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Anthony Fauci bientôt en prison ? Les complotistes avaient raison… sur quoi ?

Chronique issue de l’émission Ca Coule de Source du 30 aout 2026

 


Anthony Fauci va bientôt finir derrière les barreaux. Les complotistes avaient raison. Les « rationalistes » devront rendre des comptes. Depuis quelques semaines, cette révélation messianique circule sur les réseaux français. « Il tremble ! Qu’il dorme en prison ! », exulte Silvano Trotta. Philippe Murer annonce que « les complotistes avaient raison ». Idriss Aberkane décrit un Fauci « monstrueux et narcissique ». Aucun de ces commentateurs ne paraît avoir compris la procédure en cours, mais tous en connaissent déjà le verdict.

Commençons donc par le fait essentiel : Anthony Fauci n’est actuellement ni jugé, ni inculpé, ni reconnu coupable. Le 29 juillet 2026, l’ancien directeur de l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses a comparu devant une commission du Sénat. Il a refusé de répondre à plus d’une centaine de questions en invoquant le Cinquième amendement de la Constitution américaine, qui protège contre l’auto-incrimination. Le 6 août, la commission a voté une résolution d’outrage au Congrès par huit voix contre sept, strictement selon les partis. Une résolution politique votée en commission n’est pas une condamnation judiciaire.

 

Je précise d’emblée ma position : je n’ai aucun lien d’intérêt avec Anthony Fauci ou avec les autres protagonistes de cette affaire. Je n’ai vocation ni à défendre Fauci ni à prendre parti pour ses adversaires. Il s’agit d’examiner les faits, y compris lorsqu’ils sont défavorables à Fauci, et de mesurer l’écart entre ce qu’ils établissent réellement et ce qu’on leur fait dire.

 

Coupable avant la première question

L’affaire rappelle les auditions maccarthystes. Dès son propos liminaire, le président de la commission, Rand Paul, demande à Fauci d’« avouer », de reconnaître que le financement de recherches à Wuhan a provoqué une épidémie fabriquée par l’être humain, de présenter ses excuses et de « demander pardon ». Il qualifie les mesures sanitaires de « crime » dont Fauci aurait été le complice. La culpabilité du témoin est posée avant la première question.

Le sénateur Josh Hawley ouvre son intervention par : « Rien ne dit mieux l’honnêteté que d’invoquer le Cinquième amendement, hein, Doc ? » Bernie Moreno traite Fauci de mégalomane et lui lance : « Pour qui vous preniez-vous, bordel ? » Il annonce ensuite que les images des démocrates défendant Fauci seront diffusées « encore et encore » contre eux. L’objectif électoral n’est même pas dissimulé : fabriquer des séquences de campagne à quelques mois des élections de mi-mandat.

Le cinquième amendement devient apparemment moins suspect lorsqu’il protège Donald Trump : lors de sa déposition d’août 2022 dans l’enquête civile de la procureure générale de New York, il l’a invoqué plus de 400 fois, contre 111 réponses de ce type comptabilisées chez Fauci. Trump expliquait alors que quiconque, dans sa situation, ne garderait pas le silence serait « un imbécile, un imbécile absolu » ; ce rappel met en relief l’exploitation politique obscène du silence de Fauci.

Ron Johnson profite, lui, du silence du témoin pour qualifier les vaccins à ARN de « thérapie génique expérimentale », reprendre des chiffres bruts de pharmacovigilance comme s’ils indiquaient des décès causés par la vaccination, défendre l’ivermectine et affirmer que le remdésivir « tue ». Fauci ne répondant plus, chaque élu dispose de plusieurs minutes pour transformer ses obsessions en faits établis. Son avocat tente d’intervenir : Rand Paul le menace, puis le fait expulser sous les applaudissements d’une partie de la salle. On est au spectacle.

Les démocrates ne sauvent guère l’exercice. Plusieurs préfèrent réciter les mérites de Fauci et le remercier pour sa carrière plutôt que de poser les questions critiques qui demeurent légitimes. Deux camps mettent en scène leurs images concurrentes : le criminel absolu face au serviteur irréprochable de la science. Entre les deux, l’enquête disparaît.

