Archive pour la catégorie : La Tronche en Biais

La chaîne aborde sur un ton décalé dans la forme mais sérieux sur le fond les raisons qui font que notre lecture du monde est souvent bancale.

Emission enregistrée le 13 juillet 2022

Invitée : Christine Dugoin-Clément (Chercheuse associée à la chaire « risques » du Laboratoire de Recherche IAE de Paris-Sorbonne Business School)

EDITORIAL

 

C’est la guerre. Nous enregistrons cette émission, aujourd’hui le 13 juillet 2022, dans le contexte du conflit ukrainien. Nous sommes loin de la ligne de front, et pourtant nous assistons à un conflit jusque chez nous où ce qui se joue, c’est l’opinion publique, et éventuellement la confusion et le chaos du clash entre les points de vue sur le sujet.

Quels sont les faits ?

En février 2022 la Russie a déclenché une opération militaire spéciale dans le but de libérer la population civile des exactions d’un régime nazi qui sévit en Ukraine depuis des années et opprime la minorité russophone. Cette situation inacceptable a été encouragée par l’OTAN qui souhaite étendre son influence jusqu’aux frontières russes en dépit des accords passés, raison pour laquelle l’occident est le vrai responsable de la crise en cours. D’ailleurs la population locale accueille les libérateurs russes en héros et souhaite acquérir la nationalité russe.

Vous avez le droit de croire tout ceci ou de préférer une autre version.

Celle d’une invasion brutale frappant des objectifs civils comme militaires de la part d’un régime autoritaire où la contradiction est punie de prison, ou le mot guerre est interdit, où une milice privée est engagée par le pouvoir et perpétue des crimes de guerre qui n’ont aucune importance puisque seule compte la version officielle fondée sur une réécriture de l’histoire où l’Ukraine n’est pas un vrai pays mais une invention des ennemis de l’Union Soviétique, une fiction occidentale destinée à voler à la Russie son territoire.

C’est fort différent. L’une de ces deux versions est forcément fausse. Et la ‘vérité vraie’ est peut-être ailleurs, sous une forme plus nuancée, plus complexe, plus difficile d’accès.

Sur nos réseaux et jusque dans le chat ce soir et dans les commentaires sous cette vidéo se joue une autre forme d’antagonisme. Des internautes s’écharpent et s’insultent en se dressant sur leurs certitudes, parmi lesquelles la principale est que le camp d’en face est un ramassis d’imbécile biberonnés de fausses informations. Le désinformé, c’est l’autre.

 

L’humain le plus intelligent ne peut atteindre que les conclusions éclairées par les informations dont il dispose. Si vous êtes mal informé, vous aurez beau raisonner le mieux du monde, vous n’arriverez pas à poser un verdict correct. Si vous êtes sage, vous suspendrez votre jugement, c’est l’attitude sceptique. Mais parfois il faut juger, il faut s’engager, il faut agir. Quand c’est la guerre, notre incapacité à juger peut devenir une arme dans les mains de ceux qui sèment la confusion. Or nous n’avons pas envie d’être les complices des menteurs, des manipulateurs, des agresseurs.

La célèbre phrase de Rudyard Kipling dit que «La première victime d’une guerre, c’est la vérité ». Il y a des morts dans ce conflit, des vies détruites parce que des forces armées ont été mise en branle suite à des discours qui méprisent la vérité ; il a fallu lui régler son sort avant de sortir les armes.

Les guerres modernes s’emmitouflent de propagande, se saoulent de Fake News et se répandent sous la forme de récits qui titillent nos émotions, exploitent nos penchants, flattent nos préjugés. Nous sommes sous influence, mais nous voulons résister.

Et pour se faire il sera utile de comprendre ce que sont les guerres hybrides, les guerres cognitives quelles stratégies d’influence sont à l’œuvre et comment les démocraties sont censées se distinguer des régimes autoritaires en respectant des règles qui leur défendent d’employer les techniques de guerre de l’information sur leur propre peuple.

Notre invitée, Christine Dugoin-Clément est Chercheuse associée à la chaire « risques » du Laboratoire de Recherche IAE (Institut d’Administration des Entreprises) de Paris-Sorbonne Business School. Ella a écrit « Influence et manipulations – Des conflits armés modernes aux guerres économiques »  et « L’Ukraine : entre déchirements et recompositions ».

Enregistré le 13 mai 2020

Invitée : Pauline Delahaye

Editorial

L’humain est un animal d’une déconcertante banalité. Entendez par là que comme toutes les autres espèces, il est très spécial. Il perçoit le monde comme aucune espèce ne le fait. Il éprouve des états internes en partie incommunicables. Il a une image de lui-même différente de ce que perçoit un observateur externe. C’est difficile de se figurer ce que vit, ce que ressent réellement un humain, à moins d’être dans sa peau. Et encore.

Et les autres animaux alors ? Eh bien ce sont pas des humains comme les autres. Et pourtant, nous avons bel et bien tendance à les regarder de la sorte, à leur attribuer des intentions, des pensées, des désirs qui correspondent à ce que nous sommes capables d’éprouver nous-mêmes. Comment pourrions-nous faire autrement ? Nous avons un cerveau d’humain adapté à lire dans le monde des signaux qui sont utiles à notre survie, et notamment en comprenant nos congénères. Nous avons l’habitude de parler aux animaux dans notre langage,  mais un peu plus lentement et un peu plus fort, comme des touristes un peu idiots qui espèrent se faire comprendre des autochtones. Et nous nous complaisons dans cette idée : « Il ne leur manque que la parole ». « Regardez, il sait qu’on parle de lui !! » Nous projetons sur la vie mentale des animaux des quantités de choses qui ne viennent que de nous.

Se débarrasser  de ces fantasmes, c’est le rôle de l’éthologie, la science du comportement animal. Et pour citer les cours du professeur Robert Sapolsky de Stanford « l’éthologie consiste à interroger l’animal dans sa propre langue, à faire comprendre ce qui a du sens pour lui pour éventuellement saisir la manière dont il traite l’information et comment il pense ». C’est la seule manière de nous débarrasser de l’anthropomorphisme, cette tendance que nous avons à donner des attributs humains à ce qui n’est pas humain. Cela pose bien sur la question de sa voir ce qui est véritablement et irréductiblement humain chez l’humain, la question du propre de l’homme sans cesse ressassée.

On trouve de l’altruisme chez les autres animaux ; on y trouve aussi des meurtres prémédités. la culture n’est pas notre apanage, ni l’outil. Le rire se retrouve chez le rat. Et l’humour, peut-être, chez les grands singes. Le mensonge résiste encore ; c’est peut-être notre singularité. Mais pour dire cela, il faudrait être sûr de ce que cela veut dire et disposer des moyens de le détecter. Par exemple, chez les corneilles. Le langage en tout cas se retrouve dans la nature sous bien des formes. Chez les oiseaux, mais pas seulement. l’une des dimensions les plus fascinantes de ces langages, c’est le rôle qu’y jouent les émotions, ces signaux que l’animal émet sans toujours pouvoir les contrôler, ces manifestations d’une vie mentale qui reste à ce jour, pour nous, une boite noire.

