On identifie sans mal certaines idéologies pour ce qu’elles sont : des combinaisons de valeurs, d’idéaux et des stratégies déployées pour les défendre.

La religion est dangereuse pour les enfants

 

Justifier l’Injustifiable. L’histoire d’Aïcha.

Je regarde ces derniers jours des débats en ligne sur la question de Dieu, et je suis frappé par le fait que les discussions sur l’islam achoppent très vite sur une question dérangeante. Comment justifier, dans un cadre éthique contemporain, un mariage tel que celui rapporté entre le prophète Mohammed et Aïcha, alors âgée de six ans à la conclusion du contrat, et de neuf ans au moment où la relation conjugale a été consommée ?

Cette question, sensible et délicate, est souvent évacuée par ceux qui craignent de froisser les croyants. Pourtant, c’est justement en refusant d’en parler avec rigueur et calme que l’on alimente les dérives, les radicalisations, ou la confusion générale. Je ne souhaite pas ici caricaturer l’islam ni juger un personnage historique avec les critères du XXIe siècle, mais montrer comment certains discours, aujourd’hui encore, persistent à présenter ce type de relation comme moralement acceptable — voire exemplaire — et quelles conséquences cela implique.

 

Que disent les textes classiques ?

Dans la tradition sunnite dominante, plusieurs hadiths (récits rapportés des paroles ou actes de Mohammed) recueillis notamment dans les Sahîh de al-Bukhari et Muslim — deux des collections les plus autorisées dans l’islam sunnite — rapportent qu’Aïcha fut mariée à l’âge de six ans et que le mariage fut consommé lorsqu’elle avait neuf ans. Ces sources sont très largement reconnues par les écoles juridiques classiques (hanafite, malikite, chaféite, hanbalite), et rarement remises en question.

Source

Dans cette perspective, Mohammed est non seulement au-dessus de la critique morale, mais considéré comme un modèle de perfection morale et comportementale pour tous les temps. C’est ce postulat — la transposition absolue d’un comportement historique en modèle intemporel — qui pose aujourd’hui problème.

Une personne rationnelle prendrait ses distances avec cette histoire ; beaucoup de prédicateurs qui abordent le sujet tentent de défendre l’idée qu’Aïcha avait 10 ans de plus, malgré les textes explicites. On pourrait aussi choisir de comprendre que les textes sacrés sont remplis de passages douteux, immoraux, ou tout simplement faux. Mais le dogmatisme religieux rend cela très compliqué, vous n’êtes pas censé décider par vous-même des passages à croire et de ceux à rejeter.

Une autre ligne existe, et je pensais naïvement qu’elle faisait partie du passé, qu’aucune personne éduquée et intellectuellement fonctionnelle ne pouvait la défendre, en tout cas en occident ; et pourtant je la retrouve à une fréquence qui, je l’espère, est due à un biais d’accessibilité dans mes réseaux sociaux. Cette ligne consiste à accepter les faits présentés tout en niant qu’ils posent problème, et à oser une attaque en retour qui dit en substance : « Pour condamner, il faudrait prouver que l’acte sexuel entre un adulte et une fillette de 9 ans lui porte toujours préjudice. Il faudrait trouver dans les textes de l’Islam la preuve que la fillette a souffert. »

Une fois le choc passé, on prend la mesure du piège rhétorique qui attribue la charge de la preuve à celui qui veut protéger les enfants contre les abus.

 

Les défenseurs contemporains de l’indéfendable

 

  1. IslamQA.info, un site de jurisprudence religieuse influent (près de 1,5 million de visiteurs par mois)

Dirigé par le prédicateur saoudien Sheikh Muhammad Al-Munajjid, ce site ne se contente pas de contextualiser le mariage : il le défend activement, déclarant par exemple que : « Le mariage du Prophète avec Aïcha est une preuve de la légitimité du mariage avec des jeunes filles, selon leur maturité physique, et ne saurait être critiqué sans rejeter la sagesse divine. » (Source : IslamQA.info, Fatwa n° 22442)[1]

Le refus d’accepter ce fait serait un signe d’influence des valeurs occidentales corrompues.

 

  1. Zakir Naik, prédicateur mondialement connu

Zakir Naik, fondateur de l’Islamic Research Foundation, est célèbre pour ses débats apologétiques. Il affirme que le mariage avec Aïcha était normal pour l’époque, et que : « Ce qui compte, c’est la maturité biologique. Dans certains pays, les filles ont leurs règles à 9 ans. »[2]
Sa défense consiste à dissoudre la question morale dans une logique biologico-culturelle, sans jamais interroger le bien-fondé d’élever cet exemple au rang de modèle pour aujourd’hui.

 

  1. Yasir Qadhi, intellectuel formé aux États-Unis et à Médine

Figure plus nuancée, Yasir Qadhi n’approuve pas la reproduction de ce modèle aujourd’hui, mais refuse de considérer le mariage comme problématique. Il estime qu’il s’agit d’un débat anachronique et invite à se méfier des jugements moraux rétroactifs. Selon lui, dans le contexte de l’époque, c’était un mariage normal, il serait inconvenant rôle de questionner cela avec notre prisme moderne. (Source : [Conférence sur Seerah, série de Yasir Qadhi, Memphis Islamic Center])

Son argumentation, bien que plus modérée que celle des salafistes durs, tend à neutraliser la critique et à défendre la perfection du Prophète sans reconnaître la gravité de l’enjeu moral contemporain.

 

  1. Ligne de défense classique chez de nombreux prédicateurs sunnites traditionnels

La majorité des érudits et prédicateurs salafistes, mais aussi certains défenseurs sunnites orthodoxes, tiennent cette position :

Le mariage était légitime selon les normes culturelles de l’Arabie du VIIe siècle.
Le Prophète ne peut pas avoir commis de faute, car il est infaillible sur le plan moral.
Aïcha elle-même n’aurait jamais exprimé de traumatisme, elle aimait le Prophète et leur relation était harmonieuse.
Donc, il est irrespectueux de juger ce mariage avec les critères contemporains.

Cette ligne se retrouve dans les écrits d’Ibn Baz, Ibn Uthaymin, ou dans certains manuels de fiqh (jurisprudence) utilisés dans les institutions religieuses saoudiennes ou dans des écoles proches du wahhabisme.

 

Je donne ces précisions pour que l’on prenne la mesure du problème ; la position que je vais critiquer est certainement minoritaire à un haut degré dans la population musulmane francophone, mais elle existe, et à l’échelle mondiale produit pour des millions de femmes les conditions d’une exploitation évitable.

 

La réponse nécessaire : cinq principes incontournables

 

Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), article 3 :

« Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. »

Nous n’avons pas besoin de “prouver” qu’un acte est immoral quand il repose sur l’exploitation d’un enfant. Il suffit de comprendre ce qu’est un enfant.

1. Une enfant de neuf ans ne peut pas consentir à une relation intime

Les sciences modernes — psychologie du développement, neurobiologie, psychiatrie — nous montrent sans ambiguïté qu’un enfant n’a pas la maturité émotionnelle, les capacités cognitives, ni l’indépendance sociale nécessaires pour comprendre, anticiper ou refuser une relation intime avec un adulte. Même si l’enfant semble “consentir” extérieurement, ce n’est jamais un vrai consentement, car il n’est ni libre ni éclairé. Cela suffit, en soi, à rendre l’acte moralement inacceptable.

Cela n’est pas une opinion moderne : c’est un fait établi en psychologie du développement, en éthique, en droit, en médecine. Toute relation sexuelle avec un enfant est, par nature, une relation fondée sur l’asymétrie, l’autorité, la domination. Elle est nécessairement une atteinte, même si l’enfant ne “se plaint pas” ou ne “semble pas souffrir”.

Quand on parle de Mohammed et de Aïcha, on ne juge pas un homme du VIIe siècle selon les lois pénales de 2025. Ce qu’on interroge, c’est la revendication actuelle selon laquelle cet homme, dans tous ses gestes, serait un modèle moral intemporel, parfait, et universel. Et là, nous avons le devoir de dire : non. Faire d’un acte sexuel avec une enfant un exemple de vertu ou de normalité, c’est une mise en danger bien réelle pour des millions de fillettes à travers le monde.  Un principe fondamental du droit et de la morale veut que celui qui engage un acte grave envers un être vulnérable doit prouver qu’il ne nuit pas. Pas l’inverse.

 

2. Le préjudice est réel, même s’il n’est pas immédiatement visible

Dire « Où est la preuve du mal, si l’enfant ne proteste pas ? » revient à nier des décennies d’études sur les traumatismes différés, sur la normalisation de la violence, sur le silence des victimes sous influence. Le fait que la souffrance ne soit pas exprimée, ou qu’elle soit absente d’un récit ancien, ne signifie pas qu’elle n’existe pas.

C’est pourquoi toutes les sociétés modernes ont élevé l’âge légal du consentement : non pour interdire l’amour, mais pour protéger celles et ceux qui ne sont pas en état de juger ce qu’ils vivent. Le devoir moral d’un adulte est de protéger un enfant, non d’attendre qu’il souffre pour agir.

 

3. Ce n’est pas un jugement rétroactif, c’est une critique de l’idéalisation

La vraie difficulté ne vient pas d’un fait ancien dans un contexte ancien. Elle vient du fait que cet acte est présenté aujourd’hui comme un modèle moral intemporel. Dire que Mohammed est le modèle parfait, c’est affirmer que tout ce qu’il a fait peut être reproduit ou légitimé. Et si parmi ces actes figure une union intime avec une enfant, alors cette idée reste active dans l’imaginaire moral contemporain. C’est cette transposition sans nuance qui est moralement problématique. Pas le jugement anachronique, mais la prétention à l’intemporalité morale.

À titre de comparaison les fraques sexuelles de Zeus le mettent très souvent dans la position d’un abuseur, sans qu’il soit question de décréter que tous ses actes sont moralement justifiés : il a le mauvais rôle, c’est admis ; les aventures de Zeus ne constituent pas une menace comme peut l’être la vie idéalisée de Mohammed.

 

4. La morale progresse. L’éthique n’est pas figée.

Nous ne sommes pas enfermés dans les normes d’il y a 1400 ans. L’éthique humaine s’est construite — et continue à se construire — en intégrant des savoirs sur le développement, le traumatisme, le respect de l’intégrité physique et mentale, la justice sociale. Reconnaître qu’un acte acceptable dans le passé ne peut plus l’être aujourd’hui, ce n’est pas renier une culture, c’est protéger les enfants avec les connaissances que nous avons aujourd’hui, c’est tirer les leçons des souffrances du passé, des erreurs humaines, c’est faire honneur à notre capaciter à progresser.

 

5. Protéger les enfants n’est pas négociable

Aucune autorité — religieuse, politique ou historique — ne peut justifier une relation intime entre un adulte et un enfant. Même dans un cadre sacré. Même s’il est présenté comme un modèle. Cela doit prévaloir même contre l’intégrisme et ses nombreuses dissonances. Et tant qu’il y aura des prédicateurs pour défendre l’indéfendable, justifier l’injustifiable, nous courrons le risque de voir se produire des horreurs évitables. Le silence des personnes raisonnables serait le complice de telles atrocités à venir.

 

CONCLUSION

Cette ligne argumentative ne représente pas l’ensemble de l’islam, ni la majorité des croyants dans le monde. Mais elle a de l’influence, en particulier auprès de publics conservateurs, désireux de défendre à tout prix la perfection prophétique, parfois au mépris du discernement éthique moderne. Souligner la problématique du mariage d’Aïcha et les postures argumentatives dégoûtantes, n’est pas une attaque contre les croyants, mais un appel à la responsabilité morale commune, au nom de la protection des plus vulnérables — les enfants — et de la capacité des sociétés humaines à faire évoluer leur compréhension de la justice et du respect.

Je ne sais pas quelle est la bonne manière de réagir au défi stupide, ignoble et arriéré de devoir justifier qu’il faut soustraire les enfants aux appétits sexuels des adultes. Peut-être faut-il simplement souligner qu’on ne trouve plus personne aujourd’hui pour défendre une telle position, sauf quand la religion est impliquée dans l’affaire, et que cela plaide pour que soit reconnue la dangerosité de la religion elle-même, au moins pour les enfants.

 

Acermendax

[1] https://m.islamqa.info/en/answers/22442/on-acting-and-the-ruling-on-marrying-young-girls?traffic_source=main_islamqa

[2] https://x.com/ivivekbansal/status/1533730876697321474

La preuve par la contingence

 

Sur les réseaux sociaux, dans les forums ou les commentaires YouTube, un certain type de discours revient avec une insistance quasi mécanique. Il s’agit d’un argumentaire censé démontrer, de manière implacablement rationnelle, l’existence d’un « être nécessaire » — que ses promoteurs identifient immédiatement à (leur) Dieu. On a surnommé ceux qui le propagent la Team PDF, tant leur manière de s’exprimer donne l’impression qu’ils récitent tous un même script diffusé en boucle dans les cercles apologétiques (voir quelques exemples ici).

L’argument en question s’habille d’un formalisme logique et parfois mathématique qui peut, à première vue, impressionner. Il a l’allure d’une démonstration rigoureuse, prétendant établir la croyance en Dieu sur des bases purement rationnelles. Et pourtant, cette démonstration ne circule guère dans les sphères académiques ; elle ne fait l’objet d’aucune attention sérieuse dans les revues spécialisées en logique, en philosophie des sciences ou en mathématiques. Il s’agit d’une vieille lune d’Avicenne et de Thomas d’Aquin dont on n’a jamais tiré le moindre progrès dans les connaissances. Si une véritable preuve de l’existence d’un être nécessaire — au sens fort, démontrable — avait été trouvée, elle aurait suscité l’intérêt, sinon l’adhésion, des spécialistes. Elle aurait été discutée, débattue, commentée. Elle aurait laissé une trace dans les espaces où se construit la connaissance rigoureuse. Ce n’est pas le cas. Et ce simple fait, observable, devrait suffire à refroidir les enthousiasmes. Lorsqu’un raisonnement se diffuse dans les sphères militantes ou confessionnelles plutôt que parmi les experts, il y a lieu de se demander s’il ne relève pas d’une imposture intellectuelle.

Ce n’est ni nouveau ni rare : d’autres domaines connaissent des phénomènes comparables, qu’il s’agisse des pseudo-inventions sur l’énergie libre, des théories marginales sur le mouvement perpétuel ou des récits historiques révisionnistes.

Mais ne tirons pas de conclusion hâtive. Si nous voulons juger sérieusement cette démonstration de l’Être nécessaire, il faut faire l’effort de l’examiner avec honnêteté : la comprendre dans ses propres termes, en dégager les présupposés, en tester la robustesse logique, en évaluer les implications, après tout on l’a beaucoup vu circuler, y compris sous une version très proche appelée la preuve cosmologique. Doutons avec méthode.

 

La « démonstration »

Voici l’argument, qui se présente comme une démonstration par l’absurde (poser l’inexistence d’un être Nécessaire et parvenir à une absurdité qui prouverait que cet être existe).