Le 25 juillet 2026, quatre jours avant l’audition, Rand Paul met en ligne 1 141 pages du journal tenu par Fauci et récupéré par le ministère de la Santé sur des serveurs gouvernementaux. Il ne publie pas seulement les extraits utiles à son enquête, mais le document entier, sans caviardage de précaution, sous le titre accusatoire Tony’s Diary. Or ce journal évoque les menaces de mort visant Fauci et sa famille, révèle que des harceleurs savaient où vivaient et travaillaient ses filles, et livre des détails sur son dispositif de sécurité. Trump ayant supprimé sa protection fédérale en janvier 2025, cette publication inconsidérée était susceptible d’accroître un danger bien réel. Cela ressemble à une chasse à l’homme mise au service d’une mobilisation électorale, bien davantage qu’à une enquête parlementaire digne de ce nom.

 

Les questions que ce cirque empêche de poser

Anthony Fauci n’est pas au-dessus de la critique. Son influence pendant la pandémie a été considérable. Sa communication a parfois donné à des choix provisoires une assurance excessive. Sa déclaration de 2021 selon laquelle le NIH n’avait « jamais » financé de recherche de gain de fonction à l’Institut de virologie de Wuhan était inutilement catégorique. Elle reposait sur une définition réglementaire étroite, alors que les expériences financées visaient bien à modifier et étudier des coronavirus de chauves-souris et que certains résultats ont montré une croissance virale accrue. Une réponse prudente aurait distingué les manipulations qui modifient les propriétés d’un virus de la catégorie administrative beaucoup plus restreinte des agents pathogènes pandémiques renforcés. À cette époque, Fauci a préféré l’affrontement verbal avec Rand Paul. Il a ainsi offert des années de carburant à son adversaire.

En janvier 2023, l’inspection générale du ministère américain de la Santé a détaillé les défaillances entourant la subvention sur les coronavirus de chauves-souris. Le rapport couvrant les travaux de juin 2018 à mai 2019, attendu en septembre 2019, n’a été remis que le 3 août 2021 ; le NIH, qui devait réagir dans les trente jours, avait lui-même attendu près de deux ans pour le réclamer. Après examen, il a estimé qu’une expérience avait franchi le seuil de croissance virale imposant un signalement immédiat, mais ses consignes ne précisaient ni la procédure ni le délai. L’audit relève aussi des sous-traitances mal déclarées, l’impossibilité d’obtenir certains documents de Wuhan et 89 171 dollars de dépenses non admissibles. Cependant il n’établit aucun lien entre ces expériences et le SARS-CoV-2 : il documente un grave défaut de surveillance, nullement la fabrication du Covid par Fauci.

 

Un fait plus grave encore s’est ajouté le 18 août 2026. David Morens, ancien conseiller scientifique au sein de la direction du NIAID (National Institute of Allergy and Infectious Diseases), a plaidé coupable d’avoir participé à une entente destinée à soustraire des communications professionnelles aux demandes d’accès aux documents publics. Il utilisait notamment son adresse Gmail personnelle pour échanger des informations non publiques et aider EcoHealth Alliance à récupérer une subvention supprimée.

— EcoHealth Alliance est une organisation américaine à but non lucratif, installée à New York, qui étudie les maladies susceptibles de passer des animaux aux humains. Elle a reçu des subventions du NIH, puis en a confié une partie à plusieurs partenaires étrangers, dont l’Institut de virologie de Wuhan : elle servait donc d’intermédiaire scientifique, administratif et financier entre le NIH et ce laboratoire chinois.—

David Morens a aussi reconnu une entente impliquant du vin et des promesses de repas dans des restaurants étoilés en échange de démarches effectuées depuis sa fonction. Morens risque jusqu’à cinq ans de prison.

Cette culpabilité confirme une culture de l’opacité chez certains responsables proches de la direction du NIAID. Elle ne se transmet pas magiquement à Fauci. Les procureurs ne l’accusent d’aucune infraction dans le dossier Morens. Il y a donc manipulation quand le plaidé-coupable d’un ancien conseiller de Fauci se transforme dans certaines communication virales en : « le bras droit de Fauci a avoué », puis « Fauci est coupable », puis « les vaccins étaient une escroquerie », puis « nous avions raison sur tout ». L’inflation du réquisitoire héroïque est une mécanique constante des milieux concernés.

 

Ont-ils vraiment prouvé l’origine du virus ?

