Archive pour la catégorie : Idéologie

On identifie sans mal certaines idéologies pour ce qu’elles sont : des combinaisons de valeurs, d’idéaux et des stratégies déployées pour les défendre.

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), est aujourd’hui pointé du doigt pour la place croissante prise par l’anthroposophie et sa branche agricole, la biodynamie, dans ses réseaux et projets. Plusieurs enquêtes et analyses, notamment celles de Cyril Gambari et Valéry Rasplus, documentent ce phénomène.

 

 

Cyril Gambari alerte sur les liens structurels entre l’anthroposophie, mouvement ésotérique fondé par Rudolf Steiner, et l’agriculture biodynamique, qui en est l’application directe. Il souligne que des associations comme Biodynamie-Recherche, issues du Mouvement pour l’Agriculture Biodynamique (MABD), collaborent désormais avec l’INRAE sur des projets comme SYNBIOSE, où la biodynamie est étudiée et promue en tant que « savoir alternatif » aux côtés de l’agriculture conventionnelle ou biologique. Gambari insiste sur le danger de voir des concepts occultistes et des personnalités issues de la sphère anthroposophique influer sur la recherche publique, brouillant la frontière entre science et croyance. Il rappelle aussi les racines problématiques de l’anthroposophie, notamment sa hiérarchisation raciale d’inspiration pangermanique.

 

Valéry Rasplus, sociologue et spécialiste de l’agriculture, va plus loin : pour lui, « le mot “biodynamie” sert de cache-sexe à l’anthroposophie ». Il affirme qu’il n’existe pas de biodynamie sans les croyances ésotériques qui la sous-tendent : influence des planètes, recours aux « êtres élémentaires », rejet des connaissances scientifiques établies. Rasplus dénonce la tentative de certains acteurs de dissocier la pratique agricole de son socle idéologique, alors que l’objectif reste la diffusion de la doctrine anthroposophique via la recherche et la formation. Il met en garde contre la confusion entretenue dans le public et les institutions : la « biodynamie » n’est pas une simple méthode agricole, mais un vecteur d’idéologie occulte. « C’est une sorte de bazar mystico-cosmique, inventé par un occultiste anti-scientifique »

 

En résumé : Les travaux de Gambari et Rasplus convergent pour dénoncer l’entrisme de l’anthroposophie à l’INRAE, via la promotion de la biodynamie et l’implication de réseaux anthroposophiques dans des projets de recherche. Ce phénomène expose la recherche publique à l’influence de doctrines ésotériques, brouillant la distinction entre science et croyance, et pose un risque pour l’intégrité scientifique des institutions concernées.

Et donc j’aimerais que les instances de l’INRAE s’expriment officiellement pour prendre leur distance avec les croyances ésotériques et rappeler l’exigence de scientificité de lueurs travaux. Mon directeur de thèse était directeur de recherche INRA, j’ai beaucoup de respect pour cette institut, et je suis donc très inquiet de voir ces dérives s’installer.

Depuis un demi-siècle, les États-Unis sont la première puissance scientifique du monde. On le constate avec l’omniprésence de leur technologie et de leurs services numériques par exemple. Mais ils sont également leaders dans la plupart des champs de la recherche, notamment médicale. Ils sont de loin les premiers en nombres de prix Nobel, et ces découvertes, elles ont un impact sur nos vies à tous, surtout dans les pays riches.

Le vice-président Vance a déclaré que les universités et les professeurs étaient ses ennemis et ceux de ses électeurs. Trump est désormais en guerre contre les scientifiques, les chercheurs, les intellectuels. C’est une situation inédite, surréaliste, et assez épouvantable, dont les conséquences seront essentiellement invisibles à l’échelle des individus puisqu’il s’agira de découvertes que l’on ne fait pas, de progrès qui ne voient pas le jour, de traitements à des maladies graves qui n’existeront pas. Des gens mourront un peu partout, sans savoir que c’est la politique de Trump qui les a tués.

Les américains ont donné à la bêtise, la bigoterie, la corruption, l’indécence d’un mégalomaniaque le pouvoir de ramener vers l’obscurantisme non seulement leur pays, mais la civilisation que nous partageons avec eux. Le modeste vulgarisateur des sciences que je suis est bien démuni pour tenter d’agir contre cette ignorance toute-puissante. Je ne sais pas quoi faire, mais je veux faire quelque chose, alors je vous propose un petit passage en revue des attaques récentes contre la science par l’administration Trump depuis février dernier…

 

 

  1. Février 2025 — Suspension du financement du Programme national sur le climat

  • Agence concernée : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA, Administration nationale océanique et atmosphérique).
  • Action : Gel immédiat des budgets liés aux modèles climatiques et à la surveillance de l’évolution des températures globales. Réduction de 27% du budget – Des centaines de licenciements. Les scientifiques ont reçu l’ordre d’interrompre leurs échanges internationaux.
  • Conséquences attendues :
    • Court terme : rupture de séries de données essentielles à la modélisation climatique.
    • Moyen terme : affaiblissement des projections sur les risques climatiques extrêmes.
    • Long terme : affaiblissement de la coopération internationale (notamment avec le GIEC), perte de confiance dans les données américaines.
    • Mondial : les pays en développement, qui dépendent souvent des données américaines, seront particulièrement affectés. Risque accru de catastrophes non anticipées (canicules, ouragans, inondations).

Sources :

 

Début février 2025 — Gel des financements de l’aide internationale

Gel de milliards de dollars d’aide internationale, dont 268 millions alloués aux médias indépendants par l’United States Agency for International Development (USAID). Cela inclut le soutien à la recherche et à la diffusion d’informations scientifiques dans plus de 30 pays. L’accès aux connaissances scientifiques sera donc impacté, avec des effets sur au moins une génération.

 

7 février 2025 — Coupes budgétaires dans la recherche médicale

Le budget proposé par l’administration Trump pour 2026 prévoit une réduction de près de 18 milliards de dollars pour le NIH, soit une baisse de 40 %. Les coupes touchent tous les domaines, y compris la recherche sur le cancer, les maladies neurodégénératives, la santé des minorités, la santé reproductive, et la recherche internationale.

Conséquences : Arrêt d’essais cliniques, licenciements massifs, suppression de centres entiers, et perte de leadership mondial en recherche biomédicale.

Sources :

 

14 février 2025 —Licenciements dans un programme de surveillance épidémiologique

Des centaines de postes ont été supprimés au sein du NIH, de la NSF et d’autres agences, affectant la surveillance épidémiologique et la capacité de réponse aux crises sanitaires.

 

17 février 2025— Censure et suppression de données climatiques

Plusieurs articles de presse et ONG signalent la suppression de sections entières sur le climat des sites officiels de la Maison Blanche, de l’EPA, du Département d’État, etc. — Cette stratégie de censure et de réécriture des pages officielles sur le climat avait déjà été observée lors du premier mandat Trump, et s’est amplifiée en 2025.

Conséquences : Opacité accrue, perte d’accès aux données pour les chercheurs et le public, rupture de la coopération internationale.

Sources

 

Fin février 2025 — Interdiction de déplacement pour Katherine Calvin

L’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) rapporte que Katherine Calvin, scientifique en chef de la NASA et co-présidente du groupe de travail 3 du GIEC, s’est vu interdire de se rendre à une réunion du GIEC en Chine, puis a été licenciée début mars, son équipe ayant vu ses contrats résiliés.

Cette purge des agences scientifique est un abus de pouvoir dont les conséquences seront graves pour les électeurs de Trump, ses sympathisants autant que pour tout le monde.

 

Sources

 

  1. Mars 2025 — Interdiction des communications publiques des chercheurs fédéraux sans validation politique

Agences concernées : Environmental Protection Agency (EPA), Centers for Disease Control and Prevention (CDC), NOAA.

Action : toute publication ou communication publique (médias, colloques) nécessite une validation par le bureau politique de la Maison-Blanche. Des termes comme « climate science » sont bannis des communications officielles. La méthode est stalinienne, cela devrait inquiéter tout le monde.

  • Le 2 février : L’administration Trump a censuré le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), interdisant aux scientifiques de participer à des conférences ou de communiquer avec les professionnels et le public. à Cette mesure limite la diffusion des connaissances scientifiques en santé publique.
  • Conséquences attendues :
    • Court terme : auto-censure, fuite de talents.
    • Moyen terme : affaiblissement du rôle d’alerte des institutions sanitaires et environnementales.
    • Long terme : effondrement de la transparence scientifique, perte de crédibilité mondiale.
    • Mondial : retards dans les alertes pandémiques ou environnementales pouvant coûter des milliers de vies. Coopérations scientifiques internationales mises en péril.

Source :

 

  1. Avril 2025 — Fermeture de 14 programmes fédéraux de recherche en énergies renouvelables

  • Agences concernées : Department of Energy (Département de l’Énergie), National Renewable Energy Laboratory (NREL).
  • Action : suppression du financement de laboratoires travaillant sur le solaire, l’éolien et le stockage.

Rappel : La volonté de réduire ou supprimer le financement de programmes de recherche en énergies renouvelables est explicitement mentionnée dans le Project 2025 (Heritage Foundation), qui sert de feuille de route à l’administration Trump

  • Conséquences attendues :
    • Court terme : licenciement de chercheurs, arrêt de projets pilotes.
    • Moyen terme : affaiblissement de la transition énergétique américaine.
    • Long terme : retard structurel dans l’innovation énergétique.
    • Mondial : hausse de la demande mondiale en combustibles fossiles (car les États-Unis réduisent leur capacité à exporter des solutions vertes), ralentissant les objectifs de l’Accord de Paris. Aggravation de la crise climatique.

Source :

 

  1. Mai 2025 — Réduction drastique du financement de la recherche en santé reproductive

Agences concernées : Instituts nationaux de la santé (NIH) et Département de la santé et des services sociaux (HHS).

Arrêt du financement de l’Initiative pour la santé des femmes (Women’s Health Initiative), la plus grande étude sur la santé féminine aux États-Unis. Gel de 27,5 millions de dollars de subventions du programme Title X, affectant les services de planification familiale, de contraception et de dépistage des IST pour les populations à faible revenu. Signature de l’Ordre exécutif 14182, réaffirmant l’interdiction de l’utilisation de fonds fédéraux pour les avortements électifs (= sans indication médicale) et annulant les mesures précédentes visant à élargir l’accès aux soins reproductifs.

Conséquences attendues :

    • Court terme : Arrêt immédiat de nombreux projets de recherche en santé reproductive, licenciements de chercheurs, fermeture de centres de recherche régionaux.
    • Moyen terme : Réduction significative de l’accès aux services de santé reproductive pour les populations vulnérables, augmentation des grossesses non désirées et des complications liées à la grossesse.
    • Long terme : Affaiblissement de l’expertise nationale en santé reproductive, augmentation des inégalités de santé, impact négatif sur la santé publique des femmes et des minorités.
    • Conséquences mondiales : Réduction du soutien américain aux programmes internationaux de santé reproductive, affectant les efforts mondiaux en matière de planification familiale, de prévention des IST et de réduction de la mortalité maternelle, notamment dans les pays en développement.

 

En mai 2025, le New York Times révèle que l’administration a annulé 806 millions de dollars de subventions des NIH (Instituts nationaux de la santé) consacrées à la santé des minorités sexuelles. Parmi les projets abandonnés :

  • Une étude de 41 millions de dollars sur la prévention du VIH chez les jeunes (20 % des nouvelles infections aux États-Unis).
  • Des recherches sur les cancers et maladies cardiovasculaires touchant disproportionnellement les LGBTQ+.
  • Des travaux sur la santé maternelle des femmes lesbiennes ou bisexuelles.

Les NIH justifient ces annulations en invoquant un « réalignement des priorités », et critiquent les « catégories artificielles » comme l’identité de genre ou les « objectifs d’équité ». Des chercheurs comme Simon Rosser (Université du Minnesota) dénoncent une « bigoterie scientifique » créant une « hiérarchie entre patients ».

Résultat : des laboratoires ferment, des essais cliniques sont interrompus, et de jeunes scientifiques quittent le domaine.