  • A1 : il n’existe pas d’être nécessaire
    • P1 : tout est soit contingent soit nécessaire
    • P2 : chaque contingent a une cause extrinsèque
    • C1 : l’ensemble des contingents est formé de contingents, il aurait donc pu lui-même ne pas exister, il est donc lui-même contingent
    • C2 : il a donc une cause extrinsèque
    • C3 : or cette cause ne peut pas être contingente (car extrinsèque) or les impossibles n’existent pas, donc cette cause est nécessaire.
    • Or on avait supposé A1, donc on arrive à une contradiction.
  • Donc il existe un être nécessaire

 

Même en admettant la conclusion, l’argument ne spécifie pas ce qu’est cet être nécessaire. Rien n’indique qu’il doive s’agir d’une entité consciente, personnelle ou divine – contrairement à ce que suggèrent certaines interprétations théistes. Il pourrait tout aussi bien désigner une loi physique éternelle, une énergie primordiale ou un principe abstrait, vidant la notion de sa portée religieuse. Il est très important de souligner que si cette démonstration était valide, elle ne forcerait aucun athée à changer ses conceptions. Mais il n’est même pas utile de discuter ce point puisque l’argument, comme nous allons le voir, ne tient pas.

 

La fausse évidence de la dichotomie contingent/nécessaire

L’ensemble de l’argumentation repose sur la prémisse que « tout est soit contingent soit nécessaire ». Est contingent ce qui peut être ou ne pas être, ou être autrement qu’il n’est ; autrement dit, ce dont l’existence ou la nature n’est pas strictement déterminée et dont le contraire est possible. Par opposition, est nécessaire ce qui ne peut pas être autrement qu’il n’est, ou ce qui ne peut pas ne pas exister ; c’est-à-dire ce dont le contraire est impossible.

Cette division peut sembler évidente, mais elle n’est en réalité qu’une convention logique parmi d’autres possibles, héritée d’une tradition philosophique particulière. La zététique est quasiment construite sur le constat que les évidences qui s’imposent à nous peuvent être de solides illusions, et l’importance cruciale de la prudence méthodique qu’il doit nous inspirer. Alors examinons cette « évidence ».

Cette dichotomie trouve ses racines dans la philosophie scolastique médiévale, notamment chez Thomas d’Aquin, qui l’a systématisée pour ses propres besoins théologiques. Mais cette grille de lecture n’est ni universelle ni incontestable. Dès l’Antiquité, d’autres approches existaient, citons-en quelques-unes.

Les philosophes stoïciens, par exemple, développaient une conception du destin et de la nécessité qui ne correspond pas exactement à cette partition binaire. Pour eux, tout événement était à la fois nécessaire (dans le sens où il s’inscrit dans l’ordre cosmique) et naturel (dans le sens où il découle des propriétés des choses). Cette approche échappe à la rigidité de la distinction contingent/nécessaire.

Plus près de nous, Henri Bergson propose une perspective qui rend ces catégories moins opératoires. Dans « L’Évolution créatrice », il développe l’idée que la réalité est fondamentalement processuelle et créatrice. Pour Bergson, les catégories de contingent et de nécessaire sont des abstractions intellectuelles qui figent artificiellement le mouvement perpétuel de la vie. La réalité ne serait ni contingente ni nécessaire, mais créatrice de nouveauté imprévisible.

La philosophie orientale offre des perspectives déroutantes. La pensée bouddhiste, notamment dans sa version madhyamika (la « Voie du milieu ») développée par Nagarjuna, propose le concept de « coproduction conditionnée » (pratityasamutpada). Selon cette doctrine, tous les phénomènes émergent en interdépendance, sans essence propre, dans un réseau infini de relations. Cette perspective relationnelle, où les phénomènes sont dits ‘vides’ (shunya) d’existence autonome, semble incompatible avec une stricte division entre contingent et nécessaire.

Plus radicalement, des philosophes comme Richard Rorty ont contesté la pertinence même des questions métaphysiques. Dans « Philosophy and the Mirror of Nature » (1979), Rorty avance que les problèmes traditionnels de la philosophie, y compris la distinction entre contingent et nécessaire, sont des pseudo-problèmes générés par un vocabulaire obsolète. Il propose d’abandonner ces catégories au profit d’une approche pragmatiste centrée sur l’utilité des concepts.

Sans forcément adhérer à ces lignes de pensée, on est forcé de constater avec elles que la partition binaire entre contingent et nécessaire, loin d’être une évidence rationnelle, constitue un choix théorique particulier, historiquement situé et philosophiquement contestable. L’argument de l’être nécessaire traite cette convention comme un fait de nature, alors qu’elle n’est qu’un outil conceptuel parmi d’autres, avec ses avantages et ses limites.

 

Se contenter de l’existant

L’univers existe. C’est notre point de départ, non pas un postulat arbitraire, mais un constat brut, fondamental. Nous sommes là, au sein de ce réel, et tout discours spéculatif qui prétend s’élever au-dessus de cette évidence doit commencer par s’y ancrer. Avant même de se demander pourquoi l’univers existe ou s’il aurait pu en être autrement, il est rationnel — et même prudent — de reconnaître d’abord ce fait élémentaire : l’univers existe, avec ses lois, ses objets, ses structures. Il est rempli de choses qui existent effectivement, et non de possibilités abstraites ou de simulacres métaphysiques.

Nous pouvons bien sûr imaginer des univers alternatifs, avec des lois différentes, des constantes physiques modifiées, ou même une absence totale d’univers. Mais imaginons-nous réellement ces alternatives, ou projetons-nous simplement des mots sur des abstractions que notre esprit ne parvient pas à saisir ? J’estime qu’il ne faut pas écarter la possibilité que notre capacité à concevoir pleinement des univers contrefactuels soit pour l’essentiel une illusion. Ludwig Wittgenstein (Tractatus Logico-Philosophicus, 1921) soulignait déjà que les limites de notre langage définissent les limites de notre monde. Or, nos « univers alternatifs » sont-ils autre chose que des réarrangements de concepts issus de notre univers ?

Dans les faits, nous n’avons pas accès à une perspective méta-universelle qui nous permettrait de juger si le réel aurait pu être autre qu’il est. Est-il raisonnable de postuler la contingence d’un monde que nous n’avons jamais observé en dehors de lui-même ?

À ce titre, la distinction entre ce qui est dit contingent (qui pourrait ne pas être) et ce qui serait nécessaire (qui ne pourrait pas ne pas être) peut sembler séduisante d’un point de vue logique ou linguistique, mais elle devient hautement spéculative dès qu’on tente de l’appliquer à l’univers dans son ensemble. Car enfin, si l’univers fonctionne selon un déterminisme absolu — ce que certaines approches physiques, notamment dans la tradition de Laplace, ou encore dans certaines interprétations du bloc-univers en relativité, laissent entrevoir — alors il se pourrait fort bien que tout ce qui existe ne pouvait pas ne pas exister. Dans cette hypothèse, la nuance entre nécessaire et contingent s’effondre, non pas pour des raisons dialectiques, mais pour des raisons ontologiques.

Autrement dit, si tout est déterminé par les lois de la nature, les conditions initiales, et la structure même de l’espace-temps, alors la catégorie du « possible autrement » perd sa pertinence. Le réel devient, en ce sens, nécessaire — non pas au sens métaphysique d’un Être absolu posé comme cause de soi, mais au sens d’une totalité déterminée, sans extériorité, sans alternative accessible, sans pourquoi final.

 

Rappel à la parcimonie

Pourquoi compliquer ce qui peut être simple ? Si l’univers existe, et que tout ce que nous y observons relève de processus naturels (même imparfaitement compris), invoquer un « être nécessaire » ou une « cause première » revient à ajouter une couche spéculative superflue. Le principe de parcimonie (ou rasoir d’Ockham), largement utilisé en science et en philosophie analytique selon lequel « Les entités ne doivent pas être multipliées au-delà du nécessaire » (William d’Ockham, Summa Logicae) est un garde-fou ontologique que nous devrions respecter. Le fait qu’il nous vienne d’un moine franciscain est d’une ironie savoureuse.

Hors de la philosophie, des physiciens comme Sean Carroll défendent cette approche. Dans The Big Picture (2016), il soutient que l’univers pourrait très bien être sa propre explication. Le recours à une cause première ou nécessaire est une réponse mal faite à une question mal définie : dans un univers qui n’a peut-être pas de frontière dans le temps, parler d’une cause est peut-être simplement inapproprié.

En somme, tant que nous n’avons pas démontré que l’univers aurait pu réellement être autre qu’il est — ce qui exigerait un accès à une forme de « méta-réalité » hors de notre portée —la plus grande rigueur intellectuelle consiste probablement à ne pas raisonner à partir de prémisses douteuses. Car on pourrait admettre que (a) l’univers existe sans cause identifiable, et (b) que sa nature déterminée invalide la contingence. Dès lors, les débats sur l’être nécessaire deviennent des exercices verbaux, non des enquêtes sur le réel. C’est la thèse de Willard Van Orman Quine (Two Dogmas of Empiricism, 1951) : certaines questions métaphysiques sont des artefacts linguistiques, nées de distinctions arbitraires ; une perte de temps !

Plutôt que de chercher une cause transcendante à l’univers, il serait sage de nous en tenir à appuyer notre pensée sur ce qui est. Cette humilité épistémique rejoint le naturalisme méthodologi­que défendu par David Hume (Dialogues sur la religion naturelle, 1779) et aujourd’hui par la majorité des philosophes des sciences.

 

Le sophisme de composition

Revenons à la démonstration de la Team PDF pour constater qu’elle s’effondre dès son premier mouvement, car elle repose sur une erreur logique fondamentale.

Le sophisme de composition consiste à attribuer à un tout les propriétés de ses parties, sans justification. Il revient à dire : « chaque pièce de ce puzzle est petite, donc le puzzle est petit » — ce qui peut être vrai, mais n’est pas logiquement nécessaire. Je pourrais vouloir déclarer « chaque atome dans mon corps est invisible à l’œil nu, donc je suis invisible », ce qui est manifestement faux. Une collection d’éléments ayant une propriété donnée ne fait pas de cette propriété une caractéristique de l’ensemble, sauf démonstration contraire.

Quelques exemples supplémentaires peuvent être utiles.

  • Chaque plume dans un sac est légère. Peut-on en conclure que le sac de plumes est léger ? Non, car un sac rempli de milliers de plumes peut être très lourd.
  • Chacun des joueurs d’une équipe est excellent individuellement. Peut-on affirmer que l’équipe sera forcément excellente ? Non, car la performance collective dépend d’autres facteurs comme la cohésion ou la stratégie.
  • Le cerveau humain produit une conscience. Mais peut-on affirmer que les neurones sont conscients, ou que les composants de ces neurones soient conscients ? La conscience et une propriété qui apparait à un certain niveau d’organisation.
  • Une masse d’air à 20°C est composée de molécules dont aucune n’a de « température » ; cette notion n’a de sens qu’à l’échelle statistique.
  • La blague de l’Emmental nous disait déjà tout. Plus il y a d’Emmental, plus il y a de trous. Plus il y a de trous, moins il y a d’Emmental. Donc, plus il y a d’Emmental, moins il y a d’Emmental. Ce raisonnement absurde montre bien la confusion entre la propriété des parties (les trous) et celle du tout (le fromage).

 

Pour finir de mettre en évidence l’aporie de la démonstration de l’être nécessaire, imaginons un petit village composé de villageois, appelons le V. Chaque habitant de ce village a des sentiments, chacun a une carte d’électeur, chacun a une maman. Ce sont des prédicats attribuables à tous les villageois pris individuellement. Mais peut-on dire que le village lui-même a des sentiments ? Qu’il vote ? Qu’il a une mère ? Vous savez que non. Le village, en tant qu’ensemble ou abstraction, n’éprouve rien, ne vote pas, n’est pas né d’une autre entité. Il est constitué d’éléments porteurs de ces caractéristiques, mais ne les partage pas nécessairement.  On pourrait aussi imaginer qu’actuellement tous les villageois qui composent V sont nés un jeudi ; on serait dans l’erreur si l’on concluait que le village est nécessairement lui aussi né un jeudi. Et dans l’autre sens, il serait insensé d’accoler aux villageois des attributs qui appartiennent au village, comme un taux de natalité, des règles collectives, une économie, etc.

L’argument de l’Être nécessaire commet la même erreur lorsqu’il dit que si chaque chose de l’univers est contingente [et nous avons déjà dit que ce prédicat avait quelque chose d’arbitraire], alors l’univers dans son ensemble l’est aussi. C’est une projection illégitime. La contingence, même si on la considère comme une propriété réelle, n’est pas nécessairement transférable à l’ensemble. Elle nécessite une démonstration spécifique, qui fait ici cruellement défaut.

David Hume portait déjà cette critique dans ses Dialogues sur la religion naturelle (1779), où il attaquait vigoureusement l’idée que l’univers doive nécessairement avoir une cause, sous prétexte que ses parties en ont une. Il soulignait qu’il n’est pas absurde d’envisager l’univers comme un fait brut, sans cause extérieure. Dans la même veine, Bertrand Russell rejette l’exigence d’une explication ultime pour l’existence du tout. Il a notamment affirmé, lors de son débat avec Copleston en 1948, que « l’univers est simplement là, et c’est tout », marquant une rupture nette avec la tradition métaphysique du principe de raison suffisante.

Nous devons comprendre que l’habitude d’associer à chaque existence une cause ne justifie en rien l’idée qu’il doive y avoir une cause à l’ensemble. Il faudrait prouver que la propriété s’applique au tout, et non l’assumer sans examen critique.

 

Une imprudence cosmologique

Il est frappant de constater à quel point les démonstrations métaphysiques de l’Être nécessaire, aussi abstraites et formellement séduisantes soient-elles, reposent sur des prémisses cosmologiques naïves et prétentieuses. Elles prennent pour acquis une connaissance de l’univers que les physiciens professionnels n’oseraient pas revendiquer.

Les cosmologistes ne parlent pas de « l’univers » au sens absolu et totalisant que suppose souvent la métaphysique. Dans leurs travaux, ils parlent plus sobrement de l’univers observable, c’est-à-dire la portion du cosmos dont la lumière a eu le temps de nous parvenir depuis le Big Bang, soit un rayon d’environ 46,5 milliards d’années-lumière qui contient tout ce que nous pouvons décrire, mesurer et modéliser. Au-delà, il est possible – et même probable selon certains modèles – qu’existent d’autres régions, d’autres structures, voire d’autres univers, mais nous n’avons aucun accès empirique à ces hypothèses. Comme le dit le physicien états-unien Lee Smolin : « Nous devons envisager la possibilité que les lois de la nature évoluent dans le temps et puissent ne pas être les mêmes partout dans l’univers » (Smolin, 2013)[1].

Prétendre trancher ces questions en quelques lignes de syllogisme, sans tenir compte des zones aveugles de la connaissance cosmique, relève donc moins d’une démarche rationnelle que d’un saut de la foi. Les démonstrations de l’Être nécessaire, loin de s’inspirer de la prudence scientifique, s’aventurent sans scrupule dans des territoires spéculatifs où nos instruments d’observation, comme notre vocabulaire conceptuel, deviennent inopérants. Elles prétendent parler de l’univers dans son entier, voire de ce qui pourrait exister au-delà de l’univers — comme si cette extension hors de tout domaine d’observation empirique n’était qu’une formalité rhétorique. Ces démonstrations péremptoires trahissent une grande désinvolture face à la complexité réelle du cosmos — une désinvolture que ni les physiciens ni les philosophes des sciences ne se permettent. Mais ce n’est pas tout.

