Les vaccins anticovid causent de nombreuses morts ? — Étude rétractée !
En juin 2024, BMJ Public Health publie une étude consacrée à la surmortalité observée dans 47 pays occidentaux entre 2020 et 2022. Les auteurs, Saskia Mostert et ses collègues, comptabilisent environ 3,1 millions de décès supplémentaires par rapport aux niveaux attendus et concluent que cette surmortalité est restée élevée pendant trois années consécutives, « malgré » les mesures sanitaires puis la vaccination contre le Covid-19. Ils invitent les gouvernements à en rechercher les causes (Mostert et al., 2024).
Le 11 août 2026, la revue rétracte l’article. Le motif mérite d’être regardé de près, parce qu’il ne s’agit ni d’une découverte de données falsifiées ni d’une remise en cause de l’existence de la surmortalité. BMJ Public Health reproche aux auteurs d’avoir introduit de la « désinformation » dans leur discussion des causes possibles de cette surmortalité et de ne pas avoir suffisamment indiqué le caractère limité de leur travail original. La revue juge cette discussion déséquilibrée et insuffisamment rigoureuse.
L’affaire est intéressante pour une autre raison : pendant les deux années séparant la publication de la rétractation, cet article a abondamment circulé comme argument en faveur d’un lien entre vaccination et mortalité. Or c’est précisément le lien que l’étude n’avait pas les moyens d’établir.
Une surmortalité réelle, mais déjà connue
Le chiffre spectaculaire de 3 098 456 décès excédentaires provient d’une analyse de données publiques de mortalité. Les auteurs utilisent notamment les données diffusées par Our World in Data et une méthode mise au point par Ariel Karlinsky et Dmitry Kobak pour le World Mortality Dataset. Celle-ci consiste à estimer, à partir des années précédentes et en tenant compte des tendances et de la saisonnalité, combien de décès auraient été attendus, puis à comparer cette valeur avec la mortalité effectivement observée (Karlinsky & Kobak, 2021).
La méthode répond à une question importante. Les décès officiellement attribués au Covid dépendent des politiques de dépistage, des pratiques de certification et de la qualité des systèmes statistiques. La mortalité toutes causes permet de s’affranchir en partie de ces difficultés et d’évaluer l’impact global d’une crise sanitaire. Elle avait déjà mis en évidence, bien avant l’article de Mostert et de ses collègues, une surmortalité considérable dans de nombreux pays pendant la pandémie (Karlinsky & Kobak, 2021).
Le comité d’intégrité scientifique du Princess Máxima Center, auquel étaient affiliés plusieurs auteurs, soulignera justement ce point : l’article quantifiait un phénomène déjà connu et comportait peu de travail original. Cela n’aurait pas nécessairement constitué un défaut rédhibitoire si le papier s’était limité à cette ambition descriptive. La difficulté vient du décalage entre ce que les données mesuraient et la place prise ensuite par la recherche des responsables.
Notons qu’Ariel Karlinsky, coauteur de la méthode utilisée, était allé plus loin dès juin 2024 : il accusait les auteurs d’avoir repris de son article des blocs de texte et de notation mathématique et avait demandé la rétractation. Le comité institutionnel n’a toutefois pas retenu le plagiat pour les deux auteurs qu’il a examinés.
Les vaccins entrent dans une étude qui ne les mesure pas
Pour savoir si les vaccins ont contribué à la surmortalité, il faut comparer la mortalité selon le statut vaccinal, en tenant compte de l’âge, de l’état de santé, de la période et des autres facteurs susceptibles de fausser la comparaison. L’étude de Mostert ne fait rien de cela. Elle utilise uniquement des données nationales de mortalité toutes causes.
Elle montre donc qu’une surmortalité persiste en 2021 et 2022, alors que les campagnes de vaccination sont en cours. Mais cette simple concomitance ne permet pas d’attribuer une part de cette mortalité aux vaccins.
Or l’article consacre une place importante aux effets indésirables de la vaccination et des mesures sanitaires, tandis que d’autres causes possibles sont moins développées. C’est l’un des principaux reproches formulés par l’enquête du Princess Máxima Center : la discussion va au-delà de ce que les données permettent d’établir et sélectionne la littérature de manière déséquilibrée.
L’enquête n’a pas conclu à une falsification des données ni à une fraude. Le problème est méthodologique et rédactionnel : une étude descriptive sur la surmortalité a été présentée de façon à suggérer des causes qu’elle n’avait pas étudiées.
Une ambiguïté immédiatement transformée en « preuve »
Les conséquences ont été rapides. Le Telegraph titre que les vaccins contre le Covid « pourraient avoir contribué » à la hausse de la surmortalité. Le New York Post met en avant les passages concernant des décès et effets indésirables rapportés après vaccination, avant de corriger son article. Dans les réseaux vaccinosceptiques, l’étape suivante est encore plus simple : voici désormais « une étude du BMJ » qui montrerait que les vaccins ont provoqué des morts en excès.
