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Vincent Lapierre en 2026 : de gauche, de droite identitaire ou ailleurs ?

J’ai récemment reçu Ali Babal sur la TeB afin d’avoir un entretien sur la critique de l’Islam avec un apostat de cette religion, très bien placé pour parler de la manière dont cette critique est perçue et elle-même critiquée. Au cours de notre échange, il a défendu Vincent Lapierre. Selon lui, l’ancien collaborateur d’Alain Soral aurait depuis longtemps pris ses distances avec cet univers et serait aujourd’hui, au fond, un humaniste et un homme de gauche.

Cette description a fait réagir.

Dans les commentaires, plusieurs personnes ont présenté Lapierre comme un homme d’extrême droite, proche des milieux identitaires et favorable à la « remigration ». Deux portraits assez difficiles à concilier.

Je n’ai pas pour ambition de devenir spécialiste du positionnement idéologique de Vincent Lapierre, ni de passer mon temps à distribuer des certificats de gauche et de droite. Si je me suis penché sur la question, c’est parce qu’elle a pris une place importante dans le live du 15 septembre et dans les réactions qui ont suivi. Par respect pour ceux qui la prennent au sérieux, j’ai voulu vérifier plutôt que rester sur ce qui avait été dit en direct.

J’ai donc limité l’enquête à un corpus récent : l’activité publique de Vincent Lapierre en 2026, jusqu’à la mi-septembre. Ses vidéos, ses entretiens, les textes publiés sur son média et, surtout, les déclarations où il parle en son propre nom.

Son passé chez Soral n’est donc pas le matériau principal de cette enquête. Pas davantage ses origines familiales ou les opinions de ses proches. Ce qui m’intéresse ici, c’est ce que Lapierre dit, fait et choisit de montrer aujourd’hui.


NB : La vidéo m’a valu un certain nombre d’insultes de la part d’internautes affichant défendre des valeurs de gauche et qui estiment pour certains qu’il est légitime d’écrire –verbatim– « zététique = nazisme ». Ce billet n’est évidemment pas adressé à des individus à ce point extrémistes ; leurs intimidations fonctionnent certainement sur des personnes qui chercheraient leur approbation afin de se reconnaître dans une idéologie commune, elles sont sans effet sur un adulte qui jouit d’une vraie indépendance intellectuelle. J’ajoute qu’elles sont de nature à éloigner puissamment des mouvements de gauche les citoyens allergique au dogmatisme et aux effets de meute, mais c’est un problème que devront régler avec eux leurs camarades de lutte.


 

Lapierre est-il encore de gauche ?

Le 26 juillet, interrogé par le média Frontières, Lapierre déclare : « Dans un pays qui n’est pas sous invasion migratoire, je pourrais me considérer comme étant de gauche. »

Lapierre dit qu’il pourrait se considérer de gauche dans une autre situation, mais il ne se définit pas ainsi dans la France de 2026, précisément parce qu’il estime que le pays subit une « invasion migratoire ». Il affirme par ailleurs conserver une sympathie pour certaines idées traditionnellement associées à la gauche, comme la Sécurité sociale, la redistribution ou un État fort.

Le 1er juillet, dans un autre long entretien accordé à Front Populaire, la discussion porte sur « l’insécurité, l’immigration et la paupérisation », les « fractures identitaires » et la « communautarisation ». Front Populaire présente aussi son évolution économique comme celle d’un souverainiste qui « s’est découvert libéral par l’expérience ». Cette dernière formule appartient au média, et non à Lapierre lui-même, mais elle donne une idée du déplacement politique que l’entretien cherche à documenter.

Il reste donc chez Lapierre certaines positions sociales qu’il rattache à la gauche. En revanche, le qualifier simplement d’« homme de gauche » en 2026 ne correspond pas à la manière dont il se situe lui-même.

L’« invasion migratoire »

Sur l’immigration, un certain nombre de déclarations sont tout à fait éloquentes. Dans l’entretien avec Frontières, Lapierre emploie lui-même l’expression « invasion migratoire ». Quelques semaines plus tard, le 4 septembre, il publie un reportage intitulé CEUTA SOUS INVASION (je constate le désastre). La présentation, écrite à la première personne, décrit une ville « saturée », un centre-ville « envahi », un « centre assiégé » et le reste de la ville « submergé ». Ce vocabulaire n’est donc pas seulement celui de personnes qu’il interviewe. Il appartient à son propre diagnostic.

Le choix de ses sujets confirme d’ailleurs l’importance qu’il accorde à cette question. En août et septembre, il consacre plusieurs reportages à Ceuta. Plus largement, sa production de 2026 revient régulièrement sur les camps de migrants, les bidonvilles, l’insécurité, l’assimilation et les mobilisations hostiles à l’immigration. Ces thèmes ne constituent pas l’intégralité de son travail, mais ils en représentent manifestement l’un des axes majeurs.

