On identifie sans mal certaines idéologies pour ce qu’elles sont : des combinaisons de valeurs, d’idéaux et des stratégies déployées pour les défendre.
Article initialement publié sur la page FB de La Tronche en Biais le 10 janvier 2015.
Après le choc, la sidération, la consternation et la tristesse, nous nous sommes demandés si nous pouvions faire quelque chose. Les réactions tous azimuts, souvent confuses, émues, fébriles, nous ont inquiétés. Les attaques perpétrées dans la foulée contre les lieux de culte musulman sont une insulte supplémentaire, l’expression d’une haine proche parente de celle des assassins. Ceci dit, les imprécations xénophobes des internautes ne nous ont pas choqués davantage que les amalgames de ceux qui refusent de voir le rôle de l’idéologie religieuse dans ce crime, et se réfugient derrière l’anti-islamophobie par peur-réflexe du racisme.
Charlie Hebdo, c’est la liberté d’expression, c’est l’exercice de la critique sur tous les sujets, c’est le refus du sacré sans lequel il n’y a pas de pensée rationnelle. Le journal ne fait pas de la zététique au sens propre, et pourtant sans les caricaturistes nous n’aurions pas la culture de la démystification, et notre émission n’existerait sans doute pas.
Un moment nous avons songé a tourner un épisode spécial de la Tronche en Biais pour parler de l’idéologie qui est à l’œuvre ici, mais notre chaine n’est pas assez mûre, nous n’avons pas présenté suffisamment de concepts pour aborder une question aussi sensible. Et puis, nous voulions éviter que certains puissent avoir le sentiment que nous faisons preuve d’opportunisme.
Mais rester silencieux nous est impossible.
Le shitstorm qui recouvre les réseaux sociaux nous montre l’importance d’être prudent dans la manière d’expliquer les choses. L’acte de mercredi est extrêmement grave parce que nous assistons à la mise à mort de journalistes pour la seule raison qu’ils auraient manqué de respect à une certaine vision du monde. Leur liberté de ton, leur impertinence n’épargnait personne. Ils étaient l’antithèse la plus totale de l’idée du sacré, et c’est l’amour du sacré qui a armé les mains de ceux qui les ont assassinés. Nous devons donc questionner le sacré. Lire la suite
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/02/Loki-2Bcaricature-2B2.jpg6421024Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2015-02-05 19:49:002015-03-15 02:39:10Comment penser l’attentat contre Charlie Hebdo ?
Le scandale du sang contaminé, le scandale de la maladie de la vache folle, la panique de la grippe aviaire, l’hystérie sur les lasagnes au bœuf de cheval, la polémique sur le lien entre vaccins et autisme, celle autour du réchauffement climatique, ou encore la condamnation par un tribunal de sismologues italiens reconnus coupables de n’avoir pas prévu un séisme meurtrier… Ces évènements ont en commun le problème de l’estimation du risque et des mesures à prendre pour assurer notre sécurité collective. Ils sont le contexte dans lequel on fait intervenir (à tort ou à raison) le principe de précaution qui a été ajouté à la Constitution Française en 2005, et… qui pose des problèmes de définition d’autant plus importants que le concept a envahi nos vies, et imprègne toujours un peu plus les décisions publiques et privées.
Sa première formulation date du Sommet de la Terre de Rio en 1992 :
« En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. »
Nul doute ; la motivation est tout ce qu’il y a de positive. Sa formulation semble découler du bon sens même. Depuis que nous avons ce vocable sous la main, on se demande comment on pourrait s’en passer. Il nous semble crucial, vital, car on a vu par le passé avec quel mépris certains grands groupes motivés par la recherche du profit ont traité la vie humaine. Qu’on se souvienne du médiator ou des fabricants de cigarettes, et alors bien sûr on souscrit au principe de précaution. Mais ne le faisons-nous pas de manière un peu hâtive et irréfléchie ?
Le principe de précaution contient-il quelque chose ?
Tout l’intérêt du principe de précaution réside dans le fait qu’il est censé s’appliquer en cas d’incertitude scientifique sur l’innocuité (jamais garantie) ou sur la toxicité de telle ou telle chose. Il est l’outil ultime pour susciter le débat lorsqu’un doute sanitaire ou environnemental est soulevé. Revers de la médaille : quand vous avez un marteau, tout ressemble à un clou… et avec le principe de précaution on a tôt fait de voir des menaces partout.
On se trouve ici dans la situation bien particulière où la question n’est pas la prévention des risques, basée sur ce que l’on sait , mais dans celle de l’incertitude du risque, c’est-à-dire sur ce que l’on ignore. L’inconnue n’est pas l’occurrence du danger, mais son existence… qui demeure hypothétique. Rappelons-nous qu’il est scientifiquement impossible de prouver l’inexistence[1] de quelque chose, et nous aurons mis le doigt sur ce qui cloche : le risque hypothétique ne peut pas disparaître, et le principe de précaution peut donc se muer en commandement à l’inaction perpétuelle. Selon les contextes l’inaction peut se révéler source de risques bien plus grands.
Le Graal du risque zéro.
Politiquement, c’est un casse tête car celui qui prend la décision de ne pas se soumettre au principe encoure le risque personnel d’être tenu pour responsable d’une faute. Il devient alors tentant de toujours s’incliner devant lui, et le principe devient une menace pour tout progrès dont les conséquences à long ne peuvent, par définition, être certifiées par aucun expert, car les prédictions sont difficiles, surtout en ce qui concerne l’avenir.
En dépit de l’avancée de la technologie, les statistiques continuent de frapper à l’intérieur du périmètre de nos certitudes. Il y a peu de temps, en France, un enfant est mort au cours d’une « banale » opération de l’appendicite. Aussitôt on s’émeut, car aucun de nous ne veut vivre avec cette épée de Damoclès. Nous voulons avoir le contrôle de ce qui nous arrive, ou tout au moins une illusion de contrôle, un contrôle placebo : le principe de précaution.
« Le principe de précaution permet de garantir la confiance dans les médicaments », justifiait début juillet la ministre de la Santé Marisol Touraine.
Le principe de précaution dans toutes les bouches nous donne l’impression que les risques sont inacceptables, qu’ils appartiennent au passé. C’est surtout le symptôme que dans notre société personne ne veut assumer les risques (ce n’est pas porter un jugement que de le constater). Pourtant il n’est pas vrai qu’il vaut toujours mieux éviter un risque. Ce qui est vrai en revanche c’est que tout risque devrait être encouru en connaissance de cause : c’est la désinformation qui est le vrai scandale, dans un sens comme dans l’autre. À n’avoir pour horizon que le risque zéro, on écarte le seul objectif raisonnable qui est la recherche du plus grand rapport bénéfice/risque… et on oublie le risque que fait encourir l’inaction.
Quelle idéologie est à l’œuvre ?
Le principe est constamment invoqué par des groupes s’opposant à l’usage de technologies ou au développement de nouvelles méthodes, ou bien par des politiques qui refusent ainsi d’être mis en cause (Le Principe de Ponce Pilate ?). On le brandit dès qu’une inquiétude gagne le public, dès qu’un débat se médiatise autour d’une technologie, et il devient le leitmotiv d’une véritable rhétorique de la peur.
Une rhétorique que l’on retrouve dans les thématiques principales des médias et des grandes formations politiques avec le sentiment d’insécurité et le pessimisme. Cette idéologie anxiogène n’a pas besoin d’être nommée pour être présente et pour peser sur la population, et il est tentant de faire le lien avec les fausses impressions du public sur l’état du monde. Contrairement à ce qu’une majorité d’entre nous perçoit, notre époque est la moins violente de toute l’histoire connue, et les progrès sociaux son réels. La tolérance progresse pour de vrai, la sécurité alimentaire aussi, et de manière générale toutes les formes de sécurité : les chiffres des accidents diminuent dans tous les domaines. L’espérance de vie (en bonne santé) continue de progresser.
Le principe tel que définit dans la loi précise que : « l’expertise scientifique indépendante et pluridisciplinaire » est nécessaire pour « l’information du public et l’élaboration des décisions publiques » mais la parole des expert est négligée quand elle n’est pas tout simplement escamotée.
Les raisons d’un tel succès ?
Les raisons sont multiples.
1- L’heuristique de disponibilité est le nom donné à un mode de raisonnement intuitif fondé sur les informations immédiatement accessibles. Ce mode fonctionne bien pour régler les petits problèmes de la vie quotidienne, mais c’est aussi un piège cognitif qui affecte notre représentation du monde, car quelles sont les informations disponibles autour de nous ? Nous voyons à la télévision et dans la presse une litanie de faits divers violents, de scandales financiers ou sanitaires, de catastrophes écologiques ou industrielles. Si ces évènements sont couverts aussi largement, c’est pour des raisons médiatiques, bien sûr, mais aussi, au départ, parce qu’ils sont plus rares que les évènements positifs quotidiens. C’est connu : les journaux ne parlent pas des trains qui arrivent à l’heure. Avec le temps, ces évènements, ces dangers ponctuels, à force d’être exposés dans les médias intègrent notre représentation du monde et nous conduisent à surestimer les risques.
2- La relation effet-dose n’est pas un concept familier à nos concitoyens. L’effet d’un facteur (un produit chimique par exemple, ou un rayonnement quelconque) dépend de la dose de ce facteur. Le principe de Paracelse ne dit pas autre chose : « Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison.»
Par conséquent lorsqu’une étude montre qu’un facteur A représente un danger significatif lorsqu’il est présent dans la proportion X, il est faux de dire simplement que A est dangereux, car cela amène à penser que la proportion X/100 ou X/1000 est dangereuse alors qu’elle ne l’est pas. cette subtilité est pourtant ignorée de manière quasi-systématique dans les médias. Pire, le concept d’hormèse nous montre qu’il arrive bien souvent qu’une toxine en très faible dose puisse avoir un effet bénéfique ; la notion de seuil est donc primordiale, mais rarement retenue.
3- Le déni de la science auquel s’attèlent toutes sortes d’écoles de pensée, depuis le New Age et les médecines alternatives jusqu’aux théories du complot est renforcé par le traitement journalistique des « controverses » scientifiques. Les journalistes ont pour habitude de présenter les deux points de vue d’un sujet (sophisme, puisqu’il peut exister une multitude de point de vue sur la plupart des sujets, mais passons), et ce faisant, ils négligent de considérer comment fonctionne la science. En présentant systématiquement « deux opinions » comme si elles méritaient l’attention publique l’une autant que l’autre, les médias rabaissent la valeur du consensus scientifique, c’est-à-dire le niveau de vérité le plus élevé auquel nous ayons accès, au niveau d’une parole parmi d’autres.
Cela érode la confiance dans la parole des experts scientifiques dans la population… et parmi les élus ! Il est par exemple grand temps de dire que les climatosceptiques ne sont pas sceptiques : ils nient les résultats des experts en climatologie de tous les laboratoires du monde.
4 – Nous avons peur de l’inconnu plus que du danger lui-même. C’est une vérité observée par les psychologues. nous sommes moins effrayés par un risque fort et avéré que par un risque faible mais mystérieux. Le besoin de contrôle joue probablement un rôle là aussi. C’est évidemment une réaction irrationnelle, nous admettrons tous que celui qui fume un paquet de cigarette par jour tout en s’inquiétant des effets néfastes des ondes Wifi ne fait pas preuve d’une grande perspicacité dans ses sujets d’inquiétude.
Que reste-t-il de ce beau principe ?
Dans notre idéologie du risque zéro, nous nous sommes pourvus d’un principe très réconfortant, mais qui n’est d’aucune aide pour décider rationnellement des mesures à prendre contre des risques par définition non identifiés… et qui n’a pas vocation à améliorer la prévention envers des risques avérés. Ainsi, il n’y a pas de principe de précaution routière, mais bien de la prévention routière. Autre exemple : l’exploitation des gaz de schistes fait courir des risques clairement identifiés, voire quantifiés, et à ce titre les pouvoirs publics disposent de toutes les informations pour prendre une décision éclairée, le principe de précaution ne devrait donc pas être invoqué (http://www.huffingtonpost.fr/olivier-godard/retour-principe-de-precaution_b_4240830.html). Mais il l’est tout de même car il fait partie de l’arsenal rhétorique, des mots clefs que les politiques se sentent forcés d’utiliser pour rassurer le bon peuple.