- https://www.telegraph.co.uk/news/2024/06/04/covid-vaccines-may-have-helped-fuel-rise-in-excess-deaths/
- https://nypost.com/2024/06/06/excess-deaths-since-pandemic-need-to-be-thoroughly-investigated-study/
- “Editors Note: An earlier version of this article did not reflect that the study did not analyze the impact of vaccination nor establish a link between mortality and vaccination status.”
- https://www.reuters.com/fact-check/study-does-not-say-covid-vaccines-may-have-fuelled-excess-deaths-2024-06-13/
Un autre élément a favorisé la circulation de l’article : il est publié dans BMJ Public Health, une revue du groupe BMJ, mais pas dans The BMJ, le grand journal médical britannique. Le présenter simplement comme « une étude du BMJ » lui confère facilement une autorité qu’il ne faut pas lui attribuer par raccourci.
Surtout, dès le 13 juin 2024, le groupe BMJ rappelle publiquement que l’étude porte sur les tendances de surmortalité et non sur leurs causes. Le lendemain, une expression of concern est ajoutée à l’article pour préciser qu’il n’établit aucun lien causal entre vaccination et mortalité. À partir de là, le présenter comme une preuve de mortalité vaccinale revient à contredire explicitement l’avertissement de l’éditeur.
Il serait pourtant trop commode d’absoudre entièrement les auteurs en accusant seulement ceux qui les ont cités. Des chercheurs comme Lone Simonsen et Rasmus Kristoffer Pedersen avaient souligné dès juin 2024 que l’interprétation antivaccinale ne sortait pas de nulle part : l’article lui-même avait construit une discussion dans laquelle les risques supposés de la vaccination occupaient une place difficilement justifiable par l’analyse réalisée. Le comité d’intégrité aboutira ensuite à un constat comparable.
- Simonsen, L., & Pedersen, R. K. (2024, June 17). Misleading BMJ Public Health paper on COVID-19 excess mortality needs to be retracted. Center for Infectious Disease Research and Policy, University of Minnesota. https://www.cidrap.umn.edu/covid-19/commentary-misleading-bmj-public-health-paper-covid-19-excess-mortality-needs-be-retracted
Autrement dit, certains propagandistes ont fait dire à cette étude davantage qu’elle ne disait ; mais le texte leur avait fourni une matière remarquablement commode pour le faire.
Ce qu’il aurait fallu mesurer
L’hypothèse d’une augmentation de la mortalité due aux vaccins est parfaitement testable. Elle exige simplement d’autres données.
Une étude publiée en 2026 dans la même revue fournit un exemple intéressant. Elle suit plus de quatre millions d’adultes en Norvège entre 2021 et 2023 à partir des registres nationaux et compare la mortalité toutes causes selon le statut vaccinal, en prenant notamment en compte l’âge, le sexe et plusieurs facteurs médicaux. Elle ne met en évidence aucune augmentation de la mortalité chez les personnes vaccinées ; les taux observés y sont au contraire inférieurs à ceux des non-vaccinés. Comme toujours avec une étude observationnelle, la taille de cette différence doit être interprétée avec prudence, car les groupes ne sont jamais parfaitement comparables. Mais la méthode répond au moins directement à la question posée (Dahl et al., 2026).
- Dahl, J., Tapia, G., Bøås, H., Bakken, I. J. L., & Gulseth, H. L. (2026). COVID-19 mRNA vaccination and all-cause mortality in the adult population in Norway during 2021–2023: A population-based cohort study. BMJ Public Health, 4, e001859. doi: 10.1136/bmjph-2024-001859. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41658231/
À une autre échelle, une étude portant sur 34 pays ou territoires de la région européenne de l’OMS estime que les campagnes de vaccination ont directement évité environ 1,6 million de décès entre décembre 2020 et mars 2023 (Meslé et al., 2024).
- Meslé, M. M. I., Brown, J., Mook, P., et al. (2024). Estimated number of lives directly saved by COVID-19 vaccination programmes in the WHO European Region from December, 2020, to March, 2023: A retrospective surveillance study. The Lancet Respiratory Medicine, 12(9), 714–727. doi: 10.1016/S2213-2600(24)00179-6. https://www.thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(24)00179-6/fulltext
À l’échelle mondiale, les estimations sont beaucoup plus incertaines et dépendent fortement des modèles employés. Watson et ses collègues estimaient en 2022 que les vaccins avaient évité entre 14,4 et 19,8 millions de décès durant leur seule première année d’utilisation ; une analyse plus récente et beaucoup plus conservatrice aboutit à environ 2,5 millions de vies sauvées entre 2020 et 2024, avec des estimations variant de 1,4 à 4 millions selon les hypothèses retenues par le modèle. (Watson et al., 2022 ; Ioannidis et al., 2025). Ces écarts considérables montrent précisément pourquoi il faut traiter les nombres de « vies sauvées » comme des estimations dépendantes d’hypothèses, et non comme des comptages directs.