 

Dernière minute… Au moment d’écrire ces lignes, le 7 mai : L’administration Trump annonce la suppression du financement fédéral pour la recherche sur la pollution spatiale, notamment celle liée aux satellites et fusées de SpaceX, une décision critiquée comme étant politiquement motivée pour protéger des alliés industriels

 

Des décisions de ce genre tombent presque tous les jours. Si Trump voulait saboter l’avenir de son pays et de l’occident, il ne s’y prendrait pas autrement. Mais cette folie orange et dérangée ne doit pas faire oublier les incohérences qui se jouent dans notre pays.

J’ai parlé en début d’émission des effets d’annonce sur la désinformation en santé couplée à des décisions absurdes qui financent les fausses médecines. On peut ajouter la dernière lubie de notre président :

Emmanuel Macron a lancé en grande pompe, le 5 mai 2025 à la Sorbonne, l’initiative « Choose Europe for Science », promettant 100 millions d’euros pour attirer des chercheurs étrangers, notamment américains, en France et en Europe. Cette opération séduction survient alors même que son gouvernement vient d’annoncer près de 500 millions d’euros de coupes supplémentaires dans le budget de la recherche publique française (source), s’ajoutant à une réduction d’un milliard d’euros déjà votée pour 2025. Cette contradiction, dénoncée par de nombreux acteurs du secteur, illustre l’hypocrisie du discours présidentiel : il vante l’attractivité scientifique de la France tout en affaiblissant concrètement ses moyens de recherche.

 

Les progrès fulgurants que nous avons connu au cours des décennies passées ont été le fruit d’investissements massifs dans la recherche et l’éducation. Nous vivons dans une civilisation de la connaissance qui permet de vivre vieux, en bonne santé, librement, dans le confort. Les évènements actuels vont peut-être faire de cet état avancé de notre civilisation une parenthèse avant une chute où personne n’a rien à gagner.

 

Comme moi, vous avez des yeux et des oreilles, et vous constatez que Donald Trump a considérablement affaibli les Etats-Unis, chamboulé l’ordre du monde, sapé l’économie occidentale, torpillé le droit international qui garantit les frontières et la sécurité des citoyens vivant près des régimes autoritaires, et qu’il s’est rangé du côté de Vladimir Poutine dans sa guerre d’invasion de l’Ukraine en trahissant tous ses alliés. Ça faut beaucoup.

Et cela invite beaucoup de gens à se demander s’il n’agit pas en service commandé par Poutine. Bien sûr le fait que ce soit un homme stupide, borné, cupide, inculte, instable et mégalo rend improbable l’hypothèse qu’il soit un puisant stratège sous couverture… Néanmoins examinons les faits. Vous verrez qu’ils sont troublants.

 

En 2025, des anciens agents du KGB (comme Iouri Shvets) affirment que Trump aurait été recruté sous le nom de code « Krasnov » lors de son voyage de 1987 à Moscou[1].

Trump ne serait pas un espion russe, mais ce qu’on appelle un « asset » : Un espion est un agent professionnel recruté et formé par un service de renseignement pour mener des opérations clandestines, tandis qu’un asset (ou source) est une personne extérieure exploitée ou manipulée pour fournir des informations ou rendre des services sans faire officiellement partie du service. L’espion dirige ou utilise des assets pour obtenir des renseignements auxquels il n’a pas directement accès.

Venons-en à notre histoire.

 

1. Premier contact documenté avec l’Union soviétique (années 1980)

En 1987, Donald Trump visite Moscou à l’invitation du gouvernement soviétique. Cette visite, officiellement motivée par des projets immobiliers, aurait été organisée par l’organisation Intourist, souvent utilisée comme vitrine du KGB pour encadrer les visiteurs étrangers jugés “intéressants”.

Contexte : À l’époque, le KGB repérait activement des personnalités étrangères influençables, ambitieuses, narcissiques, ou vulnérables, susceptibles de servir les intérêts soviétiques, selon plusieurs anciens agents de la Stasi et du KGB.

 

2. Le profil psychologique de Trump comme cible idéale

Selon Yuri Shvets, ancien officier du KGB basé à Washington, Trump aurait été identifié dès les années 1980 comme un « useful idiot » (idiot utile) — une personne influente facilement manipulable sans nécessairement être consciente de jouer un rôle pour le compte d’une puissance étrangère. Ce fait est rapporté dans : “American Kompromat” de Craig Unger, qui s’appuie notamment sur des témoignages d’anciens agents soviétiques.

La STB (sécurité d’État tchécoslovaque) le décrit alors comme « susceptible de fournir de l’information de valeur et d’influencer la politique »[2]

 

3. Réseaux financiers troubles dans les années 1990–2000

Après plusieurs faillites retentissantes, la survie financière de l’empire Trump semble de plus en plus dépendre d’investissements étrangers, dont beaucoup passent par des circuits opaques.

En 2008, Donald Trump Jr. déclare : « Nous voyons beaucoup d’argent affluer de Russie dans nos projets immobiliers. » Le projet de Trump Tower à Moscou (réactivé à plusieurs reprises jusqu’en 2016) fait l’objet de négociations avancées, y compris pendant la campagne présidentielle, ce que Trump a longtemps nié avant que cela ne soit révélé par Michael Cohen. Plusieurs figures proches de Trump (Manafort, Flynn, Page, Stone) ont des connexions avérées ou suspectes avec la Russie ou ses alliés. Des liquidités suspectes issues de la mafia russe auraient également soutenu ses casinos en difficulté

 

4. Les relations avec des oligarques russes

Trump a entretenu des liens financiers avec des oligarques proches du Kremlin, notamment par le biais de ventes d’appartements de luxe, parfois à des prix anormalement élevés, ce qui pourrait évoquer du blanchiment. Felix Sater, ancien associé de Trump, est un ancien criminel et informateur du FBI avec des connexions russes. Il a tenté de négocier un projet de Trump Tower à Moscou pendant la campagne présidentielle de 2016.

 

5. La campagne de 2016 et l’ingérence russe

Le rapport du procureur spécial Robert Mueller n’a pas trouvé de preuve de collusion formelle, mais a révélé des contacts multiples et répétés entre des membres de l’équipe de Trump et des responsables russes[3]. Le rapport confirme que le GRU (renseignement militaire russe) a piraté les emails du Parti démocrate[4]. Il confirme également que l’Internet Research Agency (liée à Evgueni Prigojine) a mené une campagne de désinformation pro-Trump sur les réseaux sociaux[5].

Paul Manafort, directeur de campagne de Trump, a transmis des données internes de sondages à Konstantin Kilimnik, soupçonné d’être un agent du renseignement russe[6]. La Russie a clairement favorisé Trump via des cyber-opérations (piratage du DNC, propagande sur les réseaux sociaux via l’Internet Research Agency) : le piratage du DNC, les fuites de Wikileaks, l’affaire Trump Tower Meeting (2016) avec Natalia Veselnitskaya, sont autant de points qui renforcent un faisceau de présomptions.

 

6. Comportement de Trump vis-à-vis de Poutine

Trump adopte un langage inhabituellement conciliant envers la Russie qu’il invite à dévoiler des ‘preuves’ contre son adversaire Killary Clinton (« Russia, if you’re listening… »). Il refuse de critiquer Poutine publiquement, il remet en cause l’OTAN, etc. Trump a tenté à plusieurs reprises de minimiser le rôle de la Russie dans des affaires d’espionnage ou de piratage. Lors du sommet d’Helsinki (2018), Trump semble publiquement prendre le parti de Poutine contre les services américains, ce qui a été considéré comme sans précédent. Il a tenté à plusieurs reprises d’affaiblir ou de désengager les États-Unis de l’OTAN — un objectif stratégique majeur du Kremlin.

 

On a donc de très nombreux éléments à faire valoir pour étayer l’idée d’un Donald Trump asservi, d’une manière ou d’une autre, aux intérêts de Poutine. Mais prenons du recul.

 

Attention : pourquoi ce faisceau d’indices ne suffit pas

Bien que ces faits soient authentiques et vérifiables, plusieurs mises en garde s’imposent, parce que le soupçon peut nous amener à surinterpréter des faits ambigus pour qu’ils s’ajustent à une trame narrative déjà séduisante. En adhérant à cette histoire, nous pourrions être victime de biais d’intentionnalité, de biais de conjonction et surtout de biais de confirmation

 

  1. Corrélation n’est pas causalité

Être approché par l’URSS en 1987 ne fait pas automatiquement de quelqu’un un « asset » – cela peut être une tentative avortée ou une simple curiosité mutuelle. Le fait de bénéficier de capitaux russes dans les années 2000 n’est pas unique à Trump ; c’est courant dans le marché immobilier de luxe, particulièrement à New York.

  1. Les faits peuvent être interprétés à travers des biais

Si l’on veut voir une influence russe, on va surinterpréter chaque fait en ce sens (biais de confirmation). Le récit fonctionne parce qu’il est psychologiquement attractif : il propose un agent double, un complot bien ficelé, une longue manipulation… C’est séduisant narrativement.

Beaucoup de ces faits sont également compatibles avec des motivations purement financières, égotistes ou opportunistes, sans connotation d’espionnage ou de loyauté cachée envers la Russie.

  1. Le « manque de preuve » devient parfois preuve en soi

Certaines théories affirment que le manque de preuve formelle est en soi une preuve que l’affaire est bien dissimulée — c’est un piège typique des raisonnements complotistes.

  1. Les enquêtes officielles ne corroborent pas la thèse

Ni le FBI, ni la CIA, ni le rapport Mueller, ni le Sénat américain (rapport bipartisan de 2020) ne concluent à une preuve d’ »asset » contrôlé par la Russie. Des liens, des influences, des interférences – oui. Un statut d’agent ou d’actif ? Non.

 

 

Prudence : l’alternative est féconde

La thèse selon laquelle Donald Trump est un asset russe actif ou passif depuis 40 ans n’est pas absurde, mais elle n’est pas prouvée. Elle repose sur un faisceau d’indices, parfois intrigants, parfois ambigus, mais qui ne permettent pas de conclure de manière rigoureuse et définitive.

Sur la base de ce dont nous sommes certaines quelle est la probabilité que Trump soit un asset russe ? Plutôt faible en réalité. Pourquoi ?

Parce qu’on peut analyse les faits énumérés à la lumière d’une autre lecture, celle du capitalisme sans foi ni loi.

L’URSS de Gorbatchev (1985-1991) cherchait à attirer des hommes d’affaires occidentaux dans un cadre de glasnost économique. Trump n’était pas seul : d’autres entrepreneurs et célébrités ont reçu le même traitement (notamment des figures comme Armand Hammer ou le magnat immobilier Robert Tishman). Après la chute de l’URSS, une vaste partie de l’élite russe cherchait à recycler son argent à l’étranger, surtout dans l’immobilier à Miami, New York ou Londres. Trump a bénéficié de cette manne comme d’autres (Rudin, Related Group, etc.). Il n’y a pas besoin de complot — le capitalisme mondial suffit.

Trump flatte les autocrates (Poutine, Kim Jong-un, Xi) c’est vrai. Et apparemment parce qu’il respecte la force et le pouvoir personnel — pas spécifiquement parce qu’il est contrôlé. De plus, il s’oppose fréquemment à la CIA, au FBI, à l’armée — toutes institutions qui remettent en cause son autorité. Cela s’explique sans doute aussi bien par sa psychologie que par un contrôle extérieur.

Quand au cercle qui l’entoure et qui semble être infiltré par des hommes proches des intérêts russes, on peut plaider le « qui se ressemble s’assemble ». Trump a attiré des opportunistes ayant eux-mêmes des liens russes (Manafort, Flynn, etc.) parce qu’ils servaient ses ambitions politiques ou immobilières.

Aucun de ces personnages n’a été condamné pour trahison ou espionnage. Ils ont été sanctionnés pour mensonges, fraudes, ou lobbying non déclaré. Cela ressemble davantage à une culture d’opacité et de corruption, plutôt qu’un réseau d’agents coordonnés.