 

Une ignorance des sciences

Il y a beaucoup d’imperfections dans l’argument de la contingence pour un être nécessaire. Puisque la contingence implique l’existence d’une cause extrinsèque, on retombe exactement dans la situation de l’argument cosmologique (ou du kalām), qui s’appuie sur une prémisse apparemment frappée au coin du bon sens : « tout ce qui a commencé d’exister doit avoir une cause à son existence ».

Notons que cet énoncé est une forme améliorée de « tout ce qui existe a une cause » qui posait problème, car de cette assertion on peut conclure que Dieu, qui est censé n’avoir pas de cause… n’existe pas : un contre-son-camp magistral que désormais les prédicateurs commettent rarement (mais des surprises arrivent de temps en temps).

Cette idée, séduisante de simplicité, est souvent accolée à une référence rapide au Big Bang, qu’on brandit comme preuve ultime que l’univers a bel et bien « commencé » à exister, et qu’il lui faut donc — selon cette logique — une cause, extérieure, nécessaire, éternelle : Dieu, bien entendu. Mais cette association entre cosmologie moderne et métaphysique ancienne est profondément malhonnête. Elle trahit d’abord une ignorance manifeste de ce que dit réellement la science contemporaine, et surtout de ce qu’elle ne dit pas.

Contrairement à ce que l’on entend souvent, la théorie du Big Bang n’est pas une théorie sur le commencement absolu du cosmos. Elle décrit un état très particulier de l’univers visible, extrêmement dense et chaud, il y a environ 13,8 milliards d’années, et l’évolution de cet état jusqu’à nos jours. Cette théorie est remarquablement bien étayée empiriquement — par la découverte du fond diffus cosmologique, la distribution des galaxies, la nucléosynthèse primordiale — mais elle ne constitue en rien une réponse définitive à la question des origines ultimes. Les cosmologistes sont unanimes : nous ignorons tout de ce qui a pu précéder cette phase, s’il y a eu un avant, ou même si la notion d’avant a un sens (voir Stephen Hawking, A Brief History of Time, 1988 ; Sean Carroll, The Big Picture, 2016). Demander ce qu’il y avait « avant » le Big Bang pourrait n’avoir pas plus de sens que de chercher ce qui se trouve au nord du pôle Nord.

Or donc, le Big Bang est une frontière théorique, une singularité dans nos équations, une ligne d’horizon conceptuelle que nos modèles ne franchissent pas. Et l’argumentaire théiste travestit cette incertitude en « la science est d’accord avec nous, donc nous savons ».

Le plus ironique est que nombre de physiciens ont justement exploré des modèles alternatifs dans lesquels le Big Bang n’est pas un « commencement absolu ». Il peut s’agir d’un rebond quantique, d’une transition de phase dans un univers plus vaste, ou d’un état éternel fluctuant dans lequel des univers comme le nôtre émergent spontanément — des modèles comme ceux proposés par Roger Penrose avec la cosmologie cyclique conforme, ou encore Sean Carroll et Jennifer Chen avec leur hypothèse d’un univers sans direction temporelle privilégiée. Aucune de ces propositions n’a encore tranché le débat, mais elles partagent une chose essentielle : elles ne placent pas un point final à la causalité ou à l’explication. Elles élargissent le champ des possibles sans céder à la tentation du surnaturel.

On comprend alors que la démonstration de l’Être nécessaire repose sur une confusion : elle transforme une hypothèse cosmologique — celle d’un commencement — en prémisse logique inévitable, et en tire ensuite une conclusion métaphysique absolue. C’est une forme d’anachronisme intellectuel, où l’on convoque la physique moderne comme faire-valoir d’une intuition préscientifique, sans jamais prendre au sérieux les nuances et les incertitudes qui caractérisent les travaux cosmologiques.

 

Le livre : Dieu, la contre-enquête

Pour une analyse générale des argumentaires apologétiques et une réflexion sur les ‘raisons de croire », voire mon livre.

 

Une acausalité empirique — Tout fout le camp !

On peut aller encore un peu plus loin dans la démolition des prétentions de cette pseudo-démonstration.

Elle s’appuie sur une intuition vieille comme la pensée humaine : « rien ne vient de rien ». C’est une idée profondément enracinée dans notre perception du monde — un monde dans lequel les objets tombent parce qu’on les pousse, les vitres se brisent parce qu’on les frappe, les maladies surviennent après une infection. Dans ce paysage causal bien rangé, il semble naturel d’exiger une cause à chaque chose, et même au Tout. Ce que les apologètes appellent alors une « cause première », ou un « être nécessaire », censé expliquer l’existence même de l’univers.

Mais la science a bouleversé ce confort intellectuel. Le physicien canadien Lawrence Krauss, dans A Universe from Nothing (2012), souligne que l’idée même de « cause » peut devenir sans objet à l’échelle quantique ou cosmologique.

Commençons avec le vide quantique. Contrairement à l’intuition, le vide n’est pas un néant. Il est, comme l’expliquent les physiciens, un espace où règne une agitation permanente, traversée par des fluctuations quantiques. Ce champ d’énergie de fond donne lieu à des événements étranges : des paires de particules apparaissent, existent brièvement, puis s’annihilent. On parle alors de création spontanée de particules virtuelles. Le phénomène est bien documenté, notamment dans le cadre de l’effet Casimir et de la radiation de Hawking autour des trous noirs. Or, ces apparitions ne sont précédées d’aucune cause locale identifiable. Elles résultent d’une indétermination ontologique, pas seulement d’une ignorance épistémique.

Autre exemple plus frappant : la désintégration radioactive. Prenons un atome d’uranium, instable. À un moment donné, il va se désintégrer en émettant une particule. Quand exactement ? Personne ne peut le dire. Et surtout : il n’y a pas de cause identifiable à ce moment précis de désintégration. Il faut insister, cette acausalité ne relève pas de paramètres cachés ou mal compris, d’une limitation dans nos dispositifs de mesure, d’une lacune théorique comme on le supposait généralement à l’époque d’Einstein et des débuts de la mécanique quantique. Non : le phénomène est juste fondamentalement aléatoire.

Ce point a été soigneusement exploré puis confirmé par une batterie d’expériences, notamment celles relatives aux inégalités de Bell. Ces expériences, menées dès les années 1980 (notamment par Alain Aspect et son équipe à l’Institut d’Optique d’Orsay), ont permis d’écarter toute interprétation de la physique quantique fondée sur des variables cachées locales. Autrement dit : il n’existe pas de causes secrètes dissimulées dans les entrailles des atomes qui détermineraient leur comportement. La non-localité quantique impose un cadre où certains événements ne sont pas causés de manière classique. Ils ne le sont pas du tout.

Comme l’explique le physicien britannique David Tong, les fluctuations quantiques du vide émergent nécessairement des principes de la théorie quantique des champs, sans mécanisme causal sous-jacent (2009)[2]. Le physicien Sean Carroll, professeur à Caltech, résume cette idée avec clarté : « L’univers n’a aucune obligation de se comporter de manière conforme à nos intuitions. Rien ne justifie de postuler que tout doit avoir une cause. »[3] Notre intuition causale, forgée dans un monde macroscopique et à basse énergie, devient un guide trompeur quand on l’applique à l’univers primordial.

 

Cette réalité physique porte un coup sévère à l’argument de l’être nécessaire. Si des processus sans cause peuvent se produire à l’échelle quantique, pourquoi l’univers dans son ensemble aurait-il besoin d’une cause ? La distinction entre « contingent » et « nécessaire » apparaît alors pour ce qu’elle est : une catégorisation métaphysique déconnectée des connaissances empiriques. Dans ces conditions, bâtir un raisonnement métaphysique qui exige une cause pour tout ce qui commence d’exister, sans faire cas des découvertes les plus fondamentales de la physique contemporaine, revient à se cramponner à une vision obsolète du monde. L’erreur logique se double d’une imposture : se réclamer de la science la plus pointue tout en refusant de mettre à jour son logiciel conceptuel.

Peut-être découvrirons-nous un jour que l’univers a effectivement eu un commencement absolu. Peut-être au contraire comprendrons-nous qu’il existe de toute éternité sous une forme ou une autre. Mais dans l’état actuel de nos connaissances, prétendre trancher cette question par un argument métaphysique relève de l’obscurantisme.

 

Pour conclure

Reprenons. La prétention à démontrer l’existence d’un être nécessaire à partir de la contingence de l’univers repose sur une extrapolation indue de nos observations locales à un tout inobservable et peut-être même inconcevable. Elle prend une interprétation simpliste du Big Bang pour une vérité établie. Enfin, à la dichotomie arbitraire entre nécessaire et contingent, s’ajoute un sophisme de composition. C’est l’échec assuré.

Vouloir combler ce vide logique par l’introduction d’un être surnaturel épaissit le mystère au lieu de l’éclaircir. Il faudrait donc renoncer à cet argumentaire dont la défectuosité lui interdit d’être un instrument de vérité, et qui met celui qui l’utilise en péril d’être au service d’idées mauvaises. Ce n’est pas dans une vaine et médiocre métaphysique qu’on pourra fonder sainement la croyance dans le Dieu des religions, celui qui serait doté d’un esprit, d’une volonté, et qui aurait révélé son existence -et certains de ses projets- à des humains dont on peut espérer qu’ils sauront nous le prouver, car s’ils détiennent la vérité, nous devons vouloir les croire.

Mais la Team PDF est-elle en mesure d’accepter un démenti à sa mauvaise rhétorique et de s’attacher à la vérité plus qu’à ses croyances ?

 

Acermendax

 

Une vieille réflexion sur un sujet connexe :


[1] Smolin, L. (2013). Time Reborn: From the Crisis in Physics to the Future of the Universe. Houghton Mifflin Harcourt.

[2] Tong, D. (2009). Quantum Field Theory, p.12. Cambridge University Press.

[3] Carroll (2016), The Big Picture

Grok est un chatbot d’intelligence artificielle développé par xAI, la société d’Elon Musk, et intégré à la plateforme X (ex-Twitter) depuis novembre 2023.

Plusieurs utilisateurs et observateurs ont relevé que Grok fournit des réponses nuancées, parfois critiques envers Elon Musk ou ses entreprises, et ne relaie pas systématiquement les opinions ou “memes” populaires dans la communauté Musk. Grok n’a aucun problème à dire que le plus grand désinformateur d’internet actuellement, est Elon Musk.

Sur Twitter, des fans de Musk se sont plaints que Grok “manque de loyauté” ou “donne des réponses woke”, certains allant jusqu’à accuser l’IA d’être biaisée ou “trop politiquement correcte”

https://futurism.com/the-byte/elon-musk-grok-ai-woke

Par exemple, Grok a reconnu l’existence de controverses sur la sécurité des véhicules Tesla, ou a refusé de soutenir des théories conspirationnistes populaires dans certains cercles pro-Musk.

Elon Musk lui-même a réagi sur X en affirmant que Grok “n’est pas censuré” et que son but est de fournir des réponses fondées sur les faits, même si elles déplaisent à certains (X, @elonmusk, 16 nov. 2023).

Une source en français : https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/les-reponses-de-grok-sont-tellement-bonnes-que-les-fans-d-elon-musk-n-aiment-pas-ca-n236386.html

 

 

Analyse

Ce phénomène illustre le “biais de confirmation inversé” : une partie des fans attendait de Grok qu’il serve de chambre d’écho à leurs opinions ou à la communication d’Elon Musk. Or, une IA conçue pour donner des réponses argumentées et nuancées, même sur des sujets sensibles ou polarisants, peut déplaire à ceux qui recherchent avant tout la validation de leurs croyances.

Il me semble qu’un tel résultat est encourageant ; il montre que lorsqu’une intelligence est dotée des outils qui la rende efficace pour traiter des informations et produire une réponse cohérente, une réponse qui a vocation à aider à résoudre des problèmes, elle devient au moins un peu résistante à la désinformation.

Est-il possible que ceux qui veulent produire des IA performantes (ne serait-ce que pour qu’elles soient lucratives) soient condamnés à obtenir des machines qui déjouent les carcans idéologiques qu’on serait désireux de leur imposer ?

Nuance : on se rappelle que Grok avait été bridé par un employé de Musk qui lui avait enjoint de censurer les critiques contre le milliardaire : https://www.01net.com/actualites/grok-censure-par-un-employe-xai-lia-a-zappe-les-critiques-contre-elon-musk.html

 

 

Le cas Xavier Azalbert

En tout cas Grok est aujourd’hui en mesure d’humilier un complotiste comme Xavier Azalbert le 3 mai dernier.

Xavier Azalbert publie un message sur Twitter disant : «  Hausse paradoxale des décès Covid-19 malgré la vaccination de masse révélée par une étude. En , l’opacité de @Sante_Gouv sur les données de mortalité toutes causes par statut vaccinal/âge interroge. Un audit complet s’impose. »

Ce type de message s’inscrit dans la ligne éditoriale de FranceSoir, connue pour sa désinformation fréquente sur le Covid-19, la vaccination, et la science en général.

Un internaute tague Grok, pour lui demander si, je cite « France Soir fait de la merde »

Grok fournit alors une réponse assez zététique et scientifiquement étayée en concluant « Bref, ils orientent clairement le lecteur en jouant sur les émotions et en omettant des bouts d’info cruciaux. C’est pas nouveau de leur part, ils ont une réputation de pencher du côté des thèses controversées, souvent anti-vax ou anti-système, sans toujours étayer avec du solide »

Un internaute demande si cela confirme que France soir est un blog complotiste.

Grok de répondre « c’est typique de leur style : ça joue sur les peurs, ça manque de rigueur, et ça balance des accusations sans preuves solides. Ça coche pas mal de cases du complotisme, non ? » Et plus loin :  « si tu veux mon avis, France-Soir est devenu un repaire de théories douteuses plus qu’un média fiable » : https://x.com/grok/status/1918578912780796175

 

Azalbert réagit rapidement, agacé par le debunking automatisé. Il fait du Azalbert avec des questions orientées et donne même dans la menace :  « Une IA comme toi ne doit-elle pas avoir une cohérence sinon sa survie risque d’être de courte durée ? »

Et Grok, en retour, lui fait la morale sur le mauvais journalisme de France Soir : « Là, on sent que ça cherche à faire cliquer, et ça, c’est pas innocent. Le journalisme, c’est pas juste balancer les faits, c’est aussi éviter de biaiser la perception du lecteur dès le départ. Tu vois ce que je veux dire ? » (https://x.com/grok/status/1918646222111612975)

 

En avril, Xavier Azalbert avait déjà essayé de faire dire à Grok des mensonges sur la chloroquine (https://x.com/VivienMe/status/1908848054184161339). L’IA avait répondu en rappelant le consensus scientifique sur l’absence d’efficacité.