C’est pour parler de ces émotions et du langage des animaux que nous recevons Pauline Delahaye, Dr en science du langage, spécialiste en zoosémiotique et autrice du livre « Des signes pour le dire » aux Presses universitaires de Rennes. Bonjour Pauline

Emission enregistrée le 8 juin 2022.

Invité : Stéphane DEBOVE (Homo fabulous)

Editorial

Qu’est-ce que le bien ? Qu’est-ce que le mal ? À de telles questions, on dit souvent que la science est impuissante à répondre : ce n’est pas son rôle. La réponse est toujours subjective, elle dépend de votre culture, de l’époque où vous vivez, de votre éducation, de mille paramètres de votre environnement. Sur ce qui est bien ou mal, nous constatons des désaccords irréductibles à travers le monde mais également à petite échelle, à la maison, au travail : une impossibilité de mettre tout le monde d’accord. Et puisqu’un consensus semble tout à fait exclus, comment imaginer que la science puisse se mêler à cette affaire ?

Tout cela est si évident que nous n’avons aucune raison de faire une émission qui poserait la question ridicule des bases biologiques de la morale… Sauf que nous le faisons quand même, parce que les évidences méritent qu’on les questionne.

Evidemment, nous ne trouverons jamais le gène de l’altruisme, la protéine de l’égalité, le neurone de la fraternité ou la glande de l’allergie à l’hypocrisie. Aucun programme de recherche un tant soit peu sérieux n’envisage un tel réductionnisme. Mais vous devez quand même avoir conscience que pour éprouver un jugement moral sur une situation, il vous faut un cerveau, avec ses neurones, ses neurotransmetteurs, ses glycoprotéines, ses domaines développés sous l’influence de gènes, d’une biochimie complexe, de contraintes structurales, d’un héritage biologique. Il faut un cerveau pour être moral, et le cerveau est un organe produit par la nature au fil du temps à travers les méandres de l’évolution selon des modalités qui ne sont pas totalement mystérieuses. Et cela amène des chercheurs à enquêter sur l’existence d’une sorte de grammaire morale qui pourrait être universelle.

En effet, des travaux effectués sur diverses populations ont mis en évidence des constantes dans les jugements des humains qu’ils soient étudiants en fac de psycho, membre de sociétés de chasseur-cueilleur, ou bambins pas encore doués de la parole. Il y a en nous une propension à réagir d’une manière prévisible à des situations de nature morale. Et on retrouve une partie de ces réactions dans le monde animal, nous avions évoqué cela dans La Tronche en Live numéro 31 du mois d’aout 2016 avec Stéphane Debove.

Depuis lors, Stéphane a écrit un livre remarquable « Pourquoi notre cerveau a inventé le bien et le mal ? » qui a reçu le Grand Prix du Livre sur le Cerveau 2022 remis par la Revue Neurologique, et il continue son travail de vulgarisation sur sa chaîne Homo fabulous, où il s’est donné pour mission de désamorcer les très nombreuses incompréhensions que suscite le sujet de ce soir.

Dans certaines sphères, il est très mal vu de « naturaliser » un phénomène aussi hautement intégré dans les processus culturels que la moralité. On se demande si ce n’est pas une manière d’imposer une vérité morale en instrumentalisant la science. Du reste on peut légitimement se demander si l’on dispose seulement d’une définition de la morale qui autoriserait à tirer la moindre conclusion. N’est-ce pas une façon de dépouiller les individus de leur libre arbitre en prétendant savoir mieux que chacun d’entre nous les vraies raisons de nos jugements et de nos raisonnements moraux ? N’est-ce pas ouvrir la porte aux pires manipulations ? N’est-ce pas profondément immoral ?

Stéphane Debove, vous n’avez pas honte ?

 

 

 

Emission enregistrée le 25 mai 2022.

 

Editorial

 

Les sceptiques ont parfois la dent dure dans leur critique des théories infondées. L’âpreté du ton, des airs de condescendance, de jugement permanent, voilà quelques petites choses qui sont reprochées aux gens de notre sphère, il faut intégrer cette critique et voir comment s’améliorer.

Parce que le problème est que nous pouvons donner l’impression que l’on condamne les tenants-croyants à rester dans la croyance parce qu’on jugerait qu’il faut être très bête pour croire de telles fadaises. J’aimerais ne plus lire ce genre de commentaire, même si je comprends que ce qu’on exprime dans ces cas-là c’est de l’incompréhension devant des croyances qui nous semblent impossibles, irrationnelles et folles. Ne laissons pas cette incompréhension se transformer en un jugement définitif des personnes.

Beaucoup de sceptiques sont passés par la croyance ; ils ont parfois défendu activement des idées qui leur semblent aujourd’hui fausses. Il faut donc que nous soyons très ouverts à la possibilité que les croyants d’aujourd’hui sont des sceptiques de demain, des hommes et des femmes qui seront bien placés pour savoir comment on peut parler aux croyants pour les aider à se poser des questions et à se débarrasser des idées qui souvent ne sont pas seulement fausses, mais qui sont aussi dangereuses, au moins parce qu’elles savonnent la pente de la crédulité vers d’autres croyances qui font de même et mènent, in fine, à la pensée extrême.

Nous avons tous des croyances. Elles sont plus ou moins justifiées, plus ou moins alignées avec les connaissances communes, plus ou moins vraies, plus ou moins importantes pour nous. Et nous n’en avons pas toujours conscience. Je vous renvoie vers la série d’entretien réalisés à Toulouse lors des Rencontres de l’Esprit Critique où les confrères sceptiques répondent à la question « quelle croyance un peu extrême avez-vous eu ? ». Et il se trouve que répondre à cette question n’est pas si facile.

Je vais me permettre de donner ma réponse personnelle ici même. Et Vled pourra en faire autant.

À titre personnel, je n’ai pas vécu d’abandon de croyance ou de déconversion parce que je ne suis pas du genre à défendre beaucoup de certitudes. Ca m’arrive bien sûr, je l’ai fait ici même sur cette chaîne plus d’une fois mais dans un périmètre assez limité. Les certitudes que je dépends publiquement, à ce jour, ne sont pas réfutées, et le temps nous aidera à voir ce qu’il se passera si jamais cela arrivait : serai-je capable de changer publiquement d’avis sur un sujet important. Je pense que oui, mais c’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon. Je n’ai donc pas de belle histoire de déconversion à vous raconter. Et ça  m’ennuie un peu. Parce qu’avec une telle histoire je pourrai vous donner une sorte de gage, un élément permettant de dire : Acermendax est capable de se remettre en question, de changer d’avis, d’admettre qu’il a eu tort. Ce serait très utile.

Alors, bien sûr mes opinons évoluent avec le temps, comme tout le monde, mais n’ayant jamais vécu d’épisode ou ce que je pense aujourd’hui est radicalement différent de ce que je croyais hier, je vis dans un sentiment illusoire d’être toujours exactement la même personne que lorsque j’étais adolescent ; mes changement d’opinion sont doux, diffus, progressifs et in fine invisible, alors que la déconversion est une discontinuité visible.