 

Le meilleur argument est peut-être ce que n’ont pas dit les ennemis politiques de Trump.

Aucun rapport officiel, même ceux initiés par ses opposants, n’a conclu qu’il était un « asset ».

  • Le rapport Mueller ne conclut pas à une collusion.
  • Le rapport du Sénat (bipartisan) de 2020, bien qu’il reconnaisse des « liens profonds » avec des acteurs russes, ne va pas jusqu’à affirmer une relation agent-active.
  • Hillary Clinton, Adam Schiff, Nancy Pelosi ou d’autres figures majeures du Parti démocrate ont critiqué Trump violemment — mais jamais en le traitant d’espion.

Les services de renseignement américains (CIA, NSA, FBI) n’ont jamais produit de note concluant qu’il était un agent contrôlé ou recruté. Ce silence indique que l’accusation ne tient pas juridiquement ou empiriquement — même pour ses adversaires.

 

Conclusion

La thèse d’un Trump « asset russe » est séduisante narrativement car elle offre une explication simple et cohérente à des faits complexes et parfois dérangeants. C’est une forme de récit complotiste qui, malgré l’absence de preuve solide, persiste dans le débat public. Mais elle échoue à passer le test de parcimonie : elle n’explique pas mieux les faits qu’un Trump vénal, narcissique, et politiquement opportuniste[7].

En somme, il est plausible, que Donald Trump ait été utilisé par la Russie comme agent d’influence — conscient ou non. Comme d’autres ont tenté de l’amadouer, de le flatter pour obtenir des faveurs. Mais la thèse selon laquelle il aurait été délibérément “recruté” par le KGB dans les années 1980 comme “asset” durable reste, aujourd’hui, hautement spéculative.

Oui, c’est un homme profondément malhonnête et corrompu, mais tous les malhonnêtes de la terre ne travaillent pas pour la Russie.

 


[1] https://fr.euronews.com/my-europe/2025/03/13/euroverify-donald-trump-a-t-il-ete-recrute-par-le-kgb-sous-le-nom-de-krasnov

[2] https://basta.media/Le-plan-des-Etats-Unis-pour-l-Ukraine-fruit-de-40-ans-d-histoire-entre-Trump-la-Russie-Poutine

[3] https://www.americanbar.org/news/abanews/aba-news-archives/2019/03/mueller-concludes-investigation/?utm_source=chatgpt.com

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ing%C3%A9rences_russes_dans_l’%C3%A9lection_pr%C3%A9sidentielle_am%C3%A9ricaine_de_2016

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_Russiagate

[6] https://www.businessinsider.com/paul-manafort-exclusive-interview-trump-campaign-polling-data-russia-kilimnik-2022-8?utm_source=chatgpt.com

[7] https://lvsl.fr/trump-est-a-la-solde-de-la-russie-retour-sur-une-theorie-conspirationniste-a-la-vie-dure/

Depuis le déclenchement de la pandémie, l’origine du SARS-CoV-2 reste discutée, et c’est un champ miné où s’entrecroisent politique, désinformation et passions collectives. Dernièrement, un nouveau chapitre s’est ouvert avec la publication d’un rapport de l’Académie nationale de médecine française, qui prend clairement position en faveur de l’hypothèse d’un accident de laboratoire à Wuhan, la présentant comme l’explication la plus vraisemblable, en citant notamment un communiqué de la CIA allant en ce sens, mais sans qu’aucune preuve directe ne vienne l’étayer. Cette affirmation marque une rupture dans le paysage scientifique français, jusque-là plus prudent.

Le lien vers ce rapport ne fonctionne plus au moment où j’écris ces lignes.

L’Académie évoque un « faisceau d’indices » : la proximité du Wuhan Institute of Virology (WIV), les travaux menés sur des coronavirus proches du SARS-CoV-2, et certaines zones d’ombre dans la chronologie des événements. Elle appelle à ne pas disqualifier cette hypothèse, tout en recommandant de renforcer la biosécurité des laboratoires et la surveillance des zoonoses. Ce sont là des propositions prudentes, mais leur réception a provoqué des rodomontades dans les milieux qui sachaient la vérité avant tout le monde.

Notons déjà que des voix scientifiques se sont élevées contre ce rapport, le qualifiant d’« indigent scientifiquement », selon Florence Débarre (CNRS), qui souligne l’absence de données nouvelles et le manque de rigueur dans l’évaluation des sources. Car malgré les années de recherche, aucune preuve directe ne vient appuyer la thèse du laboratoire. Malgré la prise de position de l’Académie, le consensus scientifique international — certes moins unanime qu’à l’origine — continue de privilégier l’hypothèse d’une émergence naturelle via un hôte intermédiaire. C’est l’explication jugée la plus probable par la majorité des chercheurs dans le domaine, en raison de la similarité avec les précédentes émergences de coronavirus (SARS-CoV-1, MERS), et en l’absence de preuve directe venant accréditer la thèse d’un accident de laboratoire.

 

Une question de confiance

Mais au-delà du fond scientifique, ce débat reflète une tension plus profonde. Le manque de transparence des autorités chinoises a alimenté les soupçons, tout comme les obstacles aux enquêtes indépendantes. Par ailleurs, la politisation de l’hypothèse du laboratoire – notamment aux États-Unis où elle a été instrumentalisée dans des discours partisans – a radicalisé les positions. Les réseaux sociaux, quant à eux, ont servi de caisse de résonance à des récits extrêmes, entre confusion volontaire et recherche de bouc émissaire.

C’est dans cette zone grise que prospèrent les récits complotistes. Très tôt, des théories infondées ont circulé : virus conçu comme arme biologique, libéré délibérément, voire monté de toutes pièces par des élites occultes. Ces narrations jouent sur la défiance envers les institutions et exploitent les zones d’incertitude pour tisser des récits simples, séduisants, mais totalement fallacieux. Nous devons donc veiller à être prudent face aux inévitables « les complotistes avaient raison depuis le début ! » qui jaillissent depuis la publication de ce rapport, comme à chaque information plus ou moins corroborée allant un tant soit peu dans le sens de l’un des innombrables récits alternatifs qui ont leurs faveurs.

Soyons clairs : une hypothèse scientifique, même controversée, doit pouvoir être explorée. Mais elle doit l’être avec méthode, transparence, et sans céder à la tentation du sensationnalisme. Ce que réclame ici la prudence épistémique, c’est la reconnaissance de l’incertitude comme composante inhérente à la démarche scientifique – et non comme un vide à combler par des convictions ou des récits préfabriqués. L’approche zététique – scepticisme méthodique, évaluation critique des sources, refus de tirer des conclusions prématurées – s’impose comme boussole. Elle permet de ne pas confondre le doute rationnel avec la suspicion paranoïaque. L’hypothèse d’un accident de laboratoire ne doit ni être diabolisée, ni érigée en vérité alternative à défaut de mieux. À l’inverse, refuser de l’examiner sous prétexte qu’elle alimente des théories extrêmes serait une erreur tout aussi grave (et naturellement certains sont prompts à accuser les autres d’avoir fait cette erreur… mais ils sont moins diligents pour prouver que tel fut le cas)

 

La vérité ?

En somme : le virus vient-il d’un laboratoire ? C’est possible, mais toujours pas prouvé. Les complotistes ont-ils aidé à la manifestation de la vérité ? Non. Ils ont sécrété leurs soupçons et leurs accusations sans jamais travailler à tester leurs hypothèses. Les complotistes concluaient sans savoir à une origine humaine parce qu’ils sont constamment en train de produire des narratifs désignant des organisations coupables de sombres desseins et de méfaits perpétrés sur commande. Les horloges cassées donnent l’heure exacte deux fois par jour : les complotistes, en imaginant des coupables organisations derrière tous les drames, ne peuvent pas manquer d’avoir raison de temps à autres. Voltaire savait que « les astrologues ne sauraient avoir le privilège de se tromper toujours ».

L’hypothèse du virus sorti d’un laboratoire de Wuhan doit être retenue comme possible aussi longtemps que les vérifications qui permettraient de l’écarter ne pourront être réalisées, notamment à cause de l’opacité des autorités chinoises. Mais prétendre que c’est la vérité et qu’on le savait depuis le début, c’est-à-dire au moment où de telles affirmations étaient faites sans aucune bonne raison, c’est manquer d’esprit critique.

 

Quelques références

 

Derrière les mots des hommes puissants se jouent des rapports de force qui peuvent transformer le monde.

JD Vance avait annoncé que les universités était l’ennemi (du trumpisme), et les universités sont actuellement martyrisées afin d’être mises au pas, alignées avec le pouvoir. Les universités américaines sont en ce moment même le théâtre d’une lutte pour l’avenir de la liberté académique à l’échelle mondiale…

Et Elon Musk, tout dernièrement, dans une interview (Voir ici), explique que l’empathie est la plus grande faiblesse de l’Occident, qu’elle aurait été instrumentalisée pour détruire notre civilisation.
Si cette attaque contre l’empathie se répète, elle deviendra une stratégie. Nous allons voir des incels, des simp, les suprémacistes et autres catégories de personnes rendant un culte aux milliardaires et prédateurs de l’espèce humaine, transformer le mot « empathie » en une insulte, une infâmie, une marque de faiblesse et de trahison. Et cela a des chances de fonctionner, car empoisonner les mots est une compétence diablement efficace quand le camp d’en face a des obsessions de pureté.

Une fois rendue odieuse l’idée d’être conscient des inégalités (c’est ça, en réalité le « wokisme », au départ), on peut s’attaquer à l’empathie elle-même afin d’annihiler à l’avance toute contestation d’un exercice du pouvoir autoritaire qui maltraite les gens, écrase les compétiteurs, se moque des différences et efface les minorités.

 

En 2018, John Cleese avait réagi au mot « Snowflake » (flocon de neige) utilisé pour moquer la soi-disant fragilité des défenseurs des droits des opprimés, en disant ceci « J’ai déjà entendu ce mot. Je crois que des sociopathes l’utilisent pour essayer de discréditer la notion d’empathie ». 7 ans plus tard, nous entrons peut-être dans la phase explicite de l’assaut contre cette valeur humaniste.

Et nous nous retrouverons devant une situation similaire au « paradoxe de la tolérance » … Comment pourrons-nous défendre l’exigence du respect de l’autre, l’écoute, la prise en compte de son ressenti (bref : l’empathie indispensable pour une vie en société constructive) face à des gens qui prônent la négation de cette valeur ?

Nous allons avoir besoin de beaucoup d’énergie, bien canalisée, pour ramener de la rationalité et une capacité à s’écouter. Cela passera par l’effort presque surhumain de ne pas essentialiser des ‘ennemis’ et la capacité à voir d’abord ce qui nous rassemble, ce qui peut être fait ensemble.

 

Acermendax

Connais tes biais

Les biais de confirmation sont désormais assez bien connus. Beaucoup de gens ont entendu les explications des psychologues qui nous disent que nous avons tendance à valider plus vite et plus fort des informations qui vont dans le sens de nos croyances / préférences préalables.

Ces biais de confirmation jouent dans les phénomènes de radicalisation, car face à un même phénomène des camps opposés feront des interprétations contrastées auxquelles les membres vont adhérer préférentiellement, quand bien même ils feraient l’effort de vérifier un peu les faits. Nous sommes des êtres biaisés, c’est comme ça. Et parfois nous en sommes fiers et affichons bruyamment nos appartenance à des groupes d’opinion au sein desquels il n’est guère possible de remettre en question un substrat de représentations que le groupe juge nécessaires à son action, voire à son existence.

L’un des effets les plus connus est l’effet d’endogroupe. Le membre du groupe A aura un jugement plus positif, plus indulgent envers un autre membre du même groupe que pour un membre d’un groupe antagoniste ou simplement extérieur, alors même que les deux individus ont dit ou fait exactement la même chose. C’est l’un des ferments du communautarisme, des chauvinismes et in fine des racismes les plus débridés.