Sa méthode de travail est d’ailleurs critiqué ici par le collègue rationaliste Chat Sceptique : «  Bruxelles SACCAGÉ : la contre-enquête 🔬 (réponse à Vincent Lapierre) » https://www.youtube.com/watch?v=wy-56TRpgcg

On peut discuter la pertinence du terme « invasion », mais on ne peut guère discuter le fait que Lapierre l’utilise lui-même pour décrire la situation migratoire.

 

Est-il favorable à la remigration ?

C’était l’un des principaux points de désaccord dans les réactions au live.

Au printemps, Lapierre consacre un reportage au collectif Les Natifs, opposé à l’installation de migrants dans un gymnase parisien. Il choisit pour titre ILS PRÔNENT LA REMIGRATION HEUREUSE ☀️. Dans la présentation, il écrit que certains participants défendent « des mesures radicales comme la “remigration” » et décrit le rassemblement comme « calme et bon enfant ». Pris isolément, ce reportage aurait seulement permis de constater qu’il donne une visibilité importante aux défenseurs de la remigration et les présente sans hostilité particulière. Il ne suffirait pas à lui attribuer leur position.

Mais l’entretien de Front Populaire du 1er juillet permet d’aller beaucoup plus loin. À environ 31 min 50, on demande directement à Lapierre s’il est favorable à la remigration. Il répond : « Oui, évidemment, je suis pour la remigration… » Il précise ensuite qu’il pense notamment aux sans-papiers et aux délinquants.

La question générale est donc réglée : Vincent Lapierre se déclare personnellement favorable à la remigration. Il faut seulement rester précis sur la portée de cette déclaration. Le terme recouvre des projets différents selon les mouvements qui l’emploient. La séquence permet d’établir que Lapierre soutient au minimum le renvoi des personnes en situation irrégulière et des étrangers délinquants. Elle ne suffit pas, en revanche, à lui attribuer sans preuve supplémentaire des projets concernant les étrangers légalement installés, les binationaux ou des citoyens français en fonction de leur origine.

 

Une proximité régulière avec les milieux identitaires

Cette prise de position personnelle donne aussi un autre relief aux choix éditoriaux de Lapierre en 2026.

Le 4 mars, il publie une promenade avec Thaïs d’Escufon. Le 11 mars, il consacre un reportage à Némésis. Le 19 avril, il se rend au colloque de l’Institut Iliade. Quelques jours plus tard vient le reportage sur Les Natifs et la remigration. En mai, il se promène gare du Nord avec François Bousquet. Il réalise également un sujet sur des militants de Reconquête disant avoir été agressés pendant un collage. En août, il retrouve Thaïs d’Escufon avec Valek et Bruno Le Salé dans une vidéo intitulée ILS ONT UN PLAN POUR SAUVER LA FRANCE.

Aucune de ces rencontres, prise séparément, ne permettrait de conclure que Lapierre partage les idées de ses interlocuteurs. Un journaliste n’endosse pas automatiquement les opinions de ceux qu’il interviewe.

Mais leur répétition est tout de même informative, surtout lorsqu’on regarde la manière dont ces milieux sont présentés. Son reportage au colloque de l’Institut Iliade, par exemple, s’intitule JE VAIS VOIR LES PLUS GROS FACHOS DE FRANCE (selon la gauche 🙄). Le « selon la gauche » et l’emoji signalent assez clairement que l’ironie vise l’étiquette de « fachos ». Lapierre explique vouloir découvrir cet univers « loin des fantasmes » et sans « montage à charge ». Il serait abusif d’en conclure qu’il adhère à tout ce qui se dit à l’Institut Iliade, chez Némésis ou parmi Les Natifs. Mais il serait tout aussi artificiel de considérer cette succession de rencontres comme politiquement insignifiante. En 2026, les milieux identitaires constituent une partie régulière de son environnement éditorial, et ils sont généralement présentés de manière ouverte, curieuse ou favorable plutôt que comme des adversaires.

Cette observation compte d’autant plus que nous savons désormais que certaines idées centrales de cet univers, comme le diagnostic d’« invasion migratoire » et le principe de remigration, sont également défendues par Lapierre en son nom propre.

 

Que vaut alors l’idée d’un Lapierre « humaniste » ?

Le mot est plus difficile à manier, parce qu’il décrit moins une doctrine politique qu’une attitude envers les personnes.