En revanche le principe de précaution est nécessaire pour faire condamner des opérateurs mobiles à des amendes en raison de dommages dont l’existence est scientifiquement indémontrée et pour tout dire improbable. Le principe, encore lui, plaide pour que soient démontées des antennes relai sur plainte des riverains, antennes en l’absence desquelles le signal électromagnétique des appareil téléphonique individuels doit être amplifié pour assurer la communication, ce qui accroit l’exposition des utilisateurs. Même en l’absence de danger cette décision est absurde.
L’analyse critique du contenu de ce Principe superstar des vingt dernières années nous oblige à constater qu’au nom de bonnes intentions défendues dans un climat de refus des risques et des responsabilités, notre société prend des décisions et prononce des sanctions déraisonnables et défavorables au développement des technologies et des connaissances. Or, il n’y a pas de démocratie sans la pleine prise en considération des connaissances scientifiques par ceux qui représentent le peuple, et leur utilisation dans des débats d’idée éclairés. Il se pourrait bien que le Principe de Précaution soit l’ennemi de la raison.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2014/11/doctor1.jpg268468Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2014-11-26 12:02:002015-04-19 17:48:03Le Principe de Précaution — La prudence n’est pas une fin en soi.
La défense des êtres sensibles, capables d’éprouver douleur et émotion, contre l’exploitation et la torture, voilà qui ne peut être qu’une bonne cause. Mais il y a un mais.
L’Homo sapiens, en inventant la civilisation, la philosophie et le congélateur a de facto hérité de l’impératif moral de cesser de se regarder le nombril. La théorie de l’évolution est catégorique : nous partageons la majeure partie de nos gènes et l’essentiel de note histoire généalogique avec les autres êtres vivants de la planète. Les siècles passés nous ont appris à penser l’altruisme comme une fin en soi, une vertu. Bon an mal an, nous avons tous en tête la règle d’or, et nous avons appris que Descartes avait tort : les animaux ne sont pas seulement des machines qui feignent la douleur ou la joie, ou alors seulement dans la mesure où cette condition nous échoit tout autant. Il n’y a pas de différence qualitative entre l’Humain et les autres animaux, seulement une différence de degré.
Et, tant que nous y sommes, nous n’avons pas le monopole de la conscience. En 2012 la Déclaration de Cambridge sur la Conscience[1] signée par des dizaines de neurobiologistes dit ceci :
« Les preuves indiquent que les humains ne sont pas les seuls à posséder les substrats neurologiques qui produisent la conscience. Les animaux non-humains, mammifères et oiseaux notamment, et beaucoup d’autres créatures comme les pieuvres possèdent également ces substrats neurologiques.»
Le mouvement d’amplification de nos valeurs morales, entamé il y a quelques siècles à peine, qui a connu un moment crucial avec la Déclaration des Droits de l’Homme puis l’abolition de l’esclavage… finira par ne plus accepter la souffrance des êtres sensibles. L’utilisation des animaux en tant que source de nourriture, de matériaux ou de travail (bête de somme, cheval, dromadaire…) est traditionnelle, on a toujours fait comme ça. Les traditions (y compris religieuses) ont en quelque sorte institutionnalisé le fait que la nature existe pour l’usage de l’Homme. Elles nous ont débarrassés de toute mauvaise conscience en justifiant moralement l’inhumanité de nos comportements vis-à-vis des animaux. Mais cela ne pouvait pas durer éternellement. En 1970, on invente le mot spécisme pour décrire la distinction de traitement que nous appliquons entre les Humains et les autres animaux.
Définition du spécisme : « Par analogie avec le racisme et le sexisme, l’attitude consistant à refuser indûment le respect envers la vie, la dignité, ou les besoins d’animaux appartenant à d’autres espèces que l’espèce humaine.» (source : wikipedia)
Le même mot désigne les différences de traitement entre les animaux de compagnie et les autres : en France en 2014, on juge moral de manger du porc, mais pas du chien… et le cheval est un peu polémique. Il semble peu vraisemblable qu’aucune explication rationnelle ne justifie de penser ainsi, et il faudra donc faire face à nos contradictions.Peter Singer a beaucoup écrit sur le sujet : « Je soutiens qu’il ne peut y avoir aucune raison — hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur — de refuser d’étendre le principe fondamental d’égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces ». (La Libération animale).
À l’heure actuelle la plupart des animaux de laboratoire vivent dans des conditions très étroitement surveillées, et les autorités scientifiques occidentales ont toutes ratifié depuis une quinzaine d’années le principe des 3 R : Réduire, Raffiner, Remplacer. En France, un décret de 1987 règlemente l’utilisation des animaux pour la recherche. Les scientifiques réduisent au minimum leurs besoins en animaux, prennent en compte leurs besoins, limitent leur souffrance avec des protocoles très strictes, et travaillent à remplacer le modèle animal par un modèle cellulaire ou virtuel autant que possible. Ces améliorations, il faut le reconnaître, ont été accélérées par la mobilisation de l’opinion publique par les mouvements de protection animale, ces mouvements sont donc utiles !
Les défenseurs de la cause animale ont raison de fustiger toutes les souffrances infligées aux animaux afin qu’elles soient combattues, évitées, limitées. Mais cela ne doit sans doute pas les autoriser à dire n’importe quoi, ni à faire n’importe quoi. Et malheureusement les défenseurs de la cause animale les plus impliqués dans cet engagement franchissent trop souvent la ligne rouge de l’irrationnel.
Ranger la corrida dans la case « Culture » n’est PAS une réponse convaincante à ceux qui dénoncent le spectacle d’une mise à mort.
Alors pourquoi ont-ils si souvent tort ?
La justice près de chez vous !
La grosse dame et les poneys
En 2013, la vidéo prise aux Pays-bas d’une grosse dame qui monte et maltraite des poneys sous l’œil rieur de l’homme qui la filme enflamme Internet. La famille subit des menaces, sa maison est dégradée, tandis que la police confisque les poneys. Sur des pages françaises, on peut lire le désir de dizaines ou de centaines de personne de traiter cette personne de la même manière qu’elle a traité l’animal. Le standard moral des amoureux des bêtes ressemblerait à la loi du talion ?
Le tortionnaire de chaton.
Un affreux crétin nommé Farid Ghilas torture un chat à Marseille et diffuse la vidéo le 27 janvier 2014 pour faire parler de lui. C’est une réussite, toute la France connectée d’horrifie de son geste cruel et imbécile. La réprobation est unanime, des pétitions circulent, signées par des dizaines de milliers de personne ; Antoine de Caunes y va de son commentaire indigné, pourtant peu enclin qu’il est à prendre sa plume pour traiter des guerres et des massacres. Le lynchage en ligne est lancé, les menaces de mort se multiplient. En quelques jours, l’individu est condamné à un an de prison ferme (la justice aurait-elle cédé à la pression des indignés ?). Plus tard, des photos circulent, montrant un visage tuméfié et statuant faussement que Ghilas aurait été tabassé en prison (ce n’est pas lui sur la photo). À nouveau, une grande partie des internautes prend la parole pour se réjouir de la violence déployée. Pour rappel, dans le même temps se déroulent la rébellion islamiste au Nigéria, et notamment le massacre de Kawuri et le massacre de Waga Chakawa (plus d’une centaine de morts en tout).
Dans une affaire similaire, en Angleterre, en 2010, une femme qui avait jeté un chat dans la poubelle, avait été retrouvée grâce aux internautes. Traduite en justice, elle avait reçu des centaines de menaces de mort.
Trois connards tuent un chat.
En mai 2014, trois jeunes hommes alcoolisés ne trouvent rien de plus intelligent à faire que maltraiter un chat dans un parc de Vouziers. Leur acharnement est tel qu’ils brisent les os de l’animal qui mourra peu après. Pas de chance, ils sont filmés (ce sont des connards peu intelligents), et la police les interroge « J’en ai déjà buté deux chez ma mère avec une carabine, je ne suis pas ému, je n’aime pas les chats », répond Robin Marcheras, 23 ans.
Cette phrase très brillante n’apaise pas les passions et Internet délivre son habituel lot d’appel à la justice, y compris quelques réclamations à la peine de mort pour ce genre d’affaire, ou encore « Je rêverais de participer au lynchage de ces minables mecs! ». Juste après avoir écopé de 6 mois de prison et visiblement affecté par un long harcèlement en ligne, le jeune de 23 ans s’est suicidé il y a quelques jours. La fragilité psychologique de l’individu datant d’avant les faits, le lien direct entre le harcèlement des internaute et sa mort n’est pas établi, mais la question se pose cruellement.
Cette mort n’est pas sans provoquer de nouveaux commentaires D’après une journaliste du journal L’Ardennais « L’annonce de son suicide (…) a suscité de vives réactions sur le site internet du journal, ainsi que sur la page Facebook qui a enregistré pas moins de 772 commentaires dont plus de la moitié, d’une violence extrême allant jusqu’à l’appel au meurtre, a dû être supprimée.»
Sur d’autres sites d’actualité, on peut lire ce genre de propos : « Je ne me réjouis pas de la mort de cet individu, toutefois, je n’éprouve aucun sentiment de compassion pour lui. J’aurais aimé que cet homme ait mis fin à ses jours accablé par le remords… ce dont je doute, le soupçonnant de n’avoir pensé qu’à sa petite personne en voulant quitter cette Terre seulement sous la pression extérieure que son acte abominable a suscité. Lâche dans ses actes jusqu’à la fin !» Finalement peu de compassion et d’humanisme, comme si l’amour de l’animal auréolait l’auteur d’une supériorité morale qui le rend apte à juger.
Arrêtons nous là, tant il est évident que ces exemples ne prouvent en aucun cas que la protection animale soit forcément associée à des comportements de ce genre. Les débordements de haine internautiques ci-dessus montrent seulement qu’une émotion légitime envers un acte insupportable libère une parole haineuse et violente, et cela incite donc à la prudence et à la retenue sur les sujets de ce genre. Bien sûr, rien ne dit que ceux qui tiennent ces propos violents soient impliqués réellement dans la protection animale. Alors regardons les véritables activistes des droits des animaux, et gageons qu’ils se comportent mieux.
Le Front de Libération des Animaux (ALF en anglais)
Ce groupe d’action organisé de façon non-pyramidale, c’est-à-dire en cellules autonomes qui sont considérées membres du front dès lors que leurs actions répondent à trois critères, est considéré par le FBI comme un groupe terroriste (le groupe n’a tué personne a ce jour, mais la menace est constitutive du terrorisme). On estime que l’ALF met en place une action par jour dans le monde.
Aux USA, les cellules d’ALF vandalisent les maisons et les voitures de scientifiques travaillant avec des modèles animaux sur la physiologie, diffusent sur internet les adresses et noms de leurs époux(ses) et enfants ainsi que l’école qu’ils fréquentent. On a également rapporté l’utilisation de dispositifs explosifs, parfois factices mais parfois véritables. Plusieurs scientifiques estimés par leurs collègues ont démissionné suite à ces harcèlements, ce qui signifie que des programmes de recherche dont dépendent les futures découvertes sur les maladies comme le sida, Alzheimer ou le diabète, ont été stoppés. Le pouvoir de nuisance de ces groupes extrémiste est donc bien réel, au moins sur les malades et leurs proches.
Un exemple édifiant.