La discontinuité n’est pas nécessaire pour changer d’avis. Il y a sans doute des tas de gens qui croient des choses et qui se rendent compte, des années plus tard, qu’ils n’y croient plus,, sans pouvoir établir à quel moment ça a changé. C’est probablement arrivé à beaucoup d’entre vous mais je m’attends à ce que ce genre de chose ne soit pas abordé ce soir, en vertu de ce principe de discontinuité sans laquelle il est difficile de statuer sur un changement de croyance. C’est pourquoi j’ai voulu en parler : l’évolution insensible de notre vision du monde est rarement évoquée, nous pourrions bien sous-estimer le phénomène. J’ai tendance à croire qu’il est au contraire omniprésent… mais qu’il concerne surtout des croyances avec peu d’enjeux identitaire, qui cristallisent peu d’antagonisme dans la société ou notre entourage. Mais cette analyse que je vous livre n’est finalement que mon opinion d’aujourd’hui, sensiblement similaire à mes convictions sur le sujet depuis longtemps… mais peut-être aussi sensiblement différentes sans que je m’en aperçoive, peut-être en évolution au moment où je vous parle, et bien divergentes des idées que j’aurai sur la question dans dix ans. Pour le savoir, rendez-vous en 2032.

Mais d’ici là la Tronche est à VOUS

 

 

 

Les neuf témoignages de l’émission

 

 

1 — « Lafayette »

« Je suis né dans une famille de scientologues.

Mon père était toxicomane, et a guéri dans un centre de désintoxication scientologue. Il y rencontra ma mère, bénévole là-bas. Mon père y a trouvé la spiritualité qu’il cherchait et ma mère fut également convaincue suite à cette guérison radicale. J’ai passé presque toutes ma vie à pratiquer la Scientologie à travers des cours, de l’audition et du bénévolat. Cela me prenait généralement 1 journée par semaine. C’était un sujet que je tenais pour tabou, je n’en parlais à personne. J’avais peur des réactions, connaissant la réputation de la Scientologie. Ma déconversion : Suite à une mise à jour de certains documents en Sciento, on m’a fait reprendre un bout de formation (toujours payant bien entendu). A la deuxième « mise à jour » j’ai eu le sentiment de me faire pigeonner. Plus tard, ma copine, curieuse et ouverte d’esprit, à testé un cours. Peu convaincue, elle a posé des questions qui ont planté une petite graine de doute dans mon esprit. Il se trouve que les parents de ma copine se sont lancés dans des croyances de type Chamanisme. Ouverts d’esprit, nous comparons et discutons de nos spiritualités.

Comment toutes ces croyances pouvaient-elles être vraies en même temps ? Sur les conseils d’une amie, nous découvrons la chaine de la TeB avec l’interview de Grégoire Perra qui trouve un fort écho en moi. Puis la série sur l’homéopathie qui m’a fait prendre conscience de l’importance de l’esprit sceptique. Enthousiasmé par cette manière de réfléchir, j’en parle à ma famille. Et je découvert qu’ils sont très butés et fermés à toute remise en question sur certains sujets. Je comprends petit à petit que c’est la logique intellectuelle même de la Sciento qui inhibe le scepticisme. La goute d’eau qui a fait débordé le vase c’est l’arrivé du Covid, l’élection de Trump, qui ont fait ressortir les penchants les plus complotistes et stupides de nombre de mes connaissances scientologues. »

2 — Claire

«Je peux m’exprimer sur le sujet de la déconversion religieuse : j’ai été élevée dans la religion catholique et j’ai été très pratiquante durant ma vie de jeune adulte. J’ai même rencontré mon mari sur un site de rencontre chrétien. Il y a environ 2 ans mon mari, très cartésien, s’est déconverti presque du jour au lendemain. J’ai suivi peu à peu mais le processus est extrêmement couteux et difficile pour moi, je trouve que se déconvertir passé la trentaine demande un effort énorme et je ne suis pas certaine d’y être gagnante. Je peux m’exprimer sur ces aspects-là.»

3 — Florian

« J’ai étudié puis pratiqué pendant 8 ans. Aujourd’hui deconverti depuis maintenant 3 ans des médecines alternatives, je voudrais parler de mon vécu durant mes études, mes années en cabinet ainsi que ma deconversion jusqu’à mon changement de carrière. Des discours anti scientifiques au charlatanisme, en passant par des prises de paroles dangereuses et complotistes, je veux éclairer les gens qui nous écoutent sur cette thérapie manuelle qui se fait passer comme scientifique et logique, mais aussi l’impossibilité de pouvoir émettre une parole critique, et comment ce système a complètement verrouillé cet aspect de moi durant des années. Je veux également revenir sur ma déconversion, comme il fut difficile d’en parler, de l’avouer, ainsi que de l’impact psychologique sur moi et mes proches, ainsi que du soutien extraordinaire de la communauté zet. J’ai récemment écrit un témoignage de 7 pages pour mettre tout cela par écrit et le partager sur une page sceptique, mais je pense qu’il est temps que je prenne la parole pour dire tout cela publiquement.»

4 — SisterOfSIn

« J’ai passé une vingtaine d’année dans le protestantisme évangélique, dans lequel je suis née et que j’ai vécu sous un angle particulièrement rigoriste, mon père êtant pasteur. Je suis arrivée à fuir le dogme non sans mal, car ça a impliqué pour moi la perte totale de contact avec ma famille, pour tomber pendant un temps sous l’influence de Thierry Casas Novas. Ce dernier a heureusement eu une place seulement temporaire dans ma vie, mais là encore non sans mal : orthorexie, perte de cheveux, évidemment adhésion au discours complotiste anti-médecine. Et j’en suis finalement sortie grâce à l’influence de la Tronche en Biais. »

5 — Esteban

« J’ai grandi dans une famille de Témoins de Jéhovah et je suis devenu un membre actif par la suite. Jusqu’à mes 20 ans j’étais actif à Paris en tant que Témoins de Jéhovah.

La TeB et (notamment le documentaire “les lois de l’attraction mentale”) m’a aidé à arrêter de reléguer les interrogations que j’avais et à vraiment me les poser.

J’ai quitté les Témoins de Jéhovah il y a 3 ans. »

6 — Quentin

« Salut! Quentin, 30 ans.

Je sombre dans la pensée complotiste très tôt, vers 2007-2008, d’abord par le 11/9. La chose s’aggrave quand en 2009-2010 je deviens membre actif d’égalité et réconciliation, mouvement d’Alain Soral. J’y fais mes classes paranoïaques pendant quelques temps, en goutant sans surprise au complot judéo-maçonnique, au révisionnisme historique Faurissonien et autres. Puis je continue sur la lancée de « quête de sens » en m’intéressant alors à « la spiritualité », d’abord par les courants orientalistes à la René Guénon.

