’appliquer ses préceptes.
Nous sommes ce soir dans notre rôle de sceptiques, nous assumons la démarche qui va consister, pour un temps, à ne pas tout miser sur les données scientifiques, les théories, les connaissances médicales, pour examiner plus simplement les écarts qui existent entre les déclarations de Casasnovas sur lui-même, et les faits tels qu’on peut les vérifier.
Et cela ne serait pas possible sans le travail de fond réalisé durant des mois par un petit collectif qui a épluché l’œuvre complète de Casasnovas pour en extraire le jus qui dit la vérité. Ce collectif se nomme l’Extracteur, et 3 membres sont avec nous : Clément, Fiona et Antoine.
Emission en direct où le public intervient pour exposer une position et la justifier.
Avec pour invités spéciaux : Francine CORDIER et Patrice SERAY
EDITORIAL
Les histoires d’ovnis sont souvent tournées en ridicule. Elles font aussi de bonnes fictions dans des romans ou des films qui mettent en scène un témoin honnête en butte à l’aveuglement de son entourage. Le reste du temps, les gens s’engueulent sur leur interprétation des faits, sur l’existence des preuves, sur une vaste politique de dissimulation du phénomène et diverses spéculations sur une origine exotique, c’est-à-dire extraterrestre du phénomène.
On peut dater les débuts des histoires d’ovnis telles que nous les connaissons aujourd’hui. Tout commence après-guerre avec l’observation de Kenneth Arnold (en 1947), qui désigne des objets se déplaçant dans le ciel comme des soucoupes sur l’eau. Le nom soucoupe volante était né. Ensuite vint Roswell et différentes vagues de signalement de ce qu’on a parfois appelé des MOC (Mystérieux Objet Céleste) avant que le mot ovni ne s’impose, traduction du terme américain UFO qui a accouché de l’ufologie.
Bien sûr, on trouve des témoignages plus anciens concernant des observations bizarres que l’on nommait « prodiges célestes » et que l’on n’attribuait pas alors aux causes qui sont de nos jours les plus populaires. Récemment on a choisi d’éviter de parler d’ovni, puisque le terme contient implicitement l‘idée d’objet présent dans le ciel, pour préférer le terme de PAN (Phénomène Aérien non identifié) plus neutre et donc plus utile pour aborder la question avec un minimum d’a priori. (A ce sujet, Cf cette pastille)
Les ovnis sont un sujet classique de la zététique, un domaine où les allégations et témoignages abondent mais où les traces physiques, les preuves, les données empiriques manquent pour étayer l’hypothèse de l’existence de véritable objets dans le ciel. Les histoires d’ovnis reposent sur un matériel fragile, ductile, délicat à manipuler : le témoignage humain. Et le moins qu’on puisse dire c’est que les témoignages regorgent de détails qui ne permettent pas d’établir le portrait-robot d’un phénomène univoque, reconnaissable et assimilable à des engins volants.
Il n’y a pas de consensus chez les tenant-croyants, qu’ils soient exoticiens ou partisans de phénomènes liés à des engins secrets de l’armée. Il n’y a pas non plus de démarche, en ufologie, visant à éliminer les hypothèses les unes après les autres. Ce travail méthodique de test des hypothèses, on le trouve essentiellement chez une catégorie de personnes et pas (ou presque pas) en dehors : les sceptiques. Ceux qui commencent par douter des versions qu’ils entendent et de leurs propres idées sur le sujet. Le problème, c’est que la parole sceptique est dure à entendre, elle représente parfois une forme de violence involontaire, et elle suscite donc des réactions un peu trop forte. Vous seriez étonné –peut-être– de voir avec quelle passion, quelle agressivité la parole sceptique est pourfendue dans les milieux où l’on défend la réalité d’un phénomène ovni intelligent.
Ce soir, nous allons essayer d’aborder sereinement cette question, en écoutant, ici, sur un canal sceptique la parole de celles et de ceux qui se rangent du côté des tenants-croyants, c’est-à-dire des convaincus de la réalité physique des manifestations dont nous parlons. Nous avons avec nous deux membres de l’ASTEC, confinés à plus de 10 km de nos studios, qui travaillent depuis des années sur les témoignages et connaissent très bien l’histoire de l’ufologie ainsi que la démarche à adopter pour aborder un témoignage et récolter les informations qui permettront peut-être d’élucider le mystère.