En 1999, le front de libération animal veut faire fermer une ferme fournissant des animaux de laboratoire à Newchurch en Angleterre. Tous les moyens sont bons : pendant 5 ans se succèdent manifestations, dégradations, incendies, menaces de mort envers la famille Hall, ses employés, ses enfants… et même profanation de la tombe et vol du corps de la belle-mère du propriétaire. Sous la pression, le propriétaire a finalement renoncé à élever des cochons d’inde pour revenir à des élevages plus traditionnels. Le corps volé a finalement été retrouvé par la police.
PETA (Pour un Traitement Ethique des Animaux)
Bien sûr, on ne peut absolument pas confondre toute la cause du droit des animaux avec ce petit groupe fanatique. Il est plus honnête de considérer le travail réalisé par PeTA (People for the Ethical Treatment of Animals). Fondée en 1980, c’est sans doute la plus influente organisation du domaine avec 3 millions de membres et 300 employés. Elle se fait connaître en dénonçant les mauvais traitements de singes dans un laboratoire de traumatologie. On a par la suite évoqué la possibilité que les photos fussent des mises en scène[2][2].
La cause, nous l’avons dit, est bonne. Mais qu’en est-il des faits, des actions de PeTA ? Eh bien PeTA refuse de condamner les actes du front de libération animale (ALF). Actes jugés terroristes, souvenez-vous. PeTA fournit de l’argent aux cellules de ALF, en tout cas celles qui se retrouvent face à la justice. Parmi les autres actions de PeTA, il y a cet encouragement curieux aux enfants de boire de la bière plutôt que du lait, et la critique absolue adressée aux chaines de fast-food qui font cuire des steaks végétariens sur le même grill que la viande. Enfin, PeTA recueille des milliers d’animaux de compagnie chaque année, mais au lieu de leur trouver un foyer, elle en euthanasie 90%.
Ce taux est de 2-3% pour la SPA… Mais dans le même temps, on doit bien admettre qu’une association comme la SPA, en concentrant ses efforts sur les animaux de compagnie, est sans aucun doute coupable de spécisme envers toutes les espèces qu’elle ne protège pas activement (rats, insectes, « nuisibles », etc). En toute rigueur, la critique se tient, mais on pourra tout de même juger que l’action de la SPA est bénéfique et doit être encouragée car elle ne cause de mal à personne.
Ce qui vient d’être dit sur Péta est profondément étonnant car cela ne cadre pas avec le niveau de moralité attendu d’un mouvement de ce genre. Il semble indispensable de citer des déclarations de responsables de PETA ou d’organisations affiliées pour vérifier si leurs idées
« Dans un monde parfait, il n’y aurait que des animaux qui ne sont pas humains, ils seraient libérés de toute ingérence humaine, et vivraient en harmonie avec l’écologie. » (Position de PETA sur les animaux domestiques)
« Je ne suis pas morose, mais j’aimerais mieux ne pas être en vie. La vie n’est rien en soi, il n’y a que la nature dans son entité qui a de l’importance. La place que j’occupe aurait plus de valeur si elle était vide… comme ça, rien ni personne ne souffrirait à cause de moi. » Ingrid Newkirk, présidente fondatrice de PETA.
« Même si les tests animaux produisaient un remède contre le sida, nous serions contre.» Ingrid Newkirk, citée dans « Politics, » Vogue, September 1989, p. 542.
« Même si elle ne provoque aucune douleur, la recherche est fasciste et suprémaciste » Ingrid Newkirk, Washington Magazine, 1986
« Selon nous, d’un point de vue éthique, nous n’avons pas à protéger les nouvelles espèces développées au moyen de croisements sélectifs… nous ne nous opposons pas à l’extermination des animaux domestiques puisqu’ils sont nés de la manipulation des hommes. » (Wayne Pacelle, cité dans Animal People)
« Le chat, comme le chien, doit disparaître. Nous devrions libérer les chats domestiques de notre domination en stérilisant, stérilisant et stérilisant encore jusqu’à ce que notre pathétique version du chat ait cessé d’exister. » John Bryant, Fettered Kingdoms: An Examination of A Changing Ethic (Washington, DC: (PeTA), 1982, p. 15.
« Je déteste le « bien-être animal », c’est comme dire « Battons les esclaves seulement trois fois par semaine et non plus cinq fois. » ; « La question n’est pas d’aimer les animaux. C’est de se battre contre l’injustice. Mon objectif est que les humains aient le moins de contact possible avec les animaux. » Gary Yourofsky, fondateur de Animals Deserve Adequate Protection Today and Tomorrow (ADAPTT), et conférencier au sein de PeTA’.
« Si la guérison naturelle n’est pas possible, compte tenu des ressources de l’environnement, cela peut etre une bonne chose pour l’organisme de changer de forme. Certaines personnes appellent ça mourir.» —Sydney Singer, director, Good Shepherd Foundation, The Earth Religion (Grass Valley, California: ABACE Publications, 1991), p. 52.
« La vie d’une fourmi a autant de valeur que la vie de mon enfant. » (Micheal Fox, vice-président, « Inhumane Society », Fox Publication, 1992)
« Un seul rat mort pour trouver un remède à toutes les maladies serait déjà inadmissible. » (Chris Derose, directeur, Last Chance for Animals, cité dans « Biting Back », Los Angeles Times, 1990)
On a demandé à Susan Rich, coordinatrice des communications pour l’organisme PETA : « Si vous étiez sur un radeau de sauvetage avec un bébé et un chien et que le radeau devait chavirer, lequel sauveriez-vous? » Réponse de Rich : « Je ne suis pas sûre; peut-être l’enfant, peut-être le chien. » (Steve Kane Show, WIOD-AM Radio, Miami, Floride).
Quelle philosophie ?
Mais, encore une fois, si l’on considère qu’il est peut-être injuste de s’arrêter sur les paroles hors contextes de ces leaders des mouvements de protection animale, tournons-nous vers des écrits des autorités intellectuelles du mouvement. Tom Regan, professeur de philosophie à l’université de Pennsylvanie, est auteur du premier ouvrage philosophique consacré à la question du droit des animaux (Les Droits des animaux). Il est considéré comme le leader philosophique des mouvements de protection animale. Il estime que la mort d’un humain et celle d’un animal ne représente pas un dommage équivalent. Parce que les humains possèdent des « intérêts scientifiques, philosophiques, esthétiques, sacramentels dont sont dépourvus les autres animaux », un être humain en bonne santé a plus à perdre en mourant qu’un animal en bonne santé. Pour autant il milite pour la totale abolition de la recherche scientifique sur les animaux, ce qui le conduit à une position qui semble franchement en contradiction avec ce qui vient d’être dit : « Le point de vue des droits ne peut se satisfaire que d’une totale abolition de la recherche. Même en admettant que nous risquions d’être exposés dans le futur à des maux plus grands que ceux des animaux de laboratoire, et même en admettant que le nombre des humains et des autres animaux qui bénéficieront de ces travaux est supérieur à celui des animaux utilisés, cette pratique demeure mauvaise car injuste. » (Tom Regan — The Case for Animal Rights, p 389). On se rend compte que les conclusions pratiques qu’il tire de sa théorie morale vont à l’encontre de l’utilitarisme : il admet lui-même que sa position peut causer plus de mal que de bien, et il semble s’en satisfaire, donnant par là même l’absolution aux activistes extrémistes.
On est en droit de s’étonner des conclusions auxquelles aboutissent des personnes aussi influentes au sein des mouvements de protection des animaux.
Quelle rhétorique ?
L’argumentaire des protecteurs des droits des animaux contient suffisamment de bons arguments pour qu’on n’accepte pas les débordements, les exagérations et les sophismes.
Le point Godwin des protecteurs des animaux consiste à comparer l’abattage des animaux de boucherie avec l’extermination des juifs lors de la seconde guerre mondiale et de prétendre que toute objection est nécessairement une marque de spécisme. Il suffit pourtant de se rapporter aux écrits de Tom Regan pour voir que la comparaison est, au mieux, abusive. Le concept de zoocide est suffisamment grave pour ne pas le comparer de force à un génocide.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est tout aussi abusif de comparaison du le traitement des animaux de cirque avec l’esclavage des Noirs.
Combattre l’utilisation des animaux dans la recherche scientifique en l’estampillant toute entière « vivisection » est une insulte aux animaux qui souffrent vraiment de traitements douloureux.
On lit trop souvent que la recherche animale est inutile, que les résultats ne sont pas applicables aux humains, que l’on tue des millions d’animaux pour rien, voire que ces méthodes sont dangereuses pour la santé humaine. On est très clairement dans un discours anti-science. Qu’en est-il en réalité ? Au 20ème siècle les recherches sur les animaux ont par exemple permis de comprendre le cycle de vie de la malaria et l’étiologie de la tuberculose. Les thérapies géniques de ces dernières années produisent des vaccins. Une étude de 2000[3] a montré que la recherche animale associée à 150 molécules testée a permis de détecter la grande majorité des 211 effets toxiques que ces molécules peuvent avoir sur l’humain. Bref : ça marche, et c’est pour cela que les scientifiques continuent de travailler ainsi.
Le simple fait de pouvoir dresser cette liste est le constat d’un échec partiel des mouvements de protection des animaux malgré leurs nombreux succès et leur utilité de premier ordre dans le débat public. L’extrémisme idéologique d’une partie non négligeable des militants est préjudiciable à la cause. Vivre et penser à travers le crible exclusif de l’antispécisme est aussi dangereux que n’importe quelle autre forme de dogmatisme, il polarise le débat entre le camp des bons et celui des mauvais, instaure une dictature de la pensée à l’intérieur du groupe militant. On retrouve cette polarisation et ce dogmatisme dans une partie du mouvement végan dès lors que l’idéal se transforme en intégrisme (c’est-à-dire que l’idéologie s’installe dans chaque aspect de la vie)
« Je crains l’homme d’un seul livre » Thomas d’Aquin.
Un zoocide.
L’espèce humaine soixante milliards d’animaux par an pour se nourrir, se vêtir, etc. Si l’on compte les poissons et autres animaux marins, le chiffre dépasse mille milliards. C’est une situation frappante, sidérante. Il ne semble pas déplacé de parler de véritable zoocide, puisque ces morts d’animaux d’élevage ou sauvage s’accompagne de la destruction des milieux naturels qui conduisent à un taux d’extinction d’espèce alarmant. Pourquoi ne pas communiquer sur ces chiffres sans les barbouiller de jugements moraux ou de comparaison discutables ? Pourquoi le militant ne pourrait-il pas faire de l’autre, le non-militant, un futur allié, l’amener en douceur à changer d’opinion ? C’est pourtant bien plus efficace que prendre le parti de la culpabilisation qui renforce les résistances cognitives.
Quand ils vilipendent l’éditeur d’un livre dérangeant « Cruauté envers les animaux » où l’auteur présente à la manière d’un catalogue Ikea des sévices absurdes à des animaux forcément innocents, les pro-animaux se couvrent de ridicule. En se drapant dans le costume des outragés dans lesquels paradent si communément les religieux offensés par la libre pensée, ils font reculer leur cause. On les dirait incapables de gérer leurs émotions, comme s’il leur fallait crier que le mal est mal et qu’il faut le punir pour supporter leur propre existence. Qui cela pourrait-il convaincre?
Happening de PeTA
Le discours des pro-animaux dès qu’il se teinte de misanthropie ne peut pas être convaincant, il devient incommunicable : seuls ceux qui pensaient déjà ainsi sont rassurés dans leurs convictions par ce discours, tandis que les autres ne reçoivent que la partie misanthropique qui leur permet de disqualifier le propos entier. Game over. Ce discours est clivant là où il devrait communiquer les valeurs antispécistes : il est donc nuisible à tout le monde.
Non, les animaux ne sont pas plus généreux, plus attentifs, plus fidèles que l’Humain. L’Homme et les autres animaux ont moins de différence qu’on veut le dire. L’humain n’a pas l’apanage de l’intelligence, de l’outil, de l’amour… Mais il n’est pas non plus celui qui a inventé l’égoïsme, la violence ou la duperie, il n’est pas responsable de tous les maux, et nous en tant qu’individu avons le droit de poursuivre nos aspirations propres, sans que l’on nous tienne pour responsable de toutes les atrocités perpétrées dans le monde. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons réellement faire face à ces responsabilités qu’en dernière extrémité, nous sommes les seuls à pouvoir assurer.