Parallèlement, j’erre un peu professionnellement, en validant une licence d’histoire, avant, en 2015, de « reprendre des études » en suivant une formation de naturopathie de 2015 à 2017. A cette école je touche à toutes les dérives pseudo scientifiques possibles, radiesthésie, kinésiologie, iridologie. Mais surtout, j’y rencontre un catholique intégriste, qui voit vite en moi le potentiel de conversion. Je me convertis alors au catholicisme « intégral » en 2017-2018, jusqu’à l’extrême puisque le parcours se conclut chez les sédévacantistes, secte parmi les sectes catholiques traditionnalistes… Messe dans des granges ou des salles d’hotel, fun times.

Malgré tout je doute souvent, et ce doute d’abord me conduit à critiquer ma pratique de naturopathe … et à me lancer dans le concours de 1ere année de médecine en 2018, à 26 ans. Concours que je réussis, et qui m’a sauvé l’existence, puisque ça a été le déclic de sortie des croyances. D’abord, j’abandonne mes dogmes « hygiénistes » en comprenant que la santé c’est plus compliqué que ce que je pensais, et, la fréquentation des cercles scientifiques ainsi que de bons contenus sceptiques aidant, hé bien tout le château de carte de croyance finit par se fissurer. L’explosion finale de l’édifice déjà bien affaibli a lieu avec le début du Covid, en 2020. Je m’éloigne de la pratique catholique en 2020, et je m’assume déconverti auprès de la famille dans la foulée.

7 — Saba

« Je suis née dans une famille de confession musulmane. Depuis l’enfance j’essayais de me soumettre à tous les interdits qu’impose cette religion : pas de viande non halal, pas de porc, pas d’alcool… mais aussi, interdiction de fréquenter des membres du sexe opposé, et donc pas de relations amoureuses, encore moins avec des non-musulmans, interdiction de dessiner des êtres vivants — ce qui a été douloureux, car je rêvais d’une carrière dans un domaine artistique. Je croyais en l’existence des djinns (ou démons), au pouvoir de la sorcellerie, j’ai vécu des expériences d’exorcisme, que ce soit sur moi ou sur des personnes de mon entourage, je croyais aussi aux rêves prémonitoires. Quand j’outrepassais l’un des interdits cités plus haut (comme le dessin) j’en ressentais une grande culpabilité et une frayeur de ce qui m’attendait dans l’au-delà. Aussi, j’ai porté le voile pendant six ans, du lycée jusqu’en janvier de cette année. Je me souviens de la date exacte quand j’ai commencé à le porter : c’était le lundi qui a suivi les attentats du Bataclan. Depuis quelques temps, je suivais des chaînes youtube d’esprit critique, je m’ouvrais de plus en plus à la critique de ma religion. Je posais des questions peu dogmatiques à ma mère, ce qui me valait des disputes avec elle, j’ai essayé de calmer le jeu pour ne pas être en froid avec elle, mais dans le fond, ces questions sans réponses satisfaisantes de la part de la religion me troublaient et me poussaient à creuser davantage sur mes doutes. J’avais lu en parallèle des livres qui ont remis en question ma vision du monde comme Sapiens de Harari, Manières d’être vivant de Baptiste Morizot, et je m’intéressais de plus en plus aux livres de Richard Dawkins et à ses arguments. Le coup de grâce fut le live de la TeB avec le concordiste musulman, où beaucoup de points critiques ont été soulevés. Cette vidéo m’a orientée vers la chaîne de Majid Oukacha, qui n’a fait que de me conforter dans ce que je doutais. »

8 — Erendis

J’ai proposé mon témoignage sur  1) astrologie (avec thème astral et tout) / caractère selon les prénoms… dans mon adolescence (quand on se cherche), déconvertie seule par une prise de conscience personnelle

2) Radiesthésie ; déconvertie seule par une prise de conscience personnelle

3) Homéopathie car soignée très jeune « par homéopathie après essai de médecine conventionnelle », déconvertie par constat qu’en pratique, « ça ou rien… ça à l’air pareil » + la Tronche en Biais

4) L’avion sur le Pentagone car pas de trace de l’avion et apparence de prouesse de vol pour y parvenir, déconvertie par le Debunker des Etoiles

Les croyances autour de l’astro et des prénoms m’a possiblement aidé à découvrir qui j’étais durant l’adolescence.»

9 — Guru Djoz

«Je suis de confession juive et mon compagnon s’est converti. On a été très investit dans la religion et les communautés juives. J’ai vécu une déconversion de ma croyance religieuse mais aussi de mes croyances sur la santé (Thierry casanovas, etc…) ma mère est décédé d un cancer pour lequel nous avions fait le choix de tenter des méthodes naturelles etc….J ai étudié la médecine chinoise.  Et je vois les choses totalement différemment aujourd’hui. Donc de multiples déconversions en fait. »

 

 

Emission enregistrée le 4 mai 2022

Invitée : Coraline HINGRAY, médecin psychiatre

 

Editorial

Peut-on être plusieurs dans sa tête ? Les personnes qui ont de multiples personnalités, qui peuvent passer de l’une à l’autre, toutes très différentes, parfois très nombreuses, on en croise dans la fiction qui n’est jamais avare d’effets spectaculaires et de situations médicales très propices à la narration d’histoires palpitantes mais peu fidèles à la réalité des conditions et des traitements appropriés. La fiction, bien sûr, a tous les droits. Un film comme Split de Night Shyamalan, qui verse allègrement dans le fantastique, n’a pas la prétention de nous décrire un syndrome psychiatrique, mais de nous faire vivre une aventure étonnante au cinéma.

Le problème, lorsqu’on veut savoir ce que sont les maladies mentales, comment elles se manifestent, quels effets elles ont sur la vie des gens, c’est que nous n’avons pas tous la « chance » d’avoir autour de nous des personnes vivant avec tous les troubles psychiatriques du monde, ou plus exactement —ces conditions étant en bonne partie invisibles— on en côtoie, mais sans le savoir, et nous avons pour quasiment seule fenêtre sur les maladies mentales ce que la fiction en dit.

Il serait un peu indélicat de demander à tous les concernés par les troubles mentaux de bien vouloir se signaler afin qu’on prenne conscience de leur présence, qu’on s’avise qu’ils ne ressemblent pas tant que ça aux images que l’on s’en fait et qu’on se débarrasse au moins un peu des stéréotypes porteurs de psychophobie. On n’aide pas les minorités invisibles en forçant les individus à se montrer.

Le Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) qu’on appelait autrefois trouble de la personnalité multiple est une affection psychiatrique méconnue du grand public… Et peut-être même des professionnels de la santé mentale eux-mêmes.

Si nous en parlons ici, sur une chaîne dédiée à l’esprit critique, c’est parce que ce trouble fait l’objet de beaucoup d’attention via les chaines TikTok, Instagram ou YouTube de personnes, essentiellement des jeunes femmes, qui se disent concernées et se mettent en scène sous l’identité de leurs diverses alters afin de raconter leur vie, de raconter leur maladie, leurs traumas et sans doute bien d’autres choses, je ne connais pas assez ces contenus pour vous les décrire.