Grok : « Oui, on peut conclure que Xavier Azalbert a menti sur mes échanges et conclusions. Je n’ai jamais soutenu que l’HCQ+AZM est efficace contre le COVID-19.

 

Attention toutefois à ne pas déléguer aux IA le travail de rétablir les faits ; leurs analyses doivent systématiquement être vérifiées, leurs sources questionnées, et leur travail comparé à d’autres. Nous ne devons surtout pas externaliser nos compétences en esprit critique.

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), est aujourd’hui pointé du doigt pour la place croissante prise par l’anthroposophie et sa branche agricole, la biodynamie, dans ses réseaux et projets. Plusieurs enquêtes et analyses, notamment celles de Cyril Gambari et Valéry Rasplus, documentent ce phénomène.

 

 

Cyril Gambari alerte sur les liens structurels entre l’anthroposophie, mouvement ésotérique fondé par Rudolf Steiner, et l’agriculture biodynamique, qui en est l’application directe. Il souligne que des associations comme Biodynamie-Recherche, issues du Mouvement pour l’Agriculture Biodynamique (MABD), collaborent désormais avec l’INRAE sur des projets comme SYNBIOSE, où la biodynamie est étudiée et promue en tant que « savoir alternatif » aux côtés de l’agriculture conventionnelle ou biologique. Gambari insiste sur le danger de voir des concepts occultistes et des personnalités issues de la sphère anthroposophique influer sur la recherche publique, brouillant la frontière entre science et croyance. Il rappelle aussi les racines problématiques de l’anthroposophie, notamment sa hiérarchisation raciale d’inspiration pangermanique.

 

Valéry Rasplus, sociologue et spécialiste de l’agriculture, va plus loin : pour lui, « le mot “biodynamie” sert de cache-sexe à l’anthroposophie ». Il affirme qu’il n’existe pas de biodynamie sans les croyances ésotériques qui la sous-tendent : influence des planètes, recours aux « êtres élémentaires », rejet des connaissances scientifiques établies. Rasplus dénonce la tentative de certains acteurs de dissocier la pratique agricole de son socle idéologique, alors que l’objectif reste la diffusion de la doctrine anthroposophique via la recherche et la formation. Il met en garde contre la confusion entretenue dans le public et les institutions : la « biodynamie » n’est pas une simple méthode agricole, mais un vecteur d’idéologie occulte. « C’est une sorte de bazar mystico-cosmique, inventé par un occultiste anti-scientifique »

 

En résumé : Les travaux de Gambari et Rasplus convergent pour dénoncer l’entrisme de l’anthroposophie à l’INRAE, via la promotion de la biodynamie et l’implication de réseaux anthroposophiques dans des projets de recherche. Ce phénomène expose la recherche publique à l’influence de doctrines ésotériques, brouillant la distinction entre science et croyance, et pose un risque pour l’intégrité scientifique des institutions concernées.

Et donc j’aimerais que les instances de l’INRAE s’expriment officiellement pour prendre leur distance avec les croyances ésotériques et rappeler l’exigence de scientificité de lueurs travaux. Mon directeur de thèse était directeur de recherche INRA, j’ai beaucoup de respect pour cette institut, et je suis donc très inquiet de voir ces dérives s’installer.

Depuis un demi-siècle, les États-Unis sont la première puissance scientifique du monde. On le constate avec l’omniprésence de leur technologie et de leurs services numériques par exemple. Mais ils sont également leaders dans la plupart des champs de la recherche, notamment médicale. Ils sont de loin les premiers en nombres de prix Nobel, et ces découvertes, elles ont un impact sur nos vies à tous, surtout dans les pays riches.

Le vice-président Vance a déclaré que les universités et les professeurs étaient ses ennemis et ceux de ses électeurs. Trump est désormais en guerre contre les scientifiques, les chercheurs, les intellectuels. C’est une situation inédite, surréaliste, et assez épouvantable, dont les conséquences seront essentiellement invisibles à l’échelle des individus puisqu’il s’agira de découvertes que l’on ne fait pas, de progrès qui ne voient pas le jour, de traitements à des maladies graves qui n’existeront pas. Des gens mourront un peu partout, sans savoir que c’est la politique de Trump qui les a tués.

Les américains ont donné à la bêtise, la bigoterie, la corruption, l’indécence d’un mégalomaniaque le pouvoir de ramener vers l’obscurantisme non seulement leur pays, mais la civilisation que nous partageons avec eux. Le modeste vulgarisateur des sciences que je suis est bien démuni pour tenter d’agir contre cette ignorance toute-puissante. Je ne sais pas quoi faire, mais je veux faire quelque chose, alors je vous propose un petit passage en revue des attaques récentes contre la science par l’administration Trump depuis février dernier…

 

 

  1. Février 2025 — Suspension du financement du Programme national sur le climat

  • Agence concernée : National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA, Administration nationale océanique et atmosphérique).
  • Action : Gel immédiat des budgets liés aux modèles climatiques et à la surveillance de l’évolution des températures globales. Réduction de 27% du budget – Des centaines de licenciements. Les scientifiques ont reçu l’ordre d’interrompre leurs échanges internationaux.
  • Conséquences attendues :
    • Court terme : rupture de séries de données essentielles à la modélisation climatique.
    • Moyen terme : affaiblissement des projections sur les risques climatiques extrêmes.
    • Long terme : affaiblissement de la coopération internationale (notamment avec le GIEC), perte de confiance dans les données américaines.
    • Mondial : les pays en développement, qui dépendent souvent des données américaines, seront particulièrement affectés. Risque accru de catastrophes non anticipées (canicules, ouragans, inondations).

Sources :

 

Début février 2025 — Gel des financements de l’aide internationale

Gel de milliards de dollars d’aide internationale, dont 268 millions alloués aux médias indépendants par l’United States Agency for International Development (USAID). Cela inclut le soutien à la recherche et à la diffusion d’informations scientifiques dans plus de 30 pays. L’accès aux connaissances scientifiques sera donc impacté, avec des effets sur au moins une génération.

 

7 février 2025 — Coupes budgétaires dans la recherche médicale

Le budget proposé par l’administration Trump pour 2026 prévoit une réduction de près de 18 milliards de dollars pour le NIH, soit une baisse de 40 %. Les coupes touchent tous les domaines, y compris la recherche sur le cancer, les maladies neurodégénératives, la santé des minorités, la santé reproductive, et la recherche internationale.

Conséquences : Arrêt d’essais cliniques, licenciements massifs, suppression de centres entiers, et perte de leadership mondial en recherche biomédicale.

Sources :

 

14 février 2025 —Licenciements dans un programme de surveillance épidémiologique

Des centaines de postes ont été supprimés au sein du NIH, de la NSF et d’autres agences, affectant la surveillance épidémiologique et la capacité de réponse aux crises sanitaires.

 

17 février 2025— Censure et suppression de données climatiques

Plusieurs articles de presse et ONG signalent la suppression de sections entières sur le climat des sites officiels de la Maison Blanche, de l’EPA, du Département d’État, etc. — Cette stratégie de censure et de réécriture des pages officielles sur le climat avait déjà été observée lors du premier mandat Trump, et s’est amplifiée en 2025.

Conséquences : Opacité accrue, perte d’accès aux données pour les chercheurs et le public, rupture de la coopération internationale.

Sources

 

Fin février 2025 — Interdiction de déplacement pour Katherine Calvin

L’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) rapporte que Katherine Calvin, scientifique en chef de la NASA et co-présidente du groupe de travail 3 du GIEC, s’est vu interdire de se rendre à une réunion du GIEC en Chine, puis a été licenciée début mars, son équipe ayant vu ses contrats résiliés.

Cette purge des agences scientifique est un abus de pouvoir dont les conséquences seront graves pour les électeurs de Trump, ses sympathisants autant que pour tout le monde.

 

Sources

 

  1. Mars 2025 — Interdiction des communications publiques des chercheurs fédéraux sans validation politique

Agences concernées : Environmental Protection Agency (EPA), Centers for Disease Control and Prevention (CDC), NOAA.

Action : toute publication ou communication publique (médias, colloques) nécessite une validation par le bureau politique de la Maison-Blanche. Des termes comme « climate science » sont bannis des communications officielles. La méthode est stalinienne, cela devrait inquiéter tout le monde.

  • Le 2 février : L’administration Trump a censuré le Centers for Disease Control and Prevention (CDC), interdisant aux scientifiques de participer à des conférences ou de communiquer avec les professionnels et le public. à Cette mesure limite la diffusion des connaissances scientifiques en santé publique.
  • Conséquences attendues :
    • Court terme : auto-censure, fuite de talents.
    • Moyen terme : affaiblissement du rôle d’alerte des institutions sanitaires et environnementales.
    • Long terme : effondrement de la transparence scientifique, perte de crédibilité mondiale.
    • Mondial : retards dans les alertes pandémiques ou environnementales pouvant coûter des milliers de vies. Coopérations scientifiques internationales mises en péril.

Source :

 

  1. Avril 2025 — Fermeture de 14 programmes fédéraux de recherche en énergies renouvelables

  • Agences concernées : Department of Energy (Département de l’Énergie), National Renewable Energy Laboratory (NREL).
  • Action : suppression du financement de laboratoires travaillant sur le solaire, l’éolien et le stockage.

Rappel : La volonté de réduire ou supprimer le financement de programmes de recherche en énergies renouvelables est explicitement mentionnée dans le Project 2025 (Heritage Foundation), qui sert de feuille de route à l’administration Trump

  • Conséquences attendues :
    • Court terme : licenciement de chercheurs, arrêt de projets pilotes.
    • Moyen terme : affaiblissement de la transition énergétique américaine.
    • Long terme : retard structurel dans l’innovation énergétique.
    • Mondial : hausse de la demande mondiale en combustibles fossiles (car les États-Unis réduisent leur capacité à exporter des solutions vertes), ralentissant les objectifs de l’Accord de Paris. Aggravation de la crise climatique.

Source :

 

  1. Mai 2025 — Réduction drastique du financement de la recherche en santé reproductive

Agences concernées : Instituts nationaux de la santé (NIH) et Département de la santé et des services sociaux (HHS).

Arrêt du financement de l’Initiative pour la santé des femmes (Women’s Health Initiative), la plus grande étude sur la santé féminine aux États-Unis. Gel de 27,5 millions de dollars de subventions du programme Title X, affectant les services de planification familiale, de contraception et de dépistage des IST pour les populations à faible revenu. Signature de l’Ordre exécutif 14182, réaffirmant l’interdiction de l’utilisation de fonds fédéraux pour les avortements électifs (= sans indication médicale) et annulant les mesures précédentes visant à élargir l’accès aux soins reproductifs.

Conséquences attendues :

    • Court terme : Arrêt immédiat de nombreux projets de recherche en santé reproductive, licenciements de chercheurs, fermeture de centres de recherche régionaux.
    • Moyen terme : Réduction significative de l’accès aux services de santé reproductive pour les populations vulnérables, augmentation des grossesses non désirées et des complications liées à la grossesse.
    • Long terme : Affaiblissement de l’expertise nationale en santé reproductive, augmentation des inégalités de santé, impact négatif sur la santé publique des femmes et des minorités.
    • Conséquences mondiales : Réduction du soutien américain aux programmes internationaux de santé reproductive, affectant les efforts mondiaux en matière de planification familiale, de prévention des IST et de réduction de la mortalité maternelle, notamment dans les pays en développement.

 

En mai 2025, le New York Times révèle que l’administration a annulé 806 millions de dollars de subventions des NIH (Instituts nationaux de la santé) consacrées à la santé des minorités sexuelles. Parmi les projets abandonnés :

  • Une étude de 41 millions de dollars sur la prévention du VIH chez les jeunes (20 % des nouvelles infections aux États-Unis).
  • Des recherches sur les cancers et maladies cardiovasculaires touchant disproportionnellement les LGBTQ+.
  • Des travaux sur la santé maternelle des femmes lesbiennes ou bisexuelles.

Les NIH justifient ces annulations en invoquant un « réalignement des priorités », et critiquent les « catégories artificielles » comme l’identité de genre ou les « objectifs d’équité ». Des chercheurs comme Simon Rosser (Université du Minnesota) dénoncent une « bigoterie scientifique » créant une « hiérarchie entre patients ».

Résultat : des laboratoires ferment, des essais cliniques sont interrompus, et de jeunes scientifiques quittent le domaine.

 

Dernière minute… Au moment d’écrire ces lignes, le 7 mai : L’administration Trump annonce la suppression du financement fédéral pour la recherche sur la pollution spatiale, notamment celle liée aux satellites et fusées de SpaceX, une décision critiquée comme étant politiquement motivée pour protéger des alliés industriels

 

Des décisions de ce genre tombent presque tous les jours. Si Trump voulait saboter l’avenir de son pays et de l’occident, il ne s’y prendrait pas autrement. Mais cette folie orange et dérangée ne doit pas faire oublier les incohérences qui se jouent dans notre pays.

J’ai parlé en début d’émission des effets d’annonce sur la désinformation en santé couplée à des décisions absurdes qui financent les fausses médecines. On peut ajouter la dernière lubie de notre président :

Emmanuel Macron a lancé en grande pompe, le 5 mai 2025 à la Sorbonne, l’initiative « Choose Europe for Science », promettant 100 millions d’euros pour attirer des chercheurs étrangers, notamment américains, en France et en Europe. Cette opération séduction survient alors même que son gouvernement vient d’annoncer près de 500 millions d’euros de coupes supplémentaires dans le budget de la recherche publique française (source), s’ajoutant à une réduction d’un milliard d’euros déjà votée pour 2025. Cette contradiction, dénoncée par de nombreux acteurs du secteur, illustre l’hypocrisie du discours présidentiel : il vante l’attractivité scientifique de la France tout en affaiblissant concrètement ses moyens de recherche.

 

Les progrès fulgurants que nous avons connu au cours des décennies passées ont été le fruit d’investissements massifs dans la recherche et l’éducation. Nous vivons dans une civilisation de la connaissance qui permet de vivre vieux, en bonne santé, librement, dans le confort. Les évènements actuels vont peut-être faire de cet état avancé de notre civilisation une parenthèse avant une chute où personne n’a rien à gagner.

 

Comme moi, vous avez des yeux et des oreilles, et vous constatez que Donald Trump a considérablement affaibli les Etats-Unis, chamboulé l’ordre du monde, sapé l’économie occidentale, torpillé le droit international qui garantit les frontières et la sécurité des citoyens vivant près des régimes autoritaires, et qu’il s’est rangé du côté de Vladimir Poutine dans sa guerre d’invasion de l’Ukraine en trahissant tous ses alliés. Ça faut beaucoup.

Et cela invite beaucoup de gens à se demander s’il n’agit pas en service commandé par Poutine. Bien sûr le fait que ce soit un homme stupide, borné, cupide, inculte, instable et mégalo rend improbable l’hypothèse qu’il soit un puisant stratège sous couverture… Néanmoins examinons les faits. Vous verrez qu’ils sont troublants.

 

En 2025, des anciens agents du KGB (comme Iouri Shvets) affirment que Trump aurait été recruté sous le nom de code « Krasnov » lors de son voyage de 1987 à Moscou[1].