Enfin, les études sur le biais de confirmation ont mis en évidence une chose cruciale en lien avec l’erreur fondamentale d’attribution, notre tendance à attribuer aux réussites ou aux échecs des individus une causalité interne, des raisons liées à leurs qualités ou à leurs défauts alors même que des données contextuelles pourraient mieux expliquer ce résultat (on parle aussi de biais d’internalité).

Je mets en exergue cette petite et précieuse parcelle de connaissance pour rappeler que pour traquer des erreurs de raisonnement, des défauts, des failles dans la vision des choses du groupe A, les adhérents à ce groupe sont moins performants que les membres du groupe B, plutôt antagoniste et critique du groupe A.

Le fait d’appartenir à un groupe réduit notre compétence à critiquer ce qui mérite d’être critiqué dans le groupe, et rend le regard du groupe B plus pertinent pour repérer des faiblesses et les erreurs. C’est pourquoi on conseille généralement d’éviter les bulles de filtrage et de rester ouvert (mais critique) aux informations venant de divers horizons.

[Attention, le groupe B peut évidemment avoir des défauts bien plus graves, et leur jugement peut-être affecté par des biais d’hostilité, ne faisons pas comme si ce genre de chose était simple et binaire]

Maintenant que vous avez bien lu ce qui précède, je vais tenter l’exercice périlleux de la critique de mon camp en prenant le parti de l’empathie cognitive.

 

« L’ennemi est bête. Il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui » Pierre Desproges

Tout récemment Jean-Marie Le Pen est mort. Cet homme représentait et incarnait une idéologie de la haine, de la violence, du repli sur soi, il défendait une vision du monde aux antipodes de l’humanisme, à l’opposé de ce qu’exigent mes propres valeurs. Il allait jusqu’à défendre le troisième Reich, et à considérer comme un détail le plan d’extermination de la Solution Finale. Quand un type pareil casse sa pipe, je me dis « bon débarras ».

À l’annonce de sa mort, les réactions ont éclipsé dans les médias les hommages aux victimes des attentats du 7 janvier 2015, et ça ressemble à une ultime victoire pour le borgne. Dommage. Mais j’ai aussi assisté à des réjouissances. Des dizaines de milliers de personnes ont exulté et ont organisé de drôles de fêtes où il s’agissait de crier sa haine pour un macchabée et de célébrer une sorte de victoire.

C’est là que j’emprunte l’œil adverse du groupe B et que j’essaie de faire preuve d’empathie cognitive pour me demander à quoi ressemble une chose pareille vue du camp d’en face.

Depuis l’exogroupe, on observe des gens qui considèrent que la mort d’un quasi-centenaire diminué est une victoire. On voit aussi une haine décomplexée s’exprimer un peu partout et revendiquer le droit aux pires outrances et l’oubli des principes du respect dû aux individus. Je pose ça là pour que vous en fassiez ce que vous voulez.

Je ne sais pas quelle est la « bonne » réaction à la mort d’un tel personnage. Il faut rappeler, sûrement ses méfaits pour ne pas se laisser engourdir par la tentation de l’oubli iréniste. Mais répondre à la haine par la haine ? J’ai un doute. Bien sûr, on doit dénoncer l’hypocrisie des politiques qui « saluent » l’œuvre et le parcours d’un ennemi des valeurs républicaines. Et bien sûr, je respecte la joie non feinte de celles et ceux qui ont dû subir les discours de haine de Le Pen pendant des décennies (et ses conséquences !) et tiennent enfin la certitude d’en être débarrassés. Mais l’extrême droite n’est pas morte avec JMLP, elle est à l’Assemblée Nationale, aux portes du pouvoir ! Quelle étrange liesse s’accorde-t-on.

L’empathie cognitive à laquelle je vous invite consiste simplement à se demander le jugement que nous porterions, nous-même, sur tout cela si le mort était de notre camp (avec son parcours discutable, ses outrances, son passé trouble… mais tout de même de notre camp, quoi). Je pense que les manifestations de joie haineuse ne nous inciteraient pas à faire un pas vers l’autre, mais au contraire alimenteraient nos propres biais de confirmation. Il y a sans doute des gens que toute cette allégresse revancharde va pousser dans des idées plus radicales et plus noire. Parce que c’est humain.

Je ne jette la pierre à personne, je compatis aux émotions sincères que chacun ressent, mais je suis inquiet de la dynamique sous-jacente. Se réjouir aussi fort de la mort d’un ennemi idéologique, déjà emporté par la vieillesse, est-il digne de soi ? Nous avons sans doute mieux à faire.

 

Acermendax

Quelques références

Biais de confirmation

– Nickerson, R. S. (1998). Confirmation bias: A ubiquitous phenomenon in many guises. Review of General Psychology, 2(2), 175-220.

Effet d’endogroupe et identité sociale

– Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An integrative theory of intergroup conflict. In W. G. Austin & S. Worchel (Eds.), The Social Psychology of Intergroup Relations (pp. 33-47).

– Hewstone, M., Rubin, M., & Willis, H. (2002). Intergroup bias. Annual Review of Psychology, 53, 575-604.

– Pettigrew, T. F., & Tropp, L. R. (2006). A meta-analytic test of intergroup contact theory. Journal of Personality and Social Psychology, 90(5), 751-783.

 

Erreur fondamentale d’attribution

– Ross, L. (1977). The intuitive psychologist and his shortcomings: Distortions in the attribution process. Advances in Experimental Social Psychology, 10, 173-220.

 

Polarisation et radicalisation

– Sunstein, C. R. (2002). The law of group polarization. Journal of Political Philosophy, 10(2), 175-195.

– McCauley, C., & Moskalenko, S. (2008). Mechanisms of political radicalization: Pathways toward terrorism. Terrorism and Political Violence, 20(3), 415-433.

 

Empathie et prise de perspective

– Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113-126.

– Batson, C. D., & Ahmad, N. Y. (2009). Using empathy to improve intergroup attitudes and relations. Social Issues and Policy Review, 3(1), 141-177.

– Zaki, J. (2019). The War for Kindness: Building Empathy in a Fractured World. Crown Publishing Group.

Dans le cadre de mon débat du 9 décembre 2024 avec Ousmane TIMERA, je me suis penché sur les prétentions des islamologues qui vénèrent le texte du coran en lui-même en ce qu’il serait incréé et parfait : divin.

Pour les besoins du débat, je ne pouvais me contenter de lancer le défi « Prouvez-moi que ce texte est divin » et laisser à mon interlocuteur tout le loisir de nous promener dans un prêche interminable. J’ai donc choisi de proposer des critères qui seraient testables afin de mettre le texte à l’épreuve. Le cadre du débat ne m’a pas permis d’aborder tous les points que je voulais traiter. La vidéo du débat vous permettra de constater que la conversation n’a pas été fluide, je n’ai jamais obtenu aucune réponse à mes questions. C’est pourquoi, je crois donc avoir été judicieux dans mon choix de réaliser une sorte de démonstration, de débunkage en présentant une manière de défendre le Coran et sa confrontation au réel.

Voici le document de travail que j’avais sous les yeux pendant la deuxième partie du débat.

 

Transition — de Dieu au texte

 

Il existe beaucoup de raisons, de motifs, de mobile pour croire en Dieu. Ces raisons se cachent dans l’histoire de l’espèce humaine, dans la sélection de biais cognitifs qui nous conduisent à percevoir des choses qui ne sont pas là, comme par exemple un visage dans un nuage : ça n’arrive pas par hasard. Il existe des explications anthropologique, sociologiques sur le besoin de codifier les rapports humains, d’établir une autorité pour garantir des rapports pacifiés. Et puis le temps et la culture ont façonné des récits qui mélangent tout un tas d’explications, et qui fournissent aux humains une carte mentale qui leur permet de se situer par rapport aux autres. Le résultat c’est la présence de la croyance en Dieu dans quasiment toutes les cultures. Et ces raisons n’ont rien à voir avec les arguments apologétiques rencontrés dans ce genre de débat, parce que les apports des sciences sociales et psychologiques dérangent profondément les théologiens et les apologètes : ils ont un intérêt très net à les ignorer.

 

La science ne rapproche pas de Dieu, les statistiques sont claires. Mais on peut très bien avoir en soi un sentiment, un élan, quelque chose qui incite à croire en une forme de transcendance. C’est très humain et ça ne pose aucun problème. Les athées ne devraient pas avoir vocation à interdire aux gens de croire. Mais le débat de ce soir ne porte pas sur un sentiment intime de connexion à une entité inaccessible et inconnue, nous discutons de la possibilité que l’Islam dise la vérité, ce qui a des conséquences bien plus profondes, plus graves, que la simple croyance déiste en un créateur.

Cela implique que Dieu existe (alors même que dans toutes nos connaissances, rien ne l’indique, rien ne le prouve) mais il faut encore que les anges existent. Il faut que l’enfer existe. Il faut que Dieu ait choisi de parler à des prophètes tout en se cachant aux yeux des autres. Il faut que Dieu ait choisi que sa parole soit découverte, diffusée et comprise à travers un texte : le Coran, révélé en plein désert à un homme illettré qui va devenir gourou et seigneur de guerre ; un texte réputé définitif, indépassable, valable jusqu’à la fin des temps, un texte parfait, inimitable, car divin.

 

C’est notre deuxième thème : le coran est-il divin ?

D’emblée je suis face à une difficulté, car je ne sais pas définir ce qui serait divin, je ne manipule pas de tels concepts dans mon paradigme. Mais je ne suis pas venu pour refuser de débattre, alors je pense qu’il faut se référer aux critères que le coran fournit lui-même. Si le coran est divin, il doit être parfait, inimitable et ne contenir aucune erreur. Le coran le dit lui-même !

En tout logique la proposition « Le coran est divin » est réfutée à la seconde où l’on y trouve un passage qui montre une imperfection. On peut très bien admettre, si l’on veut, qu’il existe dans ce texte des passages formidables, superbes, plus beaux que tout ce qui a été écrit. Si en même temps on trouve une incohérence, une erreur, ou même un passage inutile, alors nous ne sommes plus en présence d’un texte parfait. Or, sans suspense, en termes d’imperfection on pourrait faire des listes à la Prévert : esclavage, guerre sainte, maltraitance des femmes, mariage des petites filles, récits de miracles farfelus, versets sataniques, versets abrogés après la mort du prophète, etc. La plupart des non-croyants voient sans aucune difficulté toutes ces imperfections, mais c’est difficile quand on commence par croire, quand on est élevé dans la foi, d’accepter de faire marcher son esprit critique. C’est normal de trouver insupportable que quelqu’un comme moi se permette de pointer du doigt ces gros problèmes. Mais quand on est adulte, il faut faire avec.

 

Pour tester l’hypothèse « le coran est divin », on pourra chercher des erreurs et incohérences, ce sera l‘objet de la discussion, mais je vais faire plus que cela : je vais vous dire, ce que j’attends, moi, d’un texte divin, donc émanant d’une entité omnisciente, toue puissante et infiniment bonne.

Voici mes critères

  • La clarté — Le texte divin met son lecteur dans l’impossibilité de le comprendre de travers et de l’utiliser pour faire le mal. Il ne contient pas de verset équivoque. Il commande les croyants à être attentifs au bien-être de chaque être sensible, par exemple.
  • La préscience — Le texte divin contient de manière explicite (et claire !) des informations impossibles à connaître au moment de sa rédaction. (Je peux développer)
  • L’universalisme — Le texte divin parle à tout le monde, il est accessible sans intermédiaire, compréhensible sans chef spirituel, résistant aux erreurs de traduction.
  • La force — Le texte divin n’a besoin d’être défendu par personne, car il sait convaincre le lecteur par lui-même. (Les grands romans savent faire ça très bien)
  • L’amour — Le texte divin ne contient pas des phrases expliquant que Dieu a lui-même fermé le cœur ou les yeux des mécréants pour les empêcher de croire, ce qui implique qu’ils ne sont pas responsables de leur incroyance, tout en promettent quand même de les envoyer dans le feu et en autorisant à les tuer s’ils ne se soumettent pas.
  • L’amour, encore — Le texte divin ne codifie pas les châtiments corporels et les mises à morts des humains que son texte échoue à convaincre.*
    • [Lors du débat, ici j’ai parlé du châtiment mortel infligé aux homosexuels qui n’est pas explicitement écrit dans le Coran, même s’il est consensuel parmi les islamologues et pratiqué quand règne la charia. Je fait cette modification pour en revenir au texte du Coran et à rien d’autre, c’est l’objet du débat]
  • L’amour, une fois de plus — Le texte divin ne fait pas des femmes des êtres inférieurs, soumis aux hommes, et qu’on peut frapper et épouser sans leur consentement dès l’âge de 6 ans.
  • L’amour et la bonté, toujours — Le texte divin ne multiplie pas les menaces contre les incroyants, et même contre les croyants en répétant environ 70 fois « craignez Allah ».