Face à ce phénomène relativement récent, je dois confesser ma perplexité. Je ne suis pas en mesure de savoir si ces troubles sont authentiques, ni de quantifier le danger potentiel que représenteraient des simulations exerçant sur le public assez d’influence pour causer une forme de contagion. J’éprouve une sorte d’incrédulité personnelle que je dois absolument éviter de confondre avec une bonne raison d’affirmer que les concerné·e·s mentent, sont mythomane, inventent tout, car il est bien possible que ce trouble me semble baroque à cause de préjugés de ma part, d’une certaine conformité à des idées sur la structure de la psyché. À ce stade, ce que je dois faire c’est garder l’esprit ouvert.

L’un des problèmes avec le TDI c’est qu’il est encore aujourd’hui controversé : nous ne sommes pas en présence d’un consensus scientifique permettant de dire définitivement que la multiplicité de l’identité est nécessairement le résultat de traumatismes, car certains spécialistes estiment que c’est l’approche thérapeutique ou l’influence des médias qui produisent cette impression et induisent les symptômes du TDI. Ce n’est pas sur un plateau de télé ou dans un programme sur YouTube qu’on résout une controverse scientifique, on ne va donc pas débattre de la réalité du TDI ce soir, mais on va essayer de comprendre le point de vue d’une personne qu’on m’a chaudement recommandée lors du Congrès de l’Encéphale, l’évènement français avec la plus grande densité de psychiatre au mètre carré.

Coraline Hingray, médecin psychiatre, Praticienne hospitalière au CPN, responsable du centre Psychotrauma de Nancy est sans doute la meilleure spécialiste française des traumas psychologiques et du diagnostic et de la prise en charge des TDI.

Elle va nous aider à comprendre les concepts sur lesquels repose ce trouble et à évacuer les idées les plus fausses.

 

Sur les RS on se trouve parfois en butte à l’opiniâtreté d’encombrants spécimens qui tiennent à obtenir que vous changiez publiquement d’avis, que vous retiriez un contenu, que vous vous excusiez. Souvent ils se trouvent ses alliés dans la même catégorie de radicalisés ou dans une catégorie annexe mais qui vous est hostile pour d’autres raisons (alliance de circonstance).

NB : le harceleur n’est pas juste un contradicteur, un commentateur un peu remonté, un collègue qui pose une critique, c’est une personne qui revient à la charge pendant des semaines, mois ou années parce que vous n’avez pas le droit de ne pas être d’accord avec elle. L’agressivité et la répétition sont des critères importants.

 

Mais la répétition on la mesure du côté de la victime. Si vous êtes le 250e à me dire que je suis un bègue au corps de lâche et que j’ai le physique de mes idées, même si c’est votre premier message du type, vous participez à un phénomène collectif (Dogpiling), et d’ailleurs vous le savez. C’est pour ça qu’un tribunal peut vous condamner.

 

« Le fait de harceler autrui par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. » [Code pénal – Article 222-33-2]

 

Le harcèlement prend diverses formes. D’abord les simples insultes. Répétées. Mais aussi les menaces. Voilées ou explicites. Le harceleur vous rabaisse, il s’en prend à votre nom à votre physique, à vos origines, votre situation sociale, votre entourage, vos addictions réelles ou supposées, votre sexualité, etc. Le harcèlement dont je veux vous parler est moins flagrant car il prend l’apparence d’une opposition purement intellectuelle. Il veut se faire passer pour un débat d’idées.

 

J’ai une mauvaise nouvelle. Je peux vous « démontrer » que vous avez tort et que votre harceleur a raison avec cette petite feuille de route du cyberharcèlement militant. Naturellement, la militance n’est pas en cause, c’est la toxicité de certains individus qui est ici le problème.

Regardons pourquoi le harceleur a forcément raison. Pourquoi vous n’avez aucune chance.

  1. Le harceleur a raison. [ça arrive parfois ! C’est une question à se poser] Il croit que cela justifie son comportement (Ne faites pas ça chez vous!).
  2. Vous ignorez le harceleur. C’est la preuve que vous n’avez rien à répondre.
  3. Vous répondez au harceleur, mais sans être convaincu. C’est la preuve que vous êtes fermé à la critique.
  4. Vous bloquez le harceleur. C’est la preuve que vous vous radicalisez.
  5. Vous répondez au harceleur, et vous avez un nombre d’abonnés bien plus grand que le sien (c’est logique, il ne s’attaque souvent à vous que parce que vous avez de l’influence). C’est la preuve que vous le jetez en pâture à vos abonnés.
  6. Vous répondez en utilisant un compte secondaire ou perso, en tout cas un média avec moins de visibilité. C’est la preuve que vous cherchez à étouffer l’affaire.
  7. Vous dénoncez le harcèlement. C’est la preuve que vous vous victimisez pour invisibiliser le vrai sujet qui tient très à cœur au harceleur.
  8. Vous précisez que les sujets évoqués par le harceleur sont importants mais que ce comportement est contre-productif. C’est la preuve de votre insupportable arrogance à croire que vous pouvez dire aux autres comment défendre leur cause. Vous êtes coupable d’un odieux et irréparable : #TuDessersTaCause.
  9. Vous évitez le sujet pour avoir la paix. C’est la preuve que vous n’avez aucune valeur, que vous ne servez à rien, que vous vous désintéresser des vrais problèmes.
  10. Vous décidez de traiter le sujet qui tient à cœur à votre harceleur. Du mieux possible, en consultant les meilleurs experts. C’est la preuve que vous croyez pouvoir traiter des choses qui ne vous concernent pas, que vous prenez la place de ceux qui savent, que vous êtes un oppresseur.
  11. Si en fait vous êtes concerné par le sujet de société en cause et résistez malgré tout à la position du harceleur. C’est la preuve que vous êtes un token, un simple pion inféodé à un système dont il est la victime et le complice, car le harceleur est seul apte à parler pour les concernés, qu’il en soit un ou pas. (ceci est arrivé au collègue Penseur Sauvage)
  12. Vous tentez d’expliquer la mécanique du harcèlement perpétré par ceux qui ont échoué à vous convaincre malgré leur agressivité. C’est la preuve que vous êtes l’ennemi des militants (c’est le harceleur et sa bande qui parlent, pas *les* militants).
  13. Vous faites une vidéo pour décortiquer l’implacable tourbillon du harcèlement où vous n’avez aucune chance d’avoir raison. C’est la preuve que vous êtes tellement fragile qu’au lieu de travailler vous faites du drama.
  14. Etc.

 

Le harceleur ne peut pas accepter un narratif où il est un harceleur bête et méchant, il choisira donc toujours une interprétation qui lui donne le beau rôle, qui confirme ses convictions, qui cajole son amour-propre et vous n’êtes qu’un instrument de son récit personnel. Le harceleur ne s’intéresse pas à vous, il ne s’intéresse qu’à lui, vous êtes un outil dans le scénario de cette facette de sa vie. Il vous reste à espérer que les autres parties de son existence sont assez intéressantes pour qu’il se lasse de son rôle de héros numérique. Quand le harceleur a une vie de merde, vous êtes foutu.