L’autisme est un faux ami. C’est un mot que nous croisons régulièrement, qui nous est familier. Cette familiarité tend à nous faire croire que nous le comprenons. En réalité, pour la plupart d’entre nous l’autisme est un concept que nous ne comprenons que partiellement. Nous donnons à ce mot un sens qui (évidemment) nous semble correct, mais qui reste très vague, voire caricatural. Nous serions peut-être incapables d’énoncer clairement le sens que nous lui donnons si on nous le demandait.
L’autisme c’est compliqué, parce que ça désigne une réalité humaine très diverse ; on parle des conditions du spectre autistique pour une bonne raison : ces conditions vont d’un handicap sévère, une absence totale de parole, à des formes qui peuvent passer inaperçues dans la plupart des contextes. C’est une réalité complexe car ses causes sont encore en partie inconnues.
Nous ne sommes pas totalement ignorants, bien sûr, et il y a même des gens qui en savent beaucoup sur la question. Des travaux de recherche expliquent de mieux en mieux les origines de cette condition, et nous reviendrons ce soir sur les facteurs environnementaux et génétiques qui sont désormais identifiés.
Mais, en dépit des connaissances qui se construisent, nous pataugeons dans les eaux stagnantes de récits, de légendes, de rumeurs autour des causes de l’autisme et des moyens qui pourraient exister pour le « soigner » (entre guillemets !)
Olivia Cattan, présidente de SOS Autisme disait en 2018 « Des parents passent des heures et des heures à lire des choses sur internet, et certaines personnes ont bien compris que, compte tenu de leur désespoir, il existe un marché économique. »
Le marché est économique, mais il est aussi symbolique et idéologique ; certains s’emploient avant tout à prouver que leur vision du monde est la bonne, ils aspirent à devenir les champions d’une vérité qu’ils croient détenir. Il en résulte une confusion persistante sur la validité des théories que nous rencontrons dans les médias, dans les livres, sur les réseaux sociaux et jusque dans les cabinets des professionnels de la santé.
Les pseudosciences autour de l’autisme sont nombreuses et particulièrement répandues là où la psychanalyse est puissante. Cette discipline farcie de concepts irréfutables a longtemps porté sur l’autisme un regard culpabilisant, méprisant et démissionnaire, n’offrant aucune réelle explication ni aucune prise en charge. Cette maltraitance ne peut que pousser les personnes avec autisme et leurs familles vers des propositions alternatives.
Bien entendu il faut garder l’esprit ouvert, de nouvelles idées peuvent un jour apporter des solutions aujourd’hui impensables. Des traitements révolutionnaires sont parfois inventés et il serait idiot de les rejeter. Hélas, les idées géniales sont rares et les traitements alternatifs qui font leur preuve aussi. Des requêtes Internet sur le sujet de l’autisme allument très vite des sites douteux om l’on vous propose des soins, par exemple à base d’antibiotiques à haute dose, de régime hyper restrictif, d’huiles essentiels ou d’argent colloïdal.
En 2005, un petit britannique autiste âgé de 5 ans est décédé pendant un traitement appelé chélation qui consiste à tenter de débarrasser le corps de métaux lourds qui l’intoxiqueraient[1]. Le traitement à fait chuter le taux de calcium dans son sang ce qui a causé un arrêt cardiaque. La chélation n’a jamais fait la preuve d’un effet quelconque sur le diagnostic d’autisme. Le risque pris par les patients n’est contrebalancé par aucun vrai bénéfice potentiel.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2021/03/98_MINIATURE_TenL_1920x1080.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2021-03-17 19:16:502021-11-07 00:20:56Les pseudosciences autour de l’autisme (TenL98)
Emission en direct où le public intervient pour exposer une position et la justifier.
EDITORIAL
Parmi les sujets classiques de la zététique, l’homéopathie apparait parfois comme une vieille lune, une rengaine inutile, un terrain facile, confortable où le zététicien peut pontifier sur ses ergots, parler « au nom de la Scionce » et se donner des airs de savant.
J’espère que ce n’est pas votre avis, et que vous avez un peu de respect pour celles et ceux –et ils sont nombreux– qui font confiance à cette pratique de soin, qui la choisissent pour soigner leurs enfants, ceux qu’ils aiment, et eux-mêmes. Des millions de français consomment de l’homéopathie. On peut déplorer qu’ils le fassent sans chercher à se documenter sur la réalité des effets, mais ce faisant il faudrait y aller mollo sur l’hypocrisie puisque la plupart de ceux qui consomment des traitements à dose pondérale, des médicaments dont l’efficacité est reconnue… n’ont pas fait le travail de vérification eux non plus ; ils se fient à leur médecin, ils font confiance !