Les reportages de Lapierre ne présentent pas systématiquement les migrants comme une masse anonyme ou menaçante. À Ceuta, il les interroge directement. Dans son reportage du 12 août, il raconte la reconduite d’une trentaine de personnes vers le Maroc : certaines tentent de négocier leur maintien, d’autres pleurent. Il recueille aussi les témoignages de Marocains qui espèrent rester en Europe et y construire une vie meilleure.

Cette manière de travailler montre qu’il peut individualiser les migrants, écouter leur histoire et rendre compte de leur détresse. Si c’est cela que l’on désigne par son « humanisme », le qualificatif correspond à quelque chose d’observable. Il ne nous renseigne cependant guère sur son positionnement politique. L’empathie envers une personne migrante et l’idée que l’immigration constitue une invasion nécessitant une politique de remigration peuvent parfaitement coexister chez la même personne.

 

Son rapport à la gauche militante

La comparaison avec le traitement de la gauche radicale est également instructive.

Plusieurs reportages de 2026 sont consacrés aux antifascistes et à des affrontements politiques. Les titres emploient régulièrement les mots « antifas » ou « gauchistes » dans un registre franchement conflictuel. On trouve notamment CE COMBATTANT DE MMA EXPLOSE LES GAUCHISTES (dur mais juste), plusieurs sujets autour de la mort de Quentin Deranque, des reportages à Brest ou Saint-Denis, ainsi qu’une PROMENADE AU CANAL SAINT MARTIN (les gauchistes ne veulent pas) en juillet.

Cette hostilité envers des groupes antifascistes ne permet évidemment pas, à elle seule, de classer Lapierre à l’extrême droite. Elle montre en revanche qu’une partie de la gauche militante constitue en 2026 l’un de ses adversaires politiques et médiatiques les plus réguliers.

 

Alors, que peut-on conclure ?

Le portrait d’un Vincent Lapierre simplement « humaniste et de gauche » rend assez mal compte de son activité publique en 2026.

Le mot « humaniste » peut décrire certains aspects réels de sa pratique du reportage, notamment sa capacité à écouter avec empathie des personnes dont il combat par ailleurs la présence ou l’installation en Europe. Il conserve aussi certaines positions sociales qu’il rattache à la gauche. Mais lorsqu’on regarde ses prises de position politiques actuelles, le tableau est différent. Lapierre décrit lui-même l’immigration comme une « invasion migratoire ». Il explique que cette situation l’empêche de se considérer aujourd’hui comme étant de gauche. Il se déclare explicitement favorable à la remigration, au moins pour les sans-papiers et les étrangers délinquants. Son média accorde une place importante à l’immigration, à l’insécurité et aux questions identitaires. Enfin, il fréquente régulièrement les milieux identitaires et les présente favorablement, tandis qu’une partie de la gauche militante occupe une place récurrente parmi ses adversaires.

Rien de tout cela n’autorise à lui attribuer en bloc les positions de l’Institut Iliade, de Némésis, des Natifs ou de Thaïs d’Escufon. Cela ne démontre pas davantage une appartenance au RN, à Reconquête ou à une organisation identitaire. Mais cela suffit à écarter l’idée selon laquelle Vincent Lapierre serait simplement, en 2026, « un homme de gauche » victime d’un classement politique hérité de son passé.

Son activité récente le situe dans un espace où se rencontrent souverainisme, préoccupations identitaires, opposition à l’immigration de masse et soutien déclaré à une forme de remigration.

C’est ce que je voulais vérifier. L’étiquette exacte que chacun choisira ensuite pour désigner cet ensemble me paraît moins intéressante que les faits qui permettent de la discuter.

Acermendax

Sources principales

  • Front Populaire. (2026, 1er juillet). Insécurité, immigration et paupérisation : la France vers la tiers-mondisation — entretien avec Vincent Lapierre. Entretien avec Bertrand Guyot.
  • Frontières. (2026, 26 juillet). Vincent Lapierre : « Je pourrais être de gauche, dans un pays sans invasion migratoire. »
  • Lapierre, V. (2026, 1er février). J’ai des choses à vous dire. Le Média pour Tous.
  • Lapierre, V. (2026, 19 avril). Je vais voir les plus gros fachos de France (selon la gauche 🙄). Le Média pour Tous.
  • Lapierre, V. (2026). Ils prônent la remigration heureuse ☀️. Le Média pour Tous.
  • Lapierre, V. (2026, 12 août). Immersion à Ceuta (la suite !). Le Média pour Tous.
  • Lapierre, V. (2026, 30 août). Ceuta : la plage du chaos (immersion). Le Média pour Tous.
  • Lapierre, V. (2026, 4 septembre). Ceuta sous invasion (je constate le désastre). Le Média pour Tous.
  • Lapierre, V. (2026, 9 septembre). Ceuta : l’heure de la révolte. Le Média pour Tous.
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