L’exploitation des animaux, notre indifférence face à la souffrance animale sont peut-être les choses qui dans mille ans donneront un nom infâme à l’époque dans laquelle nous vivons, tout comme beaucoup de nos contemporains ont jugé bien mal le Moyen-Âge… Mais le changement d’époque vers une civilisation plus respectable ne se fera pas à marche forcée sous la férule d’un Front de Libération des Animaux qui fait beaucoup plus de mal que de bien.
[3] Olson, H., G. Betton, D. Robinson, K. Thomas, A. Monro, G. Kolaja, P. Lilly, J. Sanders, G. Sipes, W. Bracken, M. Dorato, K. Van Deun, P. Smith, B. Berger, and A. Heller. 2000. Concordance of the toxicity of pharmaceuticals in humans and in animals. Regulatory Toxicology and Pharmacology 32: 56–67.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2014/10/souvenirs.jpg370538Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2014-10-20 14:33:002018-05-02 23:15:01Les défenseurs des animaux ont-ils raison ?
Ce propos de Christine Boutin dans une interview donnée au magasine Charles d’avril 2014 a été répercuté avec gourmandise dans toute la presse nationale, et il a suscité de nombreuses réactions outrées dans tous les milieux. Visiblement, il y avait beaucoup d’émotion en jeu. Arrêtons nous sur le mot « Abomination« : « Ce qui suscite l’horreur ». Indéniablement, c’est assez violent, et implicitement haineux.
Madame Boutin est abominée.
Les réactions :
— Franck Riester (UMP) : « Scandalisé par les propos indignes de Christine Boutin sur l’homosexualité. Tout simplement une honte. »
— Jean-François Copé (UMP) « Les propos de Christine Boutin sur l’homosexualité sont insupportables, inacceptables, impardonnables. »
— Compte twitter du Parti Socialiste «Le Parti socialiste condamne les propos homophobes de Christine Boutin »
Abomination, n.f.
Horreur, dégoût quasi sacré qu’inspire ce qui est impie, maudit, mal ou monstrueux.
Des centaines d’internautes ont commenté, scandalisés. Face à ces critiques, Madame Boutin admet que ses propos ont été « maladroits » mais a refusé de répondre à une journaliste qui voulait savoir si elle continuait de les penser.
Quelques autres abominations bibliques, comme se raser ou manger du homard…
Justice ?
Christine Boutin passera en jugement dans un an. Cela signifie que la justice française juge la plainte recevable : dire que l’homosexualité est une abomination relève donc d’un propos qui n’a a priori pas sa place dans la république. Il sera temps d’y revenir quand aura lieu le jugement.
Mais madame Boutin a évoqué une origine Biblique. Et elle a raison.
« Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination.» (Lévitique 18:22).
Nous sommes en présence d’une affaire où une personnalité politique sera jugée pour avoir prononcé une parole directement tirée de la Bible.
Que peut-on en conclure ? Que le livre dont est tiré la citation visiblement fautive contrevient sans doute à la loi qui interdit les ouvrages incitant à la haine.
Il y a fort à parier qu’aucun des responsables politiques ou des journalistes qui ont dénoncé les propos de Madame Boutin n’ira au bout de la logique de cette affaire. Il semble qu’un voile d’immunité protège les religions à notre époque. Pourquoi ?
Quelle est la place de cette icône de l’Ancien testament qu’est le Décalogue, Table de la Loi confiée à Moïse par Dieu ?
Dans les débats d’idées entre les pro- et les anti-religions revient souvent l’argument que Dieu est la source de la moralité humaine : la connaissance du bien et du mal est garantie par la parole de Dieu, et donc de la Bible (pour ceux dont elle est le livre sacré). Et de manière générale, il semble que les 10 commandements, le Décalogue, soient la partie de la Bible que le plus grand nombre de croyants désigne comme le repère le plus solide.
Par ailleurs, des travaux récents ont mis en évidence un fait curieux. Statistiquement les personnes qui se définissent elles-mêmes comme athées/agnostiques ont en moyenne une meilleure connaissance des religions que les chrétiens, juste devant les mormons (et les juifs).
En conjuguant ces deux faits, on peut se demander si les croyants qui s’en remettent au décalogue comme source ultime de leurs jugements moraux ne le font pas pour de mauvaises raisons, à savoir le bouche à oreille, la tradition, une certaine crédulité (considérée comme une qualité dans la bible) et un manque de connaissance du texte.
Un texte indépassable ?
Parmi les productions intellectuelles humaines, citons les Lois de Newton, les équations de Maxwell, le principe de la Sélection Naturelle, la théorie de la relativité, les symphonies de Beethoven, les pièces de Shakespeare, de Racine, de Molière… toutes peuvent être condensées en un texte. Quelles sont les chances qu’une personne lambda prise au hasard dans la population soit en mesure d’améliorer le travail de Newton ou de corriger le style de Mozart ? C’est à cela que l’on peut mesurer la valeur ajoutée que représentent ces œuvres : elles sont de véritables sommets dans ce que l’esprit humain peut concevoir.
Nous allons brièvement tenter la même expérience avec les 10 Commandements. Le lecteur servira de cobaye, d’individu lambda.
D’abord faisons la liste des 10 commandements que l’on trouve dans Exode 20 (dans la traduction de Louis Segond), et notons au passage que le texte ne dresse pas une liste claire de 10 éléments, ce qui fait que la liste varie selon les interprétations.
1 — Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi.
Le texte dit : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. »
2 — Tu n’adoreras point d’idole
« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant d’autres dieux que moi, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.
3 — Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain.
« Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain. »
4 — Souviens-toi du jour du sabbat.
« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. »
5 — Honore ton père et ta mère.
« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »
6 — Tu ne tueras point.
7 — Tu ne commettras point d’adultère.
8 — Tu ne déroberas point.
9 — Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
10 — Tu ne convoiteras point
« Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. »
Analyse sommaire du Décalogue.
Constatons que les commandements 1 à 4, les plus importants, les plus développés, concernent Dieu lui-même, le culte qui lui est dû, sa jalousie et les punitions promises en cas d’entorse à ces règles ultimes. Autant dire que l’apport moral est difficile à percevoir. Quelle aide ces commandements apportent-ils à nos vies quotidiennes pour nous aider à faire les bons choix, à être bons avec les autres ?
Pire. Si l’on croit à la liberté de pensée et à la liberté d’expression (valeurs morales s’il en est) on pourra même trouver que ces quatre commandements mesquins sont du mauvais côté de la barrière qui sépare le bien du mal.
Le commandement 5 est curieux. Il semble impliquer qu’un individu, du simple fait qu’il est parent, doit être honoré. Le commandement n’est assorti d’aucune dérogation ni modalité. Il semble plus juste de penser que l’on doit honorer toutes les personnes honorables. Certes, on interprète ce commandement aujourd’hui comme une première forme de sécurité sociale : les jeunes doivent secourir la vieillesse et la dépendance. Mais déjà, une interprétation est nécessaire pour faire de ce commandement un véritable atout moral.
« Tu ne tueras point » n’arrive qu’en sixième position. Stupéfiant. Il est pourtant celui qui vient le premier à l’esprit. Le lecteur lamdba n’aurait aucune difficulté à en faire le premier commandement. La Bible n’en a pas été capable.
Ensuite viennent l’adultère puis le vol, puis le faux témoignage (le mensonge, en somme). On pourrait considérer qu’il serait plus simple, plus efficace et surtout plus exhaustif de rassembler tout cela dans un seul commandement qui exigerait de ne pas nuire à autrui, d’être honnête, de ne brutaliser personne. Si la brutalité ne fait pas partie des préoccupations du dieu de la Bible, elle nous préoccupe, nous, et nous pourrions en quelques instant améliorer le texte en ce sens.
Le dixième commandement est probablement le pire, le plus immoral.
« Tu ne convoiteras point » ce qui est en cause, ce n’est pas un acte, c’est une pensée. Le dixième commandement est celui d’une police de la pensée, et le dieu de la Bible est parfaitement disposé à punir les contrevenants à cette règle. Quant à l’objet de la convoitise, il s’agit de tout ce qui appartient à ton prochain… Et sa femme en fait partie.
La sujétion de la femme, sa relégation au rang de propriété du mâle ne fait pas partie d’une vision du monde saine et morale. Et ceux qui nous répondent que cette vérité est facile à dire au XXIème siècle mais impossible à écrire au temps de Moïse admettent ipso facto que le texte n’est pas un guide moral qui fonctionne de nos jours, car même au temps de Moïse, le créateur de toute chose dans l’univers aurait pu imposer le respect aux femmes au moins aussi facilement que le respect du sabbat, sinon son utilité en tant que boussole morale est nulle.
De nouveaux commandements ?
A présent venons-en à ce qui n’est pas dans le Décalogue (et nulle part ailleurs dans la Bible). Le lecteur lambda du XXIème siècle, si on lui demandait de dresser une courte liste de grands principes qui, s’ils étaient respectés, produiraient un monde plus juste, plus moral, n’écrirait sûrement pas le Décalogue.
Peut-être commencerions-nous par citer ce qui est sans doute le texte de l’Histoire le plus important à cet égard, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et le premier commandement serait :
1 — Les humains naissent libre et égaux en droit.
L’égalité Homme-Femme serait assurée, toute forme de dictature implicitement désavouée, ce serait un point de départ autrement plus pertinent que de commencer par établir la jalousie obsessive d’un Être suprême prompt à punir les enfants pour la faute des parents.
En deuxième place, nous pourrions sans doute établir une bonne fois pour toute ce qu’est le respect de la dignité humaine et corriger l’oubli le plus inexcusable de ces tables de la loi : l’esclavage.
2 — Chaque individu est une fin en soi et ne doit jamais être traité comme un moyen. Aucun humain ne peut en posséder un autre.
Je sais ce que vous allez me dire : les articles 1 et 2 se recoupent un peu, mais j’ai tendance à penser qu’ils contiennent les principes sur lesquels on peut s’autoriser à enfoncer le clou, histoire d’éviter toute velléité future d’interprétation si vous voyez ce que je veux dire.
A coté de ces principes, le troisième commandement pourrait donner une règle de vie pragmatique. La règle d’or semble toute indiquée.
3 — Traite autrui comme tu voudrais qu’on te traitât.
Lorsque nos actions ou nos décisions ont des contextes subtils, complexes avec des ramifications de conséquences, les principes précédents ne suffisent pas forcément. Le Bien absolu n’existe sans doute pas, la règle morale absolue devra donc être relative, et sans être versé dans les arcanes de la philosophie, on pourra trouver aisément que le principe utilitariste [http://fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme] est une bonne approximation de la règle à suivre.
4 —Que tes actes produisent le plus grand bien-être au plus grand nombre et amoindrissent la souffrance générale et de chacun.
En termes de morale, nous pourrions nous arrêter là. 4 commandements suffisent à établir des règles supérieures au Décalogue.
Mais si l’on est tenté de réfléchir plus loin, on peut se demander bien vite pour quelle raison le décalogue est de si piètre qualité. Pourquoi n’a-t-il jamais été amélioré alors que nous voyons que la chose est simple. Cette question est très pertinente, et elle nous permet d’ajouter un cinquième commandement :
5 — Toutes les connaissances doivent être mises à l’épreuve et améliorées par l’expérience et le questionnement.
Afin de s’assurer que l’amélioration des connaissances puisse affecter notre liste elle-même, ajoutons :
6 — Aucune idée, aucune pensée ne doit être interdite, mais aucune ne doit être soustraite à la critique.