Ce sont quelques exemples. Bien sûr, je ne saurais écrire, moi-même, un texte parfait. Mais comme presque tout le monde, je sais reconnaître un texte imparfait.

 

L’hypothèse gourou

Le Coran est un texte qui contient exactement les connaissances disponibles au moment où il a été inventé par des humains au 7e siècle. C’est d’une grande banalité : aucune phrase n’aurait pas pu être prononcée par un contemporain quelconque du prophète. Aucune découverte scientifique n’a été faite en lisant le Coran. Mais quand les découvertes sont faites il devient très facile de réinterpréter un passage et de scander que tout était déjà écrit dans le Coran comme d’autres croient aux prophéties de Nostradamus. C’est le même niveau de ridicule.

Le Coran, est le texte d’un gourou qui exige l’obéissance, qui fait la guerre, qui rançonne, qui aime l’argent, qui exécute ou ordonne qu’on tue ses ennemis, qui revendique de posséder des femmes, qui justifie qu’on épouse des petites filles. C’est un texte qui contient des fables ridicules comme le miracle de la lune fendue par Mohammed et qui codifie ce que vous devez faire avec vos esclaves sans jamais à aucun moment énoncer le commandement qu’il ne faut pas posséder un autre humain. Le coran pense à interdire la viande de porc, mais pas l’esclavage. C’est un texte dont la version actuelle n’est pas celle qui existait du temps du prophète. Comme tous les textes religieux importants, il a été remanié au gré des besoins de ceux qui avaient le pouvoir de le modifier. (Je développerai ce point)

 

Le coran existe, c’est un recueil de textes qui remontent à 1400 ans. Et l’objet de notre débat est de comparer deux hypothèses :

  1. C’est un texte incréé (quoi que cela puisse vouloir dire) descendu directement du Créateur de l’Univers via l’ange Jibril ; il est parfait et doit régir la vie de tous les hommes sur Terre. Un texte divin.
  2. C’est un texte religieux comme il en existe des centaines, construit par un chef spirituel au gré de ses besoins, avec une période paisible et une période guerrière dont les versets sanglants abrogent malheureusement les versets pacifiques qui les ont précédés ; le texte ne contient rien de plus que ce que les hommes de cette époque savaient sur le monde ;  sa moralité périmée est celle du 6e siècle. Un texte humain.

Après 1400 de présence sur Terre, le Coran n’a toujours pas convaincu la grande majorité des humains. C’est parfaitement cohérent avec l’hypothèse d’un texte humain Si vous croyez à un texte divin, vous devez conclure que Dieu n’a pas su adapter son message aux créatures auxquelles il était destiné. Le texte divin qu’on a imposé essentiellement par la guerre, n’est pas convaincant. Allah a échoué à convaincre ses lecteurs ; cela rappelle le principe du peer reviewing en science : quand votre texte n’est pas convaincant, il est rejeté.

 

C’est la fin du texte par lequel je présentais la thèse sceptique / naturaliste / rationaliste / humaniste dans laquelle je me reconnais. Ci-dessous vous trouverez les notes permettant d’illustrer, démontrer, développer cette thèse.

 

— Le Coran est-il inimitable ? —

L’une des idées les plus martelée par les apologètes de l’Islam, est la nature miraculeuse du Coran. Il est affirmé que ce texte ne peut pas avoir été écrit par un humain. On en veut pour preuve que le Coran contient plusieurs verset qui le revendiquent explicitement et mettent au défi les infidèles d’imiter le coran.

Coran 17:88: Dis: « Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s’ils se soutenaient les un les autres ». (Pré-hég. nº 39)

Coran 10:38: Ou bien ils disent: « Il l’a inventé? » Dis: « Composez donc une Sourate semblable à ceci, et appelez à votre aide n’importe qui vous pourrez, en dehors Dieu, si vous êtes véridiques ». (pré-hég. n°51)

Coran 11:13 : Où bien ils disent: « Il l’a forgé [le Coran] » – Dis: « Apportez donc dix Sourates semblables à ceci, forgées (par vous). Et appelez qui vous pourrez (pour vous aider), hormis Dieu, si vous êtes véridiques ». (Pré-hég. nº 52)

Coran 2:23 : Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors de Dieu, si vous êtes véridiques. (Post-Hég. nº 8i7)

 

Pour certains croyants, cette assertion suffit : c’est vrai puisque c’est dans le Coran. Aux islamologues qui entendent débattre de la question, il faudrait réussir à obtenir des réponses claires à ces questions simples : Comment décide-t-on si quelqu’un a réussi à « imiter le coran » ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Quels sont les critères ? Qui prononce le verdict ?

Je crois pouvoir mettre le monde entier au défi en affirmant que l’œuvre de Terry Pratchett est inimitable, que l’œuvre de des Bee Gees est inimitable, que l’œuvre de Cabu est inimitable. Si je ne donne aucun critère, et si je me réserve le droit de désigner les juges, le monde restera en échec.

Et pourtant il existe de vraies bonnes raisons de penser que le Coran est tout à fait imitable. Et les spécialistes le savent parfaitement.

 

Argument 1

L’un des scribes de Mohammed, chargés d’écrire les révélations du Coran, Abdallah Ibn Sa’ad Ibn Abî as-Sarh a commencé à douter de l’authenticité des révélations de Mohammed lorsqu’il a remarqué que le prophète acceptait ses suggestions de modifications des versets. L’incident le plus notable s’est produit lorsqu’Abdallah a complété un verset avec ses propres mots, que Mohammed a ensuite acceptés comme faisant partie de la révélation. Cette expérience a conduit Abdallah à renoncer à l’islam et à fuir à La Mecque, affirmant qu’il pouvait produire des révélations similaires à celles de Mohammed. On voit ici qu’il était possible d’imiter le Coran avant même qu’il soit terminé ! Cela fait donc bien longtemps que le défi a été relevé.

Et d’ailleurs, Mohammed le savait sans doute. C’est pour cela qu’il est répété plusieurs fois que toute imitation est impossible ; Mohammed avait besoin que cela soit dit et bien compris.

D’ailleurs, remarquez la suite de la Sourate 2, verset 23-24 : « Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques. Si vous n’y parvenez pas et, à coup sûr, vous n’y parviendrez jamais, parez-vous donc contre le feu qu’alimenteront les hommes et les pierres, lequel est réservé aux infidèles. »

À ceux qui tenteraient de relever le défi, le Coran de Mohammed explique qu’ils doivent s’attendre purement et simplement à une mise à mort. Pas très fairplay.

 

Argument 2 : Les versets sataniques

Selon la tradition, le prophète aurait récité des versets autorisant le culte d’autres divinités que Allah, avant de se rétracter en affirmant que ces versets lui avaient été inspirés par Satan. Cet incident aurait eu lieu alors que Mahomet tentait d’établir le monothéisme à La Mecque et faisait face à l’hostilité des polythéistes locaux

Cette histoire soulève plusieurs problèmes pour l’apologétique islamique. Elle montre que même Mahomet n’a pas pu distinguer immédiatement les paroles divines des paroles sataniques, remettant en question l’infaillibilité prophétique. Si le prophète lui-même a été trompé, cela implique qu’aucun lecteur ordinaire ne peut prétendre distinguer avec certitude les versets authentiques des versets potentiellement corrompus. Cet épisode contredit l’idée que le Coran est simple à comprendre et que son interprétation est aisée pour les savants religieux. Si même le prophète a pu être induit en erreur, comment des interprètes ultérieurs pourraient-ils prétendre à une compréhension parfaite ? L’incident remet en question la fiabilité du processus de révélation et de transmission du Coran, puisqu’il montre que des éléments non divins ont pu s’y glisser, même temporairement.

Nous constatons que pendant un certain temps le Coran a contenu des propos inspirés par le diable sans que personne ne les détecte et ne les dénonce. Ni Mohammed ni les croyants, n’ont fait la différence. Ces versets étaient une imitation.

 

Argument 3 : Des sourates bien imitées ou un Coran falsifié ?

Selon certaines sources chiites, deux sourates auraient été supprimées du Coran officiel :

  1. La sourate « Al-Wilaya » (L’Autorité) :
    Cette sourate aurait fait explicitement référence à Ali et à son statut de successeur légitime de Mahomet. Elle aurait mentionné l’autorité divine accordée à Ali et à sa descendance.
  2. La sourate « An-Nurayn » (Les Deux Lumières) :
    Cette sourate aurait fait référence à Mahomet et Ali comme étant les « deux lumières ». Elle aurait également mentionné l’engagement envers Ali et les conséquences de ne pas le respecter.

Ces allégations sont principalement rapportées dans des ouvrages chiites anciens, notamment :

  • Le livre « Fasl al-khitab fi tahrif kitab rabb al-arbab » de Mirza Houssayn Muhammad Taqui an-Nouri at-Tabrassi (mort en 1320 H).
  • Le « Dabistan Madhahib » de Mulsin Fani al-Kashnirri.

 

Bien sûr, cette vision des choses est rejetée par les Sunnites : les passages contentieux concernent très précisément les désaccords entre chiites et sunnites. Et au sein même des chiites, le consensus ne règne pas. Néanmoins il s’agit d’une revendication soutenue par de très nombreux croyants dont je n’ai aucune raison de penser qu’ils sont de moins bons musulmans que les autres.

 

Il en résulte deux alternatives :

  • Deux sourates ont été si bien imitées que des islamologues, des spécialistes arabophones du coran sont convaincus qu’elles font partie du texte original.

Ou bien

  • Ces sourates sont vraies, mais ont été supprimées. Et alors nous nous retrouvons devant un Coran modifié par les hommes qui ne peut plus être considéré comme divin car on ne sait pas quelles autres changements lui ont été apportés.

Il faut donc choisir entre un Coran imité ou un Coran corrompu.

 

— Le Coran est pire qu’incohérent, il est injuste ! —

Le Coran contient plusieurs passages où Allah empêche les mécréants de croire, souvent accompagnés de menaces de punition. Voici les principaux :

Sourate 2, verset 7 : « Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles; et un voile épais leur couvre la vue; et pour eux il y aura un grand châtiment. »

Sourate 6, verset 25 : « Il en est parmi eux qui viennent t’écouter, cependant que Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, pour qu’ils ne comprennent pas, et une lourdeur dans leurs oreilles. Quand même ils verraient toutes sortes de preuves, ils n’y croiraient pas.  »

Sourate 7, verset 179 : « Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’Enfer. Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les insouciants. »

Sourate 17, verset 46 : « Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, de sorte qu’ils ne le comprennent pas: et dans leurs oreilles, une lourdeur. Et quand, dans le Coran, tu évoques Ton Seigneur l’Unique, ils tournent le dos par répulsion. »

Sourate 18, versets 100-102 : « Et ce jour-là Nous présenterons de près l’Enfer aux mécréants, dont les yeux étaient couverts d’un voile qui les empêchait de penser à Moi, et ils ne pouvaient rien entendre non plus. Ceux qui ont mécru, comptent-ils donc pouvoir prendre, pour alliés, Mes serviteurs en dehors de Moi? Nous avons préparé l’Enfer comme résidence pour les mécréants. »

Ces versets montrent qu’Allah lui-même empêche certains de croire en « scellant leurs cœurs » ou en mettant des « voiles » sur leurs cœurs et leurs oreilles, tout en promettant un châtiment sévère pour leur incroyance.