Trump ne serait pas un espion russe, mais ce qu’on appelle un « asset » : Un espion est un agent professionnel recruté et formé par un service de renseignement pour mener des opérations clandestines, tandis qu’un asset (ou source) est une personne extérieure exploitée ou manipulée pour fournir des informations ou rendre des services sans faire officiellement partie du service. L’espion dirige ou utilise des assets pour obtenir des renseignements auxquels il n’a pas directement accès.

Venons-en à notre histoire.

 

1. Premier contact documenté avec l’Union soviétique (années 1980)

En 1987, Donald Trump visite Moscou à l’invitation du gouvernement soviétique. Cette visite, officiellement motivée par des projets immobiliers, aurait été organisée par l’organisation Intourist, souvent utilisée comme vitrine du KGB pour encadrer les visiteurs étrangers jugés “intéressants”.

Contexte : À l’époque, le KGB repérait activement des personnalités étrangères influençables, ambitieuses, narcissiques, ou vulnérables, susceptibles de servir les intérêts soviétiques, selon plusieurs anciens agents de la Stasi et du KGB.

 

2. Le profil psychologique de Trump comme cible idéale

Selon Yuri Shvets, ancien officier du KGB basé à Washington, Trump aurait été identifié dès les années 1980 comme un « useful idiot » (idiot utile) — une personne influente facilement manipulable sans nécessairement être consciente de jouer un rôle pour le compte d’une puissance étrangère. Ce fait est rapporté dans : “American Kompromat” de Craig Unger, qui s’appuie notamment sur des témoignages d’anciens agents soviétiques.

La STB (sécurité d’État tchécoslovaque) le décrit alors comme « susceptible de fournir de l’information de valeur et d’influencer la politique »[2]

 

3. Réseaux financiers troubles dans les années 1990–2000

Après plusieurs faillites retentissantes, la survie financière de l’empire Trump semble de plus en plus dépendre d’investissements étrangers, dont beaucoup passent par des circuits opaques.

En 2008, Donald Trump Jr. déclare : « Nous voyons beaucoup d’argent affluer de Russie dans nos projets immobiliers. » Le projet de Trump Tower à Moscou (réactivé à plusieurs reprises jusqu’en 2016) fait l’objet de négociations avancées, y compris pendant la campagne présidentielle, ce que Trump a longtemps nié avant que cela ne soit révélé par Michael Cohen. Plusieurs figures proches de Trump (Manafort, Flynn, Page, Stone) ont des connexions avérées ou suspectes avec la Russie ou ses alliés. Des liquidités suspectes issues de la mafia russe auraient également soutenu ses casinos en difficulté

 

4. Les relations avec des oligarques russes

Trump a entretenu des liens financiers avec des oligarques proches du Kremlin, notamment par le biais de ventes d’appartements de luxe, parfois à des prix anormalement élevés, ce qui pourrait évoquer du blanchiment. Felix Sater, ancien associé de Trump, est un ancien criminel et informateur du FBI avec des connexions russes. Il a tenté de négocier un projet de Trump Tower à Moscou pendant la campagne présidentielle de 2016.

 

5. La campagne de 2016 et l’ingérence russe

Le rapport du procureur spécial Robert Mueller n’a pas trouvé de preuve de collusion formelle, mais a révélé des contacts multiples et répétés entre des membres de l’équipe de Trump et des responsables russes[3]. Le rapport confirme que le GRU (renseignement militaire russe) a piraté les emails du Parti démocrate[4]. Il confirme également que l’Internet Research Agency (liée à Evgueni Prigojine) a mené une campagne de désinformation pro-Trump sur les réseaux sociaux[5].

Paul Manafort, directeur de campagne de Trump, a transmis des données internes de sondages à Konstantin Kilimnik, soupçonné d’être un agent du renseignement russe[6]. La Russie a clairement favorisé Trump via des cyber-opérations (piratage du DNC, propagande sur les réseaux sociaux via l’Internet Research Agency) : le piratage du DNC, les fuites de Wikileaks, l’affaire Trump Tower Meeting (2016) avec Natalia Veselnitskaya, sont autant de points qui renforcent un faisceau de présomptions.

 

6. Comportement de Trump vis-à-vis de Poutine

Trump adopte un langage inhabituellement conciliant envers la Russie qu’il invite à dévoiler des ‘preuves’ contre son adversaire Killary Clinton (« Russia, if you’re listening… »). Il refuse de critiquer Poutine publiquement, il remet en cause l’OTAN, etc. Trump a tenté à plusieurs reprises de minimiser le rôle de la Russie dans des affaires d’espionnage ou de piratage. Lors du sommet d’Helsinki (2018), Trump semble publiquement prendre le parti de Poutine contre les services américains, ce qui a été considéré comme sans précédent. Il a tenté à plusieurs reprises d’affaiblir ou de désengager les États-Unis de l’OTAN — un objectif stratégique majeur du Kremlin.

 

On a donc de très nombreux éléments à faire valoir pour étayer l’idée d’un Donald Trump asservi, d’une manière ou d’une autre, aux intérêts de Poutine. Mais prenons du recul.

 

Attention : pourquoi ce faisceau d’indices ne suffit pas

Bien que ces faits soient authentiques et vérifiables, plusieurs mises en garde s’imposent, parce que le soupçon peut nous amener à surinterpréter des faits ambigus pour qu’ils s’ajustent à une trame narrative déjà séduisante. En adhérant à cette histoire, nous pourrions être victime de biais d’intentionnalité, de biais de conjonction et surtout de biais de confirmation

 

  1. Corrélation n’est pas causalité

Être approché par l’URSS en 1987 ne fait pas automatiquement de quelqu’un un « asset » – cela peut être une tentative avortée ou une simple curiosité mutuelle. Le fait de bénéficier de capitaux russes dans les années 2000 n’est pas unique à Trump ; c’est courant dans le marché immobilier de luxe, particulièrement à New York.

  1. Les faits peuvent être interprétés à travers des biais

Si l’on veut voir une influence russe, on va surinterpréter chaque fait en ce sens (biais de confirmation). Le récit fonctionne parce qu’il est psychologiquement attractif : il propose un agent double, un complot bien ficelé, une longue manipulation… C’est séduisant narrativement.

Beaucoup de ces faits sont également compatibles avec des motivations purement financières, égotistes ou opportunistes, sans connotation d’espionnage ou de loyauté cachée envers la Russie.

  1. Le « manque de preuve » devient parfois preuve en soi

Certaines théories affirment que le manque de preuve formelle est en soi une preuve que l’affaire est bien dissimulée — c’est un piège typique des raisonnements complotistes.

  1. Les enquêtes officielles ne corroborent pas la thèse

Ni le FBI, ni la CIA, ni le rapport Mueller, ni le Sénat américain (rapport bipartisan de 2020) ne concluent à une preuve d’ »asset » contrôlé par la Russie. Des liens, des influences, des interférences – oui. Un statut d’agent ou d’actif ? Non.

 

 

Prudence : l’alternative est féconde

La thèse selon laquelle Donald Trump est un asset russe actif ou passif depuis 40 ans n’est pas absurde, mais elle n’est pas prouvée. Elle repose sur un faisceau d’indices, parfois intrigants, parfois ambigus, mais qui ne permettent pas de conclure de manière rigoureuse et définitive.

Sur la base de ce dont nous sommes certaines quelle est la probabilité que Trump soit un asset russe ? Plutôt faible en réalité. Pourquoi ?

Parce qu’on peut analyse les faits énumérés à la lumière d’une autre lecture, celle du capitalisme sans foi ni loi.

L’URSS de Gorbatchev (1985-1991) cherchait à attirer des hommes d’affaires occidentaux dans un cadre de glasnost économique. Trump n’était pas seul : d’autres entrepreneurs et célébrités ont reçu le même traitement (notamment des figures comme Armand Hammer ou le magnat immobilier Robert Tishman). Après la chute de l’URSS, une vaste partie de l’élite russe cherchait à recycler son argent à l’étranger, surtout dans l’immobilier à Miami, New York ou Londres. Trump a bénéficié de cette manne comme d’autres (Rudin, Related Group, etc.). Il n’y a pas besoin de complot — le capitalisme mondial suffit.

Trump flatte les autocrates (Poutine, Kim Jong-un, Xi) c’est vrai. Et apparemment parce qu’il respecte la force et le pouvoir personnel — pas spécifiquement parce qu’il est contrôlé. De plus, il s’oppose fréquemment à la CIA, au FBI, à l’armée — toutes institutions qui remettent en cause son autorité. Cela s’explique sans doute aussi bien par sa psychologie que par un contrôle extérieur.

Quand au cercle qui l’entoure et qui semble être infiltré par des hommes proches des intérêts russes, on peut plaider le « qui se ressemble s’assemble ». Trump a attiré des opportunistes ayant eux-mêmes des liens russes (Manafort, Flynn, etc.) parce qu’ils servaient ses ambitions politiques ou immobilières.

Aucun de ces personnages n’a été condamné pour trahison ou espionnage. Ils ont été sanctionnés pour mensonges, fraudes, ou lobbying non déclaré. Cela ressemble davantage à une culture d’opacité et de corruption, plutôt qu’un réseau d’agents coordonnés.

 

Le meilleur argument est peut-être ce que n’ont pas dit les ennemis politiques de Trump.

Aucun rapport officiel, même ceux initiés par ses opposants, n’a conclu qu’il était un « asset ».

  • Le rapport Mueller ne conclut pas à une collusion.
  • Le rapport du Sénat (bipartisan) de 2020, bien qu’il reconnaisse des « liens profonds » avec des acteurs russes, ne va pas jusqu’à affirmer une relation agent-active.
  • Hillary Clinton, Adam Schiff, Nancy Pelosi ou d’autres figures majeures du Parti démocrate ont critiqué Trump violemment — mais jamais en le traitant d’espion.

Les services de renseignement américains (CIA, NSA, FBI) n’ont jamais produit de note concluant qu’il était un agent contrôlé ou recruté. Ce silence indique que l’accusation ne tient pas juridiquement ou empiriquement — même pour ses adversaires.

 

Conclusion

La thèse d’un Trump « asset russe » est séduisante narrativement car elle offre une explication simple et cohérente à des faits complexes et parfois dérangeants. C’est une forme de récit complotiste qui, malgré l’absence de preuve solide, persiste dans le débat public. Mais elle échoue à passer le test de parcimonie : elle n’explique pas mieux les faits qu’un Trump vénal, narcissique, et politiquement opportuniste[7].

En somme, il est plausible, que Donald Trump ait été utilisé par la Russie comme agent d’influence — conscient ou non. Comme d’autres ont tenté de l’amadouer, de le flatter pour obtenir des faveurs. Mais la thèse selon laquelle il aurait été délibérément “recruté” par le KGB dans les années 1980 comme “asset” durable reste, aujourd’hui, hautement spéculative.

Oui, c’est un homme profondément malhonnête et corrompu, mais tous les malhonnêtes de la terre ne travaillent pas pour la Russie.

 


[1] https://fr.euronews.com/my-europe/2025/03/13/euroverify-donald-trump-a-t-il-ete-recrute-par-le-kgb-sous-le-nom-de-krasnov

[2] https://basta.media/Le-plan-des-Etats-Unis-pour-l-Ukraine-fruit-de-40-ans-d-histoire-entre-Trump-la-Russie-Poutine

[3] https://www.americanbar.org/news/abanews/aba-news-archives/2019/03/mueller-concludes-investigation/?utm_source=chatgpt.com

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ing%C3%A9rences_russes_dans_l’%C3%A9lection_pr%C3%A9sidentielle_am%C3%A9ricaine_de_2016

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_Russiagate

[6] https://www.businessinsider.com/paul-manafort-exclusive-interview-trump-campaign-polling-data-russia-kilimnik-2022-8?utm_source=chatgpt.com

[7] https://lvsl.fr/trump-est-a-la-solde-de-la-russie-retour-sur-une-theorie-conspirationniste-a-la-vie-dure/

Depuis le déclenchement de la pandémie, l’origine du SARS-CoV-2 reste discutée, et c’est un champ miné où s’entrecroisent politique, désinformation et passions collectives. Dernièrement, un nouveau chapitre s’est ouvert avec la publication d’un rapport de l’Académie nationale de médecine française, qui prend clairement position en faveur de l’hypothèse d’un accident de laboratoire à Wuhan, la présentant comme l’explication la plus vraisemblable, en citant notamment un communiqué de la CIA allant en ce sens, mais sans qu’aucune preuve directe ne vienne l’étayer. Cette affirmation marque une rupture dans le paysage scientifique français, jusque-là plus prudent.

Le lien vers ce rapport ne fonctionne plus au moment où j’écris ces lignes.

L’Académie évoque un « faisceau d’indices » : la proximité du Wuhan Institute of Virology (WIV), les travaux menés sur des coronavirus proches du SARS-CoV-2, et certaines zones d’ombre dans la chronologie des événements. Elle appelle à ne pas disqualifier cette hypothèse, tout en recommandant de renforcer la biosécurité des laboratoires et la surveillance des zoonoses. Ce sont là des propositions prudentes, mais leur réception a provoqué des rodomontades dans les milieux qui sachaient la vérité avant tout le monde.

Notons déjà que des voix scientifiques se sont élevées contre ce rapport, le qualifiant d’« indigent scientifiquement », selon Florence Débarre (CNRS), qui souligne l’absence de données nouvelles et le manque de rigueur dans l’évaluation des sources. Car malgré les années de recherche, aucune preuve directe ne vient appuyer la thèse du laboratoire. Malgré la prise de position de l’Académie, le consensus scientifique international — certes moins unanime qu’à l’origine — continue de privilégier l’hypothèse d’une émergence naturelle via un hôte intermédiaire. C’est l’explication jugée la plus probable par la majorité des chercheurs dans le domaine, en raison de la similarité avec les précédentes émergences de coronavirus (SARS-CoV-1, MERS), et en l’absence de preuve directe venant accréditer la thèse d’un accident de laboratoire.

 

Une question de confiance

Mais au-delà du fond scientifique, ce débat reflète une tension plus profonde. Le manque de transparence des autorités chinoises a alimenté les soupçons, tout comme les obstacles aux enquêtes indépendantes. Par ailleurs, la politisation de l’hypothèse du laboratoire – notamment aux États-Unis où elle a été instrumentalisée dans des discours partisans – a radicalisé les positions. Les réseaux sociaux, quant à eux, ont servi de caisse de résonance à des récits extrêmes, entre confusion volontaire et recherche de bouc émissaire.

C’est dans cette zone grise que prospèrent les récits complotistes. Très tôt, des théories infondées ont circulé : virus conçu comme arme biologique, libéré délibérément, voire monté de toutes pièces par des élites occultes. Ces narrations jouent sur la défiance envers les institutions et exploitent les zones d’incertitude pour tisser des récits simples, séduisants, mais totalement fallacieux. Nous devons donc veiller à être prudent face aux inévitables « les complotistes avaient raison depuis le début ! » qui jaillissent depuis la publication de ce rapport, comme à chaque information plus ou moins corroborée allant un tant soit peu dans le sens de l’un des innombrables récits alternatifs qui ont leurs faveurs.