Et nous aurons terminé d’établir une liste de nouveaux commandements dictés par le bon sens, la raison et le désir d’assurer le bien-être du plus grand nombre. Tâche qui nous aura pris quelques minutes de réflexion, quelques heures de discussion, et qui s’avère donc bien plus simple que réécrire Les Fleurs du Mal ou Le Trône de Fer.
En conclusion :
Nous savons que notre moralité, ce que nous jugeons bien ou mal, socialement acceptable ou tabou ne nous est pas dicté par la religion, puisque personne dans les démocraties n’applique à la lettre le Lévitique qui réclame la mort d’à peu près tout le monde, ni les versets du Coran qui exigent la décapitation ou la lapidation des gens un peu trop libres dans leur tête. Cela veut dire que nos jugements moraux viennent d’ailleurs, et en partie de la nature, héritage des instincts protecteurs du clan qui ont permis à nos ancêtres d’assurer la survie de leur descendance. Mais ces instincts moraux peuvent maintenant être transfigurés par la raison, et sans réelle difficulté.
https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2014/10/Gebhard_Fugel_Moses_erh-C3-A4lt_die_Tafeln.jpg1024754Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2014-10-14 18:28:002017-08-08 18:05:00Les 10 commandements et la morale.
Les membres de la manif pour tous ont raison quand ils disent que l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer, quand ils s’inquiètent de la marchandisation des corps et réclament le respect de la famille.
En effet la Gestation Pour Autrui (GPA) pose question : peut-on accepter qu’une femme loue son corps pour neuf mois afin d’y faire grandir un bébé, en mettant peut-être sa santé en danger dans l’opération ? Peut-on la dépouiller de tous les droits sur l’enfant qu’elle mettra au monde ? Cela pose le problème de l’encadrement technique, juridique, médical, du coût (estimé à 150.000$), et en matière d’éthique la question de la position de la mère porteuse envers l’enfant à naître. Le droit de chacun à connaître ses parents et à être élevé par eux ne peut pas être balayé de la main. Peut-on accepter qu’on « achète » un enfant ?
Dans un pays qui augmente les impôts tout en diminuant les prestations familiales, on peut légitimement questionner la position du gouvernement par rapport à la famille. Et cela seul suffirait à justifier que les « défenseurs de la Famille » descendent dans la rue pour cette Manif pour Tous. Les anti-GPA ont tellement raison que le premier Ministre naguère favorable à la GPA, quand il parlait au magazine Têtu, s’est soudain rendu compte, sans doute avec la plus grande sincérité, qu’il était contre, et l’a déclaré dans les pages du magazine La Croix deux jours avant la manif de dimanche.
Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! Devise des traitres depuis toujours.
Toutefois la lutte contre la GPA n’est pas le cœur de l’action de la Manif Pour Tous qui occupe les rues de Paris le 5 octobre (70.000 selon la Police, 500.000 selon les organisateurs, un écart qui se creuse entre la communication et la réalité). La MPT s’est structurée autour du refus du mariage homo, et elle se bat maintenant pour l’abrogation de la loi Taubira au nom de la protection de la famille, en tant que sanctuaire où grandit l’enfant. Ici encore, on peut réussir à voir en quoi ils peuvent avoir raison : au vu de la dégradation des résultats scolaires des jeunes français, il n’est pas idiot de fortifier la famille, de l’aider dans sa mission d’éducation des futurs citoyens. Ces préoccupations peuvent être les nôtres.
Tout cela étant dit, bien évidemment…
Cela ne les empêche pas d’avoir (tellement !) tort.
Les gens de la Manif pour Tous qui protestent contre la GPA n’arrivent pas drapés d’innocence et de bons sentiments. Sans qu’il soit question de faire un procès d’intention, on les connait, on sait dans quelle idéologie baigne leur organisation. Ce qui les rassemble d’abord est le refus du mariage homo et la défense d’UN modèle familial bien particulier, ce qu' »on appelle la cellule nucléaire : papa, maman, et deux ou trois enfants, modèle que les anthropologues ne jugent ni universel ni spécialement naturel dans l’histoire de l’humanité. Leur discours outrancier et pseudo-universaliste (c’est-à-dire l’universalisme de ceux qui prennent leur cas pour une généralité) est finement travaillé, et il devrait donc se concentrer sur les vrais bons arguments à leur disposition. Quelle surprise, dès lors, de les entendre s’horrifier à mauvais escient à tous propos.
Extrait du message de la MPT en janvier 2013.
1 — Ils sont contre « l’idéologie du genre inculquée dans les écoles ».
Il est très intéressant de s’arrêter sur l’aspect idéologique de cet argument, et de se demander justement à partir de quand on peut considérer de quelqu’un qu’il est aveuglé par son idéologie. Par exemple quand des dizaines d’études en psychologie et en sociologie étalées sur plus de vingt ans démontrent les unes après les autres que le « genre » est une construction sociale et culturelle plutôt qu’un attribut biologique, que les goûts des hommes et des femmes (les couleurs, les professions, les loisirs) proviennent en majorité d’un conditionnement de la société (sans jugement de valeur : ce conditionnement peut très bien être une bonne chose a priori), quand les faits s’accordent, que les experts donnent leurs conclusion et que malgré tout on reste sur ses positions en criant au complot… est-on aveuglé par son idéologie ? La réponse ne semble pas très compliquée.
Exemple de message idéologique peu enclin à susciter la réflexion
2 — Ils sont contre la PMA pour les couples homos, mais la tolèrent pour les couples hétéros.
Au gré du cortège, on nous rassure pourtant : « On n’est pas homophobes mais mariageophiles », mais le mariage et les droits qui vont avec, et notamment la Procréation Médicalement Assistée, ce n’est de toute évidence pas fait pour les homosexuels, et ces derniers (ou en tout cas les associations qui veulent les représenter) sont accusées sans rire de vouloir détruire le mariage et la famille simplement parce qu’ils veulent y participer : se marier comme le autres et avoir une famille comme les autres, c’est-à-dire reproduire le modèle social (que ce soit une bonne ou une mauvaise idée). En somme le concept du mariage et des liens qui font la famille sont déclarés propriété privée des manifestant de la MPT qui se sentent plus légitimes à les définir que ceux qui veulent les élargir à des types de famille moins traditionnelle. Cette légitimité ressentie, bien sûr, n’est étayée par aucun argument. Elle est, point.
Nos doctes manifestants sont persuadés de faire le bien en protégeant LA famille, vous savez le modèle Ami Ricoré, et hurlent à la « Familiphobie » en vertu du plaisir coupable des chrétiens qui raffolent du sentiment biblique de se sentir victimes d’une oppression injuste. Qu’il me soit permis, même si ce n’est pas très politiquement correct, de pointer du doigt ce trait de caractère d’une frange de la France amoureuse des histoires de martyr où la souffrance est la monnaie du rachat des âmes.
Pour être tout à fait clair, une majorité des personnes qui manifestent réclament l’abrogation d’une loi (le mariage homo) qui en 12 ans d’application dans différents pays d’Europe ne semble poser aucun problème à la société, à l’économie, à la morale ou à tout ce que vous voulez. Ces personnes s’accordent à trouver que le chômage est un problème plus important, que le gouvernement devrait s’en occuper en priorité, mais on ne les trouve pas dans la rue pour des questions de pouvoir d’achat ou de chômage ; ils manifestent pour recommencer un long débat législatif quasi-impossible sur une question jugée secondaire. « Pardon de le dire » (comme dirait JF Copé), mais c’est illogique.
3 — Ils dénoncent l’exploitation du corps de la femme et la marchandisation de l’humain.
Sur le sujet précis de la GPA, c’est leur argument le plus fort, et il est recevable. Mais il a ses limites. Sans revenir sur la comparaison de Pierre Bergé, qui disait en substance : « l’ouvrier vend ses bras, pourquoi une femme ne vendrait pas son ventre ? », penchons-nous sur ce que serait la GPA : une contractualisation de procréation. Seulement, voilà, une femme qui s’engage à produire un enfant, c’est quasiment la définition du mariage au cours des siècles passés. La marchandisation du corps, c’est la tractation entre les familles, c’est la dote, c’est le contrat de mariage, c’est l’obsession de la transmission patrimoniale, le dogme de la propriété. Les arguments anti GPA sont aussi, en dernière analyse, des arguments anti-mariage.
Hypothèse : l’attachement féroce au mariage aveugle sans doute ceux qui défendent l’idée qu’ils s’en font et leur rend insupportable le genre de comparaison qui vient d’être faite.
Continuons de nous interroger. Sur la marchandisation de l’enfant, regardons-nous un peu en face. L’adoption d’un enfant en France ou à l’étranger passe par tant d’étapes et tant d’épreuves qu’il est inutile de tenter cette éreintante aventure en l’absence d’un socle financier confortable. À l’autre bout du spectre, pourrait-on dire, on connait des familles dans lesquelles la naissance d’un nouvel enfant n’est programmée que pour assurer la poursuite des versements des allocations familiales. Qu’on le veuille ou non le lien entre accès à la parentalité et argent existe déjà, il ne va pas naître soudainement d’une éventuelle légalisation de la GPA.
Dimanche, parmi les slogans brandis dans le cortège, on pouvait lire « La femme n’est pas une machine à bébés ». La sociologie des manifestants n’est pas mystérieuse : ce sont essentiellement les milieux catholiques qui trouvent là une occasion de battre le pavé. On y voit les représentants de familles parfois nombreuses dans lesquelles la tradition n’a jamais dit autre chose que : Femme, fais des enfants, occupe-t-en, reste à la maison. Le reste de la France a déjà compris que la femme n’est pas une machine à bébé et n’attend guère d’information sur le sujet de la part des MPT.
Mais alors… Pourquoi nos concitoyens qui manifestent dimanche et se veulent les dénonciateurs de l’exploitation du corps de la femme, et par conséquent les protecteurs du libre droit de chacun à disposer de son corps sont-ils les mêmes que l’on retrouve quand il s’agit de s’opposer à l’avortement et à l’euthanasie ? On a envie de dire FAIL.
4 — Ils ont un discours centré sur l’émotion.
Parmi la forêt de panneaux et de slogan au cours des différents défilés de la MPT, on peut lire « non à l’asservissement de la femme », « Je ne veux pas que ma mère s’appelle Robert », « La loi de Dieu et (sic) bonne », et sur le trottoir les explications des manifestants : « Que dira-t-on à ces enfants plus tard ? Qu’ils ont éte achetés pour quelques milliers d’euros sur internet ? », « Recourir à une mère porteuse c’est de « l’industrialisation », de « l’esclavagisme moderne » ».
Quant à leur communication par image, sur internet, elle ressemble à ça :
Le pathos est une arme déloyale dans un débat sur des enjeux de société.
Tous ces propos ne font pas débat, ils sont des jugements de valeur, des accusations sur les motivations hideuses des pro-PMA et pro-GPA. Il ne s’agit pas d’argument ni de question sérieuse à partir desquelles entamer un dialogue. Plus rarement on voit apparaitre des pancartes comme « Peut-on se prévaloir d’un droit à l’enfant ? » qui posent le genre de vraies questions dont il est possible de débattre. Pourquoi la MPT en produit-elle si peu ? Pourquoi l’essentiel de son propos est-il tourné vers émotion, vers la peur, vers l’illusion de persécution ?
C’est un véritable problème, parce que l’absence de vraie question empêche le débat, et sans débat les idées se défendent par la violence. L’espace d’un paragraphe, permettons-nous de jouer le même jeu, et employons le pathos et l’émotion pour défendre la GPA.