J’ai demandé à Ousmane TIMERA : « Admettons que j’ai le pouvoir de vous forcer à commettre un acte interdit. Une fois que vous l’avez fait, je vous punis sévèrement. Est-ce juste ? » Et je n’ai obtenu en réponse qu’une salade de mots, car mon interlocuteur est dans l’incapacité d’admettre que Dieu soit injuste.

 

— Le coran a été abrogé —

Le Coran se présente comme un texte immuable et éternel, incréé, destiné à guider l’humanité depuis sa révélation jusqu’à la fin des temps, couvrant ainsi toutes les époques de l’histoire humaine. Toute abrogation est alors illogique. On ne peut envisager qu’il soit abrogé par les hommes, bien sûr, ni même par Dieu qui est omniscient et qui a des ressources infinies pour ne faire descendre que des propos valables en tous temps, puisque la clarté et la simplicité sont des qualités que le texte revendique.

Mais si c’est un texte banalement humain au service des ambitions du gourou qui prétend entendre Dieu, alors les abrogations sont des évènement auxquels on peut s’attendre. Et de fait…

Coran 2:106 :   « Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est Omnipotent ? »

Coran 16:101 :   « Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent : « Tu n’es qu’un menteur ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. »

Coran 22:52 :    « Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète qui n’ait récité (ce qui lui a été révélé) sans que le Diable n’ait essayé d’intervenir [pour semer le doute dans le cœur des gens au sujet] de sa récitation. Allah abroge ce que le Diable suggère, et Allah renforce Ses versets. Allah est Omniscient et Sage. »

L’abrogation du Coran par le Coran est un fait consensuel dans les écoles islamiques.

 

— Versets équivoques : le coran n’est pas clair —

Nous trouvons dans le texte la prétention que le texte est simple, « dénué de tortuosité », autrement dit le Coran doit être clair, lisiblement, univoque.

Sourate 39 :27 « Nous avons, dans ce Coran, cité pour les gens des exemples de toutes sortes afin qu’ils se souviennent.
28 Un Coran [en langue] arabe, dénué de tortuosité, afin qu’ils soient pieux ! »

Mais dans le même texte, on nous dit que des fois, c’est différents. Cette règle absolue est finalement relative, donc fausse. Si vous trouvez des verset tortueux ou ambigus, c’est que vous faites preuve de mauvaise volonté comme stipulé dans la sourate 3 :

Sourate 3:7 :  C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclinaison vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur!  » Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

Autrement dit : le Coran est clair. Mais par endroit, seul Allah connait le sens de ce qu’il dit.  Cela m’inspire deux questions :

  1. Comment reconnait-on un passage dont le sens réel est caché et connu seulement de Allah ?
  2. A quoi servent de tels passages dans un texte dont le but est de rendre les gens pieux ?

Sourate 39 :27 « Nous avons, dans ce Coran, cité pour les gens des exemples de toutes sortes afin qu’ils se souviennent.
28 Un Coran [en langue] arabe, dénué de tortuosité, afin qu’ils soient pieux ! »

J’ai posé ces deux questions avec insistance lors du débat.

 

— Les erreurs et les incohérences dans le coran —

On pourrait faire une liste interminables des erreurs et incohérences dans le texte. Majid Oukacha l’a fait dans son livre « 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran » (2023).

Je vais en présenter certaines en sachant très bien que la tradition coranique a imaginé toutes sortes de parades. En définitive elles consistent toutes à dire que le lecteur critique ne comprend pas ce qu’il lit, que la traduction est fautive, qu’il faut toujours chercher ailleurs un sens différent aux mots employés, afin de lire dans ces phrases des messages acceptables selon nos critères scientifiques et moraux actuels. Cette danse du ventre fait des merveilles auprès des endoctrinés qui peuvent se rassurer à la fermeté avec laquelle les doctes défenseurs de la foi prétendent que ces problèmes sont résolus ; leur dissonance cognitive est soulagée. Mais les croyants ne sont pas des gens stupides, et beaucoup se rendent compte que les réponses ne sont pas à la hauteur, notamment car elles consistent à affirmer que le Coran est si mal écrit qu’il faut le défendre à grands renforts d’interprétations oiseuses.

Ci-dessous je ne vais pas me contenter de pointer des faiblesses dans le texte, je vais me permettre de lui apporter des corrections. Je vais écrire des phrases qui, si elles venaient du 7e siècle, seraient de nature à réellement impressionner les non croyants, mais que Mohammed n’était pas capable d’écrire. Et pourtant je ne vais utiliser que des notions disponibles à cette époque.

 

Création en six jours ou huit jours ?

  • Une première version de l’histoire de la création  parle de Six jours : « Votre Seigneur est Dieu, qui créa les cieux et la Terre en six jours » (Sourate 7:54, Sourate 10:3, Sourate 25:59).
  • Une autre parle de huit jours : « Il a créé la Terre en deux jours (…), puis il y établit des montagnes en quatre jours (…), ensuite Il acheva en deux jours la création des cieux » (Sourate 41:9-12).

Amélioration proposée : « La création a connu plus de siècles que les hommes n’ont connu de jours sur la Terre. »

Cela permet de donner un âge à l’univers sans borner l’acte de création lui-même. La science nous apprend que les humains ont environ 300.000 ans. Cette phrase donne donc à l’univers un âge supérieur 10,95 milliards d’années. C’est une information qui date du 20e siècle. Actuellement l’estimation est de 13,77Ga. Par ailleurs, pour rétablir l’ordre dans la genèse qui mélange l’apparition des plantes et du soleil, et place la création du ciel à la fin (c’est ballot) on peut améliorer avec cette phrase : « La Terre est devenue un jardin après avoir pris forme sous la lumière du soleil, étoile parmi les étoiles. »

 

Le soleil se couchant dans une source boueuse ?

Sourate 18:86 « Il suivit une voie, jusqu’à ce qu’il atteigne le lieu où le soleil se couche, et il le trouva se couchant dans une source boueuse »

Amélioration proposée : « Et il vit qu’autour du Soleil, le mouvement de la Terre donnait l’illusion qu’il se lève et se couche, mais Allah vous révèle la vérité sur l’ordre du ciel. »

Partout dans le Coran la Terre est immobile, ce qui correspond aux croyances de l’époque. Un texte divin aurait apporté cette connaissance, « afin qu’ils soient pieux ! »

 

La Terre est plate ?

Non seulement la Terre est immobile, conformément au 7e siècle, mais à plusieurs reprises le texte la présente comme une étendue plate. Soit la langue était trop pauvre pour le message de Dieu qui avait à sa disposition d’autres peuples et d’autres langues mieux adaptées, soit… Mohammed a fait ce qu’il pouvait avec ses connaissances de bédouin.

Sourate 15 : 19  « Et quant à la terre, Nous l’avons étalée et y avons placé des montagnes (immobiles) et y avons fait pousser toute chose harmonieusement proportionnée. »

Sourate 71, verset 19 «Et c’est Allah qui vous a assigné la terre comme tapis (étalé)» (Le mot arabe « bisatan » utilisé ici signifie « tapis » ou « étalé », suggérant une surface plane.)

Sourate 78, verset 6  « N’avons-nous pas désigné la terre plate [et sans obstacle] » (Le terme arabe « mihadan » est utilisé, signifiant « plat » ou « aplati ».)

Sourate 79, verset 30 : « Et la terre/planète Terre après qu’il souffla dessus et l’étala. » (Le verbe « dahaha » est utilisé, généralement traduit par « étaler » ou « étirer ».)

Sourate 88, verset 20 : « Et la Terre, comme elle est nivelée ? »

Amélioration proposée : « La terre est ronde et si grande que les plus hautes montagnes semblent écrasées lorsqu’on les voit du ciel. Les continents se déplacent lentement, et leurs mouvements érigent les montagnes. Allah est savant »

 

Origine des spermatozoïdes : la colonne vertébrale ?

Quand le Coran explique comment l’homme vient à la vie, sa biologie n’est même pas approximative, il ne fait aucun effort.

Sourate 86:6-7 « Il a été créé d’une giclée d’eau jaillissante qui sort d’entre les lombes et les côtes »

Amélioration proposée : « Il a été créé pour moitié d’une substance venue des testicules et s’associant avec l’œuf minuscule dans le ventre de la femme. »

Le texte pourrait même préciser que les femmes contribuent davantage en termes de génétique ; elles fournissent l’ADN mitochondrial. Il était facile de révéler en des mots du 7e siècle certains mécanismes de l’hérédité, et ainsi nous disposerions d’un miracle du Coran capable d’impressionner les biologistes les plus mécréants

 

Erreurs mathématiques dans l’héritage ?

Les règles de l’héritage (Sourate 4:11-12) attribuent des fractions qui, dans certains cas, dépassent 100 % du patrimoine.

  • Problème : Par exemple, si un homme laisse deux filles (elles reçoivent 2/3), ses parents (ils reçoivent 1/3) et son épouse (elle reçoit 1/8), la somme des parts est supérieure à 1.

Amélioration proposée : N’importe quelle distribution qui ne dépasse pas 100% des biens du défunt. Eventuellement une distribution qui ne réduit pas les femmes à recevoir presque toujours moins que les hommes. On peut aussi imaginer que le texte divin concentre ses pages limitées à des choses plus importantes pour l’humanité que de régir les questions d’héritage. Il pourrait parler d’éducation et d’ouverture d’esprit, par exemple. Cela améliorerait ce texte imparfait.

 

— L’argent du gourou —

Le Coran mentionne à plusieurs reprises le versement de biens au Prophète Mohammed, principalement dans le contexte du butin de guerre. Voici les principales références :

Sourate Al-Anfal (8), verset 41 : « Et sachez que, de tout butin que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah, au Messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs (en détresse) »

Sourate Al-Hashr (59), verset 7 : « Le butin provenant [des biens] des habitants des cités, qu’Allah a accordé sans combat à Son Messager, appartient à Allah, au Messager, aux proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur en détresse. »

Sourate Al-Ahzab (33), verset 50 : « Ô Prophète! Nous t’avons rendu licites tes épouses à qui tu as donné leur mahr (dot), ce que tu as possédé légalement parmi les captives [ou esclaves] qu’Allah t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de tes tantes paternelles, les filles de ton oncle maternel, et les filles de tes tantes maternelles, – celles qui avaient émigré en ta compagnie, – ainsi que toute femme croyante si elle fait don de sa personne au Prophète, pourvu que le Prophète consente à se marier avec elle: c’est là un privilège pour toi, à l’exclusion des autres croyants ».

C’est exactement le genre de choses qu’on s’attend à trouver dans un texte imaginé par Mohammed pour servir ses propres intérêts aux dépens d’un groupe de crédules. Un texte divin n’aurait pas de raison d’obliger des transferts de fonds vers la propriété d’un homme, son prophète, qu’il peut bénir de toute sa providence sans intermédiaire : ce serait plus convaincant.

— Les esclaves sexuelles du gourou —

Si le texte n’est pas divin mais inventé par un gourou humain avec les appétits habituels des gourous, on s’attend à ce qu’il s’arroge le droit d’avoir un maximum de partenaires sexuelles.

Sourate 33:50. « Ô Prophète! Nous t’avons rendue licites tes épouses à qui tu as donné leur mahr (dot), ce que tu as possédé légalement parmi les captives [ou esclaves] qu’Allah t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de tes tantes paternelles, les filles de ton oncle maternel, et les filles de tes tantes maternelles, – celles qui avaient émigré en ta compagnie, – ainsi que toute femme croyante si elle fait don de sa personne au Prophète, pourvu que le Prophète consente à se marier avec elle : c’est là un privilège pour toi, à l’exclusion des autres croyants. Nous savons certes, ce que nous leur avons imposé au sujet de leurs épouses et des esclaves qu’ils possèdent, afin qu’il n’eût donc point de blâme contre toi. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Le coran, texte universel et éternel passe même un long passage à justifier l’appétit de Mohammed pour la femme de son fils adoptif.