Plusieurs affirmations sont constamment fusionnées. Le NIH a financé, par l’intermédiaire d’EcoHealth Alliance, des recherches sur des coronavirus à Wuhan : c’est établi. Leur surveillance a été déficiente : c’est établi. Certaines expériences peuvent être qualifiées de gain de fonction dans l’acception générale du terme : c’est défendable. Une fuite accidentelle depuis un laboratoire de Wuhan reste possible : c’est exact.

Mais c’est tout. Aucune donnée publique ne démontre que les virus manipulés grâce aux fonds du NIH étaient les précurseurs du SARS-CoV-2. Aucun document n’établit que ces recherches ont produit le virus pandémique. Rien ne prouve que Fauci aurait eu connaissance d’un tel accident ou qu’il aurait organisé la dissimulation de son origine. Rand Paul transforme cette chaîne d’hypothèses en scénario certain, puis traite le mobile supposé de Fauci — se protéger lui-même — comme « la seule réponse logique ». Une réponse unique, gravement accusatoire, lancée publiquement à partir de faits incomplets porte un nom : un raisonnement complotiste.

En juin 2025, le groupe international chargé par l’OMS d’examiner les origines du SARS-CoV-2 a conclu que le poids des données scientifiques disponibles favorisait toujours un passage naturel de l’animal à l’être humain, directement depuis une chauve-souris ou par un hôte intermédiaire. Le groupe refuse cependant d’écarter un accident de laboratoire, notamment parce que la Chine n’a pas fourni les dossiers sanitaires du personnel, les registres de biosécurité et d’autres données demandées. L’incertitude qui subsiste justifie qu’on enquête et qu’on se pose des questions, mais dans un état de droit, elle n’autorise pas un pouvoir politique à choisir sa conclusion préférée et à envoyer quelqu’un en prison.

On s’explique mal que ce type d’abus de pouvoir soit plébiscité par des influenceurs qui se font fort de s’ériger en héros de la résistance contre le système. Non ?

Rand Paul affirme aussi que le journal de Fauci révélerait son double discours. Il cite une note de janvier 2020 dans laquelle Fauci doute que l’épidémie ait commencé au marché de Wuhan, mais omet la phrase suivante : « Cela dit, quelque part, le virus est passé de l’animal à l’être humain. » Or douter que le premier passage à l’être humain ait eu lieu sur ce marché ne revient nullement à croire à une fuite de laboratoire. Paul transforme deux hypothèses distinctes en une fausse alternative : soit le marché, soit le laboratoire. Il faudrait se demander pour quelle raison on voudrait se ranger du côté d’un sénateur qui manipule le public d’une manière aussi démontrable.

 

Pourquoi invoquer le Cinquième amendement ?

Le silence de Fauci donne une image catastrophique. Il ne vaut pas aveu de culpabilité. Joe Biden lui avait accordé, le 19 janvier 2025, une grâce couvrant les éventuelles infractions fédérales liées à ses fonctions depuis 2014. Rand Paul soutient donc que Fauci ne risquait plus aucune poursuite et ne pouvait invoquer le Cinquième amendement.

La grâce ne couvre toutefois ni d’éventuelles infractions relevant d’un État, ni les déclarations prononcées après janvier 2025. Une réponse imprécise, un souvenir incertain ou une contradiction avec des milliers de pages de dépositions antérieures aurait permis d’ouvrir une nouvelle enquête pour fausse déclaration. Rand Paul avait d’ailleurs commencé l’audition en rappelant à Fauci qu’un mensonge devant le Congrès pouvait lui valoir cinq ans de prison. Il réclame publiquement son incarcération depuis plusieurs années, l’a placé au centre d’un livre intitulé Deception et l’a utilisé dans ses appels aux dons. L’audition avait donc tout du traquenard où chaque parole serait montée en épingle par le quasi-inquisiteur Rand Paul ; il restait à Fauci le simple droit de ne pas y participer.

La validité exacte du recours de Fauci au Cinquième amendement pourrait faire l’objet d’un débat judiciaire. Encore faudrait-il parvenir devant un juge. La loi et les précédents exigent normalement qu’une résolution d’outrage votée en commission soit approuvée par le Sénat entier lorsque celui-ci siège. Rand Paul a tenté de contourner ce vote, vraisemblablement parce qu’il n’obtiendrait pas les soixante voix nécessaires. Au 28 août, l’opération est enlisée : même des responsables de l’administration Trump doutent que cette procédure permette une inculpation. « Fauci bientôt en prison » décrit donc un désir politique, presque une promesse de campagne digne du temps des gladiateurs… Mais cela fera certainement des déçus.