« La GPA est une avancée fantastique, une libération pour la femme et pour la famille. Qu’y a-t-il de plus beau au monde que de donner la vie ? Comment imaginer un acte d’amour plus absolu que d’être le vecteur d’une vie qui démarre, que d’être celle par qui le miracle arrive. La GPA va enfin permettre à des couples empêchés par les accidents de la vie d’avoir un enfant à élever, à aimer, à éduquer dans le respect de notre culture qui chérit la vie, qui chérit l’effort, le dépassement de soi. La GPA et la PMA vont offrir aux enfants des familles qui les désirent, qui ont de véritables projets de vie pour eux. Il y a certainement des milliers de femme en France qui sont désireuses de faire ce geste de générosité, de prendre cet engagement étonnant que la science a rendu possible, bref, inutile d’en rajouter… »
C’est beau un corps de maman, il faut le protéger. (Cette phrase à une puissance dialectique totalement nulle)
Tout ce paragraphe présente les choses d’une manière qui n’est pas fausse et qui n’est guère réfutable, car les arguments sont des sentiments, des émotions, du ressenti, tout y est subjectif. Précisons que je n’ai jamais vu un pro-GPA tenir ce genre de propos. Ici, comme dans tous les débats publics, on a besoin de beaucoup, beaucoup plus d’objectivité.
5 — Ils ne savent pas comment défendre le droit de l’enfant
La protection de l’enfant est le cri de ralliement des anti-GPA, anti-PMA, anti mariage pour tous. Et ce cri est suivi de l’assertion que la famille traditionnelle est parfaite, insurpassable, sans alternative valable, sous vos applaudissements. Là encore, point d’argument, simplement une opinion, une intuition assenée comme une vérité qui s’émancipe des faits, des études scientifiques et du débat. Une vérité au nom de laquelle les manifestants veulent priver de droit les enfants nés d’une GPA à l’étranger. Oui, ces gens veulent punir l’enfant pour la manière dont il est né.
Dans le même temps, nous pouvons observer un certain nombre de chose sans qu’il soit besoin d’aller fouiner dans les foyers, de soulever les secrets d’alcôves, d’épier les familles. Dans la rue, au sein même de la manifestation publique, la MPT nous démontre que la protection de l’enfant n’est qu’un alibi à la défense d’une idéologie.
En 2013 un certain nombre de parents armés de poussettes et de bambins sont allés au contact des CRS, sur des barrières qui délimitaient le parcours autorisé. En refusant d’obtempérer avec les forces de l’ordre, ils étaient à la recherche de l’incident, dans le désir du martyr qui justifierait leur cause. On peut juger la démarche respectable dans bien des cas de figure, celui qui consiste à utiliser l’enfant comme bouclier humain n’en fait pas partie.
2 – Tout au long du cortège, les enfants en poussette ou sur les épaules portent des T-shirt et des drapeaux, parfois des pancartes avec un message politique qui est celui de leurs parents. Pourtant aucun des enfants de 5 ou 12 ans n’avait sa carte de l’UMP ou du FN, une fois en âge, une proportion non négligeable se désolidarisera du message de la MPT ce qui promet des repas de famille agités, d’autant que 5-10% d’entre eux se révèleront homosexuels une fois adolescents/adultes (les chiffres là-dessus sont extrêmement flous et ce n’est pas grave).
Ces enfants ont été utilisés comme slogan vivant par leurs parents, et c’est bien plus grave que ce qu’on tend à dire. La définition du respect de la dignité humaine tient en une phrase toute simple : on doit toujours considérer l’individu comme une fin en soi et jamais comme un moyen. En utilisant les enfants comme moyen de communication, la MPT foule aux pieds la dignité humaine en toute bonne foi et sans jamais l’imaginer, preuve que la bonne foi et le manque d’imagination ne sont pas d’une grande aide.
L’enfant en T-shirt ou bâillonné est le moyen d’expression choisi par la MPT.
3 – Enfin, qu’en est-il vraiment des conséquences des idées de la Manif pour Tous sur le bien être des enfants en général ? Pourquoi ne pas laisser la parole, rien que 1 minutes à l’association « La Ligue du Droit des Enfants » qui répond en vidéo :
Conclusion.
Le Premier Ministre Manuel Valls nous dit le 3 octobre 2014 que la GA c’est « La marchandisation de l’être humain, c’est donc inacceptable »… Mais comment croire vraiment ces mots extrêmement forts puisqu’il disait en 2011 « la GPA est une évolution incontournable, et je crois que si elle est maitrisée, elle est acceptable ». Comment ne pas voir dans la galerie des personnages politiques qui défilent dans les rangs de la MPT une récupération politicienne ?
On est là pour protéger les petits nenfants, pas pour se faire réélire, hein les gars ! Lol.
Le droit de l’enfant, le droit à l’enfant, sont des questions très sérieuses, ce sont des problèmes de fond qui méritent un dialogue apaisé parce que les enfants et la Famille ne sont la propriété d’aucun parti politique, d’aucun lobby, qu’il soit catho ou gay.
Et pourtant on voit que toute l’énergie déployée n’aboutit qu’à de petits compromis entre les blocs politiques :
« J’ai gagné le mariage pour tous.
— Mais moi je t’ai coulé ta GPA.
— Pour la PMA on remet ça l’an prochain ? »
Dans un camp comme dans l’autre, la trahison des idées aux intérêts électoralistes est criante et elle exacerbe les tensions entre les pro et les anti qui se sentent les uns et les autres mal représentés et mal compris. Alors on a vu des milliers de gens défiler dans un camp comme dans l’autre, on a lu des dizaines de slogans à l’emporte-pièce, on a eu droit à des postures à la télévision, à des outrances, à des mots comme décadence ou civilisation, mais où était le débat réclamé ? Beaucoup de bruit pour rien.
Les végétariens ont raison de défendre un régime alimentaire sain en accord avec l’idée de développement durable et le respect de la dignité animale.
Nous sommes en passe (et il est bien temps) d’accorder des droits aux animaux pour empêcher qu’ils soient traités uniquement comme des objets, mais une part de nous reste habituée à l’exploitation de la ressource qu’ils représentent. Le fait de consommer (depuis toujours) des animaux, de les tuer, de les élever parfois de manière cruelle conduit à un phénomène de rationalisation. Ce mécanisme, bien connu en psychologie, nous amène à abaisser la valeur que nous accordons aux objets ou aux individus envers lesquels nous nous sommes mal comportés, de sorte que nous nous inventons une excuse pour notre comportement passé afin de le rendre cohérent, puisque toute incohérence de notre comportement induit une désagréable dissonance que nous désirons fortement éviter. Les végétariens, par leur simple présence, remettent en cause le précieux roman intime que nous nous racontons pour nous déculpabiliser. Parce qu’au fond, ils ont raison, et nous le savons.
Quelques repères lexicaux :
Végétarien : Ne consomme pas de chaire animale ni aucun sous-produit de l’abattage des animaux comme la gélatine (Ceux qui consomment du poisson sont appelés Pescétariens).
Végétalien : Personne consommant uniquement des végétaux (donc ni lait, ni miel).
Végan : Personne ne consommant aucun produit obtenu par l’exploitation animale (élevage ou test sur animaux), que ce soit de la nourriture, des vêtements, des produits cosmétiques
Fléxitarien : ce mot nouveau désigne une personne ayant un régime essentiellement végétarien ou végétalien mais qui pour diverses raisons (souvent sociales) s’accorde des dérogations ponctuelles.
Carniste : Individu qui consomme de la viande. Ce sont un peu les moldus de l’univers végan.
Ces étiquettes servent de typologie, elles sont des conventions de langage et ne correspondent bien sûr à aucun dogme. Aucune loi n’empêche une personne qui consomme du poisson de se considérer comme végétarien. Un prochain article entrera dans le détail des différents régimes et des discours qui les accompagnent.
Le cri de la carotte.
Être végétarien est un choix qui permet de vivre aussi bien que n’importe quel mangeur de bifteck et d’avoir une alimentation aussi variée qu’on peut l’imaginer. Les végétariens ne sont pas responsables du manque d’imagination des autres (dont font partie certains restaurateurs) qui trouvent leur assiette triste si elle ne contient pas un tournedos ou une côtelette.
Les végétariens ne sont pas moins sportifs, moins actifs, moins énergiques. Au contraire, leur choix de vie peut s’accompagner assez logiquement d’une plus grande attention apportée au choix des aliments, à leur qualité, à leur provenance, et de manière générale à l’hygiène de vie. Ils doivent pourtant endurer les remarques agaçantes de quelques carnistes qui considèrent que ne pas manger de viande est un signe de faiblesse (avec le délicieux flou artistique qui consiste à ne pas savoir si la faiblesse serait la conséquence ou la cause de ce comportement).
D’un point de vue écologique (et économique et social), le régime végétarien a bien des avantages. Outre qu’il ne requière pas de tuer (directement) un animal pour produire de la nourriture, ce régime ne nécessite aucune des installations d’élevage de races à viande qui consomment plus de la moitié des récoltes mondiales, produisent des déchets organiques polluants pour les nappes phréatiques (le lisier n’est pas un mince problème en Bretagne) et consomme des quantités importantes d’eau, d’énergie et d’antibiotiques, bref notre consommation en viande pose de sérieux problèmes sanitaires et ne cadre pas avec un développement durable.
Le monde se porterait donc mieux si les humains devenaient universellement végétariens, tandis qu’à l’inverse, les ressources de la planète ne suffiraient pas à nourrir les humains si tous consommaient autant de viande qu’un européen moyen. Il s’agit donc d’un sujet sérieux. Il semble évident que l’idéal de tout végan qui se respecte est de vivre dans un monde où tout le monde serait végan, on pourrait donc s’attendre à ce que le discours des végans soit accueillant, englobant, qu’il invite à la réflexion ceux qui n’ont pas (encore) fait ce choix de vie et les encourage à tenter l’expérience sur les bases rationnelles que nous venons d’évoquer. Or, ce n’est pas vraiment ce à quoi nous assistons.
Cela ne les empêche pas d’avoir tort…
Les images chocs, la dénonciation d’une population complice et donc coupable, la culpabilisation des foules que l’on rend responsables de l’héritage culturel qui leur a été transmis sont des démarches récurrentes dans le monde du végétarisme. On n’hésite pas à avoir recours à la rhétorique de la peur en propageant des informations tendancieuses, voire erronées comme l’exagération de la nocivité de la viande.
Ainsi on partage Un article de Sud-Ouest au titre fracassant : « Manger de la viande réduirait l’espérance de vie » . L’article affirme (bêtement) un lien de causalité directe entre la consommation de viande et l’espérance de vie, quand en réalité les études montrent que l’absence de viande n’est pas la seule particularité du régime végétarien par rapport à la moyenne des autres régimes : la diversité, la qualité des aliments, la culture physique sont aussi différents et ces paramètres là ont très probablement un effet supérieur à celui de l’absence de viande. C’est ce qu’on appelle une corrélation trompeuse ou l’Effet Cigogne : On observe en Alsace un pic de population de Cigognes concomitant avec un pic de natalité : cette corrélation n’indique nullement que les Cigognes apportent les bébés.
Dans le registre des arguments qui ne rendent service à personne, on ne compte plus les messages, les billets ou les commentaires qui comparent les conditions d’abattage des animaux de boucherie avec les camps d’extermination nazis. On a beau être sensible à la cause animale, il semble peu rationnel et en tout cas peu acceptable dans le monde actuel de mettre un signe égal entre la vie d’un être humain et celle, disons, d’un cochon. L’affinité des animaux envers leurs semblables devrait constituer a minima un témoignage de la part de la nature, et notamment desdits cochons. N’est-ce pas le minimum d’humanisme que l’on puisse attendre que d’accorder plus d’importance aux individus de sa propre espèce ? Comparer l’abattage des cochons (immensément critiquable, souvent odieux et indéniablement barbare pour toutes les générations à partir d’un avenir pas si lointain) à l’extermination fanatique d’un peuple, symbole même du crime le plus atroce qui se puisse concevoir, n’est pas apte à susciter la réflexion. Le point Godwin est toujours le point d’arrêt du débat. Pour cela, une telle comparaison ne peut en aucun cas servir la cause de la souffrance animale et du véganisme.
La souffrance animale ne peut plus être le seul argument.