Toute la question est de savoir pour quelle raison on fait confiance à un médecin, pourquoi on préfère parfois les médecines parallèles, et en particulier la plus célèbre d’entre elle. Et là on est face à un problème.
Quand on veut faire un travail de sceptique, on peut consulter la littérature scientifique, en faire une synthèse, la présenter sous la forme d’un livre que je vous invite à acheter. On peut aussi analyser les discours médiatiques, relever les abus rhétoriques commis régulièrement sur les plateaux télé et jusque dans les colonnes de la presse. On peut décortiquer les stratégies de communication, et relayer les données des études sociologiques sur les populations qui font tel ou tel choix thérapeutique. Mais il y a une chose qu’on ne peut pas faire, c’est débattre avec les médecins homéopathes qui représentent la profession. Ils prennent particulièrement soin d’éviter les sceptiques. Ils viennent à la télévision délivrer leur message, mais on ne les voit jamais mis face à une contradiction qui a le temps de s’arrêter sur les détails, sur les présupposés, sur les fallacies, sur les raccourcis, sur les postures et sur les nuances qui entourent la notion d’efficacité.
Dans cet article, trouvez l’essentiel de mon travail sur le sujet de l’homéopathie
Je n’ai jamais réussi à obtenir qu’un médecin homéopathe un tant soit peu représentatif de sa profession, vienne sur notre chaîne. Cela serait pourtant utile, car il y a toujours le risque de se rendre coupable d’une caricature, de mal cerner le discours que l’on veut critiquer et il est alors bénéfique pour tout le monde d’avoir un échange où l’on s’assure de se faire bien comprendre.
Ce soir La Tronche est à VOUS. Vous aurez la parole. Pour cela vous pouvez utiliser sur notre discord le canal JE-VEUX-PARLER pour écrire en quelques mots la teneur de ce que vous voulez dire à l’antenne. La posture sceptique est déjà très présente sur notre chaine, c’est pourquoi j’espère que nous aurons ce soir des intervenants qui souhaitent défendre l’homéopathie, expliquer leur choix, justifier leur position, nous montrer que nous avons raté quelque chose dans notre analyse.
J’espère tout particulièrement que des médecins homéopathes auront le courage de prendre la parole. (Spoiler : ça n’est pas arrivé)
Invitée : Madame Captain (ou Madeline Captain : ce sont des noms de plume)
Enregistré le 17 février 2021.
Editorial
Les parents, à toutes les époques, ont été confrontés à un problème ; les enfants ne sont pas fournis avec un mode d’emploi. Il est parfois difficile de s’en faire comprendre et plus encore de les comprendre eux, et de savoir quelle décision permet leur épanouissement ou, au contraire, les abîme durablement.
Être parent est peut-être plus anxiogène aujourd’hui qu’à n’importe quelle autre époque. Le papa et la maman (surtout la maman) sont confrontés avec une facilité déconcertante à des propos qui les rendent responsables de tout ce qui pourrait ne pas aller pour le mieux chez leur enfant. En France la psychanalyse est passée par là, et nous savons l’empressement de cette discipline à tout expliquer par des rapports défectueux durant la petite enfance à cause d’une maman trop présente. Ou pas assez présente. D’un papa trop autoritaire. Ou pas assez autoritaire. La psychanalyse explique à la volée absolument tout et son contraire, et donc absolument rien. Je vous prierai d’ailleurs de garder vos commentaires inspirés de psychanalyse pour vous.
Revenons-en au cœur du sujet de ce soir. Nous pouvons sans doute convenir ensemble d’un certain nombre de chose ; faisons un sondage. Si je vous propose une Parentalité Bienveillante Protectrice Respectueuse Positive : s’il vous plait, levez la main si vous êtes contre. D’accord, merci.
Nous sommes d’accord sur le principe et pourtant cela ne va pas de soi dans les faits. On crie sur les enfants, on les corrige (c’est un euphémisme pour la baffe et la fessée), on les punit, on veut qu’ils soient assez autonomes pour ne pas faire de bêtises, mais on veut qu’ils se taisent quand on fait des choix à leur place, on ne prend pas toujours le temps de leur expliquer pourquoi on leur demande certaines choses… et cela dans le cercle familial comme à l’école. On les force —et ce « on » ce ne sont pas seulement les parents— On les force à répondre aux attentes de la société. Et on le fait pour leur bien, parce que le monde n’est pas facile, parce qu’il faut les endurcir, les préparer à être des individus résistants. En tout cas c’est l’histoire qu’on se raconte pour justifier d’agir ainsi.