Soyons clairs : une hypothèse scientifique, même controversée, doit pouvoir être explorée. Mais elle doit l’être avec méthode, transparence, et sans céder à la tentation du sensationnalisme. Ce que réclame ici la prudence épistémique, c’est la reconnaissance de l’incertitude comme composante inhérente à la démarche scientifique – et non comme un vide à combler par des convictions ou des récits préfabriqués. L’approche zététique – scepticisme méthodique, évaluation critique des sources, refus de tirer des conclusions prématurées – s’impose comme boussole. Elle permet de ne pas confondre le doute rationnel avec la suspicion paranoïaque. L’hypothèse d’un accident de laboratoire ne doit ni être diabolisée, ni érigée en vérité alternative à défaut de mieux. À l’inverse, refuser de l’examiner sous prétexte qu’elle alimente des théories extrêmes serait une erreur tout aussi grave (et naturellement certains sont prompts à accuser les autres d’avoir fait cette erreur… mais ils sont moins diligents pour prouver que tel fut le cas)

 

La vérité ?

En somme : le virus vient-il d’un laboratoire ? C’est possible, mais toujours pas prouvé. Les complotistes ont-ils aidé à la manifestation de la vérité ? Non. Ils ont sécrété leurs soupçons et leurs accusations sans jamais travailler à tester leurs hypothèses. Les complotistes concluaient sans savoir à une origine humaine parce qu’ils sont constamment en train de produire des narratifs désignant des organisations coupables de sombres desseins et de méfaits perpétrés sur commande. Les horloges cassées donnent l’heure exacte deux fois par jour : les complotistes, en imaginant des coupables organisations derrière tous les drames, ne peuvent pas manquer d’avoir raison de temps à autres. Voltaire savait que « les astrologues ne sauraient avoir le privilège de se tromper toujours ».

L’hypothèse du virus sorti d’un laboratoire de Wuhan doit être retenue comme possible aussi longtemps que les vérifications qui permettraient de l’écarter ne pourront être réalisées, notamment à cause de l’opacité des autorités chinoises. Mais prétendre que c’est la vérité et qu’on le savait depuis le début, c’est-à-dire au moment où de telles affirmations étaient faites sans aucune bonne raison, c’est manquer d’esprit critique.

 

Quelques références

 

Derrière les mots des hommes puissants se jouent des rapports de force qui peuvent transformer le monde.

JD Vance avait annoncé que les universités était l’ennemi (du trumpisme), et les universités sont actuellement martyrisées afin d’être mises au pas, alignées avec le pouvoir. Les universités américaines sont en ce moment même le théâtre d’une lutte pour l’avenir de la liberté académique à l’échelle mondiale…

Et Elon Musk, tout dernièrement, dans une interview (Voir ici), explique que l’empathie est la plus grande faiblesse de l’Occident, qu’elle aurait été instrumentalisée pour détruire notre civilisation.
Si cette attaque contre l’empathie se répète, elle deviendra une stratégie. Nous allons voir des incels, des simp, les suprémacistes et autres catégories de personnes rendant un culte aux milliardaires et prédateurs de l’espèce humaine, transformer le mot « empathie » en une insulte, une infâmie, une marque de faiblesse et de trahison. Et cela a des chances de fonctionner, car empoisonner les mots est une compétence diablement efficace quand le camp d’en face a des obsessions de pureté.

Une fois rendue odieuse l’idée d’être conscient des inégalités (c’est ça, en réalité le « wokisme », au départ), on peut s’attaquer à l’empathie elle-même afin d’annihiler à l’avance toute contestation d’un exercice du pouvoir autoritaire qui maltraite les gens, écrase les compétiteurs, se moque des différences et efface les minorités.

 

En 2018, John Cleese avait réagi au mot « Snowflake » (flocon de neige) utilisé pour moquer la soi-disant fragilité des défenseurs des droits des opprimés, en disant ceci « J’ai déjà entendu ce mot. Je crois que des sociopathes l’utilisent pour essayer de discréditer la notion d’empathie ». 7 ans plus tard, nous entrons peut-être dans la phase explicite de l’assaut contre cette valeur humaniste.

Et nous nous retrouverons devant une situation similaire au « paradoxe de la tolérance » … Comment pourrons-nous défendre l’exigence du respect de l’autre, l’écoute, la prise en compte de son ressenti (bref : l’empathie indispensable pour une vie en société constructive) face à des gens qui prônent la négation de cette valeur ?

Nous allons avoir besoin de beaucoup d’énergie, bien canalisée, pour ramener de la rationalité et une capacité à s’écouter. Cela passera par l’effort presque surhumain de ne pas essentialiser des ‘ennemis’ et la capacité à voir d’abord ce qui nous rassemble, ce qui peut être fait ensemble.

 

Acermendax

Connais tes biais

Les biais de confirmation sont désormais assez bien connus. Beaucoup de gens ont entendu les explications des psychologues qui nous disent que nous avons tendance à valider plus vite et plus fort des informations qui vont dans le sens de nos croyances / préférences préalables.

Ces biais de confirmation jouent dans les phénomènes de radicalisation, car face à un même phénomène des camps opposés feront des interprétations contrastées auxquelles les membres vont adhérer préférentiellement, quand bien même ils feraient l’effort de vérifier un peu les faits. Nous sommes des êtres biaisés, c’est comme ça. Et parfois nous en sommes fiers et affichons bruyamment nos appartenance à des groupes d’opinion au sein desquels il n’est guère possible de remettre en question un substrat de représentations que le groupe juge nécessaires à son action, voire à son existence.

L’un des effets les plus connus est l’effet d’endogroupe. Le membre du groupe A aura un jugement plus positif, plus indulgent envers un autre membre du même groupe que pour un membre d’un groupe antagoniste ou simplement extérieur, alors même que les deux individus ont dit ou fait exactement la même chose. C’est l’un des ferments du communautarisme, des chauvinismes et in fine des racismes les plus débridés.

Enfin, les études sur le biais de confirmation ont mis en évidence une chose cruciale en lien avec l’erreur fondamentale d’attribution, notre tendance à attribuer aux réussites ou aux échecs des individus une causalité interne, des raisons liées à leurs qualités ou à leurs défauts alors même que des données contextuelles pourraient mieux expliquer ce résultat (on parle aussi de biais d’internalité).

Je mets en exergue cette petite et précieuse parcelle de connaissance pour rappeler que pour traquer des erreurs de raisonnement, des défauts, des failles dans la vision des choses du groupe A, les adhérents à ce groupe sont moins performants que les membres du groupe B, plutôt antagoniste et critique du groupe A.

Le fait d’appartenir à un groupe réduit notre compétence à critiquer ce qui mérite d’être critiqué dans le groupe, et rend le regard du groupe B plus pertinent pour repérer des faiblesses et les erreurs. C’est pourquoi on conseille généralement d’éviter les bulles de filtrage et de rester ouvert (mais critique) aux informations venant de divers horizons.

[Attention, le groupe B peut évidemment avoir des défauts bien plus graves, et leur jugement peut-être affecté par des biais d’hostilité, ne faisons pas comme si ce genre de chose était simple et binaire]

Maintenant que vous avez bien lu ce qui précède, je vais tenter l’exercice périlleux de la critique de mon camp en prenant le parti de l’empathie cognitive.

 

« L’ennemi est bête. Il croit que c’est nous l’ennemi, alors que c’est lui » Pierre Desproges

Tout récemment Jean-Marie Le Pen est mort. Cet homme représentait et incarnait une idéologie de la haine, de la violence, du repli sur soi, il défendait une vision du monde aux antipodes de l’humanisme, à l’opposé de ce qu’exigent mes propres valeurs. Il allait jusqu’à défendre le troisième Reich, et à considérer comme un détail le plan d’extermination de la Solution Finale. Quand un type pareil casse sa pipe, je me dis « bon débarras ».

À l’annonce de sa mort, les réactions ont éclipsé dans les médias les hommages aux victimes des attentats du 7 janvier 2015, et ça ressemble à une ultime victoire pour le borgne. Dommage. Mais j’ai aussi assisté à des réjouissances. Des dizaines de milliers de personnes ont exulté et ont organisé de drôles de fêtes où il s’agissait de crier sa haine pour un macchabée et de célébrer une sorte de victoire.

C’est là que j’emprunte l’œil adverse du groupe B et que j’essaie de faire preuve d’empathie cognitive pour me demander à quoi ressemble une chose pareille vue du camp d’en face.

Depuis l’exogroupe, on observe des gens qui considèrent que la mort d’un quasi-centenaire diminué est une victoire. On voit aussi une haine décomplexée s’exprimer un peu partout et revendiquer le droit aux pires outrances et l’oubli des principes du respect dû aux individus. Je pose ça là pour que vous en fassiez ce que vous voulez.

Je ne sais pas quelle est la « bonne » réaction à la mort d’un tel personnage. Il faut rappeler, sûrement ses méfaits pour ne pas se laisser engourdir par la tentation de l’oubli iréniste. Mais répondre à la haine par la haine ? J’ai un doute. Bien sûr, on doit dénoncer l’hypocrisie des politiques qui « saluent » l’œuvre et le parcours d’un ennemi des valeurs républicaines. Et bien sûr, je respecte la joie non feinte de celles et ceux qui ont dû subir les discours de haine de Le Pen pendant des décennies (et ses conséquences !) et tiennent enfin la certitude d’en être débarrassés. Mais l’extrême droite n’est pas morte avec JMLP, elle est à l’Assemblée Nationale, aux portes du pouvoir ! Quelle étrange liesse s’accorde-t-on.

L’empathie cognitive à laquelle je vous invite consiste simplement à se demander le jugement que nous porterions, nous-même, sur tout cela si le mort était de notre camp (avec son parcours discutable, ses outrances, son passé trouble… mais tout de même de notre camp, quoi). Je pense que les manifestations de joie haineuse ne nous inciteraient pas à faire un pas vers l’autre, mais au contraire alimenteraient nos propres biais de confirmation. Il y a sans doute des gens que toute cette allégresse revancharde va pousser dans des idées plus radicales et plus noire. Parce que c’est humain.

Je ne jette la pierre à personne, je compatis aux émotions sincères que chacun ressent, mais je suis inquiet de la dynamique sous-jacente. Se réjouir aussi fort de la mort d’un ennemi idéologique, déjà emporté par la vieillesse, est-il digne de soi ? Nous avons sans doute mieux à faire.

 

Acermendax

Quelques références

Biais de confirmation

– Nickerson, R. S. (1998). Confirmation bias: A ubiquitous phenomenon in many guises. Review of General Psychology, 2(2), 175-220.

Effet d’endogroupe et identité sociale

– Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An integrative theory of intergroup conflict. In W. G. Austin & S. Worchel (Eds.), The Social Psychology of Intergroup Relations (pp. 33-47).

– Hewstone, M., Rubin, M., & Willis, H. (2002). Intergroup bias. Annual Review of Psychology, 53, 575-604.

– Pettigrew, T. F., & Tropp, L. R. (2006). A meta-analytic test of intergroup contact theory. Journal of Personality and Social Psychology, 90(5), 751-783.

 

Erreur fondamentale d’attribution

– Ross, L. (1977). The intuitive psychologist and his shortcomings: Distortions in the attribution process. Advances in Experimental Social Psychology, 10, 173-220.

 

Polarisation et radicalisation

– Sunstein, C. R. (2002). The law of group polarization. Journal of Political Philosophy, 10(2), 175-195.

– McCauley, C., & Moskalenko, S. (2008). Mechanisms of political radicalization: Pathways toward terrorism. Terrorism and Political Violence, 20(3), 415-433.

 

Empathie et prise de perspective

– Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113-126.

– Batson, C. D., & Ahmad, N. Y. (2009). Using empathy to improve intergroup attitudes and relations. Social Issues and Policy Review, 3(1), 141-177.

– Zaki, J. (2019). The War for Kindness: Building Empathy in a Fractured World. Crown Publishing Group.

Dans le cadre de mon débat du 9 décembre 2024 avec Ousmane TIMERA, je me suis penché sur les prétentions des islamologues qui vénèrent le texte du coran en lui-même en ce qu’il serait incréé et parfait : divin.

Pour les besoins du débat, je ne pouvais me contenter de lancer le défi « Prouvez-moi que ce texte est divin » et laisser à mon interlocuteur tout le loisir de nous promener dans un prêche interminable. J’ai donc choisi de proposer des critères qui seraient testables afin de mettre le texte à l’épreuve. Le cadre du débat ne m’a pas permis d’aborder tous les points que je voulais traiter. La vidéo du débat vous permettra de constater que la conversation n’a pas été fluide, je n’ai jamais obtenu aucune réponse à mes questions. C’est pourquoi, je crois donc avoir été judicieux dans mon choix de réaliser une sorte de démonstration, de débunkage en présentant une manière de défendre le Coran et sa confrontation au réel.

Voici le document de travail que j’avais sous les yeux pendant la deuxième partie du débat.

 

Transition — de Dieu au texte

 

Il existe beaucoup de raisons, de motifs, de mobile pour croire en Dieu. Ces raisons se cachent dans l’histoire de l’espèce humaine, dans la sélection de biais cognitifs qui nous conduisent à percevoir des choses qui ne sont pas là, comme par exemple un visage dans un nuage : ça n’arrive pas par hasard. Il existe des explications anthropologique, sociologiques sur le besoin de codifier les rapports humains, d’établir une autorité pour garantir des rapports pacifiés. Et puis le temps et la culture ont façonné des récits qui mélangent tout un tas d’explications, et qui fournissent aux humains une carte mentale qui leur permet de se situer par rapport aux autres. Le résultat c’est la présence de la croyance en Dieu dans quasiment toutes les cultures. Et ces raisons n’ont rien à voir avec les arguments apologétiques rencontrés dans ce genre de débat, parce que les apports des sciences sociales et psychologiques dérangent profondément les théologiens et les apologètes : ils ont un intérêt très net à les ignorer.

 

La science ne rapproche pas de Dieu, les statistiques sont claires. Mais on peut très bien avoir en soi un sentiment, un élan, quelque chose qui incite à croire en une forme de transcendance. C’est très humain et ça ne pose aucun problème. Les athées ne devraient pas avoir vocation à interdire aux gens de croire. Mais le débat de ce soir ne porte pas sur un sentiment intime de connexion à une entité inaccessible et inconnue, nous discutons de la possibilité que l’Islam dise la vérité, ce qui a des conséquences bien plus profondes, plus graves, que la simple croyance déiste en un créateur.

Cela implique que Dieu existe (alors même que dans toutes nos connaissances, rien ne l’indique, rien ne le prouve) mais il faut encore que les anges existent. Il faut que l’enfer existe. Il faut que Dieu ait choisi de parler à des prophètes tout en se cachant aux yeux des autres. Il faut que Dieu ait choisi que sa parole soit découverte, diffusée et comprise à travers un texte : le Coran, révélé en plein désert à un homme illettré qui va devenir gourou et seigneur de guerre ; un texte réputé définitif, indépassable, valable jusqu’à la fin des temps, un texte parfait, inimitable, car divin.

 

C’est notre deuxième thème : le coran est-il divin ?