D’aucuns voudront juger « spéciste » mon refus de considérer sur un même plan un génocide et l’abattage de millions d’animaux de boucherie. Sans nier que la question du spécisme peut et doit se poser, j’attire leur attention sur le résultat qu’ils espèrent obtenir d’un tel débat dans le monde actuel et sur l’énergie qui serait mieux dispensée à expliquer les véritables conséquences bénéfiques qu’on peut attendre, à tous les niveaux, d’un changement de régime alimentaire.
Dans les revues et les forums spécialisés, on lit un peu trop souvent des articles qui prennent des libertés avec les faits scientifiques pour affirmer tout de go que l’Homme n’est pas omnivore. Certains végans s’aventurent dans les eaux profondes et tumultueuses de l’idéologie d’où l’on peut tirer toutes sortes de serpent de mer pourvu de les invoquer avec suffisamment de ferveur. On peut alors s’affliger à la lecture que …
1— L’être humain n’est pas fait pour boire du lait de vache ou de brebis en raison de son incapacité à digérer le lactose… La vérité étant que la capacité à digérer la lactose à l’âge adulte s’est répandue chez certaines populations humaines d’il y a 10.000 ans[1] auxquelles elle a apporté un avantage nutritionnel de première importance et a fixé l’activité d’élevage laitier jusqu’à nos jours. Il est donc tout simplement faux de dire qu’il n’est pas naturel pour un adulte de boire du lait ; comme souvent l’appel à la nature est un signe de mauvaise rhétorique. Dans un autre ordre d’idée, on a aussi accusé le lait de causer l’autisme, mais des travaux en 2005 et en 2009 n’ont montré aucun lien[2].
Il serait un pur herbivore naturel. Tout cela est si typiquement faux que notre denture est très similaire à celle du cochon, omnivore s’il en est, que nos intestins ont une longueur intermédiaire entre ceux des herbivores (longs) et ceux des carnivores (courts) et que les primates actuels qui nous sont le plus apparentés sont également omnivores. Par ailleurs, si vous pensez que les griffes sont nécessaires à un carnivore, parlez-en à un requin. Une réponse sur le régime alimentaire « naturel » de l’Homo sapiens est accessible sur cette page : https://www.vrg.org/nutshell/omni.htm#conc (en anglais).
Une fois encore, que cherche-t-on à nous dire ? Qu’il existerait un état naturel où l’homme aurait un comportement alimentaire moralement supérieur ? En plus d’être factuellement erroné, cette approche semble négliger la beauté qu’il peut y avoir à s’élever au dessus des comportements instinctifs et à définir par nous-mêmes, culturellement, sociologiquement, en un mot humainement ce que doit être notre régime pour en tirer plaisir et nutrition tout en respectant des valeurs que l’on chercherait vainement dans la jungle.
3 — Ceux qui ne respectent pas les interdits de leur « caste » (végératien, végétalien, végans) sont la cible d’attaques dont la violence détonne avec la philosophie prônée. Certes, le choix de devenir végétarien / végétalien / végan suppose des efforts et quelques sacrifices dans une société conçue par et pour les omnivores. Les motivations peuvent être multiples (saines, le plus souvent, mais parfois pathologiques) et vont du simple choix gastronomique à l’idéologie de la décroissance globale en passant par le militantisme pour le droit des animaux. Quand la motivation est d’ordre politique ou moral, le discours qui l’accompagne est souvent lui aussi de cet ordre, et l’appartenance à une « communauté » végétarienne / végan / etc. peut devenir le motif pour juger la morale et/ou la position politique de ceux qui n’ont pas (encore) fait le même choix. On a montré que dénoncer un bouc-émissaire était un comportement ancestral très puissant, avec pour bénéfice de souder une communauté autour de valeurs communes. Doit-on se résoudre à employer ces méthodes préhistoriques ?
On assiste à une radicalisation de certains discours autour des étiquettes citées plus haut. Certains végétaliens s’arrogent le droit de critiquer les fléxitariens ou les végétariens, coupables de moins s’investir dans la cause. Certains végans critiquent tous les autres, jugés complices du système qui exploite la souffrance animale, et une grande partie de l’énergie de ces personnes se transforme en croisade contre ceux qui, en définitive, partagent l’essentiel de leurs valeurs.
Carnistes et Végans ont besoin de regarder dans la même direction
Conclusion
Si le régime végétarien (végétalien/végan) est un choix respectable et respectueux, et probablement celui vers quoi tend l’évolution de la société, on ne peut pas le justifier n’importe comment. Utiliser un argument aussi fallacieux que l’appel à la nature, doublé d’une négation de l’histoire évolutive (la consommation de la viande est une étape importante de notre histoire en tant qu’espèce) n’est pas à la hauteur des enjeux.
Il faut cesser de s’abuser sur le niveau d’adaptation de notre corps pour le régime omnivore qui le caractérise ou de culpabiliser ceux qui dérogent au régime idéal. L’abandon des nourritures carnées est un choix moderne qui a besoin d’un discours apaisé, positif et rationnel pour être accepté dans notre culture pour l’instant encore trop réfractaire. Chaque fois qu’un « carniste » a le sentiment d’être l’ennemi des Végans, la cause recule.
Les Saintes Écritures ne sont pas mystérieuses ni équivoques dans le compte-rendu qu’elles livrent de la Création de notre Univers.
Pendant un certain nombre de siècles, les récits de l’ancien testament, et en particulier celui de la Genèse, ont été pris pour ce qu’ils étaient : l’histoire des débuts du monde, le récit de la création de l’Univers et de l’Homme. En tant que tentative assez primitive de répondre à des questionnements fondamentaux, afin de comprendre le monde, ces récits mythiques remplissaient un rôle aujourd’hui dévolu à la science. Le but des Écritures était d’expliquer le monde, il aspire à raconter l’Histoire, et il le fait avec moult détails. Évidemment, il n’était pas question d’allégorie, de symbolique, mais de la véritable histoire telle qu’elle s’est déroulée.
Le monde y était créé en 6 jours de 24 heures. Et la Terre est donc âgée, tout au plus de 10.000 ans.
C’est le point de vue des Créationnistes « Terre Jeune » (CTJ) qui vilipendent la libéralité des interprétations de leurs confrères Créationnistes « Terre Vieilles » qui se rendent coupables de désirer un peu trop fort un accommodement des textes avec les faits et les connaissances produites par la science de ces derniers siècles.
Les Écritures sont explicites sur la chronologie des origines du monde.
Des créationnistes « cohérents ».
Les CTJ font remarquer que Dieu aurait pu créer l’univers en trois millisecondes. Sa toute puissance n’a pas de limite et rien ne l’oblige à passer par d’assommants milliards d’années. Il est donc inutile de se demander ce que Dieu aurait pu faire, mais bien ce qu’il a fait en réalité, et pour cela il faut se fier à ce qu’il a dit.
Genèse 1 est d’une clarté limpide : Dieu réalise sa création en six jours.
Cela est répété dans Exode 20:8-11 «Car en six jours l’Eternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi l’Eternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié.» (Bible Louis Second)
D’ailleurs, il suffit de regarder l’ordre dans lequel il a travaillé pour voir que ce n’est pas compatible avec un univers datant d’il y a 14 milliards d’années.
— La Terre est faite le jour 1. Le Soleil et la lune (et les autres étoiles) : jour 4. Et le mot utilisé (Hebreu asah) veut bien dire fabriqué, et pas dévoilé ou autre interprétation. Il est écrit que le Soleil, les Galaxies et tout le reste est créé après la Terre.
— Le troisième jour sont créés tous les végétaux, des mousses aux fougères, des algues aux séquoias, et avant que le moindre animal ne voit le jour. Il n’y est pas question d’évolution, aucune histoire commune avec des pollinisateurs et aucun soleil pour la photosynthèse ! Mais cela ne dérange pas les CTJ car le soleil était créé dès le lendemain… alors que si les jours durent des millions d’années, ça ne marche pas; L’interprétation CTJ est ici plus… logique.
C’est pourtant simple, c’est écrit, là !
Bien sûr, le mot Jour écrit dans l’Ancien Testament en hébreu peut avoir différents sens dans la langue d’alors et surtout dans celle d’aujourd’hui, mais l’interprétation des Jour-Eons ne fonctionne pas, en vertu de la grande précision du texte de la genèse : « il y eut un matin, il y eut un soir : ce fut le premier jour » (et idem pour les 5 suivants) c’est explicitement un jour de 24 heures, et il a toujours été enseigné en ce sens avant que l’on se mette à vouloir faire coïncider le texte avec les dires de la science moderne.
Le Nouveau testament n’est pas en reste sur le sujet. Jésus a cité la Genèse au sujet de l’origine du mariage : «Mais au commencement de la création, Dieu fit l’homme et la femme » (Marc 10:6). Comment parler de commencement si 5 périodes de plusieurs millions d’années se sont écoulées avant ? Cette citation montre bien que Jésus croit à une Terre Jeune.
Quelles conséquences ?
Bien sûr, cette lecture littérale implique que Dinosaures et Hommes ont pu se croiser, que le déluge était mondial, que l’Arche de Noé a existé, et que l’Humanité entière descend de ses fils.
La lecture littérale de la Bible n’a pas que des mauvais côtés quand on a 8 ans [Image credits: Saddled Triceratops at the Creation Museum in Kentucky originally posted to Flickr by John Scalzi and released under a CC-BY-2.0 license. Obtained from WikiCommons.]
D’un point de vue théologie pur, la discussion semble futile. La majorité des croyants éduqués admettent les données des sciences modernes à la lumière desquelles ils relisent les Écritures avec toujours la distance interprétative adéquate pour transformer en symbole les détails qui ne peuvent plus être accepté dans leur sens littéral. La messe est dite, car la position des accommodationnistes est à la fois irréfutable et socialement souhaitée.
Du point de vue des faits, bien sûr l’astronomie, la géologie, la paléontologie, la chimie, la biologie et le corpus général des sciences de la nature et de l’humain sont formelles : l’âge de l’univers et de la terre se compte en milliards d’années et l’être humain est le produit du long processus de l’évolution au travers du crible des mutations génétiques et de la sélection naturelle. Mieux qu’un fait, c’est l’unique conclusion valide de toutes les théories qui sont à la fois le produit et la source de nos connaissances. Bref, c’est comme ça.
Conclusion
Si les CTJ ont raison sur l’esprit initial des Écritures, comme il semble bien que cela doive être le cas, alors les conclusions qu’ils en tirent sont à considérer avec un minimum de respect. Or, que disent-ils ?
« Les faits sont simples, on ne peut pas logiquement croire à la fois dans l’évolution et dans la Bible. Un choix doit être fait entre les deux. On peut choisir la théorie de l’évolution construite par l’Homme (…) ou bien choisir de croire la Parole du Seigneur qui jamais ne se flétrit mais « demeure éternellement » (1 Pierre 1:24-25). »
L’incompatibilité entre les Écriture et les apports de la science est pleinement dénoncée par les croyants les plus attachés au respect du sens initial des textes. Dont acte.
Pour aller plus loin.
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Lettre ouverte à Dany Caligula, de la chaine Youtube « Doxa ».
Dany, je regarde de temps en temps votre chaine qui « lutte contre les préjugés et les lieux communs ». J’ai été attristé hier par votre vidéo sur l’athéisme et les religions. Elle verse systématiquement dans la facilité, la démagogie et une sorte d’accommodationnisme mou. Je vais devoir être « cynique », puisque c’est ainsi que vous étiquetez un peu hâtivement ceux qui émettraient des critiques sur votre point de vue. Pour des raisons de brièveté, je vais me retenir de revenir sur chacune des phrases qui mériteraient un commentaire pour me concentrer sur les principaux problèmes. Cela va déjà nous occuper un petit moment. D’emblée, je tiens tout de même à vous remercier d’avoir abordé ce sujet. C’est l’occasion de revenir sur quelques-unes des nombreuses erreurs que l’on entend au sujet de l’athéisme et des religions.