Coran 33:37 et 38. « Quand tu disais à celui qu’Allah avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l’avais comblé : « Garde pour toi ton épouse et crains Allah », et tu cachais en ton âme ce qu’Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c’est Allah qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement d’Allah doit être exécuté. Nul grief à faire au Prophète en ce qu’Allah lui a imposé, conformément aux lois établies pour ceux qui vécurent antérieurement. Le commandement d’Allah est un décret inéluctable. »

Comment croire qu’un texte divin et parfait s’abaisse à ce genre de choses ?

— Le Coran a connu des réécritures—

La version définitive du Coran n’a pas été composée et actée à une date unique, mais à travers un processus qui s’est étalé sur plusieurs siècles.

  1. Sous le calife Othman (644-656), une première version officielle, la « vulgate d’Othman », a été établie et diffusée.
  2. Cependant, d’autres versions ont continué à circuler après cette première standardisation. Selon Mohamed Ali Amir Moezzi, c’est seulement au IVe siècle de l’Hégire (Xe siècle de l’ère chrétienne) que la version officielle a été largement acceptée[1].
  3. Sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705), des modifications importantes ont été apportées au texte, notamment par al-Hajjaj b. Yusuf. Ces changements auraient inclus des améliorations orthographiques et possiblement une réorganisation des versets et des sourates[2].
  4. Certains chercheurs, comme John Wansbrough, estiment que le texte coranique n’a pris sa forme définitive qu’à la fin du VIIIe siècle, voire au début du IXe siècle.
  5. François Déroche, spécialiste des manuscrits coraniques, suggère que le processus de stabilisation du texte s’est poursuivi sous les Omeyyades et les Abbassides, aboutissant à un texte stable dont les éléments fondamentaux sont présents dans les manuscrits les plus anciens[3].

En somme, bien que la tradition musulmane attribue la fixation du texte coranique à Othman au VIIe siècle, les recherches historiques indiquent que le processus de composition et de stabilisation de la version définitive du Coran s’est étendu sur plusieurs siècles, probablement jusqu’au IXe ou Xe siècle.

 

[1] Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-même. Vocabulaire et argumentation du discours coranique autoréférentiel, Leiden, Brill, 2014, 432 p. https://journals.openedition.org/assr/26326

[2] Claude Gilliot (2008) . Origines et fixation du texte coranique. Études, Tome 409(12), 643-652. https://doi.org/10.3917/etu.096.0643. https://shs.cairn.info/revue-etudes-2008-12-page-643?lang=fr

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Approches_traditionnelles_de_la_transmission_du_Coran

 

CONCLUSION

Nous sommes tous conduits à suivre notre raison, nous avons tous intérêt à ce que chacun se questionne sur ce qu’il croit être vrai et accepte que ses hypothèses soient testées et ses croyances discutées si nous voulons nous débarrasser des idées fausses que nos cerveaux imparfait peuvent concevoir. Les débats sont des occasions de s’exposer à des visions du monde différentes dont nous pouvons évaluer les mérites. Nous devrions avoir envie de méditer sur un fait limpide : l’humanité n’a jamais souffert d’un excès de questionnement, de prudence épistémique, de nuance et de rationalisme.

 

Acermendax

Lundi 9 décembre 2024, j’ai participé sur le discord de RPMP (Religion-Philosophie-Métaphysique-Politique) à un débat avec Ousmane TIMERA, philosophe et islamologue sur deux sujets qu’il avait proposés. Le premier était Un univers sans créateur est-il possible ? Au bout d’une heure, il est convenu de passer au deuxième thème, le coran est-il divin ? (j’en parle ici)

Le débat est disponible en vidéo à cette adresse (à partir de jeudi 12, 17h30)

Voici en version texte mon propos introductif au débat. En ma qualité de non-croyant – sceptique, je n’avais pas de doctrine à défendre, pas d’assertion ontologique à tenir, et je me tenais disposé à offrir une réponse aux arguments que mon interlocuteur théiste musulman doit présenter pour justifier sa position. Vous pouvez consulter la vidéo pour voir si cet objectif est rempli.

 

Propos introductif

Je vais tenter d’incarner une posture de scepticisme scientifique, c’est-à-dire de refuser de croire des propositions qui ne sont pas raisonnables : soit qu’elles soient absurdes, incompréhensibles, épistémiquement couteuse ou tout simplement impossibles à prouver, voire déjà réfutées. Dans une conversation comme celle-ci, voici l’objectif que je me fixe et à l’aune duquel j’aimerais être jugé :

  1. Expliciter la manière dont le doute méthodique et le questionnement nous préservent en partie des croyances fausses, et
  2. Tenter de comprendre les raisons pour lesquelles mon interlocuteur défend la position qui est la sienne. Je gagne au débat si à la fin je comprends mieux pourquoi nous pensons ce que nous pensons.

Je précise donc immédiatement que je ne vais pas ce soir en direct prouver l’inexistence de Dieu. Ce serait un défi aussi idiot que de demander à monsieur Timera de me démontrer que ma grand-mère n’élève pas des dragons invisibles dans son garage, en cachette. Pour prouver l’inexistence d’une chose, il faut disposer d’une définition claire et nette de cette chose qui permette d’établir des tests d’hypothèse. Si les dragons de ma grand-mère sont clairement définis comme des créatures très malpolies qui étalent toujours leurs excréments sur les murs en faisant des tâches indélébiles, alors la présence de ces tâches serait un bon argument pour leur existence tandis que l’absence de tache plaiderait pour l’inverse… Mais dans un cas comme dans l’autre, en réalité, nous n’aurions pas de preuve définitive. Et pour croire aux dragons invisibles, il vous en faudrait sans doute un peu plus.

Je vous invite à vous demander quelle hypothèse pourrait bien être testée au sujet de Dieu, et si vous pensez avoir la réponse, je vous demanderai comment il se fait que depuis des siècles les humains avant nous, qui n’étaient pas plus bêtes que nous, n’aient jamais été capables de produire une preuve ? Pour la preuve j‘utilise la définition de Dan Sperber « Un énoncé qui, lorsqu’il est compris, emporte l’adhésion ». En mathématique, quand vous avez compris la démonstration d’un théorème, alors ce théorème, pour vous, est prouvé.

Comment se fait-il, si des preuves de l’existence de Dieu existent, que les religions se soient imposées par la force et jamais par la raison ? Comment expliquer que dans les pays où l’éducation est la plus poussée, la religiosité soit la plus faible ? Comment expliquer que dans tous les pays du monde les chercheurs les plus éminents soient systématiquement moins croyants que la population générale ? L’état du monde s’explique mal si Dieu existe et qu’il y a des preuves. Cela montre selon moi la validité de la posture dite ignostique.

 

Un point de vocabulaire s’impose pour que vous compreniez clairement ce que je vais dire dans cette conversation. Je n’impose rien, mais si vous voulez me comprendre, il faut accepter le sens que je donne aux mots que j’utilise. Voici la nomenclature que je propose :

  • Le théiste répond oui à la question « Pensez-vous qu’il existe un Dieu, qu’il s’est révélé à l’Homme et entretient une relation avec lui »
  • Le déiste répond oui à la question « Pensez-vous qu’il existe une entité douée de volonté à l’origine de l’univers »— Et c’est tout. Bien sûr, un déiste peut avoir tout un tas de croyances sur cette entité qui le rapprochent ou l’éloigne d’un théiste.
  • Le panthéiste répond oui à la question « Pensez-vous que la Nature est Dieu, qu’elle est douée d’une forme de volonté créatrice »
  • L’Athée répond non à « Pensez-vous qu’il existe un ou des dieux » Ce n’est pas quelqu’un qui va forcément répondre oui à la question, très différente : « Pensez-vous qu’il n’existe pas de Dieu »
  • L’apathéiste répond « Rien à cirer » aux questions concernant le ou les dieux.

Ces termes s’appliquent à la dimension ontologique de la question de Dieu : la relation de la personne à la question de son existence. Mais cette question possède une deuxième dimension, celle de la connaissance que l’on pense détenir, la dimension épismétique.

  • L’agnostique répond non à « puis-je acquérir une connaissance (définitive) au sujet de dieu ?»

C’est le sens strict de ce mot depuis son invention par Thomas Huxley : « J’ai inventé le mot « Agnostique » pour qualifier les personnes qui, comme moi, se confessent désespérément ignorantes sur bien des sujets à propos desquels les métaphysiciens et les théologiens, qu’ils soient orthodoxes ou hétérodoxes, professent dogmatiquement leur plus extrême certitudes »

La forme militante de l’agnostique serait : « je n’ai pas la connaissance, et vous non plus ; personne n’a la connaissance ».

  • Le gnostique, par opposition, répondra que oui, on peut avoir des connaissances avérées sur Dieu.
  • Enfin l’ignostique, à la question « Dieu existe-t-il ? » répond « Je ne dispose pas d’une définition cohérente de Dieu, et par conséquent la question n’a pas de sens pour moi. » Les ignostiques renvoient les croyants de tous bords faire un travail de définition de ce en quoi ils croient.

 

Ces notions doivent vous permettre de comprendre ma position sur le premier sujet de ce soir :

— Un univers sans créateur est-il possible ? —

Pour répondre « oui, l’univers peut exister sans avoir été créé », il suffit d’être ouvert d’esprit, d’admettre que nous restons encore bien ignorants de beaucoup de choses, que derrière le Big Bang se trouve quelque chose que pour le moment nous ne pouvons pas connaître, et que lorsqu’on ne sait pas, on se retient d’affirmer. Quand on ne sait pas, on admet que oui, peut-être qu’une hypothèse pour l’heure invérifiable est correcte.

En revanche, pour pouvoir répondre non, comme le fait Ousmane Timera, il faut savoir énormément de choses. Il faut savoir définir ce qu’est un créateur, expliquer en quoi consiste l’acte de création dont on affirme qu’il a nécessairement eu lieu. Pour retenir cette hypothèse extraordinaire, il faut pouvoir réfuter toutes les autres possibilités, il faut démontrer qu’un créateur est nécessaire. En d’autres termes, dans cette discussion la charge de la preuve incombe totalement à celui qui affirme qu’il sait qu’un créateur existe et qu’il ne peut pas en aller autrement. C’est un peu injuste de prime abord, mais cela est lié au fait que la posture sceptique est humble alors que la posture théiste à de très fortes prétentions.

 

Depuis des milliers d’années, les humains croient dans des forces surnaturelles, et pourtant on n’a jamais vu l’explication démontrant l’existence de Dieu être présentée au monde et admise par les humains doués de raison, capable d’écouter, de comprendre. S’il existait une preuve, une seule, de ce que croit monsieur Timera, elle aurait par définition convaincu une grande majorité des humains. C’est ce qui passe avec la science où les idées sont proposées, discutées, mises à l’épreuve et dont certaines sont admises par la quasi-totalité de ceux à qui on les explique. C’est presque miraculeux à quel point ça fonctionne bien. Et on voit clairement que les religions échouent à réaliser une telle chose.

Quand on est raisonnable, et je pense qu’il faut l’être, quand on veut éviter de croire des choses fausses, on doit avoir recours à la prudence épistémique : on demande des preuves. Je m’attends à ce que monsieur Timera veuille passer en revue ce que les apologètes appellent les « preuves de l’existence de Dieu ». Je les connais, elles sont dans mon livre. Nous allons sans doute entendre parler du Kalâm, du réglage fin de l’univers, de la seconde loi de la thermodynamique, peut-être même de la malheureuse preuve ontologique, et pourquoi pas de la preuve par les miracles, de la preuve par la morale, de la preuve par la raison.

J’ignore beaucoup de choses, mais je sais que les arguments de ce type ne sont pour ainsi dire jamais utiles pour convaincre celui qui n‘est pas déjà un croyant. Il s’agit de récits qui rationalisent une croyance déjà présente. Je suis prêt à parier que Monsieur Timera ne croit pas en dieu à cause de l’argument du kalam, mais pour d’autres raisons, sans doute liées à son histoire familiale et personnelle.