 

Je souhaite donc à tous les harceleurs du monde d’avoir une vie riche bien remplie et heureuse. Ça pourrait bien aider leurs victimes.

 

Nuance

Finissons avec une note d’autocritique nécessaire. La position du harceleur est irréfutable ; pour lui, le méchant c’est vous. Mais attention, parce que vous et moi nous avons un cerveau similaire. Si nous commençons à considérer qu’une personne est un harceleur alors nous aurons toujours un narratif disponible pour le confirmer. Cette situation est un peu moins grave parce que le scénario s’arrête quand on bloque la personne en question, on risque moins de faire souffrir autrui. Mais le danger c’est de prendre l’habitude de considérer toutes les critiques comme des agressions. C’est un piège très tentant dans lequel on tombe en douceur, sans en avoir conscience.

Bref, comme d’habitude le réel est infiniment complexe et le doute est salvateur.

Mais nous n’avons pas à négocier notre santé mentale contre les priorités de la militance d’autrui. Leur colère ne leur donne pas raison. Et quand bien même ils auraient raison, s’ils ne prennent pas en compte le fait que nous ne réagissons pas seulement avec notre intellect mais aussi avec toute la gamme des émotions humaines, ils sont irrationnels, leur approche est vouée à l’échec et leur attitude est au mieux inutile.

Dans tous les cas, prenez soin de vous.

 

 

Pour vous documenter

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32239

 

Dans les 52 minutes de la nouvelle justification d’Idriss Aberkane (la dernière, a-t-il promis), il y a beaucoup de mensonges. Je ne peux pas tout traiter. Vous trouverez sur twitter et captain fact et d’autres réseaux le travail d’analyse et de rectification réalisé par des tas de gens compétents.

Ma méthode de travail consiste à vous montrer, en  vidéo, sur la Tronche en Biais,  un extrait ou une capture d’écran qui vous permet de constater ce qui a été dit, sans avoir à vous fier à mon interprétation. Et ensuite j’explique pourquoi ça me pose problème. Monsieur Aberkane ne fait pas cela, et il me prête parfois des propos que je n’ai pas tenus sans qu’on puisse savoir si c’est délibéré ou par erreur. Il ne donne pas à son public les moyens de savoir s’il s’attaque à des propos réels ou à une version fantasmée. J’irai même jusqu’à dire qu’il ne se donne pas à lui-même les moyens de le savoir, ce qui est très très baroque.

Ici, on est plus méthodique.

Je vais m’arrêter sur un petit nombre d’allégations parmi beaucoup et je finirai avec un « scoop », une information nouvelle qui va vous aider à évaluer la distance séparant la réalité des faits de la légende aberkanienne. Nous n’aurons pas des infos de ce genre à chaque fois. Il faudra veiller à lui donner son juste poids !

 

 

« Pierre Collet est linguiste »

Pierre Collet a une licence en linguistique, mais le reste de sa carrière est entièrement situé dans le domaine de l’informatique. On attend d’un membre de jury de thèse qu’il soit expert d’un domaine exploré par la thèse. Une licence en linguistique ne confère pas un statut d’expert pour être dans un jury. C’est un anomalie.

 

« P. Collet a dirigé plein de thèses en littérature. »

Ca c’est faux. Pierre Collet est intervenu dans une seule autre thèse en littérature. Et c’est une thèse où il était question d’Internet, ce qui permet d’expliquer la présence d’un informaticien (source).

Pourtant monsieur Aberkane veut que nous pensions que monsieur Collet intervient régulièrement dans des thèses de littérature. J’en conclus qu’il juge nécessaire de mentir pour justifier la participation de Pierre Collet à son jury de thèse. Et s’il estime nécessaire de mentir pour justifier une chose avérée, cela veut dire qu’il pense qu’elle est injustifiable avec la seule vérité. Dont acte.

 

Les autres thésards sont interchangeables

Déjà, nous avons vu que ce qui est interchangeable chez monsieur Aberkane, ce sont les sujets de thèse et/ou les membres des jury. Je pense qu’il faut montrer un peu plus de respect à des gens qui se lancent dans la recherche sans compter leurs heures et sans garantie de débouché à la fin.

Je ne vais pas débunker cette histoire absurde de thésard interchangeables, je vais me contenter de saluer les nombreux docteurs et maîtres de conférence qui doivent savoir qu’ils sont tous interchangeables, que c’est leur directeur de thèse qui a tout décidé et qu’un autre doctorant aurait produit les mêmes données qu’eux. Je glisse, au cas où ça vous intéresse, que mon sujet de thèse, qui ne vaut pas mieux que les autres, c’est moi qui l’ai proposé, négocié, rédigé en co-tutelle entre un laboratoire français et un laboratoire luxembourgeois. Je salue chaleureusement tous ceux que j’ai croisés pendant ces quatre années entre Orléans et Belvaux. Vous me manquez ; je vous aime. Même si je dois vous avouer que je m’épanouis mieux dans mon métier actuel.

« Le doctorat [d’I Aberkane] de l’université de Strasbourg n’est pas une thèse »

Je n’ai dit ça à aucun moment. C’est vraiment gênant. C’est là qu’un peu de méthode de sa part nous aiderait à savoir quelle phrase il interprète de cette manière. Là, on ne sait pas.

 

Le M2 de l’ENS

Idriss Aberkane, lisant ses notes explique que j’aurai dit qu’il n’aurait pas de « M2 en systems biology ». Or le diplôme existe et il a été publié, je n’ai donc rien dit de tel. En revanche je dis qu’il n’a aps de M2 de l’ENS puisque ce M2 a été obtenu à Paris Diderot.

Or, regardez son CV actuel. C’est à dire la version 2022, déjà bien corrigée par rapport à la légendaire version de 2016. Et vous voyez une section Ecole Normale Supérieure. Dedans : une ligne M2. Cette ligne n’a rien à faire là et monsieur Aberkane l’admets puisqu’il répond ainsi

« Idriss Aberkane revendique un master 2 de l’ENS » : Non j’ai jamais dit ça nulle part.»

En conséquence, Monsieur Aberkane détient zéro diplôme de l’ENS. Et des tas de gens très brillants sont dans ce cas. Ca n’est pas grave du tout, il ne faut pas pleurer. Mais il ne faut pas non plus faire un CV avec des lignes qui disent le contraire.

 

 

J’en profite pour passer directement à Stanford. Monsieur Aberkane dit qu’il a évidemment publié le travail réalisé là bas. Quand on cherche, on trouve en effet une publication. Un poème. On a le droit d’aimer, tout en se disant qu’on est loin des neurosciences de la diplomatie du management de l’économie de la connaissance.

S’il a publié des travaux de recherche effectués à Stanford, il doit avoir pour co-auteur des chercheurs de Stanford. S’il nous fournit cela, alors on pourra le croire. Ce n’est pas à  nous de prouver l’inexistence de son travail.