De fausses équivalences.
Vous commencez pas dénoncer « les mêmes travers » chez les athées et chez les croyants sans préciser exactement ce qui serait symétrique chez ces deux groupes. Ce manque de précision sera récurrent tout au long de la vidéo. Selon vous, les églises ont commis des persécutions « à l’encontre des messages de leur Bible », ce qui revient à croire que la Bible propose un message d’amour et de paix. Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de Yahvé, massacreur d’enfants, terrifiant dieu jaloux qui a tous les attributs du pervers narcissique : exigeant l’amour de ses créatures, il se repait de la culpabilité qu’il inspire chez sa proie. Je suppose que vous n’aviez pas conscience que le nouveau testament est explicitement en accord avec l’ancienne alliance, c’est-à-dire le message de l’ancien testament. Si la persécution est encore aujourd’hui menée au nom des religions et jamais au nom de l’athéisme, j’y vois un fait significatif, et je m’étonne qu’il vous ait échappé.
Votre désir de paix est réconfortant, et votre intention est bonne, mais la démonstration floue qui vous sert à renvoyer dos à dos athées et religieux extrémistes est au mieux futile, au pire irresponsable. Quand vous dites que « L’athéisme est avant tout une construction spirituelle très concrète basée sur des principes tangibles », vous oubliez que l’athéisme est en fait une vision du monde qui s’affranchit d’un concept divin jugé inutile. Point. C’est bien là le seul point commun à tous les athées. Rien ne les oblige à devenir nihilistes, communistes ou humanistes. Dire le contraire serait donner dans l’essentialisme, dans le préjugé, bien loin des exigences de la philosophie et des objectifs de votre chaîne.
Dieu est courroux
La nature de la morale
Quand vous dites : « Les grands idéaux semblent faire l’unanimité, comme la tolérance, le respect ou la compassion », c’est un peu court, mais on aimerait y croire. On aimerait vraiment y croire, sauf qu’il faudrait pour cela nier la manière dont Yahvé traite ceux qui ne sont pas son « peuple élu », nier que le Coran est jalonné d’appels au meurtre des incroyants, et nier que Jésus soit érigé comme seule et unique voie d’accès au paradis (ce qui signifie l’enfer pour les autres). Je suis étonné que vous n’ayez pas évoqué cela, j’imagine que c’était difficilement compatible avec votre désir d’imposer le statut quo et de rassurer tout le monde pour nous convaincre que personne n’a tort.
En évoquant la valeur morale des dix commandements vous avez fait une très mauvaise pioche. La première table, dans son intégralité, est destinée à glorifier un dieu qui se qualifie lui-même de « jaloux », s’empresse d’interdire toute mention à d’autres divinité, ne souffre pas que des idoles soient adorées, que son nom soit profané, que le jour du seigneur ne soit pas respecté sous peine de malédiction sur treize générations. Le culte du chef absolu et la politique de la terreur semblent plus important que les autres lois qui viennent ensuite et qui sont bien moins développées : honore ton père et ta mère, ne tue pas, ne commets pas d’adultère, ne vole pas, ne produis pas de faux témoignage, et enfin ne convoite rien qui appartienne (la maison, les servantes, les bœufs, ou la femme) à ton prochain. [Cf notre article : les 10 commandements et la morale]
Le décalogue a une valeur morale très… discutable.
La règle d’or, ou principe de réciprocité, que l’on peut énoncer par comporte-toi avec autrui comme tu voudrais qu’il se comportât avec toi n’est pas d’origine religieuse. On la retrouve dans toutes les cultures, et elle dérive de la théorie de l’esprit conjuguée aux contraintes du mode de vie social des humains et des pré-humains. La preuve en est que l’altruisme n’est pas le propre de l’Homme, on le retrouve chez plusieurs animaux (primates, mammifères, oiseaux, etc). Nous vivons malheureusement dans une société qui imagine que cette règle a été inventée par la religion. Le rôle positif de la religion dans la diffusion de cette idée est fort possible, mais la religion est aussi et surtout un cadre qui rend justifiables des comportements autrement impensables comme la torture, l’éradication d’une culture, l’intimidation et la mutilation des enfants.
La règle d’or
Le poids de l’Histoire.
Si, comme vous le dites, l’Espagne du 13ème et du 14ème siècles est un symbole de mélange culturel qu’on admire depuis des siècles (en oubliant un peu que ce mélange se fait à coup de conquêtes militaires, mais soit.), il demeure curieux de vous entendre professer que les merveilles architecturales seraient dues aux « élans religieux ». On est d’abord en droit d’accorder le mérite aux artisans, aux savants, aux bâtisseurs (laïques) de ces édifices remarquables. La beauté des églises, des temples, des mosquées et synagogues n’est pas le résultat de la religion, mais bien plutôt de la concentration des pouvoirs, en particulier du pouvoir financier, dans l’escarcelle des clergés ou des seigneurs désireux de manifester leur crainte de Dieu.
On pourrait vous demander des preuves du lien de causalité entre la religiosité et la capacité à être un artiste. Je vous souffle la réponse que vous connaissez sans doute : l’éducation a très, très longtemps reposé exclusivement dans les mains des autorités religieuses. Une éducation athée, ça n’existait pas. Ce qui est en cause, c’est donc la main-mise de la religion sur la culture au cours des siècles. Notons que des chefs-d’œuvre architecturaux continuent d’être produits, et qu’il ne s’agit plus, la plupart du temps, d’édifices religieux. En revanche, comme vous l’avez rapidement évoqué, les « élans religieux » sont directement responsables de comportements violents comme les croisades ou l’inquisition, et jusqu’aux massacres qui se passent en ce moment même en Afrique, de musulmans par des chrétiens ou de chrétiens par des musulmans.
Le nécessaire respect des religions
Le dilemme du « bon » croyant.
Quand vous attribuez à des « brebis galeuses » les messages violents « sous couvert religieux », vous posez la question de la définition du bon croyant versus le mauvais croyant, mais sans aborder la moindre réflexion dessus. Comment douter que les hommes qui se font exploser au nom de Dieu soient moins impliqués, moins imprégnés de religion que les croyants modérés qui adhèrent aux valeurs morales contemporaines inspirées par le siècle (anticlérical) des Lumières ? Les croyants les plus intégristes sont les plus fidèles aux textes, les plus attachés au sens original, les plus assujettis au code moral périmé qui avait cours lors de leur rédaction ; les qualifier de brebis galeuses est un non-sens, hormis dans le paradigme accommodationniste qui veut la paix à tous prix, serait-ce au sacrifice de l’esprit critique.
En parlant d’esprit critique, je m’étonne que vous soyez témoin d’une « incompréhension mutelle », quand on sait qu’une étude a montré que les athées avaient une meilleure connaissance de la Bible que les croyants (juste avant les juifs et les mormons).
Un athéisme extrême ?
Je suis d’accord avec vous quand vous plaidez qu’il « ne faut pas s’en prendre aux personnes mais aux convictions », ce qui est exactement l’angle critique des athées ‘militants’ tels que Dawkins, Dennett, Hitchens ou encore Harris. Aucun d’entre eux n’a jamais sous-entendu que ses opposants souffriraient une demi-éternité en enfer, ni commis la moindre incitation à la haine ou à la violence. J’imagine donc que cette critique était adressée aux apologètes et aux autorités spirituelles (songeons à l’appel au meurtre de Salman Rushdie), auquel cas c’est par erreur que vous aurez dénoncé un « prosélytisme athée rempli de certitude ». Pour vous situer le niveau de certitude, le coup d’éclat prosélyte de l’association de Richard Dawkins a été de diffuser en 2009 sur les bus londoniens le message :
« Dieu n’existe probablement pas. Maintenant, arrêtez de vous angoisser et profitez de la vie. »
L’athéisme radical de la fondation Dawkins
On est a priori désireux d’acquiescer quand vous nous invitez à « ne pas se priver des différentes sagesses que proposent les religions », mais comme vous n’en citez pas une seule, je me demande si vous vouliez parler de la croyance en la sorcellerie, dans le créationnisme, dans l’existence d’animaux parlants ou bien des conseils du Lévitique sur le meilleur moyen de vendre votre fille en esclavage.
Tout compte fait, je ne sais pas si ces exemples vous auraient permis d’ajouter ensuite : « si nous les suivions mieux, les principaux préceptes des spiritualités amèneraient sûrement à une véritable éthique et à une tolérance profonde », ce qui me paraît concorder avec le discours ambiant de la religion privée de son pouvoir de coercition d’autrefois, mais fort peu avec le contenu des textes que vous auriez peut-être dû consulter afin d’en citer des passages à l’appui de votre thèse.
La transgression du « nouvel athéisme ».
Athéisme & religion… c’est forcément compliqué.
Le sujet est bien sûr épineux, et vous vous exposiez à la critique en connaissance de cause. J’espère que vous voudrez bien croire que ma démarche s’inscrit dans la critique nécessaire aux échanges d’idées.
Je vous encourage dans votre entreprise de vulgariser des notions pour susciter le débat, mais il serait préférable de ne pas commettre autant d’approximations, de jugements et d’omissions, même pour la bonne cause. Le message de paix sociale et de dialogue entre les individus que vous défendez n’a rien à craindre d’une réelle analyse critique qui mette chacun devant ses responsabilités. Décréter que tout le monde est a égalité parce que c’est plus gentil est un piètre service à rendre à ceux qui en ce moment même se questionnent sur leur rapport avec une religion dans laquelle ils ont été élevés dès leur petite enfance sans avoir jamais reçu la liberté de remettre en cause les dogmes qui leur sont inculqués.
Conclusion
S’il est souhaitable que s’installe un dialogue intelligent entre les individus et qu’on peut regretter toutes les formes de violences verbales, y compris celles de certains athées envers les croyants, il ne faut pas tomber dans le piège relativiste de considérer que les torts seraient partagés au niveau des ‘doctrines’ religieuses et athées. Les individus athées peuvent être discourtois, intolérants et stupides, mais pas plus que les croyants de toute obédience, le problème n’est donc pas l’individu mais les idées qui le motivent. Or, aucune autorité supérieure n’adoube l’odieux blasphémateur qui crache dans le vin de messe, aucune idéologie dominicale n’est là pour justifier une Croisade agnostique ou un Djihad antithéiste, nul livre de chevet d’un Dawkins ou d’un Hitchens ne prône l’ostracisme des croyants ou le communautarisme. Tout simplement parce que l’athéisme n’est pas une religion.
« Si l’athéisme est une religion, alors chauve est une couleur de cheveux. » (Anonyme)
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https://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2013/12/jehovafurioso.jpg250250Acermendaxhttps://menace-theoriste.fr/wp-content/uploads/2015/08/menace_theo2-300x145.pngAcermendax2013-12-30 13:08:002017-01-25 21:40:17Athéisme et Religion (Lettre ouverte à Doxa)
Les antiracistes ont raison d’être vigilants, de dénoncer les propos haineux, de combattre les injustices, les mauvais traitements, la violence physique ou morale que l’on inflige trop souvent à ceux qui font « l’erreur » de naître différents de nous.
Le racisme est une idéologie selon laquelle les qualités d’une personne sont déterminées par son appartenance à un groupe ethnique qui lui transmet des comportements, des idées, des aspirations jugées inférieures ou dangereuses. Cette manière de juger les autres est profondément encrée dans la manière dont notre cerveau fonctionne, héritage d’un long passé tribal où celui qui est différent représentait une réelle menace pour la survie du groupe.
La psychologie sociale nous apprend que nous avons en nous une puissante tendance à catégoriser les choses et les êtres et à leur attribuer des qualités intrinsèques, et qui nous porte à surestimer les facteurs internes (liés à la personne elle-même) par rapport aux facteurs externes (liés aux circonstances) quand il s’agit d’expliquer le comportement de quelqu’un. Cette tendance a un nom, c’est l’erreur fondamentale d’attribution[1].
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