Echantillons : « Oh lala, une gifle ça n’a jamais tué personne. » « Moi, j’ai réussi parce que mes parents ont été durs avec moi, exigeant. » « Cette école est très stricte, et elle produit des étudiants qui excellent dans leur parcours… » Etc. Certains d’entre vous auront reconnu dans ces exemples le biais du survivant, associé ici à ce qu’on pourrait appeler le biais de justification du système[1].
La parentalité bienveillante propose d‘arrêter de se justifier et de regarder ce qu’on peut faire mieux. Et nous en parlerons avec notre invitée. Mais nous parlerons aussi des risques que l’on encourt lorsqu’on s’aventure dans le milieu des influenceurs et influenceuses Parentalité où la bienveillance est parfois un élément de langage en porte-à-faux avec les comportements.
Ce soir nous n’épuiserons évidemment pas le sujet de l’éducation, ni même celui de la Parentalité positive/bienveillante. Nous ne vous livrons pas un analyse sociologique exhaustive issue d’une littérature académique sur un phénomène nomenclaturé, mais le regard d’une sceptique, d’une maman qui a rencontré les discours, les pratiques, les attitudes et injonctions du milieu de la Parentalité Bienveillante, qui en a souligné les défauts et s’est retrouvée en butte à des réactions qui n’avaient rien de bienveillant. La Parentalité c’est aussi du business, de l’édition, du coaching personnel, de l’influence et de l’idéologie. C’est aussi pour ça que les discours séduisants sont défendus âprement par ceux qui en tirent un profit substantiel. Mine de rien cette thématique est très conflictuelle, mais ce soir nous ne sommes pas en croisade, nous allons simplement remettre un peu de scepticisme dans un milieu qui verse peut-être un peu dans le dogmatisme et ajoute sur les épaules de parents déjà bien assez stressés le poids d’injonctions injustifiées.
Pour ce Bénéfice du Doute numéro 16, nous recevons Madame Captain.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2021/02/16_Miniature_BdD__1920x1080.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2021-02-23 17:11:392021-02-23 17:11:41Un problème avec la parentalité bienveillante ?
Nous connaissons tous les grandes questions existentielles sur le sens de la vie. Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi vivons-nous ? Pourquoi certaines évidences nous frappent-elles ? Pourquoi certaines illusions persistent-elles ? Pourquoi nous posons-nous tant de questions ? Pourquoi les réponses sont-elles si souvent à ce point frustrantes ?
Alors nous regardons vers nos anciens, nos sages prédécesseurs, en espérant que le temps qu’ils ont passé dans le monde avant nous a été mis à profit pour en tirer des indices sur ce qu’il faudrait penser. Mais plus nous cherchons dans le passé, moins nous trouvons, et plus les traces de nos ancêtres se perdent dans un buisson que nous partageons avec les primates, ce qui écorche un peu la vision que l’on voudrait avoir de nous-mêmes en tant que créatures séparées de l’animalité, en tant qu’êtres de raison, de civilisation, catégoriquement distincts des singes et des sauvages. Il faut pardonner à ceux qui ont du mal à se défaire de cette illusion-là.
D’autant que les illusions sont nombreuses sur la manière dont nous nous représentons les humains d’avant, les gens de la préhistoire. Et la science, toujours inscrite dans son temps, toujours tributaire de la culture qui la développe a elle aussi contribué à certaines caricatures : l’homme des cavernes brutal, bourru, qui règle tous ses problèmes à coup de massue traine encore un peu dans les vieux rayonnages des bibliothèques. L’ancien sauvage, détaché des biens matériels, nomade vivant de cueillette en harmonie avec la nature, paisible et sage, est une autre carte postale qui nous cache le paysage.
Le problème avec la Préhistoire est notre tentation à chercher dans le passé la justification de notre vision actuelle du monde. À ceux qui ne sont plus là on voudrait faire dire ce qui nous arrange. Nous instrumentalisons trop facilement les indices des modes de vie anciens pour « naturaliser » l’ordre des choses… Il est rassurant de se dire que la manière dont nous voulons régir la société répond à un impératif qui s’est manifesté des millénaires avant nous et a été validé par tous ceux qui nous ont précédés.