Ma première question, pour ouvrir ce débat, serait de lui demander : Monsieur Timera, quelle est LA raison principale, la meilleure, pour laquelle vous croyez en un créateur de l’univers ?

 

Acermendax

 

Nous finirons (rapidement) par tout savoir sur le tireur, Thomas Crooks, et sur les circonstances, la chronologie précise, les moindres détails de la tentative d’assassinat d’aujourd’hui. Mais comme pour le 11 septembre 2001 et d’autres morts célèbres, la « version officielle » sera rejetée ici et là par incrédulité personnelle : un refus de l’explication proposée, des images, des preuves, des témoignages qui racontent un évènement singulier et nécessairement IMPROBABLE, comme le furent tous les grands moments décisifs de l’histoire.

Je suis d’accord pour dire que les faits sont étonnants : une balle qui frôle la tête de Trump en plein meeting, le fait saigner mais lui permet d’avoir une réaction qui le grandit devant mille caméras et appareils photo, lui donne une stature de survivant héroïque (au diapason du « God made Trump » de ses fans intégristes religieux) et donne lieu à des images aussi fortes que cette photographie iconique et déjà historique. Qui aurait pu prévoir ce quasi-miracle ? [Je gage que des médiums réclameront cet honneur. Et je prédis qu’ils ne convaincront nul qui ne fut déjà croyant. Mais ce n’est pas le sujet de ce billet]

Tous ceux qui, comme moi, ont un avis intégralement négatif sur Trump, sa personnalité toxique, sa malhonnêteté viscérale, ses vicieuses atteintes à la démocratie, son égotisme boursouflé, son incompétence ridicule, ses décisions destructrices des plus fragiles et de notre environnement… envisagent spontanément la possibilité d’un coup monté, d’une mise en scène, d’un complot, puisque cet évènement vient vraisemblablement de faire basculer l’élection vers un deuxième mandat pour cette crapule. En fait, cette diode de soupçon clignotante n’est qu’une alerte, une invitation à se poser la question, ce qui est une réaction normale et saine. Explorer des univers contrefactuels, examiner des conjectures, soupeser des possibilités est ce qu’on attend d’une personne capable de réfléchir à ce qu’elle voit et entend.

Mais certains décident de s’accrocher au signal d’alerte, à l’idée qu’on cherche à les flouer, à les prendre pour des blaireaux. Et alors la petite lumière d’alerte devient un fanal, un phare éblouissant et ils sombrent dans la pensée complotiste : celle qui met la conclusion avant les faits, prétend connaître les intentions cachées, les projets secrets et rassemble des détails épars que chacun peut constater pour leur faire révéler une vérité qui échapperait aux autres.

Avec cet attentat, nous allons voir des narratifs complotistes de divers ordres, tous construits à partir du *méchant* qu’il faut incriminer. À l’appui de chaque scénario, on trouvera des détails curieux dans la biographie du tireur qui permettront de le rattacher à tel ou tel groupe sensé l’avoir engagé ou qu’on utilisera pour contester la « version officielle » (parce que les incohérences et les hasards font partie de la vie mais par des fantasmes complotistes).

  • Des anti-Trump vont accuser Trump de mise en scène parce que c’est lui qui profite de l’évènement. L’argument fallacieux est : « is fecit cui prodest » (le coupable est celui qui en profite)
  • Des pro-Trump vont dire que le pouvoir en place a réduit la sécurité de Trump et fait en sorte que l’assassinat puisse avoir lieu. On pourra même incriminer des ennemis républicains de l’ex-président.
  • Les pro-Trump Q-Anon vont accuser l’Etat-Profond d’avoir cherché à l’éliminer : ça prouve qu’il est bien le héros du peuple contre ces élites malfaisantes.
  • Des opportunistes brouteurs de conspi (moitié arnaqueurs, moitiés fous) vont ajouter leur hypothèse personnelle, leur analyse experte, leur sauce à la tambouille générale, essentiellement dans le but d’exister dans le game, de faire leur intéressant, comme Idriss Aberkane qui lance « Vous pouvez être désormais sûrs à 100% que toutes les rédactions mainstream ont reçu l’ORDRE de ne pas appeler cela une « tentative d’assassinat »
  • D’autres groupes avec leurs propres ennemis prioritaires concocteront des histoires plus ou moins virales, car l’évènement est propice : ponctuel, violent, identifiable, polarisant.

 

En démocratie, tenter de tuer un adversaire politique est un mauvais calcul, particulièrement mauvais quand vous ratez votre coup. Trump est un dictateur en puissance. S’il arrive au pouvoir, il prendra sans doute des décisions terribles. Mais pour l’heure, il est le miraculé d’une agression inacceptable qui lève le poing face au danger. Le climat de violence, de haine, de polarité extrême savamment entretenu par le rescapé du jour n’est pas favorable à des positions raisonnables, mesurées et intelligentes. Attentat raté ou réussi, le perdant c’est l’électeur qui voudrait faire le choix éclairé d’un projet pour son pays, et c’est la démocratie elle-même.

On ne peut même pas espérer sérieusement que la lutte contre la circulation des armes à feu qui causent tant de morts aux USA y gagne quoi que ce soit ; je m’attends à ce que les survivalistes armés jusqu’aux dents fassent au contraire des émules devant le constat que dans un pays où même Trump est vulnérable, il faudra savoir se défendre tout seul. Cette rhétorique est avariée, mais elle sera avalée. Comme tant d’autres avant elle.

 

Face à l’embrasement général qui suit un évènement fort, le penseur critique suspend son jugement, se montre prudent, n’évacue pas les hypothèses avant de les avoir pesées, mais se garde d’adhérer à un récit juste parce qu’il s’accorde bien avec sa vision du monde. Il évite de se croire plus malin et perspicace que tout le monde. Il attend des analyses circonstanciées, des faits établis par des sources variées. Il se donne le temps de se faire un avis. Il se souvient que l’improbable se produit à chaque moment, que les conspirations échouent souvent et que les secrets détenus par plus que quelques-uns ne tiennent jamais longtemps.

La scène dépeinte par la photographie est incroyable, elle est si iconique qu’elle ressemble à une mise en scène. Nous ressentons son pouvoir narratif, la force de l’influence qu’elle va exercer. Il n’est pas irrationnel de vouloir résister à cette influence et à la version de l’histoire qu’elle véhicule, mais il ne serait pas rationnel de choisir d’établir la vérité des faits sur la base de ce ressenti.

 

Diamond Tema est le pseudonyme d’un auteur et vidéaste agnostique de 30 ans dont la chaine compte plus de 800k abonnés. Né en Albanie, il grandit en Turquie après ses 4 ans, et a la binationalité Albanaise-Turque.

« Il a travaillé comme directeur de diffusion sur des chaînes de télévision locales pendant environ 2 ans et a réalisé des documentaires sur l’histoire ottomane. Il produit du contenu lié à l’histoire, à la philosophie et à la science sur YouTube. Diamond Tema est également connu pour son livre « Agnosticisme et tragédie divine ».»[1]

Son militantisme contre le dogmatisme religieux lui vaut des attaques régulières. Tout récemment a été diffusé un débat[2] où il est opposé à Asrin Tok, un sunnite défenseur la charia (une « version utopique et rêvée» selon Diamond) au cours duquel il a évoqué un argument récurrent chez les apostats et contre-apologètes de l’Islam : l’âge de Aïcha au moment d’épouser le prophète (Elle avait 6 ans. Et 9 ans quand il a couché avec elle).

« Tema, qui s’est fait connaître lors du débat sur la « charia » qu’il a eu avec le phénomène des médias sociaux pro-charia Asrın Tok sur la chaîne YouTube « Yer6 », est devenu le centre d’attention des internautes. »[3]

Dans cet entretien, il demande s’il est logique de marier une enfant de 6 ans, si c’est bien moral. Il cite les sources théologiques de référence des sunnites, le « Sahih Boukhari », qu’il tient dans les mains tout en parlant. Sa conclusion : « Vous ne pouvez pas épouser une fille de 6 ans dans un système autre que la charia. »

Beaucoup de gens ont décidé de s’offenser de ses déclarations. Il reçoit des quantités d’insultes et de menaces de mort.

En France, théoriquement, il serait protégé par la loi ; ses harceleurs finiraient condamnés.  Dans la Turquie de 2024, c’est différent : « Faisant une déclaration sur son compte de médias sociaux, Aslan Değirmenci, coordinateur des médias numériques de la Direction des communications de la présidence, a déclaré : « Une enquête a été ouverte contre la personne nommée Diamond Tema, qui a insulté notre Prophète dans l’émission appelée Yer6, pour les crimes d’insulte à un segment du public et insulte envers les valeurs religieuses réglementées aux 2ème et 3ème alinéas du TCK 216/216. » « Une interdiction d’accès a également été demandée. » »[4]

Diamond Tema a grandi en Turquie, mais il a choisi de retourner vivre en Albanie en raison du climat oppressant autour de lui. Il vient d’annuler un voyage en Turquie où il dit qu’il risque de se faire emprisonner (ou pire). Un hashtag existe pour répondre au harcèlement qu’il subit  #diamondtemayalnızdeğildir (en français : #DiamondTemaNestPasSeul)

 

En somme : les autorités de Turquie, jadis un grand pays laïque, semblent décidées à s’acharner sur un intellectuel qui énonce des questions dérangeantes pour la religion lors d’un débat poli et argumenté sur Internet. Rien de très nouveau : quand la religion a du pouvoir, elle en abuse. Le dogmatisme est l’ennemi de la tolérance. Nous devons nous en souvenir et défendre fermement la nécessité d’une parole anti-religieuse partout dans le monde.

L’histoire de Diamond Tema rappelle celle de l’égyptien Sherif Gaber[5]. Pour « outrage aux religions « et « incitation à l’athéisme » le blogueur-vidéaste est condamné à 9 ans de prison. Depuis 4 ans, il tente de fuir son pays où l’islam a le pouvoir de détruire ceux qui émettent des critiques.

Son histoire est accessible sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sherif_Gaber. Celle de Diamond Tema ne l’est pas (encore).

 

En tant que vidéaste et auteur contre-apologétique, je suis solidaire de ces deux hommes et de toutes celles et ceux qui mènent le combat contre l’obscurantisme sur des territoires où leur liberté et leur vie sont en jeu. C’est la raison qui doit nous guider, car elle permet de convaincre et d’être convaincu, là où la foi excelle surtout à justifier l’injustifiable.

Acermendax

 

 

MISE à JOUR (18 juin 18h)

Un mandat d’arrêt est annoncé sur Twitter

« Ministre de la Justice Yılmaz Tunç : « En raison des expressions insultantes, laides et provocatrices utilisées à l’égard de notre Prophète dans le contenu vidéo partagé sur le compte de réseau social nommé Yer6, le parquet général d’Istanbul a immédiatement ouvert une enquête d’office le 16.06.2024 après ce message a été publié sous l’accusation « d’incitation publique à la haine et à l’hostilité ». Un mandat d’arrêt a été émis contre le suspect Diamant Tema, alors qu’il se trouvait à l’étranger. Les expressions provocatrices, laides et provocatrices utilisées concernant la religion de l’Islam et notre Prophète bien-aimé ne sont jamais acceptables. « L’enquête est menée de manière minutieuse.


[1] https://www.cumhuriyet.com.tr/yasam/diamond-tema-kimdir-diamond-tema-kac-yasinda-nereli-2218163

[2] https://www.youtube.com/watch?v=w8-A-hi7hkA&t=4718s&ab_channel=Yer6Film

[3] https://tr.al-ain.com/article/diamond-tema-kimdir-gercek-adi-ne

[4] https://marmarismanset.com/foto/20539299/diamond-tema-kimdir-ne-mezunu-ve-neden-gundemde

[5] https://charliehebdo.fr/2024/06/international/sherif-gaber-portrait-dun-athee-en-fuite-dans-son-propre-pays/

https://x.com/Acermendax/status/1795214383716430209