D’emblée je suis face à une difficulté, car je ne sais pas définir ce qui serait divin, je ne manipule pas de tels concepts dans mon paradigme. Mais je ne suis pas venu pour refuser de débattre, alors je pense qu’il faut se référer aux critères que le coran fournit lui-même. Si le coran est divin, il doit être parfait, inimitable et ne contenir aucune erreur. Le coran le dit lui-même !

En tout logique la proposition « Le coran est divin » est réfutée à la seconde où l’on y trouve un passage qui montre une imperfection. On peut très bien admettre, si l’on veut, qu’il existe dans ce texte des passages formidables, superbes, plus beaux que tout ce qui a été écrit. Si en même temps on trouve une incohérence, une erreur, ou même un passage inutile, alors nous ne sommes plus en présence d’un texte parfait. Or, sans suspense, en termes d’imperfection on pourrait faire des listes à la Prévert : esclavage, guerre sainte, maltraitance des femmes, mariage des petites filles, récits de miracles farfelus, versets sataniques, versets abrogés après la mort du prophète, etc. La plupart des non-croyants voient sans aucune difficulté toutes ces imperfections, mais c’est difficile quand on commence par croire, quand on est élevé dans la foi, d’accepter de faire marcher son esprit critique. C’est normal de trouver insupportable que quelqu’un comme moi se permette de pointer du doigt ces gros problèmes. Mais quand on est adulte, il faut faire avec.

 

Pour tester l’hypothèse « le coran est divin », on pourra chercher des erreurs et incohérences, ce sera l‘objet de la discussion, mais je vais faire plus que cela : je vais vous dire, ce que j’attends, moi, d’un texte divin, donc émanant d’une entité omnisciente, toue puissante et infiniment bonne.

Voici mes critères

  • La clarté — Le texte divin met son lecteur dans l’impossibilité de le comprendre de travers et de l’utiliser pour faire le mal. Il ne contient pas de verset équivoque. Il commande les croyants à être attentifs au bien-être de chaque être sensible, par exemple.
  • La préscience — Le texte divin contient de manière explicite (et claire !) des informations impossibles à connaître au moment de sa rédaction. (Je peux développer)
  • L’universalisme — Le texte divin parle à tout le monde, il est accessible sans intermédiaire, compréhensible sans chef spirituel, résistant aux erreurs de traduction.
  • La force — Le texte divin n’a besoin d’être défendu par personne, car il sait convaincre le lecteur par lui-même. (Les grands romans savent faire ça très bien)
  • L’amour — Le texte divin ne contient pas des phrases expliquant que Dieu a lui-même fermé le cœur ou les yeux des mécréants pour les empêcher de croire, ce qui implique qu’ils ne sont pas responsables de leur incroyance, tout en promettent quand même de les envoyer dans le feu et en autorisant à les tuer s’ils ne se soumettent pas.
  • L’amour, encore — Le texte divin ne codifie pas les châtiments corporels et les mises à morts des humains que son texte échoue à convaincre.*
    • [Lors du débat, ici j’ai parlé du châtiment mortel infligé aux homosexuels qui n’est pas explicitement écrit dans le Coran, même s’il est consensuel parmi les islamologues et pratiqué quand règne la charia. Je fait cette modification pour en revenir au texte du Coran et à rien d’autre, c’est l’objet du débat]
  • L’amour, une fois de plus — Le texte divin ne fait pas des femmes des êtres inférieurs, soumis aux hommes, et qu’on peut frapper et épouser sans leur consentement dès l’âge de 6 ans.
  • L’amour et la bonté, toujours — Le texte divin ne multiplie pas les menaces contre les incroyants, et même contre les croyants en répétant environ 70 fois « craignez Allah ».

Ce sont quelques exemples. Bien sûr, je ne saurais écrire, moi-même, un texte parfait. Mais comme presque tout le monde, je sais reconnaître un texte imparfait.

 

L’hypothèse gourou

Le Coran est un texte qui contient exactement les connaissances disponibles au moment où il a été inventé par des humains au 7e siècle. C’est d’une grande banalité : aucune phrase n’aurait pas pu être prononcée par un contemporain quelconque du prophète. Aucune découverte scientifique n’a été faite en lisant le Coran. Mais quand les découvertes sont faites il devient très facile de réinterpréter un passage et de scander que tout était déjà écrit dans le Coran comme d’autres croient aux prophéties de Nostradamus. C’est le même niveau de ridicule.

Le Coran, est le texte d’un gourou qui exige l’obéissance, qui fait la guerre, qui rançonne, qui aime l’argent, qui exécute ou ordonne qu’on tue ses ennemis, qui revendique de posséder des femmes, qui justifie qu’on épouse des petites filles. C’est un texte qui contient des fables ridicules comme le miracle de la lune fendue par Mohammed et qui codifie ce que vous devez faire avec vos esclaves sans jamais à aucun moment énoncer le commandement qu’il ne faut pas posséder un autre humain. Le coran pense à interdire la viande de porc, mais pas l’esclavage. C’est un texte dont la version actuelle n’est pas celle qui existait du temps du prophète. Comme tous les textes religieux importants, il a été remanié au gré des besoins de ceux qui avaient le pouvoir de le modifier. (Je développerai ce point)

 

Le coran existe, c’est un recueil de textes qui remontent à 1400 ans. Et l’objet de notre débat est de comparer deux hypothèses :

  1. C’est un texte incréé (quoi que cela puisse vouloir dire) descendu directement du Créateur de l’Univers via l’ange Jibril ; il est parfait et doit régir la vie de tous les hommes sur Terre. Un texte divin.
  2. C’est un texte religieux comme il en existe des centaines, construit par un chef spirituel au gré de ses besoins, avec une période paisible et une période guerrière dont les versets sanglants abrogent malheureusement les versets pacifiques qui les ont précédés ; le texte ne contient rien de plus que ce que les hommes de cette époque savaient sur le monde ;  sa moralité périmée est celle du 6e siècle. Un texte humain.

Après 1400 de présence sur Terre, le Coran n’a toujours pas convaincu la grande majorité des humains. C’est parfaitement cohérent avec l’hypothèse d’un texte humain Si vous croyez à un texte divin, vous devez conclure que Dieu n’a pas su adapter son message aux créatures auxquelles il était destiné. Le texte divin qu’on a imposé essentiellement par la guerre, n’est pas convaincant. Allah a échoué à convaincre ses lecteurs ; cela rappelle le principe du peer reviewing en science : quand votre texte n’est pas convaincant, il est rejeté.

 

C’est la fin du texte par lequel je présentais la thèse sceptique / naturaliste / rationaliste / humaniste dans laquelle je me reconnais. Ci-dessous vous trouverez les notes permettant d’illustrer, démontrer, développer cette thèse.

 

— Le Coran est-il inimitable ? —

L’une des idées les plus martelée par les apologètes de l’Islam, est la nature miraculeuse du Coran. Il est affirmé que ce texte ne peut pas avoir été écrit par un humain. On en veut pour preuve que le Coran contient plusieurs verset qui le revendiquent explicitement et mettent au défi les infidèles d’imiter le coran.

Coran 17:88: Dis: « Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s’ils se soutenaient les un les autres ». (Pré-hég. nº 39)

Coran 10:38: Ou bien ils disent: « Il l’a inventé? » Dis: « Composez donc une Sourate semblable à ceci, et appelez à votre aide n’importe qui vous pourrez, en dehors Dieu, si vous êtes véridiques ». (pré-hég. n°51)

Coran 11:13 : Où bien ils disent: « Il l’a forgé [le Coran] » – Dis: « Apportez donc dix Sourates semblables à ceci, forgées (par vous). Et appelez qui vous pourrez (pour vous aider), hormis Dieu, si vous êtes véridiques ». (Pré-hég. nº 52)

Coran 2:23 : Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors de Dieu, si vous êtes véridiques. (Post-Hég. nº 8i7)

 

Pour certains croyants, cette assertion suffit : c’est vrai puisque c’est dans le Coran. Aux islamologues qui entendent débattre de la question, il faudrait réussir à obtenir des réponses claires à ces questions simples : Comment décide-t-on si quelqu’un a réussi à « imiter le coran » ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Quels sont les critères ? Qui prononce le verdict ?

Je crois pouvoir mettre le monde entier au défi en affirmant que l’œuvre de Terry Pratchett est inimitable, que l’œuvre de des Bee Gees est inimitable, que l’œuvre de Cabu est inimitable. Si je ne donne aucun critère, et si je me réserve le droit de désigner les juges, le monde restera en échec.

Et pourtant il existe de vraies bonnes raisons de penser que le Coran est tout à fait imitable. Et les spécialistes le savent parfaitement.

 

Argument 1

L’un des scribes de Mohammed, chargés d’écrire les révélations du Coran, Abdallah Ibn Sa’ad Ibn Abî as-Sarh a commencé à douter de l’authenticité des révélations de Mohammed lorsqu’il a remarqué que le prophète acceptait ses suggestions de modifications des versets. L’incident le plus notable s’est produit lorsqu’Abdallah a complété un verset avec ses propres mots, que Mohammed a ensuite acceptés comme faisant partie de la révélation. Cette expérience a conduit Abdallah à renoncer à l’islam et à fuir à La Mecque, affirmant qu’il pouvait produire des révélations similaires à celles de Mohammed. On voit ici qu’il était possible d’imiter le Coran avant même qu’il soit terminé ! Cela fait donc bien longtemps que le défi a été relevé.

Et d’ailleurs, Mohammed le savait sans doute. C’est pour cela qu’il est répété plusieurs fois que toute imitation est impossible ; Mohammed avait besoin que cela soit dit et bien compris.

D’ailleurs, remarquez la suite de la Sourate 2, verset 23-24 : « Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques. Si vous n’y parvenez pas et, à coup sûr, vous n’y parviendrez jamais, parez-vous donc contre le feu qu’alimenteront les hommes et les pierres, lequel est réservé aux infidèles. »

À ceux qui tenteraient de relever le défi, le Coran de Mohammed explique qu’ils doivent s’attendre purement et simplement à une mise à mort. Pas très fairplay.

 

Argument 2 : Les versets sataniques

Selon la tradition, le prophète aurait récité des versets autorisant le culte d’autres divinités que Allah, avant de se rétracter en affirmant que ces versets lui avaient été inspirés par Satan. Cet incident aurait eu lieu alors que Mahomet tentait d’établir le monothéisme à La Mecque et faisait face à l’hostilité des polythéistes locaux

Cette histoire soulève plusieurs problèmes pour l’apologétique islamique. Elle montre que même Mahomet n’a pas pu distinguer immédiatement les paroles divines des paroles sataniques, remettant en question l’infaillibilité prophétique. Si le prophète lui-même a été trompé, cela implique qu’aucun lecteur ordinaire ne peut prétendre distinguer avec certitude les versets authentiques des versets potentiellement corrompus. Cet épisode contredit l’idée que le Coran est simple à comprendre et que son interprétation est aisée pour les savants religieux. Si même le prophète a pu être induit en erreur, comment des interprètes ultérieurs pourraient-ils prétendre à une compréhension parfaite ? L’incident remet en question la fiabilité du processus de révélation et de transmission du Coran, puisqu’il montre que des éléments non divins ont pu s’y glisser, même temporairement.

Nous constatons que pendant un certain temps le Coran a contenu des propos inspirés par le diable sans que personne ne les détecte et ne les dénonce. Ni Mohammed ni les croyants, n’ont fait la différence. Ces versets étaient une imitation.

 

Argument 3 : Des sourates bien imitées ou un Coran falsifié ?

Selon certaines sources chiites, deux sourates auraient été supprimées du Coran officiel :

  1. La sourate « Al-Wilaya » (L’Autorité) :
    Cette sourate aurait fait explicitement référence à Ali et à son statut de successeur légitime de Mahomet. Elle aurait mentionné l’autorité divine accordée à Ali et à sa descendance.
  2. La sourate « An-Nurayn » (Les Deux Lumières) :
    Cette sourate aurait fait référence à Mahomet et Ali comme étant les « deux lumières ». Elle aurait également mentionné l’engagement envers Ali et les conséquences de ne pas le respecter.

Ces allégations sont principalement rapportées dans des ouvrages chiites anciens, notamment :

  • Le livre « Fasl al-khitab fi tahrif kitab rabb al-arbab » de Mirza Houssayn Muhammad Taqui an-Nouri at-Tabrassi (mort en 1320 H).
  • Le « Dabistan Madhahib » de Mulsin Fani al-Kashnirri.

 

Bien sûr, cette vision des choses est rejetée par les Sunnites : les passages contentieux concernent très précisément les désaccords entre chiites et sunnites. Et au sein même des chiites, le consensus ne règne pas. Néanmoins il s’agit d’une revendication soutenue par de très nombreux croyants dont je n’ai aucune raison de penser qu’ils sont de moins bons musulmans que les autres.

 

Il en résulte deux alternatives :

  • Deux sourates ont été si bien imitées que des islamologues, des spécialistes arabophones du coran sont convaincus qu’elles font partie du texte original.

Ou bien

  • Ces sourates sont vraies, mais ont été supprimées. Et alors nous nous retrouvons devant un Coran modifié par les hommes qui ne peut plus être considéré comme divin car on ne sait pas quelles autres changements lui ont été apportés.

Il faut donc choisir entre un Coran imité ou un Coran corrompu.

 

— Le Coran est pire qu’incohérent, il est injuste ! —

Le Coran contient plusieurs passages où Allah empêche les mécréants de croire, souvent accompagnés de menaces de punition. Voici les principaux :

Sourate 2, verset 7 : « Allah a scellé leurs cœurs et leurs oreilles; et un voile épais leur couvre la vue; et pour eux il y aura un grand châtiment. »

Sourate 6, verset 25 : « Il en est parmi eux qui viennent t’écouter, cependant que Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, pour qu’ils ne comprennent pas, et une lourdeur dans leurs oreilles. Quand même ils verraient toutes sortes de preuves, ils n’y croiraient pas.  »

Sourate 7, verset 179 : « Nous avons destiné beaucoup de djinns et d’hommes pour l’Enfer. Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. Ceux-là sont comme les bestiaux, même plus égarés encore. Tels sont les insouciants. »

Sourate 17, verset 46 : « Nous avons mis des voiles sur leurs cœurs, de sorte qu’ils ne le comprennent pas: et dans leurs oreilles, une lourdeur. Et quand, dans le Coran, tu évoques Ton Seigneur l’Unique, ils tournent le dos par répulsion. »

Sourate 18, versets 100-102 : « Et ce jour-là Nous présenterons de près l’Enfer aux mécréants, dont les yeux étaient couverts d’un voile qui les empêchait de penser à Moi, et ils ne pouvaient rien entendre non plus. Ceux qui ont mécru, comptent-ils donc pouvoir prendre, pour alliés, Mes serviteurs en dehors de Moi? Nous avons préparé l’Enfer comme résidence pour les mécréants. »

Ces versets montrent qu’Allah lui-même empêche certains de croire en « scellant leurs cœurs » ou en mettant des « voiles » sur leurs cœurs et leurs oreilles, tout en promettant un châtiment sévère pour leur incroyance.