- Ioannidis, J. P. A., Pezzullo, A. M., Cristiano, A., & Boccia, S. (2025). Global estimates of lives and life-years saved by COVID-19 vaccination during 2020–2024. JAMA Health Forum, 6(7), e252223. https://doi.org/10.1001/jamahealthforum.2025.2223
- Watson, O. J., Barnsley, G., Toor, J., Hogan, A. B., Winskill, P., & Ghani, A. C. (2022). Global impact of the first year of COVID-19 vaccination: A mathematical modelling study. The Lancet Infectious Diseases, 22(9), 1293–1302. https://doi.org/10.1016/S1473-3099(22)00320-6
Entre-temps, l’affaire a trouvé un débouché politique assez spectaculaire. Le 3 juin 2026, Saskia Mostert est invitée à témoigner devant une sous-commission du Sénat américain lors d’une audition consacrée notamment aux « mécanismes plausibles » par lesquels les injections contre le Covid pourraient provoquer des cancers et aux attaques contre les publications scientifiques. Elle y défend son article et présente les critiques dont il a fait l’objet comme le produit d’une « fureur aveugle et irrationnelle ». Elle accuse plus largement gouvernements, médias et institutions scientifiques d’avoir utilisé la peur, la censure et l’intimidation contre les chercheurs contestant le « récit officiel » sur le Covid.
Deux ans pour corriger une publication défaillante
La rétractation du 11 août 2026 n’efface donc pas une démonstration devenue gênante. Elle acte que la publication ne disposait pas des moyens méthodologiques nécessaires pour soutenir les insinuations auxquelles sa discussion donnait une place importante. Parmi les quatre auteurs, Gertjan Kaspers et Minke Huibers ont demandé la rétractation, notamment en raison des risques de mauvaise interprétation de l’article, tout en contestant l’accusation de désinformation. Saskia Mostert et Marcel Hoogland se sont opposés à la rétractation.
Reste une question embarrassante pour BMJ Public Health. Les principaux défauts du papier étaient visibles dès sa publication. Des critiques détaillées ont été formulées en juin 2024, l’éditeur a lui-même reconnu presque immédiatement que le message de l’article suscitait des interprétations injustifiées, et il faudra pourtant attendre août 2026 pour que la rétractation soit prononcée. Le groupe explique notamment ce délai par l’attente des conclusions de l’enquête institutionnelle puis par ses tentatives pour recueillir la position de l’auteure correspondante.
Cette séquence rappelle une limite assez banale, mais souvent oubliée, de la publication scientifique. L’évaluation par les pairs réduit certains risques sans pour autant garantir la qualité d’un raisonnement ni la proportion entre les données et les conclusions. Ici, elle a laissé passer une étude descriptive dont le commentaire causal dépassait largement l’analyse effectuée. La correction est finalement intervenue, mais après deux années durant lesquelles le label académique de l’article a continué de servir d’argument.
Et du reste on peut compter sur les désinformateurs pour crier au complot au sujet de cette rétractation et y voir la confirmation qu’ils avaient raison puisqu’on essaie d’ensevelir la vérité™. Car les complotistes ont toujours raison.
Acermendax
Références
- Dahl, J., Tapia, G., Bøås, H., Bakken, I. J. L., & Gulseth, H. L. (2026). COVID-19 mRNA vaccination and all-cause mortality in the adult population in Norway during 2021–2023: A population-based cohort study. BMJ Public Health, 4, e001859. doi: 10.1136/bmjph-2024-001859.
- Karlinsky, A., & Kobak, D. (2021). Tracking excess mortality across countries during the COVID-19 pandemic with the World Mortality Dataset. eLife, 10, e69336. doi: 10.7554/eLife.69336.
- Meslé, M. M. I., Brown, J., Mook, P., et al. (2024). Estimated number of lives directly saved by COVID-19 vaccination programmes in the WHO European Region from December, 2020, to March, 2023: A retrospective surveillance study. The Lancet Respiratory Medicine, 12(9), 714–727. doi: 10.1016/S2213-2600(24)00179-6.
- Mostert, S., Hoogland, M., Huibers, M., & Kaspers, G. (2024). Excess mortality across countries in the Western World since the COVID-19 pandemic: ‘Our World in Data’ estimates of January 2020 to December 2022. BMJ Public Health, 2, e000282. Article rétracté. doi: 10.1136/bmjph-2023-000282.
- BMJ Group. (2024, June 13). Expression of concern placed on research paper: “Excess mortality across countries in the Western World since the COVID-19 pandemic”.
- BMJ Public Health. (2026). Retraction: Excess mortality across countries in the Western World since the COVID-19 pandemic: ‘Our World in Data’ estimates of January 2020 to December 2022. BMJ Public Health, 4, e000282ret.
- Princess Máxima Center for Pediatric Oncology. (2024, November 26). Investigation into Excess Mortality Publication Completed.
- Simonsen, L., & Pedersen, R. K. (2024, June 17). Misleading BMJ Public Health paper on COVID-19 excess mortality needs to be retracted. Center for Infectious Disease Research and Policy, University of Minnesota.



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