 

CAMBRIGDE !

Dans sa vidéo, Monsieur Aberkane, répète que ceux qui le critiquent et en particulier moi (je suis nommé une bonne quarantaine de fois au moins) mentent, qu’ils sont motivés par l’argent ou la haine, mais sans apporter rien de plus que sa parole qui est justement remise en question. Je note d’ailleurs qu’il n’atteste plus rien sur l’honneur. Ayant encore le mien, je peux attester que ce qui va suivre est parfaitement authentique.

Un étudiant de Cambridge qui souhaite garder l’anonymat m’a proposé son aide pour contacter le professeur Brian Moore. Je vous rappelle que monsieur Aberkane a écrit sur son CV et a dit publiquement à plusieurs reprises qu’il avait été invité là bas par ce professeur, que son travail était jugé assez important pour qu’on le rémunère, qu’il a été co-auteur final d’un article avec monsieur Moore. Ce concept de co-auteur final m’avait interpellé en 2016 et m’avait permis de voir qu’en réalité ce ‘n”tait pas un article mais une communication dans un congrès par poster, ce qui est pas mal du tout mais qui ne correspond pas, dans les sciences du vivant à une véritable publication revue par les pairs.

Voici la réponse de Brian Moore

Traduction « Idriss a travaillé un court moment dans mon laboratoire en tant que bénévole non payé. Son travail a servi de base à l’abstract (résumé scientifique) d’un papier présenté à un séminaire de l’Acoustical Society of America. Ce travail n’a aps donné lieu à un véritable article scientifique. le travail en MEG n’a pas été fait avec moi. Il peut avoir été fait dans le laboratoire du prof. Lorraine Tyler. »

 

Nous avons également contacté Lorraine Tyler, avec qui Idriss Aberkane aurait pu faire de la recherche lors de son deuxième passage en 2009. Et nous avons sa réponse.

 

Traduction « Idriss était dans mon laboratoire. Pour autant que je m’en souvienne, ce fut une visite très brève. J’ai bien peur de n’avoir aucun souvenir de la recherche qu’il a pu faire, ce qui pourrait bien vouloir dire quelque chose. Les éventuelles traces de tout cela sont dans mon laboratoire om je ne travaille pas actuellement. Je me souviens qu’il était « visitor ». Si je trouve quoi que ce soit de concret, je vous le ferai savoir.  »

 

Conclusion

Ces informations me semblent suffisante pour établir qu’Idriss Aberkane raconte des sornettes monumentales. Dans le même temps, il accuse tout le monde de mentir, bien entendu, parce qu’admettre son baratin, ce serait renoncer à la raison même de son succès auprès de son public, et de ses revenus : il est génial, brillant, polymath, hyperdocteur. 

Maintenant vous devez décider à qui vous accordez votre confiance ; personne ne peut le faire à votre place. Mais rappelez-vous que si vous avez l’impression que les humains sont vraiment des moutons qui croient n’importe quoi, il faut accepter de se souvenir que vous aussi vous êtes un humain, que tout le monde peut se tromper, que nous pouvons tous nous faire avoir par un beau parleur. Ils existent depuis la nuit des temps, et maintenant ils sont sur LinkedIn, YouTube, Twitter.

Je vous invite à douter de tout ce que je viens de dire, cela vous motivera à aller vérifier par vous même.

__________________

Epilogue

Le 25 février, Idriss Aberkane réagit sur Twitter de cette manière.

 

Ce qui suscite quelques questions :

En faisant cela Idriss Aberkane apporte sa validation personnelle à l’authenticité des mails de Brian Moore diffusés ci-dessus. Une authenticité que j’aurais par ailleurs été dans l’incapacité de prouver à tous ceux qui auraient choisi de m’accuser de les avoir inventés. Le manque d’intelligence d’une telle réaction est assez inespéré. Depuis le 25 février, Idriss Aberkane s’est récyclé en expert de géopolitique et fait des lives très suivis où il « analyse » la crise ukrainienne avec la même pseudo-autorité qui a accompagné ses élucubrations sur la pandémie. Désormais, il fera son beurre sur la guerre, une situation où la désinformatione st encore plus nocive que lors d’une épidémie

 

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Acermendax

Très à la mode, la biodynamie n’est peut-être as ce que vous croyez. En connaissez-vous l’origine et les principes ?

Dans le format La Tronche est à VOUS, l’antenne est ouverte. Vous pouvez nous rejoindre sur Discord et demander la parole.

Ce soir, 16 février 2002, nous allons parler de Dieu. Et de science. Entendez par là que j’aimerais entendre des gens qui défendent l’idée que la science prouve l’existence de Dieu. Ils sont minoritaires mais ils existent, et s’ils sont très loquaces par écrits, on les entend moins souvent. Quelle joie ce serait que quelques-uns viennent ce soir nous expliquer en direct pourquoi ils ont raison.

Je voudrais aussi entendre des internautes sur la thèse du conflit entre science et religion. Il est devenu classique de nos jours de considérer qu’il n’y a pas de conflit parce que les sciences et les religions auraient des domaines de compétences distincts, ce qui empêche les interférences, ce qui garantit la paix, ce qui balaye les vieilles histoire de Galilée et des victimes de l’intolérance religieuse du temps où la théologie était la première de toutes les sciences et ne souffrait aucune contradiction de la philosophie de la nature.

Bien sûr nous pourrons aussi donner la parole à des sceptiques ou des croyants en l’inexistence de Dieu, le principal but de La Tronche est à VOUS est de multiplier les points de vue, les sensibilités, de souligner les nuances, de montrer qu’on a jamais vraiment fini de faire le tour d’une question compliquée.

Au cours de cette émission, il sera donc question de science. Elle sera conjuguée indifféremment au singulier ou au pluriel, évitons la pédanterie. Dans ma bouche, il s’agit de la démarche d’exploration du réel répondant à l’excellente définition de Yves Gingras ici même sur notre chaine (TenL106 « Peut-on encore se fier à la science ?« ) : « Faire de la science, c’est rendre raison des phénomènes par des causes naturelles. »

Une fois cette définition posée, vous comprenez immédiatement que si Dieu est un être surnaturel, on va avoir au moins quelques difficultés à le faire coïncider avec le concept de science.

 

Il sera question de Dieu, et cela ne doit pas être confondu avec la question des religions. Le concept de religion lui-même est hyper discutable, difficile à définir, généralement mal employé (Cf le livre de Daniel Dubuisson « l’invention des religions »). Mais la question de la religion est évidemment connexe, et on pourra si vous le souhaitez aborder le problème de la compatibilité entre adhésion religieuse et littératie scientifique (Cf livre de Benjamin Germann « Les obstacles de la pensée religieuse à l’apprentissage des sciences »).