J’ai demandé à Ousmane TIMERA : « Admettons que j’ai le pouvoir de vous forcer à commettre un acte interdit. Une fois que vous l’avez fait, je vous punis sévèrement. Est-ce juste ? » Et je n’ai obtenu en réponse qu’une salade de mots, car mon interlocuteur est dans l’incapacité d’admettre que Dieu soit injuste.

 

— Le coran a été abrogé —

Le Coran se présente comme un texte immuable et éternel, incréé, destiné à guider l’humanité depuis sa révélation jusqu’à la fin des temps, couvrant ainsi toutes les époques de l’histoire humaine. Toute abrogation est alors illogique. On ne peut envisager qu’il soit abrogé par les hommes, bien sûr, ni même par Dieu qui est omniscient et qui a des ressources infinies pour ne faire descendre que des propos valables en tous temps, puisque la clarté et la simplicité sont des qualités que le texte revendique.

Mais si c’est un texte banalement humain au service des ambitions du gourou qui prétend entendre Dieu, alors les abrogations sont des évènement auxquels on peut s’attendre. Et de fait…

Coran 2:106 :   « Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est Omnipotent ? »

Coran 16:101 :   « Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent : « Tu n’es qu’un menteur ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. »

Coran 22:52 :    « Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète qui n’ait récité (ce qui lui a été révélé) sans que le Diable n’ait essayé d’intervenir [pour semer le doute dans le cœur des gens au sujet] de sa récitation. Allah abroge ce que le Diable suggère, et Allah renforce Ses versets. Allah est Omniscient et Sage. »

L’abrogation du Coran par le Coran est un fait consensuel dans les écoles islamiques.

 

— Versets équivoques : le coran n’est pas clair —

Nous trouvons dans le texte la prétention que le texte est simple, « dénué de tortuosité », autrement dit le Coran doit être clair, lisiblement, univoque.

Sourate 39 :27 « Nous avons, dans ce Coran, cité pour les gens des exemples de toutes sortes afin qu’ils se souviennent.
28 Un Coran [en langue] arabe, dénué de tortuosité, afin qu’ils soient pieux ! »

Mais dans le même texte, on nous dit que des fois, c’est différents. Cette règle absolue est finalement relative, donc fausse. Si vous trouvez des verset tortueux ou ambigus, c’est que vous faites preuve de mauvaise volonté comme stipulé dans la sourate 3 :

Sourate 3:7 :  C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre : il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclinaison vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent : « Nous y croyons : tout est de la part de notre Seigneur!  » Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

Autrement dit : le Coran est clair. Mais par endroit, seul Allah connait le sens de ce qu’il dit.  Cela m’inspire deux questions :

  1. Comment reconnait-on un passage dont le sens réel est caché et connu seulement de Allah ?
  2. A quoi servent de tels passages dans un texte dont le but est de rendre les gens pieux ?

Sourate 39 :27 « Nous avons, dans ce Coran, cité pour les gens des exemples de toutes sortes afin qu’ils se souviennent.
28 Un Coran [en langue] arabe, dénué de tortuosité, afin qu’ils soient pieux ! »

J’ai posé ces deux questions avec insistance lors du débat.

 

— Les erreurs et les incohérences dans le coran —

On pourrait faire une liste interminables des erreurs et incohérences dans le texte. Majid Oukacha l’a fait dans son livre « 100 contradictions et erreurs scientifiques dans le Coran » (2023).

Je vais en présenter certaines en sachant très bien que la tradition coranique a imaginé toutes sortes de parades. En définitive elles consistent toutes à dire que le lecteur critique ne comprend pas ce qu’il lit, que la traduction est fautive, qu’il faut toujours chercher ailleurs un sens différent aux mots employés, afin de lire dans ces phrases des messages acceptables selon nos critères scientifiques et moraux actuels. Cette danse du ventre fait des merveilles auprès des endoctrinés qui peuvent se rassurer à la fermeté avec laquelle les doctes défenseurs de la foi prétendent que ces problèmes sont résolus ; leur dissonance cognitive est soulagée. Mais les croyants ne sont pas des gens stupides, et beaucoup se rendent compte que les réponses ne sont pas à la hauteur, notamment car elles consistent à affirmer que le Coran est si mal écrit qu’il faut le défendre à grands renforts d’interprétations oiseuses.

Ci-dessous je ne vais pas me contenter de pointer des faiblesses dans le texte, je vais me permettre de lui apporter des corrections. Je vais écrire des phrases qui, si elles venaient du 7e siècle, seraient de nature à réellement impressionner les non croyants, mais que Mohammed n’était pas capable d’écrire. Et pourtant je ne vais utiliser que des notions disponibles à cette époque.

 

Création en six jours ou huit jours ?

  • Une première version de l’histoire de la création  parle de Six jours : « Votre Seigneur est Dieu, qui créa les cieux et la Terre en six jours » (Sourate 7:54, Sourate 10:3, Sourate 25:59).
  • Une autre parle de huit jours : « Il a créé la Terre en deux jours (…), puis il y établit des montagnes en quatre jours (…), ensuite Il acheva en deux jours la création des cieux » (Sourate 41:9-12).

Amélioration proposée : « La création a connu plus de siècles que les hommes n’ont connu de jours sur la Terre. »

Cela permet de donner un âge à l’univers sans borner l’acte de création lui-même. La science nous apprend que les humains ont environ 300.000 ans. Cette phrase donne donc à l’univers un âge supérieur 10,95 milliards d’années. C’est une information qui date du 20e siècle. Actuellement l’estimation est de 13,77Ga. Par ailleurs, pour rétablir l’ordre dans la genèse qui mélange l’apparition des plantes et du soleil, et place la création du ciel à la fin (c’est ballot) on peut améliorer avec cette phrase : « La Terre est devenue un jardin après avoir pris forme sous la lumière du soleil, étoile parmi les étoiles. »

 

Le soleil se couchant dans une source boueuse ?

Sourate 18:86 « Il suivit une voie, jusqu’à ce qu’il atteigne le lieu où le soleil se couche, et il le trouva se couchant dans une source boueuse »

Amélioration proposée : « Et il vit qu’autour du Soleil, le mouvement de la Terre donnait l’illusion qu’il se lève et se couche, mais Allah vous révèle la vérité sur l’ordre du ciel. »

Partout dans le Coran la Terre est immobile, ce qui correspond aux croyances de l’époque. Un texte divin aurait apporté cette connaissance, « afin qu’ils soient pieux ! »

 

La Terre est plate ?

Non seulement la Terre est immobile, conformément au 7e siècle, mais à plusieurs reprises le texte la présente comme une étendue plate. Soit la langue était trop pauvre pour le message de Dieu qui avait à sa disposition d’autres peuples et d’autres langues mieux adaptées, soit… Mohammed a fait ce qu’il pouvait avec ses connaissances de bédouin.

Sourate 15 : 19  « Et quant à la terre, Nous l’avons étalée et y avons placé des montagnes (immobiles) et y avons fait pousser toute chose harmonieusement proportionnée. »

Sourate 71, verset 19 «Et c’est Allah qui vous a assigné la terre comme tapis (étalé)» (Le mot arabe « bisatan » utilisé ici signifie « tapis » ou « étalé », suggérant une surface plane.)

Sourate 78, verset 6  « N’avons-nous pas désigné la terre plate [et sans obstacle] » (Le terme arabe « mihadan » est utilisé, signifiant « plat » ou « aplati ».)

Sourate 79, verset 30 : « Et la terre/planète Terre après qu’il souffla dessus et l’étala. » (Le verbe « dahaha » est utilisé, généralement traduit par « étaler » ou « étirer ».)

Sourate 88, verset 20 : « Et la Terre, comme elle est nivelée ? »

Amélioration proposée : « La terre est ronde et si grande que les plus hautes montagnes semblent écrasées lorsqu’on les voit du ciel. Les continents se déplacent lentement, et leurs mouvements érigent les montagnes. Allah est savant »

 

Origine des spermatozoïdes : la colonne vertébrale ?

Quand le Coran explique comment l’homme vient à la vie, sa biologie n’est même pas approximative, il ne fait aucun effort.

Sourate 86:6-7 « Il a été créé d’une giclée d’eau jaillissante qui sort d’entre les lombes et les côtes »

Amélioration proposée : « Il a été créé pour moitié d’une substance venue des testicules et s’associant avec l’œuf minuscule dans le ventre de la femme. »

Le texte pourrait même préciser que les femmes contribuent davantage en termes de génétique ; elles fournissent l’ADN mitochondrial. Il était facile de révéler en des mots du 7e siècle certains mécanismes de l’hérédité, et ainsi nous disposerions d’un miracle du Coran capable d’impressionner les biologistes les plus mécréants

 

Erreurs mathématiques dans l’héritage ?

Les règles de l’héritage (Sourate 4:11-12) attribuent des fractions qui, dans certains cas, dépassent 100 % du patrimoine.

  • Problème : Par exemple, si un homme laisse deux filles (elles reçoivent 2/3), ses parents (ils reçoivent 1/3) et son épouse (elle reçoit 1/8), la somme des parts est supérieure à 1.

Amélioration proposée : N’importe quelle distribution qui ne dépasse pas 100% des biens du défunt. Eventuellement une distribution qui ne réduit pas les femmes à recevoir presque toujours moins que les hommes. On peut aussi imaginer que le texte divin concentre ses pages limitées à des choses plus importantes pour l’humanité que de régir les questions d’héritage. Il pourrait parler d’éducation et d’ouverture d’esprit, par exemple. Cela améliorerait ce texte imparfait.

 

— L’argent du gourou —

Le Coran mentionne à plusieurs reprises le versement de biens au Prophète Mohammed, principalement dans le contexte du butin de guerre. Voici les principales références :

Sourate Al-Anfal (8), verset 41 : « Et sachez que, de tout butin que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah, au Messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs (en détresse) »

Sourate Al-Hashr (59), verset 7 : « Le butin provenant [des biens] des habitants des cités, qu’Allah a accordé sans combat à Son Messager, appartient à Allah, au Messager, aux proches parents, aux orphelins, aux pauvres et au voyageur en détresse. »

Sourate Al-Ahzab (33), verset 50 : « Ô Prophète! Nous t’avons rendu licites tes épouses à qui tu as donné leur mahr (dot), ce que tu as possédé légalement parmi les captives [ou esclaves] qu’Allah t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de tes tantes paternelles, les filles de ton oncle maternel, et les filles de tes tantes maternelles, – celles qui avaient émigré en ta compagnie, – ainsi que toute femme croyante si elle fait don de sa personne au Prophète, pourvu que le Prophète consente à se marier avec elle: c’est là un privilège pour toi, à l’exclusion des autres croyants ».

C’est exactement le genre de choses qu’on s’attend à trouver dans un texte imaginé par Mohammed pour servir ses propres intérêts aux dépens d’un groupe de crédules. Un texte divin n’aurait pas de raison d’obliger des transferts de fonds vers la propriété d’un homme, son prophète, qu’il peut bénir de toute sa providence sans intermédiaire : ce serait plus convaincant.

— Les esclaves sexuelles du gourou —

Si le texte n’est pas divin mais inventé par un gourou humain avec les appétits habituels des gourous, on s’attend à ce qu’il s’arroge le droit d’avoir un maximum de partenaires sexuelles.

Sourate 33:50. « Ô Prophète! Nous t’avons rendue licites tes épouses à qui tu as donné leur mahr (dot), ce que tu as possédé légalement parmi les captives [ou esclaves] qu’Allah t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de tes tantes paternelles, les filles de ton oncle maternel, et les filles de tes tantes maternelles, – celles qui avaient émigré en ta compagnie, – ainsi que toute femme croyante si elle fait don de sa personne au Prophète, pourvu que le Prophète consente à se marier avec elle : c’est là un privilège pour toi, à l’exclusion des autres croyants. Nous savons certes, ce que nous leur avons imposé au sujet de leurs épouses et des esclaves qu’ils possèdent, afin qu’il n’eût donc point de blâme contre toi. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Le coran, texte universel et éternel passe même un long passage à justifier l’appétit de Mohammed pour la femme de son fils adoptif.

Coran 33:37 et 38. « Quand tu disais à celui qu’Allah avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l’avais comblé : « Garde pour toi ton épouse et crains Allah », et tu cachais en ton âme ce qu’Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c’est Allah qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement d’Allah doit être exécuté. Nul grief à faire au Prophète en ce qu’Allah lui a imposé, conformément aux lois établies pour ceux qui vécurent antérieurement. Le commandement d’Allah est un décret inéluctable. »

Comment croire qu’un texte divin et parfait s’abaisse à ce genre de choses ?

— Le Coran a connu des réécritures—

La version définitive du Coran n’a pas été composée et actée à une date unique, mais à travers un processus qui s’est étalé sur plusieurs siècles.

  1. Sous le calife Othman (644-656), une première version officielle, la « vulgate d’Othman », a été établie et diffusée.
  2. Cependant, d’autres versions ont continué à circuler après cette première standardisation. Selon Mohamed Ali Amir Moezzi, c’est seulement au IVe siècle de l’Hégire (Xe siècle de l’ère chrétienne) que la version officielle a été largement acceptée[1].
  3. Sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705), des modifications importantes ont été apportées au texte, notamment par al-Hajjaj b. Yusuf. Ces changements auraient inclus des améliorations orthographiques et possiblement une réorganisation des versets et des sourates[2].
  4. Certains chercheurs, comme John Wansbrough, estiment que le texte coranique n’a pris sa forme définitive qu’à la fin du VIIIe siècle, voire au début du IXe siècle.
  5. François Déroche, spécialiste des manuscrits coraniques, suggère que le processus de stabilisation du texte s’est poursuivi sous les Omeyyades et les Abbassides, aboutissant à un texte stable dont les éléments fondamentaux sont présents dans les manuscrits les plus anciens[3].

En somme, bien que la tradition musulmane attribue la fixation du texte coranique à Othman au VIIe siècle, les recherches historiques indiquent que le processus de composition et de stabilisation de la version définitive du Coran s’est étendu sur plusieurs siècles, probablement jusqu’au IXe ou Xe siècle.

 

[1] Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-même. Vocabulaire et argumentation du discours coranique autoréférentiel, Leiden, Brill, 2014, 432 p. https://journals.openedition.org/assr/26326

[2] Claude Gilliot (2008) . Origines et fixation du texte coranique. Études, Tome 409(12), 643-652. https://doi.org/10.3917/etu.096.0643. https://shs.cairn.info/revue-etudes-2008-12-page-643?lang=fr

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Approches_traditionnelles_de_la_transmission_du_Coran

 

CONCLUSION

Nous sommes tous conduits à suivre notre raison, nous avons tous intérêt à ce que chacun se questionne sur ce qu’il croit être vrai et accepte que ses hypothèses soient testées et ses croyances discutées si nous voulons nous débarrasser des idées fausses que nos cerveaux imparfait peuvent concevoir. Les débats sont des occasions de s’exposer à des visions du monde différentes dont nous pouvons évaluer les mérites. Nous devrions avoir envie de méditer sur un fait limpide : l’humanité n’a jamais souffert d’un excès de questionnement, de prudence épistémique, de nuance et de rationalisme.

 

Acermendax