Même dans l’hypothèse où Fauci serait finalement poursuivi et condamné pour outrage au Congrès, la peine maximale serait de douze mois de prison et de 100 000 dollars d’amende. Les publications annonçant cinquante ans de réclusion confondent plusieurs affaires, additionnent des peines qui ne le concernent pas ou inventent simplement des chiffres assez grands pour nourrir la rage.

 

Les complotistes avaient raison sur quoi ?

Certains responsables scientifiques et journalistes ont traité trop rapidement l’hypothèse d’un accident de laboratoire comme une lubie complotiste. Ils ont eu tort. Le financement de recherches risquées à Wuhan, la faiblesse de leur contrôle et les manœuvres de David Morens sont désormais documentés. Refuser de le reconnaître par peur de donner raison aux antivaccins ne ferait qu’aggraver la crise de confiance.

Mais cette reconnaissance ne valide à ce stade ni la création volontaire du SARS-CoV-2, ni la responsabilité personnelle de Fauci dans son apparition, ni l’existence d’un plan mondial, ni les mensonges sur les vaccins, ni l’efficacité de l’ivermectine, ni le prétendu « génocide » vaccinal. Après avoir publié pendant six ans des milliers de versions contradictoires, les mêmes propagandistes isolent aujourd’hui les quelques fragments qui ressemblent vaguement à certaines de leurs annonces et effacent tout le reste. Cette comptabilité garantit qu’ils ont toujours eu raison, puisqu’elle interdit de compter leurs erreurs.

Aux États-Unis, Fauci est devenu un produit politique. Il donne un visage unique aux frustrations de la pandémie et permet d’imputer à un fonctionnaire les décisions prises par deux présidents, cinquante États, des municipalités, des écoles, des hôpitaux et des entreprises. Rand Paul en a tiré un livre, des appels aux dons et une interminable campagne personnelle. Bernie Moreno a explicitement promis de transformer l’audition en clips électoraux. La haine ne constitue pas un dommage collatéral de l’enquête : elle en est l’un des rendements recherchés.

En France, Fauci sert de cérémonie d’absolution à des commentateurs qui n’ont aucune prise sur la procédure américaine. Son silence devient un aveu. La grâce devient une preuve. La faute de Morens se transmet à son ancien supérieur. Une défaillance dans le contrôle d’une subvention confirme rétrospectivement toutes leurs croyances sur les masques, les confinements, les traitements et les vaccins. Si Fauci est condamné, ils avaient raison. S’il ne l’est pas, alors le système le protège, exactement comme ils l’avaient dit, puisqu’ils avaient raison quoi qu’il arrive. Leur récit est parfaitement immunisé contre les faits.

 

Une position rationnelle sérieuse oblige à réclamer des explications à Fauci, au NIH, à EcoHealth Alliance et aux chercheurs qui manipulent des agents pathogènes dangereux. Depuis le début de la pandémie nos problèmes viennent de ce que tant de gens prétendent savoir ce qu’ils ne savent pas, accusent sans preuve, vendent des remèdes incorrectement évalués et traitent les autres de crétins ou de vendus. Nous avons été minoritaires à rappeler que lorsqu’on ne sait pas, il ne faut pas dire que l’on sait, et que les scénarios d’où qu’ils viennent ne doivent être considérés comme vrai qu’une fois qu’on dispose des preuves qu’ils le sont.

L’opération anti-Fauci ne nous rapproche pas de la vérité sur la pandémie. Elle apprend aux responsables qu’admettre une erreur les exposera à la prison réclamée par une foule, elle apprend au public que le silence vaut confession et elle remplace l’examen des institutions par la chasse à l’homme. Quand la prochaine crise sanitaire surviendra, nous aurons des administrations moins crédibles, des scientifiques plus craintifs et des citoyens mieux entraînés à confondre leur niveau de détestation avec une bonne raison de croire les histoires des accusateurs. Le sens du bien commun est le grand absent de toute cette agitation.

Aussi est-il sans doute très utile de se demander ce que cherchent vraiment ceux qui diffusent et défendent cette version malade et alternative de la réalité, puisque le vérité ne les intéresse pas.

 

Acermendax
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