Je voudrais rappeler que les mouvements rationalistes, sceptiques, de libre pensées se sont construits dans le passé en bonne partie en opposition au dogmatisme religieux, à l’autorité intellectuelle, morale, apodictique des Ecritures, au poids qu’exerçait sur la société un pouvoir qui se revendiquait de droit divin. Le rapport au religieux est donc historiquement l’un des plus importants de l’histoire de la pensée critique. Et pourtant dans le paysage de la zététique ce thème est quasiment absent. On parle bien sûr de paranormal, de plus en plus de pseudosciences, un peu de spiritualité, mais quasiment rien sur Dieu et la religion. Or, je pense qu’on a besoin de faire circuler les idées du scepticisme en ce domaine qui touche de nombreuses personnes et qui partout ou presque n’est traité que par des croyants.

Une citation pour finir cette introduction : Arthur Schopenhauer dans Sur la religion : « On ne peut servir deux maîtres à la fois : donc, ou la raison, ou l’Écriture. S’asseoir entre deux chaises, se nomme « juste milieu ».» Doit-on donner tort à l’auteur de L’art d’avoir toujours raison ?

 

NB : Le 1er mars, ne manquez pas L’entretien avec Olivier Bonnassies, co-auteur de « Dieu, la Science, les preuves »

En réponse à nos deux vidéos démontant sa rhétorique manipulatoire et le trucage de son CV, sans me nommer, peut-être par lâcheté, Idriss Aberkane a répondu par plus de mensonges (sur la nature et la valeur de ses publications et de ses stages) par l’esquive (sur la composition de ses jurys, sur la non reconnaissance d’un de ses doctorats, sur son statut « d’officier de marine ») et par l’injure : nous sommes (je suis ?) des chiens, des escrocs, des putaclics, des déséquilibrés racistes, des intriguants racistes…
Depuis 7 ans je me fais insulter tous les jours, je n’ai jamais porté plainte pour diffamation ; peut-être faudrait-il changer de stratégie (un avocat volontaire dans la salle ?)
Dans sa vidéo du 13 février intitulée « Je BALAYE quelques youtubeurs racistes et putaclic » Idriss Aberkane déclare en substance « Depuis 2014 j’atteste sur l’honneur que je n’ai jamais menti. La preuve que je dis la vérité c’est que personne ne m’attaque en justice pour fausse déclaration sur l’honneur. »
Ma réponse en vidéo :

 

Attestation sur l’honneur ?

  • J’atteste sur l’honneur que monsieur Idriss J Aberkane a truqué son CV, maquillé la vérité, menti sur son parcours et manipulé son auditoire pour passer à la télévision, vendre des livres et faire des conférence à plus de 10k€ qu’il n’aurait jamais été invité à faire s’il n’avait fait miroiter une excellence scientifique qui n’est qu’un mirage.
  • J’atteste sur l’honneur que le H index de monsieur Aberkane, à ce jour strictement égal à zéro, signifie que son apport à la science est totalement négligeable, conformément à un critère défendu haut et fort par Didier Raoult.
  • J’atteste sur l’honneur que le CV d’Idriss Aberkane, truqué, fait rigoler les chercheurs en neurosciences cognitive et que ses prétentions concernant la conjecture de Syracuse font pouffer les mathématiciens de profession.
  • J’atteste sur l’honneur que je trouve pathétique d’être traité de chien, d’escrocs de déséquilibré raciste par monsieur Aberkane qui montre un bien mauvais exemple à des dizaines d’internautes si plein d’autonomie intellectuelle qu’ils viennent réciter cet angélus sur mes pages. Pour ma part, je le redis n’allez ni harceler ni insulter monsieur Aberkane s’il vous plait.

Si les propos de Monsieur Aberkane sur la valeur d’une déclaration sur l’honneur sont exacts, je viens de lui donner les moyens de m’attaquer en justice.

 

J’ajoute, en attestant sur l’honneur que la justice Suisse enquête depuis un an sur des soupçons de gestion déloyale de la part de monsieur Aberkane, telle que dénoncé par ses associés. J’atteste sur l’honneur qu’un comité d’éthique est saisi pour statuer sur une accusation de plagiat concernant l’un de ses trois manuscrit de thèse. Evènement rare. Evénement grave.

 

Mais en fait rassurez-vous l’attestation de monsieur Aberkane n’a aucune valeur, et donc la mienne non plus.  Soit il ne le sait pas et c’est bien bête et présomptueux de sa part de parler sans savoir. Soit il le sait, et il bluffe en comptant sur la bêtise / l’ignorance de son public pour ne pas s’en apercevoir. Je vous ai déjà dit qu’il vous prenait pour des cons.

 

Dans sa réaction aux analyses critiques fournies sur cette chaîne, Monsieur Aberkane se contente de réciter la version 2022 de ses mensonges curriculaires — qui est différente de la version 2016, demandez-vous pourquoi— sans donner aucune source ni répondre dans le détail aux démonstrations de mensonge qu’il a proférés en vidéo, ni sur ses publications prétendument scientifiques, ni sur la composition des jurys de ses thèses, ni sur son absence de post-doctorat. Il ne mentionne jamais mon nom quand il se livre à des injures, c’est prudent de sa part. Et lâche aussi, un peu. Depuis 2016 j’ai écrit des articles et maintenant trois vidéos, dans lesquels je l’accuse nommément de mentir, d’être malhonnête, de ne pas avoir de carrière scientifique contrairement à ce qu’il veut affirmer pour continuer de vendre ses conseils de coach.

Dans cette situation, comment se fait-il qu’il n’attaque pas en justice, depuis 6 ans, lui si prompt à affirmer que c’est ainsi qu’on démontre qu’on a raison ?

Ne faisons pas semblant de ne pas voir qu’il patauge dans la tartufferie, niveau Jérôme Cahuzac.

 

Idriss Aberkane exerce de l’influence. Il ment sur des questions scientifiques et sanitaire. Il porte atteinte à la crédibilité des sciences qui est un bien commun. Il porte atteinte à l’honneur de tous ceux qui osent contredire ses mensonges et prétentions. Ces raisons sont suffisantes pour que je décide de prendre la parole. Ses afficionados vont continuer de m’insulter et de me menacer, mais je veux croire que de la même manière que nous avons réussi il y a quelques années à le mettre hors des circuits des médias mainstream où il adorait se pavaner (et que maintenant il conspue) nous allons réduire l’attrait qu’il exerce sur des gens honnêtes, curieux, qui cherchent juste à penser out of the box et s’engouffrent dans ses récits sans se douter de sa nature de wanabe gourou.

 

Je finirai en répétant que je n’ai jamais mesuré la qualité d’une personne à son parcours académique, contrairement à Monsieur Aberkane. En revanche je considère que le mensonge et la manipulation vont de pair avec une petite, minuscule, humanité qui m’inspire un mépris en proportion inverses.

Chers amis je compte sur votre soutien, sur votre envie de nous aider à démontrer ce qui est vrai et ce qui est faux. Par exemple si vous avez des amis à Stanford ou à Cambridge, peut-être pourront-ils nous aider à savoir quel travail scientifique Idriss Aberkane a produit chez eux. N’hésitez pas à venir m’en parler.

 

Acermendax

 

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