Mais à l’inverse certains n’hésitent pas à s’imaginer d’autant plus évolués qu’ils s’estiment éloignés de la figure de l’ancêtre et veulent croire que leurs standards modernes surpassent nécessairement ceux du passé.
Nous ne trancherons pas ce soir sur ces questions prescriptives, sur ce la société doit choisir de faire, mais nous essaierons de rendre justice à la préhistoire en nous efforçant d’être avant tout descriptifs. Que savons-nous de nos ancêtres ? Comment le savons-nous ? Quel degré d’incertitude demeure dans ces connaissances ? Nous explorerons plus précisément la question de la violence et de la guerre (qui ne pouvait exister au pléistocène sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui) et des inégalités. Comment savoir aujourd’hui ce qui se passait il y a si longtemps ? Est-ce seulement possible ?
Tentative de réponse avec Christophe Darmangeat, Maître de Conférences à l’Université Paris Diderot en Sciences Economiques et directeur de recherches en Anthropologie Sociale.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2021/02/97_MINIATURE_TenL_1920x1080.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2021-02-11 11:53:402021-02-11 12:59:50Sauvages ! Guerre et inégalités à la Préhistoire
Les sceptiques et zététiciens se manifestent par leurs critiques envers des discours qui imitent la science, qui prétendent apporter des preuves de phénomènes hautement discutables, ou bien qui abusent des fallacies derrière lesquelles il devient difficile de faire la part des choses. Beaucoup parlent de paranormal parce qu’ils trouvent ça intéressant et sont agacés par les sempiternelles promesses de dévoilement des médium, des extralucides… des gourous.
Les sceptiques et zététiciens concoctent des débunkages, rédigent des livres, des articles critiques, relèvent les abus rhétoriques, dénoncent les impostures et militent pour la prudence dans nos aspirations à dire qu’on a la réponse aux questions qu’on se pose.
Mais les sceptiques et zététiciens ne traitent par tous les sujets, et on le leur reproche. Par exemple : « Hey, dis donc, pourquoi s’attaquer à Didier Raoult et pas au laboratoire Gilead ? » se demandent certains. La question est valide et la réponse tient dans ce que je viens de dire : le champ de compétence des Zététiciens est dans l’analyse des discours et la détection d’éventuels écarts entre les faits disponibles et les allégations proférées. Indépendamment de notre volonté, sans qu’on ait rien demandé, Didier Raoult nous a abondamment fourni des occasions de relever de tels décalages. Les informations disponibles permettent à des gens modérément compétents en science de prononcer une critique pertinente. Quant à Gilead, à Big Pharma en général, aux puissances économiques, aux officines et autres groupements d’intérêts… Il ne serait pas étonnant que des cachoteries et mauvais coups méritent d’être dénoncés. Mais qui est armé pour le faire ?
Si les zététiciens comme nous n’enquêtent pas sur les magouilles, les escroqueries, les montages financiers, ce n’est pas parce que de telles choses n’ont pas d’importance. Au contraire ; cela demande des compétences, des outils, une formation qui n’est pas la nôtre. Nous arpentons un terrain qui est épistémique, et pas judiciaire, pénal ou fiscal. Il ne faut pas nous demander de faire ce que nous ne sommes pas capables de faire correctement !
Nous avons besoin de journalistes d’investigation, formés, épaulés par une rédaction qui leur ouvre des portes et s’assure du recoupement des informations, experts dans la recherche d’information, la protection des sources, l’exploitation des données publiques, l’art d’interroger les témoins. C’est ce travail là qui permet en définitive d’établir les dossiers qui peuvent amener devant la justice les manipulateurs. Les tribunaux ne condamnent pas les gens parce qu’ils ont une épistémologie avariée ou des querelles avec des débunkers. En revanche on condamne l’exercice illégal de la médecine, l’abus de faiblesse, le détournement de fond, des activités étonnamment récurrente dans la carrière des gourous.
Notre invité de ce soir, Paul Conge, journaliste à Marianne a mené une enquête de ce genre à propos d’un certain Jacques G, astrologue, conférencier, soi-disant alchimiste et expert dans la Science des Anciens et prolixe informateur de « La révélation des Pyramides ».
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2021/02/15_Miniature_BdD__1920x1080.jpg10801920Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2021-02-03 12:11:002021-02-03 02:16:53Enquête sur un gourou : Jacques G
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